QingMing observait Boya du coin de l'œil.
Ils étaient tous les deux sur la terrasse des appartements du chef de JingYun.
La nuit n'allait pas tarder à tomber. Mais le couple était assis depuis des heures à méditer calmement épaule contre épaule.
Après quelques semaines absolument épuisantes, une fois de plus, ils avaient décidé de prendre une journée pour eux. Leurs sectes commençaient à avoir l'habitude. S'ils n'étaient pas dans leur bureau au lever du soleil, soit ils étaient ensembles et ne se montreraient pas de la journée au mieux, soit ils étaient chacun le nez dans une mission ou une chasse quelconque.
L'organisation souple de JingYun s'en accommodait très bien, celle de la secte nord un peu moins mais les séniors de QingMing aidaient Kin Lao avec suffisamment de souplesse à présent pour que tout avance tranquillement même si QingMing restait absent une semaine.
Le demi-démon du faire un effort pour refermer les yeux et reprendre sa méditation. Le profil aquilin de son compagnon était toujours aussi séduisant pour lui. Et peut-être même un peu plus chaque jour.
Puisque son Boya tentait de maitriser de son mieux ce que Zhuque pouvait lui apporter, QingMing avait décidé de faire la même chose avec sa partie démoniaque.
C'était délicat au temple de JingYun parce qu'il ne pouvait pas se permettre de laisser échapper son aura de renard mais en même temps, ça l'aidait. Il était obligé de se plonger en lui-même pour ça. Il avait beau présenter son renard comme une semi-conscience indépendante de lui, il savait parfaitement que ce n'était pas le cas. Ce qu'il appelait le renard était juste la partie démoniaque et animale de sa psyché qu'il avait passé son enfance à rejeter et qu'il avait lentement entouré de tellement de boucliers mentaux qu'apprendre à maitriser cette partie de lui était réellement comme apprivoiser un animal sauvage.
Il suffisait de voir comment 'le renard' avait réagi lorsque le naja avait zappé la conscience humaine. Seule la partie démoniaque avait échappé à son contrôle. Si QingMing avait eu un réel équilibre entre les deux, s'il n'y avait pas de distinction entre les deux tout simplement, le naja n'aurait pas pu le zapper parce que sa conscience humaine et sa conscience de renard ne seraient qu'une.
Si Boya tendait vers une symbiose entre deux consciences, lui devait tendre vers la réunification d'une conscience fractionnée.
Il était difficile d'apprivoiser une partie de lui-même qu'il avait appris à haïr pendant des années.
Il avait de la chance que Boya ait pleinement accepté ce qu'il était.
Une longue coupure apparue sur son bras lorsqu'il toucha enfin ce qu'il avait appris à rejeter comme était le centre de sa partie démoniaque. S'il ne s'en rendait pas compte, perdu comme il l'était dans son propre esprit, son propre corps se défendait de lui-même et s'attaquait. Il s'était rejeté pendant si longtemps qu'il lui était difficile, si ce n'était impossible, de parvenir à libérer cette partie sauvage de lui-même qui le terrifiait.
Il avait beau frimer avec ses queues et ses oreilles, ou même sa forme vulpine complète, ça n'en restait guère plus qu'une apparence, à peine plus qu'une ombre qui avait un peu d'épaisseur.
Tout ce qu'il avait rejeté pendant si longtemps se défendait et l'attaquait maintenant. Pendant des années, il avait rejeté là ses sentiments avec toute la peine qu'il ressentait. A présent…
A présent il allait devoir les prendre à bras le corps et les accepter. Il avait commencé bien sûr. Depuis qu'il avait Boya, il avait laissé s'ouvrir lentement la boite de Pandore.
Mais c'était trop lent, trop parcellaire. Ca bouillonnait de plus en plus à l'intérieur.
Il fallait qu'il arrive à libérer tout ça avant que ça n'explose.
La naissance brutale de sa sixième queue n'était qu'une preuve de plus qu'il ne maitrisait plus grand-chose là-dedans.
Avant que le renard ne finisse par reprendre complétement le contrôle et devienne dangereux, il fallait qu'il le réintègre en douceur à son esprit.
Une autre coupure apparue sur sa joue puis une autre sur son torse. A chaque fois, la coupure ressemblait à un coup de griffe plus profond que le précédent.
Puis il sentit enfin comme un grognement tout au fond de son esprit. Comme un animal blessé réfugié tout au fond de sa tanière.
C'était la première fois que le yin yang shi se projetait non seulement si profondément au fin fond de lui-même, mais surtout, à cet endroit-là de son esprit. Jusque-là, il avait consciencieusement évité cette zone de ténèbres au fond de son âme.
Sous son œil mental, le renard l'observait en grognant, ses six queues enroulées autour de ses pattes, les oreilles en arrière. Il claqua des mâchoires si proches de son visage qu'il sentit son haleine chaude sur sa peau.
Mais le renard n'attaqua pas. Il pouvait le blesser mais pas le tuer. Le tuer, se serait un véritable suicide. Ni la partie humaine, ni la partie vulpine de QingMing ne pouvait vivre sans l'autre.
Ironiquement, c'était sa nature même que d'être dual. Comme le yin et le yang…
La blague était d'une telle ironie majuscule qu'elle n'était même pas drôle.
Le renard l'attaqua soudain. Une énorme blessure apparut sur son corps au niveau de l'épaule là où les dents de l'animal avait attaqué son moi psychique sans qu'il ne se défende.
Son manque de réaction fit hésiter le renard qui finit par le lâcher et reculer.
L'animal tournait sur lui-même, agité et en colère. Il s'approcha encore plusieurs fois pour lui donner des coups de pattes et le mordre encore à plusieurs reprises.
QingMing endura la colère de cette partie de lui-même sans se plaindre ni protester.
Petit à petit, lentement, la colère céda la place à l'agacement puis au mépris et à l'irritation, et enfin à la curiosité.
Est-ce que ça avait duré des heures ? quelques minutes ? Quelques secondes ? Des jours ?
QingMing n'avait aucune notion du temps à l'intérieur de sa propre cervelle.
Il attendait juste, calmement à genoux devant cette moitié de lui-même qu'il avait appris à haïr et qu'il découvrait réellement pour la première fois.
Finalement, le renard se coucha devant lui. Une patte avant croisée au-dessus de l'autre, un peu avachi sur le flanc droit, ses queues battaient lentement derrière lui comme autant de métronomes fous avec chacune un rythme qui lui appartenait.
Est-ce que le renard parlait ? Est-ce qu'il en avait même besoin lorsqu'ils n'étaient qu'une seule et même entité.
"Pourquoi maintenant ?"
"Parce que je n'ai plus à avoir peur de toi"
"Je te hais."
"Moi aussi."
"Mais pas lui"
"Pas lui, non."
"Il pourrait."
"Il aurait le droit."
"J'ai besoin de toi."
"Pourquoi maintenant."
"Parce que j'ai le choix."
"Pourquoi maintenant."
"Parce que c'est nécessaire."
"Pour lui"
"Pour nous."
"Pour eux."
"Pour eux oui."
"Le vieux ne voulait pas de moi."
"Il est mort."
"Et ca suffit ?"
"Ca suffit."
"Et si je ne veux pas ?"
"Pourquoi maintenant."
"…Je suis fatigué. Je veux sortir."
"Je suis fatigué. Je veux grandir."
"Je veux…"
"Je veux…"
"Nous voulons…"
Qui était l'un, qui était l'autre, est-ce que ça avait encore de l'importance ?
QingMing ouvrit brutalement les yeux lorsqu'on le secoua très fort.
"- …Boya ?"
"- QINGMING !"
Pourquoi son compagnon semblait si paniqué ?
Boya le souleva de terre pour le porter malgré ses protestations à l'intérieur de la chambre et commencer à le déshabiller. Il n'avait rien contre un peu d'amusement mais là, il se sentait vraiment épuisé et limite nauséeux.
"- Qu'est ce qui s'est passé ?"
Le yin yang shi ne sut que répondre jusqu'à ce qu'il remarque que les robes que lui retirait Boya étaient tachées de rouge.
"- ….ho…" Son corps portait chacune des blessures que lui avait fait le renard dans son esprit. "Je crois que je ne me sens pas très bien." Il s'effondra dans l'inconscience. Il avait perdu trop de sang.
"- QINGMING !"
Terrifié par l'état de son compagnon, surtout sans en comprendre la cause, Boya passa les dix minutes suivantes à endiguer les hémorragies avant d'appeler à grands cris le guérisseur de JingYun.
Pendant que l'homme de l'art recousait les plaies les plus larges, Boya ouvrit un portail avec la Maison et appela tout aussi vigoureusement Honey Bug à l'aide. La petite démone se précipita, Mad Painter sur ses talons
"- Qu'est ce qui s'est passé ?"
Elle avait repoussé sèchement le guérisseur pour s'occuper elle-même des plaies de son maître. Son qi démoniaque avait fait hurler les protections du temple avant que Boya ne les court-circuitent momentanément.
"- Je n'en sais rien ! On méditait et quand je suis revenu à moi, il pissait le sang sans même s'en rendre compte !"
Boya était furieux sans savoir contre qui.
Honey Bug retira les sutures tout juste posées pour refermer les plaies avec son qi, les enduire de ses baumes puis les bander l'une après l'autre. Quand elle en eut fini avec son maître, il était enrubanné comme une momie mais au moins toutes les plaies avaient été correctement traitées. Elle foudroya le guérisseur de JingYun. Pourquoi diable avait joué de l'aiguille sur son maître avec autre chose que de la soie cirée ? Il voulait lui coller une infection ou quoi ? Elle était scandalisée.
Le pauvre homme protesta immédiatement. On faisait toujours comme ça ici et ça avait toujours faire le boulot. Si son maître était fragile comme un bébé pour avoir besoin d'une assistance médicale digne de l'empereur, ce n'était pas sa faute !
Boya y mit le holà avant que la douce Honey Bug montre au maître guérisseur pourquoi tout le monde filait doux à la Maison quand elle s'énervait, QingMing et lui compris. La petite démone papillon pouvait être et bien...démoniaque dans sa colère quand il le fallait.
"- Comment va-t-il, Honey Bug ?"
Sa colère détournée, la petite démone retrouva tout son calme.
"- Il va être fatigué quelques jours mais il n'a rien de vraiment grave. Les blessures sont impressionnantes et ont beaucoup saignées, mais elles sont propres et précises. Les plaies seront cicatrisées sous vingt-quatre heures avec sa cultivation. Le plus long va être pour lui de renouveler le sang perdu. Deux jours au lit à boire du bouillon et manger du foie frit et il sera sur pied.
"- Nooon ! Pas de foie frit." Supplia la voix épuisée de QingMing.
"- Ça vous apprendra à faire n'importe quoi !" Aboya Honey Bug, persuadé que c'était sa faute. On n'avait pas des plaies pareilles quand on essayait de les éviter. Son maître s'était laissé faire !
"- QINGMING !" Boya s'assit sur le bord du nid pour le prendre dans ses bras. "Qu'est ce qui s'est passé ? Qui t'as attaqué ?"
Le yin yang shi fit sa place dans les bras de son compagnon, il y était au chaud et confortablement installé.
"- Personne ne m'a attaqué."
"- QingMing
"- C'est juste." Il baissa d'un ton. Même si tout le monde au temple savait ce qu'il était, ce n'était pas pour ça qu'il appréciait de le cracher sur les toits. "J'ai tenté de communiquer avec mon renard. II...Il ne m'aime pas beaucoup."
Boya en resta bête
"- Ha..."
"- Mais je crois que nous sommes arrivés à nous mettre à peu près d'accord sur la fin." Il lui faudrait discuter encore longtemps avec lui-même pour acquérir une certaine stabilité mais le plus dur était fait : il avait établi le contact.
Le chef de JingYun l'embrassa sur la tempe.
"- Tu n'en finiras jamais de me faire peur hein. Même Zhuque est mort d'inquiétude."
"- Laisse-moi le rassurer alors, veux-tu ?"
Le guérisseur de la secte se sentait affreusement de trop. Honey Bug avait l'habitude. Elle leva les yeux au ciel. Qu'ils étaient niais quand ils se bécotaient ces deux-là.
La pression de qi dans la pièce changea soudain lorsque Boya laissa la place à Zhuque. Le dieu-gardien nippa doucement les cheveux de son partenaire avant de frotter sa joue dans son cou.
"- Tu vas bien." La voix était de moins en moins hachée. Petit à petit, Zhuque commençait à contrôler le corps de Boya aussi bien que son légitime propriétaire.
QingMing était visiblement épuisé, trop pâle de sa perte de sang, mais pas en danger. Il attrapa Zhuque par la nuque et le serra contre lui. Le dieu-gardien lui pinça encore gentiment la gorge entre ses incisives puisque Boya n'avait pas de bec. Et comme QingMing n'avait pas de plumes, il ne pouvait même pas les lui lisser pour lui faire part de son affection.
Boya l'aida en lui poussant a juste garder leur Partenaire dans ses bras et à lui transmettre un peu de qi pour qu'il guérisse plus vite.
Boya finit par reprendre le contrôle une fois le phénix rassuré.
"- Qu'est-ce que tu vas faire ?"
"- Continuer à dialoguer avec mon renard. Tu arrives bien à dialoguer avec Zhuque, je devrais y arriver avec lui."
Honey Bug rapporterait la conversation à ses frères shishen. Snow Hound allait être aussi inquiet que content de l'évolution des choses. Il serait juste triste qu'il ne lui en ait pas parlé avant. QingMing lui parlait de moins en moins.
QingMing leur parlait à tous de moins en moins. Il mettait une distance avec eux que Honey Bug n'était pas sur de comprendre.
Quant à Mad Painter, il serrait les dents avec un mélange d'irritation et d'inquiétude bien sûr. Il aurait dû le leur dire ! Ils l'auraient aidé. Ou au moins, ils auraient surveillé qu'il ne se blessait pas.
Mais pour l'instant, leur maître devait dormir.
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Il avait fallu une petite semaine à QingMing pour se remettre. Comme Killing Stone voulait la présence de son maître pour retourner à la Maison qui l'avait vu naitre, ils avaient attendus. Après, ce fut Boya qui n'était pas disponible. Tant et si bien qu'ils avaient dû attendre finalement presque trois semaines avant de se présenter devant le bâtiment que le shishen connaissait si bien.
"- Il y avait des statues en forme d'orchidée quand j'étais petit, juste devant l'entrée. Mais un client ivre y a mis le feu une fois. Alors elles ont été retirées pour réparation mais jamais remises en place finalement." Il avait un petit sourire aux lèvres et serrait très fort la main de son maître dans la sienne.
Ce n'était sans doute pas très protocolaire mais il avait besoin de ce contact pour ne pas fuir en hurlant ou fondre en larmes.
QingMing serra un peu plus sa main.
"- Ca va aller ? on peut attendre si tu as besoin."
De l'autre côté, Boya était aussi inquiet que son compagnon. Même si Killing Stone était son oncle martial, il ne pourrait sans doute jamais le voir autrement que comme un petit frère.
"- Entrons."
Killing Stone entra le premier. Immédiatement, la jeune femme du jour en charge de l'accueil se présenta. Elle se figea en voyant les deux prêtres derrière celui qu'elle prenait pour un client.
"- Nous voudrions vous Madame Xiu." Exigea Boya.
"- Heu…"
"- De la part du propriétaire."
La jeune femme glapit puis fila. Tout le monde était au courant que JingYun avait repris les rênes du bâtiment. Ça avait des inconvénients, mais aussi des avantages. Comme celui, non négligeable, d'avoir des cultivateurs plus nombreux comme clients et qui n'avaient aucun problème à venir aider à mettre dehors les mauvais coucheurs si on le leur demandait.
Madame Xiu finit par arriver. Elle était irritée mais surtout inquiète. Qu'est ce qui se passait encore ? Qui était ce jeune homme ?
"- …Nous avons ce qu'il faut en hôte masculin." Lâcha-t-elle sèchement.
Killing Stone ne put retenir un sourire. Les Dames étaient toutes les mêmes.
"- Madame Laowen était tout aussi sèche quand j'étais gamin."
La Dame hésita. Elle connaissait ce nom. C'était une de femmes qui l'avait précédé à ce poste.
"- Et qui sont ces messieurs, Boya Daren ?"
Boya présenta ses compagnons sans le moindre complexe.
"- QingMing Daren, mon Partenaire. Et Killing Stone. L'un de ses shishen. Mais vous devez mieux avoir entendu parlé de lui sous son nom humain avant qu'il ne décède et ne devienne un démon : Zhelan.
La Dame de l'Orchidée Rouge fixait le jeune homme entre le chef de JingYun et l'autre chef de secte avait stupeur.
"- …Je crois que je n'ai pas compris… Il est QUI ?" A avoir fait le travail de recherche dans les archives pour le chef de JingYun, elle connaissait évidemment le nom.
Boya trouvait la réaction de Madame Xiu presque drôle.
"- Zhelan." Répéta-t-il.
Killing Stone jeta un coup d'œil à son maître. Boya Daren s'amusait beaucoup trop.
"- Boya Daren…" S'agaça la Dame. Elle avait autre chose à faire que lui servir de jouet.
"- QingMing Daren, pendant que Boya Daren s'amuse, peut-on aller voir si ma chambre est encore là ?"
"- Bien sûr."
"- Non ! Mais ! Attendez !" Protesta la Dame.
Elle releva le bas de sa robe pour leur courir après. Elle ne savait pas qui était le jeune homme. Elle ne l'avait jamais vu mais il connaissait son chemin.
"- Attendez !"
QingMing suivait Killing Stone avec la dame sur ses talons puis Boya qui fermait la marche.
Le shishen s'arrêta devant un pan de mur, un sourire aux lèvres.
"- Vous voyez bien que c'est un mur n'est-ce pas ! Alors qu'est ce…" La dame se tut.
Killing Stone s'était dressé sur la pointe des pieds pour atteindre un petit taquet au-dessus d'une moulure. Une porte dérobée s'ouvrit a la grande stupeur de la Dame.
"- Mais que…Qu'est-ce que c'est que ça ?"
Killing Stone eut un sourire.
"- Vous ne connaissiez pas ? Il y a plein de passages dans les murs. Pour épier les clients." Il se faufila à l'intérieur puis monta à une échelle couverte de poussière avec la dextérité d'un écureuil.
"- …Je ne savais pas que ces passages existaient." Dame Xiu était stupéfaite. "Qu'est-ce que ça veut dire ?"
QingMing suivait de son mieux son shishen mais Killing Stone savait où il allait et suivait ses souvenirs avec quelque chose de désespéré.
"- Killing Stone ! Attends !" Mais le shishen n'attendait pas.
Le yin yang shi finit par le rattraper. Son servant s'était arrêté à nouveau devant une cloison.
"- QingMing Daren…" Il tendait la main derrière lui sans regarder mais à la recherche de son maître.
Le demi-démon attrapa sa main pour la serrer dans la sienne jusqu'à ce que le shishen le lâche en premier.
"- Nous sommes là, Killing Stone. Nous sommes là. Fais ce qui est nécessaire." Rassura QingMing.
Le shishen écarta lentement ce qui n'était qu'une planche posée pour libérer un tout petit espace. A l'intérieur, les restes d'un lit en paille finissaient de pourrir et de moisir avec des couvertures rongées aux mites.
"- C'était ma chambre." Murmura Killing Stone.
Il y entra lentement. Tout était encore là. Abimé, usé, rongé par le temps, les animaux et les insectes mais tout était encore là. La poupée en porcelaine de sa mère, les petites sculptures en bois qu'il avait appris à faire avec l'un des gardes du bordel, une pile rongée de pourriture de ce qui avait été des vêtements. Il fouilla sous ce qui avait été un oreiller rempli de paille et en sortit un couteau rouillé. L'arme était à peine plus courte que Fangyue. La qualité était mauvaise, très, très mauvaise, mais il avait été a lui.
"- C'est la Dame de l'époque qui me l'avait donné quand j'ai commencé à aider les gardes et que j'accompagnais les filles dehors."
Boya et Madame Xiu les avait rejoints.
Killing Stone continua à faire le tour du minuscule espace. Il sortit enfin une boite en bois abimée où il rangea le peu qui était encore récupérable.
"- …On peut y aller."
QingMing écarta son bras. Immédiatement, le shishen se cala contre son maître quelques instants.
"- Ca va aller ?"
"- Je veux sortir."
QingMing n'attendit pas une seconde. Il ouvrit un portail pour la Maison du lac.
"- Je m'occupe de la Dame." Assura Boya.
Le maître et son shishen rentrèrent chez lui, laissant la dame et le chef de secte sous les toits.
"- …Qu'est ce qui vient de se passer ?"
Boya soupira avant d'expliquer aussi légèrement que possible à la dame qui était le jeune homme et ce qu'il était avec un peu plus de détail que peu avant.
Elle en resta bête.
Les légendes du bordel allaient s'épaissir un peu plus et les filles voudraient le rencontrer, elle en était sûr.
Est-ce qu'elle était déjà en train de réfléchir à la meilleure méthode pour lui proposer un contrat pour reprendre son poste de sage-femme ? sans doute.
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Boya surveillait QingMing comme le lait sur le feu. S'il n'avait pas réussi à convaincre son Partenaire de ne pas s'ouvrir à sa partie vulpine sans quelqu'un près de lui pour ce faire, Snow Hound et Mad Painter avaient réussi, eux, à se faire écouter. Mais les méthodes des deux shishen étaient un peu plus agressives que les siennes.
Lui demandait et cajolait. QingMing avait beau finit par accepter, il savait qu'il oublierait dès qu'il voudrait s'amuser tout seul.
Les deux shishen lui avait juste promis que s'il faisait encore n'importe quoi il serait puni comme un môme et n'aurait pas le droit de venir voir Boya pendant une semaine.
Le scandale purement enfantin sur le visage du digne yin yang shi se faisant gronder par ses parents avait fait hurler de rire le chef de JingYun.
Il avait parfois bien du mal à comprendre la dynamique entre QingMing et ses shishen, surtout ces deux-là. Ils étaient ses parents, ses amants, ses servants, ses confidents… Il n'arrivait juste pas à comprendre comment ils fonctionnaient tous les trois. C'était à la fois mignon, malsain, tendre, bizarre, adorable et tordu. Mais voir avec quel facilité ils pouvaient maitriser le chaos incarné qu'était son renard était toujours une distraction fascinante.
C'était pour ça finalement que Boya était assis sur la terrasse de la Maison du Lac avec une tasse de thé à la main, en train de jouer au Wei qi avec Mad Painter.
Si le shishen le terrifiait toujours par certains aspects, notamment son rôle assumé de mère adoptive de QingMing avec tous les dangers que ça représentait pour le pauvre vaisseau du dieu-gardien, il appréciait grandement son humour tordu, son sens artistique et son pragmatisme imperturbable. Qu'il soit en plus agréable à regarder n'était pas un défaut non plus.
Boya se figea soudain avant de soupirer mais pas parce qu'il était en train de se faire laminer pour la huitième fois en deux heures. Snow Hound, Mad Painter et Killing Stone étaient tous les trois bien plus vieux que lui. Qu'il se fasse laver à chaque fois qu'il jouait à un jeu de stratégie avec eux n'était pas étonnant, il fallait l'avouer. Mais c'était quand même vexant. Bien que ce ne soit pas le problème pour l'instant.
"- Boya-Daren ?"
"- Mais qu'est-ce que vous avez fait de moi, tous ?"
La question était plus rhétorique qu'autre chose mais interpella le shishen.
"- Pardon ?" Il n'avait pas souvenir d'avoir fait quoi que ce soit au fashi.
A part peut-être le terroriser en lui faisant rentrer dans le crane à la truelle comment traiter un partenaire correctement au lit. Et en lui expliquant qu'il risquait sa vie et sa virilité s'il faisait du mal à QingMing. Mais à part ça, il avait été toujours absolument cordial avec le jeune homme.
Boya avait rougit et le regardait par en dessous avec un mélange de consternation et de résignation.
"- Avant, je n'aurais même pas reluqué quelqu'un quel que soit son sexe. Et encore moins quel que soit son espèce."
Mad Painter comprit le non-dit immédiatement. Un petit rire lui échappa.
"- C'est flatteur."
"- Je suis en train de devenir un dépravé."
"- QingMing est un dépravé ?"
"- QingMing est un dépravé."
"- Et ça vous ennuie à ce point-là ?"
"- De moins en moins. Et c'est ça qui m'ennuie. Enfin, tant qu'il limite son champ de dépravation à la Maison et ses occupants, ce n'est pas si grave." Puis Boya se figea en réalisant ce qu'il venait de dire. "Tuez-moi…"
Le rire de son compagnon finit par attirer Snow Hound. Ye HuoHua courrait sans fin autour des jambes de sa mère adoptive. Le tengu s'assit derrière son amant pour le prendre dans ses bras et le serrer contre lui.
"- Quelque chose de drôle ?"
"- Visiblement Boya-Daren réalise que le monde n'est pas limité à un repas d'un seul et unique plat. Et ça l'ennuie beaucoup que son palais s'élargisse." La périphrase était au profit de leur poussin. Il était encore trop jeune pour savoir certaines choses.
Les lèvres de Snow Hound frémirent.
"- Vraiment ? Vous nous trouvez à votre goût Boya-Daren ? Vous savez que QingMing ne vous en voudra pas si vous voulez visiter notre nid n'est-ce pas ?"
Boya laissa son crâne tomber sur table basse avec un grognement et se frappa le front sur le bois avec désespoir.
"- Honteux ! Vous êtes honteux ! Effrontés ! Impudents ! Scandaleux !" A chaque mot, le fashi se frappait le front contre la table.
Killing Stone finit par débarquer de son entrainement de l'après-midi, dégoulinant de sueur, torse-nu et les muscles saillant d'épuisement.
"- Qu'est ce qui se passe ? On joue à embêter mon zhi ?"
Mad Painter et Snow Hound en remirent une couche. Killing Stone haussa les épaules.
"- Ce n'est pas nouveau ça."
"- Et si tu allais passer quelque chose au lieu de te pavaner à moitié nu devant tout le monde ?"
"- Vous aimez mes muscles."
"- TU !"
Killing Stone s'enfuit en riant pour éviter les plumes noires que Boya lui balança dans le dos et qui se plantèrent dans le bois comment autant de projectiles.
Snow Hound ouvrit de grands yeux. Le contrôle de Boya sur les dons de Zhuque était de plus en plus grand.
Il comprenait que QingMing veuille faire la même chose avec ses propres capacités. Les garder en friche, conserver cette partie de lui-même sous silence au lieu de l'exploiter était une bêtise sans nom. Il était heureux que leur petit renardeau ait trouvé le partenaire idéal pour accepter cette moitié de lui que leur précédent maître lui avait appris à détester et à cacher.
L'attention du tengu se reporta sur leur maître assis en tailleur, les yeux fermés, enroulé dans ses queues, et qui tentait de se réapproprier cette partie de lui qui lui était si étrangère qu'elle l'attaquait à chaque fois qu'il tentait de communiquer avec elle. Heureusement, de moins en moins.
"- Ca à l'air de pas trop mal se passer."
Après des débuts aussi impressionnant que sanglant, cette sept ou huitième tentative ne s'était pour l'instant soldée en plusieurs heures que par quelques coupures superficielles déjà refermées par la cultivation de QingMing.
Boya restait quand même inquiet. Il n'aurait jamais imaginé que QingMing puisse se détester autant. S'il avait eu Zhong Xing en face de lui, il aurait oublié toute habitude de grâce pour lui refaire le portrait à la phalange. C'était sa faute si son QingMing était psychologiquement aussi fragile et instable malgré les apparences. Qu'il mente aussi facilement au monde extérieur était aussi un motif d'inquiétude. Boya devait être en permanence sur le qui-vive avec lui. Il ne savait jamais si son compagnon prétendait parfaitement ou s'il était vraiment heureux. Ça lui faisait mal au cœur de ne jamais vraiment savoir. Et encore avait-il de la chance. Le lien de shishen qu'il partageait avec lui permettait au vaisseau de Zhuque de savoir s'il souffrait vraiment.
Comment faisaient les vrais gens pour avoir une relation épanouie et stable sans de telles béquilles mentales pour s'assurer que l'autre allait bien ?
Décidément, l'amour, c'était trop compliqué pour un petit Boya.
"- Mais non ce n'est pas compliqué. Tu lui fais des câlins, des œufs, tu lui donnes à manger et quand il n'est pas heureux, tu l'aimes davantage. Et tu crames celui qui l'a rendu malheureux. C'est simple l'amour !" Assura Zhuque.
Boya ne savait jamais si le phénix plaisantait ou pas. Il allait lui répondre lorsqu'une grimace de QingMing le fit réagir sans une seconde de battement.
"- QingMing !" Le fashi avait refermé ses ailes autour de son compagnon et lui caressait gentiment la joue du bout des doigts. "QingMing…Tout va bien… Je suis là…Laisse le s'exprimer."
Ce n'était pas la première fois que le renard avait besoin d'exprimer sa colère et sa rage à travers sa partie humaine. QingMing lui avait tellement rejeté tout ce qui le blessait depuis qu'il était enfant que sa partie démoniaque avait en grande partie grandit en ne mangeant que son ressentiment à l'exception de tout autre chose.
Une vague de qi démoniaque si noir qu'elle fit frémir Boya échappa à QingMing qui cessa de la réprimer. Ce n'était pas la première fois non plus. La première fois, Boya était resté paralysé par l'angoisse de longues minutes jusqu'à ce que QingMing ait fini de purger le ressentiment qui se débattait au fond de lui.
A chaque fois, la masse de qi démoniaque à expulser était plus faible que la fois précédente. Cette fois, elle ne dura que quelques secondes avant d'être remplacé par un qi absolument glacial et pourtant brulant en même temps.
Un sanglot échappa au yin yang shi.
Ça lui avait pris des semaines, mais c'était finit. Il avait purgé presque quarante ans de rage qui sommeillait encore tout au fond de lui.
Epuisé, tremblant de la tête aux pieds mais encore profondément enfoncé dans sa transe, QingMing se laissa aller dans les bras de son compagnon, parfaitement sûr qu'il le retiendrait et l'empêcherait de se faire du mal.
Pour la première fois depuis que sa mère était morte, il effleura de ses doigts mentaux le museau de cette moitié de lui-même qu'il avait tellement maltraité depuis des années.
Le renardeau à six queues lécha gentiment la joue du petit garçon de cinq ans qu'étaient pour l'instant la projection mentale de sa psyché coupée en deux.
Ils en étaient revenus l'endroit où ils s'étaient séparés, bien des années plus tôt.
Grandir à nouveau mais ensemble cette fois, allait prendre peu de temps. Mais le temps avait-il une signification là où ils étaient ?
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Boya était ronchon.
Son partenaire aurait dû le rejoindre pour la nuit dans ses appartements du temple mais l'avait prévenu via Mad Painter qu'il ne pourrait le rejoindre. Une fois encore la secte nord faisait n'importe quoi et avait besoin que leur chef de secte vienne leur mettre la fessée.
Depuis que QingMing et son renard avaient fait la paix et apprenaient à travailler ensemble, le fashi changeait légèrement. Son caractère devenait lentement encore plus câlin, encore plus joueur, plus fourbe aussi. Ca rendait fou Boya mais il s'y adaptait aussi. Il avait parfaitement conscience que son Partenaire l'utilisait pour régler à nouveau ses propres perceptions et ses réactions. C'était parfois agaçant mais jamais son demi-renard ne cherchait à le blesser ou à aller trop loin exprès. Il était juste une fois de plus dans une position assez similaire à cette d'un ado qui vient de faire une poussée de croissance et doit réapprendre à gérer ses membres trop longs et ses muscles trop grêles.
Pour la peine, puisque Boya était seul pour la soirée, il avait invité Kuang HuaShi à diner au temple puisque c'était l'heure et que contrairement à Snow Hound, il n'avait encore jamais rencontré sa secte et ses shidi.
HuaShi avait accepté, plus parce qu'il était curieux qu'autre chose. Snow Hound lui avait plus d'une fois parlé de JingYun mais à part quelques passages en coups de vent, il n'avait jamais eu l'occasion plus que ça d'y venir et encore moins d'explorer. Il n'avait pas oublié non plus sa promesse de dessiner les membres de la secte aussi avait-il demandé au fashi s'il avait de quoi dessiner.
Boya lui avait sorti une épaisse pile de papiers et une mine de charbon. Il avait aussi quelques fusains secs.
L'artiste avait tout prit avant de suivre le chef de secte. Comme il allait en terrain ami, il n'avait pas son grand pinceau dans le dos. Heureusement. Il fit déjà suffisamment sensation auprès des petits shidi comme ca
A peine avait-il fait dix pas dans la grande salle qui servait de cantine qu'une marée humaine qui lui arrivait à la taille s'était précipitée pour le regarder par en dessus sans la moindre peur.
"- Il est joli avec ses dessins sur la figure !"
"- Et il est pas coiffé bien. Comme les copains de Shufu."
"- Il est habillé bizarre."
"- C'est joli la couleur sur tes mains monsieur !"
"- Pourquoi t'as une jupe en dentelles ?
Finalement, un des gosses retrouva un minimum d'éducation.
"- Bonjour ! Toi t'es un copain de Shufu ! Tu dines avec nous ? Allez viens !"
HuaShi jeta un coup d'œil à Boya qui retenait bravement son sourire en se mordant la langue.
Le reste des petits shidi ne perdit pas une seconde. Le pauvre shishen se retrouva très vite attrapé par les mains, entrainé vers la table principale des adultes et déposé entre les bols de Boya et Yan Shu.
Boya suivait en riant silencieusement.
"- C'est la place de QingMing. Je crois que tu es officiellement déjà reconnu comme une de ses propriétés par les shidi."
Les enfants traitaient les shishen de son partenaire d'une façon étrange. Un peu comme s'ils étaient des appendices satellites et indépendants de QingMing mais lui appartenant quand même. Il ne fallut pas très longtemps à Mad Painter pour se remettre d'aplomb et sourire aux gamins. Boya le présenta officiellement à ses disciples pour ceux qui ne le connaissaient pas.
Les maîtres des disciples et Yan Shu le saluèrent directement.
"- Ho, et je ne sais pas si vous êtes au courant." Il y avait une lueur de délectation morbide dans les yeux de Yan Shu quand il regardait HuaShi. "Mais la dame qui avait voulu faire la cour à notre ami ici présent a passé pas mal de temps à le faire chercher il parait. Je serais vous, j'éviterais de me promener seul dans la capitale."
Mad Painter avait pâlit. Heureusement que Snow Hound n'était pas là.
"- C'est le genre d'information perturbante que j'aurais préféré ne pas avoir. Evitez d'en parler à TianGou, Boya-Daren. Ou vous aurez un tengu sur le sentier de la guerre prêt à commettre un massacre. Il est d'une possessivité encore plus grande que la vôtre. Les tengu sont exclusif." Son compagnon était d'une possessivité remarquable.
Boya haussa un sourcil, incrédule. Snow Hound ? Exclusif ? Possessif ? On parlait du même shishen là ?
"- …On parle bien du tengu qui m'a plus ou moins invité à venir m'amuser avec vous dans votre nid ?"
Yan Shu avala de travers son vin. Son plus proche collègue dut lui taper dans le dos jusqu'à ce qu'il recrache le liquide pour ne pas mourir.
"- Vous faites partie de la Maison, Boya-Daren. Vous appartenez à QingMing Daren comme nous tous. TianGou n'a donc aucune raison d'être jaloux de ce qui lui appartient déjà."
Boya en resta bête jusqu'à ce qu'il sente la caresse très légère mais indéniablement en provenance de HuaShi qui effleura le lien de shishen entre eux.
Effectivement, comment être jaloux quand vous aviez déjà déversé votre passion et votre plaisir dans l'esprit de gens qui étaient reliés à vous. Ou qu'eux avaient fait la même chose. Boya réalisa soudain que sa propre passion était parfois attisée par celle du couple de shishen sans qu'il ne le comprenne jusque-là. Encore une fois, ça ne le choqua même plus. Il avait passé un cap la première fois qu'il s'était donné à QingMing et avait laissé derrière lui pas mal de ses aprioris.
Qui aurait pu imaginer que se prendre un bon coup de queue lui aurait vidé la tête ? Si ça n'avait pas été si stupide, il aurait presque pu en rire.
"- Vous aurez ma raison."
"- Nous aurons probablement plus que ça bien avant." Assura le shishen avec un sourire en coin absolument dérangeant
Boya renifla avec amusement, sans le moindre outrage contrairement à ce qu'attendaient ses amis et disciples.
"- Nous verrons ça."
"- Je suis sûr que Killing Stone saura vous convaincre." Cette fois, Boya rougit à la grande satisfaction de HuaShi. "Il sera flatté."
"- Je crois qu'il est déjà au courant."
"- Ho je n'en doute pas. Et QingMing Daren aussi."
Yan Shu ne savait plus où se mettre.
"- Vous ne devriez pas plaisanter comme ça, vous savez ? Les rumeurs se sont à peine calmées sur vous et QingMing Daren."
La rougeur de Boya et le regard impassible du shishen le firent hésiter. Parce qu'ils plaisantaient n'est-ce pas ? OUI ILS PLAISANTAIENT IL NE VOULAIT RIEN SAVOIR DE PLUS ! Il était déjà bien trop au courant de ce que son ami d'enfance faisait exactement au lit avec l'autre fashi. Il ne voulait pas en savoir plus. SURTOUT s'il y avait d'autres gens dans le lit que le yin yang shi. Un lit, c'était prévu pour deux paires de jambes maximum dedans. Pas plus.
HuaShi prit pitié.
"- QingMing Daren devrait avoir fini de gérer le Bureau demain soir avec de la chance."
"- Et c'était quoi cette fois ?"
"- Ho, pas grand-chose. Une protestation de certains maîtres sur les nouvelles méthodes d'enseignement. Et parce que leurs appartements n'ont pas encore été refait alors que presque tous les dortoirs des disciples ont été remis à neuf.
Boya soupira. Ici aussi les dortoirs auraient bien besoin d'une remise à niveau mais ils n'avaient pas le budget. Mais au moins, à JingYun, les disciples ne risquaient pas de mourir de froid dans leur lit la nuit. Même avec les quelques infiltrations d'eau ou les courant d'air qu'ils avaient.
"- Il ne s'en sortira jamais, n'est-ce pas ?"
Mad Painter haussa les épaules en acceptant un bol de soupe, du riz et du poulet marinés revenu à la poêle. Ce n'était pas mauvais mais quand on était habitué à la cuisine d'Honey Bug, tout était fade et mal fait. Ils étaient tous comme des coqs en pâte à la Maison.
"- Zhong Xing avait déjà du mal à faire quelque chose de la secte. QingMing n'a ni son âge, ni son assise même s'il commence à les tenir un peu mieux en laisse. Mais le résultat est quand même toujours identique. A un moment ou un autre, ça finit par recommencer à se plaindre. S'occuper du Bureau est finalement assez proche d'une masturbation avec une râpe à fromage : c'est invariablement long et douloureux pour des résultats assez peu probants."
Yan Shu explosa de rire, incapable de se retenir devant l'image mentale absolument honteuse.
Boya eut un frémissement des lèvres alors que Mad Painter restait imperturbable, comme toujours.
"- C'est quoi une masturbation, gege." Réclama de savoir un des petits shidi qui tentaient de monter sans le moindre complexe sur les genoux du shishen qui le souleva sous les aisselles pour l'asseoir confortablement sur ses cuisses.
Boya ferma la bouche de Mad Painter avant qu'il ne traumatise tout le temple.
"- Tu appendras ça quand tu seras plus grand. Ce sont des fonctions réservées aux séniors et plus."
"- Ho… D'accord." L'enfant n'insista pas. Ils n'insistaient jamais parce qu'on leur répondait toujours, même si c'était pour lui dire d'attendre.
Le pouce dans la bouche, le petit garçon fit son trou dans les bras de Mad Painter, posa sa joue sur son torse et s'endormit.
HuaShi posa son menton sur son crâne. Combien de fois QingMing ou Ye HuoHua avaient-ils dormit dans la même position au cours des années ?
"- Quand allez-vous produire un œuf viable, Boya-Daren ? Nous attendons tous de pouvoir jouer les grands-parents vous savez ?"
Boya soupira. Et c'était repartit. Quand Zhuque se calmait sur le sujet, il fallait qu'un autre relance la blague. Pourtant, il ne dit rien. Autant pour ne pas énerver Zhuque que parce que…et bien…Pourquoi pas ?
"- BOYA-DAREN !"
Le fashi se redressa.
"- Qu'est ce qui se passe ?"
"- Un appel à l'aide dans le quartier des tanneurs !"
Le chef de secte était déjà debout pour aller chercher ses armes. En volant, il y serait en quelques minutes.
C'était raté pour la soirée tranquille. Il n'aurait même pas eu le temps de raccompagner Mad Painter avant qu'il ne rentre à la Maison.
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Honey Bug regarda passer avec stupeur la femme au milieu de la cuisine.
Qui était-elle ? Qu'est-ce qu'elle fichait là ?
COMMENT ETAIT-ELLE VENUE ?
Son premier réflexe fut d'aller étrangler leur maître. C'était la seule solution qu'elle imaginait. Leur maître avait profité de l'absence de quelques jours de Boya-Daren pour régler un gros problème dans un quartier de la capitale pour faire venir une courtisane ? D'après HuaShi, tout ce qui était au-dessus du junior avait dû rejoindre leur chef de secte pour aider. Même plusieurs anciens avaient dû se sortir de leur confit de cornichon à la bière pour aider.
Le second reflexe de Honey-Bug fut de se dire qu'elle était idiote. Leur maître n'avait JAMAIS invité quiconque à part Boya-Daren justement. Quand il voulait s'amuser un peu, il allait voir en général des professionnelles ou allait faire le joli-cœur comme un sale dans quelques coins bien spécifiques de la ville principale du Nord où les adultes intéressés se rencontraient en connaissance de cause à la nuit tombée. Et c'était avant qu'il soit en couple avec un fashi possessif et jaloux qui aurait probablement démonté la Maison planche par planche pour chasser l'intrus s'il trouvait une odeur qui n'avait rien à y faire. Ou l'intruse.
Il ne restait donc, à la vue de l'aisance de la femme à se déplacer dans le bâtiment, qu'une seule explication.
"- QingMing Daren ?"
La jeune femme se retourna d'un bloc. Sa poitrine faillit jaillir hors de ses robes infiniment trop étroites.
"- Ha ! Honey Bug ! Tu vas pouvoir m'aider."
"- Mais…Que…Je veux dire…" Elle eut un geste impuissant vers son maître. "Qu'est-ce que vous avez inventé encore ?"
QingMing eut une moue qui avec ses lèvres pleines et roses était absolument adorable.
"- J'ai fait des tests avec mes capacités de renard et…Voila."
La démone resta bête.
"- Ha…Et bien c'est…heu…étonnant."
"- Oui hein !" Il...Elle…enfin…QingMing était visiblement ravi. "Je pensais que je n'arriverai pas à changer d'apparence avant d'avoir neuf queues mais six ça suffit." Surtout maintenant que le renard et lui avaient fait la paix et travaillaient lentement à se réintégrer l'un à l'autre. C'était lent, mais ils y progressaient tous les jours. Avec cette queue de pure force qu'il avait maintenant, il avait voulu voir ce qu'il pouvait faire de neuf.
Il avait vu.
"- C'est… Fantastique ? J'imagine ?" La pauvre petite démone était l'image exacte de la perplexité. "Et…Vous comptez rester longtemps comme ça ?"
La grande jeune femme plantureuse rosit doucement.
"- Alors…C'est le problème en fait. Je suis coincé pour l'instant."
"- …Coincé ?"
"- J'ai épuisé le renard. Pour l'instant, il dort. Sans lui, je ne peux rien faire à part…Attendre qu'il se réveille."
"- …Et ça va durer combien de temps ?"
"- Pas la moindre idée !" Et le yin yang shi semblait s'en délecter.
Honey Bug sentit une migraine fantastique lui pincer les tempes.
"- Je vois…et vous cherchiez quoi dans la cuisine ?"
"- A manger, j'ai faim." La journée commençait à peine.
Le soleil n'était même pas levé. Mais à faire mumuse avec des pouvoirs qui le dépassait encore, il s'était mis sur le flanc. Son qi était d'ailleurs très bas. Il allait devoir manger comme un ogre pour être bon à quelque chose sur la journée.
"- Allez-vous préparer pour la journée, je vous apporte ça." Soupira la petite shishen, blasée.
Leur maître était…Il était et c'était déjà beaucoup. Beaucoup trop lorsque le soleil n'était même pas levé.
QingMing eut un large sourire
"- Merci Honey Bug !"
La pauvre démone le ? la ? salua.
Elle regarda son maître partir avec un sentiment de ruine imminente. QingMing Daren était bien trop content de lui pour qu'ils évitent une catastrophe. Elle le…la connaissait depuis le temps. Ce genre de surprise était bien trop chaotique pour qu'il…qu'elle ne s'en délecte pas.
Il allait forcément se produire une catastrophe et faire hurler des gens.
"- MAIS VOUS ETES QUI, VOUS ?" A commencer par Killing Stone.
Elle se précipita pour trouver le jeune shishen à peine réveillé qui menaçait leur maître avec son épée au profit de Boya. Il était scandalisé de voir une femme inconnue se balader dans la Maison, en plus dans les robes de leur maitre. Avait-il pris une maitresse ? Si c'était le cas, il allait lui hurler tellement fort dessus que JingYun l'entendrait à distance.
"- SHENGSHI ! DU CALME ! C'EST MAÎTRE QINGMING !"
Le jeune démon en resta bête.
"- …Quoi ?"
QingMing hocha la tête, toujours en souriant.
"- … Vous êtes une fille ?" Confirmation du chef. "Une vraie avec toute la panoplie ? Pas seulement les seins ?" Confirmation supplémentaire. "Vous allez rester comme ça longtemps ?" Cette poitrine quasi à l'éventaire parce qu'elle ne rentrait pas dans les robes à la coupe masculine avait quelque chose de touchant, il fallait l'admettre.
"- Le moins possible mais sans doute quelques jours. Pour l'instant, je suis coincé." La voix de contralto de QingMing avait une chaleur et une richesse qui donna très chaud tout soudain au shishen qui se nourrissait de musique. Il en avait l'eau à la bouche.
"- Ha." Killing Stone avait en prime beaucoup de mal à regarder leur maître dans les yeux, ce qui semblait amuser grandement le fashi. "Heu…Vous devriez allez heu… vous habiller correctement. C'est perturbant tout ça. et…" Et il n'avait pas vu ses hanches. Elles étaient serrées elles aussi dans des vêtements par adaptés du tout à sa forme féminine. Dieux du ciel ces hanches ! si les seins de leur maître étaient esthétiques, le jeune démon était complètement fasciné par ses hanches.
Le shishen se recula de quelques pas pour pouvoir observer son maître…sa maîtresse pour l'instant, dans sa globalité. Petit à petit, il se sentit rougir affreusement avant de décider de filer pour ne pas se ridiculiser davantage.
"- Heu…Je vais y aller hein." Et il fuit littéralement.
Honey Bug ne put s'empêcher de glousser.
"- En tout cas, vous vous êtes choisi une forme très plaisante à l'œil, QingMing Daren. Très…expressive. Le pauvre Sha ShengShi ne savait plus où oser poser les yeux. Ou alors il ne savait que trop."
Le yin yang shi eut un large sourire.
"- Je n'ai rien choisit du tout. Je pense que c'est la forme que j'aurais eu si j'étais né femme. C'est tout. Elle est…Venu naturellement."
"- Vraiment ? Et bien si toutes les renardes démon profitent des mêmes attributs, je doute que ce soit leur magie qui attire les hommes."
QingMing savait que cette forme était séduisante. Encombrante, mais séduisante. Il ressemblait beaucoup à sa mère. De ce dont il se souvenait d'elle, il avait son sourire, sa poitrine et ses hanches sous cette forme.
"- J'espère que Boya sera du même avis."
Le temps qu'il regagne sa chambre, la rumeur en la personne d'un Killing Stone tout perturbé avait couru. Suffisamment pour que Snow Hound, Mad Painter et Hei Feng soient venu voir ce que leur maître adoré avait encore inventé comme ânerie. Liu Ye aussi suivait.
Dès qu'il vit leur maître, il lui sauta au cou avec une délectation de gosse.
"- C'est joliiii !" Lui voyait juste l'aspect esthétique et confortable, surtout confortable, des deux flotteurs qui précédaient l'arrivée de leur maître dans une pièce.
"- …ShengShi avait raison alors… Qu'est-ce que vous avez fait ?" Mad Painter avait croisé les bras sur le torse et fixait le maître en fronçant les sourcils.
Il se sentait soudain incroyablement protecteur de voir leur maître comme ça. Et suspicieux. Il allait le suivre à la trace dès qu'il sortirait de la maison pour le protéger des fâcheux.
QingMing expliqua encore sa petite entourloupe et son incapacité momentanée à reprendre son service trois pièces tout en caressant la tête de Liu Ye comme il aurait gratouillé la tête d'un petit animal de compagnie.
"- D'accord, vous ne sortez pas sans une escorte d'au moins deux personne tant que vous avez des seins."
"- TianGou ! je suis grand, je sais me défendre."
"- Nous on le sait. Pas les idiots qui voudront tenter de vous tripoter au passage et nous n'avons pas besoin que Boya Daren rase le pays par le feu parce que quelqu'un vous a mis une main aux fesses."
QingMing du reconnaitre que ce n'était pas à exclure. Lorsque Honey Bug ou Peach Blossom quittait la Maison, il lui était arrivé plus d'une fois de devoir intervenir pour empêcher des crétins libidineux de leurs ennuyer. Il accepta donc la chose de bonne grâce.
Voir leur maître raisonnable rendit ses shishen encore plus suspicieux.
Killing Stone débarqua avec une tasse de thé fumant à la main qu'il poussa entre les doigts de QingMing.
"- Avalez ça."
"- Qu'est-ce que c'est ?"
"- Ne discutez pas, avalez."
Le fashi obéit, amusé d'avoir autant de mères poules autour d'elle.
"- C'est dégoutant." Se plaignit-elle avec une grimace.
"- Vous en prendrez une tasse tous les matins. Pas de discussion. Jusqu'à ce que vous soyez redevenu vous-même."
"- Qu'est-ce que c'est que cette horreur ?" QingMing voulait bien être accommodant mais pas quand on lui faisait boire du purin !
"- Une tisane contraceptive. Vous allez sauter sur Boya Daren du plus loin que vous allez le voir, on n'a pas besoin d'un accident."
QingMing en resta bête pendant que les autres se mettaient à hocher vigoureusement la tête.
"- Excellente initiative, ShengShi." Félicita Snow Hound.
"- Mais vous me prenez tous pour un dépravé !" Le regard lourd de tous ses shishen le scandalisa un peu plus. "Il me semble que c'est vous qui avez du mal à me regarder dans les yeux ce matin, pourtant." Sans compter Liu Ye qui avait posé sa joue sur sa poitrine et y somnolait debout comme l'enfant qu'il était.
Les quatre démons se sentirent rougir. Même Hei Feng.
"- Vous ne pouvez pas nous reprocher de trouver cette apparence très…heu…stimulante." Osa le petit démon timide.
QingMing resta un instant sans rien dire avant de gentiment repousser Liu Ye qui retourna se gluer à Killing Stone puis le fashi fit glisser le col de sa robe pour dégager totalement ses épaules et sa gorge.
"- C'est mieux comme ça ? En tout cas c'est plus agréable à porter ainsi. Ça m'étrangle moins"
Snow Hound lui sauta littéralement dessus pour remonter la robe sur lui…elle et la refermer pour cacher l'étalage de chair. Il était écarlate et visiblement scandalisé.
"- QINGMING ! ENFIN ! UN PEU DE TENUE ! TU N'ES PAS UNE COURTISANE ! ON T'A MIEUX ELEVE QUE CA !"
Le fashi éclata de rire. C'était adorable de voir ses shishen tenter de protéger son inexistante vertu ainsi.
"- Je vais vous trouver des vêtements adaptés." Promis Honey Bug, lugubre.
"- Hors de question que vous sortiez d'ici sans avoir quelque chose d'un peu plus couvrant sur le dos.
Un peu à l'écart des considérations du moment, Mad Painter détaillait son maître avec un intérêt tout professionnel.
"- En attendant, venez. Vous allez être utile." Il l'attrapa par la manche et le tira avec lui jusqu'à sa tanière. Avec un modèle pareil, il voulait le peindre !
Pendant que chacun s'agitait, qui pour trouver des vêtements pas trop osés, qui pour venir voir leur maître une fois que la rumeur eut traversé le domaine à la vitesse d'un cheval au galop, qui pour envoyer des courriers pour annuler les rendez-vous de leur maître au moins pour la journée, Mad Painter avait sorti une partie des plus belles tenues de leur maître pour les lui pousser sur le dos, lui faire prendre des poses tellement lascives qu'elles le gênaient même lui et le peindre avec frénésie. Tant et si bien que QingMing se plaignit quand même au bout d'un moment qu'il n'était pas un bout de viande.
"- Entrainez-vous pour quand Boya-Daren sera là."
Evidemment, si on le prenait par les sentiments…
HuaShi releva le nez de son papier, fixa longuement leur maître puis secoua la tête avec amusement. Bah, ils laisseraient quand même la primeur de cette nouvelle forme au tueur de démon. Il était hors de question pour le shishen qu'ils ne puissent pas en profiter aussi. Et comme Killing Stone avait été d'un pragmatisme fascinant, ils avaient encore moins de raison de ne pas s'amuser. C'était même le moment idéal pour faire découvrir a Boya les plaisirs des parties fines à plusieurs.
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Boya passa le portail pour rentrer chez lui. Il y avait longtemps maintenant que la Maison du Lac était son chez lui. Sa famille l'y attendait et l'y accueillait toujours avec plaisir. Au Temple aussi évidemment, mais ce n'était pas pareil. Le Temple était la maison de son enfance. La Maison du Lac, la maison de sa maturité. Un peu comme une épouse qui quitte le clan de sa famille pour rejoindre celui de son époux.
Un petit sourire fin lui monta aux lèvres. Il suffisait qu'il passe ce fichu portail pour sentir ses épaules se dénouer, son estomac se desserrer et sa migraine s'apaiser. Il avait passé sa journée à lutter contre des fournisseurs mal embouchés et un nid de yao particulièrement violents. Il avait fallu qu'il s'y mette avec six de ses maîtres pour nettoyer le nid. Et encore avaient-ils eut des blessés. Rien de trop grave heureusement, mais ça restait quand même d'une rare violence. Il n'était pas fréquent de trouver des nids aussi gros et aussi agressif. Mais le fashi estimait quand même qu'ils étaient moins problématiques que les fournisseurs. Il n'avait pas hurlé si fort depuis des années. Quelque part, ça avait fait du bien, mais perdre son sang-froid sur le prix du kilo de riz, c'était un peu pathétique quand même.
"- Bonsoir Boya-Daren !"
"- Honey Bug…"
La démone se mit à glousser. Elle frétillait comme un gardon en le voyant.
"- Il se passe quelque chose ? Tu as l'air bien contente."
"- Ho non, non." Elle mentait, c'était évident.
"- Bonsoir Boya-Daren !"
"- Snow Hound…Mad Painter…" Ok, il se passait un truc. Pourquoi est-ce que tout le monde venait le voir à peine arrivé ? " Liu Ye " Le jeune shishen lui avait sauté au cou pour frotter sa joue contre la sienne pour lui dire bonjour avant de le lâcher. Se mettre en colère contre lui ou simplement le gronder était impossible. "Killing Stone….Hei Feng…." Où était l'arnaque ? "D'accord, qu'est-ce que QingMing a fait ?"
Les shishen avaient tous le même énorme sourire.
"- Au moins, il le connait, c'est bien."
"- Aucune illusion."
"- C'est rafraichissant."
"- Messieurs…" Soupira Boya
Les quatre shishen faisaient vieilles commères comme ça.
"- BOYA !"
Le chef de secte sursauta lourdement à la voix féminine qui venait de l'appeler de l'autre bout du couloir.
Quelqu'un lui sauta au cou sans qu'il n'arrive à reconnaitre immédiatement l'odeur sucrée qui lui monta aux narines.
Une poitrine moelleuse se pressa contre son torse, ses mains se posèrent sur des hanches larges et une taille étroite. Une gorge chaude bien trop visible se pressa contre son nez.
Il repoussa rudement la femme et se cacha immédiatement derrière Snow Hound qui se trouvait être la personne la plus proche de lui.
"- MADAME ! UN PEU DE CALME ! JE SUIS UN HOMME MARIE !" ou presque.
La réponse instinctive et totalement irréfléchie fit se figer QingMing. De grosses larmes lui montèrent aux yeux sans qu'il ne parvienne à les retenir. La panique de Boya monta encore davantage. Qu'est ce qui se passait ? Qui était cette fille ? Ou était son renard ? C'était lui qui l'avait amené ici ?
Les shishen observaient la scène avec un mélange d'amusement et de tendresse. La réaction instinctive de Boya était adorable autant qu'inattendue.
"- C'est moi Boya…."
"- ….."
"- QingMing. Avec des trucs en plus et d'autres en moins, mais c'est moi."
Boya ouvrit de grands yeux. Il reconnaissait le sourire de son compagnon sur le visage de la femme devant lui. Et s'il repoussait le sucre de son odeur, il retrouvait la base de celle de son Partenaire.
Zhuque était aussi perplexe que lui.
"- …QingMing ?"
La femme hocha la tête.
Boya se sortit de derrière Snow Hound pour questionner ses frères shishen.
"- C'est vraiment mon QingMing ?"
Honey Bug ne put se retenir de roucouler tellement c'était adorable.
"- C'est vraiment QingMing Daren. Il a encore fait n'importe quoi, mais c'est bien lui." Soupira le Tengu.
"- A-DIE !"' Protesta le yin yang shi.
Boya vint reprendre son compagnon timidement dans ses bras. Il ne savait pas trop où mettre ses mains pour rester respectueux de ces formes inattendues. Il avait l'impression qu'où qu'il les mette, ce serait insultant. Son éducation avait été stricte pour ça.
QingMing finit par prendre ses mains dans les siennes et les poser sur sa taille. Boya rougit affreusement.
"- Et tu vas rester comme ça combien de temps ?" Lui n'avait aucun problème à regarder son compagnon dans les yeux. Maintenant qu'il savait qui était dans ses bras, il se détendait lentement. Petit à petit, il le serrait plus étroitement contre lui.
"- Quelques jours. Le temps que je récupère l'énergie nécessaire à redevenir moi-même. Avec l'entrainement, ce sera plus facile." Ca l'avait épuisé d'y arriver une fois. Comme de forcer un passage dans de la terre humide avec le bras. Une fois que le trou était fait, ce serait beaucoup plus facile de repasser le bras quand il voudrait.
Boya enfouit son nez dans son cou.
"- A part le sucre, c'est bien ton odeur."
Zhuque était ravi. Leur Partenaire pouvait devenir une femelle ! Ça voulait dire des œufs encore plus facilement ! Ils pourraient même faire des œufs en même temps et couver en même temps ! Cette nouvelle vie était merveilleuse pour le phénix. Il allait travailler encore plus le corps de son vaisseau pour qu'il puisse commencer à pondre rapidement. Il faudrait du temps avant que les œufs soient fertilisables et viables.
"- Killing Stone lui a fait avaler un contraceptif, Boya Daren." Le fashi s'empourpra affreusement au sous-entendu. Il rougit encore plus de savoir que ce serait forcément utile. "Amusez-vous bien." Sourit Mad Painter.
Il se retint de proposer tout de suite au chasseur de s'amuser à cinq voir plus. Il verrait plus tard.
Les shishen laissèrent le couple tranquille pour retourner à leurs propres activités.
"- Vous avez diné, Boya-Daren ?" Honey Bug les fixait avec adoration. Elle voulait se trouver un partenaire aussi respectueux, tendre et intense que le chef de secte.
"- J'ai avalé quelque chose, je te remercie." Boya n'avait d'yeux que pour son partenaire.
La jeune démone gloussa.
"- Passez une bonne soirée."
QingMing posa une main entre les épaules de son compagnon. Les caresses sur les marques entre ses omoplates le firent soupirer de contentement autant qu'elles apaisèrent Zhuque.
"- Veux-tu une tasse de thé ?"
"- Avant de trousser tes robes ?"
"- C'est une possibilité mais absolument pas une obligation."
Le reste de tension entre les épaules de Boya disparu. Il aurait détesté que QingMing exige de lui un service qu'il ne se sentait pas à l'aise de donner malgré les plaisanteries de la maisonnée. Son QingMing en fille était quand même un changement radical qui le troublait.
"- Et au pire, je suis sûr que HuaShi se fera un plaisir de s'occuper de toi le cas échéant." Il avait bien vu le regard du shishen.
"- HuaShi est un hédoniste sans scrupule et sans honte."
"- Telle mère tel fils, ou telle fille j'imagine.
"- Dis comme ça, c'est absolument scabreux, mon Boya."
Le chef de secte renifla, amusé. Il passa un bras autour de la taille de son Partenaire pour retourner à leur tanière. Malgré les flotteurs en plus en haut et ce qui manquait en bas, il retrouvait quand même son partenaire et c'était tout ce qui comptait pour lui. Le reste, ce n'était que de la plomberie.
Une fois le thé servit et bu, QingMing rampa dans sa tanière pour venir s'installer dans le giron de son bel oiseau comme il le faisait souvent. La familiarité de la chose rassura encore plus Boya. QingMing s'était changé pour une tenue de nuit légère mais avait couvert le zhong yi trop étroit d'une robe d'intérieur large pour ne pas trop le gêner.
"- Mon admiration pour la gente féminine croit de minute en minute." Lâcha soudain le yin yang shi, la joue posée sur l'épaule de son compagnon.
Boya avait glissé machinalement ses doigts entre la ceinture du pantalon et la chemise du zhong yi pour lui caresser la hanche comme il le faisait souvent.
"- Ha oui ?"
"- Tout le cocktail chimique qu'elles ont dans le corps…Et je ne parle même pas de tous ces organes interne bizarre en plus. Je ne sais même pas comment elles font pour se tenir droites."
"- Tu y arrives bien."
QingMing du en convenir.
"- Même mon centre de gravité est plus bas. J'ai failli tomber en me levant juste après avoir réussi à changer de sexe."
Boya eut un petit rire attendrit. Son compagnon parlait de ca comme il aurait parlé de changer de chaussures. C'était fascinant.
"- Tu te rappelles que nous devons voir l'Empereur demain n'est-ce pas ?"
QingMing se redressa. Une horreur certaine apparut sur ses trais. Non, il avait oublié !
"- …Je suis malade. Très malade. Je ne peux pas y aller." Marmotta-t-il…Elle…
"- J'espère qu'il acceptera cette excuse." Boya embrassa son partenaire sur le crâne. Son adorable renard qui faisait n'importe quoi. "Tu es quand même une superbe femme."
"- A ton gout ?"
"- QingMing…tu es à mon gout même quand tu fais la taille d'un cheval et que tu as des poils partout. Tu es à mon gout quel que soit ta forme, ton apparence, ton sexe ou quel qu'autre détail que tu voudrais changer. Tu es mon QingMing. C'est la seule chose qui compte pour moi."
Le sourire lumineux du demi-démon réchauffa le ventre de son partenaire. Y avait-il un terme quand on n'était attiré que par une seule et unique personne quel que soit son sexe ou son apparence ? S'il en existait un, Boya était ça. Il n'y avait que son QingMing pour lui. Qu'il soit un homme, une femme, un renard ou n'importe quoi d'autre, ça restait son QingMing.
