Le renard et le phénix se séparèrent au bout d'une bonne heure au grand soulagement des prêtres de Jing Yun.
Leur soulagement dura peut-être un quart d'heure, soit le temps qu'il fallut aux deux créatures pour trouver à boire, pour le renard de trouver et tuer plusieurs gros lapins qu'il offrit à son phénix qui les engloutit en deux coups de bec puis ils repartirent à se courir après dans les arbres autour du temple. Comme le renard ne pouvait pas voler, il fallait bien que le phénix s'adapte. La nouvelle course-poursuite dura une bonne demi-heure cette fois avant que le renard ne pense à passer dans les arbres et fasse le mort jusqu'à ce que le phénix se pose, confus et inquiet, à la recherche de son partenaire.
Alors seulement le renard lui sauta sur le dos, lui pinça la nuque entre ses dents et obtint une fois de plus sa soumission pour le couvrir.
Le tout, avec tellement de bruits que même les habitants locaux des bois commencèrent à momentanément déménager en attendant que les deux bestioles laissent leur biome tranquille.
Dans le temple lui-même, leurs invités avaient déniché les cuisines et se bourraient la gueule avec enthousiasme. C'était la seconde fois qu'ils venaient au temple et c'était la seconde fois qu'ils en avaient des palpitations. Ils comprenaient mieux le rire de l'Empereur quand il leur avait demandé leur impression sur la situation et qu'ils avaient louvoyé de leur mieux dans une tentative désespérée de ne se mettre personne à dos et de ne pas lâcher qu'ils étaient tous cintrés et dangereux.
L'Empereur s'amusait de leur consternation.
Dee comme Zhenjin anticipait déjà les questions de l'Empereur sur ce qui s'était passé aujourd'hui.
COMMENT expliquer ça ?
"- Ho ce n'était rien, juste le chef de secte local qui s'est transformé en phénix avant de se faire grimper par son petit copain yin yang shi qui est un renard-démon, oui avec du poil et des queues. Parce que le premier était en chaleur."
Comment ? Qui pouvait dire ça en bonne société ? Dans quel contexte ? Mais le PIRE ! c'était qu'ils n'avaient pas pu interroger leur témoin. Ils se trouvaient donc coincés à devoir attendre. Pour combien de temps ? Ils n'en savaient rien.
Un barrouf de fin du monde les fit sursauter.
Une poignée de prêtres épouvantés se ruèrent dans la cuisine avant de refermer la porte derrière eux, juste à temps pour que les deux enquêteurs voient passer l'énorme masse blanche du renard démon.
Un renard démon !
Le chef d'une des quatre sectes proéminentes était un DEMON ! Et l'empereur le savait, ils en étaient sur. Zhenjin était très désolée de ne pas pouvoir enfoncer sa lame dans le crane de l'immonde bestiole. Un démon. Au cœur même de l'empire et qui avait l'oreille du souverain.
Après leur première rencontre avec Boya-Daren, ils s'étaient un peu renseignés sur les rumeurs locales qui couraient. Ils n'avaient pas été déçu. Consternés aurait été une meilleure réponse. La moitié des rumeurs leurs semblaient physiquement impossibles. Un bon quart, totalement outrancières et le reste, juste honteuses.
Ils avaient donc plus ou moins tout balayé d'un revers de main en mettant ça sur le compte des jaloux de l'influence des deux prêtres sur l'empereur. Influence d'ailleurs visiblement limitée si les quelques conversations qu'ils avaient eu avec le souverain étaient signifiantes. L'homme avait un solide bon sens qui ne se satisfaisait ni de demi-mesure, ni de subtilité.
…Le yin yang shi avait probablement REELLEMENT envoyé une lettre d'insultes à l'Empereur ! Et y avait survécut.
Bref
"- ...Vous êtes ivres ?"
La question du prêtre lambda de JingYun fit sourire les deux hommes.
"- Pas encore assez, soyez en sûr."
Ils furent vite rejoints à leur table par de nouvelles bouteilles et des prêtres.
On poussa vers eux des baos à la viande encore chauds. Au moins, ils étaient accueillants.
Et totalement blasés.
"- Ça arrive souvent ce genre de choses ici ?"
"- Depuis que notre chef de secte et QingMing Daren se sont rencontrés, c'est...je ne dirais pas fréquents mais ce n'est pas rare non plus."
Les prêtres haussèrent les épaules.
"- Bah, ça met de l'ambiance au moins."
"- D'AILLEURS !" Yan Shu se laissa tomber sur un banc, attrapa une bouteille, s'en envoya la moitié dans le gosier puis avala deux baos en autant de coups de dents. "Les paris sont ouverts."
"- Sur ?"
"- La productivité du jour."
Les prêtres s'entre-regardèrent un moment avant d'ouvrir de grands yeux. Puis ils sortirent leurs bourses pour parier sur le nombre d'œufs que pondraient leur chef de secte.
Dee et son ami s'entre-regardèrent aussi un instant. Ils n'étaient pas assez ivres pour ça.
Ils reprirent chacun une bouteille pour se l'envoyer cul sec dans le gosier.
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QingMing fut le premier à se réveiller.
Après avoir coursé Boya dans tout le temple et ses alentours pendant bien quatre heures, le grand phénix avait fini par retourner se poser sur sa terrasse.
QingMing avait galopé jusqu'aux appartements de son compagnon pour trouver l'énorme oiseau qui s'installait confortablement dans son nid en caquetant de contentement et en ébouriffant ses plumes.
Le renard s'était approché en rampant lentement pour aussi bien ne pas être considéré comme une menace que pour ne pas faire peur à son partenaire.
Boya l'avait regardé faire avec hauteur. Si quelqu'un avait dit un jour au demi-démon qu'un bec pouvait être expressif, il aurait éclaté de rire. Là, le phénix le toisait de toute sa hauteur le "Mais qu'est-ce que tu trafiques encore bougre d'imbécile poilu ?" évident dans son expression générale.
Rassuré, QingMing avait sauté dans le nid. Il s'était callé sous une aile de son compagnon, avait posé sa grosse tête sur son dos et avait fermé les yeux, vite bercé par les caquètements satisfaits du phénix. Il y avait dormi ce que son horloge interne estimait à au moins deux jours. Contre lui, la tête sous l'aile et collé à son poitrail, Boya dormait toujours.
Le yin yang shi prenait lentement conscience de ce qui s'était passé. Mais s'il réalisait, il mit plus longtemps à comprendre. Il ne voyait qu'une solution. Les chaleurs de Zhuque avaient submergé le lien de shishen entre eux, ne laissant d'autre choix à QingMing en son rôle de Partenaire que de couvrir le grand phénix jusqu'à satisfaction.
QingMing tenta de questionner le renard en lui. Sans succès. C'était comme s'il n'y avait plus de séparation entre eux. Ho, il pouvait toucher quelque chose, mais ce n'était plus cette conscience réellement séparée qui était la moitié de sa persona jusque-là. Au fond de lui, il touchait un contentement satisfait. Une présence qui était lui-même.
Ce n'était plus le renardeau qui contemplait le petit enfant effrayé.
C'était un renard adulte à six queues qui cheminait épaule contre épaule avec sa contrepartie humaine et adulte.
Quand était-ce arrivé ?
Il faudrait qu'il se penche là-dessus mais plus tard. Pour l'instant, seul comptait Boya. Qui faisait trois mètres de haut quand il était sur ses pattes, avait un bec, des plumes partout, des serres qui pouvaient vous éventrer une vache et...et qui était toujours aussi beau et séduisant.
Même sous cette apparence, QingMing ne pouvait que le trouver toujours aussi fascinant et merveilleux et...
D'accord, il était complétement irrécupérable.
Aussi doucement que possible, le grand renard se désincarcéra de sous l'aile de son compagnon pour le laisser dormir tranquillement. Lui, il mourrait de soif et de faim. Quand son bel oiseau se réveillerait, il aurait surement besoin de se nourrir lui aussi.
Sans réfléchir plus avant, il déposa une petite lèche sur le bec de son phénix puis quitta la chambre pour aller chasser.
Quand il revint une grosse heure plus tard avec un daim dans la gueule, les prêtres qu'il croisa se contentèrent de le saluer avec un regard tellement blasé qu'il en était insultant.
Un petit trille inquiet le salua dès qu'il rejoint son bel oiseau.
Où était-il passé ?
QingMing posa le daim devant le phénix qui pencha la tête vers lui pour frotter son bec contre sa joue. Le renard répondit à la caresse avec tendresse mais ne lui lécha pas le bec. Boya n'aimait pas quand il le léchait après avoir chassé. Même s'il savait que pour l'instant c'était surtout Zhuque qui était devant la conscience double. Ca ne le dérangeait pas vraiment. Boya reprendrait la préséance à un moment ou un autre, quand il ne serait plus nécessaire pour Zhuque de rester en contrôle. En attendant, c'était le rôle de QingMing de prendre soin de son partenaire.
Il lui approcha un peu plus la viande et en arracha des bouts avec ses crocs pour les lui présenter sans qu'il ait besoin de quitter le nid. Zhuque roucoula encore un peu, charmé. Il prit chaque morceau de viande l'un après l'autre dans son bec avant de le gober tout cru. Une fois qu'il ne resta plus qu'une carcasse dont on avait retiré les meilleurs morceaux, le renard alla poser les restes à la cuisine.
Le cuisinier resta perplexe un moment avant de hausser les épaules.
"- On peut utiliser le reste de la viande ?" Le renard hocha la tête. "Parfait. Et si vous en trouvez d'autre, on est preneur, hein."
Le renard agita ses queues. Il rapporterait une bête ou deux entières dans la journée. Puis il retourna auprès de son phénix qui faisait bouffer ses plumes pour les nettoyer un peu de la poussière que leurs amusements avaient soulevé partout.
Le yin yang shi retrouva sa forme humaine avec aisance. Il savait où étaient les brosses que Boya utilisait pour toiletter ses ailes. Même si c'était plus généralement lui qui le faisait lorsqu'ils étaient à JingYun. Quand ils étaient à la maison, c'était une activité de groupe ou tout le monde prenait soin de tout le monde. Ceux qui n'avaient pas de fourrure ou de plumes se faisaient brosser les cheveux et ceux qui avaient assez de poil pour noyer un village se retrouvaient soumis à l'affection de tous les autres.
Ha.
Mais il n'y avait que lui dans ce cas-là.
Il restait un garçon chanceux.
Maintenant que Boya était plus grand que lui, lui aussi allait profiter de l'affection de tout le monde.
QingMing colla sa joue au bec de son phénix. Maintenant qu'il le voyait avec ses yeux humains, il le trouvait toujours aussi magnifique.
"- Et si tu me laissais te brosser ?"
L'énorme oiseau roucoula de contentement et se laissa faire avec délectation. Il ne bougea même pas lorsqu'on toqua à la porte.
"- Entrez ?"
Yan Shu passa la tête par la porte.
"- Ha ! Au moins un de vous est visitable. Je peux entrer ou je vais me faire déchiqueter ?"
QingMing continuait à brosser les plumes de son Partenaire.
"- Il est trop confortable pour bouger tant que je suis là." Rassura le fashi.
Il portait les mêmes robes que lorsqu'il avait changé de forme. C'était encore une question ça. Ou allaient-elles quand il devenait un renard ? Les robes de Boya avaient été retrouvées sur la terrasse après tout.
Ce n'était pas le moment d'y penser.
"- Vous avez causé une grande angoisse au temple et la capitale est en émois vous savez. Un phénix qui apparait dans le ciel ? après que Zhuque réincarné ait détruit le serpent ? Certains sont déjà en train de construire des autels pour lui un peu partout dans la ville."
Ca n'étonna pas franchement QingMing. Mais du moment qu'on fichait la paix à son Boya et que personne en bas ne faisait la relation entre les deux, il était content.
"- J'imagine que l'empereur nous a convoqué ?"
Le sourire de Yan Shu se crispa un peu.
"- Nope."
"- Non ?"
"- Il a prévenu qu'il serait ici dans quelques jours."
"-... Ha." Avait-il le temps d'emmener Boya avec lui à la Maison du Lac ?
"- Quelque chose me dit qu'il sera là avec une cour très, très réduite."
Le message qu'ils avaient reçu était laconique et se limitait à la date de son arrivée. Ca faisait des décennies qu'un membre de la famille impériale et encore moins l'empereur ou l'impératrice eux même n'avaient pas mis les pieds au temple.
"- J'imagine qu'il ne va pas bien le prendre si nous fuyons ?"
"- Vous pensez que Boya Daren aura moins de plumes pour sa visite ?"
QingMing caressa le bec de son bel oiseau qui ouvrit les yeux. Il baissa la tête sur Yan Shu qui se sentit se tasser sur lui-même. La colossale créature était encore plus impressionnante de près.
"- Je n'en sais rien du tout."
Zhuque frotta sa grosse tête contre le torse de son Partenaire. Il continuait les gratouilles ? QingMing obéit docilement sans même y réfléchir.
Yan Shu hésita longuement. Les chaleurs du phénix étaient visiblement finies. Est-ce que ça voulait dire qu'ils allaient avoir des œufs ?
Si oui, ce serait quoi ? Des humains ? Des phénix ? Des hybrides ? Des renards ?
Des démons ?
Des dieu-gardiens ?
Comment est-ce que ça pouvait même marcher ?
Un grognement lui échappa.
"- Un problème, Yan Shu ?
"- Pas vraiment. Juste... Il va pondre des œufs hein ?"
"- C'est possible." Et QingMing ne savait pas comment il allait gérer ça.
Une partie de lui était morte de peur, l'autre délirante de bonheur. Mais encore fallait-il que les œufs soient viables. Après tout, qu'est ce qui garantissait qu'un renard démon et un phénix divin étaient compatibles. Et puis, c'étaient les premières chaleurs de Boya ! Les humaines n'étaient pas forcément très fertiles dès qu'elles étaient nubiles. Qu'est ce qui prouvait que Boya l'était et que ce n'étaient pas des chaleurs d'entrainement ou quelque chose comme ça ?
"- Et s'il pond, ça va prendre combien de temps pour couver ?"
QingMing haussa les épaules. Qu'est-ce qu'il en savait exactement hein ? Il faudrait attendre que Boya revienne à la conscience suffisamment pour qu'il puisse une fois de plus jouer les interprètes pour Zhuque.
Le phénix réclama doucement d'un ton plaintif. L'attention de son partenaire n'était plus sur lui alors qu'il en avait besoin !
"- Yan Shu, si vous permettez..."
Le premier disciple n'insista pas. Il fila immédiatement. Il n'avait aucune envie que le poulet géant l'attaque. Surtout pas avec son bec de quarante centimètres de long et ses serres d'autant.
L'énervement momentané de Zhuque se calma dès qu'il fut à nouveau seul avec son partenaire.
Il allait bientôt pondre il le savait. Ça allait être une expérience nouvelle pour lui qui lui aurait été impossible s'il n'avait pas été un dieu gardien. S'il ajoutait à ça la surprise que représentaient les nouvelles prières qui étaient élevées à son endroit, et il était résolument sur que si cette ponte n'était pas une réussite, l'une des prochaines le serait. Ce n'était que la première après tout. Aussi bien pour Boya, QingMing ou lui. Il avait encore des réglages à faire dans le corps de son avatar. Que ce soit sous cette forme à plumes ou celle plus humaine.
QingMing lui caressa les plumes.
"- Ca va aller, Zhuque. Mais j'aimerai bien savoir que Boya est avec nous et qu'il n'est pas perdu, tu sais ?"
Zhuque s'agita dans son nid. Il commençait à se sentir mal à l'aise avec un certain poids sur le ventre. Il roucoula doucement. Il ne savait pas comment faire comprendre à son partenaire qu'il allait pondre et qu'il avait besoin qu'il reste près de lui.
Boya avait tout observé de l'arrière de son propre esprit. Il comprenait un peu mieux l'avidité de Zhuque de participer à tout maintenant qu'il était à sa place. C'était irritant de tout voir, de tout ressentir, mais de manière étouffée.
Il ne se rappelait pas vraiment comment il était devenu un phénix.
Un instant il méditait et revivait les souvenirs de Zhuque avec lui. L'instant d'après non seulement il volait avec le phénix mais il était le phénix.
Boya n'avait jamais ressenti une telle liberté, une telle joie simple. Il comprenait mieux la peine de Zhuque d'avoir dormit si longtemps dans sa tombe de pierre. Il avait été heureux de le laisser prendre complétement les commandes jusqu'à ce que Zhuque revienne vers le temple et se pose. Le fashi n'avait pas imaginé une seconde que cet abandon complet était la dernière chose qui retenait les chaleurs du phénix.
Jouer avec son QingMing avait été un autre genre de plaisir. Heureusement qu'il était un oiseau géant pour l'instant où il aurait été mortifié de savoir que tout son temple les avait vu se grimper dessus. Mais... Ils étaient des animaux pour ça. Sa conscience pouvait s'en accommoder.
Sans doute.
Il commençait à avoir une saine culture de l'humiliation avec son QingMing. Encore deux ans auparavant, il se serait enfermé dans ses appartements pour au moins dix ans. Là…il s'en fichait déjà un peu. Le sans-gêne de QingMing et de ses shishen commençait à le contaminer.
Pendant que Boya s'arrangeait avec sa conscience à géométrie de plus en plus variable, Zhuque était extatique de voir leur partenaire s'occuper d'eux. Il l'avait nourri, il s'était occupé de leurs plumes... Un mâle parfait.
C'était bizarre pour le phénix de se trouver à assumer un rôle normalement dévolu à une femelle, mais en l'absence de madame phénix, il n'était pas dérangé plus que ça de jouer les pondeuses. Après tout, leur Partenaire aussi pouvait être une femelle et ça ne lui ébouriffait pas plus le poil que ça. Ils étaient un mâle qui pouvait pondre, la belle affaire. Killing Stone était bien sage-femme...
Bref.
Boya grogna soudain lorsqu'une douleur perturbante lui remonta dans le dos.
Zhuque n'était pas plus rassuré que lui.
Qu'est ce qui se passait ?
Le phénix quitta son nid pour se mettre à marcher dans l'appartement. Il devait baisser la tête, le cou tendu devant lui pour ne pas se cogner. Il faudrait qu'ils revoient leur nid. Ici, c'était confortable mais pas pratique.
Un petit trille douloureux échappa au Phénix.
QingMing le suivait, une main sur son épaule. En bon mâle, il était complétement perdu et ne savait pas quoi faire à part être là. Ce qui était finalement la seule chose dont avait besoin le phénix. L'oiseau géant retourna à son nid pour s'y accroupir. Les doigts de QingMing glissèrent sur son cou mais le demi-démon ne se colla pas à lui. Il était juste là, à lui murmurer des petits riens réconfortants.
Zhuque se mit à siffler d'inconfort.
Boya grogna avec lui.
Leur corps se convulsait pour expulser quelque chose sans qu'ils aient le moindre contrôle sur leurs muscles.
C'était du pur instinct.
QingMing était à côté d'eux. Anxieux, follement inquiet, mais bien là. Sans savoir quoi faire d'autre, il leur transmit du qi pour alléger un peu la douleur. Ce n'était pas douloureux toutefois. Juste incroyablement inconfortable. Pourtant, Ni Boya ni Zhuque ne l'en empêchèrent. Ca ne faisait que renforcer et réconforter le lien entre eux et l'impression que leur Partenaire participait à la ponte.
Un premier œuf prit gentiment sa place au milieu des couvertures, vite suivit par un deuxième. Zhuque se redressa un peu.
"- C'est fini ?" QingMing était autant mort d'inquiétude qu'avide de voir ce que son compagnon avait pondu.
Boya secoua la tête. Il se mit à caqueter avant de refermer son bec, visiblement irrité. Zhuque avait reculé dans son esprit pour laisser Boya reprendre les devants.
"- Boya ?"
Le phénix hocha la tête.
"- Ha ! Est-ce que tu vas bien ?"
L'oiseau hocha encore la tête.
"- Tu peux redevenir humain ?"
Non.
"- Plus tard ?"
Oui.
"- Après avoir pondu et couvé ?"
Oui.
"- D'accord."
QingMing prit la grosse tête de son Partenaire dans ses bras pour la serrer contre lui. Il n'avait pas réalisé à quel point il avait craint de perdre totalement son compagnon au profit de Zhuque. Il aimait Zhuque évidemment, mais comme un satellite de son Boya. Pas seul.
Boya pressa son front contre le torse de son compagnon, lui aussi soulagé. Son QingMing l'aimait toujours malgré cette apparence et cette ponte grotesque. Il allait avoir besoin d'une longue période de méditation quand tout serait finit pour admettre qu'il pouvait et avait pondu des œufs.
Un sifflement d'irritation lui échappa encore. Boya s'accroupit à nouveau au-dessus des couvertures et poussa encore deux œufs de plus à l'extérieur. C'était finit ou il allait en subir d'autre ? Parce qu'il refusait d'admettre que la sensation soit plaisante. Elle satisfaisait juste quelque chose de profondément instinctif en lui. Boya se rassit prudemment dans son nid. Sa plaque incubatrice était déjà chaude.
QingMing ravala sa déception de ne pas voir les œufs. Il attendit que Zhuque soit installé confortablement sur sa ponte avant d'ennuyer encore son partenaire.
"- Tu as faim ?"
Non
"- Soif ?"
OUI !
Qing Ming rit doucement de voir le grand phénix hocher vigoureusement la tête.
"- Je reviens vite."
Il déposa un petit baiser sur le bout du bec de son partenaire puis s'assura qu'il acceptait qu'il le laisse un peu seul avait de refermer la porte des appartements sur lui.
Il devrait trouver un baquet ou un chaudron assez grand pour mettre de l'eau. A la cuisine sans doute, avec un peu de chance.
Dès qu'il eut posé le pied en bas des escaliers, tout ce que le temple avait de prêtre ou de disciples lui sautèrent littéralement sur le râble.
"- ALORS ?
"- ... Alors quoi ?"
"- Comment va Boya-Daren ?" Lun Yao n'en pouvait plus.
"- Il va bien. Il pourra reprendre sa forme humaine dans quelques temps."
"- Dans quelques temps ?"
"- ...Il couve."
Sans surprise, des grognements se firent entendre de la part des parieurs qui avaient perdu leur pari.
"- Combien d'œufs ?"
"- Je ne les ai pas encore vu mais quatre je pense." L'argent changea encore de mains. "Il reste quoi comme pari ?"
"- La couleur des coquilles, la tête des poussins, si même il y en a."
Yan Shu eut une grimace d'excuse à cette notion mais QingMing ne lui en voulait pas. La question se posait effectivement. Il fallait savoir être pragmatique. Avant que quelque chose sorte de ces œufs, pour QingMing, ce n'était rien de plus qu'une omelette géante. Il refusait de se faire du mal à croire en quelque chose pour être déçut à la fin. Tout au moins, il allait essayer.
"- C'est tout ?"
"- Le sexe des bébés évidemment. C'est à peu près tout."
QingMing ne savait pas s'il devait hurler de rire ou être un peu consterné. La placidité tranquille avec laquelle le temple prenait la chose était fascinante.
"-...On vous a blasé de tout à ce point-là ?"
Le soupir de souffrance infinie des maîtres et des anciens était remarquable.
Dans le lot, il n'y avait bien qu'un ancien qui ne souriait ni ne riait à la situation. L'ancien chef de secte fixait QingMing avec attention. Ainsi donc, c'était lui le meilleur ami de son élève. Et
plus que son ami visiblement. Boya lui avait bien dit qu'il était son âme sœur, mais il lui avait consciencieusement caché la teneur physique de sa relation avec le Yin yang shi. Il en était... heurté ? irrité ? furieux ? les trois ?
Les trois…
"- Vous avez besoin de quelque chose, QingMing Daren ?"
"- Un grand baquet avec de l'eau. Boya a soif."
"- On s'en occupe !" Proposèrent les petits shidi et les juniors.
QingMing allait refuser mais finalement approuva. Boya et Zhuque seraient sans doute sur la défensive face à des adultes. Alors que face à des petits ?
Il ne fallut pas longtemps pour que quatre gamins aillent chercher un grand baquet bien propre et que les autres suivent jusqu'aux appartements du chef de secte avec des seaux d'eau claire.
QingMing entra le premier.
"- Boya ? Tes shidi ont trouvé un baquet et apportent des seaux d'eau. Ils peuvent entrer ?"
Il y avait évidemment une arrivée d'eau dans les appartements de Boya mais il fallait bien une excuse aux jeunes disciples pour venir voir leur chef de secte.
Le phénix se mit à caqueter de contentement. Il voulait bien voir ses petits shidi oui.
QingMing alla leur ouvrir mais les prévint. Ils devaient rester calme et ne pas faire trop de bruit. Boya ne leur ferait pas de mal. Derrière eux, les adultes restaient dans l'encoignure de la porte à tenter de voir leur chef.
Le phénix claqua du bec, mécontent. Les enfants d'accord. Les adultes ? Non !
Ils reculèrent, déçut, mais n'insistèrent pas.
Les petit shidi et les juniors posèrent le baquet devant le grand oiseau puis le remplirent d'eau.
"- Qu'est-ce que vous êtes grand comme ça !"
"- Et beau !"
Ils avaient tous tellement envie de le caresser qu'ils durent croiser les bras derrière le dos.
Boya tendit le cou pour boire longuement puis se réinstalla dans son nid.
"- On peut voir vos œufs ?"
Boya hésita.
QingMing prit sa tête dans ses bras pour lui caresser le bec.
"- J'aimerai beaucoup les voir moi aussi. Pas toi ?"
Le phénix hésita encore un peu mais finit par se laisser convaincre. Les œufs étaient bien chauds, il pouvait se permettre de s'en écarter un instant.
Avec prudence, il quitta le nid pour révéler quatre œufs ovales gros comme deux têtes humaines chacun environ. Ils étaient noirs mouchetés de rouge, de bleu et de vert.
QingMing se retint bravement d'éclater en sanglots. Ils les avaient faits tous les deux. Il y avait peut-être de la vie à l'intérieur.
Zhuque s'approcha des œufs et les effleura du bout du bec. Il ne savait pas encore s'ils étaient fertilisés ni s'il y avait des embryons viables dedans. Il faudrait quelques jours.
Inquiet, il trilla doucement vers son renard.
Il était content ?
Autour d'eux, les enfants étaient fascinés. Les œufs étaient tellement beaux !
Le demi-démon serra la tête de son compagnon contre son torse. S'il était content ? Il était heureux comme rarement. Restait à espérer qu'au moins un des œufs ne serait pas un œuf clair.
Ils restèrent enlacés quelques minutes jusqu'à ce que Zhuque pousse Boya à reprendre sa couvaison.
Et attendre…
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QingMing savait que l'empereur allait passer dans la journée mais pour l'instant, il s'en fichait un peu. Il était surtout occupé à nourrir son Boya. Il avait tué deux sangliers qui avaient fini en cuisine, deux gros chevreuils pour son bel oiseau et avait tenté sa chance contre un ours. Là, il avait peut-être eu les yeux plus gros que le ventre et avait filé les queues entre les pattes devant les griffes du bestiau.
Toujours occupé à couver, Boya se laissait servir avec une délectation évidente. Il aimait que QingMing prenne soin de lui.
Comme ça faisait plaisir au yin yang shi de prendre soin de son amoureux, tout le monde était content.
La seule chose qui inquiétait un peu QingMing à part l'état de Boya et le contenu des œufs était le silence total de ses shishen. Normalement, ils auraient déjà dû venir les voir. Pourtant, rien.
Ils allaient bien.
Le lien entre eux le lui disait.
Il les savait à la fois heureux et nerveux mais rien de plus.
Qu'est ce qui se passait à la Maison ? Il aurait aimé aller voir mais il ne pouvait abandonner son phénix.
Recroquevillé sous son aile, le fashi caressait les plumes soyeuses avec tendresse.
Un petit roucoulement le tira de ses pensées.
"- Désolé. Je m'inquiète pour mes shishen. Normalement, ils auraient déjà dû venir voir ce qui se passe ici. Au moins Huashi et TianGou. Ils vont bien je le sais. Mais je suis quand même inquiet pour eux."
Boya lui donna un gentil petit coup de bec.
Pourquoi n'allait-il pas voir s'il était si inquiet ?
"- Je ne peux pas t'abandonner enfin !"
Le phénix leva les yeux au ciel. Il ne pouvait pas bouger de son nid, d'accord. Mais il était à l'abri, il avait été nourri et hydraté, QingMing avait utilisé un talisman pour garder les œufs au chaud le temps qu'il aille se dégourdir les ailes et se soulager, il pouvait retourner à la Maison deux heures, se changer et s'assurer que tout le monde allait bien.
Le demi-démon hésita.
"- Tu es sur ?" Boya le poussa du bec. "D'accord mais je vais prévenir Yan Shu d'accord ? Tu veux que je vois si quelqu'un voudrait te tenir compagnie ?" le phénix y réfléchit avant de hocher la tête. "Alors j'y vais." QingMing serra sa tête contre son torse puis lui embrassa le bout du bec. "Je me dépêche. De toute façon l'empereur devrait être là tantôt."
Boya le chassa encore du bout du bec, amusé de ses atermoiements. Il était adorable son fashi à s'inquiéter pour lui comme ça.
Le phénix ferma les yeux. Il verrait bien qui venait lui tenir compagnie.
"- Bonjour Boya."
Lorsque le phénix se réveilla en sursaut, il glapit.
Il n'avait pas attendu son Shifu.
"- Nous avons beaucoup de choses à nous dire je crois."
Le grand rapace s'écrasa un peu plus sur ses œufs, menaçant.
"- Ha ne fait pas l'idiot. Je ne vais pas faire de mal à ta… heu… Progéniture ?" Comment qualifier ces œufs ?
L'ancien maître de JingYun avait du mal avec tout ce qu'il voyait depuis qu'il avait quitté sa séclusion. On disait toujours que chaque chef de secte apposait sa patte et son style sur sa secte, mais là, Boya avait fait un peu plus que rafraichir les peintures et changer les parquets.
Qu'on ne se trompe pas. L'ancien chef de secte était heureux de voir que JingYun évoluait. Il était juste très perturbé par toutes ces excentricités. Et par les…non les mensonges, mais au moins les extravagantes omissions de son ancien élève.
"- …Donc, ton…ami…" Le caquètement irrité du phénix lui fit hausser un sourcil. "Donc, tu ne peux pas me répondre" Le regard glacé du grand oiseau le fit glousser. "Pas verbalement en tout cas. Il ne te fait pas de mal au moins ?"
HA NON, CA N'ALLAIT PAS RECOMMENCER ?!
L'ancien chef de secte recula de deux pas, un peu impressionné malgré lui de voir le phénix s'agiter soudain et ses queues s'enflammer.
Ha…Donc il allait prendre ça pour un non.
"- Du…Du calme Boya. C'était juste pour savoir. Après tout, c'est toi qui te retrouves dans un corps non humain à couver des œufs que tu as pondu. Ma question est légitime."
Enfin, peut-être pas tant que ça vu le regard brûlant du grand oiseau.
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QingMing était perplexe.
Normalement, quand il arrivait à la Maison, il y avait toujours quelqu'un pour l'accueillir. Plus encore quand il n'était pas venu pendant quelques jours. En général, c'était Honey Bug, plus rarement les autres.
Mais cette fois, personne n'était venu.
Pire encore, l'ambiance de la Maison était étrange. Comme si elle retenait son souffle.
Quand on savait ce qu'était le Domaine, ce n'était pas qu'une image.
"- Mais qu'est ce qui se passe ?"
Il posa une main sur le mur le plus proche mais rien. Ce n'était donc pas une catastrophe ou la Maison elle-même l'aurait prévenu.
Un peu inquiet maintenant, QingMing s'était mis à la recherche de ses shishen.
Il avait d'abord été sûr de les trouver dans l'une de leurs chambres mais rien. Finalement, il avait fait ce qu'il n'aimait pas parce qu'il avait toujours l'impression que c'était une brèche d'intimité, il remonta le lien entre eux pour les trouver. Snow Hound, Mad Painter, Killing Stone, Honey Bug, Hei Feng et même Liu Ye étaient tous ensemble, dans sa tanière à lui.
Que fichaient-ils tous dans sa chambre en son absence ?
Dans l'absolu, ça ne le dérangeait pas. Ses appartements leurs étaient toujours ouverts, qu'il soit présent ou non.
Mais qu'ils y soient tous ?
S'il ne courut pas, c'était uniquement parce que le lien le rassurait sur leur état de santé,
Il ouvrit la porte de sa chambre sans frapper et se figea. Tout le monde était bien là.
Son entrée avait fait sursauter tout le monde, sauf Snow Hound qui était roulé en boule au milieu de sa tanière. Mad Painter était au bord des coussins et ne semblait
trop savoir quoi faire. Snow Hound lui tournait résolument le dos et tremblait visiblement. Dans les bras de Killing Stone, Ye HuoHua babillait avec une visible joie de vivre.
"- Qu'est ce qui se passe ici ?"
L'intégralité de la chambre fuit à sa question aussi bien par les portes que par les fenêtres à part Snow Hound qui resta là où il était. La stupeur de QingMing crut en proportion. Que Mad Painter abandonne ainsi son compagnon ? Mais bon sang ? Qu'est ce qui se passait ?
"- TianGou ?"
Les ailes blanches frémirent un peu. QingMing y reconnu l'angoisse et...La peur ? De quoi le plus vieux et le plus puissant de ses shishen pouvait-il avoir peur ? Il s'assit sur le bord de la tanière pour poser une main sur le bord d'attaque d'une aile. Elle se raidit immédiatement sous sa main.
"- A-Die ?" Qu'est ce qui pouvait ainsi terroriser son père adoptif ? "Tu sais que tu peux tout me dire n'est-ce pas ?" Il se mit à caresser gentiment l'aile sous ses doigts dans l'espoir de l'apaiser un peu.
Petit à petit, la douloureuse tension diminua quelque peu. Suffisamment pour que le tengu quitte sa position fœtale et se retourne jusqu'à venir se coller à son maître.
"-TianGou... Mais c'est..." Le tengu avait...un œuf dans les bras ? " TianGou?"
Le shishen trouva enfin la force de lever les yeux sur son maître. Il avait des cernes monstrueux et semblait désespéré.
QingMing ne réfléchit pas davantage. Il retira ses bottes et s'allongea dans sa tanière pour prendre son shishen dans ses bras. Immédiatement, Snow Hound se glua à lui en tremblant fortement.
Il resta dans les bras de son maître sans bouger un long moment avant de murmurer.
"- Je suis désolé."
QingMing avait posé une main sur la nuque du tengu et le gardait à l'abri de ses manches autour de lui. Comme la plus part des créatures, une main sur la nuque était autant rassurant qu'une marque de possession. Il ne savait pas ce qui avait à ce point angoissé le shishen ni d'où venait l'œuf qu'il gardait contre lui mais son existence était probablement la cause de sa panique. Avait-il trouvé l'œuf et craignait-il qu'il lui en veuille ?
"- Désolé de quoi ?" TianGou baissa les yeux sur l'œuf contre lui. "est-ce le tient ?"
Le tengu hocha la tête, encore plus penaud,
QingMing dut faire un effort pour ne manifester la joie débordante qu'il ressentait mais Snow Hound la sentit en partie puisqu'il se détendit un peu.
"- Je ne vois pas une raison d'être désolé mais plutôt de célébrer ça avec tout le monde et surtout Mad Painter et Kill... Ho….Tu ne sais pas qui est le père" Le vieux shishen secoua la tête, encore plus mortifié.
Il avait fait des discours pendant des heures à QingMing pour qu'il fasse attention aux résidus qu'il laissait avec ses maîtresses et voilà qu'il pondait un œuf avec deux pères potentiels.
"- C'est presque risible. Comment le prennent-ils ?"
"- Ils s'en fichent. Huashi a déjà décidé qu'il serait a-die et ShengShi s'est décidé pour baba."
QingMing était perdu. Si les deux principaux concernés s'en cognaient, quel était le problème ?
"- Si les deux concernés s'en fichent, où est le problème ?"
TianGou se sentit se détendre un peu plus contre son maître. Ses deux compagnons lui avaient répété la même chose depuis des jours mais il se sentait responsable d'un échec.
"-... Tu n'en voulais pas ?"
Contrairement aux humains, il n'y avait pas de période de réflexion potentielle avec tisane à la clé chez les aviens. Deux, trois jours maximum et l'œuf était pondu.
"- SI ! si... juste... Je ne sais même pas comment c'est possible. Enfin... on a bien une théorie mais...
"- Tu vas m'expliquer tout ça. Maintenant, pourquoi tout le monde a fui lorsque je suis arrivé ?"
Le tengu soupira
"- Tout le monde craint que vous ne soyez furieux."
"- Parce que tu as eu un œuf ?"
"- Et parce que je ne sais pas de qui."
"- Je suis vexé. Combien de temps vas-tu le couver cette fois ?"
"- Et bien... Un peu plus de dix-huit mois. Mais ce sera moins compliqué qu'avec Ye HuoHua. Il n'aura pas besoin d'autant de chaleur."
Outch, c'était long !
"- Et bien moi qui voulait déjà vous mettre à la retraite avec HuaShi, la question ne se pose même plus."
TianGou se redressa enfin, piqué. Il n'y avait plus une trace de crainte ou de honte sur son visage froid, juste de l'outrage.
"- PARDON ? A LA RETRAITE ?"
QingMing eut un petit sourire qu'il espérait apaisant
"- Vous avez déjà un petit avec Ye HuoHua. Et je n'ai pas envie de vous mettre en danger, surtout maintenant que vous allez en avoir un second. Hei Feng pourra parfaitement te remplacer avec un peu d'entrainement. Ou plutôt HuaShi à cause de sa timidité. Et il me manque un combattant aussi versatile que toi. Mais Je refuse de vous voir encore risquer votre vie plus longtemps. Si vraiment j'étais dans une situation critique, je vous appellerai évidemment." Ne serait-ce que parce que refuser de les appeler pour les protéger mais en mourir les tuerait aussi. "Mais vous serez bien mieux ici."
Le scandale de TianGou ne décrut pas d'un iota. Avaient-ils démérité pour être ainsi mis aux rebuts ? La décision de son maître le blessait profondément.
"- Et vous avez décidé ca tout seul ? Comme ça ? Sur un coup de tête ?"
"- Ca fait déjà bien longtemps que j'y pense au contraire. J'ai déjà perdu Gold Spirit. Nous avons failli perdre Mad Painter. Je ne veux pas prendre un nouveau risque. Surtout maintenant que vous êtes parents."
"- Et Killing Stone ? Lui aussi va être parent !"
"- Mais Killing Stone ne m'a pas élevé." Souffla doucement QingMing, penaud.
TianGou se figea. D'accord. Il voyait d'où ça venait.
"- La question ne se pose pas pour l'instant de toute façon. Nous ne savons même pas si ce n'est pas un œuf clair." Snow Hound n'avait pas été invoqué depuis que Ye HuoHua était arrivé sauf lors de l'avalanche et Mad Painter de manière sporadique pour des missions sans vrai danger. Il projetait un peu ses propres angoisses.
Mais QingMing n'avait pas été réellement confronté à un vrai danger depuis longtemps. Le dernier avait été le Seigneur Han dans le sud et il n'avait tout simplement pas pu appeler ses shishen non plus.
"- Nous en reparlerons. Je ne ferais rien sans qu'on en ait discutés tous les trois d'accord ? En attendant, si j'allais voir tes deux prétendants pour leur hurler dessus et le menacer des pires tourments ?"
"- MAÎTRE !"
"- je plaisante. quoique."
Pendant une seconde, QingMing avait failli parler des siens, d'œufs. Mais il ne voulait pas gâcher le plaisir de Snow Hound d'avoir le sien, ni minimiser son arrivée. Encore moins pour des œufs qui étaient peut-être vide de toute vie. Zhuque saurait d'ici une semaine ce qu'il en était. C'était long une semaine pour savoir s'il allait être parent ou si c'était raté pour cette fois. Si c'était nerveusement très dur pour lui, ça devait être pire pour Boya. II s'investissait dans ses œufs, il les couvait, les retournait, s'en occupait, mais possiblement pour rien depuis le départ. S'il n'y en avait pas au moins un de viable, ça allait être un crève-cœur pour tous les deux. Alors…autant ne pas en parler avant de savoir.
QingMing serra son shishen encore un instant contre lui. Contrairement à l'œuf de Ye Huohua qui avait été blanc, celui-là était gris et moucheté de noir.
"- Je te laisse te reposer. Je repasserai peut-être avant de retourner auprès de Boya."
TianGou hocha la tête, bien plus rasséréné qu'il ne l'était ne serait-ce qu'une heure plus tôt. QingMing le laissa tranquille. Maintenant, il allait devoir traquer les deux idiots.
Au bout d'une dizaine de minutes de cache-cache à leur courir après partout dans la Maison, il commençait à gentiment s'agacer.
QingMing n'avait pas le temps. Et puisqu'il n'avait pas le temps, il se décida à employer les grands-moyen. Il détestait devoir faire ça mais les deux imbéciles ne lui simplifiaient pas la chose. Il tira les talismans à au nom des deux shishen de sa manche, mit une goutte de sang dessus et leur ordonna de se présenter sur la terrasse devant lui. C'était la première fois qu'il utilisait un ordre absolu avec ses shishen, mais la nécessité faisait ordre de loi. Surtout quand il les vit arriver contraints et forcés, complétement rebelles à la convocation.
"- Vous vous rendez compte de ce que je suis obligé de faire pour que vous arrêtiez de vous comporter comme des imbéciles ? Asseyez-vous."
" C'est un ordre ?" Gronda Mad Painter.
QingMing serra le talisman dans sa main. Le shishen fut forcé de s'asseoir.
Killing Stone imita son frère, tout aussi rebelle mais peu désireux d'être forcé comme lui. La sensation de n'être qu'une marionnette était atroce.
"- Bien." Qing Ming désactiva les deux talismans et les rangea dans sa manche.
Il les gardait quand même sous le coude, au sens propre, au cas où les deux crétins feraient encore les abrutis.
"- TianGou m'a tout raconté." Les deux shishen se crispèrent. "Qu'est ce qui a pu vous passer par la tête de croire que je pourrais mal prendre la situation ?" Les deux shishen baissèrent le nez, proprement grondés.
Les mains crispées sur les cuisses, ils faisaient petits garçons. Même Mad Painter était penaud comme un gosse de huit ans prit la main dans la jarre à gâteaux.
"- Vous êtes des imbéciles. Tous les trois. La seule chose qui m'importe c'est que vous alliez tous bien et que la situation soit à votre satisfaction à tous les trois. Est-ce que c'est le cas ?"
Les deux shishen hochèrent la tête, très occupés à fixer le parquet. Il était très propre d'ailleurs. On aurait pu manger dessus.
"- Les garçons ! A l'oral s'il vous plait." Les deux shishen grommelèrent quelque chose d'indistinct. "J'attendais plus d'enthousiasme. D'après ce que m'a dit TianGou, vous avez déjà décidé de votre rôle chacun auprès de ce bébé. Mais ça n'a pas l'air d'être aussi simple que ça."
Killing Stone baissa à nouveau le nez pendant que Mad Painter serrait les mâchoires. Evidement qu'il y avait de la jalousie entre eux.
QingMing serra les poings. Passer sa propre angoisse sur ses shishen ne servait à rien. Ils avaient besoin de lui, il pouvait faire abstraction de ses propres incertitudes quelques heures.
"- Ce que j'aimerai savoir surtout, c'est comment Snow Hound a pu avoir un œuf maintenant. Ce n'était jamais arrivé." La colère de Mad Painter se fit plus forte.
Ha ! Il avait touché le nœud du problème. HuaShi était persuadé que l'œuf était de Killing Stone, justement parce que la seule variable de la relation était son arrivée.
"- Je crois que c'est à cause de vous" Contra Killing Stone à la grande surprise de QingMing.
Comment ça de sa faute ? Qu'est-ce qu'il avait encore fait ? Bon sang il avait besoin de thé mais personne n'était là pour en faire. Et abandonner les deux idiots le temps d'aller en faire était la pire idée de l'année.
"- Comment ça ma faute ?"
"- Vous n'avez pas arrêté le transfert passif de qi entre vous et nous depuis que nous avons eu besoin de votre aide il y a quelques semaines avec l'incendie."
QingMing en resta bête. Effectivement, le canal était ouvert. Comme c'était un transfert passif, il l'avait complétement oublié. Ses shishen piochaient dedans au besoin.
"- Je crois que Snow Hound a puisé dans vos réserves de Yang suffisamment pour produire un petit."
QingMing resta silencieux pour y réfléchir.
S'il devait être cynique (et réaliste), les shishen n'étaient pas autre chose que des morts retenus dans le monde matériel par le lien qu'ils avaient avec leur maître. Les démons étaient "vivants" mais dans le cas de Killing Stone, ils étaient des âmes torturées qui étaient revenus sous une nouvelle forme après leur mort. Dans tous les cas, tout ça dégueulait de yin par tous les côtés. Et jamais le yin n'était capable de véritablement créer. C'était le gros problème qu'avaient les cultivateurs dit "démoniaques". Ils ne pouvaient rien créer de stable en général et finissaient fous, consumé par l'excès de yin.
C'était déjà le problème qu'ils avaient eu avec Ye HuoHua. Avec Boya, ils avaient dû suppléer au yang que ses shishen n'étaient pas capables de produire en quantité suffisante. Contrairement à ses parents adoptifs, le petit tengu était né vivant. Il était un pur tengu. Une créature céleste, mais pas un esprit.
Là, Snow Hound avait eu accès à autant de yang qu'il en avait besoin par son intermédiaire.
"- ...Ce n'est pas stupide du tout. Et au contraire, très cohérent. Avez-vous une idée du moment de la conception ?"
Les deux shishen hochèrent la tête.
"- Quand vous avez heu... couvert Boya Daren pendant ses chaleurs."
Ce qui était d'une logique absolue. Submergé comme il l'avait été, il n'était pas exclu que ses autre shishen l'aient été aussi. Peut-être même que ça avait déclenché des chaleurs ou quelque chose d'approchant chez TianGou.
"- Logique."
Avec un soupir, QingMing se prépara à méditer pour remonter le fil de ses énergies dans le temps.
Il réémergea plus d'une demi-heure plus tard.
"- Vous avez tous les trois absorbé une très grande quantité de yang à ce moment-là effectivement." Plus que grande d'ailleurs.
Si QingMing n'avait pas été sous forme démoniaque et donc naturellement plus orienté sur le yin, il y avait un risque qu'ils l'aient poussé au bord de la déviation. QingMing comprenait mieux ses deux jours de siestes. Il avait eu besoin de rééquilibrer ses énergies en même temps que se remettre des chaleurs de Boya. Restait à espérer que ce siphonage en règle n'aurait pas eu davantage d'effet sur lui que juste le fatiguer.
Il préféra garder ça pour lui encore une fois. Ses shishen avaient assez de problèmes comme ça sans qu'il en rajoute ou qu'il leur fasse la moindre remarque.
Killing Stone et Mad Painter échangèrent un regard. Qu'est-ce que ça voulait dire ?
"- Si je me base juste sur le yang que vous m'avez pris, je me demande si cet œuf n'est pas réellement à vous trois en même temps." C'était probablement extrapoler grandement, mais encore une fois, si un petit mensonge pouvait satisfaire tout le monde, il n'était pas opposé à le commettre. Et s'il poussait vraiment, d'eux quatre.
Les épaules de deux shishen s'étaient détendues.
"- V...Vraiment ?"
"- Ça pourrait être possible ?"
Le yin yang shi en remit une couche
"- Je ne vois rien qui s'y oppose." Il ne mentait pas.
Il ne voyait rien qui pourrait le confirmer non plus mais c'était un détail n'est-ce pas ?
"- Il n'y a plus qu'à croiser les doigts pour que ce ne soit pas un œuf clair !" Sourit QingMing sans réaliser la brusque colère de ses deux shishen.
"- PARDON ?"
"- Et bien…C'est toujours un risque, non ?" En tout cas, ça l'était pour Zhuque.
QingMing se prit dans la figure le rejet total et la fureur que ses paroles avaient provoqué chez ses shishen. Ils ne voulaient pas entendre parler d'un tel risque ! Ils allaient avoir un petit tous les trois. Et si leur maître ne voulait pas en entendre parler et bien il pouvait s'en aller.
Les deux shishen remercièrent froidement leur maître puis filèrent sans attendre pour retourner auprès de leur compagnon.
QingMing les regarda partir avec un sourire un peu triste. Il espérait que ses deux servants n'avaient pas conscience de lui avait littéralement claqué au visage la porte du lien entre eux. Il n'avait pas voulu les blesser, juste les prévenir finalement.
Le petit garçon en lui était affreusement blessé et jaloux de voir l'intérêt de ses parents se diriger sur un petit frère. Ye Huohua, ce n'était pas pareil. Il était adopté. Comme lui.
Ce qui grandissait dans l'œuf dans les bras de TianGou serait réellement son petit s'il vivait.
Le vieux complexe d'abandon du demi-démon commençait à lui gratouiller les bras à nouveau, renforcé d'autant par le silence glacé du lien qui se ferma encore un peu plus lorsque Snow Hound le repoussa brutalement à son tour, sans doute après que Mad Painter et Killing Stone lui aient répété ses paroles.
Ca faisait mal.
Doucement, QingMing ferma un peu le lien de son côté aussi. Il ne voulait pas les troubler davantage mais maintint le transfert passif d'énergie entre eux.
QingMing préféra retourner auprès de son Boya maintenant que le problème de ses
shishen était réglé, sans avoir été salué Snow Hound comme promis. Il savait qu'il ne serait pas bien reçu. Il n'essaya pas de voir les autres. Il serait surement reçu tout aussi durement. Avec un peu de chance, même Honey Bug allait lui crier dessus.
Il se retira sur la pointe des pieds et leur abandonna la Maison. Ils en avaient plus besoin que lui pour l'instant.
Ils finiraient par réaliser qu'il avait raison.
Son portail s'ouvrit devant la porte des appartements de son compagnon. Il gratta à la porte avant d'entrer pour trouver son bel oiseau avec un vieux maître auprès de lui.
Sans même se retourner, le vieillard lui lâcha un ordre sec.
"- Attendez dehors."
Un peu heurté, déjà blessé et malheureux, le yin yang shi faillit répondre vertement mais Boya hocha la tête.
QingMing se mordit la langue mais puisqu'il avait encore un appartement en face, autant qu'il y aille pour contacter son premier Disciple. Le pauvre Kin Lao avait bien le droit d'avoir des informations de première main après tout. Le pauvre avait l'habitude de ses disparitions fréquentes et imprévues, mais ce n'était pas pour ça qu'il devait forcément se comporter comme un goujat avec son élève quand il pouvait l'éviter.
Il se retira sur la pointe des pieds de l'autre côté du couloir.
Sans surprise, il trouva l'appartement parfaitement propre, les plantes arrosées et les draps frais. Même s'il n'y mettait jamais les pieds, Honey Bug s'assurait que les lieux étaient nettoyés et prêts à l'accueillir à n'importe quel moment. Le fashi se laissa tomber lourdement sur le bord du lit. Il se sentait fatigué. Nerveusement épuisé et émotionnellement très malheureux.
Seul pour la première fois depuis la surprise de Zhuque, il se prenait le contre-coup avec violence. Il aurait été préférable qu'il ne soit pas seul pour ça mais...
Résolu, il ouvrit un portail pour son bureau et le laissa ouvert. Si on l'appelait, il l'entendrait ainsi.
Un soupir de désespoir lui échappa.
Papiers... Papiers, Papiers, PAPIERS ! PARTOUT ! TOUT LE TEMPS !
Il se retint de peu de simplement mettre le feu à la pile de documents. Avec un autre soupir de fin du monde, il s'assit à son bureau et se mit à travailler. Si ça ne soulagea pas son envie de pleurer, au moins, il faisait quelque chose. Quand Kin Lao viendrait ajouter à la pile, il trouverait une partie de traitée. Il resta occupé à son bureau jusqu'à nettoyer toute la pile. Soit il s'améliorait, soit il était tellement stressé qu'il travaillait comme un sourd. C'était probablement la seconde solution.
Lorsqu'il retourna enfin à JingYun, il hésita à aller gratter à la porte de son Partenaire. Il n'avait pas envie de se faire jeter dehors une seconde fois. Il préféra aller chasser de quoi nourrir son compagnon. L'Empereur n'était pas encore annoncé, il avait au pire encore une grosse heure devant lui. Lorsqu'il revint avec un cerf dans la gueule, cette fois, il entra dans l'appartement de Boya sans s'occuper une seule seconde du vieux maître toujours là. Il comptait prendre racine ou bien ?
Son sursaut devant son arrivée fit plaisir au yin yang shi qui posa le cerf bien dodu aux pieds du nid. Comme à son habitude, il commença à déchiqueter la proie pour nourrir son bel oiseau. Cette fois heureusement, Boya ne lui demanda pas de partir mais prit docilement chaque morceau de viande pour le gober, à la grande irritation du vieux maître.
"- Si je vous dérange…"
QingMing le toisa avec un mépris rare. Effectivement, il dérangeait et avait dépassé son temps d'accueil de plusieurs heures à son gout. Il retourna s'occuper de son partenaire jusqu'à ce que Boya refuse la viande, repus. Il l'abandonna le temps d'aller déposer le reste en cuisine puis revint prendre sa place contre lui, son menton sur son dos.
Les caquètements satisfaits du grand oiseau dénouèrent quelque chose dans le ventre du fashi. Sa présence était quand même bienvenue. Il frotta son nez contre le bec du phénix lorsqu'il tourna la tête vers lui pour lisser ses poils avec son bec.
Ils allaient devoir trouver quelque chose pour se parler quand...HO ! Mais il était un idiot ! Il l'avait déjà fait lorsqu'ils étaient sur le domaine Han ! Est-ce qu'il arriverait à le faire en gardant son apparence de démon ?
Travailler le qi sans main était difficile jusqu'à ce que QingMing se rappelle que les mains n'étaient qu'un socle. Ce n'était jamais que l'esprit qui pliait le qi à son besoin. Il lâcha doucement un petit "yip" de renardeau pour que Boya tourne la tête vers lui et posa son front contre le sien, toujours sous le regard irrité du vieux prêtre qui n'avait toujours pas eut la décence de se présenter.
QingMing mit bien plus longtemps que dans le sud mais le lien entre maître et shishen se rouvrit.
"- Boya ?"
"- QingMing ?"
"- Ha ! Ça fonctionne. Je n'étais pas sûr sous cette forme."
"- Qu'est-ce que tu as fait ?"
Le renard et le phénix avaient fermés les yeux, front contre front et se délectaient de ce contact et de cette communication retrouvée.
"- BONJOUR !"
"- Ho Zhuque." C'était beaucoup trop fort. Le dieu gardien affleurait la conscience de Boya presque aussi haut que la sienne. Il n'avait pas besoin de hurler pour se faire entendre.
"- Pardon." Le phénix roucoulait doucement pendant que le renard ronronnait tendrement à l'agitation croissante du maître devant eux.
"- Qui est ce vieux grincheux, mon Boya ?" L'amusement mâtiné d'irritation du chasseur de démon fit plaisir à QingMing.
"- Mon Shifu. Cela fait trois heures qu'il me fait la liste de mes fautes. Ça devient ennuyeux. Si je n'avais pas dû rester là pour couver, je serais déjà partit voler loin."
"- Veux-tu que je le chasse ?"
"- Il est déjà persuadé que tu es dangereux..."
"- Mais je le suis mon bel oiseau... Je raserais la capitale si tu me le demandais."
Et d'être esprit contre esprit, Boya savait de source sûre que son fashi était tout à fait sérieux ! Un couinement échappa soudain au renard. Il bondit non à l'écart, mais devant Boya, toutes dents dehors. Les poils sur son échine se hérissaient tandis qu'il cherchait la source de la douleur qui avait fulguré dans son épaule.
L'ancien chef de JingYun fixait le couple, les mâchoires serrées.
"- Vous, sortez." Ordonna l'homme à Qing Ming
"- Je peux le mordre, Boya ?"
"- Non mon renard. Tu peux prendre ma place sur les œufs un instant ?"
QingMing s'écarta pour laisser le phénix quitter le nid. Dès que Boya en fut descendu, il monta à sa place et s'enroula autour des œufs pour qu'ils ne refroidissent pas trop vite, à l'abri dans ses poils.
Boya s'était redressé de toute sa hauteur. Autant que le plafond de son appartement le lui permettait en tout cas.
"- Boya..."
Le vieux cultivateur s'était machinalement un peu tassé sur lui-même sans le vouloir. Le phénix était impressionnant. Surtout avec les flammes qui colonisaient lentement ses plumes.
Avec plus de gentillesse que le vieillard n'en méritait du point de vue de QingMing, le chef de Jung Yun l'attrapa par le col du bout du bec et alla le poser dehors. Puis il fit demi-tour en caquetant de contentement d'être enfin tranquille.
"- QingMing..."
Le renard se sortit la tête de ses queues. Il avait si bien réussi à s'enrouler autour des œufs qu'ils disparaissaient sous ses poils.
"- Si tu veux aller voler un peu, profite en." Boya se pencha vers le grand renard pour frotter son bec contre son museau. Une fois sur la terrasse, il ouvrit ses ailes et bondit.
Zhuque réclama de joie. Et en plus, leur partenaire couvait avec eux. Que demander de plus ?
A l'intérieur de l'appartement, le vieux maître était rentré au pas de charge, furieux.
"- BOYA !"
Mais il ne trouva que le renard enroulé dans le nid et le phénix disparu. Lorsqu'il entendit les cris de rapace dehors, il se précipita à la fenêtre pour y rester figé. Le spectacle était glorieux.
Les yeux clos, enfin au calme à protéger ses futurs bébés, QingMing se concentrait sur ses liens avec une partie de ses shishen pour trouver un moyen de les isoler complétement. Il s'en voulait de les avoir blessés. Mais il leur en voulait aussi de ne pas prendre en compte ses paroles. De plus en plus, il avait l'impression qu'ils ne voyaient encore en lui qu'un adolescent trop vite grandit et instable. Petit à petit, Killing Stone commençait à le traiter de la même façon.
C'était…irritant.
