Chapitre 45 : "Underground "

NDa : et joyeux noel !

La petite troupe en provenance de la capitale avançait avec la pompe nécessaire à la grande irritation de l'Empereur.
Déjà, il avait dû se battre pour pouvoir être à cheval et non dans une voiture. Soi-disant parce qu'à cheval, il était plus facile de lui tirer une flèche que dans une voiture.

Peut-être.

Mais à cheval, il pouvait se défendre s'il le fallait. Pas dans une boite de mort comme le palanquin.

Et ils se trainaient… S'il avait fait ses campagnes à cette vitesse-là, les ennemis de l'empire auraient eu dix fois le temps de mourir de vieillesse avant que l'armée ne les abatte.

A sa grande stupeur, l'Empereur avait réalisé que c'était sa première sortie, non seulement de la capitale mais aussi du Palais depuis son couronnement.

Lorsqu'il s'en était rendu compte, il avait eu un instant envie de pleurer. Les grands espaces lui manquaient.

Peut-être que s'il organisait des chasses ? Ou qu'il partait vérifier l'état de l'Empire lui-même ?

Il avait dû lutter aussi pour conserver une troupe aussi limitée que possible. La pompe l'irritait. Ce n'était pas parce qu'ils étaient cent soixante-douze plutôt que vingt que le trajet serait plus agréable ou plus utile.

Il avait dû finalement partir presque comme un voleur avec son ordonnance, son secrétaire, ses gardes les plus proches et, malheureusement, une poignée de membres de la cour qu'il n'avait pas pu faire rester au palais pour de sombres histoires de pompe justement. Au moins avait-il réussi à éviter les danseurs et la musique….

Un énorme soupir lui échappa.

Tout ce petit monde l'attendrait dehors de toute façon. Il prendrait juste trois ou quatre personnes avec lui au temple.

"- MAJESTE !" Hurla soudain un garde en pointant le ciel.

Toute la troupe leva le nez comme un seul homme.

Haut dans le ciel, l'énorme phénix qu'ils avaient déjà tous vu volait tranquillement au-dessus de la montagne. Ses longues plumes de queue enflammées jetaient une lueur jaune autour de lui alors qu'il planait paresseusement dans un courant aérien qui le faisait monter sans effort.

Un des gardes prit son arc.

"- Majesté, d'ici, je peux peut-être l'avoir !" Un rapace pareil ! Ce serait un triomphe au mur de l'empereur.

L'ancien militaire haussa un sourcil.

"- Etes-vous idiot ? Cela fait des siècles qu'aucun phénix n'a volé dans le ciel de l'Empire et la première chose à laquelle vous pensez c'est le tuer ? Nous devrions tous être sur nos genoux pour le remercier d'être là. Et vous voulez le tuer."

Le soldat rangea son arc, penaud.

L'empereur secoua la tête, consterné.

"- Secrétaire !" L'homme s'approcha. "Prenez note de faire proclamer dans tout l'empire que la chasse, l'agression ou simplement tenter de s'approcher d'un phénix est désormais considéré comme une insulte au trône et à l'Empire et sera punit de mort. Et la même chose pour nos autres bêtes célestes : dragon, tortue serpentine et tigre blanc."

Si les phénix revenaient, peut-être que les autres reviendraient aussi.

"- Bien Majesté."

Satisfait, l'empereur reprit sa route, le nez en l'air.

Un petit hoquet échappa soudain à un membre de la cour lorsque le phénix replia ses ailes et tomba comme une pierre. Il rouvrit soudain ses ailes et remonta dans le ciel jusqu'à crever un nuage qui se colora de jaune et de rouge.

La troupe s'immobilisa encore pour observer le spectacle somptueux jusqu'à ce que le phénix disparaisse de l'autre côté de la montagne.

Un gros soupir général parcourut la petite troupe. Ils se remirent en route vers le temple.

Sans vraie surprise, ils tombèrent sur un petit autel tout neuf, un peu branlant, mais couvert de fleurs, d'offrandes et d'encens sur la route qui menait au temple.

L'Empereur s'approcha des quelques personnes qui s'acharnaient à améliorer l'autel, à la grande consternation de ses gardes et de la cour.

"- Majesté, qu'est-ce que vous faites ?"

Il eut un geste irrité pour eux et descendit de sa monture.

"- Holà ! Qu'est-ce que vous faites ? Je ne savais pas qu'il y avait un autel ici."

Les gens, visiblement des agriculteurs, se redressèrent pour essuyer leur front sur leur manche.

"- Salutation, voyageur." Ils s'inclinèrent bien bas mais restèrent sur leurs pieds.

La cour crispa mais se tut sur un geste de l'Empereur. Non, ils ne s'étaient pas jetés au sol. Mais comment pourraient-ils savoir qui il était ? Il était là quasi incognito ! Pour eux, il devait juste être un noble bien argenté. Ils n'allaient certes pas se prosterner devant un quidam, aussi riche soit-il.

"- Vous avez vu Zhuque n'est-ce pas ? le Dieu-Gardien de la Capitale est revenu à la vie ! Alors nous avons fait un autel pour lui." Les offrandes n'étaient pas monstrueuses, mais ils faisaient ce qu'ils pouvaient avec ce qu'ils avaient.

La dévotion de ces gens simples était remarquable. L'Empereur savait qu'à la capitale, quelques nobles de premiers plans avaient aussi engagés des artisans pour créer des autels pour le phénix et que la nouvelle statue sur le front de mer, au sud, était à présent couverte de fleurs avec des kilos d'encens en train de bruler à ses pieds. Mais ce petit autel de campagne était tellement plus charmant…

Un petit garçon de six ou sept ans, sans doute orphelin si sa mise était un indice, s'approcha en courant pour poser sur l'autel un lapin qu'il avait tué avec sa fronde.

"- Majesté ! Reculez !"

L'empereur obéit à toute vitesse lorsque le phénix se posa soudain devant l'autel. Il s'était laissé tomber comme une pierre. Un truc comme ça, ça pouvait vous couper un bonhomme en deux d'un coup de bec ou d'un coup de serre

Fasciné, l'enfant reprit son lapin et s'approcha de l'oiseau géant.

"- Bonjour Zhuque !"

L'oiseau pencha la tête en caquetant. Il souffla doucement dans les cheveux de l'enfant qui gloussa avant de lui tendre son lapin. Le rapace le prit avec précaution pour ne pas le blesser puis l'engloutit en deux coups de bec. Les médiocres autour s'étaient figés aussi et observaient la scène avec un mélange de fascination et de saine terreur. Le dieu-gardien était venu honorer leur autel de sa présence !

L'enfant tendit la main. Le dieu-gardien répondit à la demande silencieuse. Il baissa la tête pour se laisser caresser un instant puis fouilla du bec sous son aile. Il trouva une plume déjà prête à tomber et la donna à l'enfant qui faillit fondre en larmes de reconnaissance.

Puis l'énorme rapace réclama doucement, ouvrit ses ailes, poussa sur ses puissantes pattes arrière et s'envola sans peine.

L'enfant regarda partir le rapace, les yeux écarquillés par la fascination, sa petite plume serrée contre son petit torse trop maigre.

L'empereur s'approcha à nouveau de l'enfant.

"- Petit ?"

L'enfant leva les yeux sur l'adulte.

"- Il est partit."

La plume était à présent sa possession la plus importante de sa vie.

"- Tu es tout seul ? Où sont tes parents ?"

"- J'ai pas de parents." Le gosse était tout seul depuis aussi longtemps qu'il avait des souvenirs.

"- Majesté, vous ne devriez pas l'approcher. Il doit avoir des puces ! au mieux !"

L'enfant n'écoutait pas. Il était totalement perdu dans sa contemplation de l'oiseau géant qui s'éloignait.

L'empereur prit sa décision. Il fit signe à son ordonnance d'approcher, souleva le gosse de terre sans se soucier de son petit cri de souris et le posa devant la selle de son ordonnance.

"- Majesté ?"

Le gamin s'était raidit. Comme tous les enfants orphelins, il savait qu'il ne fallait pas faire confiance aux adultes.

"- On va voir le phénix, mon garçon. Et je suis sûr qu'un gamin sans peur comme toi aura sa place avec les shidi du temple."

Le gosse était terrifié. Il serrait sa plume contre lui sans savoir quoi faire.

L'empereur remonta en selle puis le groupe se remit en chemin, laissant les simples gens perdus dans leur contemplation de l'oiseau gardien qui avait condescendu à honorer leur pauvre autel de sa présence et d'accepter l'offrande d'un des plus pauvres parmi les plus pauvres. Comment ne pas considérer dès-lors le phénix comme le protecteur des laissés pour compte, des innocents et des malheureux ? Ce n'était pas pour un des autels couverts d'or qui commençaient à pulluler à la capitale que Zhuque était venu. C'était au leur, leur pauvre autel branlant en bois, avec de l'encens de mauvaise qualité, aux offrandes de radis et de fleurs des champs.

Le groupe atteint les escaliers qui montaient jusqu'au temple.

L'enfant était terrifié. Il ne comprenait pas ce qui se passait. Les gens comme lui savaient qu'il ne fallait pas aller au temple. C'était dangereux. Et les gens comme lui se faisaient toujours refouler.

Les prêtres se précipitèrent pour saluer l'Empereur, prendre en charge les montures et barrer l'accès à la cour qui protesta vigoureusement.

Sans s'occuper d'eux, l'empereur suivit leur guide avec son secrétaire, son ordonnance et quatre gardes seulement.
Ca hurla pas mal devant le manque de pompe autant que le danger mais l'Empereur s'en fichait.

Le petit gosse n'avait pu échapper à la poigne de l'ordonnance de l'empereur et se retrouvait obligé de suivre. Terrifié, il ne comprenait pas ce qu'on lui voulait. Ne pouvait-il retourner à son trou dans son arbre ? Il y était bien. Personne ne l'ennuyait en plus.

Il serra la petite plume de Zhuque contre lui. Elle était chaude dans ses mains.
C'était peut-être la seule chose qui l'empêchait de fondre en larmes.

Yan Shu s'inclina profondément devant l'empereur ainsi que tous les autres maîtres présents.

"- Majesté, votre présence honore ces murs millénaires."

L'empereur eut un petit signe de tête. Puis vers le gamin.

"- On a trouvé ça sur la route. Il est visiblement orphelin. Vous devriez avoir une petite place ? Si je me souviens bien, votre chef ratisse tout ce qui a moins de dix ans et pas de famille."

Yan Shu fit un signe péremptoire vers un des maîtres qui fila récupérer le petit garçon qui se retrouva très vite installé sur la hanche du prêtre et rassuré d'un sourire.

"- Effectivement, Majesté. Merci de votre compassion et de votre générosité. Nous allons prendre bien soin de notre nouveau petit shidi."

Le bambin fut passé de bras en bras jusqu'au maître des disciples qui le garda contre lui.

"- Ca va aller mon petit. Tu es en sécurité ici. Tu vas avoir plein de frères et de sœurs, trois repas chauds par jour et des vêtements neufs." Pour le reste, ils verraient après.

L'enfant laissa ses larmes couler. C'était vrai ? Il enfouit son museau dans le cou de l'adulte et s'accrocha à lui de toutes ses forces pendant que l'Empereur et Yan Shu continuait à socialiser.

"- Je pensais voir Boya-Daren."

Le premier disciple grimaça.

"- Il est… occupé."

"- …Occupé ?"

"- Majesté…"

Yan Shu jeta un coup d'œil aux gens autour de l'empereur. Certaines choses ne se disaient pas devant des étrangers.

"- Si sa Majesté accepte de me suivre…Seul."

Ca hurla bien évidemment, à l'irritation croissante du souverain. S'il y avait bien UN endroit où il se sentait en sécurité, en plus de la garnison qu'il avait dirigé si longtemps, c'était ici. Le calme tranquille qui exsudait des murs était remarquable.

"- Montrez-moi le chemin. Vous autres, je suis sûr que nos hôtes doivent avoir du thé et quelque chose à manger."

"- Bien sur majesté. Nous allons nous occuper de votre suite. Et apporter quelque chose a ceux qui attendent en bas."

Quand même. Ils pouvaient leur jeter des cacahouètes au pire. Ne pas aimer les nobles ? Si peu.

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Zhuque avait apprécié la petite offrande de l'enfant. L'autel et les prières qui en montaient lui donnaient de la force. Il sentait d'autres points dans la capitale qui le nourrissaient mais celui-là était le plus fort.

Boya avait été attendrit par le petit. S'il avait été humain, il l'aurait juste chargé sur sa hanche et emmené avec lui au temple pour l'ajouter à sa collection de petits disciples.

Le grand phénix retourna à son nid.

Il y trouva son partenaire toujours poilu, roulé en boule autour de leurs œufs, et qui grognait sans pitié contre son Shifu qui hurlait sur le renard. S'il n'y avait pas eu les œufs, Boya savait qu'ils seraient probablement en train de se battre. Ou que QingMing aurait envoyé le vieux prêtre prendre un bain dans le port. C'était bien son genre.

"- QingMing ! qu'est ce qui se passe ?"

"- Il veut voir les œufs." Et le yin yang shi n'avait aucune confiance. "Je ne veux pas qu'il les approche. Pas alors qu'il vient de passer une demi-heure à m'insulter pendant que je tentais de méditer."

Il n'avait rien contre se faire traiter de démon. C'était ce qu'il était à moitié. Mais le reste ? Tarentule qi-phage ? Coucou de temple ? Hé ! ce n'était pas lui qui était venu de force au temple du nord ! C'était son maître qui l'y avait emmené. Et il ne se nourrissait pas de qi. C'était ses shishen qui se nourrissaient de lui. QingMing était outré.

Boya vint frotter son bec contre le museau de son renard.

"- Laisse-moi la place. Que tu puisses l'insulter en retour."

"- C'est ton Shifu. Tu es sur ? Ça ne me dérange pas de le laisser dire, mon bel oiseau. Je ne veux pas que ma présence creuse davantage un fossé entre vous."

QingMing sauta hors du nid et Ren LingXin pu voir les quatre œufs noirs tachetés bien installés le temps que Boya reprenne sa place sur le nid. Le phénix caqueta gentiment en se tortillant pour regrouper les œufs sous sa plaque incubatrice.

"- Des gens ont installés un petit autel pour Zhuque en bas de la montagne."

Dès que Boya s'était réinstalla, QingMing avait repris forme humaine. Il ne dédia pas un regard à Ren LingXin.

"- Vraiment ? un autel ?"

"- Zhuque se nourrit déjà de leurs prières."

"- Tu sens la différence ?"

"- Oui, leur force me nourrit à travers Zhuque. Il y avait un petit garçon qui avait attrapé un lapin. Zhuque a voulu qu'on aille le voir. Le lapin était fort bon et gras. Nous lui avons donné une plume en échange."

"- J'aurais cru que tu le prendrais dans tes serres pour le ramener ici."

"- J'y ai pensé ! Mais le pauvre enfant aurait été terrorisé."

QingMing eut un sourire tendre pour son Partenaire. Il lui caressa le tour de l'œil avec douceur jusqu'à ce que ses deux premières paupières se ferment.

"- Et puis l'Empereur était là aussi."

"- L'EMPEREUR ? Mais tu étais plus intéressé par le lapin."

"- Un lapin, ça se mange." Protesta Zhuque.

Ren LingXin écumait. Il n'entendait évidemment qu'une moitié de la conversation.

"- Ha, vous êtes toujours là ? Que voulez-vous ?" QingMing savait être rancunier.

Surtout qu'il l'était avec son petit sourire doux et tranquille qui rendait les gens fous en général.

"- VOUS !" L'ancien chef de secte en perdait la parole tellement il était outré.

QingMing finit par soupirer. Il avait déjà maté un prêtre tête brulé comme ça.

"- Ren LingXin-Daren. Je ne sais pas ce que vous me reprochez, ni ce que vous me voulez. Vous ne me connaissez pas. Vous connaissiez probablement mon maître, mais ça ne fait pas de vous un familier de ma personne. Je sais que vous devez rencontrer des difficultés à vous exprimer clairement, sinon Boya n'aurait pas autant de mal lui-même. Mais s'il vous plait, pour son bien-être à lui, pouvez-vous au moins vous calmer ? Vous énervez Zhuque. Boya serait très triste s'il vous arrivait quelque chose parce que vous m'avez suffisamment agressé verbalement pour que Zhuque vous considère comme une menace pour moi et vous attaque. Et je suis à peu près certain que si vous l'irritez assez, il serait capable de le faire." Et toujours ce sourire doux, comme si son plus grand souhait dans la vie était d'aider l'ancien maître de JingYun à ne pas faire une rupture d'anévrisme à force de s'énerver.

Boya avait posé son bec sur l'épaule de son Partenaire et caquetait gentiment en lui nippant régulièrement les cheveux pour qu'il cesse de s'occuper de l'ancien chef de secte et s'occupe de lui. Il lui parlait de l'empereur là !

QingMing caressait le gros bec aigu du bout des doigts jusqu'à ce que Boya tire un peu trop fort sur ses cheveux.

"- Aie. Boya ! Enfin ! Ça fait mal !"

"- Alors occupe-toi de moi !"

"- Tu es d'une maintenance de plus en plus difficile tu sais."

"- Je m'en fiche ! Occupe-toi de moi."

Avec un soupir mais en bon petit drone bien éduqué, QingMing alla chercher la boite qu'il gardait avec les brosses et l'huile préparée exprès par Honey-Bug pour les plumes de Zhuque.

Boya s'écrasa davantage dans son nid, tortilla un peu du croupion pour que les œufs sous lui se placent correctement puis ferma les yeux pour se laisser toiletter.

QingMing lui tapota gentiment l'épaule pour qu'il ouvre son aile.

"- Et bien, prenez une brosse et aidez-moi si vous voulez rester." Exigea le yin yang shi à l'adresse de Ren LingXin

Partagé entre la stupeur et la colère, le vieux maître finit par prendre une brosse et imiter QingMing. Comme lui, il mit de côté chaque plume qui se détachait.

"- Mettez le duvet par terre devant le nid. Zhuque voudra l'utiliser pour le confort du nid."

Après un long moment de total silence juste rompu par les petits cocaillements, caquètements et autres gajolements du grand oiseau, l'ancien maître finit par soupirer.

"- … Ce n'est pas une vaste blague tout ça, n'est-ce pas ?"

QingMing cessa de brosser les plumes de la tête de son partenaire un instant.

"- Une blague ? Vous avez l'impression que c'est une blague ?" Le demi-renard ne savait pas s'il devait être consterné, scandalisé ou en colère. " Qu'est ce qui est une blague ici pour vous ?"

"- Cette histoire d'œuf, ou même de transformation ! Un humain ne devient pas un poulet géant." L'homme fit un bond en arrière quand Zhuque piala dans son oreille

"- Cessez d'insulter aussi bien votre élève qu'un Dieu-Gardien voulez-vous ? Votre élève a offert sa vie, son corps et son âme à Zhuque pour sauver l'Empire. Zhuque les a acceptés et en remerciement, les lui a rendus." Soupira QingMing. "Maintenant, Zhuque vit en lui. Plus le temps passe et plus ils ne font qu'un. Boya est Zhuque et Zhuque est Boya. Qu'ils échangent leurs capacités n'a rien d'étonnant."

"- Mais Boya n'a rien à offrir à un dieu enfin !" Il y avait bien une arnaque ! Un dieu ne donnerait pas autant sans prendre au moins autant.

QingMing secoua la tête. Le vieux maître ne comprenait pas.

"- Mais je vous l'ai dit. Boya lui a donné sa vie, son corps et son âme. Zhuque vit à nouveau. Il peut sentir le vent dans ses plumes, le gout d'un lapin bien gras… Peut-être que d'ici quelques siècles, l'espèce des phénix volera à nouveau dans le ciel de l'empire et plus simplement le premier et le dernier d'entre eux. Vous ne comprenez pas ? Zhuque donne sa force à Boya. Mais Boya lui a rendu une vie. En quoi n'est-ce pas équitable ?"

Le vieux maître se rebellait contre cette notion de vie partagée. Qui pourrait accepter de laisser quelqu'un d'autre utiliser son corps. Est-ce que même Boya, le Boya qu'il avait élevé était encore là ou n'était-il plus que l'ombre d'une âme morte et disparue. Ou pire encore, détruite, consommée par le dieu gardien.

"- Boya est toujours là, Ren LingXin. Il est juste…Plus qu'humain. Mais c'est bien lui. Zhuque et lui restent séparés malgré tout. Ils vivent simplement en symbiose. Lorsque les œufs auront éclos et que les poussins n'auront plus besoin d'un parent à plumes, Boya retrouvera sa forme humaine." QingMing n'en doutait pas une seconde.

Boya non plus.

Zhuque lui nippa encore un peu les cheveux. Evidement qu'il lui rendrait son partenaire sous la forme qui avait sa préférence. Il n'était pas un monstre. Le dieu-gardien était juste heureux que les deux humains aient la générosité de le laisser les utiliser pour pondre.

Même une fois que ces œufs auraient éclos, s'ils éclosaient, il lui faudrait reprendre cette forme avienne régulièrement pour pondre encore. Même si ces œufs-là n'étaient pas fécondés. Un oiseau restait un oiseau. Et quand il n'était pas du sexe prévu à la base pour faire des petits, il faudrait tolérer quelques petits problèmes comme une incapacité totale à empêcher des pontes régulières.
Si les humains voulaient en faire des omelettes quand il n'y avait rien de vivant dedans, grand bien leur fasse.

Boya faillit s'étrangler en entendant les explications du dieu-gardien. Personne n'allait manger leurs œufs enfin !

Zhuque ne comprenait pas trop. C'était du gâchis. Même parmi les Jubilés, les œufs clairs étaient donnés aux jeunes phénix pour qu'ils s'en nourrissent. C'était naturel.

QingMing rit doucement tout en rapportant la conversation entre Zhuque et Boya à Ren LingXin.

Petit à petit, la colère du vieux maître semblait se calmer quelque peu. Il n'acceptait toujours pas, mais au moins, il ne semblait plus prêt à détruire leurs œufs à la moindre occasion.

"- Ne brosser pas dans le sens inverse des plumes. Vous allez leur faire mal."

"- Ho pardon."

Ren LingXin resta silencieux un moment.

"- Et vous êtes un démon. Un renard. Comme celui qui a tué sa mère."

Sans interrompre son brossage, QingMing retint Zhuque d'aller couper l'impudent en deux en prenant sa grosse tête dans ses mains pour lui nettoyer le bec.

"- Je suis un demi-démon, un renard blanc du nord et sa mère à bénit notre union. Pour qui me prenez-vous ? un goujat ?"

Le vieux maître ne savait comment réagir. Il se souvenait de Zhong Xing. L'ancien yin yang shi était un calme utopique qui lui avait toujours semblé en permanence un peu débordé par sa propre existence. Son élève n'était rien de ça. S'il était tout aussi calme d'extérieur, il savait qu'il n'aimerait pas se battre contre lui ou pire, le mettre en colère contre lui. La seule chose qui semblait capable de lui faire perdre ses moyens avait actuellement la grosse tête plumeuse dans ses bras. Et c'était le petit garçon qu'il avait élevé depuis son arrivée pour en faire le meilleur tueur de démon de sa génération. Et voilà que cette machine à génocider les monstres copulait avec.

Où s'était-il trompé ?

A moins que l'erreur soit lui-même.

Depuis qu'il était sorti de séclusion, il avait pris le temps de se remettre à jour. Certaines des décisions de son élève lui avaient parues étranges et bizarres mais tout marchait. La secte était plus efficace que depuis très longtemps, les cavernes inférieures étaient remplies jusqu'au plafond de nouveaux élèves, de nouveau entrepôts étaient creusés, des terrasses de cultures excavées… Le temple se développait, ce qu'il n'avait pas fait depuis des siècles. Pouvait-il …Avait-il le droit de se plaindre ?

Était-ce même encore de sa responsabilité ?
Il avait confié JingYun à son élève. Même les anciens approuvaient les décisions de son élève et les soutenaient. Comme son idée d'aller fonder quatre temples satellites pour aider JingYun a faire son devoir envers le reste de la région et pas simplement auprès de la Capitale. Après tout, c'était l'absence de sectes ailleurs qui était la cause de la mort de la mère de Boya. S'ils avaient eu des Cultivateurs partout, la démone qui avait tué la pauvre femme aurait probablement été éliminée bien avant.

La relation de Boya avec le yin yang shi aussi était approuvée et soutenue avec une certaine bienveillance amusée.

Qui était-il pour aller à l'encontre de tout ce monde ? Le temple entier frémissait d'anticipation à l'idée de voir les bébés oiseaux des deux fashi.
Ren LingXin resta incrédule un instant. Il n'aurait jamais imaginé ne serait-ce que PENSER ça un jour.

Ha il se sentait bien vieux tout soudain.

Boya lui nippa le chapeau.

Ren LingXin sursauta.

"- Quoi ?"

"- Il veut que vous arrêtiez de réfléchir à ce qui ne vous concerne pas et que vous vous contentiez d'accepter les faits." QingMing eut un petit sourire désolé. "Il est heureux. Est-ce que vraiment ça vous irrite à ce point qu'il soit heureux avec moi et avec des plumes quand même sa mère l'a accepté ?"

Que répondre à ça ? Ren LingXin se sentait…égoïste.

Heureusement, quelqu'un toqua à la porte, ce qui lui épargna de répondre.

"- Entrez ?"

Yan Shu passa la tête par la porte.

"- L'Empereur est là. Je peux le faire entrer ?"

Boya étala un peu plus ses plumes sur son nid avant de hocher la tête. C'était surtout lui qui était concerné après tout.

L'Empereur entra dans les appartements du chef de secte sans vraiment savoir à quoi s'attendre. Il avait demandé à voir le chef de secte pour avoir des informations sur le phénix et peut-être le voir.

Il ne s'attendait pas du tout être conduit aux appartements du maitre des lieux et encore moins à tomber sur l'énorme oiseau posé sur un nid.

"- Majesté, nous allons vous laisser."

Ren LingXin s'inclina et fila lui aussi. C'était la première fois qu'il voyait le nouveau maître de l'empire. Au coup d'œil, il n'avait pas l'air trop incompétent.

"- Majesté." QingMing s'inclina.

Zhuque-Boya inclina légèrement la tête mais pas plus. On ne s'inclinait pas devant un mortel quand on était un dieu-gardien.

L'Empereur était figé devant le magnifique oiseau. Il avait pu le voir moins de trois heures avant, mais pas d'aussi près !

"- Voulez-vous vous asseoir, Majesté ?"

Il hocha la tête, incapable de détourner les yeux de l'énorme animal de légende.

"- Majesté, si vous voulez bien me suivre…"

QingMing le guida gentiment jusqu'à la table basse au milieu de l'espace de vie de l'appartement pour l'y installer. Il fit chauffer de l'eau pour servir le thé et attendre que le souverain se calme et se sorte de sa stupeur.

La chaleur de la tasse entre ses mains l'aida à reprendre pied. L'oiseau avait tourné un peu dans son nid pour faire face à la table basse.

"- QingMing Daren." Finit par réaliser l'Empereur. "C'est un phénix."

"- C'est Zhuque."

"- ….Zhuque… Et Boya Daren ?" C'était lui qu'il était venu voir quand même.

"- Ha. Pour l'instant, il a laissé la place à Zhuque, voyez-vous."

L'Empereur mit plusieurs minutes à comprendre. C'était BOYA ce grand oiseau ?

"- Mais…Comment…POURQUOI ?"

Boya s'écarta un peu du nid, juste assez pour que l'Empereur puisse voir les quatre œufs avant de retourner couver.

La stupeur de l'Empereur était charmante à voir.

"- Des œufs…. Mais…Y a quoi dedans ?"

"- S'ils sont fertiles, nous n'en savons rien. Une nouvelle race de phénix peut-être. Des hybrides d'humains, de renard… Nous ne savons pas." Sourit calmement QingMing

L'Empereur réalisa soudain que c'était bien le yin yang shi le père.

"- …Ho."

Voulait-il savoir comment ils avaient procédé ? Des images étranges lui venaient à l'esprit. Il lui fallut toute sa force de caractère pour ne pas rougir affreusement.

"- Et bien, moi qui voulais savoir d'où venait le phénix…"

"- Zhuque rendra la place à Boya lorsque les petits n'auront plus besoin d'un parent avien."

Donc ça dépendrait totalement de ce qu'il y avait dans les œufs.

Boya caqueta gentiment pour QingMing quelques instants, faisant sourire son partenaire. Le Phénix avait bien vu que l'Empereur se retenait bravement de tenter de venir lui caresser les plumes.

"- Si vous faites attention à bien caresser dans le sens des plumes, Zhuque vous laissera le toucher." Autant ne pas introduire Boya dans l'histoire, ça aurait été un peu étrange. Enfin, encore plus que ça ne l'était déjà. Evidement.

L'Empereur bondit sur ses pieds comme un gosse à qui ont permet d'aller jouer dehors et non comme le souverain de cinquante ans dont quarante passés dans l'armée qu'il était.

Zhuque tendit le cou vers l'Empereur qui posa timidement sa main sur les plumes.

"- Elles sont si chaudes !"

"- Oui, parfaites pour dormir dedans."

L'Empereur ne préta pas attention à la réponse du fashi. Il était émerveillé comme un petit garçon de pouvoir toucher l'animal de légende qu'était Zhuque.

Il resta à le caresser longuement avant de trouver la force mentale de cesser et de reculer.

Il s'inclina sans y penser pour remercier la créature mystique qui inclina elle aussi la tête avant de caqueter encore vers QingMing. Le yin yang shi passa derrière le grand oiseau qui déploya sa queue comme son renard le lui avait demandé et trouva sans peine les quelques plumes d'empênage arrière qui allaient de toute façon se détacher dans quelques heures ou quelques jours à peine. Zhuque changeait de plumes comme un humain de chaussettes depuis qu'il avait repris vie.

QingMing enveloppa les tuyaux des plumes dans un morceau de soie humide puis les tendit à l'empereur qui prit le bouquet de plumes avec toujours cette ferveur d'enfant fasciné.

"- Elles allaient tomber de toute façon. Zhuque vous les offre en échange de votre bienveillance à son égard, celui de ses futurs petits et du temple de JingYun."

L'Empereur s'inclina encore profondément devant le phénix.

"- J'ai déjà donné des ordres. Toute personne qui s'en prendrait à un phénix y perdrait la vie."

Si l'espèce devait revenir sur l'Empire pendant son règne, il ferait tout pour les protéger.

Satisfait, Zhuque caqueta de contentement avant de frotter son bec contre la joue de son Partenaire. Il souffla doucement dans ses cheveux puis les nippa gentiment avant de le tirer vers le nid pour le forcer à s'asseoir près de lui. Il voulait sa présence et des câlins.

QingMing s'excusa auprès de l'Empereur.

"- Pardonnez-moi, Majesté. Il semble que Zhuque ait besoin que je m'occupe de lui."

L'Empereur reprit sa place à la table basse.

"- Ne vous excusez pas, QingMing-Daren. J'imagine que s'occuper d'une créature pareille est compliqué."

Zhuque avait posé sa tête sur les genoux de son partenaire et le laissait le caresser gentiment.

"- Rien que pour que tu passes des heures à me cajoler, je pourrais rester sous cette forme je crois." Murmura Boya.

"- Allons allons. Tu n'as pas besoin de ça pour que je m'occupe de toi pendant des heures."

"- C'est une promesse ?"

"- Si c'est ce que tu veux."

Un gros œil aux reflets rouge le fixa par en dessous. QingMing lui avait demandé plus d'une fois d'exprimer ses besoins et ses désirs. Il peinait toujours autant à exprimer ce dont il avait envie.

"- Ce que je veux ? Alors quand je serais à nouveau moi-même, je veux que tu t'occupes de moi. Que tu sois à mon total service." Si QingMing n'avait pas été en aussi illustre compagnie, il n'aurait pas autant lutté pour conserver une parfaite apparence de décontraction malgré l'enthousiasme qui commençait à tendre ses pantalons. Heureusement que Zhuque avait sa tête sur ses cuisses. "Et je veux… Je veux…."

"- Boya ?"

"- Snow Hound avait parlé de corde en soie il y a quelques temps." QingMing s'en rappelait. "Je veux que tu me montres ce que tu peux faire avec."

Le demi-démon eut toutes les peines du monde à rester impassible. C'était de la torture.

"- Tout ce que tu veux mon bel oiseau."

"- QingMing Daren ?"
"- Majesté ? Pardonnez-moi, Zhuque me parlait. Il est parfois difficile de saisir les nuances de ses désirs."

Au moins l'excuse fonctionnait.

L'Empereur ne lui en voulait pas

"- Je disais donc que l'enquêteur que je vous ai envoyé, même s'il lui manque votre version des faits a commencé à travailler sur la situation."

"- Il faudra qu'il repasse dès que possible." QingMing était désolé pour l'inconfort du jeune enquêteur. Boya lui avait parlé de la ressemblance étrange entre eux mais il voulait la constater lui-même.

QingMing ne savait rien de son père. Il ne se souvenait même pas de son visage. Il savait juste qu'il avait disparu quand il n'avait pas deux ans. Mort ? partit ? Il n'en savait rien. Sa mère avait été inconsolable. Puis ils avaient dû quitter leur village et errer de place en place jusqu'à ce qu'elle soit tuée lorsqu'il avait cinq ans.

Zhuque avait fini par s'endormir, la tête sur ses cuisses.

L'Empereur resta à bavarder avec le fashi une bonne heure, visiblement content aussi bien de se repaitre de l'image du phénix que de ne pas avoir à se comporter en Empereur pendant quelques minutes.

La pause finit néanmoins par se terminer lorsque l'ordonnance de l'Empereur se présenta a la porte. Ils devaient y aller.
Avec un soupir de fin du monde, le souverain salua les deux prêtres et le dieu gardien en leur offrant tous ses vœux de prospérité pour leur petite famille qui s'agrandissait après Ye Huohua.

Une fois enfin seul avec sa moitié, QingMing se laissa aller en arrière pour s'appuyer contre l'épaule de son grand phénix.

Il avait hâte.

Hâte de savoir s'il allait avoir des poussins.

Et en même temps, il était terrifié. Il avait promis à Zhuque qu'il ferait tout pour être un bon parent pour leurs petits. Mais en serait-il capable avec les parents qu'il avait eus ? Il aimait profondément Snow Hound et Mad Painter mais il savait parfaitement qu'on n'élevait pas un enfant comme il l'avait été.

Serait-il capable de faire mieux ? Plus conventionnel simplement ? D'aimer un enfant ?

Le seul humain qu'il était capable d'aimer était son Boya. Arriverait-il à aimer un petit à eux s'il était humain ?

"- Arrête de réfléchir, QingMing. Tu me donnes mal à la tête." Souffla doucement Boya. "Viens dormir avec nous."

Le grand renard blanc se glissa à sa place sous l'aile de son partenaire pour venir poser sa tête sur son dos. Voilà, ça c'était parfait.

Il ferma les yeux et s'endormit avec lui, bien loin de la vraie vie à l'extérieur.

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Le détective et son ami était revenu, une troisième fois, pour tenter d'avoir enfin la déposition du chef du yin yang bureau.

Un peu dépité, ils s'attendaient cette fois à un nouveau contre temps ou une annulation de dernière minute. Ils furent donc très surpris lorsqu'ils furent conduits à un bureau avec un…Qu'est-ce que c'était que ce truc jaune là ?

"- Allez-y. Passez le portail." Invita Yan Shu avant de les pousser littéralement dedans.

Ils franchirent le seuil du portail magique, immédiatement sur la défensive. De l'autre côté était un autre bureau relativement similaire mais bien plus froid. Immédiatement, ils durent utiliser leurs Nodes dorés pour ne pas attraper une pneumonie.

"- Ha ! Vous êtes arrivés. Bonjour ! QingMing Daren va vous recevoir. Il devrait être là dans très peu de temps." Le jeune prêtre tout en blanc leur souriait largement. " Je suis Kin Lao, le premier disciple du Yin yang bureau et…HO PAR LES DIEUX !"

"- Oui, visiblement, je ressemble beaucoup à votre chef de secte." Soupira Dee.

"- Lui ressembler ? Vous pourriez être son jumeau sans poil sur la figure. Ça va être trop marrant !"

"- Maître…" Soupira une voix basse et profonde remplie de souffrance.

La surprise des deux inspecteurs les laissa sans voix. Ce n'était pas la première fois qu'ils voyaient un shishen m ais celui-là ne ressemblait à rien d'humain.

"- Ha ! Je vous présente mon premier shishen. LieShi."

Les deux hommes s'inclinèrent sans savoir quoi faire d'autre lorsque la porte du bureau s'ouvrit.

"- Kin Lao ! Je ne trouve pas le budget prévisionnel pour les dix ans à venir. Je te l'avais signé."

"- Je vais le chercher QingMing Daren. Vos invités sont arrivés. Et c'est pire que prévu."

"- Fais nous envoyer du thé et des gâteaux veux-tu ? Et des fourrures." Leurs invités tremblaient. Leur cultivation devait être faible ou inexistante.

QingMing parvint enfin dans leur champ de vision.

"- Ho…Effectivement, c'est troublant."

Le fashi était perturbé de voir une copie quasi conforme de lui-même en plus jeune.

Les deux enquêteurs étaient eux aussi très troublés. Il pensait que la ressemblance était presque une plaisanterie, voir une vague ressemblance. Mais à ce point-là ?

Le prêtre était un jumeau de Dee avec une dizaine d'année en plus.

Soit il s'agissait d'une plaisanterie de l'univers, soit ils étaient parents.

QingMing s'approcha pour venir le renifler dans le cou, à la grande irritation de Yuchi Zhenjin.

"- Mais ça vous prend souvent de faire ça ?"

"- C'est surtout une façon facile d'avoir des réponses. Votre odeur est assez proche de la mienne. Nous devons effectivement avoir un lien de parenté"

Maintenant qu'ils avaient vu le fashi et entendu sa voix, aucun des deux inspecteurs n'en doutaient.

"- Nous en discuterons plus tard si vous voulez bien." Finit par couper Dee. "Nous ne sommes pas là pour ça."

"- Et nous sommes où d'ailleurs exactement ?"

"- Vous êtes dans le temple du yin yang bureau. Au nord. La ville la plus proche est Xihai."

"- ….Ho….." Décidément, la magie était fascinante. Et un peu effrayante.

Dee avait sorti son petit carnet, son bâton de plomb et commença à poser ses questions.

"- Vos servants et Boya-Daren nous ont déjà donnés des explications mais j'aurais besoin de votre version des faits."

Docile, QingMing raconta sa version de chacune de ses interventions. En tant que prêtre sur les lieux à chaque fois, il était plus à même non seulement de décrire ses interventions mais également les méthodes probablement utilisées par ce faux prêtre. Et ce qui le gênait de plus en plus à mesure qu'il racontait précisément était la base de chaque tentative faite. S'il avait déjà remonté à l'Empereur comme à Boya que des techniques des quatre grands temples étaient utilisées, l'élément récurrent qu'il arrivait à voir provenait du yin yang bureau.

Il finit par se taire, les sourcils froncés. Sa tasse de thé dans ses mains était froide depuis longtemps.

"- …QingMing Daren ?" Finit par appeler Yuchi Zhenjin, un peu inquiet de son silence soudain mais pas seulement.

Petit à petit, lui et son collègue se sentaient de plus en plus mal à l'aise. Une pression désagréable était en train de monter lentement autour du fashi.

QingMing finit par reposer sa tasse, tracer dessus d'un doigt négligeant de quoi réchauffer le thé puis se lever.

"- Excusez-moi." Il alla fouiller dans les rouleaux rangés sur le mur du fond du bureau jusqu'à en sortir plusieurs. La pression agressive avait disparue d'un coup lorsque le fashi s'était levé.

Les deux inspecteurs échangèrent un regard. Ils avaient travaillé ensemble sur des situations étranges et dangereuses chargées en créatures de légendes, mais là, ils clapotaient dans bien pire.

"- A devoir vous réexpliquer clairement tout ce qui s'est passé et devoir vous détailler les techniques utilisées pour commettre ces horreurs, je viens de me rendre compte que bien que notre faux prêtre utilise des techniques des quatre sectes, la base de toutes ses actions utilise systématiquement celles du yin yang."

"- un ancien membre de secte qui aurait été chassé." C'était la conséquence logique.

QingMing hocha la tête. Zhenjin avait raison. C'était ce qui paraissait le plus évident.

"- Voici la liste de tous les anciens membres de la secte qui en ont été chassés."

Les rouleaux étaient nombreux et épais.

QingMing soupira.

"- Ils ont été chassés pour la grande majorité à cause de moi." Les deux inspecteurs échangèrent encore un regard. "Je ne les ai pas chassés moi-même, mais durant les trente dernières années, mon maître, qui était le chef de secte avant moi, a mis dehors pas mal de disciples qui estimaient que torturer un enfant à cause de ses origines était un sport amusant."

Le visage du fashi était impassible mais la peine dans ses yeux était réelle. Le précédent chef de secte avait donc protégé son élève des tortures qui lui étaient infligées par d'autres disciples parce qu'il était un demi-démon. Est-ce que chasser autant de monde pour protéger une seule personne était rentable ? Vu la force du bestiau, ça l'était probablement. Sans compter qu'un demi-démon aussi fort lâché dans la nature, avec suffisamment de rancune, aurait probablement causé bien plus de dégâts. Cyniquement, s'assurer la fidélité du demi-démon était plus pragmatique qu'autre chose.

"- Je ne sais pas ce que ces anciens disciples sont devenus, mais j'imagine qu'une partie au moins à rejoint une autre secte." Les deux hommes étaient des cultivateurs médiocres mais des cultivateurs.

Ils savaient qu'une fois un Node doré allumé, il était nécessaire de l'entretenir. C'était un besoin aussi impérieux que de manger ou dormir. Sans doute même plus puisqu'un Node doré bien entrainé pouvait remplacer ces deux contingences matérielles et bien d'autres.

Dee continuait de tout noter. Son ami avait pris les rouleaux. Toutes ces vérifications promettaient un travail de titan.

QingMing continuait à réfléchir.

"- Si c'est bien un ancien disciple chassé, il est peut-être pertinent de rajouter aux évènements de la capitale deux autres évènements qui n'ont a priori rien à voir mais qui ont soit impactés directement la secte, soit moi personnellement."

Dee approuva.

QingMing raconta l'avalanche provoquée par explosion et qui avait mis toute la secte sur le flanc pendant deux bonnes semaines ainsi que l'ingérence du naja au Palais.

Les deux hommes furent horrifiés. Les deux éléments étaient capitaux !

"- Vous êtes sur que personne n'a profité de l'état de la secte pour voler quelque chose ?"

"- Je ne crois pas, je…." QingMing se tut soudain. Ses pupilles s'écarquillèrent soudain avant qu'il ne se mette à crier. "KIN LAO !"

Le premier disciple se rua dans le bureau de son maître.

"- QingMing Daren ? Qu'est ce qui se passe ?"

"- Kin Lao. Tu m'as dit que tu te cachais très souvent dans les sous-sols depuis ton arrivée ici n'est-ce pas ?"

Le jeune homme jeta un coup d'œil un peu gêné vers leurs invités mais hocha la tête.

"- Pourtant, tu n'as trouvé l'ouverture vers le Mausolée que récemment."

"- Heu… Oui. Ca fait moins de deux ans."

"- Quand ? Quand l'as-tu trouvé exactement ?"

"- Et bien…."

"- C'est important Kin Lao."

"- C'était quelques semaines après l'avalanche" répondit pour son maître Qingsheng XiYu.

Le petit shishen était inquiet de l'intensité du chef de secte. Est-ce que leur maître avait fait une bêtise ?

Blême, QingMing jeta un regard significatif vers les deux inspecteurs.

"- Une diversion et la raison de la diversion. Peut-on aller voir cette ouverture ?"

Kin Lao était perdu.

"- Maître ?"

QingMing soupira.

"- Tu sais que l'avalanche a été causée par des explosif."

"- Vos shishen avaient trouvés des traces de poudre." Confirma son premier disciple.

"- Ces messieurs m'ont permis de réaliser que tous ces évènements étaient peut-être liés. Tu connais les sous-sols mieux que personne. Et quand j'étais jeune, là où est maintenant le trou vers le mausolée, il n'y avait rien que la roche brute. Et maintenant, tu confirmes que ce trou a été créé après l'avalanche, sans doute lorsqu'il n'y avait plus personne dans le temple à part une vingtaine de shidi et les personnels de cuisines qui les ont vaguement surveillés."

"- Si des explosifs ont été également utilisés, personne n'a du s'en rendre compte ici. Ni n'avait plus la sensibilité pour sentir les boucliers fluctuer !" S'horrifia Kin Lao.

"- Il faut que nous voyions cette ouverture." Insista Dee.

QingMing ouvrit un portail.

"- Venez."

"- …Vous vous déplacez toujours par portail ?" S'intéressa encore le détective.

"- Dès que je peux en tout cas."

"- Notre chef de secte est le meilleur pour ça." Sourit largement son disciple, très fier. "Il n'y a bien que lui qui arrive à ouvrir des portails aussi grands, stables et sur la durée."

"- Tu vas me faire rougir, Kin Lao."

"- Mais c'est vrai, QingMing Daren ! Même maître Meng Zedong n'est pas aussi doué que vous !" Insista le jeune homme avant d'expliquer pour les deux inspecteurs pendant qu'ils franchissaient le portail avec les deux shishen du premier disciple sur leurs talons. Ils avaient tous les deux sortis leurs armes. Par habitudes, Dee et Zhenjin les imitèrent. " Meng Zedong est le professeur qui apprends aux shidi à utiliser tous les sorts à base de sigils. C'est le meilleur de la secte pour ça. Mais loin derrière QingMing Daren !"

"- J'avais des raisons d'apprendre à utiliser très vite des portails."

"- Même votre bouclier pourrait arrêter un dieu !" Insista Kin Lao.

QingMing rougit visiblement. Mais pas parce qu'il était gêné. Parce qu'il pensait à la raison de la puissance de son bouclier. Comment ne pourrait-il pas l'être quand elle dépendait entièrement de l'amour que vous aviez pour la personne pour qui vous créiez ce bouclier ?

"- La brèche n'est pas loin."

Le petit groupe suivit le maître des lieux jusqu'à une paroi de roche brute sans rien de remarquable.

QingMing murmura quelques mots, deux doigts devant la bouche puis posa son index et son majeur sur la roche. Ses doigts brillèrent un instant puis l'illusion sur le mur disparu.

"- Une illusion ?"

"- Couplée avec un bouclier. Kin Lao et moi sommes les seuls à pouvoir les désactiver. Et ils se réactivent automatiquement au bout de deux minutes. Quelqu'un qui arriverait à l'ouvrir de l'extérieur serait bloqué à l'intérieur au bout de ce laps de temps. La méthode de désactivation de l'intérieur est différente de l'extérieur." Expliqua QingMing. "Et il n'est pas possible d'utiliser un portail pour entrer ou sortir du Mausolée." Ils avaient testé évidemment.

Le savoir n'aiderait que marginalement quelqu'un qui voudrait entrer. Sans savoir précisément comment désactiver la double couche de bouclier, un intru resterait coincé.

Le groupe entra dans le Mausolée. Au bout de deux minutes, l'illusion reparue sans que les deux inspecteurs ne puissent déterminer où étaient sa racine. S'il fallait la détruire, c'était elle qu'il faudrait attaquer mais ils ne voyaient pas où elle était située. Evidemment, le chef de secte y avait pensé.

Autour d'eux, des lampes à huile s'étaient allumés. A mesure qu'ils avançaient, elles s'allumaient de proche en proche, ranimées par le qi qu'ils émettaient naturellement.

"- Kin Lao. Est-ce que tu aurais vu pendant tes pérégrinations que quelque chose aurait pu être détruit ou volé ?"

Le premier disciple secoua la tête.

"- Moi non mais… Qingsheng XiYu, tu as vu quelque chose ?"

Le shishen secoua la tête. Il n'avait évidemment pas eu le temps de tout explorer. Il y avait trop d'espace à vérifier pour ça. mais de ce qu'il avait vu, si quelque chose avait été emporté, le coupable l'avait fait avec toute la discrétion nécessaire pour que ça ne se voit pas.

"- Il y a quoi ici ?" Finit par demander Zhenjin.

QingMing le fixa froidement avant d'incanter longuement. Il lança les sigils sur les deux hommes qui ne purent les éviter.

"- C'ETAIT QUOI CA ?!"

"- Ca, c'est pour vous éviter de parler du Mausolée, même sous la torture ou les herbes. Ce serait trop dangereux. Si vous vouliez en parler à quelqu'un qui n'est pas l'un de nous, vous ne vous ne rappelleriez tout simplement pas de son existence.

"- C'est si dangereux que ça ?"

"- Ici sont entreposés, en stase, des démons si dangereux qu'ils feraient passer le Serpent pour le chiot d'une dame de la cour."

Un frisson de peur remonta dans le dos des deux hommes. D'accord. Ils n'avaient plus de problème avec le sigil que leur avait imposé le yin yang shi.

D'un commun accord, ils se détournèrent des lieux pour retourner vers l'entrée et son mur écroulé pour y chercher des traces d'explosif dans les décombres. Ils ne tardèrent pas à en trouver.

"- Voyez ici ? Ce noir de suie ? Ces marques en étoile ? C'est caractéristique de poudre noire. Quelqu'un a effectivement utilisé des explosifs."

"- C'était les mêmes marques sur les rochers au-dessus des avalanches." Ajouta QingMing, de plus en plus troublé.

"- …Je crois que vous avez soit un traitre dans vos rangs, soit, comme vous l'avez dit, qu'un ancien disciple mit dehors a décidé de se venger."

QingMing soupira lourdement.

Quelque chose lui disait que ça allait être pire avait de s'améliorer.

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Zhuque observait les quatre œufs depuis de longues, très longues minutes.
Près de lui, QingMing essuyait pour la énième fois ses mains sur ses robes tellement elles transpiraient.
Les œufs avaient été pondu depuis une grosse semaine maintenant.

Pour l'instant, ils ne savaient encore pas s'ils étaient fertiles ou non. QingMing priait pour qu'au moins l'un d'eux le soit. Si ce n'était pas le cas, il ne pourrait jamais se pardonner.
Le fashi se retrouvait dans une situation inconfortable.
D'un côté, l'œuf que Snow Hound couvait existait parce que les trois shishen l'avaient drainé de son yang pendant la fécondation de l'œuf et de l'autre, si ses propres œufs étaient infertiles, ce serait probablement et bien…Justement pour ça.

Quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, il serait responsable de la peine de quelqu'un.

Pire encore si tous les œufs, les leurs comme celui de Snow Hound était infertiles.
Egoïstement, il espérait vraiment ne pas avoir à en arriver là.
Si au moins juste un des œufs de Zhuque était vivant…C'était tout ce qu'il demandait. Un petit poussin rien qu'à eux. A force d'en parler, Zhuque l'avait convaincu qu'il voulait lui aussi élever une petite créature à eux avec Boya.

Boya n'était pas en meilleur état que son compagnon. Même s'il était juste sur l'épaule de Zhuque à épier le moindre des gestes du grand oiseau, il ne cessait pas d'embêter le phénix pour savoir ce qu'il faisait, pourquoi, et ce qu'il cherchait et…

"- Il faut que tu te calmes, mon vaisseau. Si un seul de ces œufs est viable, ce sera déjà une chance incroyable."

Si Boya avait été dans son corps humain, il aurait pâli.

"- Comment ça un seul ?"

"- Déjà, la moitié des œufs de phénix sont de toute façon infertiles. Dans le meilleur des cas, c'est juste un gros tiers qui n'est pas fertilisé. Dans ceux qui le sont, il y a ceux qui n'arrivent pas à terme. Et dans ceux qui y arrivent, il y a les poussins qui n'arrivent pas à casser leur coquille. C'est pour ça que les pontes peuvent avoir jusqu'à quarante œufs et n'y avoir que trois ou quatre poussins qui arrivent à l'âge adulte.

"- QUARANTE ?"

Zhuque tapota doucement la tête de son vaisseau.

"- Allons, allons. Du calme. Tu n'en fais pas un drame quand une poule n'a pas de poussin n'est-ce pas ?"

"- Mais là ce sont MES œufs !"

Zhuque roucoulait doucement, charmé et attendri. Il était loin le vaisseau scandalisé à l'idée que le phénix veuille des œufs.

"- C'est notre première ponte en plus. Et toi comme moi nous sommes des mâles. J'ai fait ce que j'ai pu sur notre biologie pour l'adapter, mais c'est déjà remarquable que nous ayons eut quatre œufs. Et encore une fois, c'est une première ponte."

Le cœur lourd, Boya commençait à comprendre que la tartelette aux prunes de ses espoirs allait probablement être très vite brisée par le rocher de la réalité qui allait tomber dessus.

"- Et comment le sais-tu s'il y a quelque chose dedans ?"

"- Ecoute."

"- …Que j'écoute ?"

"- Oui, si je colle mon bec à l'œuf, si un cœur bat, son battement fait écho dans mon bec."

Zhuque plaqua son bec au premier œuf et l'entrouvrit.

Il resta comme ça une longue minute sans que Boya n'entende ni ne sente rien.

Sans se soucier du cri d'angoisse de QingMing, Zhuque prit le premier œuf entre ses serres et le jeta hors du nid. Il se brisa sur le parquet où l'intérieur se rependit sans que le phénix n'y jette un œil.

Le phénix examina l'un après l'autre chacun des œufs.

Lorsqu'il eut fini, il n'en restait qu'un au milieu du nid. Les trois autres étaient brisés au sol.

QingMing était en larmes et fixait les trois œufs éclatés avec désespoir.

Zhuque soupira. Lui ne ressentait aucune peine devant la perte des trois œufs. Il était content qu'il y en ait un de viable évidemment. Mais dès qu'il avait entendu que les autres étaient vide, il les avait aussitôt oubliés. Ils étaient passés de poussins potentiels à déchets. Le phénix peinait à comprendre la douleur que les deux humains pouvaient ressentir. N'avoir que trois ou quatre petits dans une vie, un seul à la fois, devoir les élever au moins dix ans avant qu'ils ne puissent être un tout petit peu indépendant était quelque chose qui lui était tout autant incompréhensible.

Il ne pouvait comprendre la peine de QingMing qui rassemblait les restes de coquille, les mains tremblantes et ce qui restait de l'intérieur des œufs pour le mettre dans une poche quiankun. Ni pourquoi il prenait avec tellement de précaution le minuscule embryon mort depuis des jours pour le rajouter avec le reste.

Zhuque ne pouvait pas comprendre que même cette petite chose morte était pour QingMing et son vaisseau un bébé à eux et qu'il était mort.

"- Mais… Pourquoi êtes-vous si tristes ? Il n'aurait pas éclos de toute façon. Ca fait déjà des jours qu'il a arrêté de se développer."

Boya était en larmes lui aussi.

"- Tu ne peux pas comprendre, Zhuque. Il faudrait être humain pour ça. Nous ne voyons pas les petits comme toi."

Le phénix était désolé d'avoir fait de la peine à son Partenaire et son avatar mais n'arrivait pas à être désolé pour les œufs.

"- Il en reste un ! Avec de la chance il va éclore." Tenta de rassurer le phénix sans réaliser que c'était pire. Quelles étaient les chances ?

Les deux humains allaient commencer dès maintenant à se blinder à l'idée que celui-là aussi mourrait.

"- QingMing ?"

"- Je…Je vais m'occuper de…Des restes" Souffla le demi-démon.

Les épaules basses, QingMing referma la poche après avoir nettoyé la moindre goute d'albumine et l'avoir rajouté avec le reste.

Zhuque était remonté sur son nid pour couver le dernier œuf tout en cajolant son vaisseau. Il fallait qu'il s'y habitue. Maintenant qu'il pouvait devenir entièrement son avatar pour de bon, il fallait qu'il s'attende à pondre régulièrement, que leurs œufs soient fertilisés ou pas. C'était comme pour les humaines. Elles aussi elles produisaient tous les mois des œufs qui n'était pas forcément fertilisés. Quelle était la différence ?

Cela, plus que le reste, apaisa un peu Boya. Les fausses couches étaient fréquentes, les cycles sans fécondation encore plus malgré l'enthousiasme des maris. Finalement, c'était effectivement la même chose. Même s'il aurait aimé que ça ne se solde pas par une ponte à chaque fois.

QingMing aussi accepterait probablement la chose une fois expliqué ainsi.

Pour l'instant, son compagnon semblait écrasé par la peine et il ne pouvait même pas le prendre dans ses bras pour le consoler.