watch?v=R51_fmw2oXU
Fang avait toqué discrètement à la porte de la chambre pour laisser deux plateaux chargés du petit déjeuner juste devant le paravent de séparation entre le lit et le reste de la chambre.
Le jeune ancien esclave s'était levé à l'aube pour aller au marché avec la petite voiture à bras qu'il avait bricolé avec des restes de bois trouvé sur le domaine. Sa cuisine n'était pas des meilleures loin de là, mais il adorait bricoler. Il avait de la chance que ses maîtres soient des prêtres et non des nobles. Leurs palais toléraient davantage la cuisine simple même si généreuse du jeune homme. Après tout, des nouilles aux légumes avec des tranches de lard grillé n'avaient sans doute pas la délicatesse d'un plat de langue de canard en gelée avec un confit de pommes, mais ça vous remplissait tout autant l'estomac. Il évitait aussi rigoureusement les piments pour les remplacer par des épices fortes en gout mais aucun piquant.
Pendant que ses maîtres se réveillaient lentement, il mit dans de l'eau chaude les vêtements récupérés sur le sol des bains extérieurs pour les faire tremper avant de les laver. Ils n'étaient pas vraiment sales, juste souillés de sueur. Un peu de trempage dans de l'eau de savon avant de les rincer et de les mettre à sécher suffirait. Pour les cuirs de Boya Daren, il avait trouvé sur le marché une huile sans odeur qui devrait les nettoyer sans peine.
Perdu dans ses pensées et son travail tranquille même si solitaire, Fang s'était mis comme souvent à fredonner pour donner un rythme à son travail. Une fois les vêtements en train de sécher, les cuirs propres et assouplis, il alla vérifier si les plateaux de petit déjeuner avaient été posé hors de la chambre mais aucun bruit ne venait de l'intérieur. Ses maîtres devaient toujours dormir.
Lorsqu'on toqua à la porte du domaine, il alla chercher la livraison de riz et de pâtes fraiches ainsi que de viandes qu'il avait commandé au marché. Le riz se gardait, les pâtes se maintiendraient bien deux semaines et même si ses maîtres partaient le jour même, il aurait le temps de les manger avant qu'elles ne se gâtent. La viande serait un peu plus délicate mais il pourrait toujours la fumer ou la mariner s'il le fallait.
Une fois la cuisine remplie, il quitta la maison pour aller nourrir les poulets, récupérer les œufs du jour, vérifier si les poussins attendus étaient nés, attraper une poule bien grasse en fin de vie pour lui couper le cou pour le repas du lendemain, récupérer le duvet et les plumes, faire du bouillon et nourrir les petits cochons qu'il avait trouvé quelques mois plus tôt. Les œufs en cuisine, la poule vidée et mise à dégorger, il pouvait aller désherber un peu le petit potager qu'il avait installé derrière la haie qu'il avait planté pour le cacher du jardin ornemental.
Vers le milieu de matinée, il s'étira lourdement. Son panier de légumes était plein, les légumes avaient été arrosés et désherbés, du compost mêlé à la terre pour la nourrir, il pouvait rentrer à la maison.
"- Bonjour Fang."
Un coassement de surprise échappa lourdement au pauvre serviteur.
"- Maître !"
Il se jeta à genoux par réflexe. Il n'avait pas vu ses maîtres ni n'avait été là pour eux ! Il aurait dû être dans la maison à attendre qu'ils se réveillent et...
"- Ne te prosterne pas, Fang ! Ne fais pas ça." QingMing n'aimait pas voir les gens ramper devant lui à part dans des circonstances très spéciales.
"- Je suis désolé, maître. J'aurais dû..."
"- Tu as déjà très bien travaillé, j'ai vu. Et tu es seul. Tu ne peux pas te reprocher de ne pas pouvoir te couper en deux." Souris encore QingMing.
Fang soupira de soulagement. Même s'il était seul la plus part du temps, sa vie était quand même bien plus facile que lorsqu'il était esclave. Ses maîtres étaient compréhensifs et généreux, il avait vraiment de la chance. Si seulement il n'était pas seul...
QingMing s'était tut, très occupé à observer son serviteur. Il voyait les effets de sa solitude de longue durée. Il fallait qu'il trouve quelqu'un pour lui tenir compagnie et l'aider dans ses tâches. Un autre serviteur humain serait pratique mais un shishen serait bien plus utile.
S'il ne trouvait pas un nouveau servant pendant leur séjour, il lui faudrait en invoquer un. Il ne l'avait pas fait depuis Honey Bug et la Multitude. Ce ne serait jamais sa manière préférée d'accueillir un nouveau servant.
"- Je vais te trouver un camarade, Fang. Cette solitude n'est pas bonne pour toi."
"- Je vais bien, Maître. Ne vous en faites pas pour moi."
"- Je suis ton maître. Evidemment que c'est mon devoir de m'en faire pour toi."
L'ancien esclave fixa son maître avec des yeux ronds. C'était bien la première fois qu'il entendait quelque chose comme ça ! Un serviteur n'était rien de plus que de la chair à canon. A peine plus libre qu'un esclave. Son maître ne pouvait pas le tuer sur un coup de tête mais c'était bien la seule vraie différence avec un esclave. Il appartenait à ses maîtres tant qu'il n'aurait pas remboursé sa dette auprès d'eux. Fang ne réalisait pas que ses maîtres l'auraient laissés partir s'il l'avait demandé assez fort.
"- Merci maître."
"- Allons, allons. Fais-moi plutôt faire le tour de tout ce que tu as fait depuis la dernière fois que je suis venu." QingMing était venu plusieurs fois pendant la couvaison de Boya mais il n'avait pas pris le temps de faire le tour du domaine.
Fang prit son panier sur son bras, tapa ses robes puis invita son maître à le suivre. Il lui montra le potager, le poulailler et les cochons.
"- J'aimerai trouver des lapins aussi. Mais pour l'instant, je n'ai pas trouvé de lapins corrects pour commencer un petit élevage."
QingMing hocha la tête.
"- Parfait. Nous ne venons pas souvent, mais je ne vois pas pourquoi tu devrais mal manger à cause de ça. Et si tu as trop pour ton usage personnel, je te donne la permission de vendre le surplus et de garder les bénéfices pour toi." Fang faillit en tomber par terre.
"- M...Maître ?"
"- Autant que tu gères ton propre budget. Ce n'est pas pour ça que ton traitement mensuel en sera diminué, rassure-toi."
Fang n'en revenait pas. C'était extrêmement généreux ! Avec ça, il pourrait sans doute parvenir à rembourser sa dette. Ou au moins, vivre très confortablement. Ca motivait à bien s'occuper de ses bestioles et de son jardin.
C'était à ce genre de petites choses que la fidélité s'achetait aussi.
Le jeune serviteur montra les modifications qu'il avait fait au bassin extérieur, les réparations diverses et s'excusa de n'avoir pas fini avec le toit. Il y avait une fuite mais il n'était pas compétent.
"- J'ai voulu embaucher un professionnel mais il n'a pas pu entrer dans le domaine."
forcément ! il y avait des boucliers.
"- Je te donnerai un petit artefact pour que tu puisses faire entrer une autre personne sous conditions." Le toit, c'était important. "Mais pendant que nous sommes là, si tu as besoin de faire venir d'autres artisans, profites-en."
"- Bien maître. Il faudrait faire venir quelqu'un pour les cheminées aussi." Une d'elle ne tirait pas bien et le conduit de la cuisine est bizarre. "Combien de temps comptez-vous rester ?" Pour les courses, tout ça...
"- Deux semaines environ." Fang hocha la tête. Il réfléchissait déjà aux repas. "Nous serons sans doute absent un repas par jour. Mais nous te préviendrons lorsque nous sortons."
"- Bien maître."
Satisfait, QingMing sourit encore au jeune homme.
Il le laissa à la cuisine pour retourner auprès de son Boya qui somnolait toujours après avoir déjeuné. Il était toujours nu sous les couvertures, content de profiter de la grasse matinée.
Il leva à peine la tête lorsque Qing Ming revint dans la chambre.
"- Tu es partis."
"- J'ai rapporté les plateaux en cuisine et j'ai fait le tour du Domaine avec Fang. Il a incroyablement bien travaillé." Il fit un résumé rapide. "Je lui ai donné l'autorisation de vendre les surplus et de garder les bénéfices pour lui."
Boya approuva mais était visiblement ronchon quand même.
QingMing se retenait difficilement de sourire, debout au pied du lit. Combien de temps son compagnon allait-il se retenir de l'attraper par le fond de ses robes et le tirer près de lui ?
Pas longtemps visiblement.
Boya venait de se redresser, attraper le bas de la robe de QingMing et tirer dessus pour le faire tomber sur lui. Boya l'avait rattrapé au vol et le gardait sans ses bras, possessif comme un chaton avec sa gamelle.
"- Boya, Si tu me lâchais une minute, je pourrais me déshabiller"
"- Si je te lâche, tu vas encore partir je ne sais où." Protesta le chef de secte, boudeur comme un petit enfant mal luné.
"- Boya…"
"- Non."
"- Zhuque, tu peux convaincre Boya de me lâcher le temps de me déshabiller ?"
"- GNON!"
Mais les bras du chasseur s'étaient écartés. Ulcéré, Boya insultait Zhuque pendant que QingMing riait de son compagnon tout en se débarrassant de ses robes. Il se glissa très vite nu dans les bras de son tueur de démon qui les referma sur lui avec ses ailes.
Qing Ming enroula ses queues autour de celle de Boya, ajoutant à la satisfaction de l'avatar et de son locataire.
"- Mon adorable chasseur ronchon est-il satisfait ?"
"- Ton adorable chasseur ronchon veut juste que son compagnon baladeur cesse d'aller se balader partout sans lui." Marmotta Boya.
"- Mon adorable chasseur ronchon devrait alors se lever et accompagner son compagnon baladeur quand il va se balader."
"- Ton adorable chasseur ronchon est fatigué et veut juste profiter d'un câlin avec son compagnon baladeur."
La main de Qing Ming glissa sur une fesse ronde et bien musclée.
"- Mon adorable chasseur ronchon aurait-il des envies de câlins crapuleux avec son compagnon baladeur ?" Qing Ming se retrouva très vite sur le dos avec son Boya couché sur lui.
"- Non." Le renard fixa son phénix avec stupeur. Comment ça non ? "J'ai juste envie de ta présence et d'un câlin."
Ho.
QingMing passa ses bras autour de la taille de son amoureux qui avait posé sa joue sur son torse avant de fermer les yeux. Si c'était ce que voulait son Boya, son Boya avait.
Ils restèrent encore une grosse heure dans les bras l'un de l'autre avant que le chasseur ne soupire lourdement. Malgré son envie de rester au lit toute la journée avec son partenaire, il fallait quand même bouger un peu. Fang n'allait sans doute pas tarder à leur apporter le repas de midi. Boya se redressa avec un gémissement pour rouler à côté de son amant.
"- Il faut se lever."
"- Ha ? Tu es décidé ? Aie." Qing Ming se massa le bas ventre là où Boya avait sans pitié tiré sur sa toison blanche et duveteuse. "Ne fais pas ça. Ça fait mal."
"- Alors arrête de te moquer de moi."
"- Je ne me moque pas je…" On toqua à leur porte. Fang entra sans attendre pour poser les deux plateaux comme le matin même devant le paravent puis se retira sur la pointe des pieds.
QingMing attendit que la porte soit refermée pour aller chercher les deux plateaux pendant que Boya tapait les oreillers et les coussins pour qu'ils puissent confortablement manger au lit.
"- C'est absolument décadent." Soupira Boya.
"- Mais ce n'est pas ça qui va t'empêcher de déjeuner."
Boya lui tira la langue comme un gosse. Surpris, QingMing éclata de rire, heureux. La douleur de la perte s'éloignait lentement.
A être seuls et loin de tout, leurs défenses automatiques se résorbaient également petit à petit. Même à la Maison, Boya ne se serait pas permis de lui tirer la langue.
Ils déjeunèrent tranquillement, pour une fois sans tenter de nourrir l'autre.
Se sortir du lit, s'habiller, se coiffer et l'après-midi était déjà à moitié passée. Ils étaient deux loques qui voulaient juste profiter un peu pour quelques jours.
"- Que dirais-tu d'aller au marché de nuit ?"
QingMing fut surpris de la proposition de son compagnon. Son compagnon le surprenait beaucoup aujourd'hui. Mais le marché de nuit ? Il était sûr ? Il allait y avoir des gens, du bruit... Mais sans doute moins qu'en journée.
"- On pourrait reprendre une barque pour y aller." Le plus proche canal n'était qu'à quelques centaines de mètres.
Le demi-démon approuva la proposition. Ils prévinrent Fang de ne pas les attendre pour le diner et se préparèrent pour sortir. C'est en vidant ses poches quiankun bien trop pleines pour faire de la place pour d'éventuels achats que QingMing retomba sur le petit token en jade que le jeune Seigneur Han leur avait donné.
"- Boya, tu as toujours l'anneau de jade donné par le gamin local ?"
Le tueur de démon avait totalement oublié le petit objet offert peu avant l'attaque sur le palais par des agresseurs encore inconnus prêt d'un an plus tard.
"- Oui, quelque part." Il fouilla ses propres affaires pour le retrouver. S'il se souvenait bien, avec ça ils n'avaient rien à payer nulle part
Ils attachèrent les petits anneaux à leur ceinture puis quittèrent leur petit lupanar pour rejoindre le plus proche canal et trouver une embarcation. Lorsqu'ils tendirent les token qui pendaient à leur ceinture, le batelier retint un coassement mais les prit pour en faire une empreinte sur une feuille. Il n'aurait qu'à la présenter à la plus proche antenne administrative de la ville pour être payé. Il était rare que de tels token soient vu en ville. Normalement, il n'y avait que la famille Han et les plus hauts fonctionnaires qui en avaient. Mais que les deux prêtres en soient pourvus n'était pas illogique. Tout le monde se rappelait encore qui ils étaient. Le batelier les laissa au marché de nuit, du côté des vendeurs d'oiseaux.
"- Heureusement que Liu Ye n'est pas avec nous ou il aurait sans doute ouvert encore une fois toutes les cages."
Boya se rappelait la petite anecdote. Il n'avait que peu vu le jeune shishen à son arrivée évidemment mais avait bien plus de temps avec lui pendant sa couvaison. Il s'était grandement attaché à ce jeune démon qui n'avait adulte que l'apparence. Qu'il progresse à son rythme sous la tendre protection de ses shidi l'emplissait de fierté.
Le couple fit un premier arrêt pour grignoter quelques brochettes de volaille au caramel une fois de plus à la demande de Zhuque. Le phénix adorait ça. Il aurait pu en manger des kilos, au grand amusement de Qing Ming.
"- C'est couvert de sucre, Zhuque. Si tu en manges trop, tu vas perdre ton ventre plat et prendre du gras."
Ce à quoi QingMing se fit sèchement rappeler que du gras, lui en avait et que quand il faisait froid, c'était très pratique pour ne pas trembler comme un poussin sans plume.
Le yin yang shi rit de bon cœur pendant que Boya grondait un peu le dieu-gardien. Non mais lui ne voulait pas prendre de gras merci beaucoup ! Déjà qu'à cause de lui il perdait beaucoup trop de poids pour voler plus facilement, ce n'était pas pour en plus prendre du bide. Avec les modifications que Zhuque avait fait sur lui, ses quasi quatre-vingts kilos de muscles et d'os s'étaient transformés en moins de cinquante kilos de muscles et d'os creux. Bientôt, un coup de vent allait suffire à le faire s'envoler. QingMing trouvait la chose très amusante. Comme n'importe quel cultivateur, il pouvait soulever des poids impressionnants. Avec son ascendance, plus encore. Mais maintenant, son compagnon était une petite plume pour lui. Il comprenait mieux le plaisir de Mad Painter de trimbaler TianGou sur son épaule comme un sac.
"- Et toi, arrête de rire !"
"- Oui mon bel oiseau."
"- Tu !" Boya leva la main pour taper le bras de son compagnon qui s'effaça en riant.
Boya lui courut après comme un gamin.
Très vite, les deux hommes bondirent de façade en mur et de pont en échafaudage en une étrange réitération bien plus pacifique de leur première rencontre jusqu'à ce qu'une fois encore, Boya perde la partie en se retrouvant cette fois coincé entre les bras de son partenaire.
Les gens du commun autour d'eux riaient de voir deux hommes faits, des prêtres en plus, se courir après comme des gosses.
QingMing déposa un petit baiser sur la gorge de son compagnon avant de le lâcher, les joues rouges et bafouillant du manque de retenue de son renard devant des gens.
"- La rumeur de votre manque de retenue était parvenue jusqu'au temple du sud, mais je ne m'attendais pas à une telle extravagance." S'amusa une jeune femme en robe noire, un sourire aux lèvres.
QingMing s'inclina respectueusement
"- Guniang."
Boya l'imita. Comme son partenaire, il avait reconnu l'uniforme de la secte sud. Long Ye avait porté quelque chose de très similaire et tout aussi moulant.
"- Je suis Mai Li. J'ai été envoyée pour vous trouver." Leurs espions avaient remarqué leur arrivée la veille. Non pas à cause de leur présence réelle, leur Domaine était par trop impénétrable, mais uniquement parce que leur serviteur avait acheté à manger pour plusieurs personnes.
Elle tira une missive de sa manche et la leur tendit
"- Le temple du sud vous invite à venir le visiter si vous le souhaitez."
QingMing déroula l'invitation.
Comme Boya, il était sur la défensive. Son partenaire observait le papier avec son troisième œil et QingMing avec son qi. Aucun d'eux ne trouva quoi que ce soit de suspect
"- Merci, nous allons y réfléchir."
Ah bon ? Ils allaient y réfléchir ? Boya haussa un sourcil. Vraiment ? Ils étaient obligés ? Ils avaient deux semaines pour profiter après tout. Ne pouvaient-ils profiter tranquillement tous les deux ?
Qing Ming s'inclina devant la jeune femme, la salua, puis s'écarta. Zhuque boudait un peu aussi. Elle voulait quoi la femelle là ? Elle souriait à leur Partenaire en plus.
Le couple resta sur la défensive un petit moment avant de se détendre à nouveau.
Epaule contre épaule, ils reprirent leur balade. Ils en discuteraient le lendemain. Pour l'instant, ils voulaient juste profiter de leur soirée.
Ils déambulèrent parmi les étals comme...oui, un jeu couple en lune de miel finalement. Ils étaient un peu trop proches, un peu trop tactiles, un peu trop familiers l'un avec l'autre pour que la décence ne s'offusque pas mais comme ils s'en fichaient clairement, personne n'osait trop rien dire. Tant que ça ne se tripoterait pas plus que des doigts qui s'effleurent, la morale publique resterait sauve.
Boya se prit à regretter l'acceptance facile du village démoniaque où ils étaient allés.
"- QingMing."
Le yin yang shi reposa la brochette de bœuf caramélisé au satay qu'il grignotait.
"- Hm ?"
"- La prochaine fois que nous partons tous les deux comme ça, peut-être pourras-tu me faire visiter un autre village ?"
Le demi-démon resta interdit sans comprendre pendant une minute avant de comprendre. Ses yeux s'écarquillèrent un instant.
"- Si...Si tu veux. Ce sera avec plaisir. Nous pourrions aller à la capitale si tu le souhaites." Il y avait mis les pieds à plusieurs reprises
Parce qu'il y avait une capitale ?
Mais pourquoi Boya se posait-il la question ? Il pouvait bien y avoir des crêpes volantes avec des yeux qui se baladaient avec des brosses en poil de yack sur la tête pour ce qu'il en savait. Il avait fini par comprendre à la dure qu'il ne connaissait rien ou presque des démons à part comment leur trouer la couenne.
"- Je te laisse totalement juge de l'endroit où tu veux aller... HE !" Boya n'eut pas le temps de protéger sa brochette d'un gros chat de gouttière qui venait de bondir pour la lui arracher des doigts.
QingMing éclata de rire. L'outrage sur le visage de son compagnon était cocasse. Le chat s'était éloigné de quelques pas pour dévorer la viande. Même si l'animal était grand, il était efflanqué comme rarement.
Qing Ming s'approcha prudemment pour ne pas se faire attaquer. Il était fréquent que les animaux n'apprécient pas sa nature de renard et l'attaquent ou s'enfuient. Il était un apex prédateur pour la majorité du règne animal après tout. Le chat se mit à gronder lorsque QingMing s'approcha et un peu plus quand il s'accroupit. Lentement, le demi-démon retira les morceaux de viande sa brochette et les lui lança.
"- Mange mon mignon. Mange. Si tu as le cran de t'attaquer à quelqu'un comme mon Boya, tu mérites ta viande."
"- HE!"
Mais Boya s'était éloigné pour acheter deux autres brochettes qu'ils se partagèrent avec QingMing pour nourrir le chat. Les grondements de l'animal s'étaient vite transformés de grognements en ronronnements violent. Le couple finit par se redresser. Le chat s'éclipsa en deux bonds une fois repus.
"- Avec tout ça, c'est nous qui sommes affamés maintenant." Ils rachetèrent encore des brochettes à l'amusement du vendeur qui leur en donna une gratuite à chacun.
Ils avaient leurs token en jade après tout. Ce n'était pas comme si le vendeur allait y perdre.
Le couple repris sa balade de nuit qui les conduisit des étals les plus proprets à une partie plus sombre du marché. Là on y vendait non plus de la soupe mais des filtres, plus des remèdes mais des poisons et s'il y avait encore des herbes sèches qui étaient vendues, elles étaient plus généralement pour faire oublier le monde réel que pour assaisonner la viande.
Si leur présence causa un grand trouble parmi les vendeurs aussi bien que les acheteurs, QingMing comme Boya décidèrent d'un commun accord que la légalité des choses n'était pas leur problème.
"- Ho Boya regarde ! Des graines de pavot noir ! Je n'en ai pas vue depuis au moins dix ans !"
Cette espèce était détruite dès que les autorités tombaient dessus. Sa sève était affreusement addictive mais surtout, certaines populations l'utilisaient pour une euthanasie miséricordieuse de leurs vieux et de leurs malades lorsque la souffrance était trop forte. Evidemment, à la capitale, c'était un poison apprécié à une époque.
Qing Ming négocia un sachet de graines pour Honey Bug. Il savait qu'elle aimait les effets euphorisants de son pollen. Sur elle, ça lui rendait juste agréablement ivre. Et puis, il n'avait rien non plus contre avoir un poison de plus dans sa pharmacopée.
Boya le regarda faire avec un sourire de blâme amusé. Quand ils s'étaient rencontrés, il aurait hurlé comme un putois blessé de cet achat illégal. Maintenant ?
"Aucun homme de l'empire ne pouvait acheter, vendre ou faire pousser de pavot noir"
Le vendeur était une vendeuse, l'acheteur était un demi-démon et ce serait une démone qui ferait pousser. La lettre de la loi était sauve si ce n'était son esprit. Et si l'épouvante sur le visage de la vendeuse était cocasse, au moins QingMing eut ses graines à prix réduit. Boya prit le temps de faire le tour de l'étal lui aussi. Zhuque remarqua très vite des graines de ce qu'il appelait "fleurs de feu". Il ne connaissait pas le nom que leur donnait les humains. Il s'agissait de lianes qui devenaient rougeâtre à l'été et l'automne et fleurissaient pour donner de magnifiques fleurs écarlates et jaune. Comme le pavot, on pouvait les distiller pour en extraire un poison d'une rare violence. En teinture, elles étaient très utiles comme anesthésiant externe. Il demanda à son renard s'il pouvait en acheter aussi et confier les graines à Honey Bug. Ce serait inappréciable pour le temple. Pour Zhuque, le pollen était juste un léger euphorisant, comme le pavot pour Honey Bug.
Une fois les achats douteux effectués, ils continuèrent leur promenade au milieu de la population interlope de la capitale du sud. Boya aurait pu se sentir déplacé s'il n'avait pas été avec son QingMing. Petit à petit, il sentait de plus en plus de présences démoniaques autour d'eux.
"- QingMing ?"
"- Nous devons arriver près du cœur du marché noir."
Ils n'avaient passés aucune barrière pourtant.
Un amusement certain fit frémir les lèvres de Boya lorsqu'il repéra deux jeunes femmes en tenue de prêtre du sud occupées à négocier des insectes démoniaques avec un démon.
"- Boya ?"
"- Tout va bien mon QingMing."
Naturellement, comme son compagnon laissait légèrement fuser son aura de renard, Zhuque faisait la même chose pour couvrir leurs présences de Prêtres.
Ils finirent par tomber sur un marché aux esclaves où des humains aussi bien que des démons attendaient, la tête basse qu'on veuille bien les acheter.
"- Veux-tu qu'on regarde s'ils auraient un cuisinier ?" Proposa Boya.
La question stupéfia QingMing un instant avant qu'il ne hoche la tête. Boya n'aimait pas ce qu'il voyait mais ne pouvait rien faire. La seule chose qu'il pouvait proposer était d'acheter un serviteur qui leur serait utile.
Ils s'approchèrent de la ligne de prisonniers. Certains étaient là pour dette, d'autres étaient nés dans les chaines. Les démons enchainés-là étaient des prisonniers de guerre ou avaient été rejetés par leurs clans. Quelque uns étaient des condamnés de droit commun.
L'esclavage faisait partie de leur société, qu'ils aiment ça ou non.
Un vendeur, un démon, s'approcha avec un rouleau à la main.
"- Bonjour messieurs. Que puis-je pour vous ?"
"- Nous sommes à la recherche de serviteurs pour notre domaine." L'homme déroula un peu son catalogue.
"- Fonction ? Sexe ? origine ?"
"- Un cuisinier, un homme de toute main et un garde ? Boya ?"
Ca faisait beaucoup mais leur domaine méritait d'avoir du personnel. Fang se débrouillait bien mais il était seul. S'il se blessait, il pourrait mourir sans que personne ne soit jamais au courant avant leur visite suivante.
"- Ca me parait très bien" De toute façon, ce serait le seigneur Han qui allait payer alors... "Humain ou démon peu importe. Sexe sans importance non plus."
"- Si vous voulez bien me suivre."
Les deux hommes emboitèrent le pas au vendeur qui les fit asseoir un peu à l'écart pendant qu'on allait leur chercher les esclaves correspondants à leur demande. Un par un, on fit passer devant eux une douzaine de personnes des deux sexes et de toutes origines. L'un comme l'autre était décidés à racheter la liberté de leurs nouveaux employés. Comme Fang ils leur resteraient attachés mais comme serviteurs et non plus comme esclaves.
Au bout d'un long moment, ils firent signe au vendeur qu'ils avaient arrêté leur choix.
"- Nous allons prendre la jeune fille en hanfu vert pour la cuisine. Le quadragénaire avec la balafre sur le visage comme garde et le démon avec les yeux violet aux pupilles fendues comme homme de toute main."
Pour ce dernier, QingMing lui proposerait de devenir son shishen évidemment. S'il acceptait, il serait présenté à ses frères mais resterait surtout sur le domaine du sud quand même. S'il refusait, il serait traité sous le même régime que les deux humains.
Puis la négociation commerciale commença. Elle dura longtemps, suffisamment pour que Boya s'appuie dans les coussins et observe la prestation de comédien de son compagnon comme la meilleure des pièces de théâtre. Finalement, le vendeur lâcha l'affaire bien moins cher qu'il ne l'aurait voulu, mais plus cher qu'il ne l'avait craint. Si les deux prêtres avaient menacé d'utiliser leur statut, le marché entier en aurait souffert après tout. Le respect dont ils avaient fait preuve avait été réellement inattendu mais apprécié. Ils connaissaient les règles et même s'il était évident que le prêtre en noir n'aimait pas ce qu'il voyait, il n'avait rien tenté d'idiot ni n'avait eu une parole malheureuse. L'autre homme n'aimait pas davantage mais le cachait mieux.
Le vendeur prit les token Han pour les presser sur la facture, puis donna les actes d'achat ainsi que les documents de possession de leurs trois nouveaux esclaves aux deux fashi. Les trois pauvres créatures étaient forcément terrifiées. Ils savaient ce qu'ils quittaient, pas ce qu'ils allaient trouver.
Naturellement, QingMing apposa avant tout sur eux un sigil de contrainte qui fit lever les yeux au ciel à son compagnon mais c'était le même que celui sur Fang. Rien de méchant après tout.
"- Voila ! Même pas besoin de chaines avec ça."
Les trois esclaves n'eurent même pas l'idée de remettre en question ou de tester l'affirmation du prêtre. Alors qu'il leur aurait suffi de piquer un sprint pour fuir sans difficulté, ils suivirent la tête basse leurs nouveaux maîtres le long des rues.
"- Il leur faudra des vêtements. Et un logement. On a assez de place pour eux ?" S'inquiéta Boya.
La jeune femme surtout l'inquiétait. Quand ils ne seraient pas là, elle serait seule face à trois mâles dans la force de l'âge.
"- Ne t'en fait pas mon Boya. Le Domaine est petit mais il y a de la place."
A force de tout nettoyer, Fang avait remis en état les petites chambres de la dépendance où il habitait et qui était parfaites pour des serviteurs, sans doute créée pour ça à l'origine d'ailleurs. Ils marchèrent tranquillement bras dessus bras dessous avec leurs nouvelles acquisitions qui les suivirent jusqu'à leur domaine. Lorsqu'ils ouvrirent le portail pour les laisser entrer, le soleil effleurait les murs de la ville.
"- Entrez, entrez ! Voici votre nouveau chez vous." Souriait QingMing.
Résignés, les trois esclaves entrèrent.
Ils frémirent lorsqu'ils sentirent les boucliers se refermer derrière eux. Ils ne pourraient jamais fuir d'ici. Boya se présenta le premier, puis QingMing.
Fang ne tarda pas à arriver à son tour, un peu effaré puis très heureux d'avoir de nouveaux camarades pour l'aider avec le Domaine.
"- Présentez-vous chacun à votre tour. Ensuite, nous vous expliquerons comment va se passer votre servitude ici."
La jeune femme se présenta la première
"- Je m'appelle Yewan. Je suis née esclave. Je crois que j'ai quinze ans" Ce qui expliquait son regard mort et morne. Elle avait dû être séparée très tôt de sa mère.
Boya avait serré les mâchoires. Une petite fille à qui on aurait donné la trentaine. Il était en colère. Le grand balafré se présenta à son tour.
"- Je m'appelle Yu Hong. j'ai été capturé par l'ennemi pendant une guerre. Notre seigneur a estimé que nous l'avions humilié. Quand mon unité a été libérée, il nous a vendu comme traitres et... Voila." Il était écœuré.
Un soldat tombé aux mains de l'ennemi mais asservit par les siens.
Révoltant.
Boya était tout aussi écœuré que lui.
Puis ce fut au tour du démon.
"- On m'appelle "Toi"" Et il se tut. Des trois, il était le plus rebelle.
QingMing eut un sourire doux.
"- Je ne t'ai pas demandé comment tu étais appelé mais ton nom."
"- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?"
"- En général, j'aime connaitre le nom de mes shishen." Le démon ouvrit la bouche avec stupeur. Quoi ?
"-Vous..."
"- C'est une possibilité que j'offre à tous mes démons. Si tu refuses, tu seras traité suivant le même régime que les autres et Fang avant vous. Fang ? Veux-tu bien leur expliquer comment tu es venu à notre service et sous quelles conditions tu travailles pour nous ?"
Le serviteur ne se fit pas prier. A mesure qu'il expliquait, la peur des trois jeunes gens s'allégeait visiblement. Devenir, ou redevenir libre ? Même encombrés d'une dette ? Evidement qu'ils signaient !
"- Alors ? Et toi ?"
"- Xue XingXue."
Qing Ming hocha la tête.
"- Veux-tu être mon shishen, Xue XingXue ?"
Le démon hocha vigoureusement la tête. Il était peut-être idiot, mais pas stupide. C'était la proposition la plus généreuse qu'il avait eu depuis qu'il avait été vendu par ses parents pour s'acquitter d'une dette. Il n'y avait pas que les humains pour traiter leur progéniture comme de la marchandise. Il ferma les yeux lorsque le lien entre son nouveau maître et lui prit racine et s'activa. Comme tous les autres avant lui, il soupira de soulagement de se sentir soudain protégé et chéri. Puis des dizaines de présences l'effleurèrent rapidement avant de le laisser partir.
"- Je te présenterai tes autres frères plus tard et..."
"- Miaou."
"-...Comment ça miaou ?"
Boya baissa les yeux sur la petite créature qui venait de leur miauler à la figure. Assit près de Xue XingXue, comme s'il attendait son tour, le chat que les deux prêtres avaient nourrit les observait avec calme.
"- ...D'où est-il venu ?"
"- Il nous a suivi depuis le marché" Informa l'ancien soldat.
Boya s'accroupit près de l'animal qui vint se frotter contre ses jambes en ronronnant. Un frisson remonta dans le dos du chasseur qui lança un regard significatif à son compagnon.
QingMing s'accroupit près du chat.
"- Je vois... Et toi, ami à fourrure, veux-tu être mon shishen ?"
Le chat démon ouvrit la gueule en un sourire déformé proprement terrifiant.
"- Mia !"
"- As-tu un nom ou dois-je t'en donner un ?" Il se frotta contre la main de QingMing avec délectation.
"- Je vois... Mais il te faudra respecter les règles de la maison. Ne pas attaquer le poulailler ou les animaux domestiques, ni aucun de ses habitants. Ni ici, ni dans aucun endroit où nous pourrions t'emmener. Sauf ordre spécifique ou si quelqu'un s'en prend à nous." Le chat ronronna plus fort avant de se rasseoir puis de grandir. De grandir démesurément jusqu'à ce que le petit chat si mignon laisse voir sa véritable forme de démon. Ce n'était pas un chat, c'était un démon félin plus grand qu'un tigre ! QingMing avait trouvé son nouveau shishen combattant.
"- Magnifique ! Alors que dirais-tu de..."
"-...Poussin !" Proposa Fang
"-...Poussin ?"
Le chat démon semblait choqué. Poussin ? C'était une blague ?
"- Maître, quel est le plus humiliant pour quelqu'un qui se ferait tailler en ruban par cette splendide créature ? Annoncer qu'il s'est fait démolir par "fantôme des enfers" Ou par "poussin". Les deux prêtres restèrent interdit un long moment avant de ricaner comme des hyènes.
"- Tu as un humour absolument tordu, Fang. J'approuve, j'approuve. Mais le nom à son propre pouvoir. Donner un tel nom à une créature aussi splendide serait une erreur. Que dirais-tu de Bahaiu ?" Une déformation du nom du tigre blanc de l'ouest.
Le chat démon feula de plaisir. Qing Ming posa ses doigts sur son front. Le lien de shishen s'activa une fois de plus.
"- Bahaiu, dit "Poussin" sur le champ de bataille." Murmura Boya, amusé. C'était n'importe quoi. Comme souvent depuis qu'il connaissait QingMing.
Le chat avait repris sa petite taille et paraissait réfléchir à la question. Satisfait, il se mit à ronronner.
Ça lui allait finalement.
Boya secoua la tête, blasé.
"- Tu n'en finira jamais de ramasser tout ce qui traine, hein."
"- C'est toi qui as proposé qu'on achète nos nouveaux camarades là-bas."
Le félin était une surprise mais que serait la vie sans surprise ?
Fang leva les yeux au ciel en voyant ses maîtres commencer à se bouffer le nez comme ils le faisaient souvent. C'était en général dans la bonne humeur, ça dégénérait parfois avec leurs armes avant de se finir au lit. Et ça finissait par être bruyant.
"- Maîtres ? Je vais aller installer nos nouveaux amis."
QingMing et Boya s'écartèrent l'un de l'autre. Ils avaient été à deux doigts de s'attaquer. Ou de s'embrasser furieusement.
Les nouveaux serviteurs étaient écarlates et même le chat se cachait la truffe sous ses pattes.
"- Il faudra vous y faire." Soupira Fang. "Et là, ils se tiennent relativement tranquille." Souffla-t-il encore."
"- Bonne idée, Fang. Prenez la journée pour vous familiariser avec les lieux, installez-vous. Fang va aller vous acheter des vêtements. Ho. Et une dernière chose." Le danger soudain autour de QingMing fit frémir Boya, mais de plaisir dans son cas. Pas de terreur.
"- Yewan est notre seule demoiselle ici. Nous sommes rarement ici. Elle va donc être seule avec vous plus souvent qu'à son tour. Essayez d'abuser d'elle, juste essayez, et vous regretterez très fort que je ne sois pas assez généreux pour vous tuer." La surprise de la jeune fille était surement pire que la terreur des trois autres mâles. "Maintenant que nous sommes tous d'accord, allez-vous installer."
QingMing présenterait les deux démons à leur nouvelle famille plus tard.
Les quatre nouveaux venus suivirent Fang à l'intérieur pour s'installer dans leurs nouvelles chambres. Elles seraient petites mais confortables et surtout, rien qu'à eux. Il y avait un verrou à chacune. S'ils voulaient avoir la paix, ils pourraient l'avoir
Une fois seuls à nouveau, Boya passa ses bras autour de la taille de son compagnon.
"- Nous allons nous coucher ?"
"- Le soleil vient à peine de se lever."
"- Anbei QingMing qui refuse d'aller se mettre confortablement sous les couvertures avec son compagnon pour une sieste potentiellement crapuleuse ?" La voix de Boya était soudainement plus hachée.
"- Zhuque... Nous avons de nouveaux serviteurs."
"- Autant qu'ils s'habituent très vite à vos manières." Insista le dieu gardien avant de jucher le demi-démon sur son épaule. "Et puis nous ne te laissons pas le choix."
QingMing protesta un peu pour la forme mais il riait plus qu'autre chose. Ca faisait du bien de rire. Ils croisèrent Fang et leurs nouveaux serviteurs qui visitaient le domaine. Leur stupeur horrifiée fit sourire largement Zhuque.
Une fois enfermé dans leur chambre, Zhuque posa QingMing au milieu du lit. Il fut très vite sur lui, ses ailes largement ouvertes derrière lui.
"- Boya te laisse faire ?"
"- Nous profitons tous les deux grandement." Assura le dieu-gardien en ouvrant la ceinture des robes de QingMing.
Le demi-démon se laissa faire avec plaisir. C'était toujours un peu étrange que Zhuque prenne complétement la préséance sur Boya mais comme son compagnon laissait faire et profitait aussi, le yin yang shi ne protestait pas. Il glissa ses mains dans les cheveux du tueur de démon lorsqu'il se glua à lui pour venir lui mignoter la gorge de petits baisers et de gentils coups de dents. C'était à croire que quatre mois d'abstinence forcée les avait rendus encore plus affamés qu'ils ne l'étaient avant.
"- Tu sens bon, mon renard." Souffla soudain Zhuque.
QingMing eut un petit sourire.
"- Vraiment ?" Bon comme quoi ? Une proie ? Un Partenaire ? Autre chose ? Il s'en fichait finalement.
Il noua ses jambes autour des hanches de Boya après avoir utilisé un portail pour récupérer une fiole d'huile. Heureusement, Honey Bug s'occupait avec tout le tact de l'univers de s'assurer qu'il y en avait toujours quelques bouteilles d'avance dans le tiroir de la table de chevet de sa tanière. Lorsque les cris de plaisir commencèrent à envahir la maison, Fang soupira.
"- Alors il y a un problème de tirant sur la cheminée de la cuisine. Donc il faut y aller doucement. Un artisan doit venir pour réparer. Les cris ce sont juste nos maîtres qui s'amusent. Ne faites pas attention. Pour l'eau, elle est acheminée directement depuis les canaux." Il continuait à expliquer les petits secrets de la maison sans plus s'occuper de leurs maîtres.
"-...Mais... C'est normal ?" Finit par s'inquiéter quand même l'ancien soldat. "Ils font quand même beaucoup de bruit." Personne n'avait besoin qu'on leur explique ce qui se passait. Ils n'étaient ni sourds, ni stupides.
"- Ils sont bruyant et sans aucune pudeur. Evitez juste les endroits où ils sont quand ils s'amusent et tout ira bien. De toute façon, ils sont rarement là plus de quelques jours par mois." Les avoir deux semaines d'affilées était de l'inédit.
Fang faisait peut-être son blasé mais il était heureux d'avoir de la compagnie. Maintenant, il avait même des collègues. C'était un soulagement. Il finit par laisser ses nouveaux camarades prendre leurs marques seuls pendant qu'il allait leur acheter des vêtements neufs et le minimum nécessaire de produits d'hygiène.
Lorsque Boya et QingMing émergèrent le lendemain après un petit déjeuner au lit autrement meilleur que ce que Fang avait pu leur préparer jusque-là, ce fut pour être salués par leurs nouveaux serviteurs dans des uniformes neuf bien que vides de tout symboles. S'ils étaient encore évidemment un peu timides, ils n'auraient aucune peine à s'adapter et se détendre. Chacun trouverait sa place à un moment ou un autre.
Et puisque l'entretient de leur petit domaine du sud était maintenant pleinement assurés, le couple pouvait... retourner se cajoler pendant des jours. Ce qu'ils firent encore soixante-douze heures avant que Boya se souvienne de l'invitation de la secte sud à passer les voir.
Nu dans le lit qu'il partageait avec son amoureux, la tête sur le torse de QingMing, Boya traçait du bout des doigts des petits cercles paresseux sur son ventre, les yeux dans le vague.
Depuis qu'ils avaient installés leurs nouveaux serviteurs dans la maison, ils n'étaient plus ressortis que le minimum nécessaire à leur hygiène avant de retourner s'allonger dans leurs draps puant pour des heures de câlins, plus ou moins crapuleux. Souvent moins que plus d'ailleurs.
Même la libido enthousiaste de QingMing avait des limites.
Même Zhuque avait des limites.
Boya déposa un petit baiser sur un pectoral confortable d'extérieur mais qu'il savait puissant.
"- On a toujours l'invitation pour aller visiter la secte sud." Murmura-t-il soudain.
QingMing somnolait doucement. Leurs cheveux à tous les deux étaient de véritables nids d'étourneaux qu'aucun d'eux n'avait le courage de démêler.
"- Tu veux y aller ? Je croyais que tu voulais que nous restions juste tous les deux pour deux semaines."
"- Ca ne prendra que quelques heures et ça laissera le temps à cette pièce de s'aérer. Si on continue comme ça, le prochain de nous qui claque des dents ou des griffes va faire exploser la maison."
QingMing eut un petit rire moitié endormit, moitié charmé.
"- D'accord, d'accord. Finissons de dormir, on se fait propre et on y va."
Ils allaient devoir louer des chevaux. QingMing n'y avait jamais mis les pieds. Ils n'étaient plus dans le nord pour pouvoir y aller à pattes non plus.
Zhuque était très désolé de ne pas pouvoir aider facilement son vaisseau à changer complétement de forme sinon ils auraient pu y aller en volant. Il faudrait qu'ils s'entrainent. Pour l'instant, sans une intense charge émotionnelle, ce n'était pas possible.
"- Dès que nos vacances sont finies, nous allons veiller à faire de toi un vrai phénix, mon vaisseau. Il n'est pas normal que seul notre Partenaire puisse se rendre utile."
Boya faillit s'étrangler. Comment ça se rendre utile ? Le dieu-gardien sous entendait-il que lui se contentait de servir le thé ? Ronchon, il reposa sa joue au creux de l'épaule de QingMing.
Il s'endormit dans ses bras en boudant après Zhuque. S'il était si malin, il n'avait qu'à faire le nécessaire. Là ! Zhuque en caqueta comme une hyène. Ainsi donc, son avatar lui avait donné l'autorisation de faire ce qu'il fallait sur lui ? Ho ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! Au contraire !
#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*
Le jeune démon reposa le peigne pour natter une partie des cheveux de son maître. Il avait passé des heures à aider ses maîtres à retrouver le contrôle de leurs chevelures. Il ne voulait même pas savoir comment ils avaient réussi à les emmêler comme ça même s'il avait une bonne idée. Depuis quatre jours qu'il avait deux nouveaux maîtres, le jeune démon était passé par plusieurs états de terreur glacée, d'angoisse intense, d'espoir fou avant de se calmer lentement lorsqu'il avait commencé à accepter que leurs maîtres n'allaient pas leur faire de mal et qu'ils ne voulaient pas davantage d'eux que l'entretient et la protection du petit domaine. Ils les avaient achetés avec une vague idée de leurs fonctions, mais avec Fang comme responsable principal, les deux hommes les avaient laissés totalement libres de s'organiser en fonction de leurs affinités.
C'était étrange.
C'était une liberté qu'aucun d'eux ne connaissait vraiment à part l'ancien militaire. Et encore. Sa vie avait été rythmée par l'obéissance aux ordres dès qu'il était rentré à l'armée vers ses huit ans. Être libre de déterminer ses propres occupations était plus qu'ils n'avaient jamais espéré.
Bien sûr, ils devaient quand même obéir aux demandes de leurs maîtres mais elles étaient rares, cohérentes et jamais brutales même lorsqu'ils se trompaient.
Lorsque la pauvre Yewan avait servi un bouillon épicé le second soir pour qu'il lui soit rapporté en cuisine par un Boya Daren les sourcils froncés, ils avaient tous été persuadés qu'elle allait se faire fouetter, quel que soit l'offense. Pourtant, le fashi avait simplement vidé la soupe dans l'égout avant de lui demander d'en refaire et de ne jamais mettre de piments dans leurs repas. Ça avait été tout. La pauvre gamine avait fondu en larmes de peur rétroactive et de soulagement avant de se précipiter pour faire une autre soupe.
Lui s'occupait pour l'instant des réparations générales que Fang ne savait pas gérer ainsi que de servir plus ou moins de valet de pied au couple. Le lien de shishen avec son maître l'attirait forcément vers lui. Il ne comprenait pas pourquoi il se sentait aussi attiré vers l'autre fashi alors qu'il n'avait aucun lien avec lui mais comme pour son maître, il sentait la compulsion de s'occuper de lui et de veiller à son bien-être. Il y avait une différence entre les deux compulsions pourtant. Il lui fallait être respectueux du premier, bienveillant avec le second. C'était...Bizarre.
"- Voila Maître !"
QingMing s'observa dans le miroir en argent avant de hocher la tête en souriant. La coiffure était étrange mais elle était sympathique. Sans doute spécifique au sud avec toutes ces petites tresses qui retenaient son chignon haut sans épingle à cheveux ou guan.
Pendant que son shishen s'occupait de lui, QingMing s'était occupé de son partenaire. Il l'avait coiffé comme il le préférai, à savoir avec les cheveux en grande partie lâchés avec un simple demi-chignon haut tenus par une unique épingle à cheveux. Il aimait la sauvagerie de Boya quand il était Zhuque. Le tueur de démon attrapa soudain son compagnon par la nuque, le tira vers lui et l'embrassa tranquillement.
"- Tu fais très barbare comme ça, mon renard."
"- Et toi tu fais prédateur échappé, mon bel oiseau."
Le démon leva les yeux au ciel derrière eux. Il commençait à s'y faire mais ces deux-là étaient si sucrés qu'ils en dégoulinaient.
"- Si vous voulez arriver au temple sud avant la nuit, il faudrait que vous finissiez de vous préparer."
"- Tu nous chasses ?" s'amusa QingMing.
"- Je vous houspilles. Pas pareil."
"- Il faut que je te présente Mad Painter." Le jeune démon avait un peu la même attitude de matriarche agacée maintenant qu'il commençait à prendre ses marques.
"- Si tu fais ça, je ne sais pas si la Maison va s'en remettre, QingMing, Mais il a raison, nous sommes déjà en retard. "
Les deux hommes finirent de s'habiller avec l'aide du jeune démon.
Le temps qu'ils soient prêt, leur garde tout neuf avait loué deux chevaux des montagnes comme ils les affectionnaient tous les deux.
"- Je les ai loués pour trois jours, au cas où."
Les deux hongres avaient l'air aussi placides que les juments qui vivaient leur meilleure vie à JingYun à présent. Elles étaient choyées par les petits shidi, mangeaient le meilleur fourrage et n'avaient à travailler que lorsque Boya avait besoin d'une monture. Le reste du temps, elles le passaient dans un des petits près du temple à produire de quoi engraisser les choux.
"- Parfait."
La balade jusqu'au temple leur prit la majorité de la journée. La chaleur n'était pas trop étouffante mais désagréable quand même pour un renard nordique. Plus ils s'enfonçaient vers le sud et plus l'humidité augmentait jusqu'à ce qu'il arrive au bord d'un marais.
"- …et maintenant ?"
Ils restèrent un peu perplexes jusqu'à ce qu'un batelier dans une pataugeoire à fond plat accoste à un petit quai perdu dans les ombres.
"- Vous êtes sur le territoire de la secte sud, étrangers. Que voulez-vous ?" L'homme était dans la cinquantaine et musclé comme un bucheron. Il tenait la perche de son bateau comme une arme.
Les deux fashi mirent pied à terre avant de s'incliner sommairement.
"- Nous avons reçu une invitation pour la secte sud. Mais nous sous sommes fourvoyés sur le chemin semble-t-il." Sourit doucement QingMing, aussi innocent que possible dans ses attitudes.
"- Hmmm. Montrez l'invitation ?"
Le demi-démon la sortit de sa manche. Derrière lui, Boya était prêt à intervenir et protéger son partenaire s'il le fallait. Le batelier les observa un moment avant de se décider.
"- Je vais vous emmener jusqu'à la secte. Montez. Vous chevaux peuvent vous accompagner."
Les deux prêtres hésitèrent encore puis finirent par se décider. Ils étaient là pour ça et assez fort pour se défendre s'il le fallait. S'ils étaient vraiment en danger, ils n'étaient jamais qu'à un portail de distance de chez eux.
Ils firent monter les deux hongres qui ne protestèrent même pas de se retrouver dans un bateau peu stable. La lente traversée du marais se fit dans le silence. Le batelier n'était pas un bavard, les deux hommes étaient sur le qui-vive, seuls les insectes s'agitaient autour d'eux à leur faire perdre la tête. Les bourdonnements des parasites se fit de plus en plus fort jusqu'à atteindre un paroxysme qui s'effondra tout d'un coup lorsqu'ils franchirent les derniers arbres morts du marais.
Près de son renard, Boya avait fermé les yeux pour se concentrer sur lui-même. Le bruit rendait Zhuque agité et avide de s'envoler. Il voulait échapper aux insectes, les bruler, les... Puis tout se calma d'un coup, le laissant les oreilles bourdonnantes et les tempes douloureuses.
QingMing l'avait pris contre lui pour qu'il pose son front sur son épaule. Lui non-plus n'avait pas aimé du tout les boucliers autour de la secte. Ils lui avaient donné l'impression que des milliers d'insectes rampaient sur sa peau et le mordaient au sang. Ne pas hurler avait été compliqué. Ne pas changer de forme plus encore.
"- C'est fini, Boya. C'est fini."
Zhuque était plus compliqué à calmer que Boya. Le batelier les observait avec amusement.
"- Il est rare que les boucliers réagissent autant sans tuer les responsables."
Les regards rouge et jaune qui fixèrent le batelier, un prêtre du sud finalement, lui donnèrent une suée. Mais c'était qu'ils étaient flippant les deux-là ! Pour un peu, il avait failli sortir son arme.
Mai Li et une autre jeune femme attendaient sur le quai où la pataugeoire à fond plat finit par s'amarrer. Les deux fashi firent descendre leurs chevaux.
"- QingMing Daren. Boya Daren. Bienvenue à la secte Sud. Si vous voulez bien enfourcher vos montures, nous avons encore un peu de distance à faire."
Intrigué, les deux hommes observaient tout autour d'eux. Le marais puant s'était ouvert sur une verte prairie avec des bâtiments délicats au loin.
"...Nous sommes sur une ile ?" Finit par demander le renard.
Zhuque frémissait d'envie d'aller voir ça de haut.
"- Absolument, QingMing Daren. Une ile en plein milieu des marais. Ils nous protègent efficacement.
"- Un labyrinthe vivant qui se meut pour perdre les curieux ?"
"- Boya Daren a lu la description faite par un de ses prédécesseurs."
"- Nos archives sont assez exhaustives." Mais sans doute pas aussi justes, ni aussi précises qu'ils le voudraient. Sinon, il aurait su pour le bouclier.
"- Notre chef de secte va vous recevoir dès votre arrivée. Nous étions curieux de savoir si vous alliez venir ou non. Et si oui, sous quel délai. Surtout après votre balade dans le marché noir. Personne ne s'attendait à vous y voir. Enfin, surtout vous, Boya Daren. La réputation de QingMing Daren n'est plus à faire." Immédiatement, Boya prit la moue. L'insulte contre son compagnon était...Mal reçue.
"- La réputation de QingMing Daren ? et quelle est-elle dites-moi ? J'ai très hâte de la comparer à la réalité des faits. Mais bien sûr, il est plus simple d'extrapoler sur des rapports incomplets que de connaitre quelqu'un n'est-ce pas ?"
"- Sauf à ouvrir les cuisses évidemment." Railla encore la jeune femme.
"- Je peux comprendre votre jalousie." Sourit soudain Boya, grand seigneur, comme s'il compatissait avec elle de ne jamais avoir la chance d'obtenir les attentions de son renard.
La seconde femme éclata de rire de voir sa collègue écarlate. Elles s'étaient toutes les deux attendues à une sortie brutale et agressive du fashi de l'Est. Pas à cette commisération moqueuse.
"- Il t'a eu Mai Li, reconnais-le."
QingMing avait caché son sourire derrière sa manche. Non seulement la violence n'avait pas été la réaction première de son Boya une fois la première bouffée de colère passée, mais il avait balayé la gêne de leur relation physique avec une aisance moqueuse absolument adorable. S'ils n'avaient pas été à cheval et en bonne compagnie, il n'était pas exclu qu'il l'ait jeté sur son épaule pour aller tester le confort du plus proche fourré.
"- Arrête de regarder le fourré comme ça, QingMing... et les bambous…et le... QINGMING !"
Les deux femmes étaient progressivement devenues écarlates. Elles avaient assez d'imagination pour deviner à quoi pensait le fashi en blanc avec les yeux aussi avides lorsque son regard glissait vers son Partenaire qui semblait savoir lui aussi à la virgule près à quoi il pensait.
Puis soudain, l'ambiance de joyeuse dépravation disparue comme par magie pour être remplacée par une froide concentration qui fit remonter un frisson de peur dans le dos des deux femmes. Les deux fashi avaient cessés de jouer
Tout ça n'avait été qu'un jeu pour les juger, elles. Et elles s'étaient fait avoir.
Et les deux hommes n'étaient visiblement pas impressionnés du tout.
"- Boya Daren, QingMing Daren, s'il vous plait, arrêtez de jouer avec mes maîtres. Elles ne vous connaissent pas encore assez pour savoir comment survivre à vos piques."
Les deux hommes se figèrent.
Ils connaissaient cette voix mais...C'était impossible !
"- Long Ye Daren... Mais comment ?"
La chef de la secte sud eut un sourire amusé.
"- Laissez vos montures à Mai Li et Nia Mao. Nous serons mieux dans mes appartements pour discuter."
Stupéfaits, ils obéirent comme des petits garçons. Ou comme ils le faisaient quand une Honey Bug prise d'une crise d'autorité les envoyaient aider Mad Painter, Snow Hound et Killing Stone récurer les évacuations des bains pour les punir d'avoir encore fait n'importe quoi.
Ils restèrent silencieux jusqu'à être installés avec une tasse de thé sur un confortable canapé avec la jeune femme en face d'eux.
"- Long Ye Daren... Comment ? Non que je ne sois pas heureux de vous savoir vivante en fin de compte. Mais COMMENT ?" QingMing en avait les mains tremblantes.
Elle était morte dans ses bras !
La jeune femme lui lança un petit tube en métal extrêmement fin mais extrêmement résistant. C'était un métal que seul un démon avait pu forger.
"- Après la mort de Hongruo Daren, J'ai envoyé plusieurs de mes hommes faire des recherches sur les symptômes de son décès. J'ai très vite eu une réponse avec le type de coupable. Dès que j'ai eu l'information, j'ai avalé ceci et l'ai gardé dans la gorge jusqu'à ce que je sois "tuée"
"...Ce qui a empêché le démon cheveux de vous broyer la gorge. Mais... Vous étiez morte dans mes bras !"
"- Dans le coma plus que morte. La pression des cheveux a empêché le passage du sang vers mon cerveau assez longtemps pour que je m'effondre. JingYun a pris en charge mon "cadavre". Lorsque mes filles m'ont récupérées, elles savaient à quoi elles pouvaient être confrontées. Il m'a fallu quelques semaines pour me remettre. Lorsque je suis sortie du coma, tout était finit, la Capitale fêtait ses deux héros et les paris sur le nouvel Empereur étaient sur toutes les lèvres. J'avais parié sur vous, Boya Daren. Je suis très déçue d'avoir perdue sachez-le. Vous me devez de l'argent."
Les deux hommes étaient stupéfaits mais heureux en même temps.
"- Vous auriez pu nous prévenir quand même."
"- Et perdre le plus fascinant Drama auquel j'ai jamais assisté ? Vous plaisantez ? Maître Langli Yu fait autant le rapport de ses activités que des vôtres. Visiblement, elle s'amuse beaucoup à romancer ce qui vous arrive. Quoi que maintenant que je vous vois ensemble, je me demande si elle n'a pas largement édulcoré les choses finalement. Son résumé de votre cour pendant les banquets devant l'Empereur était..." Ha elle était un monstre froid mais même son cœur glacé se transformait en guimauve devant les errances romantiques des deux hommes. QingMing et Boya se lâchèrent la main comme des ados prit en faute. "Mais ce n'est pas la question. Je serais bien restée dans l'anonymat encore un moment pour utiliser mon retour pour un impact maximal au moment opportun mais la situation a changé. Je suis au courant pour le prêtre rouge qui écume la capitale en se faisant passer pour un prêtre de JingYun."
Les deux hommes se concentrèrent immédiatement sur la situation. Ils pourraient discuter encore plus tard. Sans doute.
"- Il n'écume pas que la capitale. Mon réseau d'espion est plus efficace que les trois votre réunis."
Trois ? Boya haussa un sourcil avant de tourner la tête vers son compagnon qui rougissait légèrement.
"- Trois ?"
"- JingYun, Le Bureau et le mien personnel."
"- Le réseau d'espionnage de QingMing Daren a cette spécificité qu'il est constitué exclusivement de démons. Pratique pour certaines choses, mais limité ici."
"-...Tu ne m'en as jamais parlé, QingMing !"
"- Pourtant, tu connais très bien le chef de réseau."
"- Le chef de..." Boya réfléchit à la chose avant de grogner. "La Multitude." Et il l'avait vu au travail pendant la crise du Serpent.
Comment avait-il pu ne pas se poser de question devant leur efficacité. Il était évident que ce n'était pas une nouveauté pour eux ! Que QingMing, qui avait été si longtemps mis à l'index de sa secte ait son propre réseau d'espionnage était également tout à fait logique.
"- Vous en discuterez plus tard si vous voulez bien. Je suis sure que vous vous cachez encore plein de choses l'un à l'autre. Essayez quand même d'en faire le tour avant le mariage. Et je veux une invitation."
"- Ha non, pas vous aussi !"
Long Ye renifla avec amusement. Elle aussi bien sûr.
"- Dès que je vous ai vu ensemble, j'ai su que vous étiez la paire parfaite. Je suis juste heureuse d'avoir eu raison. Même si je pensais combat, pas entre les draps." Elle rit doucement de leur rougeur puis reprit le fil de la situation. "Notre prêtre rouge a causé aussi des troubles dans tous les autres Domaines sans exception. Mais ceux qui se font vraiment remarquer, il n'y a qu'à la Capitale. Et uniquement lorsque l'un de vous deux est disponible. Votre demi-frère a profité de votre ressemblance pour investiguer en votre absence, QingMing Daren."
"- ...Alors c'est ben mon demi-frère."
Elle hocha la tête, quelque part touchée que le yin yang shi ne remette pas une seule seconde en question la chose. Il lui faisait confiance pour ne pas lui mentir là-dessus.
"- J'ai un rapport sur la chose si vous voulez le lire plus tard."
QingMing hocha la tête. Il n'en avait aucune envie mais il le devait. Et le détective Dee aussi était concerné.
"- Il me faudra une seconde copie."
"- Elle est déjà prête."
"- Merci."
Boya serra la main de son compagnon dans la sienne en un soutient silencieux.
"- Avec l'aide de vos shishen, via JingYun, il s'est baladé dans la capitale avec un de vos uniforme de yin yang shi. Alors qu'il n'y avait pas eu la moindre action de la part de notre ami problématique depuis des semaines, dès le lendemain de sa promenade, une femme a été enlevée. Elle a été retrouvée mourante peu après. De ses tourments est né un démon vengeur qui a été évidemment aussitôt éliminé par JingYun."
Les deux fashi peinèrent à prendre la mesure de ce que la jeune femme venait de leur révéler.
Le principal était que d'une façon ou d'une autre, QingMing était, peut-être pas une cible, mais un outil pour le responsable. D'une façon ou d'une autre, il profitait des réparations que faisait QingMing pour atteindre son but et ne faisait aucun test quand il n'était pas là pour nettoyer les dégâts.
"- Mais qu'est-ce qu'il cherche ?"
"- A parfaire une technique de création de démons absolument inratable." Assura Long Ye. "Je ne vois que ça. Et il a trouvé la méthode. Maintenant, il la raffine pour obtenir des types de démons différents. Là, c'était un démon vengeur. La dernière fois, un démon élémental d'eau. La fois d'avant, de pierre." A chaque fois, elle posait un rouleau sur la table entre eux. "Si, comme le Détective Dee le pense, et je suis d'accord avec lui, c'est effectivement un ancien du Bureau, il sait comment forcer un démon à devenir un shishen."
QingMing grimaça.
"- Probablement oui."
"- QingMing, je croyais qu'on ne pouvait que DEMANDER à un démon de devenir un shishen. Pas le forcer." Enfin, c'était ce qu'il avait déduit en voyant faire son compagnon en tout cas.
"- Boya...Si tu peux faire quelque chose gentiment, c'est en général parce que soit ça dérive d'une technique plus brutale, soit il est possible d'en dériver vers quelque chose de plus brutal." QingMing avait l'air peiné.
Le chasseur de démon resta silencieux mais c'était encore quelque chose dont ils allaient devoir discuter. Est-ce qu'il était possible de mettre en esclavage n'importe quel démon ? N'importe quel esprit ?
Quelqu'un pourrait-il mettre en esclavage son renard s'il savait comment ?
Zhuque se mit à hurler sous son crâne. Jamais ils ne laisseraient qui que ce soit s'en prendre à leur Partenaire. JAMAIS
"- Boya... BOYA ! ZHUQUE !"
C'est une gifle sur le bec qui sortit Boya et Zhuque de leur fureur noire. Ils étaient debout devant un canapé en train de finir de brûler.
"- Couac !"
Ha.
Long Ye fixait le phénix avec stupeur. Elle avait bien entendu des rumeurs mais... Il y avait un monde entre entendre des rumeurs comme quoi Zhuque volerait à nouveau et voir sous ses yeux un homme qu'elle connaissait se transformer en phénix avant de lui cramer son canapé.
"- Zhuque, relâche Boya."
"- Couac."
"- Zhuque..."
"- Couac !"
"- Il n'y a pas de couac qui tienne ! Je ne sais pas ce que vous avez encore imaginés tous les deux mais c'est ridicule, je le sais déjà."
Le phénix se mit à pleurnicher en frottant son bec contre le torse de son Partenaire qui lui grattouilla le crane avec ses griffes.
"- Zhuque...S'il te plait ?"
La forme du phénix se brouilla pour laisser la place à un fashi torse nu. Vraiment, il y avait quelque chose d'incompréhensible avec la gestion des vêtements de son Boya par Zhuque. Quoique QingMing ne se plaindrait jamais de la vue évidemment mais...
Boya tendit la main vers lui pendant que le demi-renard fourrageait dans ses manches pour en tirer une robe de dessus que Boya enfila avec un soupir d'habitude.
"- Que s'est-il passé, Boya ?"
"- Est-ce que quelqu'un pourrait te forcer à devenir son shishen, QingMing ?"
Le yin yang shi resta silencieux un moment, choqué.
"- ...Je n'en sais rien." Avoua-t-il.
"- Et si quelqu'un le faisait et était tué. Est-ce que tu mourrais avec lui ?" QingMing secoua la tête, sûr de lui cette fois
"- Pas immédiatement de toute façon. Tu as vue He Shouyue. Il a mis des mois à agoniser. Un shishen ne meurt après le décès de son maître que parce qu'ils ne sont pas capables de se maintenir sans lui. Si je mourais, Killing Stone pourrait survivre seul si le voulait." Le mot magique étant "s'il le voulait". Boya comme son compagnon savaient que Killing Stone se laisserait mourir sans QingMing. "Je suis vivant et je suis humain. Au moins à moitié. Si quelqu'un arrivait à enchainer ma moitié démoniaque, ma moitié humaine la nourrirait même si mon maître mourrait. J'en suis absolument certain." Au moins, c'était déjà ça. "Et même si ce n'était pas le cas, il me suffirait de trouver un autre maître. Comme toi par exemple."
Ce qui le ramenait à une discussion qu'il avait eu avec son premier disciple bien longtemps avant.
Long Ye ne semblait pas surprise par les questions. Elle se les étaient posées aussi et ses questions à des spécialistes avaient eu des réponses proches si ce n'était pas aussi précises. QingMing était un maître dans son domaine après tout.
"- Toute cette situation est encore trouble. Je n'arrive pas à trouver de raison cohérente avec le reste. Mais de tout ce que j'ai pu regrouper, est ce que le nom de Baini vous rappelle quelque chose, QingMing Daren ?"
