Il faisait encore nuit lorsque Boya rentra enfin au Temple.
Comme toutes les nuits depuis des semaines lorsqu'il était seul dans son nid parce que son partenaire s'occupait de sa secte, il volait loin de la capitale pour aller chasser les démons que le temple ne pouvait ou ne voulait pas prendre en charge.
A mesure qu'il reprenait le contrôle de ses chasses, il reprenait un peu plus le contrôle de ses émotions.
Il en avait besoin en ce moment.
Comme depuis des jours, il serra les dents lorsqu'une douleur désagréable lui remonta dans le dos.
Zhuque le gronda une fois de plus. Il fallait qu'il arrête de se voiler la face et qu'il parle à QingMing. Son renard comprendrait son trouble, enfin ! Il fallait JUSTE qu'il ponde ! S'il ne voulait pas lui parler, il fallait juste qu'il évacue comme le reste. Il n'y avait aucune différence.
Boya entra dans sa chambre. Il commençait à avoir une migraine d'entendre Zhuque lui rabâcher qu'il n'était qu'une poule pondeuse. Il se figea sur le pas de la porte. Son partenaire dormait dans son nid. Avait-il compris pour ses excursions nocturnes ?
Le chasseur alla se laver sur la pointe des pieds, le cœur battant. Il se sentait comme un petit shidi qui vole un gâteau à la cuisine.
Lorsqu'il se glissa près de son renard sous les couvertures, il soupira de soulagement que QingMing ne se réveille pas immédiatement.
"- MMMBoya ?"
"- Bonjour A-Ming."
"- Tu étais où ? Quelle heure est-il ?"
"- Le soleil va se lever dans deux heures."
"- Hmmm… Tu n'étais pas là quand je suis arrivé."
"- J'étais occupé."
Le demi-démon ne questionna pas son compagnon plus avant. Il était juste content de l'avoir près de lui. Boya se calla dans ses bras et lui réclama des câlins même s'il dormait à moitié.
"- Boya ?"
"- J'ai besoin de câlins." Bouda un peu le chasseur.
Docile, QingMing le prit sans ses bras, enroula ses queues autour de lui et caressa les lignes entre ses épaules du bout des doigts.
"- Tu es bien ronchon en ce moment."
Zhuque poussait Boya à ce qu'il parle mais Boya refusait toujours. Il allait lui ficher la paix oui ?
"- Ce n'est rien. Je suis juste irrité par la situation. J'en ai assez d'être confiné à JingYun." Il pouvait aller à la Maison évidemment mais ce n'était ni la même chose, ni suffisant. Ses petites expéditions étaient salutaires, mais malgré tout, il culpabilisait de mentir à tout le monde. Sans compter que si quelqu'un le voyait, qui savait ce qui pouvait lui retomber dessus ?
La légère douleur dans son ventre s'était calmée sous les caresses et la tendre affection de son renard. Boya ferma les yeux et s'endormit comme une pierre, rassuré par la présence de son Partenaire.
QingMing résista au sommeil encore quelques minutes puis s'endormit lui aussi comme une masse, pas plus inquiet que ça. Son Boya devait travailler quelque part pour sa secte et il savait à quel point il exécrait le travail dans un bureau. Qu'il tente de s'en défaire d'une manière ou d'une autre était normal.
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La rumeur avait couru.
C'était le vingt ou trentième enterrement avec la même rumeur accrochée.
Les morts étaient atroces. Les victimes affreusement torturées. On disait même que des démons naissaient des tourments qui avait terminés leur vie humaine et que le responsable était un prêtre de JingYun.
Alors que jusque-là, tout le monde leur faisait une confiance aveugle, un certain malaise avait commencé à se faire sentir.
Certains s'étaient rassurés en disant que le prêtre en blanc qui avait sauvé tellement d'âmes depuis quelques mois allait les aider mais depuis des semaines, personne ne l'avait vu.
La colère grondait.
Personne parmi les médiocres ne comprenait ce qui se passait. Personne parmi les simples gens ne savait qu'un conflit opposait un traitre au monde de la cultivation contre les temples.
Les temples eux même ne le savaient que depuis peu mais les morts commençaient à s'entasser de plus en plus.
Pendant un moment, il n'y en avait plus eu un seul. Puis la rumeur avait voulu qu'une femme soit transformée en un démon que JingYun avait éliminé.
Puis à nouveau, la capitale avait retenu son souffle quelques semaines.
Et maintenant, depuis quelques jours à peine c'était une cascade, une déferlante de meurtres tous plus horribles les uns que les autres qui s'accumulaient encore et encore sans que quiconque se semble capable d'y mettre un terme, pas plus la garde que JingYun ou qui que ce soit d'autre.
On murmurait que le chef du temple de l'est était cloitré pour une raison ou une autre et ne pouvait venir aider.
On murmurait que le prêtre en blanc était lui aussi enfermé par sa secte pour ne pas venir les aider.
On murmurait aussi que le couple qui les avait déjà sauvés une fois du serpent étaient retenus contre leur grés par les membres jaloux de leurs sectes pour leur succès.
Mais on murmurait aussi que les deux hommes étaient responsables.
On murmurait que Boya sortait seul la nuit de JingYun pour chasser.
On murmurait que Boya tuait et que son compagnon nettoyait derrière lui.
On murmurait que Boya torturait femmes et enfants et que son amant transformait leurs âmes en démon.
Après tout, n'était-il pas un démon lui-même ?
La rumeur publique faisait son dégoutant travail de sape.
Bientôt leurs sauveurs contre le serpent ne furent plus que deux monstres avides de sang et de meurtres. Après tout, leur relation n'était-elle pas déjà contre nature ? Qui savait ce qu'ils faisaient dans la solitude de leurs tours de cristal loin du regard des honnêtes gens ?
Et puisque Boya faisait effectivement le mur presque tous les soirs pour aller chasser au loin, n'était-ce pas la preuve la plus éclatante qu'il devait y avoir du vrai ? Et s'il y avait du vrai, qu'est ce qui prouvait que TOUT n'était pas vrai ?
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La pointe de la dague s'enfonça dans l'orbite du démon qui hurla de douleur. Une brusque torsion du poignet et le crane explosa sous la double pression de l'arme et des flammes de Zhuque qui couraient dessus comme une extension du corps du vaisseau ou du dieu-gardien.
Boya n'avait que rarement sortit et utilisé les dagues que QingMing lui avait offert lorsqu'il lui faisait la cour. Il les avait en général toujours sur lui quand il partait chasser mais il était rare qu'il doive les utiliser.
Cette fois, ça avait été une nécessité.
L'énorme démon croisé entre un ours et un sanglier était aussi monstrueux que terrifiant. Lorsqu'il avait chargé Boya, le chasseur n'était même pas vraiment prêt à commencer sa chasse. Le démon était comme fou. D'après les fermiers, il attaquait sans sommation tout ce qui bougeait. Que ce soit un adulte, un enfant, une vache, un autre démon ou une feuille d'arbre qui tombait.
Une humeur visqueuse noirâtre coulait du mufle de la créature. Elle rependait une odeur dégoutante de pourriture et de corruption qui avait faillit faire vomir Boya lorsque la seule chose qui avait épargné sa vie était sa vitesse et son agilité lorsque le démon s'était jeté sur lui sans prévenir. Boya avait bondit par-dessus la tête du démon et avait réussit à s'éloigner d'un roulé boulé avant d'immédiatement revenir à la charge. Le démon avait été plus rapide que lui. Les fortes défenses de la créature lui avaient arraché son épée des mains. Le coup avait été si violent que s'il n'avait pas été le vaisseau de Zhuque, son bras serait sans doute parti avec l'arme. Il avait reculé.
Le monstre s'était momentanément désintéressé de lui pour retourner manger le cadavre de la jeune femme qui était sa probablement dernière victime. Le bruit des os broyés par les fortes mâchoires du démon avait fait courir un frisson désagréable dans le dos du chasseur mais raffermit sa volonté. Il avait repoussé la gêne que lui procurait ses intestins depuis quelques jours, avait vomi pour se débarrasser d'une faiblesse possible et même certaine à cause de l'odeur puis avait libéré les deux dagues des fourreaux sur ses avant-bras.
"- Zhuque ?"
"- Je suis là mon vaisseau."
C'était tout ce qu'il avait fallu pour que chasseur pour qu'il prenne l'initiative. Boya avait tiré son dizi. Il ne l'avait pas utilisé au combat depuis une éternité. A part pour jouer pour ses shidi, QingMing ou nourrir Killing Stone, il avait l'impression d'avoir laissé dernière lui encore une partie de lui en n'utilisant plus sa cultivation musicale. Il avait quasi laissé mourir une partie de lui parce qu'il s'était englué dans une situation qui n'était pas "lui" et qui le rebutait de plus en plus. Lorsque tout ce chaos serait enfin terminé, il allait remettre dans les pattes des anciens tout ce qui était de leur responsabilité et qui avait été gentiment jeté dans ses bras. Il était le chef de JingYun. Certes. Mais il était un chasseur avant tout.
Même QingMing allait devoir l'accepter et s'en souvenir. S'il pouvait accepter le Renard en lui, son compagnon pouvait faire l'effort d'accepter que le Chasseur soit aussi une partie de lui. Il avait accepté l'idée que tous les démons n'avaient pas à être massacrés à vue juste pour leur simple existence, mais QingMing devait accepter qu'il fût et resterait toujours un tueur.
Les notes que Boya du dizi agitèrent de plus en plus le démon. Avec l'aide du qi de Zhuque pour suppléer le sien, il utilisait chaque note comme un aiguillon à la précision mortelle pour blesser encore et encore la créature qui se tortillait en tous sens, son répugnant repas oublié sur le sol, pour échapper à la douleur que lui causait la musique atonale que Boya utilisait pour déstabiliser son qi.
La créature finit par rugir de douleur et de colère puis charger.
Boya n'eut que le temps de ranger sa flute et tirer ses lames pour se défendre.
une pointe de dague dans un œil
Un corps monstrueux qui s'effondre
Et Zhuque rugissait en silence la réussite de cette chasse supplémentaire.
Boya sourit.
Il nettoya ses armes, attendit que le cadavre disparaisse, chargea les restes de la malheureuse dans ses bras pour les rapporter à sa famille puis le besoin d'être dans les bras de QingMing revint en force.
Il se lava dans la rivière la plus proche puis utilisa à nouveau son dizi, cette fois pour le talisman qui le décorait pour rejoindre son partenaire dans sa tanière.
Il y dormait avec Killing Stone collé a ses jambes. Le jeune démon s'était sans doute glissé près de son maitre parce que Boya lui manquait.
Boya se glissa nu dans les draps. Son partenaire l'accueillit contre lui avec un sourire soulagé endormit, enroula ses queues autour de lui et se rendormit.
Son oncle martial n'avait même pas bougé.
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Les nuits se suivaient et se ressemblaient.
Soit Boya partait chasser, soit il se cachait dans les bras de QingMing tout en se faisant servir comme la plus gâtée des courtisanes. Avec son renard qui aimait s'occuper de lui comme il aurait vénéré un dieu ou presque, Boya n'arrivait même pas à vraiment s'agacer de sa situation en particulier ou la leur en général.
Mais dans les deux cas, il se voilait la face sur ce qui était en train de durcir dans son ventre et dont il ne voulait pas entendre parler. Chasser était aussi un moyen pour lui de s'étourdir et d'oublier l'angoisse affreuse que pondre à nouveau lui causait. Même s'il savait qu'il ne pouvait pas faire autre chose que de l'omelette comme QingMing l'avait généreusement appelé, sa première et unique ponte jusque-là était encore un traumatisme pour lui qu'il n'arrivait pas à effacer de sa mémoire. Alors il préférait encore l'occulter. S'il se prenait un grand coup dans le ventre, est-ce qu'il "avorterait" simplement de ces œufs qui le terrifiaient ? Était-ce une solution ? Si seulement les crampes qui lui serraient régulièrement le ventre voulaient bien se calmer et si Zhuque voulait bien cesser de lui dire de parler à son QingMing de la situation…
Il n'y avait pas de situation. Il refusait qu'il y ait une situation. Il n'y avait pas de trucs durs au-dessus de son nombril quand il appuyait fortement sur le coté de son ventre. Les crampes musculaires n'étaient que des courbatures parce qu'il s'était trop laissé allé à faire le fonctionnaire depuis des semaines et que la situation avec leur "ami" problématique ne lui laissait que moins de temps encore. A chasser autant, ses muscles protestaient juste. Rien de plus. Il ne voulait plus entendre parler d'autre chose.
Lorsque Zhuque insistait et lui disait d'arrêter de résister au deux ou trois œufs qu'il aurait dû pondre ce jour-là comme une misérable poule, Boya s'énervait et se mettait en colère. Son QingMing devait se plier encore plus en quatre pour le calmer et l'apaiser, persuadé qu'il avait encore du faire une bêtise quelconque pour irriter aussi fort son compagnon.
Boya ne s'en rendait pas compte mais ses sautes d'humeur étaient plus extrêmes que jamais.
QingMing ne s'en plaignait ni ne les lui faisait remarquer. La situation était compliquée pour tout le monde, lui reprocher son irritation n'aurait soulagé personne et n'aurait fait qu'agacer davantage encore son Boya. QingMing comprenait que son compagnon avait besoin de laisser s'exprimer sa colère et sa frustration. Et s'il l'avait trouvé affreusement désirable quand il était en colère, il n'en disait rien non plus.
Zhuque en était presque à baisser les ailes et les laisser se débrouiller. Lorsque les œufs devraient vraiment sortir, Boya serait bien obligé d'accepter qu'il lui fallût pondre. Il tenait de l'oiseau à présent, il devait l'accepter. Se mettre les mains sur les oreilles en fermant les yeux ne ferait pas disparaitre le chapelet d'œufs qui poussaient de plus en plus pour sortir. S'il voulait se faire mal en les pondant tous d'un coup au lieu d'un faire un ou deux tranquillement tous les jours pendant une semaine, très bien. Zhuque s'en lavait les mains…les ailes.
"- QingMing."
"- Mmm ?"
"- Il reste des gâteaux au lait d'ânesse ?" C'était la dernière sucrerie dont Boya raffolait depuis quelques jours.
Les gâteaux à la farine de lotus et fourrés à la crème épaisse au sucre sur une base de lait d'ânesse disparaissaient dans son estomac aussi vite que Honey Bug arrivait à les fabriquer.
L'avant-veille, Boya en avait englouti une cinquantaine. QingMing n'avait pas pu en gouter un seul. Lorsqu'il s'y était essayé, Boya l'avait mordu à la grande stupeur du demi-démon. Boya avait rougit de confusion mais avait prit le dernier gâteau et l'avait avalé quand même. C'étaient SES gâteaux. S'il avait été un peu plus enclins à faire dans le dramatique (s'il avait été QingMing finalement) il aurait pu dire qu'il MOURRAIT s'il n'avait pas SON gâteau. Comme il était un fashi calme et bien élevé, il avait juste mordu son partenaire. Il avait décidé de mettre ça sur le compte de sa fatigue psychologique et son agressivité naturelle qu'il pouvait enfin assouvir à nouveau. Pas du tout sur les hormones.
Le demi-démon ne disait rien. Il savait que son compagnon s'en lasserait aussi vite que le reste. Il suffisait d'attente. Pour lui, Boya passait juste sa frustration sur quelque chose qui lui donnait l'impression de maitriser un peu la situation. Comme QingMing faisait exactement la même chose via un autre médium, il aurait été bien hypocrite de lui faire la moindre remarque.
Il lui tendait juste le petit plat et le laissa dévorer les sucreries.
Tant qu'ils n'auraient pas mis la main sur ce prêtre défroqué qui leur pourrissait la vie, ils n'auraient guère de solution pour limiter les catastrophes. Ils n'étaient pas les seuls concernés. Leurs deux sectes l'étaient aussi.
Malgré tout, ils étaient les portes étendards de leurs temples.
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La journée avait été pénible pour Boya. Coincé dans son bureau, la douleur de son ventre avait lentement crû jusqu'à l'intolérable. Il avait passé plus d'une heure recroquevillé sur lui-même à attendre que ce qu'il sentait comme un monstrueux embarras gastrique se termine mais rien. Il avait beau tenter de s'en débarrasser, rien. Finalement, la douleur avait lentement diminué puis disparu. Malgré la fatigue, il était retourné à son travail, le visage un peu pincé et la peau pâle. Yan Shun n'avait rien osé dire mais était inquiet. Il voyait bien qu'il y avait un problème.
Boya tentait de faire bonne figure malgré son angoisse croissante. Lorsque l'heure de diner avait sonné, il avait à peine pu avaler un peu de soupe et quelques morceaux de poissons avant que la nausée ne le force à s'arrêter.
Aller chasser avait été impossible.
Zhuque avait passé la nuit à tenter de le convaincre de finalement pondre. Il allait finir par réellement se blesser à ce rythme. Il allait finir par risque l'occlusion intestinale grave et qu'est ce qu'ils allaient faire dans ce cas, hein ? Mais Boya refusait frénétiquement. Ca allait passer. Ca devait passer. Il n'avait pas le choix.
A mesure que la nuit avait avancée, il avait été de plus en plus agité.
Lorsqu'il avait réussi à se lever, il s'était mit a marcher. Marcher, marcher et marcher encore dans l'espoir de soulager la douleur qui lui serrait le ventre à le faire pleurer.
Zhuque était à deux doigts de prendre le contrôle de son vaisseau et de voler vers…vers où ? Il ne savait pas comment voler pour rejoindre le Domaine de leur partenaire.
Alors il ne pouvait que pousser Boya à arrêter de faire sa mauvaise tête. Il fallait qu'il ponde et qu'il ponde maintenant.
Les deux volontés s'étaient affrontées toute la nuit.
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QingMing souriait, les pieds nus dans l'eau tiède du lac. Autour de lui, ses shishen s'amusaient à nager au milieu des carpes et des truites.
Le chef de secte avait décidé de se prendre une pause pour la journée après des semaines à travailler d'arrachepied sur le Temple et à la prendre avec ses shishen. Ils avaient tous été des plus patients et des plus compréhensifs avec lui depuis des mois. Il leur devait bien un peu de temps avec eux.
Maintenant que la pierre-cœur était à nouveau alimentée en énergie et surtout, reliée à toute personne adulte dans les murs pour se nourrir, des problèmes comme le froid n'en étaient plus un. Les boucliers s'étaient lentement réparés et s'il avait fallu en retisser une partie, avec l'aide de Mad Painter, quelques autres shishen spécialisés dans les sigil et la magie, ce qui aurait pu être d'une difficulté sans fin avait juste été compliqué, long et harassant.
Avec un peu de chance, le temps que le printemps arrive, les jardins seraient assez dégelés pour qu'ils puissent replanter des arbres. Les petits shidi se plaignaient sans fin de la disparition de la neige au point que QingMing leur avait proposé un marché : tous ceux qui maitrisaient le portail pourrait venir avec leurs maîtres faire des batailles de boule de neige et des bonhommes de neige une fois par semaine s'ils en avaient envie. Evidemment, ça retirait la magie de la spontanéité, mais ça allait développer en tout cas le sens tactique des enfants. Et puis, les petits monstres étant ce qu'ils étaient, ils n'avaient pas mis longtemps à maitriser les sorts de stases. Ceux dont QingMing avait mis les livres explicatif à la bibliothèque, juste trop haut pour qu'un petit shidi seul ne puisse l'atteindre mais qu'il pouvait attraper avec l'aide d'un ou deux copains. Et puis, ils étaient posés dans des vitrines pour que personne n'y touche. Et tant pis si elles n'étaient pas fermées à clé. Et placée dans des coins ou personne n'allait vérifier.
Un des maîtres avaient demandé à leur chef ce qu'il trafiquait.
Un large sourire aux lèvres, QingMing leur avait demandé s'ils avaient oublié ce que voulait dire être un enfant. A la place des petits shidi, qu'auraient-ils fait ? Une connaissance nécessaire pour s'amuser, placée juste hors de leur portée, interdite, cachée, mais qu'ils pouvaient quand même atteindre s'ils se serraient les coudes et dont personne n'irait voir s'ils avaient bien mis la main sur la connaissance interdite ?
Ho, personne n'emportait les rouleaux "interdits". Mais les copies, pardon !
C'était fou comme les enfants apprenaient vite quelque chose qui leur était interdit. C'était sans doute pour ça que QingMing avait ajouté d'autres petites choses marrantes indispensables à des bambins qui n'allaient pas tarder à mettre le nez dans un peu plus dangereux que faire des lignes.
Les premières boules de neige préservées dans des poches quiankun faites maison avec des chaussettes trouées n'avaient pas tardées à voler dans les couloirs. Et le temple du nord à avoir des enfants de huit ans capables de fabriquer ces poches avec trois fois rien et de pouvoir préserver par le froid tout ce qu'ils allaient mettre dedans. N'était-ce pas les prémices d'une capacité personnelle à préserver sa nourriture sur le terrain autant que nécessaire ? Mais qu'est-ce qu'ils étaient doués ses élèves quand même ! QingMing était atrocement fier.
Les maîtres avaient été consternés. Consternés que ça fonctionne aussi bien.
Evidemment.
Oui, ils avaient oublié ce qu'être un enfant voulait dire.
QingMing ne l'avait jamais vraiment su.
Heureusement que Ye HuoHua le lui apprenait tous les jours à la Maison !
"- QingMing."
Le chef de secte se redressa.
"- Boya ? Qu'est-ce que tu fais là ? Non que je ne sois pas content de te voir mais…"
"- Je… J'ai besoin de toi. A la Maison."
Le fashi de l'Est était livide. QingMing bondit hors de l'eau et se précipita dès qu'il s'en rendit compte pour aider son compagnon à marcher.
"- Qu'est-ce qui t'arrive ?"
Boya porta une main à son ventre. QingMing sentit ses muscles se contracter affreusement en une crampe qui devait être atroce. Il ouvrit immédiatement un portail pour sa tanière et aida son Partenaire à s'y allonger. Heureusement, ses shishen ne s'étaient rendu compte de rien et continuaient à s'amuser comme des fous dans l'eau. Même Snow Hound s'amusait comme un gamin. Tant pis s'il mettrait encore des heures à nettoyer et sécher ses ailes. Il avait de l'aide pour ça maintenant. Même Ye HuoHua commençait à aider à prendre soin des ailes de sa mère. Il apprenait en même temps à s'occuper des siennes. Bien qu'il n'ait encore que du duvet, il n'était jamais trop tôt pour apprendre à un petit tengu à prendre soin de ses plumes.
Un petit gémissement échappa à Boya lorsqu'une nouvelle crampe lui remonta dans le dos. Être allongé était une torture. Dès qu'il put, il se remit en position verticale. Ca faisait moins mal.
"- Boya ?"
"- Zhuque…Zhuque dit que je dois pondre."
Il s'était forcé à repousser la sensation de besoin depuis des jours mais maintenant, il avait trop attendu. Il avait MAL !
"- Zhuque ?"
"- Cet idiot a trop attendu. Au lieu d'évacuer un ou deux œufs par jour pendant une semaine ou deux, il s'est forcé à tous les garder à l'intérieur. Comme si ça allait les faire disparaitre ! Pfff. Alors maintenant, il a du mal à les pondre. Ils veulent tous sortir en même temps."
"- Qu'est-ce que je dois faire ? C'est dangereux ?
"- Dangereux, non. Pas s'il pond aujourd'hui. Mais c'est douloureux. Affreusement !"
QingMing était désolé.
"- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?"
Boya enfouit son nez dans le cou de son partenaire qui le tenait dans ses bras pour qu'il puisse confortablement rester accroupit sans trop fatiguer. La gravité aidait, bien sûr.
"- C'est…C'est humiliant et dégradant au possible ! Je ne suis pas un foutu PIAF !"
"- Boya…"
Le tueur de démon en avait les larmes aux yeux. Il pouvait accepter énormément de choses, mais ça ? Et le pire était sans doute qu'il mourrait d'envie de pondre. C'était un besoin atavique presque sensuel qui le consternait et qu'il repoussait avec rage depuis des jours. Comment pouvait-il avoir ENVIE de ça ? Son corps le trahissait. Non, son corps avait été modifié par Zhuque sans son consentement pour faire des choses qu'il n'était pas prévu pour faire à la base.
Il cacha encore son visage dans le creux du cou de son partenaire pour sangloter doucement sous une autre crampe particulièrement douloureuse.
QingMing se mit à lui masser gentiment les reins et le ventre. S'il appuyait un peu, il sentait des masses dures qui bougeaient lentement sous ses doigts.
Le Yin Yang Shi aida son compagnon à passer ses bras autour de son cou pour qu'il s'accroche à lui.
"- Je vais te soutenir, mon Boya. D'accord ? Ne te concentre que sur tes œufs."
Le fashi détourna le regard. L'humiliation qu'il ressentait était visible.
Zhuque avait beau tenter de le calmer, rien n'y faisait. Boya avait accepté sans réelle difficulté de pondre quand il était un oiseau, mais là, il était HUMAIN. Il avait besoin de rester humain, de pouvoir se considérer comme humain. Et voilà que ce n'était pas une blague ? Il avait vraiment des œufs qui devaient sortir ? il avait refusé de l'accepter. Il avait refusé de se soumettre au diktat d'un corps qui n'était plus tout à fait le sien.
Zhuque était désolé. Il n'avait pas imaginé que son vaisseau le vivrait aussi mal ! Mais c'était malheureusement trop tard. Les modifications qu'il avait fait pendant trois ans étaient définitives. Il ne pourrait plus rien y faire maintenant. Il pouvait le changer vers l'oiseau parce qu'il savait ce qu'était un oiseau. L'inverse…Zhuque en était incapable.
Boya sanglotait de douleur dans le cou de son compagnon qui continuait à le masser doucement. Petit à petit, QingMing sentait la masse compacte des œufs se détendre lentement et un premier œuf commencer enfin à descendre.
"- Boya…Je crois qu'avec un peu d'huile, ça devrait d'aider."
Le maître de l'est lui jeta un regard noyé de larmes de douleur.
"- Je veux bien n'importe quoi." Ca faisait si mal.
QingMing ouvrit un portail pour attraper la bouteille d'huile qui n'était qu'à moins de deux mètres mais il ne voulait pas lâcher son compagnon. Maintenant qu'il l'avait…
"- Est-ce que tu acceptes si j'appelle de l'aide ?"
Boya se crispa affreusement.
"- Qui ?"
"- Qui tu préfères."
Boya ferma les yeux. Est-ce qu'il tolèrerait que quelqu'un d'autre que son QingMing le voit dans cet état ?
"- K…Killing Stone." Même si c'étaient des œufs, le shishen était maïeuticien.
Si quelque chose se passait mal, il saurait sans doute comment aider. Boya ne faisait AUCUNE confiance à Zhuque sur le sujet.
Le phénix sous son crane renifla avec irritation. Si son vaisseau l'avait écouté au lieu de faire sa tête de pioche, ils n'en seraient pas là. C'était sa faute. Mais il devait reconnaitre que le jeune shishen était un bon choix. En plus, il devrait avoir la distance nécessaire pour ne pas se moquer n'est-ce pas ?
QingMing hocha la tête. Snow Hound aurait pu aider aussi mais Sha ShengShi était un choix peut-être plus logique encore.
Le demi-démon utilisa le lien avec son shishen pour l'appeler aussi discrètement que possible.
Quelques minutes plus tard et Killing Stone toquait à la porte de la tanière avant d'entrer sur l'autorisation de son maître.
Il resta perplexe sur la scène. Son maître et son petit frère, enlacés. Boya qui pleurait et qui semblait souffrir le martyr.
"- Qu'est-ce qui se passe ?"
"- Boya a repoussé trop longtemps le besoin de pondre. Il a besoin d'aide."
Killing Stone resta stupéfait et ahuri une demi-minute avant qu'un masque de calme compétence ne glisse sur son visage. Il retira ses bottes et rejoint le couple dans la tanière.
"- Boya-Daren ? Est-ce que je peux vous examiner ?"
Boya hocha silencieusement la tête, toujours le visage caché dans le cou de son Partenaire. QingMing retira ses mains pour laisser son shishen faire ce qu'il avait à faire.
ShengShi posa juste une main sur le ventre de Boya et l'autre sur ses reins. Le qi chaud et doux fit gémir le fashi sans qu'il sache si c'était de douleur ou de soulagement.
"- Vous avez déjà fait quelque chose, QingMing Daren ?"
"- Je le masse depuis son arrivée pour tenter de décompacter la masse des œufs."
Killing Stone hocha la tête.
"- C'est parfait, mais il faudrait aider manuellement."
Boya ne put retenir un sanglot. Non non non. Il ne voulait pas. Il ne voulait pas qu'on le touche comme ça ! Pas pour ça ! Il avait tellement honte ! Honte de la position dans laquelle il était autant que du plaisir qui commençait à lui remonter dans le dos à mesure que le premier œuf descendait.
Killing Stone lui caressa doucement les omoplates. Il savait que ça le détendait généralement.
"- Boya Daren. Ce serait mieux pour vous aider."
"- Non.
"- Boya D.."
"- NON !"
"- Killing Stone, si on laisse faire, y a-t-il un risque pour sa santé ?"
"- Non, ce sera juste plus long et douloureux. Si on continue à le masser, ça va aider bien sûr, mais il faudrait lubrifier le passage. Normalement, ça devrait l'être mais comme il se retient depuis des jours, la lubrification naturelle s'est tarie je pense." Enfin, c'était ce qui s'était passé avec Snow Hound quand il avait pondu son œuf. Toute la ponte avait été rapide et sans douleur. Juste inattendue.
QingMing soupira.
"- Boya… Soit raisonnable."
"- Je ne veux pas qu'on me touche."
"- Je ne vous toucherai pas, Boya Daren. Mais QingMing Daren peut le faire si vous voulez. Il faut juste qu'il soit patient et délicat.
Ce n'était guère plus que le préparer pour une nuit de passion à la différence près qu'il allait falloir utiliser beaucoup plus d'huile.
"- Sinon, vous pouvez faire le poirier pour qu'on fasse couler l'huile avec une paille mais ça risque d'être peu agréable et légèrement bizarre." Tenta de plaisanter Killing Stone.
Il fut satisfait d'arracher un vague sourire à Boya avant qu'une nouvelle contraction ne lui arrache un gémissement de douleur.
"- Faites ce que vous voulez. Ca fait trop mal." Supplia finalement le fashi.
il n'arrivait même pas à utiliser sa cultivation pour soulager la douleur.
"- Il faut qu'on vous déshabille, Boya Daren."
Le fashi retint un nouveau sanglot. Le nez toujours dans le cou de son Partenaire, il le laissa lui retirer ses vêtements et ne lui laisser que le haut de son zhong yi. C'était probablement ridicule, mais Boya était soulagé de ne pas être totalement nu pour quelque chose d'aussi stupide.
ShengShi hésitait sur la conduite à tenir. Il fallait que quelqu'un aide Boya à se tenir droit et en même temps, que quelqu'un fasse rentrer l'huile mais il voudrait sans doute que QingMing Daren fasse les deux.
"- Boya Daren ? on a deux solutions mais c'est à vous de choisir, d'accord ?"
Boya hocha lentement la tête.
"- Il faut que quelqu'un vous aide à rester accroupit et quelqu'un qui heu… Qui fasse rentrer l'huile et aide les œufs à descendre manuellement."
Le fashi enfoui, encore son visage dans le cou de QingMing.
"- Soit QingMing Daren vous tient et je m'occupe du reste, soit l'inverse. C'est comme vous voulez mais il n'y a pas d'autre solution."
De lourds frissons remontaient dans le dos de Boya. Il ne voulait d'aucune des deux solutions.
"- Qing…QingMing. Tu ne peux pas… les sortir…Avec un portail ?"
Le yin yang shi en fut immédiatement désolé.
"- Non mon amour. Je suis désolé. Je ne peux pas faire ça. Sinon, je l'aurais déjà fait pour te soulager, soit en sûr."
Boya sanglota encore un peu avant de lâcher QingMing et de tendre les bras à Killing Stone.
Le shishen se précipita pour le prendre contre lui comme son maître juste avant lui. Il sentait les tremblements de douleur, de honte et d'angoisse du fashi dans ses bras.
"- Ca va aller, Boya Daren… Tout va bien se passer." Il tentait de conserver une distance patient-professionnel entre eux mais la distance qu'il mettait ne faisait que renforcer la détresse de Boya. "Tout va bien se passer petit frère… Ca va aller." A mesure qu'il le cajolait, il le sentit enfin commencer à un peu se relâcher jusqu'à la contraction suivante.
QingMing attendit encore un peu avant de prendre la fiole d'huile. Cette fois, il ne préparait pas son amant pour des jeux érotiques mais devait l'aider à évacuer des œufs. Pour un peu, il aurait pu éclater d'un rire un peu hystérique.
Qui, QUI aurait pu imaginer que ces situations incongrues qui s'entassaient seraient sa vie normale il y avait moins de quatre ans ?
Zhong Xing devait se moquer de lui depuis l'autre monde avec une rare délectation. Ou être définitivement irrité par ce qu'il avait fait aussi bien de sa vie que de la secte.
QingMing fit couler de l'huile sur ses doigts avant de les glisser lentement dans le cloaque de son compagnon. Les muscles étaient tendus dans leur effort de s'écarter pour laisser le passage aux œufs. S'ils n'étaient pas trop gros et d'après ce que QingMing avait senti, ils ne devaient pas être plus gros que son poing lâchement fermé, ils devraient glisser dans trop de problème. Le seul souci était la sècheresse interne de son Boya. Il avait effectivement trop attendu et les fluides naturels qui devaient aider s'étaient raréfiés.
QingMing poussa un peu plus Boya en avant pour qu'il se penche et lui laisse un meilleur accès.
Le demi-renard claqua de la langue. Ce n'était absolument pas pratique. Il sauta de la tanière.
"- ShengShi, tu peux aider Boya à reculer ?"
Le shishen comprit immédiatement la manœuvre et aida le partenaire de son maître à bouger jusqu'à ce que ses pieds pendent dans le vide. Au moins, maintenant, le demi-démon avant de la place pour bouger son bras sans risque de blesser son compagnon. C'était tellement surréaliste comme situation qu'il refusait de voir ça autrement que comme du bricolage. C'était comme déboucher une canalisation.
Tellement de glamour, il allait y aller de sa petite larme tient. Autant qu'il se moque de la situation ou QingMing ne savait pas s'il allait hurler de rire ou hurler tout court.
Toujours accroché à Sha ShengShi qui lui caressait le dos pour tenter de le détendre, Boya étouffait ses larmes dans l'épaule du shishen. S'il avait appris à cultiver l'humiliation depuis qu'il connaissait QingMing, il n'avait jamais ressenti une telle honte de sa vie. Si seulement il n'avait pas résisté à Zhuque. Si seulement il avait été moins idiot. Il ne serait pas dans cette position dégradante au possible à attendre que son compagnon le débouche comme une vieille cheminée !
"- Ha ça, je te l'avais bien dit de m'écouter !" Persifla Zhuque sans pitié
"- C'est ta faute !"
"- Tu le sais depuis des semaines que tu vas pondre."
"- C'est quand même ta faute."
Un gémissement s'arracha à la gorge de Boya lorsqu'une nouvelle contraction lui remonta dans le dos.
Sha ShengShi lui massait les reins et le ventre comme QingMing avant lui. Le fashi sentait que ses intérieurs commençaient à se détendre un peu, heureusement, mais ça faisait toujours aussi mal.
Un hoquet soudain lui échappa lorsque la main de QingMing passa le cercle de muscles de ce qui avait été son anus pour entrer lentement jusqu'au poignet.
Il enfouit un peu plus son nez dans le cou de Killing Stone alors que le plaisir commençait à monter de plus en plus
"- QingMing…"
"- Laisse toi aller mon Boya."
"- Il a raison." Murmura Killing Stone. "Plus vous serez détendu et mieux ça se passera. Et mieux ça se passera cette fois, mieux ça se passera plus tard."
Si même Boya arrivait à associer le plaisir et la ponte, ils n'auraient plus a trop s'inquiéter pour la suite. Mais c'était peut-être aller un peu vite en besogne. Boya n'était pas Snow Hound. Il n'était pas naturellement programmé pour se soumettre à ce genre d'impératifs biologiques. Même si Snow Hound n'avait jamais pondu avant, il était né avec le corps pour. Pour Boya, c'était une acquisition si récente qu'il n'avait même pas réalisé les changements faits par Zhuque avant que le dieu-gardien ne les lui mette sous le nez !
"- Je comprends que c'est humiliant." Murmura encore le shishen. "Mais j'étais là quand Snow Hound a pondu aussi. Ce n'est rien de bizarre ou de particulier. Vous êtes tous les deux des créatures mi-humaine mi-avienne. Ce n'est pas grave. Nous avons tous changés depuis notre naissance. Nous sommes tous différents de ce que nous étions avant. Zhuque est avec vous maintenant. Vous l'avez accepté pour tout le reste. Ce n'est pas différent d'ailes ou d'une queue qui brule les canapés. Ce n'est pas différent de QingMing Daren qui se balade avec des seins. Vous croyez qu'il sera dans quel état s'il reste avec un utérus assez longtemps pour avoir ses lunaisons ?" La question arracha un hoquet d'horreur au demi-renard et un petit rire à Boya malgré ses larmes et sa honte. "Ce qui se passe ici, c'est mon boulot depuis que je suis assez grand pour avoir compris qu'il y avait une différence entre les filles et les garçons, Boya Daren. Et j'ai aidé des dizaines de femmes à mettre au monde leur bébé. Ça, ce que vous avez là, croyez-moi, c'est bien plus tranquille que les plus belles couches auxquelles j'ai pu assister."
Boya était reconnaissant au Shishen de parler de tout et de rien, de dédramatiser la situation tout autant qu'il lui assurait que tout se passait bien. Et surtout, que ce n'était rien d'original ni de fantastique. C'était…Rassurant. Surtout avec le bras de QingMing qui s'enfonçait lentement de plus en plus loin en lui et qui l'élargissait à un point qu'il n'aurait jamais imaginé. Et bon sang, c'était BON !
"- Ce ne sont que quelques œufs de la taille d'un poing d'enfant, Boya Daren. Je suis sûr que le nœud de QingMing Daren est plus impressionnant que ça."
"- C'est une invitation, ShengShi ?" Lança joyeusement QingMing
"- Nous en reparlerons la prochaine fois que nous visiterons votre tanière pour autre chose que faire panier de chat, Maître."
"- J'attends ce moment avec impatience. Pas toi, Boya ?"
Le chasseur ne put s'empêcher de mordiller un peu l'épaule du shishen sans répondre à son Partenaire. S'il tentait de parler, la seule chose qui allait sortir de sa gorge allait être un gémissement de plaisir absolument obscène. Un hoquet de plus s'arracha à sa gorge. Quelque chose s'était libéré dans son ventre et venait enfin, ENFIN de libérer un peu de la douleur qui lui écrasait les reins.
QingMing retira sa main pour rajouter de l'huile autant que possible.
Boya se serra un peu plus contre Killing Stone. Il lâcha un gémissement de plus avant de pousser de toutes ses forces. A peine son compagnon avait-il retiré son bras une fois de plus qu'un premier œuf tombait entre ses mains en coupe.
"- C'est bien Boya ! Continue. Le premier est passé !" Il le posa sur le lit à côté de son partenaire qui ne put s'empêcher de lui jeter un coup d'œil. D'instinct, Boya savait que l'œuf n'était pas fertilisé et qu'il n'y avait rien dedans. Contrairement aux œufs qu'il avait eus quand il était Zhuque, il n'en ressentit aucun attachement. Il comprenait soudain le dédain du grand oiseau pour ses œufs clairs. Ce n'était que des protéines et du calcium qu'il fallait évacuer pour faire la place à une autre ponte qui elle serait peut-être fécondée. Ce n'était qu'un déchet. Rien de plus.
QingMing continua à lui masser le dos pendant que Killing Stone massait son ventre.
Petit à petit, un second œuf, puis un troisième, et encore un, sortirent l'un après l'autre. A chaque fois, Boya se sentait un peu plus léger et un peu plus libre. Un peu plus fatigué aussi. Et dire qu'il allait subir ca tous les quelques mois… Il compatissait soudain très, très fort avec ses shijie et ses shimei.
Un dernier sanglot lui échappa lorsque le dernier œuf, confirmé par Killing Stone, fut enfin sortit. Il y en avait dix. Dix œufs de la taille d'un œuf d'oie. Ils étaient tous noirs tachetés de couleurs diverses et variées. Ils étaient…Joli. Sans importance, sans intérêt, mais jolis. C'était bien déjà ça non ? Enfin, probablement ?
QingMing finit de rassembler les œufs.
"- Il faut en faire quelque chose mon Boya ?"
"- Si on avait des poussins, on pourrait leur donner le jaune à manger, mais sinon, ça ne sert à rien. Tu peux les jeter."
QingMing y réfléchit. S'en débarrasser comme ça serait un affreux gâchis. Autant les rincer de l'huile qui les couvrait et aller les mettre en cuisine sans dire d'où ils venaient.
Boya s'était laissé aller contre Killing Stone, absolument épuisé. Il ne tenait plus sur ses jambes. Le Shishen l'aida à s'allonger enfin puis alla chercher un petit récipient avec de l'eau chaude pour le nettoyer lentement.
Les yeux du fashi se fermaient tous seuls.
"- ShengShi ?"
"- Boya Daren ?"
"- Merci pour ton aide dans cette situation aussi humiliante que ridicule."
Le shishen brossa ses cheveux avant de les natter lâchement.
"- Je n'ai fait que mon travail Boya Daren. Il n'y a ni humiliation ni ridicule dans ce qui vient de se passer. C'est juste la nature. La prochaine fois, n'attendez pas la dernière minute d'accord ? C'est maintenant une partie de votre vie et de votre anatomie. Aussi surement que les griffes de maître QingMing. S'il se laisse faire une pattucure sans protester, vous pouvez bien pondre de temps en temps.
Boya hocha la tête. Il était si fatigué… Et où était son compagnon ? Il avait envie et besoin de se serrer contre lui pour être sûr qu'il ne lui en voulait pas de cette ponte inutile.
Le demi-renard ne tarda pas à revenir pour le prendre dans ses bras et le cajoler jusqu'à ce qu'il s'endorme. Killing Stone s'était allongé près d'eux et somnolait doucement. Aucun d'eux ne savait si le tueur de démon allait avoir des effets secondaires alors Killing Stone avait demandé à rester pour s'assurer que tout allait bien.
QingMing n'allait certainement pas refuser de l'aide et des soins à son compagnon.
Honey Bug les rejoint soudain sur la pointe des pieds.
