Chapitre 57 : "Devastation"

comme toujours, si vous voulez avoir le lien vers la BGM du chapitre allez plutot lire sur AO3 ou wattpad

TW : torture, violence

l'Empereur était irrité. Il reposa le rapport que venaient de lui remettre ses espions. La faveur publique avait toujours été volage, mais là… Il en venait à se demander si en plus des meurtres, il n'y avait pas quelqu'un dans l'ombre qui orientait les rumeurs à la satisfaction du responsable. Et la rumeur étant ce qu'elle était, même une allocution de sa part n'aurait pas changé grand-chose. Au pire, elle pourrait retourner l'opinion publique contre lui.
la seule chose qu'il pouvait faire était de garder une sage distance silencieuse avec les évènements et attendre qu'elle se résolve d'elle-même. Ou que quelqu'un la résolve d'une façon ou d'une autre.

La seule chose que l'Empereur pouvait faire pour ses deux amis était de ne rien faire et de détourner les yeux de la vindicte populaire. Et il en était écœuré.

"- Autre chose ?"

L'un des espions lui glissa un rouleau dont il brisa le sceau pour le lire immédiatement.

"- Vous pouvez disposer."

Une fois seul, il prépara du thé et deux tasses.

Long Ye ne tarda pas à se faufiler dans la pièce dans le plus grand silence.

"- Long Ye Daren."

"- Majesté." Elle se prosterna devant lui comme il se devait

"- Qu'avez-vous pour moi ?"

Il posa lui-même la tasse de thé devant elle après qu'elle se fut relevée et assise sur le coussin en face du sien.

"- Je ne sais pas encore qui est le responsable, mais il est évidemment derrière la situation actuelle."

"- Que veut-il ?"

"- QingMing Daren."

"- …Vous êtes sur ?"

"- Tout retourne systématiquement vers le Bureau du Yin yang, Majesté. La frénésie actuelle de meurtres n'a qu'une seule raison à mon avis : l'absence du yin yang shi à la capitale."

L'Empereur soupira encore.

"- Dois-je le faire venir de force ?"

"- Convoquez le oui." Avec un peu de chance, le faire venir de son plein gré calmerait en plus les foules.

"- Cette situation est affreusement volatile, vous le savez."

"- Malheureusement, il n'y a guère de solution pour faire sortir le ver de sa pomme. Il nous faut un appât."

"- S'il se retourne un ongle, Boya Daren va réduire en cendre la capitale."

Ils en avaient tous les deux consciences. C'est pourquoi l'Empereur choisit de convoquer QingMing seul, sans que Boya soit au courant. S'il l'était, ce serait une catastrophe. Le demi-démon pouvait le mettre mal à l'aise. Le chef de JingYun le terrorisait. Même Zhuque hors de l'équation, le fashi local avait tout pour lui faire peur. Il était trop froid, trop distant et surtout, trop implacable quand son partenaire n'était pas là pour adoucir son caractère. Il préférait largement supporter la colère d'un demi-démon que celle de Boya.

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"- QingMing Daren ? Pardonnez-moi, vous avez reçu un message urgent du Bureau."

Honey-Bug lui tendit le rouleau.

Son maître le prit en faisant la moue. Son irritation alla croissante à mesure qu'il le lisait.

"- Je suis convoqué par l'Empereur immédiatement."

Il n'avait aucune envie d'y aller mais aucun moyen de se défiler. Le Souverain avait bien choisi son moment pour déranger tout le monde.

"- Killing Stone…"

"- Je reste avec Boya, ne vous en faites pas."

QingMing remercia son shishen. Honey Bug trotta derrière lui pour l'aider à se préparer avec l'intervention de trois corps de la Multitude. Moins d'une heure plus tard, le fashi ouvrait un portail pour l'Observatoire céleste.

Qian Wuhan l'attendait avec une impatience fébrile.

"- QingMing Daren. L'Empereur veut vous voir dès votre arrivée."

"- Que se passe-t-il ?"

Le prêtre tressaillit. Malgré sa carrure, il était visiblement fébrile et inquiet.

"- Il y a…. Beaucoup de rumeurs depuis quelques semaines. Je pense que l'Empereur veut vous en parler."

QingMing soupira. Il était déjà fatigué rien que d'y penser. Il voulait juste être avec son Boya qui n'était pas encore remis de sa ponte. Il voulait le cajoler pendant des heures, lui assurer qu'il l'aimait et que rien ne pourrait changer ça.

Mais il était là, à se faire regarder en coin par les gens qu'il croissait au point de commencer à lui agresser les nerfs. Qu'est-ce qui se passait enfin ?

Une fois introduit dans la grande salle où il avait si souvent mit les pieds, il traça sa route jusqu'à l'Empereur qui devisait avec un de ses ministres et attendit qu'il ait du temps à lui consacrer. Le souverain discuta encore quelques minutes avec son ministre avant de s'apercevoir de la présence du prêtre, tache blanche à la périphérie de sa vision.

"- Ha. QingMing Daren. Merci d'être venu aussi vite."

"- Les ordres de sa majesté sont toujours répondu toute affaires cessantes." Quand c'était possible.

L'Empereur eut un sourire crispé.

La cour observait avec avidité ce qui se passait.

"- QingMing Daren. Avez-vous des informations à me transmettre sur le sujet qui nous occupe ?"

"- D'après tout ce que vous avons pu déterminer, le responsable est un prêtre défroqué du yin yang. Sans shishen. Plusieurs identités restent possibles mais aucune avec certitude." Il ne voyait pas l'intérêt de cacher quoi que ce soit de ce qu'il pouvait savoir.

Si l'Empereur lui demandait un rapport, ici, maintenant, et devant la cour, il devait y avoir une raison. Qu'il ne cache même pas qu'il s'agissait d'un ancien de sa secte sembla surprendre pas mal d'ailleurs.

"- Donc, votre secte est responsable." Aboya le ministre des Finances.

"- S'il y a une responsabilité à ne pas assassiner froidement les gens qui décident de changer de carrière, oui, sans doute." La réponse était absolument calme et cordiale comme savait si bien le faire le fashi. A cet instant, il faisait tellement inoffensifs que s'en était ridicule.

"- C'est quand même votre faute si nous avons un meurtrier sur les bras ! C'est grâce à l'enseignement de VOTRE secte qu'il a déjà tué plus de quarante personnes en l'espace de dix jours !"

QingMing grimaça intérieurement. Quarante ? En dix jours ? Huxian…

"- J'en déduit que vous avez l'habitude de faire couper les deux mains des soldats lorsqu'ils prennent leur retraite ?" Le sourire était doux et le visage ouvert de QingMing laissait apparaitre comme une vraie question et non une remise en place sèche mais l'Empereur comme ses ministres savaient parfaitement de quoi il s'agissait.

Ils essayaient de faire de lui un bouc émissaire ? Ho mais les enfants, qu'ils s'y essayent ! On l'avait forcé dans ce rôle depuis qu'il était arrivé à la secte nord. Qu'ils tentent de lui coller ce qui n'était pas de sa responsabilité sur le dos et ils allaient être content du voyage. Avec les années, il était devenu assez pervers pour renverser ce genre d'accusations et rendre responsable ses accusateurs. Il y excellait même.

Le ministre croisa les bras sur son torse en une évidente réaction de défense.

"- Autre chose, QingMing Daren ?"

"- Le Détective Dee nous a conseillé, à Boya Daren et moi de ne plus nous présenter en public parce que notre présence semblait exciter le coupable. C'est-ce que nous avons fait. L'actuel massacre nous était donc totalement inconnu et tout autant inattendu.

"- Ou est Boya Daren d'ailleurs ?"

"- Il se repose toujours de la flèche empoisonnée que le coupable lui a tiré dans le dos. Nous avons bien cru le perdre mais heureusement, sa résistance est en train de venir à bout du poison." Ça en revanche, ce n'était pas tout à fait vrai mais il doutait vraiment que le coupable sache qu'il était toujours en vie puisque personne de l'extérieur ne l'avait vu depuis qu'il avait été emmené en urgence à JingYun pour tenter de sauver sa vie.

L'Empereur se redressa. Ça, il n'était pas au courant.

"- Boya Daren est immobilisé depuis longtemps ?"

"- Presque quatre semaines. La flèche lui a effleuré le cœur. S'il n'avait pas été avec ses hommes qui ont permis de ralentir le poison et de garder l'hémorragie sous contrôle, il serait mort en quelques minutes. Il ne peut toujours pas se lever mais il devrait se remettre sans séquelle avec le temps."

L'inquiétude de l'Empereur était manifeste. Et son soulagement aussi. Pourtant, il avait eu des rapports qui faisaient état d'un prêtre qui ressemblait très fort au maitre de JingYun qui faisait du ménage un peu partout dans les campagnes. Était-ce le fashi ou pas ? Si oui et que le yin yang shi ne mentait pas et n'était pas au courant est-ce qu'il serait possible que…Commençait-il à croire aux rumeurs ? Possiblement. Mais à force de se faire répéter toujours les mêmes accusations à l'oreille, il n'était pas rare que même les gens les plus rationnels finissent par croire à n'importe quoi. Mais si Boya était immobilisé, il ne pouvait pas être responsable ! Et ce serait un soulagement. Mais s'il ne l'était plus et filait au nez et à la barbe de QingMing…

"- Que comptez-vous faire, QingMing Daren ?"

"- Je ne peux, malheureusement, pas faire grand-chose tant que le responsable ne sera pas pris la main dans le sac ou sa cachette découverte. Je ne suis pas un détective. La seule chose que je peux faire est l'affronter quand on aura mis la main sur lui. Et veiller à ce que ses actes ne créaient pas davantage de chaos dans la capitale."

Il savait que ses shishen aussi bien que Boya allaient hurler mais il n'avait pas le choix. Il allait devoir rester en ville, sans doute sous la surveillance de gardes voir de militaires, jusqu'à ce qu'ils aient la preuve qu'il n'était pas responsable. Tristement, il allait devoir espérer d'autres morts pour pouvoir prouver qu'il n'était pas coupable.

"- Et bien QingMing Daren, j'espère que l'hospitalité de l'Observatoire Céleste est à votre gout. Je compte sur vous pour apaiser les âmes des morts causées par cette situation au plus vite."

Gagné.

Et il ne pouvait même pas appeler un de ses shishen. Il fallait qu'il les préserve de son mieux et évite de rappeler qu'il était parfaitement capable dans l'absolu de les faire tuer pour lui à distance s'il avait été le responsable.

"- Bien sûr, Majesté." Il s'inclina encore. "Si vous me permettez, maintenant que je suis au courant de la situation, j'aimerai m'y mettre immédiatement."

L'Empereur eut un petit geste de la main.

"- Une phalange de gardes va vous accompagner."

"- Bien évidemment."

L'Empereur était désolé de la situation, mais c'était la seule chose qu'il pouvait faire pour tenter d'apaiser tout le monde sans demander la tête du fashi. Qu'il le comprenne était aussi un soulagement.

Une dizaine de gardes habitués aux situations surnaturelles pour avoir été dans une équipe conjointe JingYun – Garde – Militaire attendaient QingMing à la porte de la grande salle de cour. Il les salua rapidement.

Le responsable de la petite équipe se présenta sommairement avant de le questionner bille en tête et sèchement.

"- Vous êtes responsables ?"

"- Non."

"- D'accord."

La brutale acceptance de sa réponse secoua un peu le demi-démon qui s'attendait à devoir argumenter et ne pas être cru.

Sa surprise fit sourire les gardes.

"- On connait les gens, QingMing Daren. Et les menteurs. Vous n'êtes pas un menteur pour la question qui nous occupe."

"- Ho, mais je ne mens jamais voyons."

"- Là vous mentez."

Le fashi eut un pauvre sourire.

"- C'est un talent intéressant que vous avez là, lieutenant."

"- Quand on est dans la garde depuis aussi longtemps que moi, soit on apprend soit on meurt."

QingMing n'avait pas remarqué jusque-là que tout le petit groupe était constitué de vétérans. Des vétérans qui étaient prêts à le croire et l'aider dans son travail tout autant qu'à lui passer leurs armes en travers du corps s'il le fallait. Il pouvait travailler avec ça.

"- Et bien allons-y" Soupira QingMing déjà mentalement fatigué.

Il effleura son lien avec ses shishen pour trouver celui de Snow Hound et le prévenir sommairement de la situation. Il ne savait pas quand il pourrait rentrer. Pas avant plusieurs jours en tout cas.

"- Avez-vous la liste des lieux où les meurtres ont été commis ?"

"- Nous allons vous y conduire."

Très vite, QingMing réalisa que les gardes étaient autant là pour l'aider que le menacer et le protéger. Les gens de la capitale étaient hostiles en le voyant. Les rumeurs avaient eu le temps de se répandre comme du poison parmi la capitale.

Il fallut attendre qu'il en soit à sa troisième libération de l'âme sur le troisième lieu du crime pour qu'on lui jette enfin des choses à la figure. Un petit bouclier apparu près de lui pour le protéger. Il en finit avec la consécration du lieu, se releva puis fixa son agresseur avec calme puis secoua la tête, comme s'il était très déçu. L'homme ne s'attendait pas à ça. Il ne sut quoi répondre là où il attendait lui aussi une agression. Comment faire monter la sauce et causer une émeute si le client ne répondait pas à la provocation ? il avait été payé pour démarrer une rixe et peut-être parvenir à tuer le prêtre. S'il ne coopérait pas, ça allait être compliqué. Il décida de suivre la troupe armée.

Petit à petit, à mesure qu'ils passaient de lieu du crime à un autre, les gardes se firent de plus en plus nerveux. De plus en plus de gens les suivaient.

"- QingMing Daren. Je crois qu'il est temps de retourner au Palais."

Le demi-démon essuya la sueur qui perlait de son front. Il en était à une douzaine de libération. C'était au mieux un travail fatiguant mais même avec ses réserves, il était épuisé.

"- Bonne idée."

Il laissa la petite troupe le raccompagner à l'Observatoire où des soldats cette fois attendaient pour prendre en charge sa surveillance. Lorsqu'il réalisa qu'il ne serait pas seul, même pour dormir, il soupira en silence. L'Empereur avait bien comprit que son Portail pouvait lui permettre de faire ce qu'il voulait s'il souhaitait vraiment s'échapper.

La soirée fut aussi morne que solitaire s'il excluait la présence silencieuse des soldats qui le surveillaient avec suspicion. C'était charmant.

Un peu écœuré, il mangea et se coucha tôt. Il ne pouvait même pas contacter son Boya pour lui souhaiter la bonne nuit et savoir dans quel état il était.

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Boya s'était réveillé seul avec Killing Stone.

Son renard n'était pas avec lui. Un peu perplexe encore, il l'avait appelé dans l'espoir qu'il se soit juste éloigné avant d'être détrompé par le shishen. Son Partenaire avait été appelé en urgence par l'Empereur à la capitale et devait y rester. Boya ne devait surtout pas se montrer. La situation était telle que s'il se montrait, il mettrait leur vie à tous les deux en danger et probablement la survie de leurs deux sectes serait également dans la balance.
Comme réveil, il y avait plus agréable quand même. Et moins stressant également. Qu'est-ce qui se passait à la capitale ? Boya avait bondit de la tanière avant de gronder. Ses intérieurs étaient encore dérangés mais au moins ne souffraient-ils plus le martyr. Son Node doré était déjà en train de remettre tout ça en place. D'ici quelques heures, il serait comme neuf.

"- Boya Daren ? Maître QingMing nous a interdit de le rejoindre sans invocation directe. Qu'allez-vous faire ?"

"- Si la situation est à ce point tendue, je vais retourner à mon temple pour en savoir plus." Si la situation était à ce point électrique, le temple était probablement fermé et sécurisé.

Bahaiu sauta sur son épaule en miaulant.

"- Tu veux venir avec moi ?"

Le chat démon hocha la tête. Qui ferait attention à un chat ? S'ils pouvaient l'introduire discrètement à la capitale…Il devait toujours y avoir un maître du yin yang à l'observatoire. S'ils arrivaient à le contacter avec un lin'ger et un Fu'yan, ils pourraient faire entrer le chat en discrétion à la capitale et…
les sourcils froncés, Boya était déjà en train d'établir son plan de bataille et de défense. Mais avant tout, il lui fallait des informations.

"- Faites attention à vous, d'accord ?" Supplia Killing Stone.

Boya lui tapota doucement le bras. Le shishen était peut-être son oncle martial, mais il le considérait vraiment comme un frère.

"- Faites aussi attention à vous. Vous êtes en sécurité ici, mais si les deux sectes sont en danger…"

"- Le Domaine peut se protéger tout seul, Boya Daren. Ne vous en faites pas. Tant que QingMing Daren est vivant, nous ne risquons rien."

Et s'il mourrait et bien… Ils seraient nombreux à se battre jusqu'à ce que leurs forces les abandonnent pour le venger. S'ils le pouvaient.

Boya serra encore un instant le bras de Killing Stone.

Il remit ses armes sur son dos puis ouvrit le portail qui le séparait de son bureau grâce à la bague que QingMing lui avait offert pendant leurs échanges de cadeaux.

Il tomba immédiatement sur son Premier Disciple.

"- Boya ! Enfin… on s'inquiétaient vraiment. Tu vas bien ?"

"- Qu'est-ce que se passe ?"

Bahaiu sauta de l'épaule du chasseur qui grimaça. Il dut court-circuiter mentalement les alarmes avant qu'elles ne se répercutent partout et intégrer le petit démon poilu aux boucliers. Un de plus. Il allait bientôt y avoir plus d'exceptions que de limitations à ce rythme. Il faudrait qu'ils trouvent autre chose. Bref.

"- QingMing Daren a été convoqué par l'Empereur." Yan Shu fit le résumé de la situation et de ce qu'il en savait. Le maître de JingYun affecté à l'Observatoire avait fait un rapport précis grâce à son Lin'ger. "QingMing Daren est plus ou moins aux arrêts à l'Observatoire tant qu'il n'est pas dans les rues à apaiser les âmes des morts à cause du prêtre rouge. Ce sont des soldats et des gardes qui ont participés à nos échanges culturels avec les nôtres qui ont été chargés de sa surveillance."

C'était déjà ça. Ca prouvait au moins subtilement que l'Empereur n'était pas encore contre eux mais se devait d'apaiser sa base. Le souverain devait jouer subtilement mais Boya savait qu'entre l'Empire et QingMing, il ferait exécuter ce dernier sans sourciller s'il le fallait. Ou qu'il essayerait en tout cas.

"- Autre chose ?"

"- Nous avons des rapports de Xun Chen dès qu'il se passe quelque chose de nouveau. QingMing Daren a été interrogé plusieurs fois par les gardes de l'Empereur mais pour l'instant, aucun "spécialiste" n'a été mêlé à l'affaire.

Si la torture était utilisée contre leur Partenaire, Boya savait que risques ou pas, il irait cramer le palais. Zhuque était tout à fait d'accord. Tant que leur Partenaire n'était pas réellement en danger, il pouvait le tolérer pour le bien de leur Jubilé mais le Dieu-Gardien n'aurait aucun complexe à aller exprimer son déplaisir le plus absolu.

Yan Shu grimaça.

"- Boya… les flammes…"

Le chef de JingYun dut fournir un effort conscient pour reprendre le contrôle des flammes de Zhuque. Il était d'accord avec l'outrage de son phénix mais ils devaient conserver la tête froide pour l'instant. Tant qu'ils avaient des rapports qui n'étaient pas alarmants…

Bahaiu miaula soudain.

"- Ha ! Oui. Appelle Xun Chen et demande lui de trouver Qian Wuhan. Je veux leur envoyer Bahaiu." Il montra le chat. "C'est un shishen de QingMing. Personne ne se retournera sur le passage d'un chat et il pourrait le sauver s'il le fallait."

Yan Shu hocha la tête.

"- Je m'en occupe." Il s'inclina devant le chat qui eut un petit signe de tête lui aussi. "Venez avec moi, maître chat. Nous allons vous envoyer auprès de votre maître aussi vite que possible."

Le démon félin miaula encore pour remercier.

"- Boya, Ren LingXin a pris le contrôle du temple en ton absence pour le fermer. Toutes les protections sont prêtes à être utilisés s'il le faut. Tout le monde est rentré et à l'abri a part Xun Chen qui reste au Palais. Nous sommes prêts à nous défendre si on nous attaque."

Boya hocha la tête.

Il n'y avait que lui qui pouvait basculer la pierre-cœur du temple de protection passive à protection active. C'était la première chose à faire.

Il laissa son premier disciple s'occuper du chat et fila dans les sous-sols du temple pour activer toutes les protections qui n'étaient pas encore éveillées.

Lorsqu'il remonta auprès des siens, leur soulagement à sentir le temple de réveiller sous leur pied était visible.

"- Boya."

"- Shifu."

"- Tout le monde connait son devoir si on en venait là. Les shidi sont dans les souterrains avec les anciens les moins vaillants." Comme il se devait, ils laissaient la protection des plus jeunes à ceux qui n'avaient plus la force de se battre mais assez de qi pour maintenir presque indéfiniment des boucliers. Si l'ennemi arrivait à atteindre les petits shidi de toute façon, c'était qu'ils seraient tous morts.

A la grande surprise de Boya, personne ne lui reprocha la situation. Personne ne l'insulta pour avoir causé la perte du temple par sa relation avec un demi-démon. Ils auraient pu. Après tout, c'était par association avec QingMing qu'ils se retrouvaient à devoir se protéger sans savoir s'ils allaient être vraiment impactés eux aussi ou non.

"- Boya Daren ? Vous avez des nouvelles de QingMing Daren ?" L'inquiétude pour son compagnon était réelle et sur tous les visages. même ceux qui jugeaient sa relation étaient inquiet pour QingMing.

"- Pas plus que vous."

"- On fait quoi alors ?"

"- On attends… On attend et on se prépare."

Liu Ye était invisible, probablement avec les shidi. S'ils en venaient là, il savait que le shishen se ferait tuer pour protéger les enfants parce que s'était dans sa nature de shishen. Parce que c'était dans la nature de son maître.

"- On attends et on espère que ce salaud qui ne fait passer pour l'un des nôtres sortira le bout de son nez et qu'on pourra l'écraser."

Zhuque brûlait dans les yeux de son avatar. Autour de lui, ses hommes se détendirent un peu. Ils avaient oublié Zhuque. Ils avaient oublié qu'ils avaient la faveur d'un dieu-gardien.
Zhuque ne laisserait rien arriver ni au compagnon de leur chef, ni à eux.

Tout ne se passerait peut-être pas bien, mais ils s'en sortiraient.
S'ils en venaient là, ce serait probablement la Capitale et le Palais qui en souffrirait le plus.

Yan Shu dévala les escaliers

"- BOYA !" Il avait un rouleau à la main. "Le chat est sur place et c'est pour toi."

Le chef de secte prit le rouleau. Il brisa le sceau anonyme dessus et parcouru le document.

A mesure qu'il lisait il se faisait plus sombre mais se détendait paradoxalement aussi.

"- Qu'est-ce que ça dit ?"

"- Long Ye est sur place."

"- Mais…Elle est morte !"

"- Non elle…C'est trop long à expliquer. Mais elle est la chef de la secte sud, elle est au Palais avec l'Empereur et elle suit QingMing à la trace. C'est elle qui a encouragé l'Empereur à le faire venir seul au palais pour l'utiliser comme leurre pour notre "ami" et le faire sortir." Il grinça des dents. Il ne voulait PAS de cette situation. Surtout s'il n'était pas là pour protéger le dos de son compagnon. Il savait, il SAVAIT que QingMing ne l'invoquerait pas pour ne pas le mettre en danger lui et le temple. Mais il n'avait pas plus le choix que les autres. "Elle garde un œil sur QingMing. L'Empereur n'est pas contre nous mais doit slalomer avec l'opinion publique et celle de son gouvernement. Nous ne devons surtout pas nous montrer à la capitale ou ailleurs et attendre." Il avait envie d'aller botter des culs et cramer des gens mais Boya devait rester calme. Ce n'était pas son genre. Il était un guerrier. Pas un politicien. Tous ces atermoiements et ces faux semblants le rendaient dingue, surtout avec son compagnon en danger. Faire de QingMing un appât. Tsss. "Pour l'instant, la population semble partagée sur notre responsabilité dans l'affaire." S'ils perdaient le soutien des médiocres, ils risquaient d'avoir de gros problèmes.
Boya aurait voulu pouvoir changer de forme complètement quand il le voulait et voler au secours de son compagnon. Personne n'oserait s'en prendre à son QingMing ou le voir comme un assassin avec Zhuque à ses côtés n'est-ce pas ? Mais il lui manquait encore un petit rien de contrôle pour y arriver sans avoir besoin d'une gifle émotionnelle pour ça.

Il fournit un effort visible pour retrouver son calme. Il ne pouvait rien faire.
IL NE POUVAIT RIEN FAIRE ! Ça allait le tuer si QingMing avait ne serait-ce qu'une égratignure.

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QingMing se massa les tempes. Il était épuisé. Sa nuit de repos avait été courte. Après à peine trois heures, deux gradés de la garde étaient venus l'interroger pendant deux bonnes heures avant de le laisser à nouveau à son sommeil. Une heure plus tard, deux autres étaient venus pour lui poser les mêmes questions.

Le demi-démon comprenait la méthode. Ils voulaient l'épuiser et le faire nerveusement craquer mais QingMing avait une longue expérience des tortures psychologiques. Ce n'était pas lui qui craquerait le premier. Après une troisième, puis une quatrième interruption, il avait pu avoir un cycle de sommeil supplémentaire. Ce n'était pas terrible mais c'était suffisant. Il piocha un peu dans sa cultivation pour délasser ses muscles encore endormit, s'étira comme s'il avait passé la meilleure nuit de sa vie, salua les gardes un peu hagards qui n'avaient pas mieux dormis que lui puis s'excusa le temps de se laver. Les gardes le suivirent pour ses ablutions.

"- …Vraiment ?"

"- Nous sommes désolé, QingMing Daren. Ce sont les ordres."

"- Tournez-vous au moins ?"

Ils hésitèrent mais lorsque QingMing commença à se déshabiller complétement ils se détournèrent avec un petit coassement d'outrage. Le yin yang shi se prépara pour ce qu'il savait être une dure journée et choisit les vêtements nécessaires à une journée de cauchemar avec soin. Il les prit légers mais tous rebrodés à l'intérieur de fils métalliques avec des sigils de protection aussi bien spirituelle que physique. Ils repousseraient une lame s'il le fallait. Comme il devait se coiffer seul, il tressa en partie ses longs cheveux comme Boya l'avait fait plusieurs fois avant de les remonter et de les maintenir avec deux fortes épingles en métal avec des sigils dessus. En désespoir de cause, s'il le fallait, elles feraient de bonnes armes. Il ajouta encore deux autres épingles décoratives qui étaient de fins stylets métalliques et échangea son éventail en soie contre un en métal. Il ne l'utilisait quasiment jamais mais l'arme était le dernier rempart pour un prêtre du yin yang s'il le fallait. Bien sûr, il n'avait rien de tout ça sur place. Mais ce n'était rien qu'un petit portail discret ne puisse fournir, camouflé par son torse alors que les gardes étaient dos à lui.

"- Messieurs ? Nous pouvons y aller."

Les deux gardes hochèrent la tête sans se soucier de l'évolution de tenue. Ils ne savaient pas et ne voulaient pas savoir ce que le fashi avait à sa disposition. Ils étaient déjà assez irrités comme ça de devoir le surveiller. Intérieurement, les soldats étaient sur que ni le yin yang bureau, ni JingYun n'avaient fait quelque chose de mal. Ce n'était simplement pas dans la nature des prêtres de faire le mal. Ils étaient parfaitement capables de régler son compte à quelqu'un, mais ils n'étaient pas du genre à le faire dans le dos. Ou à partir en meurtre de masse. Et puis, pour y gagner quoi ? D'accord, la relation entre les deux fashi était aussi honteuse que scandaleuse. Mais tant qu'ils ne demandaient à personne de participer, ce qu'ils faisaient de leur cul et ce qu'ils mettaient dedans ne regardait personne. La seule chose qu'eux voyaient, c'était que les gardes conjointes avaient sauvés bien plus de vies en deux ans d'existence que tous les meurtres causés depuis le début de cette lamentable affaire.

QingMing se laissa guider jusqu'auprès de l'Empereur dans son bureau.

Le souverain semblait fatigué.

"- QingMing Daren. Asseyez-vous."

Le fashi obéit calmement et attendit que l'Empereur se décide à parler. Un énorme soupir échappa d'abord à l'homme.

"- Des gens réclament votre tête." QingMing resta silencieux. "Je sais que vous n'avez rien à voir avec ce qui se passe mais la population est versatile. Votre présence sur le terrain hier a excité du monde. J'ai eu vent d'échauffourées dans les quartiers où vous êtes passés. Certains sont sûr que vous et Boya Daren êtes les coupables. D'autres sont sûr du contraire. Et moi je me retrouve au milieu. Certains de mes ministres veulent aussi votre tête. Mais ça, c'est plus parce que votre existence et celle de Boya Daren les ennuie et qu'ils n'arrivent pas à me manipuler comme ils veulent." Il se tut et se passa une main sur le visage. Il était visiblement fatigué "Je ne sais pas quoi faire pour ménager la chèvre et le chou. Je ne peux pas vous lâcher, mais je ne peux pas non plus oublier les peurs de la population. Je ne peux pas faire un exemple sans savoir de quoi il retourne et même si j'avais l'idée saugrenue de vous exécuter et que j'y arrivais, ce serait probablement pour voir le Palais disparaitre dans les cendres ainsi qu'une bonne partie de la Capitale."

"- Je suis navré que cette situation vous cause autant de tracas, Majesté."

"- Vous pouvez, vous pouvez. Mais ça ne règle pas le problème."

"- J'imagine que c'est pour cette raison que je suis ici à servir d'appât pour notre ami génocidaire."

L'Empereur se servit une tasse de thé et en poussa un autre vers QingMing.

"- Ouai. Et j'espérai sans vraiment y croire qu'il sortirait son nez hier."

"- Y a-t-il eut d'autres morts rapportés cette nuit ?"

"- Aucun."

"- Sans surprise."
"- Non, aucune en effet."

QingMing se tut à nouveau jusqu'à ce que l'Empereur ne grogne.

"- Vous allez retourner jouer les merlans au milieu d'un banc de requins et nettoyer ma capitale des esprits qui la hante à cause de notre "ami". Et priez avec moi pour qu'il se montre." L'un comme l'autre savait parfaitement qu'ils n'avaient aucune idée de ce que voulait l'individu en question, à part qu'il s'intéressait à QingMing. "Vous pensez qu'il pourrait faire quoi ?"

"- Majesté, si c'est effectivement un défroqué qui a été chassé du Bureau, probablement vouloir ma tête. Parce qu'il aura très probablement été chassé par mon défunt Shifu pour s'en être prit à moi quand j'étais enfant."

L'Empereur soupira une fois de plus.

"- J'aurais préféré une raison un peu plus sexy comme une tentative de prendre le pouvoir dans l'Empire ou quelque chose d'équivalent. Vouloir juste se venger du Bureau me semble…"

"- Exagéré ?"

"- Et très impoli."

Un infime sourire passa sur les lèvres de QingMing.

"- Savoir que vous ne me voyez pas comme un monstre est quand même un soulagement, Majesté."

L'Empereur lui jeta un regard dur.

"- Quand toute cette histoire sera finie, vous me remercierez en me faisant visiter ce magnifique domaine que j'aperçois à chaque fois que vous rentrez chez vous. En attendant, soyez certain, vous et Boya Daren, de mon soutient. même si je ne peux pas trop l'exprimer publiquement en ce moment, vous l'avez. Réglez ce problème comme vous pouvez, prenez toutes les largesses nécessaires, mais je veux que ça s'arrête."

"- Nous allons faire de notre mieux."

"- Je n'en doute pas, QingMing Daren. Et si pour ça vous devez éliminer vous-même le responsable, soyez certain que je serais derrière vous."

Il eut un geste pour le congédier.
QingMing s'inclina puis quitta le bureau pour suivre à nouveau ses nounous pour une nouvelle journée passée à la capitale à apaiser des âmes, expurger des malédictions et soulager les mourants. La population civile oscillait entre la crainte, la colère trouble, l'hésitation et la curiosité.

Lorsqu'au sortir d'une maison où une famille entière avait été massacrée un chat se frotta aux jambes de QingMing, le fashi s'accroupit pour caresser l'animal qu'il reconnut sans peine. Il n'était pas seul. C'était un soulagement réel.

"- Et bien. Voilà un chat gras comme un verrat."

Les gardes reniflèrent avec amusement.

"- Ses maîtres doivent le gaver pour qu'il n'aille pas courir la femelle."

"- Ho quelque chose me dit qu'avec un poil aussi brillant, ce n'est pas un peu de gras qui va l'empêcher d'avoir toutes les conquêtes qu'il veut"

Et Bahaiu était visiblement particulièrement content de cet état de fait.

QingMing lui grattouilla les oreilles une derrière fois puis suivit les gardes qui le conduisaient à la maison suivante à exorciser. Le chat resta là où il était à se toiletter de la langue comme n'importe quel chat mais il observait surtout tous les humains qu'il voyait. Y avait-il quelque chose de bizarre ? une odeur particulière ? Pourquoi cette odeur de neige ?

Le chat se releva d'un coup de rein avant de sauter sur un muret et de suivre son maître de loin, comme s'il ne s'occupait que de sa petite vie.

Avant que le soleil ne tombe, les gardes durent intervenir trois fois pour protéger QingMing de jets d'objets divers, disperser une foule qui n'avaient que des insultes à la bouche et la peur au ventre puis arrêter un homme qui tenta de lui sauter dessus pour lui planter une dague dans la gorge.

QingMing n'avait pas même bougé. L'homme se déplaçait trop lentement pour être un danger mais lui ne voulait pas sortir de son rôle de créature inoffensive. S'il se défendait, il perdrait une manche contre leur adversaire inconnu.

C'est plus épuisé encore que la veille qu'il retourna à l'Observatoire où le maître du yin yang affecté au Palais l'attendait. Malgré tout, il était peut-être consigné à la capitale, mais la secte du yin yang continuait de tourner. Il fallait bien qu'il lise et signe des papiers ! Au milieu des dossiers, Kin Lao avait fait passer quelques feuillets d'information. Le Temple nord était trop imprenable, surtout maintenant que les boucliers avaient été réparés, pour que quiconque tente de les attaquer. Sans compter que pour les atteindre, il faudrait des semaines de marche forcée. Mais il avait discuté avec Boya Daren et Yan Shu. S'il le fallait, JingYun pourrait être évacué dans le nord. Il était même question de déjà déplacer les petits shidi et les juniors les plus jeunes histoires que les adultes aient les coudées franches s'ils en arrivaient là. L'Empereur était peut-être généreux dans sa protection, mais entre les gens et l'Empereur, il y avait parfois un fossé.
Bien sûr, QingMing était inquiet de ces nouvelles. Mais au moins les siens se protégeaient.

Il approuva l'idée ainsi que l'accueil des shidi dans le nord. S'il le fallait, ils seraient à l'abri effectivement. Et avec les anciens qui les surveillaient, s'ils en arrivaient là, il resterait de quoi reconstruire la secte.

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Une nuit de plus fractionnée par les visites de dignitaires divers et variés pour l'interroger de plus en plus sèchement.

Une journée de plus à devoir prendre sur ses épaules plus ou moins l'intégralité des problèmes spirituels de la Capitale à s'en épuiser.

Une nuit encore de sommeil découpé et d'interrogatoire assez musclé pour repartir le lendemain avec une marque sur la joue.

Une journée encore à s'épuiser sans fin sans réaliser qu'il traitait les résultats de nouveaux meurtres qui s'empilaient depuis vingt-quatre heures.

Une nuit sans sommeil aucun à être interrogé pour savoir où était Boya, ce qu'il faisait, s'il était coupable et avec toujours les mêmes réponses : JingYun, il attendait que le coupable soit arrêté, non.

Une journée supplémentaire à traiter les urgences avec la main gauche tremblante et trois doigts cassés qui se remettaient lentement en piochant dans les réserves de plus en plus limitées du cultivateur.

Une nuit sans sommeil.

Une journée sans fin.

Une nuit…
Une journée…

Des morts.
Des âmes…

C'est un hurlement de terreur qui le réveilla presque en sursaut de l'épuisement hébété qui le faisait travailler sans même s'en rendre compte depuis trois jours. Sans une minute de sommeil depuis des nuits, sans repas suffisant et sans repos nécessaire au rétablissement de ses énergies, le fashi approchait de sa limite.

Les gardes qui l'accompagnaient n'en pouvaient plus de s'inquiéter et avaient fait remonter leurs craintes à l'Empereur. Malheureusement, ce n'était plus entre ses mains. Les réponses du chef de secte ne convenaient toujours pas aux interrogateurs qui chaque nuit sans faute harcelait le prêtre. Ils ne voulaient pas la vérité, il voulait des excuses qui leur convenait.

L'Empereur en était conscient mais avait, pour l'instant, les mains liées.

Les morts qui s'entassaient de plus en plus étaient la preuve la plus évidente que QingMing était innocent mais ça n'arrangeait pas une faction de la cour qui voulait se débarrasser de lui et de JingYun. Que les portes du temple de l'Est restent closes et que personne n'en soit sorti depuis des jours était aussi une raison à leur colère. Ils étaient persuadés que le chef de JingYun savait pour les tortures qu'ils faisaient subir au yin yang shi mais il ne venait pas. Il ne cherchait pas à le sauver comme ils l'espéraient. Et s'il ne venait pas le chercher, ils ne pouvaient pas le charger comme responsable des meurtres. Il fallait qu'ils aient des témoins de sa présence au Palais pour pouvoir le crucifier comme responsable et coupable.

Ils avaient tenté de détruire la confiance de QingMing en son Partenaire. Il ne venait pas pour le sauver. Il se fichait de ce qui lui arrivait. Les portes du temple de l'Est restaient fermées.

Mais QingMing souriait juste de ce sourire si doux et si distant pendant qu'ils lui cassaient un doigt de plus. Boya était à l'abri. Boya ne prenait pas de risque stupide. Tant qu'il ne venait pas, ils s'en sortiraient.

Lentement, la vindicte populaire changeait à nouveau de vent. La population voyait le fashi sous surveillance s'épuiser chaque jour pour leur protection. Ils le voyaient retourner chaque soir au palais encadré de gardes et revenir le lendemain dans un état pire que la veille. Les nobles imaginaient souvent la populace comme des animaux pensant. Mais ils voyaient, ils notaient. Ils n'étaient pas stupides.

Ils se rappelaient.

Ils se rappelaient que le fashi n'avait pas eu de doigt cassé en retournant au palais la veille. Ils se rappelaient qu'il n'avait pas une joue gonflée.
Ils se rappelaient que c'était Boya Daren qui avait sauvés leurs enfants quand personne n'en avait rien à faire.

Ils se rappelaient que c'était JingYun qui prenaient en charge les enfants sans famille pour ne pas les laisser à la rue et leur donner un avenir, aussi difficile, rude et mortel qu'il puisse être.

Ils se rappelaient qu'aussi bien leurs fils que leurs filles pouvaient aller taper à la porte du temple pour y trouver asile et une vie si jamais le monstre qui massacrait les pauvres gens laissait leurs petits sans personne.

Ils réalisaient lentement qu'ils regardaient avec crainte ceux qui les protégeaient depuis toujours.

Et Surtout, c'était là-haut, sur la montagne que vivait le phénix
C'était là-haut, dans la montagne de JingYun que Zhuque avait décidé de faire son nid et de protéger encore la Capitale.

Mais Zhuque n'avait plus volé depuis des semaines au-dessus d'eux.

Zhuque n'avait plus bénit la ville de son passage depuis qu'ils avaient commencés à être suspicieux du temple, des temples.

Alors les gens commençaient à murmurer entre eux et à offrir davantage d'offrandes à Zhuque et ses trois frères.

Eux avaient toujours été là.
Eux seraient toujours là
Les Empereurs et les nobles allaient et passaient.

Les lois arrivaient et disparaissaient.

Mais leurs quatre protecteurs étaient et restaient là.
Comme les temples.

La foule avait lentement arrêté de suivre QingMing avec suspicion mais avec une inquiétude croissante devant son épuisement et son état de santé déclinant. L'Empereur ne se rendait-il pas compte ?

Mais QingMing continuait son travail sur les lieux emplis de ressentiment par les morts terribles qui s'empilaient sans protester. Quand il le pouvait, il donnait quelques conseils aux gens : ne laisser personne entrer à la nuit tombée, ne pas quitter leurs maisons, ne pas répondre si on toquait à la porte, même si celui qui était de l'autre côté avait la voix de quelqu'un de connu, pas même si c'était quelqu'un de la famille. Les gens devaient se protéger parce que la garde ne le pouvait pas pour eux. Ils n'étaient juste pas assez nombreux. Surtout lorsque les morts de la nuit avaient été tous sans exception des membres de la garde.

A croire que l'assassin ne trouvait plus assez de victimes parmi les populations qui se terraient chez elles et avait donc choisit de changer de victimes

Lorsque le hurlement avait retenti, QingMing n'avait même plus la force d'analyser ce qui se passait autour de lui ou presque.

Pourtant, son éventail en acier dans une main, il leva l'autre pour lancer un bouclier. La rafale de vent glacé qui aurait dû tuer une dizaine de personnes d'un coup heurta brutalement le bouclier argent/doré qui vibra durement mais ne vola pas en éclat.

"- J'en ai assez, petit prêtre, de tes interférences." La voix, féminine, était charmeuse comme celle d'un renard. Mais à l'inverse de ses cousins, elle n'était pas chaude. Au contraire.

"- Evacuez ! Evacuez tout le monde !" Ordonna QingMing avant de s'effacer devant une bouffée d'air polaire qu'il ne put totalement éviter. Pas s'il voulait protéger les civils derrière lui.

Son bouclier tint le temps nécessaire mais l'un des gardes près de lui n'eut pas la même chance.

QingMing serra les mâchoires. Le pauvre homme était mort gelé sur place.

Derrière lui, les civils s'égaillaient dans les rues avoisinantes comme une volée de moineaux, les gardes sur leurs talons.

"- La Reine des Glaces j'imagine ?"

"- Hoooo, mais le petit prêtre sait qui je suis ?"

QingMing ne répondit rien. Lorsque la femme pâle se pendit au cou du cadavre congelé, il serra les dents. Si Snow Hound était un esprit de glace, cette démone en était la quintessence. Il comprenait pourquoi elle avait été enfermée. Sur son passage, même les moellons de pierre qui pavaient le sol gelaient et éclataient.

Le demi-renard recula encore. Le froid commençait à l'impacter durement, surtout avec sa cultivation aussi basse. S'il avait pu se reposer…. Mais il devait faire avec ce qu'il avait.

Les civils s'étaient éloignés mais la curiosité était ce qu'elle était. Ils étaient tous là, à distance raisonnable pour assister à ce qui allait se passer, sans réaliser qu'ils ajoutaient des bâtons dans les roues au prêtre. Il ne pouvait se battre librement avec eux. Il ne pouvait utiliser ses talents de renard non plus. Sauf peut-être en dernier recours.

QingMing secoua la tête. Il fallait qu'il se concentre malgré l'épuisement et la douleur.

"- Ce n'est pas toi qui as massacré tous ces gens."

"- Crois-tu ?"

Ils le savaient tous les deux. Pourquoi se ferait-elle passer pour le cerveau de l'affaire alors qu'elle n'était libre que depuis peu ? QingMing murmura doucement en portant ses doigts à sa bouche. Comme prévu, il vit le sceau sur le front de la démone. Un shishen. Elle était un shishen. Contrainte ou choisit, il n'en savait rien. Le résultat était le même.
C'était bien un prêtre du yin yang qui était derrière tout ça. Se faire passer pour un prêtre de JingYun n'avait été qu'une machination pour leur compliquer la tâche et faire chuter en prime le temple local. Rien de plus. Une petite manipulation mesquine sans envergure qui n'avait aucune importance. Sauf si on voulait se venger autant de JingYun que du Bureau. Mais pourquoi ? Dans quel but réel ?

Ce qui n'avait été jusque-là que des petits échauffements d'adversaires qui se jaugent dégénéra sans signe avant-coureur en un véritable combat à mort entre le chef de secte et la démone des glaces. Deux masses blanches indistinctes qui tentent de se massacrer l'une l'autre.

Deux puissances qui s'affrontent et se heurtent dans l'espoir de se débarrasser de l'autre

QingMing reprit ses appuis en boitant après un échange de coups particulièrement vicieux

La démone avait dû lui casser quelque chose. Il circula son qi trop bas pour étouffer la douleur avant que les coups ne pleuvent à nouveau entre la reine des glaces et le maître de la secte nord. Se jouait-elle de lui ou avait-il progressé malgré sa fatigue ? Il parvenait à lui tenir tête de justesse. Mais la vaincre ? Il aurait eu besoin d'aide. Il fallait que quelqu'un détourne son attention, au moins pour que les civils soient à l'abri et qu'il puisse faire appel à ses meilleures armes. Et ou était Bahaiu ?

"- QINGMING DAREN !"

Déjà épuisé par la situation, le demi-démon ne put que s'étonner bêtement de la présence soudainement près de lui.

"- Wil…Chan ?" Qu'est-ce qu'il faisait là ?

"- Je m'inquiétais pour vous. Les rumeurs ont gagné le nord. Je suis venu aussi vite que possible."

Mais aucun membre du Bureau…Mais il n'était plus un membre du Bureau. Il était libre de faire ce qu'il voulait. Et il était venu au secours du chef de la secte qui l'avait vu grandir.
QingMing lui dédia un sourire épuisé.

"- Merci.

La démone éclata de rire.

"- Un second prètrillon ? Ho, comme je m'amuse ! Cela faisait si longtemps ! Je vais me repaitre de votre chair."

Elle arracha la tête du pauvre garde gelé et la leur jeta à la figure.

Wil Chan repoussa le chef de secte avant qu'il ne se le prenne dans le torse.

QingMing ne pouvait pas appeler ses shishen.
Où était le chat démon ? Depuis des jours, il le suivait discrètement à la trace. Mais aujourd'hui ? S'il avait eu une seconde pour réfléchir, QingMing se serait posé des questions mais il n'en avait plus la force. Il pouvait toujours appeler Boya bien sûr, mais…

Il sera dans sa manche son talisman mais renonça pour la même raison qu'il n'invoquerait pas les autres.

Les deux prêtres et la démone reprirent leur balai mortel dans les rues de la capitale.

"- Elle a l'avantage de l'allonge. Si on ne se rapproche pas d'elle, on n'y arrivera jamais."

"- Si on pouvait éliminer celui qui la contrôle…"

"- QUOI ? ELLE A UN MAÎTRE ?" Wil Chan semblait horrifié. "Qui…"

"- Sans doute le responsable de tout ce gâchis."

Les deux hommes bondirent à l'abri pour échapper à une langue de glace supplémentaire qui congela une vache et tout un poulailler. Confusément, QingMing pensa à Liu Ye. Il serait très triste de savoir que des poules étaient mortes.

"- Il faut qu'on se rapproche." Mais se rapprocher, ça fonctionnait pendant qu'ils se battaient au corps à corps avec éventail pour QingMing et dague pour Wil Chang, mais ils devaient se défendre comme des beaux diables contre les griffes de glace de la démone. Et ces griffes pouvaient s'allonger démesurément en quelques seconde. Ne pas se faire empaler était….

Et si c'était la solution ?

"- Détourne son attention de ton mieux." Ordonna QingMing à Wil Chan.

Pendant que l'ancien prêtre du yin yang se battait de plus en plus frénétiquement contre la démone, QingMing faisait de son mieux pour la harceler au plus proche. Il fallait qu'il se rapproche assez pour la bannir. Il ne pourrait pas l'enfermer, ni briser son lien avec son maître qui qu'il soit. Avec un peu de chance, s'il la tuait ou la bannissait, la rupture forcée du lien de shishen affaiblirait assez le responsable pour qu'il se révèle.

"- QINGMING DAREN !"

Le demi-démon n'avait pas pu éviter les griffes de glace. Il était presque à bout de force.

"- Pourquoi toujours là." Cracha-t-il avec du sang. Les griffes se tordirent dans son flanc, juste à l'endroit où Fangyue l'avait déjà traversé de part en part. "Mais je te tiens." Sourit-il

La démone ouvrit de grands yeux lorsqu'elle réalisa que la poigne du demi-renard était en train de lui broyer le poignet et l'empêchait de retirer sa main de ses viscères.

QingMing arracha l'un des stylets dans ses cheveux et le lui planta dans l'œil.

Le hurlement de douleur de la démone aurait satisfait même Boya quand il ne voyait les démons que comme des monstres à abattre. Le second stylet retiré de son chignon rejoint son frère dans l'autre œil. Du plat de la main, il frappa de toutes ses forces déclinantes les manches des armes qui s'enfoncèrent dans le cerveau de la démone.
Elle s'effondra en l'entrainant avec lui sur le sol.

"- QINGMING !" Wil Chan se précipita.

Il était visiblement ébranlé et tenait difficilement sur ses jambes mais se porta à l'aide du chef de secte de son mieux. Du sang coulait de sa bouche sans qu'il ne s'en soucie, trop inquiet pour le demi-démon. Avec le manche de sa dague, il s'acharna sur les griffes de glace jusqu'à ce qu'elles cassent et l'éloigna de la démone agonisante. Les gardes se précipitèrent pour lui trancher la tête.

"- Comment va-t-il ?"

La tache de sang sur le flanc du demi-démon s'élargissait rapidement.

"- Pas bien. Il lui faut des soins. Je l'emmène à JingYun immédiatement." La panique dans la voix du prêtre défroquée était évidente.

Le garde hocha la tête.

"- Très bien. On va prévenir l'Empereur." Pour eux, la menace avait été éliminée.

Wil Chan chargea le chef de secte sur son épaule avec l'aide de deux gardes, ouvrit un portail et sauta dedans pour le refermer derrière lui.

Une fois à destination, il posa le demi-démon sur un lit étroit pour ouvrir ses robes et juger de l'étendue de ses plaies.

"- Ha QingMing…QingMing…QingMing…" Murmura-t-il doucement. "Tu n'en fera jamais qu'a ta tête, hein ? Tu n'es pas un combattant, mais il a fallu que tu ailles au contact quand même. Idiot bête."

Mais ce n'était pas un peu de couture qui lui faisait peur. Ce n'était que des plaies pénétrantes. Impressionnantes, mais pas fondamentalement grave.

QingMing tenta de se redresser.

"- Où…"

"- Vous êtes en sécurité. Je m'occupe de vos plaies. N'ayez crainte."

Epuisé, hébété par la perte de sang et deux semaines de tortures physique et psychologique, le demi-renard s'effondra dans l'inconscience. Il aurait voulu que son Boya soit avec lui. S'il avait été là, le combat n'aurait pas été aussi catastrophique. Il aurait négocié la démone en quelques secondes il en était sûr.

L'ancien prêtre se mit immédiatement au travail pour soigner ses plaies. Il n'allait pas le laisser mourir comme ça quand meme. C'eut été ridicule.

Il lui fallut prêts de trois heures pour panser chaque plaie à sa satisfaction. Le temps de mettre à cuire un repas et du thé pour que le fashi se requinque à son réveil et l'homme refermait une paire de minces menottes en métal sur les poignets du demi-démon et un collier épais identique autour de son cou.

"- Voila…Tu seras bientôt totalement à moi, QingMing… J'aurais attendu assez longtemps, mais maintenant, même Zhong Xing ne peut plus d'arracher à moi."

Il effleura ses lèvres des siennes et le laissa se reposer.

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Ils avaient dû l'attacher.

Ren LingXin n'était pas totalement étonné. Yan Shu, Wen Shi et Lun Yao non plus.

Ça leur faisait mal au cœur d'avoir été forcés d'attacher leur chef de secte dans une des geôles de la secte mais ils n'avaient pas eu le choix.

Lorsque Xun Chen avait fait son rapport et rapporté les sévices subits par le yin yang shi, Boya avait failli descendre de la montagne toutes ailes dehors pour cramer la ville. Zhuque était d'accord avec son vaisseau. Ils se tuaient à la tâche pour protéger cette foutue ville et s'était comme ça qu'ils remerciaient leurs protecteurs ?

Le dieu gardien était fou de rage.

Ils avaient dû s'y mettre à quatre pour le retenir jusqu'à ce que quelqu'un arrive à mettre des aiguilles dans le cou de Boya et qu'il s'effondre entre leurs bras. Ils avaient laissé les aiguilles jusqu'à le sécuriser dans une cellule qui limitait sa cultivation au maximum sans le blesser.

Depuis, ils s'approchaient de la cellule le moins possible. Entendre les hurlements de rage de leur chef de secte était éprouvant, même pour l'ancien Shifu de la secte.

"- Boya, si tu ne te calmes pas, nous ne pouvons pas te laisser sortir." Essaya pour une énième fois son ancien maître avant de passer un plateau de nourriture par la petite trappe en bas de la porte qui trembla dans ses gonds lorsque Boya se jeta sur le battant de toutes ses forces.

"- Laissez-moi sortir ! Il a besoin de moi !"

"- Boya. Si on te laisse sortir, ce sont nos deux sectes que tu mets en danger.

"- JE M'EN FICHE !"

"- BOYA ! C'est ta faute si on en est là " Aboya encore l'ancien chef de secte. "Tu croyais quoi ? que personne n'allait savoir que tu pars toutes les nuits ou presque pour aller casser du démon autour de la Capitale ?"

Le silence dans la cellule se fit poignant quelques secondes jusqu'à ce qu'un hurlement de rage explose. Le battant trembla encore sous ses coups du fashi jusqu'à ce que Ren LingXin s'écarte et que Boya reprenne sa marche ininterrompue dans la cellule. Si quelqu'un l'avait regardé à ce moment-là, ils auraient vu le chef de secte les yeux rouges et brillant dans la pénombre, ses ailes et sa queue enflammée, ses serres aigues qui abimaient lentement le sol au point de commencer à tracer un profond chemin dans la pierre au gré de ses allées et venues régulières.

Si la cellule de l'avait pas privé d'autant de son qi, il aurait déjà retrouvé sa forme entière de phénix pour aller sauver son compagnon lui-même.

Sa secte se rendait-elle compte que lorsqu'il sortirait, il allait les traiter comme des ennemis ou pas loin tant qu'il n'aurait pas retrouvé son compagnon en bonne santé ?

Il se jeta encore sur la porte. Ni ses flammes ni ses serres ne parvenaient à la forcer. Ils étaient trop profondément enfoncés dans le sol pour qu'il puisse détruire le mur et s'enfuir.

Il devait attendre.
Attendre pendant qu'on maltraitait son compagnon
Attendre pendant que des humains, encore, le torturaient sans raison.
Attendre pendant qu'une fois de plus, des imbéciles utilisaient les origines de son Partenaire comme base de leur suspicion.

Si les jours étaient difficiles, les nuits étaient les pires.

Dans le lien mental que QingMing partageait avec ses shishen, ils le sentaient tous à la nuit tombée rétracter le lien et les protéger de ce qui se passait à l'Observatoire Céleste dans la relative discrétion que le Palais donnait à ses interrogateurs.

Au matin, quand le lien se rouvrait d'un coup comme un apnéiste atteint enfin la surface et reprendre une explosive gorgée d'air, ils souffraient tous avec lui de ce qu'ils lui avaient fait subir. Ils savaient pour les fractures. Ils savaient pour les coups. Ils se doutaient pour les insultes.

Et ni Boya, ni un seul de ses frères shishen ne pouvait faire quoi que ce soit.

L'attente était le pire.

L'attente était ce qui allait les rendre fous.

Deux sectes dépendaient de la capacité à un demi-démon traumatisé par une enfance de tortures entre les mains d'humains sans pitié à endurer d'autres tortures jusqu'à ce que le coupable des massacres soit trouvé. Ou qu'une preuve suffisante puisse permettre à l'Empereur de lever toute suspicion sur eux tous et leur permettre, enfin, de retourner à leur travail et enfin éliminer la cause de tous leurs malheurs.

Un grondement échappa à Boya lorsqu'une violente douleur lui transperça le flanc. Immédiatement, il se jeta sur la porte de toutes ses forces.

QingMing.
C'était QingMing qui avait été blessé.

Et pour qu'il ressente sa douleur si forte dans leur lien, c'était que son Partenaire était trop épuisé pour le protéger.

"- LAISSEZ MOI SORTIR !"

Les yeux fous, il se jeta plus fort encore sur le battant.
De l'autre côté, des séniors hésitaient. Ils n'en pouvaient plus de la situation. Ils n'en pouvaient plus de savoir leur chef de secte enfermé. Comme les autres, ils entendaient les rumeurs des rapports que Xun Chen faisait aux anciens et aux maîtres. Ils savaient que la Capitale s'était retournée contre eux en quelques semaines sans preuves et sans raison à part la peur.

Ils étaient…Amers.

Entendre les hurlements de leur chef de secte qui suppliait pour qu'on le laisse rejoindre son compagnon ? Ils étaient nombreux à avoir envie de les laisser, Zhuque et lui, gérer la situation.

Puis soudain, Boya se tut.

Pendant de longues minutes, il ne se passa plus rien.

Les disciples se regardèrent entre eux. Ils étaient tous descendus là pour la même chose mais n'avaient pas osés. Mais maintenant ?

Kung Liao prit les devant. Cheng Su l'aida immédiatement. Ils ouvrirent la porte barrée de barres de fer couvertes de sigil qui annulaient la cultivation du prisonnier.

"- Boya Daren ?"

Les deux hommes entrèrent sur la défensive. Si leur chef de secte tendait de leur tomber dessus pour s'enfuir, ils ne pourraient pas faire grand-chose pour le retenir. Si tant est qu'ils en aient envie, bien sûr.

"- Boya Daren ?"

Un gémissement de souffrance infinie leur répondit.

"- ALLEZ CHERCHER DE L'AIDE !" Hurla Kung Liao aux séniors restés à l'extérieur.

Recroquevillé sur le sol, la bouche ouverte en un hurlement sans fin sans que rien ne sorte à part un gémissement de douleur profonde, Boya n'entendait ni ne voyait plus rien.

Le poing serré au niveau du cœur, il ne ressentait plus rien que l'atrocité de la perte.

Il avait déjà ressenti quelque chose de similaire, mais l'intensité n'avait rien à voir.

Là où il y avait eu de la chaleur, il n'y avait plus qu'un vide abyssal.

Là où il y avait eu de la douceur, il n'y avait plus qu'un néant sans fin.

Là où il y avait eu QingMing, il n'y avait plus que le froid silencieux de la mort.

Boya n'entendit pas revenir ses maîtres. Il ne sentit pas des mains le soulever et le porter à l'infirmerie. Il ne sentit pas les flammes de Zhuque engloutir soudain tous les couloirs de la secte pendant une seconde avant de se résorber.

Il n'entendit pas les pleurs de douleur de ceux qui n'avaient pas pu se protéger et avaient subi la brûlure des flammes noires qui avaient englouties la montagne.

Il ne sentit pas qu'on le soulevait à nouveau pour le porter jusqu'à l'infirmerie ni qu'on poussait un verre entre ses lèvres. Il avala sans même le remarquer le somnifère puissant qu'on lui mit dans la bouche.

Puis même la douleur qui oblitérait tous ses sens s'endormit

Il ferma des yeux qui ne voyait déjà plus.

Avec un peu de chance, il ne se réveillerait jamais.