TW : attouchements, mention de pédophilie (rien de graphique)
Le détective Dee et son collègue étaient rentrés de JingYun bien après tout le monde. Certains appelaient à utiliser leur enlèvement comme excuse pour marcher sur JingYun et se débarrasser enfin de ce temple qui coutait si cher et ne servait pas à grand-chose. Tous ces temples coutaient bien trop cher d'ailleurs. Ils mettaient leur nez où il ne fallait pas et déterrait ce qui n'aurait jamais dû sortir. En plus, les cultivateurs s'étaient toujours crus au-dessus des autres à vivre des siècles et à faire des choses que les vrais gens étaient incapable de faire. C'étaient eux les vrais monstres.
Parmi les voix les plus agressives, l'Empereur savait qu'il y avait des membres du réseau de vente d'enfant démantelé par Boya Daren mais qu'ils n'avaient pu incriminer. Sans les temples, effectivement, des horreurs comme celle-là ne sortiraient jamais à la surface.
L'Empereur avait refusé sèchement d'envoyer des hommes en arme contre JingYun. En revanche, ce qu'il avait envoyé, c'était un noble rencontrer les rochers en bas des murs de la capitale après qu'il ait carrément et devant toute la cours accusé l'Empereur de préférer sauvegarder ses deux gitons que de s'occuper de la protection de l'Empire. L'ancien militaire voulait bien être gentil, mais ça, c'était un aller simple pour l'autre monde. Les cris de la cour avaient nettement diminué en décibel mais pas les demandes elles-mêmes.
Il y avait des trésors à JingYun ils en étaient sur. Des richesses, de l'or, des secrets... C'était l'excuse idéale pour les récupérer...
Mais à demande identique, réponse identique.
L'Empereur ne le montrait pas mais il était frénétique. Il savait que Zhuque n'allait pas tarder. Il savait que le dieu-gardien allait venir demander des comptes.
Et il savait qu'il n'avait aucune défense à lui opposer.
L'arrivée du détective et de son collègue fut un soulagement.
"- Détective, Inspecteur." Les deux hommes se prosternèrent immédiatement. Ils étaient visiblement fatigués et à cran. "Que pouvez-vous me dire ?"
"- JingYun est sur le pied de guerre, Majesté. Si quelqu'un tente de les attaquer, ce sera un massacre. Mais pas de leur côté. Ils sont déterminés."
"- Un siège ?" tenta un des ministres, les yeux brillants d'avidité
Zhenjin renifla avec hauteur.
"- Un siège ? pour quoi ? Contre quoi ? Ils n'ont rien fait de mal. Et ils pourraient tenir une vie entière reclus dans leur montagne s'il le fallait. Sans compter qu'ils ont Zhuque avec eux."
Plusieurs nobles de haut rang s'agacèrent. Il fallait arrêter avec cette rumeur idiote à un moment. Tout ça parce qu'un imbécile ou deux avaient vu un corbeau plus gros que les autres on criait au retour du phénix ? Ben voyons.
L'Empereur haussa un sourcil.
"- J'ai vu Zhuque de mes yeux. Suis-je aussi un imbécile ?"
"- Majesté..." s'excusèrent immédiatement les nobles.
"- J'ai une plume de sa queue dans mon bureau. Suis-je un imbécile ?"
"- Majesté, nous savons tous à quel point les cultivateurs peuvent troubler facilement les perceptions des simples humains. Non que sa majesté soit un simple humain mais…"
"- Taisez-vous ! Tous !" Aboya l'Empereur. "Dee, Zhenjin. Quelque chose pour moi ?"
"- QingMing Daren n'est pas à JingYun. Boya Daren ne sait pas où il est. Même ses shishen ne savent pas où il est."
"- Ce qui signifie ?"
"- Qu'il est probable que l'homme qui l'a enlevé est le responsable des meurtres et que la démone qui a attaqué était complice de cet homme. Et que toute cette histoire, depuis le début de cette lamentable affaire, n'ai eu comme but que de tuer Boya Daren et enlever QingMing Daren. Dans quel but, nous n'en savons rien encore." Mais si Dee devait faire une proposition éclairée, il dirait la jalousie avant tout. Sans doute pas uniquement, mais déjà pour une bonne partie.
Avant que l'Empereur puisse répondre, un rapace se mit à réclamer au-dessus du palais. Ce n'était pas grand-chose un rapace. Sauf lorsque son cri était assez fort pour faire trembler les tasses de thé sur les tables.
Le souverain avala sa salive. Une masse sombre se posa sur la terrasse qui s'ouvrait sur la salle de réception. Les portes en bois disparurent en cendre et Zhuque entra au milieu de la cour, la tête haute, l'œil agressif et sa queue largement étalée derrière lui
Les humains se jetèrent à genoux devant la bête mystique.
Zhuque.
C'était bel et bien le phénix.
Le Dieu-Gardien incarné était dans le Palais et il venait exiger des comptes.
L'Empereur s'était levé.
Il avait bien conscience que ce n'était pas Boya devant lui mais Zhuque avant tout. Il se prosterna comme les autres.
"- Cet humble souverain salue le dieu-gardien Zhuque." Un peu de politesse ne pouvait pas faire de mal.
Zhuque se mit à caqueter brutalement avant de se figer, tourner la tête et soulever son aile. Il trilla doucement, décolla ce qui se cachait sous son aile pour le pousser en avant et roucoula encore.
Le petit démon avala sa salive. Il s'inclina maladroitement devant l'Empereur.
"- Heu... Zhuque m'a demandé de traduire ses paroles pour vous. Il ne contrôle pas encore bien ses cordes vocales pour parler la langue des humains et comme vous n'êtes pas cultivateur, vous ne pouvez pas l'entendre directement dans votre tête."
Zhuque poussa encore gentiment Liu Ye en avant avec son bec. Le pauvre gamin était impressionné d'être là. Les lieux lui semblaient familier pourtant. Mais il avait tellement entendu des prêtres de JingYun décrire la capitale.
Ou son maître.
Ou Boya Daren...
Pourtant, il avait l'impression d'y avoir passé des années, peut-être des siècles. C'était bizarre.
L'Empereur était toujours rigide mais l'apparition de la petite créature maladroite était... rassurante ? Non, sans doute pas. C'était un démon, il en était sûr. Un shishen de QingMing Daren ? Sans doute.
"- Et comment s'appelle celui qui parle pour Zhuque ?"
Liu Ye leva les yeux sur Zhuque qui l'encouragea encore d'un petit trille.
"- Celui-ci s'appelle… Liu Ye... Majesté." Il était évident que Zhuque lui disait ce qu'il fallait qu'il réponde. "Zhuque vous informe qu'il est extrêmement mécontent de vous et de l'Empire en général." Ce qui avait commencé à faire sourire certains se transforma immédiatement en suée. "Vous avez agressé son vaisseau, blessé le partenaire de son vaisseau, montré une résistance rare à prendre les bonnes décisions et abandonné vos plus farouches soutiens à une vindicte populaire aussi stupide que ridicule et à des luttes politiques intestines qui n'ont pas la place à la tête de l'Empire." Liu Ye repris son souffle. Parler autant dans son état l'épuisait autant que de rester debout. Il ne quittait pas des yeux Zhuque pendant qu'il traduisait les caquètements de l'oiseau géant qui s'énervait à mesure qu'il assenait son jugement et s'appuyait de plus en plus sur lui à mesure que ses forces s'amenuisaient. "Zhuque retire son soutien à l'Empire jusqu'à ce qu'il estime que l'Empire ait fait assez amende honorable. Et il va convaincre ses frères de l'imiter."
La cour était livide.
Ce qui avait commencé comme de la simple politique de cour avec des magouilles en sous-main mettait non seulement l'Empire mais tous ses habitants, eux compris (surtout eux, les gens, ils s'en tapaient) en danger.
Zhuque se détourna du souverain pour s'adresser directement aux nobles. Les flammes de sa queue étaient lentement remontées le long de son dos jusqu'à enflammer ses ailes et la grande aigrette au-dessus de sa tête. Avec les flammes, on aurait presque pu y voir une couronne de flammes.
"- Et vous... B…Zhuque Daren ! Je peux pas dire ça !"
Le phénix poussa gentiment le petit démon du bout du bec. L'affection du phénix pour la petite créature était évidente.
Liu Ye avala sa salive et reprit.
"- Et vous, bande de…" Liu Ye avala sa salive en rougissant. "larves vagissantes qui ne trouvent leur plaisir que dans la fange que vous créez vous-même, soyez certains que même lorsque l'Empire aura obtenu mon pardon, ce ne sera pas votre cas. Pour retrouver ma faveur, il faudra la mériter. Et ce ne sont pas quelques bâtons d'encens, quelques fleurs ou kilos de saucisses... Vous êtes sûr pour les saucisses ?...Ha pardon... Kilos de venaison qui vous gagnerons ma faveur à nouveau. Repentez-vous ou disparaissez dans les flammes." La température dans la pièce grimpa jusqu'à l'intolérable quelques secondes avant que les flammes ne disparaissent. Une partie des tentures en soie s'étaient enflammées sans que quiconque ne tente pour l'instant de les éteindre.
La Cour était livide.
L'Empereur était blême.
C'était la première fois depuis des temps immémoriaux qu'un des Dieux-Gardiens de l'Empire était incarné et il venait, non plus saluer les élites mais pour les trainer dans la boue.
S'ils avaient pu, certains auraient surement attaqué le gigantesque animal mais même les plus obtus des imbéciles savaient reconnaitre une cause de décès instantané s'ils faisaient la bêtise de s'attaquer à Zhuque.
Satisfait, le grand rapace releva la queue, caqueta après le petit démon qui l'avait accompagné et sorti. Liu Yue le laissa refermer ses énormes serres sur sa taille, s'accrocha à sa patte et le phénix s'envola à nouveau pour aller voir ses trois frères encore endormit.
"- Je n'aurais jamais dû dire ça !" Boya était horrifié. "Je n'aurais jamais du insulter les nobles comme ça !"
"- Meuh si. Un peu d'humilité, ça fait du bien à l'âme. Tes arguments étaient parfaits. Je n'aurais jamais su quoi leur dire exactement. Je les aurais juste fait crâmer mais on pourrait malheureusement avoir besoin d'eux. Et notre compagnon nous en aurait sans doute voulu. J'imagine." Rassurait Zhuque pendant qu'ils volaient négligemment sans quasi battre des ailes au-dessus de la capitale. Il était quand même dubitatif sur l'aide potentiel que pourraient éventuellement apporter ce troupeau de coprophages.
"- Non, toi, tu ne les aurais pas juste cramés. Tu les aurais mangés et nous aurions risqué l'intoxication alimentaire." Soupira Boya.
Ca aurait réglé pas mal de problèmes mais ça en aurait créé beaucoup d'autres. Pour l'instant, Boya avait besoin d'alliés pour retrouver son compagnon. Pour le reste, ils auraient tous pu crever pour ce qu'il avait à en faire. Rare étaient ceux qu'il tolérait, plus rare encore ceux qu'il appréciait.
Sous eux, la population les montrait du doigt et s'excitaient comme des fous. C'était Zhuque ! C'était l'un de leur dieu gardien et il venait honorer la capitale de sa présence !
L'oiseau géant tourna un peu sur l'aile vers la statue de Baihu. Le tigre blanc et lui avaient toujours été les meilleurs amis entre eux quatre même s'ils se bouffaient pas mal le nez. Chacun se targuait d'être le meilleur chasseur des deux. QingLong était le papi ronchon et XuanWu le calme d'apparence avec un dédoublement de la personnalité qui le faisait passer de douce petite chose tranquille à psychopathe destructeur en un éternument. Il était marrant.
Le phénix se posa tranquillement, comme s'il n'était pas encore intérieurement rongé par l'angoisse de l'absence de leur Partenaire.
Liu Ye sauta sur le sol dès que Zhuque ouvrit ses serres.
Pendant que Boya continuait à battre sa coulpe d'avoir insulté dans les grandes largeurs l'Empire, l'Empereur, les Elites et à peu près tout ce qui avait du pouvoir en faisant croire que c'était Zhuque qui parlait (et c'était plus le mensonge qu'autre chose qui le gênait finalement, il aurait voulu pouvoir le leur dire en face, voir leur rentrer leurs actions dans la gorge à la main ou avec des flèches dans le cul), le dieu-gardien s'approcha de la statue du tigre et lui colla une baffe de l'aile.
"- Allez, réveille-toi, espèce de gros chat faignant au cul de jument !"
Liu Ye s'était assis dans l'herbe haute pour se reposer. Personne ne venait ici pour entretenir la statue, ce n'était pas possible ! il se laissa tomber sur le dos et s'amusa à regarder les nuages au-dessus de lui. La lune était visible bien qu'il fasse jour. Il tendit la main au-dessus de lui comme pour l'attraper. Elle semblait si petite d'où il était. Si petite et si solitaire. Si froide… Comme lui avant que QingMing Daren ne le trouve. Bien sûr, il avait Sardine. Mais maintenant qu'il passait du temps au temple de l'Est, qu'il avait des amis, qu'il apprenait à lire et à écrire, qu'on l'entrainait en douceur au maniement des armes et que son maître et son mari étaient toujours là pour l'encourager et le consoler, il reconnaissait que Sardine n'était pas "assez". Il devenait avide d'apprendre et de découvrir. Il devenait affamé de contact et d'affection comme s'il en avait été privé pendant toutes ses vies antérieures peut-être ? Il aimait qu'on soit fier de lui. Il aimait qu'on l'aime. Et il aimait avoir des gens près de lui. La solitude… Non, il ne voulait plus jamais la connaitre.
Il roula sur le ventre et posa son menton dans ses mains, les genoux relevés derrière lui.
Zhuque était lancé dans un concours d'insultes violentes avec Baihu avec une délectation visible qui aurait fait rougir le jeune démon autant que pouffer s'il n'avait pas été aussi épuisé.
Et s'ils étaient seuls au pied de la statue de tigre, de plus en plus de gens se rassemblaient à l'entrée de ce qui avait été en petit sanctuaire des siècles auparavant, avant que les quatre gardiens de la capitale tombent plus ou moins dans l'oubli sauf quand on avait besoin d'eux contre le Serpent.
"- Zhuque Daren, Boya Daren. Y a de plus en plus de gens."
Le phénix tourna la tête pour juger de la présence des humains. Il pencha la tête sur le côté pour les toiser, hautain.
"- Les même qui t'auraient cloué au pilori juste parce que la vindicte populaire les aurait excités à le faire." Remarqua Zhuque à Boya qui soupira silencieusement dans leur esprit conjoint.
"- Probablement."
"- Dites, si je vous ennuie…" Railla Baihu.
"- Toi !" S'agaça Zhuque en même temps qu'il se moquait. "Le Partenaire de mon vaisseau a un shishen qu'il a appelé Bahaiu pour te rendre hommage. Tu as vu ça ? un hommage pour un chat mal élevé à gros cul."
S'il avait pu, le Tigre Blanc aurait volé dans les plumes de l'Oiseau Vermillon. Mais Zhuque avait un corps maintenant. Un vaisseau qui avait risqué sa vie et son âme pour le réveiller. Le tigre reconnaissait que l'humain avait mérité la faveur de son frère à plumes. Et puis…Pouvoir goûter le monde à nouveau… Comment résister ? Il était jaloux. Affreusement jaloux.
"- Et pourtant, tu viens demander son aide au chat à gros cul ?"
Zhuque gratta de sol de ses puissantes griffes pour se faire un petit trou dans la poussière et s'y installa confortablement. Il écarta une aile pour que Liu Ye vienne s'installer au chaud dessous puis fit un rapide résumé à son ami millénaire. Lorsqu'il eut fini, Baihu était furieux. Déjà qu'il en avait plein les coussinets de ne voir la couleur du ciel que lorsque des deux pattes avaient besoin qu'il les protège d'eux-mêmes mais EN PLUS ils maltraitaient un des leur et son compagnon en prime ? et leurs meutes ? Mais c'était une déclaration de guerre ça !
"- Tu peux compter sur moi. Hors de question que je soutienne plus longtemps ces gens." Zhuque frotta son bec contre le museau de pierre de son frère martial. "Et si un de ces fous de prêtres se sent d'humeur généreuse, je serai ravi d'échanger une vie pour une vie moi aussi." Rêva éveillée l'âme millénaire coincée dans la pierre comme Zhuque avant lui.
"- Je passerai le message." Et peut-être même que Zhuque avait une idée de quelqu'un qui s'entendrait très bien avec Baihu.
"- Long Ye ?" Souffla Boya qui effleura pour la première fois de l'échange la conscience de son Dieu-Gardien. Il n'avait pas voulu le déranger pendant sa discussion avec son ami félin
"- Toi aussi hein ?"
"- Ils iraient très bien ensembles : Cruels, fourbes, avec un humour aussi grinçant que tordu mais profondément déterminés."
"- Lui en parleras-tu ?"
Boya hocha mentalement la tête. Maintenant qu'il était avec Zhuque, il ne voudrait le perdre pour rien au monde. Tout n'était pas encore parfait dans leur symbiose, mais les avantages dépassaient de loin les inconvénients.
Il laissa Zhuque saluer son vieil ami puis le phénix quitta tranquillement les restes du temple oublié par le temps et les hommes pour se perdre dans la marée humaine qui se prosterna immédiatement devant lui.
"- Dois-tu vraiment leur faire perdre ta faveur ?" Murmura doucement Boya, inquiet. C'était une magnifique menace mais…
C'étaient ces gens-là qu'il protégeait depuis qu'il était en âge de partir en chasse. C'étaient ces gens-là qu'il avait juré de défendre. Et s'il ne tuait plus autant de démons, il n'avait toujours aucun complexe à annihiler ceux qui leur portaient atteinte. Les nobles étaient de la pourriture. Mais ces gens étaient sa raison d'être.
"- Ils peuvent le croire en tout cas. Avec un peu de chance, cette fois, c'est nous qui pourrons utiliser la vindicte populaire." Zhuque souleva son aile.
Liu Ye sauta par terre et manqua s'écrouler.
"- Je peux faire quelque chose pour vous, Zhuque Daren ?"
Le grand phénix se mit à caqueter et cacarder gentiment.
"- Tu peux traduire nos paroles, s'il te plait ?"
"- Bien sûr ! Je suis là pour ça !" Meme s'il avait juste envie de se rouler en boule sur le sol et de dormir jusqu'au retour de son maître.
Les gens étaient fascinés. Comment ce jeune homme pouvait-il comprendre le dieu-gardien ?
"- Zhuque veut que je vous traduise ses paroles." Prévint le petit shishen avant de bailler.
Il ressentait durement l'absence de QingMing. Mais heureusement, grâce à son entrainement au temple, il était plus fort qu'avant, un peu. Il était épuisé dès le lever du jour bien sûr, mais il pouvait tenir debout presque toute la journée en forçant. Il en payerait le prix le lendemain, mais il pouvait tenir. Il le devait. Comme Boya Daren.
Les gens s'étaient fait silencieux. Leur dieu gardien avait quelque chose à leur dire ?
"- Zhuque est très mécontent de l'Empire et de ses habitants. Il est déçu de votre mémoire défaillante et de votre manque de respect envers ceux qui vous protègent depuis des siècles." Liu Ye resta silencieux pendant que Boya et Zhuque se mettaient d'accord sur leurs prochaines paroles. "Vous avez abandonnés vos dieux-gardiens, vous avez abandonnés les temples qui vous protègent et vous exigez leur aide alors que vous les traitez plus bas que terre. Vous ne valez pas mieux que les nobles imbéciles qui rampent sur le sol du palais comme des vers sur un cadavre." Le pauvre shishen avait rougit. C'était brutal quand même. "Si vous souhaitez conserver la faveur de ceux qui vous protègent, rappelez-vous qu'ils sont vos protecteurs. Pas vos serviteurs. Ils vous protègent parce qu'ils le veulent. Pas parce qu'ils le doivent."
Les gens étaient silencieux, partagés entre la honte, l'horreur et la peur. Allait-il leur arriver quelque chose ? Allaient-ils perdre la protection que la capitale et ses quatre gardiens leur offrait depuis toujours ? Et s'ils perdaient leur protection, qu'est-ce qui allait leur arriver ?
Liu Ye se réinstalla sur la serre de Zhuque sans la moindre peur. Le phénix balaya les herbes folles autour de Baihu avec sa queue. Elles s'enflammèrent immédiatement pour dégager un peu la statue.
"- Il faut commencer par rendre sa beauté au temple et recommencer à honorer nos gardiens." Décréta une petite vieille en tapant le sol de sa canne. "Zhuque a raison ! Nous sommes des hypocrites, des ignorants et des égoïstes. Qu'avons-nous fait pour qu'ils nous rendent leurs bienfaits, hein ?"
"- Il parait que Zhuque a été incarné grâce au sacrifice du chef de JingYun."
"- Mais il est en pleine forme !"
"- Mais est-ce encore lui dans ce corps ? Ou Zhuque ?"
Telle était la nature humaine qu'elle ne pouvait se satisfaire d'une vérité simple sans la noyer de délires improbables.
Zhuque s'envola sous les insultes de Baihu qui était pourtant ravi d'avoir autant de monde autour de lui pour nettoyer sa statue, lui faire des offrandes et rendre un peu de dignité au terrain vague qu'était devenu ce qui autrefois avait été un temple confortable avec quelques prêtres pour le servir.
"- Qui est le suivant ?"
"- Xuanwu."
Zhuque vola jusqu'au bassin où reposait la statue.
Ils ne s'étaient pas encore posés que Boya et lui entendaient déjà la tortue et le serpent s'insulter l'un l'autre. Comment les deux entités avaient pu devenir une seule créature ? C'était une question que Boya ne poserait pas même si elle le démangeait.
Liu Ye frémit en voyant la statue. A peine Zhuque posé, il enfouit son visage dans les plumes de son jabot et refusa de regarder la statue. Il était terrifié par le serpent.
"- Il va bien le petit démon ?" Finit par s'inquiéter le serpent auprès de Boya pendant que Zhuque et la tortue discutaient.
Boya sursauta. Il ne s'attendait pas à une telle indépendance entre les deux créatures.
"- Il est terrifié par les serpents."
"- Voilà qui est étrange."
"- Etrange ?"
"- Je sens de l'écaille en lui."
De l'écaille ?
Boya ne pouvait pas faire grand-chose alors il déplaça son aile pour cacher le petit démon à la vue du serpent. Ou inversement. Immédiatement, il le sentit se détendre.
"- Alors notre frère a retrouvé une vie." Le serpent comme la tortue étaient jaloux.
Mais comme Baihu, ils reconnaissaient la valeur du sacrifice, le prix payé et la récompense obtenue. Ha si quelqu'un voulait d'eux comme Boya avait ouvert les bras à Zhuque…
Mais cette fois, Boya avait beau réfléchir, il ne voyait personne qui pourrait accueillir le dieu-gardien. Il promit quand même de garder l'œil ouvert. On ne savait jamais.
Comme pour le Tigre Blanc, les habitants du quartier avaient cédé à leur curiosité pour venir voir le phénix. Comme ceux du quartier ouest, ceux du quartier Nord se firent gronder sèchement.
Et comme pour le quartier ouest, Zhuque reparti en laissant dans son sillage de simples gens déterminés à au mieux ne pas perdre la faveur de leur dieu-gardien, au pire, la retrouver.
Le dernier fut le Dragon Azur. Boya avait encore en mémoire ce que QingMing avait dit de lui. Un gardien ronchon et grognon qui se prenait beaucoup trop au sérieux.
Zhuque éclata de rire au point de faillir manquer son atterrissage et se planter le bec dans les dalles de pierre.
Des quatre dieu-gardien, la localisation de QingLong était la pire. Avec le développement de la ville, sa statue était située en contrebas d'une ancienne porte de la cité scellée et au milieu de ce qui était maintenant un débord qui préservait la ville en cas d'inondation venant aussi bien des terres que de la mer. Un égout.
QingMing avait raison pour la mauvaise humeur de QingLong mais le Dragon Azur avait de bonnes raisons d'être ronchon. Il vivait au milieu des égouts maintenant !
"- Il faudrait le déplacer de là." Murmura Liu Ye, absolument désolé.
Et contrairement aux trois autres dieux-Gardiens qui étaient somme toutes dans des zones de passage humain plus ou moins relatif, PERSONNE ne venait ici ! PERSONNE ne venait donner quelque offrande à QingLong parce que personne ou presque ne se souvenait qu'il était là. Il n'y avait pas de quartier et d'habitants pour se souvenir qu'il était là. A part peut-être les plus miséreux de tous les miséreux qui récupéraient dans la fange des égouts une maigre subsistance. Et encore. Cette population n'était, pour la plus part, même pas humaine.
Boya resta saisit.
"- Zhuque… est-ce que les seuls qui se rappellent la présence de QingLong ou presque son des démons ?"
"- A peu de choses prêts, oui."
Raison de plus pour qu'il lui ait fallu une cargaison d'énergie yin pour le réveiller là ou un seau avait suffi pour les autres ! On lui balançait à la figure depuis des siècles les cadavres des rares créatures qui pouvaient encore l'honorer pour le réveiller.
Si on avait balancé à la figure de Boya les cadavres de ses shidi pour le réveiller, il n'aurait pas été d'une humeur particulièrement joyeuse non plus !
"- Je te laisse discuter avec lui." Soupira Boya.
Il réfléchissait déjà à comment faire pour obtenir le déplacement de la statue, au moins pour la remonter de quelques mètres pour qu'elle n'est plus les pieds dans l'eau. Avec des escaliers peut-être pour qu'il puisse toujours être honoré ?
Perdu dans ses pensées, Boya ne réalisa pas tout de suite que Liu Ye avait quitté ses plumes pour aller se pendre au cou de la statue de dragon et finir par s'installer sur son dos, passer ses bras autour de son cou et cajoler la pierre comme si c'était un doudou.
"- Soit pas ronchon, Yeye ! Je vais dire à mes copains de classe de venir te voir. Je suis sûr qu'on va bien s'amuser."
Zhuque s'était tu et laissait le petit shishen négocier avec le dragon écœuré jusqu'à ce qu'il accepte (sans réelle difficulté d'ailleurs) de cesser d'honorer ses humains. De toute façon, il y avait bien longtemps qu'il ne faisait plus rien pour le quartier Est. Le dragon était sensément le Dieu-Gardien de JingYun mais il y avait bien longtemps aussi que le temple n'avait plus sa faveur. Mais comme le temple l'avait également oublié, c'était un échange de mauvais procédé. Maintenant que Boya avait réalisé la relation entre le dieu-gardien et les démons autour de lui, il n'était pas étonné du tout.
Comme pour Baihu et Xuanwu, ils promirent de garder l'œil et l'oreille ouverts au cas où ils trouveraient un hôte pour le dieu gardien. Quoique, ce serait plus difficile. Le dragon voulait un démon. Pas un humain. Et un démon affilié à JingYun serait encore mieux. Cherchez l'erreur ! Boya n'osa pas faire remarquer que le seul qui pouvait vaguement entrer dans cette catégorie pour tellement de raisons que le fashi en avait déjà mal à la tête était Liu Ye lui-même.
Zhuque reprit Liu Ye contre lui lorsqu'il eut fini de faire des mamours à la statue. Le phénix battit des ailes lourdement pour décoller, reprit de la hauteur jusqu'à surplomber la Capitale puis chercher une thermique pour prendre paresseusement encore de l'altitude pour rentrer à JingYun en planant comme le gros faignant qu'il savait être. Le Dieu-Gardien sentait le trouble de son avatar autant que le plaisir de son passager à la balade. Si prendre son temps pouvait donner un coup de pouce aux deux, ce n'était vraiment pas cher payé.
Ils volèrent un petit quart d'heure avant de se poser sur la terrasse des appartements de Boya.
Il leur fallut encore une bonne demi-heure avant que le fashi puisse reprendre sa forme humaine. Et comme à chaque fois, il était torse-nu. Avec le temps et l'expérience, il y parviendrait de plus en plus vite, jusqu'à ce que ce soit instantané et instinctif comme pour QingMing. L'humain et le Dieu étaient indissociables depuis déjà de longs mois, mais il restait encore un peu de travail pour qu'ils soient correctement intégrés l'un à l'autre.
A peine était-il redevenu lui-même que la boule que Boya avait dans la gorge lui tomba sur l'estomac suffisamment fort pour qu'il doive se précipiter au-dessus du parapet de la terrasse pour vomir. Comme à chaque fois, Zhuque l'avait protégé du pire de ses émotions mais maintenant qu'il était redevenu lui-même… L'absence de QingMing n'en était que plus douloureuse à supporter. Où était son compagnon ? Dans quel état ? Était-il conscient ? Pensait-il qu'ils l'avaient abandonnés ? Qu'ils le cherchaient ?
Lorsqu'il rentra enfin sans son appartement, Liu Ye dormait roulé en boule dans son nid, son pouce dans la bouche et une robe oubliée de QingMing serré contre lui comme un doudou. Même si le jeune shishen faisait preuve d'une force de caractère et d'une résistance inattendue pour quelqu'un comme lui, lui aussi pleurait l'absence de son maître. Qu'allait-il faire s'il ne revenait pas ? S'ils ne le retrouvaient pas ?
Des larmes voulurent couler sur les joues du Fashi qui les retint avec une rage remarquable.
Il secoua doucement Liu Ye.
"- Je vais aller à la Maison. Reste là dormir, d'accord ? Ne t'inquiète pas si je ne suis pas revenu demain matin."
Il devait voir les autres Shishen. Avec tout ça, il n'avait pas eu le temps. Et il ramènerait Bahaiu aussi avec lui. Le pauvre démon félin ne s'était toujours pas réveillé. Il aurait bien emmené Liu Ye avec lui mais le jeune démon subissait déjà assez la situation sans en rajouter une couche. Il serait bien mieux avec une bonne nuit de sommeil derrière lui qu'avec une nuit blanche et des angoisses en plus. Boya lui était déjà reconnaissant de l'aide qu'il leur avait apporté pendant la journée.
Son dizi à la main, Boya concentra son qi sur le talisman accroché à l'instrument pour ouvrir un portail pour la Maison.
Les mâchoires serrées, il n'avait plus qu'un objectif : retrouver son compagnon.
Il ferait brûler l'Empire pour ça s'il le fallait.
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QingMing fixait le plateau avec désintérêt. Il n'avait pas besoin de manger merci beaucoup. Maintenant qu'il avait pris le temps de se livrer à son inventaire intérieur et qu'il avait évaluer les talismans posés sur lui qui l'empêchaient d'utiliser son qi, il était certain qu'il pouvait rester en Inedia pendant des semaines. Il ne pouvait projeter son qi vers l'extérieur de quelque façon que ce soit, mais il pouvait l'utiliser sur lui-même. La limite était la barrière de sa peau. Il avait testé pour voir si la limite était limitée à sa chair ou à son corps. Non, il ne pouvait utiliser son sang pour projeter son qi. C'était dommageable. Pas vraiment inattendu, mais dommageable.
Chaque jour, ce qui restait de Baini lui apportait à manger trois fois. A chaque fois, il se débarrassait de la nourriture dans les latrines. Il n'était pas idiot. Pour que son ravisseur insiste à ce point pour qu'il mange, il devait y avoir quelque chose dedans.
La démone se recroquevilla comme à chaque fois dans son coin en tremblant pour qu'on ne s'occupe pas d'elle.
Le demi-démon était réellement désolé pour elle. Il se souvenait encore de la jeune femme énergique et sûr d'elle qu'elle avait été. Il se souvenait d'elle au lit, tout aussi sûr d'elle et plus dirigiste qu'un homme, quoi que ce poncif puisse vouloir dire. Et voilà qu'il ne restait d'elle qu'une pauvre démone terrifiée et perdue, contrôlée en tout par son bourreau.
Le renard continuait à chercher au fond de la mémoire de QingMing quelque chose qui pourrait leur être utile. Jusque-là, il avait trouvé quelques obscurs souvenirs fugaces mais rien de vraiment significatif.
Il y avait quelque chose de profondément étrange dans tous les souvenirs avec Cimu. Ils étaient tous confus, à moitié effacés, comme recouvert de brouillard. A mesure qu'il les revoyait en méditant avec l'aide de sa moitié démoniaque, il ne pouvait que se convaincre un peu plus à chaque fois que ses souvenirs avaient été effacés par quelqu'un qui savait exactement ce qu'il faisait. Aucun autre de ses souvenirs de la même époque n'avait été ainsi effacé. Puis le Renard avait trouvé autre chose : des incohérences temporelles.
Comme si QingMing avait été à deux endroits à la fois, à faire deux choses différentes mais en même temps. A chaque fois, le souvenir incohérent était un souvenir sans intérêt d'heures à la bibliothèque, d'entrainement à tracer des sigils ou de méditation sur les plaines de glace. Mais toujours, ces souvenirs étaient en même temps que les souvenirs brumeux qui incluaient Cimu.
Il n'y avait qu'une raison à cette incohérence : quelqu'un avait soigneusement étouffé ses souvenirs contenant Cimu. Pas simplement de lui, mais tous ses souvenirs où il était, même de façon passive, même simplement en arrière-plan, pour les remplacer par des versions proches, voir similaire, mais sans lui. Quelqu'un avait consciencieusement retiré l'existence de Cimu de sa mémoire.
Qui ? Et pourquoi ?
La seule personne qu'il connaissait avec une capacité aussi subtile de modifier l'esprit humain était Gold Spirit. Mais pourquoi l'aurait-il fait ? Sur un ordre de Zhong Xing probablement. Mais POURQUOI ? Pourquoi retirer ainsi Cimu de sa vie ?
Le renard poussa d'autres bribes de souvenirs à la surface de leur esprit malmené. QingMing les reconnus ceux-là. Il les avait déjà vu ? Libéré ? C'était ceux de ses dix ans où il expliquait à son maître pourquoi il avait frappé son condisciple.
Était-ce la raison ?
Cimu était… désagréablement tactile et câlin avec lui. La lueur possessive dans ses yeux le mettait mal à l'aise. Ce n'était pas la première fois que quelqu'un le regardait avec une telle envie dans les yeux. Il la voyait à chaque fois que son Boya le regardait. Mais chez lui, ce n'était pas malsain, c'était ouvert, tendre et définitivement bienvenu. Chez Cimu c'était…
Ho….
HO !
Se pourrait-il que… Ce serait une raison suffisante pour chasser un disciple pour conduite déshonorante et l'adolescent qu'avait été Cimu n'avait jamais été timide pour tenter de tripoter le jeune QingMing de dix ans jusqu'à ce que le renardeau se rebelle.
Une boule remonta dans la gorge du fashi.
Était-ce pour ça que sa mémoire avait été modifié ? Ca correspondait plus ou moins au moment où il avait commencé à réellement se scarifier quand il était adolescent. Est-ce que… Est-ce qu'il y avait une relation de cause à effet ?
Le tableau qui commençait à se peindre derrière ses paupières closes ne plaisait pas du tout à QingMing.
Il tenta de se distancier des émotions qui commençait à remonter dans sa poitrine jusqu'à ce que le renard se place de son plein gré entre elles et lui. Il en fut surpris. Pendant des années, il avait repoussé toutes ses émotions vers lui, creusant un peu plus chaque jour le fossé entre ces deux parties de sa personnalité. Mais cette fois, c'était le renard lui-même qui était venu l'isoler de l'angoisse qui menaçait de l'engloutir ou bien…
Il rouvrit les yeux. Il n'était plus humain.
D'accord. Ils s'étaient protégés en devenant renard. Les émotions animales étaient plus faciles à gérer, plus primaires et primitives sous cette forme. La vague de dégout et d'horreur de soi qui menaçait de l'engloutir n'était plus qu'une sombre bulle de colère et de rage. Il pouvait travailler avec la colère et la rage.
"- Tu es tellement magnifique sous cette forme !" Roucoula Cimu.
QingMing tourna la tête. Par pur instinct, il bondit sur l'ancien disciple pour lui arracher la gorge mais se heurta à un bouclier qui l'envoya frapper contre le mur.
"- Quelle énergie !" La lueur de désir dans les yeux de Cimu était encore plus avide que la veille.
Le renard se déchaina. Le fashi n'était plus qu'une boule d'instincts furieux qui voulait juste se débarrasser de l'abjecte créature qui le retenait et l'empêchait de retourner auprès de son compagnon et de leur meute. Cimu le laissa s'énerver quelques minutes puis une douleur indicible jeta le renard au sol, les pattes agitées de spasmes nerveux à cause de l'électricité qui parcourait son corps en provenance du collier et des bracelets.
Cimu laissa la torture se poursuivre plusieurs minutes avant de lever la punition.
"- Tu vas apprendre, je te l'ai dit."
Il s'était rapproché pour s'accroupir près de la tête de QingMing et lui caresser les oreilles. Le dégout du fashi lui emplit la gueule. Un flot de bile s'en échappa, au dégout manifeste de Cimu qui se redressa en écartant sa robe de lui. L'odeur était infame.
Il sortit furieux pour aller se changer.
QingMing resta effondré au sol à reprendre son souffle autant que le contrôle de son estomac. Ces attouchements n'étaient pas les premiers. Il en était sûr maintenant. Il n'avait pas encore retrouvé les souvenirs, mais il était sûr qu'il avait mis le doigt sur la raison du départ de l'ancien disciple aussi bien que de la cause première de son automutilation adolescente. Tout concordait. Et tout concordait trop bien pour que ce soit autre chose. Il parvint à se remettre sur ses pattes pour aller vomir encore dans les latrines.
Epuisé, le renard se laissa tomber sur le lit et s'y roula en boule sans quitter ses poils. A défaut d'autre chose, ses crocs et ses griffes lui donnaient l'impression de contrôler un peu la situation.
Il sombra dans un sommeil agité emplis de fragments de souvenirs qui se remettaient en place dans son esprit troublé trop longtemps obscurcis par ce que son maître et Gold Spirit avaient dû voir comme de la pitié pour le jeune adolescent troublé. Est-ce que Mad Painter et Snow Hound étaient au courant ? Probablement pas. Sinon, ils n'auraient pas été à ce point démunis par ses crises. Et n'auraient sans doute pas accueillit une victime d'agression dans leur lit comme ils l'avaient fait. Seul son maître et Gold Spirit devaient savoir ce qui lui était arrivé. Et si QingMing avait une idée de ce que Cimu avait pu lui faire subir, il n'en avait toujours pas les souvenirs conscients.
Il ne savait pas s'il voulait les retrouver.
Le renard s'enroula autour de sa contrepartie humaine, comme pour le cacher aux yeux du monde. QingMing avait au moins la chance toute relative qu'une moitié de ce qu'il était ne comprenne pas le concept de viol et n'y voit qu'une attaque comme n'importe quelle autre.
Un gémissement échappa au renard.
Il refusait d'accepter ce mot, surtout sans savoir ce qui lui était réellement arrivé.
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L'apparition d'un portail secoua tous les shishen avec la rare violence d'un espoir fou qui s'écroule en quelques secondes. Pendant un instant, ils avaient cru au retour de leur maître. Mais non, ce n'était que Boya Daren.
Qu'on ne se trompe pas. Ils étaient soulagés de le voir, mais ce n'était pas leur maître adoré.
"- Boya Daren…"
Boya s'approcha des trois shishen de combat pour les serrer rudement contre lui un instant.
"- On va le retrouver."
L'absolue certitude dans la foi du fashi fut un soulagement pour la Maison et ses habitants. Comme eux, Boya savait que QingMing était vivant. Il fallait "juste" le retrouver.
"- Comment va tout le monde ?"
"- On se fatigue beaucoup et vite mais personne n'est en danger." Ils ne recevaient plus d'énergie de leur maître, mais ils n'en perdaient pas non plus à travers un lien brisé qui ne pouvait se guérir. Il n'y avait pas d'hémorragie de qi puisque QingMing n'était pas mort.
Boya hocha la tête. S'il ne sentait pas cette fatigue, c'était uniquement grâce à Zhuque. Et parce qu'il était humain avant d'être le shishen de QingMing.
"- Les plus jeunes ?"
"- Ils ne sont pas reliés à QingMing. Ceux qui le sont, sont tous adultes. même s'ils peinent un peu plus que des vieux comme Mad Painter et moi, ils ne sont pas en danger" Insista encore Xue TianGou. "Et vous ?"
"- J'ai envie de faire cramer l'Empire et nous avons été menacé l'Empereur, l'Empire, tous les nobles et à peu près tout ce qui se tient sur ses pattes arrière dans l'Empire. Ha et nous avons réveillé aussi les trois compagnons de Zhuque. Ils ont retiré leur soutien à la Capitale et l'Empire pour l'instant."
Killing Stone se troubla.
"- Est-ce une bonne idée ? je veux dire, nous ne savons ni qui, ni pourquoi QingMing Daren a été enlevé. Si c'est quelqu'un qui en veut à l'Empire, ce serait comme le leur livrer sur un plateau."
Boya fixa calmement Sha ShengShi. Pour la première fois, le jeune shishen vit la véritable possessivité obsessive du fashi autant que de Zhuque pour leur partenaire.
"- S'il arrive quelque chose à QingMing, l'Empire peut brûler, je m'en fiche." JingYun était à l'abri, le Bureau aussi, la Maison et ses occupants également, tous ceux qui avaient réellement de l'importance pour Boya étaient à l'abri. A part son QingMing. S'il lui fallait lui-même passer l'Empire par le feu pour qu'on le lui rende, pas de problème. "S'il le faut, je ferai connaitre mes prétentions sur le trône et je l'arracherai à l'Empereur pour prendre sa place si ça me permet de retrouver QingMing."
"- Et si vous en arrivez là et que vous retrouvez QingMing Daren. Qu'est-ce que vous en feriez ?"
Boya haussa les épaules
"- Ce ne serait pas la première fois qu'il y aurait un dragon et un phénix sur le trône." Railla encore le fashi.
Après tout, on avait confié à QingMing le rôle de réveiller QingLong. Ce qui était cohérent de demander à un demi-démon de réveiller Blue Dragon. Et lui avait réveillé Zhuque. Ne disait-ont pas que les symboles du couple impérial étaient le dragon et le phénix ?
"- Vous feriez une très belle impératrice, Boya-Furen." Ne put résister Killing Stone même si ce n'était pas le moment. Mais Boya pondait des œufs et le phénix était le symbole de l'impératrice alors…
Snow Hound et Mad Painter reniflèrent avec amusement.
Honey Bug prit Bahaiu dans ses bras pour l'examiner lorsque Boya le lui donna.
"- …il a été drogué. Il dort juste." Elle lui donna un peu de qi même si ses réserves personnelles n'étaient pas hautes avant d'aller l'installer dans son panier dans la cuisine, à côté du feu. Bahaiu était peut-être un élémentaire de glace, mais il adorait la chaleur contrairement à Snow Hound
Drogué ? Le shishen félin avait bien été drogué. Donc l'homme qui avait enlevé QingMing avait bel et bien tout organisé. Ses actes n'avaient pas été une action sur le moment. Et de ce que Boya savait, l'homme était un ancien disciple du temps de la jeunesse de son partenaire.
D'ailleurs…
"- Snow Hound, Mad Painter, pouvons-nous aller nous installer quelque part ? je crois qu'il faut qu'on discute de toutes les informations que j'ai reçues et de ce que nous allons faire pour récupérer notre QingMing."
Les deux shishen prirent avec eux Killing Stone, Hei Feng et la Multitude.
"- Honey Bug va nous rejoindre." Et le Domaine écoutait déjà ce qui se passait.
La petite démone papillon ne tarda pas à revenir avec un large plateau couvert de petits gâteaux, de thé et de tasses. Elle laissa Snow Hound faire le service. En l'absence de leur maître, le tengu était, de fait, le maître du Domaine.
Une fois chacun avec une tasse de thé et Ye HuoHua bien installé dans le giron de Boya pour lui réclamer un câlin, le fashi avala une gorgée de liquide tout en cherchant ses mots.
"- Nous avons pu savoir exactement ce qui s'est passé au moment de l'enlèvement de QingMing. Et qui est responsable. Il est possible que deux d'entre vous au moins connaissent le responsable"
Cela interpella évidemment immédiatement Snow Hound et Mad Painter.
Ils connaissaient le responsable ? Comment ?
Boya commença avant toute chose par leur faire le résumé de tout ce qui s'était passé avant l'enlèvement de son Partenaire. Il était fébrile de colère et de rage mal contenue au point que Killing Stone et Honey Bug lui prirent chacun une main pour l'empêcher de se blesser avec ses serres. Zhuque hurlait lui aussi de rage sous son crâne. Le Dieu-Gardien ne décolérait pas. On leur avait volé leur Partenaire. Ça se règlerait dans le sang.
Une fois son rapport fait avec la même efficacité qu'auprès de son temple, Boya ferma les yeux un instant.
"- Est-ce que le nom de Cimu vous dit quelque chose ?"
Les deux vieux shishen hochèrent la tête avant de se figer. Oui, ils connaissaient le nom. Pourtant, quand ils tentaient de réfléchir à ce qu'ils en savaient, il n'y avait…rien. Ils n'avaient rien à en dire. Ils ne savaient même pas s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Ce qui était stupide puisque Boya venait de leur dire qu'il s'agissait de… Quel était le nom déjà ?
Ils luttèrent plusieurs minutes, confus et de plus en plus agacés avant que Mad Painter ne réalise.
"- Quelqu'un a placé un sort sur nous pour nous empêcher de parler de…comment est son nom déjà ? On parlait de quoi ?"
Boya était confus et encore plus inquiet. Lui se souvenait parfaitement de Wil Chan, Cimu puisque c'était son vrai nom. Il pouvait parler de lui, le décrire. A chaque fois qu'il se répétait, il voyait les deux shishen se rappeler un court instant puis se figer et devenir confus. C'était comme si quelque chose effaçait leur mémoire à mesure qu'ils se souvenaient. Était-ce possible ?
Il posa la question, sans avancer le nom du responsable de l'enlèvement.
"- C'est possible oui. Mais il faut quelqu'un de très doué dans les manipulations mentales. Surtout pour que des esprits aussi vieux que nous ne s'en rendent pas compte. Et comme vous n'êtes pas soumis à la même réaction que nous, ça veut dire que cet interdit a été mis sur nous il y a longtemps. Ce n'est pas un tabou sur le nom de l'individu."
Snow Hound s'était renfrogné.
"- Boya Daren. Y a-t-il eu des découvertes sur cet individu ?" S'il ne se concentrait pas directement sur son identité mais sur un individu générique il parvenait à conserver une capacité de réflexion qui n'était pas immédiatement effacée par le tabou mental qui leur avait été imposé.
"- Oui. Il a été chassé du Bureau à vingt ans pour conduite déshonorante et déclaré mort quelques années après. Nous savons maintenant que ce n'est pas le cas évidemment. Il y avait le corps d'une femme dans sa tombe."
"- Quand a-t-il été chassé précisément ?"
Un rapide calcul plus tard et Mad Painter se figeait.
"- …Ca corresponds au moment où QingMing a commencé à s'automutiler."
Ca ne pouvait pas avoir un rapport n'est-ce pas ? QingMing était depuis toujours fragile. Mais s'il y avait quelque chose… Et pourquoi ne se rappelaient-ils pas ? Pourquoi leur avait-on empêché de se rappeler ? Qu'est-ce qui se cachait dans leur esprit ? Mais sans leur maître pour leur ordonner de se souvenir, le tabou mit sur leur mémoire était inviolable.
"- Pas si je m'en mêle !" Assura Zhuque.
"- Et comment tu veux faire ça ?"
"- Si je remonte le lien entre vous et que je brule la compulsion dans leur esprit, ils se souviendront de tout."
Boya était dubitatif.
"- Ca va être atrocement douloureux pour eux !"
"- Si tu as une meilleure idée…"
Un peu inquiet quand meme, Boya proposa la solution de Zhuque. Sans vraiment de surprise, les deux shishen acceptèrent l'idée. Peu importait les risques, surtout pour Snow Hound. Une créature de glace ? Devoir se soumettre aux flammes de Zhuque ? Ça allait être de la torture. Mais ils donneraient leur vie pour leur maître. Qu'est-ce qu'étaient quelques brulures mentales ?
"- Qu'est-ce qu'on doit faire ?"
Zhuque prit le contrôle sur Boya à l'invitation de son avatar.
"- Je vais remonter le lien entre nous et brûler tout ce qui est bloqué. S'il y a d'autres choses enfouies, elles remonteront aussi." Donc des souvenirs qu'ils avaient eux-mêmes étouffés.
Ça allait être réellement douloureux. Mais aucun des deux shishen ne recula.
"- Faites. "
Le qi de Zhuque gonfla et envahit le Domaine comme une marée d'équinoxe. Il remonta dans le lien qui reliait tous les shishen entre eux et à QingMing. Si la partie qui allait vers le demi-démon était vide et comme morte, elle était bien là, intacte et solide comme jamais. Juste totalement vide. Zhuque en profita pour tenter de remonter vers le renard mais le mur était infranchissable, même pour lui. Alors il fit demi-tour et vola le long des biefs exsanguent et les utilisa pour remonter jusqu'aux deux vieux shishen qui attendaient, ouverts à ce qu'ils savaient être une agression d'une violence sans nom. La présence de Zhuque les envahit soudain et heurta le mur qui avait été installé par un autre au fin fond de leur esprit pour camoufler et protéger des souvenirs. Non, pas protéger. Cacher. Etouffer. Oblitérer quelque chose que quelqu'un ne voulait pas qu'ils se rappellent.
Mad Painter et Snow Hound hurlèrent de douleur avant de s'écrouler. Le qi de Zhuque continua à les torturer quelques minutes avant de se résorber.
Boya était aussi livide que Killing Stone et les autres quand ils les aidèrent à s'allonger.
"- Ca va aller ?"
Snow Hound avait beaucoup plus souffert que son compagnon.
Les yeux écarquillés, les deux shishen se prenaient dans la figure les souvenirs qui leur avaient été volés.
"- …Zhong Xing. C'est Zhong Xing qui a forcé Gold Spirit à bloquer nos souvenirs. Il ne voulait pas, mais il l'a forcé. Et…On menaçait d'aller tuer Cimu pour ce qu'il avait fait et…Zhong Xing s'est contenté de le faire chasser parce que Cimu était jeune et qu'il pouvait "réaliser et se reprendre".
Boya n'aimait pas du tout ce qu'il entendait.
"- Qu'est-ce que ce type à fait ?"
"- Et…Zhong Xing a fait bloquer les souvenirs de QingMing aussi. Mais ça ne suffisait pas. Il lui manquait des souvenirs et…. C'est tellement logique !"
Les deux shishen avaient compris la raison de l'effondrement psychologique de l'adolescent. Il avait été agressé par Cimu. Le jeune homme avait été chassé et comme QingMing mettait du temps à se remettre, temps que Zhong Xing ne pouvait lui accorder sous la pression des anciens, il avait exigé de Gold Spirit qu'il efface ses souvenirs. Mais Gold Spirit ne pouvait pas juste les effacer. Juste les enterrer et laisser un trou. Avec le renard qui savait que quelque chose n'allait pas et le vide dans ses souvenirs, QingMing avait commencé à aller de moins en moins bien. Et s'il avait finalement cessé de s'automutiler du jour au lendemain, c'était parce que Zhong Xing avait ordonné à Gold Spirit de remplacer les souvenirs manquant par des souvenirs fabriqués mais inoffensif qui prendraient leur place.
C'était…Odieux ! Comment leur maître avait-il pu faire ça à son élève au lieu de l'aider à surmonter le traumatisme ? QingMing savait que quelque chose n'allait pas. Il le savait mais on lui avait arraché la possibilité d'admettre ce qu'il avait subi et d'en guérir.
Une fois de plus, leur maître avait fait au plus pratique pour lui, mais certainement pas au plus utile pour QingMing !
Comment le fashi avait-il pu faire ça à un enfant ? QingMing n'avait que treize ans ! Et il avait nié ce qui lui était arrivé, avait étouffé une partie de sa mémoire avant de la faire remplacer quand les choses ne s'étaient pas améliorées !
"- S'il l'apprends, ça va encore plus ébranler la confiance qu'il a dans le souvenir de son maître." Murmura Mad Painter, choqué comme rarement.
S'il avait eu Zhong Xing sous la main, il lui aurait arraché la barbe. La quantité de stupidités sans nom qu'il avait cumulé commençait à faire un peu beaucoup.
A mesure que les deux shishen expliquaient ce dont ils se rappelaient, la température montait lentement dans la pièce. Si Boya avait eu ce vieil imbécile sous la main, il l'aurait fait cramer morceau par morceau. Et dire que son QingMing avait été dévasté par sa mort. A chaque fois qu'il entendait un peu plus parler de l'ancien fashi du yin yang bureau il avait un peu plus envie de lui claquer le crâne contre le mur porteur en pierre de taille le plus proche. Et bien contre les arêtes de la pierre. Pas sur la surface polie.
Comment avait-il pu faire une chose pareille à son élève ? Et le pire était probablement qu'il trouvait que c'était une excellente idée ! C'était peut-être vrai sur le moment. QingMing avait pu retourner s'entrainer très vite. Mais les dégâts psychologiques ? Ce n'était pas pour rien que le premier réflexe de son renard à la moindre détresse psychologique était l'automutilation. Elle avait probablement sauvé sa raison quand il était adolescent et que le renard en lui hurlait de ne pas comprendre, de ne pas savoir ce qui lui arrivait. Il savait qu'il lui était arrivé quelque chose mais ne savait pas quoi. Ça avait dû être abominable.
"- Est-ce que vous savez précisément ce que ce Cimu à fait à QingMing ?"
Killing Stone avait une lueur homicide dans les yeux comme rarement. Ils étaient tous un gros ramassis de traumatismes ambulants, à croire.
"- Quand QingMing avait une dizaine d'année, il l'a un peu tripoté. QingMing s'est protégé lui-même. Cimu a été puni et éloigné pendant un temps jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux des juniors. Quand QingMing a eu treize ans, ils étaient à nouveau en contact. Tout le monde avait oublié cette histoire évidemment. Même QingMing avait oublié je pense. Sur le moment il n'avait pas vraiment été traumatisé. Juste… très gêné et mal à l'aise. Mais rien de plus. Après… Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé." Murmura Snow Hound.
Mad Painter repris après son compagnon.
"- J'étais là quand Zhong Xing a ramené QingMing à ses appartements. Il était couvert de sang mais la majorité n'était pas le sien. Zhong Xing m'a ordonné de le laver, le soigner si besoin et de le mettre au lit. J'ai trouvé quelques coupures sur lui, des morsures, du sang dans la bouche, mais rien de plus. Avec la quantité de sang qu'il y avait sur QingMing, son adversaire devait être dans un état lamentable. Le lendemain, on a appris que Cimu était chassé du temple mais sans vraie explication. Juste pour conduite déshonorante."
Killing Stone rongeait son frein.
"- Mad Painter. Qu'est-ce que ce taré à fait à maître QingMing ?"
"- La seule chose que je peux dire." Et le ton était totalement clinique et c'était sans doute ce qui était le plus effrayant. "C'est qu'il n'y a pas eu pénétration anale. Pour le reste, je ne sais pas ce que ce type à fait exactement. Il n'y a que QingMing lui-même qui le sait. Qui le savait. Mais maintenant…Si Gold Spirit a correctement effacé et remplacé ses souvenirs, il ne doit se souvenir de rien" Ce n'était peut-être pas plus mal d'un certain point de vue ? Sans doute…. Peut-être…Bah, à qui faire croire ça. Si ce n'était pas plus mal, QingMing ne serait pas aussi fragile et ils le savaient tous.
"- Donc…Mon renard est seul avec le bourreau de son enfance. C'est-ce que vous êtes en train de me dire ?"
Un frisson remonta dans le dos des shishen rassemblés. Si Boya avait eu un peu moins de contrôle sur sa colère, la Maison entière serait probablement noyée dans les flammes.
"- Il faut le retrouver. Et au plus vite." Boya ne tolèrerait pas que quiconque fasse encore du mal à son partenaire.
Et s'ils en arrivaient là, il allait détruire ce Cimu. Tout simplement le détruire. Il allait lui arracher chaque membre un à un avant de le faire lentement rôtir dans les flammes de Zhuque et se délecter de ses hurlements. Et peu importait qu'il n'ait pas le droit de tuer pour son propre avantage ou de tuer des humains. Pour agresser un enfant, ce n'était pas être humain pour lui. Avec tout ce qu'il avait commis en prime depuis des années ? Ce type était plus monstrueux que tous les démons que Boya avait rencontré depuis qu'il avait pris les armes pour la première fois. Il était intolérable que la secte du yin yang lui ai permis de s'en sortir avec l'équivalent d'une tape sur la main.
"- Dites-moi. Si sa victime n'avait pas été un demi-démon, il lui serait arrivé quoi à ce type ?" La question de Hei Feng était presque légère mais les ombres regroupées autour de lui étaient si dense qu'on aurait pu y perdre un peigne. N'importe quel batelier travaillant sur une péniche le savait. Perdre un peigne sur une péniche, il n'y avait pas pire (1).
Mad Painter et Snow Hound soupirèrent avant de détourner les yeux.
"- A votre avis ? S'il a été chassé de la secte, ce n'est déjà que parce que Zhong Xing a insisté de tout son poids de chef de secte. D'après les anciens, c'était la faute de QingMing. Après tout, les renards démon sont connus pour utiliser les hommes et les contrôler par le bout de la queue. Ils étaient même très amusés que ses tentatives de séduction lui soient retombées dessus. Si tant est qu'elles lui soient retombées dessus et qu'il n'ait pas simplement joué de ses charmes pour décrédibiliser un pauvre disciple innocent pour le chasser, juste pour s'amuser." Comme si ça avait été le genre, comme si c'était encore maintenant le genre de leur maître !
Mad Painter ne connaissait pas homme plus respectueux de ses partenaires quel que soit leur sexe, conformation physique, race ou origine que leur maître. Il avait utilisé ses charmes par le passé pour obtenir des informations. Ce n'était pas faux. Mais il n'avait jamais forcé qui que ce soit ! Il avait toujours fait très attention à écouter ses partenaires et à s'assurer de leur consentement avant de tenter quoi que ce soit. Et les quelques fois où ses partenaires avaient finalement demandé à arrêter, il n'avait jamais cherché à les convaincre. Il avait toujours respecté les limites qu'on lui fixait.
Maintenait que Mad Painter savait pourquoi, il comprenait mieux. Même si QingMing n'était pas conscient de ce qu'il avait subi, il savait quand même que personne n'avait le droit de s'imposer à quelqu'un. Sauf négociation antérieure claire. Évidemment.
"- Si QingMing avait été un pur humain, ce Cimu aurait été tondu, châtré et pendu." La voix de Snow Hound était lugubre. Mais comme ce n'était qu'un demi-démon… Il a juste été mis dehors avec une tape sur la main."
"- Et personne n'a pensé à d'éventuelles autres victimes ultérieures ? Ou même d'autres victimes tout court qui n'oseraient pas se défendre et parler ?"
"- A l'époque, le Bureau se fichait éperdument de ceux qui n'appartenaient pas au bureau. Ce n'est que depuis que QingMing Daren est devenu chef de secte qu'il a commencé à infléchir et modifier les intérêts de la secte. Pendant tout le règne de Zhong Xing, le Bureau s'est recroquevillé sur lui-même. Comme notre précédent maitre lui-même finalement. Je crois que QingMing est la première créature qui a un peu rouvert son cœur au monde. Mais justement parce que QingMing n'est pas totalement humain. C'était…Plus facile de s'attacher à lui que de s'attacher à un humain."
Boya était écœuré.
"- Zhong Xing a abandonné de lui-même Fangyue. Personne ne l'a forcé. S'il était resté auprès d'elle, s'il n'avait pas créé He Shouyue, nous n'aurions pas eu tous ces problèmes ! Mais qu'avait-il en tête, bon sang !"
"- A part sa peine et sa solitude, malheureusement plus grand-chose sur la fin, je crois."
Le tengu était désolé. Ils n'avaient pas vu ce qui arrivait à leur maître à l'époque. Mais ils étaient également beaucoup moins sur le plan matériel. A l'époque, ils n'y étaient que lorsque leur maitre avait besoin d'eux pour combattre. L'âge venant, leur maitre les avait gardés de plus en plus avec lui pour tromper sa solitude, mais ce n'était qu'à l'arrivée de QingMing qu'ils avaient commencé à le fouler presque en permanence parce que leur maître avait besoin de baby-sitters pour sa nouvelle acquisition.
"- …Je me demande parfois si Zhong Xing n'avait pas prévu de tenter de faire de QingMing son shishen une fois qu'il aurait maitrisé le sigil de protection." Murmura soudain Mad Painter, le regard dans le vague. "Il l'a éduqué pour être indépendant mais toujours en l'encourageant à se soumettre à lui. Sans nous, sans le sale caractère naturel de QingMing, il aurait été un bon petit disciple servile sans pensée personnelle. Je ne sais même pas si Zhong Xing s'en rendait compte."
S'il ne s'en était pas rendu compte c'était grave. S'il l'avait fait exprès, c'était pire.
Mais pour l'instant, tout ça était bien gentil mais ne réglait pas leur problème.
"- …C'est bien mignon, mais ce n'est pas comme ça qu'on va retrouver QingMing Daren." Fit soudain remarquer Hei Feng, bizarrement direct pour une fois. "Si le but de ce type était de mettre la main sur QingMing Daren, il a ce qu'il voulait. Il n'a plus de raison de faire parler de lui. Comment va-t-on le retrouver ?"
La gifle de réalisme supplémentaire laissa un gout amer dans la bouche de tous les shishen et de Boya. Comment allaient-ils retrouver leur maître, oui. La question était là, énorme, monstrueuse, et aucun d'eux n'avait la moindre réponse. Ils n'avaient pas pu arrêter Cimu quand il sortait. Comment faire s'il se cachait maintenant qu'il avait ce qu'il voulait ?
Même Zhuque avait tenté de remonter le lien entre son avatar et QingMing sans parvenir à briser le mur artificiel qui les séparait. Ce n'était pas un bouclier. C'était quelque chose de physique. Sans doute un artefact. Mais le résultat était le même. Il ne pouvait le détruire sans le toucher physiquement. Sans ça, il ne pouvait emporter son avatar avec lui auprès de leur Partenaire.
"- …Je ne crois pas qu'on puisse." Souffla soudain Boya, le cœur au bord des lèvres. "La seule chose qu'on peut faire, c'est attendre qu'il s'en sorte seul."
Ça lui coutait tellement de dire ça. Mais il fallait être réaliste. Avec un QingMing-nappeur qui connaissait le portail que les disciples du yin yang utilisaient, ils pouvaient être absolument n'importe où. Ils auraient même pu être dans les catacombes du palais pour ce qu'ils en savaient !
Boya ferma les yeux un instant.
Qui… Qui aurait pu les aider ?
Il leur aurait fallu des yeux et des oreilles partout. Pas uniquement dans le monde des humains. Son espèce était trop étrangère par nature au surnaturel pour pouvoir être utile dans la circonstance.
"- … La Secte de l'Ouest ne nous aidera pas. Le Sud, le Bureau et JingYun aideront évidemment. Mais pas l'Ouest. Le yin yang bureau est persona non grata là-bas à cause de leur utilisation de l'énergie yin."
"- Ce serait l'endroit idéal pour un nordiste défroqué pour se cacher."
Si seulement ils pouvaient en être sûr.
"- Il nous faut des yeux et des oreilles disponibles. Et de gens qui puissent être suffisamment discrets et suffisamment passepartout pour pouvoir voir et entendre sans qu'on les remarque." Continuait Boya.
Un plan un peu fou qui le laissait incrédule était en train de prendre forme dans son esprit.
"- …il nous faut l'aide de démons."
L'incrédulité manifeste autour de lui resta quelques minutes avant de disparaitre lentement. Aussi étrange que ça puisse paraitre, Boya avait raison.
"- Est-ce que quelqu'un parmi vous sait comment contacter un démon assez important pour qu'il puisse ordonner à ses sujets de nous venir en aide ?" Ça allait couter tellement cher.
Mad Painter resta silencieux un long moment pendant que les autres tentaient de mettre en commun leurs idées.
"- … Et si on demandait à la famille de QingMing."
Le silence se fit pesant.
"- …Sa famille…Tu veux dire…"
"- Sa mère devait bien avoir des parents. Même les renards démon ne sortent pas de nulle part. Avec un peu de chance, peut-être que QingMing a encore des cousins, des oncles, des tantes, des grands parents à poil blanc quelque part dans le nord.
L'idée avait le mérite d'être logique.
Mais…Comment les trouver ? Comment simplement les contacter ?
Killing Stone bondit sur ses pieds.
"- Laissez-moi faire. Snow Hound, tu peux m'ouvrir un portail pour le Palais ? Là où on était en attendant le banquet l'autre fois ?" Il savait à qui poser des questions.
D'eux tous, il était sans doute celui qui avait le plus de chance d'avoir des réponses.
Le tengu lui ouvrit immédiatement un portail.
"- Vas-y. Moi je fais retourner dans le nord. Peut-être que j'y trouverai quelque chose."
"- Je m'occupe du Domaine avec Honey Bug." Assura Mad Painter.
La multitude aussi s'était levée.
"- Je m'occupe de collationner les informations que vous nous enverrez."
Lentement mais avec une efficacité rare de char d'assaut qui se met en branle la Maison se tendait vers un but commun en utilisant toutes les ressources à leur disposition.
"- Boya Daren. Occupez-vous du monde des humains et des Dieux-Gardien. Nous on s'occupe du monde des démons."
A eux tous, ils allaient bien finir pas trouver quelque chose !
(1) Tu es vieux si tu à comprit cette référence à "L'Homme du Picardie".
(2)
