Chapitre 61 : "Beauty of Annihilation" #

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TW : attouchements, torture physique, massacre.

Pendant que son Compagnon et ses shishen remuaient deux royaumes pour le retrouver, que les trois quarts des sectes de l'Empire aidaient de leur mieux tout en continuant à assurer leurs devoirs et que l'Empereur s'inquiétait quotidiennement de l'avancée des recherches, QingMing se réfugiait dans la médiation.

Après des méthodes sommes toutes "douces" pour parvenir à lui faire plier l'échine, QingMing savait que Cimu finirait par s'impatienter et qu'il passerait à d'autres méthodes plus brutales.

Comme l'ancien prêtre ne "voulait pas abimer ce qui lui appartenait de droit", il se refusait à cogner réellement le demi-démon. Il avait bien mieux sous la main.

Ce que QingMing avait peu à peu apprit à tolérer avec les décharges électriques qui le torturaient jusque-là lorsque Cimu était irrité par ses réponses insolentes ou moqueuses n'étaient finalement que des enfantillages.

Il n'avait pu se retenir très longtemps de hurler lorsque les décharges s'étaient faites plus fortes, plus nombreuses et plus rapides. Chacun de ses muscles hurlait de douleur. Le sang rugissait à ses oreilles et il avait l'impression que son cœur allait exploser dans sa poitrine. A chaque session, la douleur était plus forte et plus longue que la fois d'avant.

A chaque fois, Cimu le prenait dans ses bras lorsque s'était finit et le cajolait en lui murmurant à l'oreille qu'il était désolé de lui faire du mal. Que c'était sa faute s'il le forçait à ça. Que c'était pour son bien parce qu'il devait apprendre à respecter les limites qu'il lui avait fixé et qu'il devait comprendre qu'obéir était pour son bien.

Petit à petit, QingMing aurait presque pu y croire. S'il n'avait pas eu la jeunesse qui avait été la sienne, s'il n'avait pas subi les tortures de sa secte. Si Zhong Xing n'avait pas été là.
Si Snow Hound, Mad Painter et Gold Spirit ne l'avaient pas élevé.
S'ils ne lui avaient pas donné une conscience aigüe de la valeur de l'indépendance.

Si, surtout, il n'avait pas eu son Boya.

A chaque fois qu'il se sentait faiblir, le renard le secouait. Le renard lui rappelait que leur Compagnon l'attendait.

A chaque fois, c'était comme un seau d'eau froide sur la figure. Il sentait fugitivement la caresse des plumes de Zhuque sur sa peau, les lèvres brûlantes de son partenaire sur les siennes.

Il entendait sa voix lui promettre qu'il allait le retrouver. Qu'il devait tenir. Qu'il était là, tout proche.

Il se raccrochait à ce souvenir, à ses sensations apaisantes et rassurantes.

Avec rage, QingMing repoussa Cimu de toutes ses forces.

L'ancien prêtre alla claquer lourdement contre le mur de sa cellule. Assez pour le sonner à moitié.

Malgré ses muscles raidit par l'électricité et la douleur, QingMing trouva la force de se lever et de tanguer vers la porte. Il l'ouvrit les mains tremblantes et tenta de fuir.
Si seulement il pouvait retirer ces fichus artefacts…

Il cahota de son mieux le long du couloir sans savoir où il le mènerait.

Lorsqu'il tomba sur le sol inégal, il continua à genoux jusqu'à trouver une porte dont il agrippa la poignée.

"- Tu n'as nulle part où aller." Lui murmura soudain Cimu à l'oreille.

QingMing se retourna avec la fureur du désespoir. Ses griffes entaillèrent lourdement la joue de l'ancien prêtre qui hurla de douleur.

"- Sale putain de renard !"

La gifle monstrueuse, chargée de qi, jeta le demi-démon au sol. Un humain normal serait sans doute mort d'une gifle pareille. La tête lui tournait après avoir heurté le mur. Il sentit qu'on le soulevait par le col

"- J'ai été gentil avec toi. Je t'ai offert une chambre confortable, une servante, un lit chaud et des repas que tu ne cesses de dédaigner. Et tu oses me traiter ainsi ? Cette fois s'en est trop."

Cimu le lâcha. Le demi-renard s'étala encore sur le sol pendant que son ravisseur appelait plusieurs démons enchainés à ses désirs pour venir soulever QingMing et le porter jusqu'à la forge.

Il refusait son hospitalité ? Il le traitait comme un monstre ? Très bien, Cimu lui montrerait ce qu'était un vrai monstre.

QingMing ne put même pas se débattre. Pas avec la commotion cérébrale monstrueuse que le mélange de torture, de gifle et de choc contre le mur avait causée.

On le porta sans douceur jusqu'à une pièce à la chaleur insoutenable avant de le jeter sans ménagement par terre une fois de plus. Il resta au sol sans chercher à se débattre ou se sauver davantage. Il en était incapable. Son Node doré était comme tétanisé, incapable de faire circuler son qi pour soigner autre chose que son cerveau malmené.

Il sentit qu'on le tirait encore vers le haut par le col de ses robes puis qu'on les écartait pour libérer son torse.

Il n'enregistra pas la douleur immédiatement lorsque le fer rouge fut appuyé contre sa gorge, juste au-dessus du collier. Puis il eut une sensation de froid intolérable pendant une seconde ou deux avant que la brulure ne soit enfin enregistrée comme telle.

Il hurla comme jamais il n'avait hurlé avant.
Cette fois, il pouvait faire ce qu'il voulait, il ne pouvait repousser la douleur. Il ne pouvait la combattre ou l'accepter.

Il hurla de toute la force de ses poumons. Il se débattait de toutes ses forces entre les mains des shishen qui le maintenaient au sol. Il tentait désespérément de s'échapper à la douleur qui menaçait de faire voler en éclat sa résistance, sa conscience et même ses méridiens sous la surcharge de qi qui tentait désespérément de venir soigner la blessure qui s'aggravait de seconde en seconde.

Lorsque Cimu retira enfin le fer, la trachée était à vif là où la peau avait été totalement incinérée par le métal brûlant.

"- Tu vois ce que tu me forces à faire ? Tsss. Moi qui t'aime tant. Me voilà obligé de te rappeler ta place."

QingMing hurla encore de douleur dans le plus grand silence lorsque Cimu posa ses mains sur la brûlure. Son qi se déversa dans la blessure jusqu'à ce que les chairs se reforment sous ses mains, que la peau la recouvre et qu'il ne reste finalement qu'une cicatrice rouge et épaisse.

"- Tu vois, je suis gentil. Je sais bien m'occuper de toi, n'est-ce pas ?"

Mais QingMing ne répondit pas.

Il en était incapable.
Ses cordes vocales brulées ne servaient plus à rien.

Il put enfin sombrer dans l'inconscience.

S'il avait su qu'à l'autre bout de l'Empire son compagnon s'était lui aussi écroulé en hurlant de douleur à s'en faire saigner la gorge ainsi que tous ses shishen aurait-il était soulagé ? heureux ? Désolé ? Il n'aurait de toute façon pas pu répondre.

Cimu s'agenouilla à côté de lui, un peu désolé. Presque timide soudain, il caressa sa joue.

"- QingMing ? QingMing ? Ce n'est pas drôle QingMing." Il était si fort.

Il ne pouvait pas l'avoir blessé à ce point n'est-ce pas ? Et puis, il avait guéri ses blessures. C'était quelque chose qu'il avait mis longtemps à apprendre mais sur laquelle il excellait sur les démons maintenant. Prendre la vie des uns pour soigner les autres n'était guère difficile. Il se fichait du shishen qu'il venait de tuer en utilisant sa force vitale pour soigner QingMing. Il avait soigné son bel amour. Il ne pouvait pas lui en vouloir ni même lui reprocher de l'avoir grondé pour avoir tenté de s'enfuir.

"- Réveille-toi QingMing…Non ? Ah, si fatigué alors ? D'accord… D'accord…"

Cimu ordonna au shishen survivant de soulever prudemment le renard dans ses bras et de le porter à nouveau à la chambre. Cimu apporta une longue chaine et un anneau qu'il ancra solidement dans le mur. Il referma les mâchoires d'un solide bracelet métallique sur la cheville du fashi après lui avoir retiré ses vêtements. Nu, attaché, avec pour se couvrir la seule literie, il était sûr qu'il se montrerait bien plus conciliant.

L'ancien prêtre eut un geste agacé vers la démone qui restait recroquevillée sur elle-même dans un coin de la pièce.

"- Toi. Occupe-toi de ses cheveux. Lave-les, brosse-les et tresse-les. Laisse les bas sur la nuque."

Elle se précipita vers la salle de bain pour prendre de l'eau, la faire chauffer et laver les cheveux du fashi de son mieux sans tremper le lit.

Cimu resta à observer la chose en se passant la langue sur les lèvres. Le corps de QingMing avait maigri depuis six semaines sans manger. Il fallait qu'il le force à avaler quelque chose. Mais avec sa gorge détruite, ça allait être difficile à présent. Ha ! Des jus de fruits et de légumes pressés devant lui. Des purées… oui, voilà une bonne idée ! Si c'était fait devant lui, il ne pourrait craindre que quelque chose soit ajouté ! Et il n'y aurait qu'a ajouter les drogues non dans la nourriture, mais la laisser sécher au fond du bol. Il n'en consommerait pas beaucoup à chaque fois, mais Cimu savait être patient.

Satisfait, l'ancien disciple du Nord s'assit sur le bord du lit pour poser sa main sur l'épaule du fashi. Lentement, il la fit glisser sur son bras puis sa taille, sa hanche, sa cuisse puis sa jambe. La peau était douce sous ses doigts. Douce mais il y avait tellement d'imperfections… Des cicatrices ? Surement.

Cimu ne voulait pas de cicatrices. Il ne voulait pas que son QingMing ait la moindre imperfection sur lui.

Une fois les cheveux nattés par la démone, il la chassa à nouveau dans son coin où elle s'enterra à nouveau en tremblant, les yeux fermés et les mains sur les oreilles pour ne rien entendre de tout ce qu'il pourrait faire à sa victime du moment.

Cimu fit rouler QingMing sur le dos.

Sa respiration se bloqua dans sa gorge. Comment le demi-démon osait-il cacher un corps comme le sien sous les épaisses et informes robes du yin yang ? Peut-être lui ferait-il tailler des robes blanches dans la même coupe que celles de JingYun mais moulantes ? Ou transparentes ? Pour ajouter l'insulte à la moquerie, évidemment. Plus jamais son QingMing ne porterait de robe de secte. Il était à lui. Rien qu'à lui.

Sa main glissa de sa gorge sur son torse. Il effleura un mamelon sombre avec délectation avant de continuer son exploration sur le corps inconscient. Il s'arrêta sur la large cicatrice sur le côté droit du ventre du demi-démon. Elle avait été rouverte par l'attaque de la démone des glaces. Tant mieux si elle était morte ! Si elle n'avait pas été tuée, il l'aurait tué lui-même pour avoir blessé son QingMing. Comment avait-elle pu croire qu'il pardonnerait une marque sur le corps délectable du yin yang shi ?

Il se pencha pour lécher la cicatrice encore sensible et bien rose puis fit couler dedans le peu de qi qui lui restait d'avoir asséché l'un de ses shishen pour soigner la gorge du demi-démon.

Un gémissement obscène lui échappa. La peau de QingMing avait un gout tellement addictif ! Il aurait pu s'en repaitre des jours s'en jamais s'en lasser. Il abandonna la cicatrice pour descendre encore le long de son ventre. Le gout était plus musqué à cet endroit. Plus masculin. Plus terreux.

Cimu continua à lécher la peau fraiche avec une application toute scolaire jusqu'à sentir avec surprise la ligne de poils fins sur sa langue. Il rouvrit les yeux. Quand les avait-il clos ? Quand il avait commencé à se gorger de son odeur sans doute. Elle était si forte. Si piquante… Agressive même…Délectable encore…

S'il avait été Boya ou un des shishen de QingMing il ne l'aurait pas trouvé délectable mais aurait frémit d'angoisse. Incapable de se défendre ou de protester contre des attouchements dont il ne voulait pas, le corps de QingMing exprimait son refus de la seule façon qu'il lui restait en faisant hurler ses phéromones autour de lui avec toute l'agressivité et la détresse qu'il était capable de canaliser dans ce médium d'expression.

Cimu, lui, n'était pas capable d'en sentir ou d'en comprendre les subtilisés. Il savait juste que QingMing sentait bon et qu'il sentait fort.
Et s'il sentait si bon et si fort quand il le touchait, c'était évidemment parce qu'il aimait ce qu'il faisait n'est-ce pas ?

Lorsque QingMing revint à la conscience près de trente-six heures plus tard, ce fut avec une affreuse sensation de dégout de lui-même. Il eut immédiatement envie de vomir et se rua dans la salle de bain. La chaine à sa cheville faillit le faire tomber mais elle était assez longue pour qu'il puisse aller vomir sans être gêné. Une fois son estomac vide, il vomit encore et encore. A chaque respiration, l'odeur de Cimu sur lui le rendait un peu plus malade.

A chaque vomissement, il blessait un peu plus sa gorge et ses cordes vocales.

On le força à s'asseoir dans la baignoire avant de verser de l'eau tiède sur lui puis de le laver d'une main tremblante lorsque l'épuisement reprit le dessus.

QingMing ouvrit les yeux. La démone qui avait été Baini avait réussi à se sortir un peu de son enfer de terreur pour obéir aux ordres de son maître et prendre soin de lui. A mesure que l'odeur de Cimu était chassée par celle du savon, la nausée de QingMing se calma.

Effondré dans l'eau chaude, il aurait voulu demander à la démone ce que Cimu lui avait fait pendant son inconscience mais sa gorge refusait de coopérer. Elle évitait soigneusement son regard. Assez pour qu'il n'ait pas vraiment de doute sur la cause de l'odeur sur lui. La seule question restante était jusqu'où le prêtre défroqué était-il allé ?

QingMing serra les dents. Il repoussa l'information et la verrouilla avec toutes les autres qu'il refusait de regarder en face.

Il fallait qu'il sorte de là.

Il était infiniment plus sur la défensive lors de la visite suivante de Cimu.

Incapable de parler, il fixait le prêtre défroqué avec suspicion et suivait le moindre de ses gestes. Cimu semblait lui aussi plus…timide ? Non. Hésitant ? un peu.

Avait-il réalisé à quel point il avait blessé le fashi à sa dernière visite ? Regrettait-il alors qu'il avait passé des heures à tenter de le persuader que c'était sa faute ? Mais ce genre de tentative ne pouvait pas marcher avec QingMing. Il y avait longtemps qu'il avait fait tout le chemin possible de la culpabilité et en était revenu avec l'aide de ses shishen. Sans eux, il aurait été vulnérable aux manières de Cimu. Il y avait été vulnérable quand il n'était qu'un petit renardeau. Zhong Xing avait utilisé sa culpabilité pour l'entrainer et mater le renard en lui. C'était si simple de jouer sur le souvenir de sa mère pour le faire obéir.

"Sois sage, sinon ta maman serait très triste"
"Travaille bien, sinon ta maman sera morte pour rien."

"Concentre-toi sur ton bouclier. Ne voudrais-tu pas l'avoir maitrisé pour la protéger quand les villageois sont venus pour la brûler vive sous tes yeux ?"

"Sois un bon garçon…un bon humain…Sinon, tu mourras comme ta renarde de mère."

Zhong Xing ne l'avait évidemment jamais dit avec cette violence mais la chose avait toujours été sous-entendue. Et QingMing était un petit garçon suffisamment intelligent pour l'entendre à mots couverts et le comprendre. Pendant des années, il avait obéi, le cœur serré, persuadé que sa mère était morte à cause de lui. Persuadé qu'il n'était qu'un monstre qui avait dû être la cause si ce n'était le responsable.

Mais non. Un enfant n'était jamais responsable des gestes des adultes. Un enfant n'était jamais coupable des actes de ses parents.

Il lui avait fallu longtemps et toute la patience et la douceur de Mad Painter, Snow Hound et Gold Spirit pour finir par le comprendre, l'accepter, puis, le laisser derrière lui.

Il n'était qu'un enfant à l'époque. Et s'il était un adulte à présent, il n'était pas plus responsable des actes de Cimu que Boya était responsable des actes du ministre de Gauche.

Le fashi serra un peu plus le drap qui couvrait sa nudité. Normalement, sa pudeur était indigente. même devant de purs inconnus, il n'aurait eu aucun complexe à se balader dans le plus simple appareil. Au mieux, il aurait utilisé ses queues pour un minimum de pudeur. Mais là ? Le bouclier de tissu entre son ravisseur et lui n'était pas là pour le bénéfice de Cimu mais pour le sien. Il n'avait pas d'arme, rien pour se défendre. Ce bête bout de tissu était la seule chose qui lui permettait de regarder son kidnappeur droit dans les yeux après ce qu'il lui avait fait.

(ce qu'il lui avait fait ? mais il n'en savait rien. Il était inconscient. Il n'avait que le regard terrifié de la démone sur lui pour tenter de savoir et d'être sûr. Mais il n'avait aucune douleur caractéristique. Aucun fluide oublié. Aucune trace. A part son odeur dégoutante sur lui qui lui donnait envie de vomir)

Sa gorge se serra et avec elle une explosion de douleur supplémentaire. Il lui aurait fallu du liquide pour soulager ses muqueuses. Les brûlures de sa gorge suppliciée avaient disparu en grande partie mais ses cordes vocales étaient toujours dans un état lamentable. Il lui faudrait des semaines, peut-être des mois pour guérir sans aide. Si tant est qu'il guérirait un jour.

Comment pourrait-il appeler ses shishen sans sa voix ?

Comment pourrait-il rire encore avec son Boya ?

Comment pourrait-il encore crier de plaisir entre ses bras ou murmurer à son oreille combien il l'aimait ?

Le fashi se força à repousser ses larmes de toutes ses forces. Il ne se laisserait pas torturer par des espoirs qui n'en étaient pas. Il ne se laisserait pas engloutir par des regrets pour un futur incertain dont il ne savait rien et de pouvait rien anticiper.

La seule chose qui existait pour lui en ce moment était de s'enfuir. Tout le reste disparaissait devant cette simple évidence. L'avenir n'existait pas pour lui, ses shishen et son compagnon tant qu'il était prisonnier ici.

Il lui fallait fuir.

"- Comment va ta gorge, QingMing ?"

Le fashi haussa les épaules.

"- Ne veux-tu pas me répondre ?"

Le demi-démon tenta de parler mais le son qui s'échappa de sa gorge n'était qu'un râle douloureux et humide qui fit grimacer Cimu avant que QingMing ne soit contraint par l'effort de cracher une gorgée de sang, de caillots et de restes de chairs carbonisées.

Cimu posa ses mains sur sa gorge une fois de plus et fit circuler son qi dans les chairs blessées. QingMing ne s'y opposa pas. Il n'était pas en position de le faire de toute façon. Et puis, il était trop blessé pour ne pas prendre avidement la moindre goutte de qi et l'utiliser.

Comme il aurait aimé avoir le plein contrôle de ses pouvoirs de renard pour séduire Cimu et faire de lui sa chose… C'eut été une punition si splendide !

QingMing ferma les yeux. La douleur avait quelque peu diminué.

"- Ha mon pauvre QingMing… je suis désolé de m'être laissé emporter." Il posa ses lèvres sur les siennes, un sourire charmeur et…presque tendre au visage.

Pour un peu, le fashi en aurait été content de ne pouvoir répondre.

Cimu le borda sur le lit avant de taper dans ses mains.

Plusieurs shishen entrèrent immédiatement avec un panier de fruit, un de légumes et de quoi les écraser. Un petit démon effrayé prit plusieurs fruits qu'il coupa, écrasa et pressa avant de tendre le bol de jus à QingMing.

Le demi-démon le prit avec suspicion mais c'étaient des fruits frais. Ils avaient été coupés et pressés devant lui. Il avala une infime gorgée de liquide et attendit. Il ne sentit rien. Il finit le bol en trois gorgées avides. Le froid des fruits et leur douceur fit un bien fou à sa gorge même si leur acidité le lança.

Il rendit le bol au shishen qui le remplit encore et encore jusqu'à ce qu'il n'ait plus de fruits ni de légumes à lui donner.

QingMing se sentit rapidement cotonneux. Avait-il été finalement empoisonné ? Mais il n'avait rien avalé depuis si longtemps…Non, c'était juste son système qui se remettait en route pour assimiler les fluides et les nutriments qu'il venait d'avaler.

Il se sentit sombrer dans le sommeil sans pouvoir y résister.

Cimu resta près de lui jusqu'à être certain qu'il dormait puis lui caressa la joue.

"- C'est bien…C'est bien… Tu seras bientôt complétement à moi. Rassure-toi mon beau renard. Nous ne serons que tous les deux. Rien que tous les deux."

Il avait déjà oublié le monde qui les cherchait à la surface sans réaliser qu'il était tout simplement au meilleur endroit du monde pour cacher un démon et l'empêcher de se sauver.

Quel endroit plus sécurisé que le Mausolée du Yin Yang Bureau après tout ?

Qui penserait à venir les chercher là ?

Il se pencha pour embrasser le fashi puis le laissa se reposer.

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Les semaines se suivaient et se ressemblaient.

Les pistes se succédaient et se ressemblaient.

Toutes se terminaient en eau de boudin.

Boya serra les mâchoires.

Une piste de plus.

Une piste qui les avait conduits avec Killing Stone aux frontières d'un domaine démoniaque.

On y aurait vu un homme habillé tout en blanc enchainé et trainé contre sa volonté. On y aurait vu un grand renard blanc conduit jusqu'aux arènes de combat du domaine.

Aucune certitude pourtant. Que des on-dit.

"- Sha ShengShi. Tu vas retourner à la Maison. Je vais m'en occuper."

"- Boya Daren…"

"- Tu tiens à peine sur tes jambes. S'il faut se battre, tu vas plus me gêner qu'autre chose."

Killing Stone grinça des dents parce que le fashi avait raison. Mais il refusait de le laisser partir seul. Jamais le vaisseau n'avait mis les pieds dans un domaine démoniaque. Il avait foulé le sol d'une ville franche mais ce n'était que ça : une ville franche.

S'il entrait dans un vrai domaine sous le contrôle d'un seigneur démon, il allait prendre plus de risque que jamais.

"- Si je vous laisse y aller seul, QingMing Daren va m'arracher le cœur quand il l'apprendra. Je ne peux pas vous laisser y aller seul. Je vous accompagne que ça vous plaise ou non."

Boya tenta de le convaincre, de lui ordonner de reste, mais le jeune démon ne voulut rien entendre.

"- Boya Daren… Est-ce que vous me laisseriez y aller seul si c'était moi qui devais aller sauver HuaShi et TianGou ? Même si vous étiez blessé et diminué ?"

La réponse était évidente.

Avec un soupir irrité, Boya secoua la tête.

"- Très bien."

"- Vous devriez altérer votre apparence et changer de vêtements. Tout le monde sait au coup d'œil que vous êtes de JingYun ainsi."

Boya obéit en pestant. Avec l'aide de Zhuque, il altéra son corps pour remplacer ses jambes par des pattes de phénix. En plus de ses ailes, sa queue et les plumes qui courraient dans ses cheveux, il ne ressemblait en rien à un tueur de démon mais à un démon lui-même.

Il dû couper ses vêtements avec sa dague pour pouvoir marcher correctement. Lorsqu'il eut fini. Killing Stone avala péniblement sa salive. Les marquages de Zhuque étaient plus larges que jamais. Si Sha ShengShi ne connaissait pas Boya avant, il aurait réellement eu peur. Le prédateur devant lui était impressionnant.

"- Ça ira ?"

"- Ça ira."

Franchir la frontière avec le Domaine fit remonter un frisson désagréable dans le dos de Boya.

Killing Stone prit une profonde inspiration. Il n'était venu de l'autre côté de la Frontière que de manière sporadique et à chaque fois pas très longtemps. Là, il allait devoir s'y plonger la tête la première et ne savait pas combien de temps leur escapade allait durer.

Il se frotta le front. Le jeune démon était épuisé, comme ses frères. Il commençait à s'habituer à cet état permanent qu'aucun sommeil ne pouvait soulager. La seule chose qui l'aidait un peu était lorsque Boya lui donnait un peu de qi quand ils chassaient ensemble.

Bahaiu eut un petit miaulement fatigué. Il donna un petit coup de patte sur la cheville de Boya qui le ramassa et le jucha sur son épaule. Le chat était minuscule ainsi. Il économisait ses forces de son mieux. Être un chaton était encore le plus efficace. Il aurait pu et aurait dû rester à la Maison. Sans doute retournerait-il dans le Sud plus tard s'il ne pouvait aider. Mais pour cette fois, il avait décidé de venir et rien de ce que le compagnon de leur maitre avait pu dire n'avait réussi à l'empêcher de les accompagner. Même si c'était juste pour utiliser sa truffe, ce serait déjà quelque chose.

L'hybride d'humain et de phénix suivit son oncle martial. Ils s'enfoncèrent sous des frondaisons qui perdirent lentement toute ressemblance avec de la végétation comme Boya en avait déjà vu. Ici, les couleurs devenaient lentement aussi agressives que les arbres eux-mêmes. C'étaient bien des animaux qui étaient fichés sur des piques sur le tronc d'un arbre ? Il sursauta lorsqu'une lance aigue au bout d'un tentacule verdâtre s'expulsa du tronc pour tenter d'empaler un rongeur qui s'éloigna rapidement. Le tentacule se rétracta lentement.

Boya frémit.

Killing Stone aussi.

"- Je n'avais jamais vu quelque chose comme ça." Le regard que lui jeta Boya était réellement inquiet. "Ne me regardez pas comme ça. je suis un démon des villes, moi. Vous aussi vous êtes un fashi des villes. Si on vous lâche au milieu de nulle part, je suis sûr que vous serez malade dans les douze heures pour avoir mangé ou bu quelque chose qu'il ne fallait pas."

Boya aurait voulu répondre à la négative mais il ne put que secouer la tête. C'était vrai.

"- Combien de marche ?" Il lui était pénible de marcher sur ses serres.

"- Pas beaucoup. Normalement, la ville est de l'autre côté de la colline."

Boya vérifia que ses armes étaient facile d'accès et ralentit son pas. Ils n'avaient pas fait encore un kilomètre que Killing Stone fatiguait déjà. Finalement, il le prit dans ses bras comme une jeune mariée, assura le chat-démon sur le ventre de son oncle et préféra voler. C'était plus rapide, plus facile et moins douloureux pour tout le monde.

Il se posa en arrivant en haut de la colline. La ville en contre-bas était aussi folle d'apparence qu'il l'attendait. Un mélange chamarré de bâtiments sans queues ni tête, de parcs étranges et d'espaces non euclidiens qui forcèrent Boya à détourner les yeux. Il ne comprenait pas ce qu'il voyait et son cerveau l'entrainait lentement vers une crise de panique qu'il n'avait pas anticipé.

Killing Stone le força à s'accroupir et à reprendre le contrôle de son souffle. Zhuque aussi tentait de le calmer. Ce n'était rien. Difficile à comprendre sans doute. Plus délicat encore à simplement saisir. Mais ça existait. Il fallait juste qu'il l'accepte. Pas qu'il tente de le comprendre.

"- Ca va aller, Boya Daren. Je sais que c'est bizarre. Mais dites-vous que votre temple serait tout aussi bizarre pour les habitants de cette ville."

Il fallut un peu de temps au fashi pour reprendre son contrôle. Le village qu'il avait déjà foulé une fois ne l'avait pas préparé à ça.

"- Toutes les villes sont comme ça ?"

"- Aussi différentes du monde des humains ? Oui. Mais chacune à sa propre architecture. Chaque ville est un petit état en lui-même. Il n'y a pas de super-empire comme chez les humains. Chaque ville est sous la domination d'un puissant démon qui tente de voler son domaine à ses voisins.

"- Et ici ?"

"- Le maitre des lieux est un démon assez… Comment dire… il se targue de diplomatie, d'être le maitre de l'information et d'être aussi sophistiqué que les nobles de la capitale."

"- …Un fourbe sans limite qui poignardait dans le dos sa mère pour une rognure de cuivre ?"

"- Je vois que vous connaissez bien ce genre."

"- Je connais les nobles."

Si la situation n'avait pas été aussi tendue, Killing Stone aurait pu sourire.

"- Ca va allez ?"

Boya reprit une grande inspiration et se força à regarder à nouveau la ville. C'était toujours difficile à regarder mais petit à petit, son œil s'y habituait. Lorsqu'il ne sentit plus des bouffées d'angoisse juste à l'idée de se perdre dans cet endroit qu'il ne comprenait pas, il reprit ses passagers dans ses bras et s'envola à nouveau. Il se posa devant les portes.

Les gardes en faction ne leur accordèrent pas plus qu'un regard. Ils entrèrent dans la ville sans causer de commotion.

C'était déjà une première étape.

"- D'après mon contact, quelqu'un aurait des informations à nous donner mais il voulait vous les donner à vous."

Ca puait. Ils le savaient tous les deux. Tous les shishen avaient discutés longuement avant que la mission ne soit acceptée. Meme Long Ye avait été consultée discrètement. Ils savaient tous qu'il y avait un risque non négligeable que ce soit un piège, d'une manière ou une autre. Mais Boya ne pouvait se résoudre à risquer qu'une information leur échappe, juste parce qu'il n'avait pas eu le courage d'aller dans le monde des démons pour l'obtenir. Il était prêt à tout. Absolument à tout.

"- Par quoi commence-t-on ?"

Sha ShengShi se passa une main sur le visage. Il était épuisé. Il fallait qu'il se nourrisse et que Boya le soutienne de son mieux ou il allait s'effondrer. Comment Snow Hound avait-il la force de voler douze heures par jour à la recherche de la famille de leur maitre, il n'en savait rien à part qu'il serait toujours plus fort que lui.

"- Trouver une auberge. Et j'aurais besoin de me reposer."

Boya lui offrit son bras pour le soutenir pendant que le démon cherchait une auberge. Il en choisit une ni trop pouilleuse ni trop riche. A l'intérieur, des marchands principalement, se détendaient devant des verres d'alcool de qualité moyenne. Comme chez les humains, la fonction sociale de tels lieux était importante.

Le maitre des lieux ne broncha même pas quand Boya demanda une chambre pour deux et qu'on leur monte à manger.

Le fashi porta presque Killing Stone à l'étage. Il l'installa sur le lit et le laissa se reposer après lui avoir retiré son guan, ses bottes et une partie de ses vêtements pour qu'il soit plus à l'aise jusqu'à ce qu'on leur apporter à manger. Boya l'aida à se nourrir pendant que le démon-félin se régalait de viande crue. Puis le chef de secte prit son dizi et joua pour son frère-shishen jusqu'à ce qu'il soit repu. Enfin, il lui donna le qi qu'il pouvait.

"- Ça va mieux ?"

Killing Stone avait des cernes monstrueux mais ses mains ne tremblaient plus. C'était déjà quelque chose sans doute.

"- Oui. Merci"

Boya attendit qu'il se reprenne.

"- Et maintenant ?"

"- La nouvelle de notre arrivée va remonter à notre contact. On ne devrait pas tarder à être contactés. Ensuite…Ensuite je ne sais pas. J'espère qu'on pourra accepter au maitre de la ville et qu'il a réellement des informations à nous transmettre."

"- Je vois. En attendant, reposez-vous tous les deux."

"- N'allez pas vous balader, Boya Daren. C'est trop dangereux."

"- Je ne suis pas totalement idiot, ShengShi." Il savait parfaitement qu'il ne faisait pas le poids contre une ville entière.

"- Crois-tu ?"

"- Zhuque…"

"- Je suis assez en colère pour cramer toute la ville, soit en sûr."

La fureur infinie du phénix le fit sourire. Même au milieu de l'étang de boue qu'était devenu leur vie, Zhuque restait aussi solide et rassurant qu'un phare dans la nuit. L'oiseau millénaire avait l'avantage de ne pas être capable de suivre trop de pistes à la fois. Concentré comme il l'était sur leur partenaire disparu, Boya n'avait pas à trop s'embarrasser pour cacher pas mal de choses. Pour l'instant, c'était l'angoisse profonde de ne jamais retrouver QingMing. Et la certitude d'être capable de massacrer des tombereaux d'innocents pour retrouver son partenaire. Boya devrait en avoir honte. Il était un protecteur dans l'âme. Mais là ? La seule personne qu'il aurait et avait protégé avec sa vie et son âme lui était inaccessible.

Boya sursauta lorsqu'on toqua discrètement à la porte.

Killing Stone somnolait sur le lit avec Bahaiu.

Le temps que le fashi se lève et aille ouvrir, la personne qui avait toqué avait disparu mais avait glissé une enveloppe sous la porte.

Il retourna s'asseoir sur le lit pour lire son contenu.

Leur contact leur donnait rendez-vous au palais local pour rencontrer le maitre de la ville et négocier leurs informations.
Ça sentait encore plus mauvais qu'à leur arrivée mais avaient-ils réellement le choix ? Bien sûr que non.

Boya décida de dormir lui aussi ce qu'il pouvait avant de se préparer pour ce qui avait autant de chance d'être un massacre qu'une négociation traditionnelle.

C'est Killing Stone qui le réveilla quatre heures plus tard en le secouant gentiment. Le shishen semblait un peu plus reposé. S'il avait toujours des cernes, ils étaient moins prononcés. Et surtout, l'œil du jeune démon était plus vif, plus à l'affut. Il avait lu le message reçut pendant qu'il dormait.

"- Vous auriez dû me réveiller."

"- Tu avais besoin de repos et moi aussi."

Killing Stone aurait voulu avoir la force de protester mais il ne l'avait pas. Boya avait eu raison de le laisser dormir tout ce qu'il pouvait. Même le chat démon avait eu besoin de dormir plus que d'habitude. Bahaiu s'étira lentement une patte après l'autre, fit le gros dos, se passa plusieurs fois la patte derrière son oreille, bailla encore puis sauta sur l'épaule de Boya.

"- Ca va être l'heure."

On leur avait fourni une invitation dans l'enveloppe qu'ils avaient reçu. "Normalement", l'invitation leur garantissait un passage sans problème pour le palais local. A voir ce qu'il en serait en pratique.

"- Si on doit se battre…"

"- Vous vous mettez à l'abri tous les deux et vous me laissez gérer." Asséna rudement Boya. Les deux shishen n'étaient pas en état de se défendre.

Killing Stone comme son compère félin parurent un instant sur le point de protester mais finirent par soupirer et hocher la tête. Ils savaient parfaitement les risques qu'ils prenaient et qu'ils faisaient prendre à Boya. S'il leur arrivait quelque chose pendant qu'ils étaient sous la protection du fashi, non seulement le tueur de démon s'en voudrait à mort, mais leur maitre s'en voudrait aussi et en voudrait probablement à son Partenaire. La seule chose, le seul choix possible qu'il leur restait était d'obéir aux ordres du maitre de JingYun. Ils allaient se jeter très certainement dans la gueule du loup, ils devaient avant tout s'en sortir vivant. Le reste serait du bonus.

Satisfait de leur soumission, Boya hocha la tête.

Les deux humanoïdes vérifièrent leurs armes, le félin vérifia ses griffes, puis ils quittèrent l'auberge après avoir payé. Quoi qu'il se passe, ils ne reviendraient pas et le savait.

"- Vous avez tout ?"

"- Pas comme si nous avions grand-chose." Autant voyager léger quand on devait pouvoir filer aussi vite que possible s'il le fallait.

Boya vérifia qu'il avait bien le sauf-conduit sur lui.
Trouver le chemin du palais du seigneur-démon local ne fut pas compliqué. Ne pas agresser verbalement les démons qui les regardaient passer fut bien plus délicat, surtout pour Boya. A mesure qu'ils approchaient, il anticipait les ennuis un peu plus à chaque pas.

Il était le meilleur Chasseur de Démons de JingYun, le chef de secte, et il se rendait chez un seigneur-démon pour avoir des informations de son plein gré. Qu'est ce qui pouvait mal se passer ? Franchement ?

Un frisson lui remonta dans le dos quand ils passèrent les grandes doubles portes en bois.

"- Boucliers." Murmura Killing Stone.

Boya hocha la tête. Zhuque et lui les avait sentis. Comme le dieu-gardien n'avait pas réagi avec violence, son vaisseau les avait ignorés. Meme s'il était silencieux sous son crâne, Boya savait que Zhuque était à l'écoute de tout ce qui se passait autour d'eux. Il n'était physiquement présent que sur le corps de Boya mais le dieu-gardien surveillait tout autour d'eux comme une cape épaisse et protectrice qui avait des yeux partout.

Un démon richement habillé de lourdes robes en soie vint s'incliner devant le fashi qui lui rendit son salut d'un petit signe de tête.

"- Votre invitation."

Boya lui tendit le papier.

Le démon ouvrit de grands yeux. Il se fit plus obséquieux que jamais et les invita à le suivre.

"- Mon maitre va être absolument ravi de vous voir, Boya-Daren."

Le chasseur se retint de tressaillir. Il sentait les regardes haineux sur lui à présent. Le dégout, la haine et la fureur autour de lui étaient si fort que Zhuque faillit intervenir. Boya tint fermement la bride à ses réactions. Il ne pouvait se permettre une seconde d'égarement. Même si répondre par la violence à cette agression autour de lui était tentante, il ne pouvait se le permettre. Il savait que les insultes et les allusions fines allaient fuser mais il y était prêt. Il voulait retrouver son QingMing. Il ferait presque tout pour ça.

"- Si vous voulez bien me suivre…" Proposa un autre démon à Killing Stone qui refusa. "J'insiste."

"- Si vous voulez." Mais Killing Stone refusa quand même de quitter son neveu martial.

Le serviteur hésita encore un peu. Il fila avec soulagement sur un signe de son responsable qui guida le prêtre et les deux shishen jusqu'à leur maitre.

"- Avant que vous ne rencontriez mon maitre, je vais vous demander de me remettre vos armes."

Le regard froid de Boya et Killing Stone lui fit avaler péniblement sa salive.

"- Vous oseriez remettre en question l'honneur du chef de JingYun ?"

"- Vous êtes un meurtrier."

"- Et ?"

Venant d'un démon, dans l'antre d'un démon plus fort qui ne l'avait obtenu que par sa capacité à tuer le propriétaire des lieux avant lui, la question était cocasse.

"- Laisse-les, XiangXiang."

Le chambellan s'inclina avec soulagement puis fila à son tour. Il laissait son maitre avec le danger public. Il était assez fort pour le mater, sinon, il ne l'aurait pas invité à venir. N'est-ce pas ?

"- Ainsi donc, voici le fameux Yuan Boya."

"- Vous avez l'avantage sur moi. Je ne sais pas qui vous êtes."

Killing Stone serra les lèvres. Ce n'était pas le genre de choses à dire mais Boya n'avait jamais été un diplomate. Sa diplomatie se faisait en général à grand renforts de patates dans la mâchoire ou de dague amoureusement enfoncée dans des endroits délicats, douloureux et qu'on ne voulait ni trop abimer, ni perdre.

Le seigneur démon eut un petit rire bas, charmé par la brusquerie du fashi.

"- Ici, tout le monde m'appelle "Fuqin". Mais j'imagine que ce serait étrange pour vous de m'appeler ainsi, n'est-ce pas ? Vous pouvez m'appeler Lord Aki."

Ce n'était qu'un surnom parmi des centaines d'autres.

Boya hocha sèchement la tête tout en étudiant le démon avec attention. Il tentait de savoir quelle était son espèce. Il avait les cheveux blancs, la peau bleutée translucide, les oreilles pointues mais placées comme un humain, une face légèrement écrasée et des dents trop nombreuses, trop aigues et trop fines. Elles n'avaient rien de dents humaines non plus. Qu'était-il ?
Boya coula un regard vers Killing Stone. Il n'était pas trop pâle malgré sa fatigue. De son côté au moins, il ne subissait pas comme lui de plein fouet le qi agressif des lieux. Avec la musique en sourdine qu'ils percevaient, il devait même se faire un petit gueuleton au passage. Parfait.

"- Je suis bien aise que vous ayez accepté mon invitation. Les rumeurs de vos exploits, de vos capacités et de votre…comment dire…colocataire ? ont pénétrés jusqu'à notre Royaume." Killing Stone commençait à fatiguer de rester debout mais n'en montrait rien. "Mais je suis un hôte déplorable. Venez, venez… Asseyez-vous."

Boya attendit que Killing Stone soit installé avant de prendre place légèrement du bout des fesses sur un coussin. Il lui était étrange de ne pas être assis directement au sol. Une question d'habitude surement. Mais c'était encore bénéfique s'il voulait se relever rapidement pour se battre.

"- Je ne savais pas si ma proposition finirait par vous parvenir. Avez-vous pris connaissance de son entièreté au moins ?"

Boya se mordit la lèvre. Le début des problèmes.

"- Je n'ai vent que de la possibilité que vous puissiez peut-être avoir des informations sur le kidnappeur de mon mari."

Il aurait pu utiliser un autre terme, évidemment, mais il n'en avait aucune envie. Meme s'il n'était pas marié, il voulait marquer autant que possible la réalité du lien entre eux. "mari" était encore le meilleur terme à utiliser.

"- Votre mari… Nombreux sont ceux qui ne croit pas vraiment à cette histoire, savez-vous ?"

"- Je ne vois pas en quoi notre histoire concerne qui que ce soit d'autre que nous."

"- Ha, Boya Daren. Vous êtes tellement… Comment dire sans être vexant… Naïf ?"

"- Probablement. Mais je ne suis pas ici pour ça. Dites-moi ce que vous voulez en échange de vos informations que je vous paye, donnez-moi ce que je veux et nous en resterons là."

Le maitre des lieux fit la moue.

"- Boya-Daren." Il gémissait presque de désolation. "Ne vous rendez vous pas compte ?"

Boya haussa un sourcil. Se rendre compte de quoi.

Killing Stone se pencha à son oreille.

"- Vous refusez la confrontation verbale aussi bien que les jeux de pouvoir. C'est une négociation de marchand de tapis et vous lui avez arraché le jeu des mains avant même qu'il ne commence. C'est comme à la Cour. Tout est faux-semblant, luttes intestines et jeux de dupes. Votre présence ici est très valorisante pour notre hôte. Mais vous devez jouer selon ses règles."

Boya grinça des dents. Il savait que Killing Stone avait raison mais… C'était difficile de faire montre d'un peu de grâce face à quelqu'un qui avait peut-être les informations qui lui permettrait de sauver son compagnon.
Trois mois sans son renard, c'était une torture quotidienne qui ne connaissait aucune limite la nuit quand il était seul dans son nid.

Il soupira.

"- Que voulez-vous ?"

Lord Aki soupira avec résignation.

"- Il ne sait pas jouer n'est-ce pas ?"

"- C'est un prêtre. QingMing Daren l'a largement détendu, mais il n'est pas ici avec nous. Cela porte grandement sur le caractère de Boya Daren. D'où notre présence ici dans l'espoir que les rumeurs qui nous sont parvenues seraient exactes et que vous pourriez nous aider."

Killing Stone était lui aussi très pataud dans sa tentative d'arrondir les angles, mais il s'y essayait. A la décharge de Boya, il avait Zhuque qui lui intimait de sauter à la gorge de leur hôte pour lui faire cracher le morceau.

"- Et bien puisque Boya-Daren ne sait faire que ce pour quoi il a été dressé, je ne lui en demanderais pas plus." Le démon referma son éventail dans sa main avec grâce. Mais moins gracieusement quand même que QingMing nota quand même Boya. "Distrayez-moi, et je vous dirais tout ce que je sais sur votre renard, Prêtre. Est-ce un échange correct pour vous ?"

"- Quel genre de distraction ?"

Lord Aki se leva et lui fit signe de le suivre.

Il passa deux doubles portes. A mesure qu'ils avançaient un brouhaha terrible commençait à emplir le couloir jusqu'à ce qu'ils débouchent sur ce qui était une grande loge de théâtre. Ou d'arène.

"- Nous sommes dans les arènes de mon domaine. Vous êtes un guerrier, Boya Daren. Vous vous targuez d'être le meilleur. Alors allez-y. Prouvez le moi. Distrayez-moi. Et je vous dirais tout."

Petit à petit, Boya se renfrognait. L'arène était petite, rien à voir avec celle où il avait combattu dans le sud avec son renard. Elle ne devait pas mesurer dix mètres de diamètre. Autour de l'arène, des masses et des masses de démons hurlaient et faisaient des paris sur les combattants qui s'écharpaient dans le sable.

Zhuque s'était mis à siffler sous son crâne. Il pouvait faire cramer tout le monde. Ce serait efficace au moins ! Mais Boya tentait de l'apaiser un peu. Ils ne pouvaient pas noyer le palais dans le feu. Pas tout de suite en tout cas. Il devait y avoir des innocents et leur renard leur en voudrait. C'était sans compter Bahaiu qui en souffrirait aussi. Killing Stone n'en souffrirait guère mais ce n'était pas une raison. Dans son état d'épuisement avancé, qui savait s'il ne serait pas lui aussi victime des flammes de Zhuque parce qu'incapable de s'en protéger suffisamment ?

"- Combien ?"

"- Combien de ?"

"- Combien de démons dois-je vaincre pour que vous me répondiez ?"

Le seigneur démon fit la moue. Boya était tellement pressé et avide qu'il avait espéré qu'il dirait oui sans plus de précaution. Il aurait pu l'enchainer à l'arène pour l'éternité. Il était naïf mais pas stupide. Mais d'être déjà enchainé à un renard avait dû lui apprendre à faire attention aux marchés trop alléchants. Il s'était fait avoir une fois, pas deux. Qu'il coure ainsi après son maitre était même étonnant. Il aurait dû se réjouir d'être libéré de son geôlier. Les humains étaient définitivement étranges. A moins qu'il ne soit réellement amoureux du renard ? Le pauvre. Ce serait encore pire et infiniment plus drôle. Ces animaux-là ne savaient pas aimer, tout le monde le savait. Juste profiter de leur victime. Que le chef de JingYun ait succombé à un renard et qu'il soit prêt à remuer la terre et le ciel pour le retrouver avait quelque chose de pathétiquement tragique. Et d'infiniment satisfaisant. Le voir souffrir était un bonbon pour les yeux. Le savoir se languir d'une créature qui se fichait de son existence était une délectation de grand vin.

"- Disons…Dix vagues."

"- Et combien d'ennemi par vague ?"

"- Dix."

Donc cent démons à éliminer et Boya aurait ses réponses.

"- Uniquement des combattants qui sont là de leur propre volonté." Imposa quand meme Boya.

Ces animaux-là seraient capables de vouloir le forcer à se battre contre Killing Stone !

Lord Aki fit la moue.

Pas si naïf que ça, le tueur. Triste. Il aurait effectivement adoré le voir se battre contre le démon qui l'accompagnait.

"- Très bien. Mais vous vous battrez uniquement avec votre épée comme seule arme."

Boya retira le fourreau de ses dagues de poignets après les avoir encouragées à servir Killing Stone le temps qu'il revienne. Les armes boudèrent un peu mais acceptèrent. Puis Boya retira le fourreau de sa dague longue, ceux qu'il avait sur les chevilles, dans le dos, caché sous ses ailes, sur ses hanches dans ses poches spéciales puis retira les stylets qu'il avait dans ses cheveux et les fourreaux plats sur ses cuisses. Il n'avait pas de bottes à cause de ses serres dont n'eut pas à les retirer.

Lord Aki regarda avec incrédulité la masse d'armes diverses qui commençaient à s'empiler sur la table basse devant lui.

Lorsque Boya finit enfin de tirer des armes de partout, il le vit réfléchir, compter sur ses doigts, puis sortir entre plusieurs lames très courtes et larges du col de son armure, de derrière sa nuque et enfin de ses mitaines.

"- C'est tout ?"

"- Oui, je devais voyager léger."

Meme Killing Stone semblait incrédule

"- Leger ?"

"- Pourquoi croyez-vous que je m'en sors toujours ?" Le ton de Boya était railleur.

D'accord, lui aussi pouvait faire dans la guerre psychologique. Killing Stone le réalisait soudain.

"- Autre chose ?" Lord Aki était un peu déboussolé quand meme.

"- Oui. Jusqu'à la mort ou au premier sang ?"

"- Jusqu'à ce que votre adversaire demande grâce. Ou la mort. Suivant ce qui arrivera en premier." Sourit leur hôte.

Mais pour ses adversaires, Boya savait qu'ils combattraient pour tuer.

"- Très bien. Mais rajoutons l'inconscience. Je ne veux pas rester à attendre une heure qu'on passe à la suite, juste parce qu'un petit malin fait semblant d'être dans les vapes."

"- Vous pourriez toujours le tuer."

"- Je n'aime pas à ce point patauger dans le sang, vous savez. C'est mauvais pour la peau et je me fais gronder par les lingères. Et mon renard.

Boya tenterait de faire honneur à son renard et d'épargner ceux qu'il pourrait mais il ne mettrait pas sa vie en danger pour la leur. Ceux qui viendraient se battre viendraient là de leur propre volonté après tout.

Lord Aki s'assit dans un profond fauteuil.

"- Et bien je vous en prie, Boya Daren. Allez-y."

Il fit signe au monsieur Loyal de l'arène d'évacuer les combattants actuels puis prit la parole.

"- Mes chers amis, nous avons une chance incroyable ce soir. Le maitre de JingYun lui-même, l'Assassin, est là pour nous divertir. Il combattra dix vagues de dix adversaires." Boya avait sauté dans l'arène. Avec ses pattes de phénix, ses ailes, les marques sur son visage froid, sa queue enflammée et son épée à la main, il faisait moins humain que nombre de démons dans les gradins. "Alors, qui s'opposera au Cauchemar ? qui tentera de mettre un terme à la triste série de meurtres de ce fou d'humain ?" Lord Aki galvanisait les habituels combattants de l'arène.

Les vrais dangereux ne viendraient pas tout de suite. Il fallait laisser le temps au fashi de se fatiguer. Lorsque les assassins viendraient, il serait déjà fatigué, blessé et prêt à être embroché comme le poulet qu'il était. Voir qu'il était effectivement le vaisseau de Zhuque ne pouvait qu'exacerber la vanité et le désir de le contrôler du seigneur démon. Avoir un tel serviteur, ou une telle pièce dans sa collection, serait un honneur ! Mais avant ça, il fallait l'enchainer à lui d'une façon ou d'une autre. Pour l'instant, il n'en avait qu'une : le vaincre.

Lord Aki avait confiance dans ses hommes.

Un premier groupe de démons sauta dans l'arène. Le présentateur leur demanda leur nom puis galvanisa encore un peu la foule.

De loin en loin, la rumeur du combat se rependait de plus en plus vite. Il n'allait bientôt plus avoir de place pour de nouveaux spectateurs.

Killing Stone avait installé Bahaiu sur ses genoux et lui caressait le crane du bout des doigts avec douceur, autant pour le calmer que pour se détendre. Il avait le dos si raide qu'il lui faisait mal. Il aurait voulu, il aurait dû être dans la fosse avec Boya. C'était son devoir de le soutenir et l'épauler en l'absence de QingMing. Mais il n'en avait pas la force et ils le savaient tous les deux. La seule chose qu'il pouvait faire pour l'aider était de rester aussi digne et tranquille que possible, ne pas douter de ses capacités et l'encourager en silence à travers leur lien.
Et surveiller Lord Aki. Bien sûr.

Il remercia pour la tasse de thé qu'on lui apporta mais la dédaigna bien évidemment.

Lorsque le maitre des lieux estima qu'ils avaient assez de spectateurs et qu'il était plus que temps que le spectacle commence, il fit signe au monsieur Loyal.

Le démon se mit à hurler que les paris étaient ouverts et les premiers idiots se jetèrent sur Boya.

Le visage glacé et sans émotion, pour l'instant, Boya s'économisait. Il ne cherchait pas à tuer mais à assommer. La garde de son épée était lourde, épaisse et solide. Se la prendre en pleine face ne faisait pas du bien. Sur la tempe, c'était pire. Même les boites crâniennes les plus résistantes comme celles d'un démon taureau qui marchait sur ses pattes arrière ne résistait pas à un coup assené au bon endroit.

Le nettoyage de la première vague ne prit pas plus d'une ou deux minutes.

Dans les gradins, les cris s'étaient tut de stupeur. Mais c'était qu'il était solide, l'assassin. Pour beaucoup des démons présent, Boya n'était guère plus qu'un épouvantail qu'on agitait pour faire manger leur soupe aux enfants le soir. Le chef de JingYun était le monstre sous le lit qui emportait les enfants pas sages et les transformait en serviteur sans conscience et sans âme quand il ne les dévorait pas simplement. Chaque royaume utilisait les mêmes armes de propagandes après tout. C'était sans doute de bonne guerre.

La seconde vague fut négociée tout aussi vite. Petit à petit, Boya se mettait gentiment en colère. Zhuque ne l'aidait pas à garder son calme. Le dieu-gardien voulait juste tous les cramer les uns après les autres jusqu'à ce qu'il ne reste rien.

Entre chaque vague de démons, Lord Aki condescendait à laisser quelques instants à Boya pour se détendre et se reposer. Ce n'était guère nécessaire pour l'instant. Bientôt, ça le serait. C'était un marathon, pas un sprint. Boya n'avait éliminé que cinq vagues d'adversaire quand on commença enfin à lui envoyer de véritables ennemis.

Jusque-là, il avait pu éviter de tuer, de mutiler ou de blesser gravement qui que ce soit. Il assommait, il envoyait valdinguer au loin sur les fesses, mais il n'avait encore tranché personne.

Lorsque son premier adversaire valable fondit sur lui dans son dos, il se serait très certainement laissé avoir sans Zhuque pour le prévenir. Toute tentative de pitié envers ses adversaires disparue. Si on l'attaquait dans le dos, il n'allait certainement pas se montrer généreux plus longtemps.

Les muscles gonflés de qi, il attrapa le démon par le cou au vol et serra avec une torsion du poignet. La nuque se brisa avec un bruit de bois sec qui craque. Le cadavre tomba lourdement au sol pendant que Boya tranchait un second démon de l'épaule à la hanche. Le combattant s'éloigna en criant de douleur. Il laissait tomber. Aucun ne s'attendait à ce soudain changement de combat de Boya. Jusque-là, il avait épargné tout le monde. Ils avaient cru qu'ils pouvaient faire ce qu'il voulait.

Ce premier corps dans l'arène leur avait remis la réalité de qui était le prêtre dans le sable avec la cruauté d'une forêt qui flambe.

Le flottement de ses adversaires n'avait duré que quelques seconde mais avait suffi à Boya pour les éliminer à leur tour. A part celui qui avait tenté de se glisser dans son dos, il s'était contenté de blesser gravement tous les autres.

Il n'y eut pas de pose avant la septième vague. Cette fois, la moitié d'entre eux finit morts dans l'arène.

La huitième attaqua avant même que le dernier corps de la septième ne touche le sable.

Boya ouvrit ses ailes d'un coup lorsque deux démons lui tombèrent dessus des ceintres de l'arène. Le chasseur fronça les sourcils. Le geste fit se recroqueviller un peu Killing Stone sur lui-même. C'était ce même regard qu'il voyait parfois encore dans ses cauchemars. Il se souvenait très bien de ce regard de glace qui voulait le voir mort, mort, MORT.
Et c'était ce que ces imbéciles avaient réussi à faire revenir. L'attention du Chasseur était totalement sur eux maintenant. Et ils allaient en payer le prix.

Boya était plus fort, plus rapide que lorsqu'il lui avait couru après. Zhuque rugissait dans ses veines. Lorsque le fashi attrapa un démon serpent par le cou avant qu'il ne lui enfonce ses crochets dans la gorge, il serra de toutes des forces. Mais ce n'étaient pas ses mains qui l'avaient attrapées, c'étaient ses serres. Il s'envola en deux coups d'ailes. Une brusque torsion des hanches et le serpent était déchiré en deux. La pluie de sang et d'entrailles fit hurler les adversaires de Boya.
Petit à petit, Zhuque se plaçait sur son épaule et combattait avec lui.

Un idiot tenta de les immobiliser en les attrapant par la queue. Il se consuma en hurlant lorsque les flammes du phénix l'engloutirent.

Si Killing Stone n'avait pas eu si peur, il aurait trouvé le spectacle de mort absolument glorieux.

Boya avait fini par abandonner son épée et attaquait de ses serres et de ses flammes avec la violence et la sauvagerie du phénix tapis dans son âme.

Les derniers démons cherchaient à fuir, les spectateurs avaient déjà désertés les lieux en se marchant dessus dans la plus abjecte confusion mais Boya tuait toujours ceux qui l'attaquaient. Il abandonnait ceux qui fuyaient mais se délectait de détruire ceux qui résistaient.

Enfin, il n'y eut plus personne dans le sable.

Le fashi torse nu était couvert de sang et de fluides divers, ses cheveux s'étaient libérés de leur chignon et…il souriait.

Il souriait parce qu'il avait vaincu et que le seigneur des lieux lui devait des réponses.

Killing Stone s'écarta prudemment avec le chat-démon.

La colère de Lord Aki n'était pas rassurante. Il avait prévu quelque chose et son plan s'était retourné contre lui.

Boya se posa dans la loge. Le cliquetis de ses serres sur le sol en marbre noir était dérangeant.

"- J'ai respecté le marché. J'espère que vous avez été assez divertit."

"- Vous les avez massacrés ! Mes hommes ! Ils auraient dû…vous ne deviez pas… Vous êtes…. Vous êtes un MONSTRE !"

Boya haussa les épaules. Venant d'un démon, ça ne le touchait pas. Pas venant d'un démon comme lui en tout cas. Il jeta un petit coup d'œil vers Killing Stone. Son frère shishen était pâle mais il n'y avait pas de peur dans ses yeux. Pas de peur dont il soit la cause. Il avait peur des évènements, mais pas de lui. En tout cas, Boya tentait de s'en convaincre.

"- J'ai respecté le marché." Répéta Boya. "Maintenant, j'attends. Qu'est-ce que tu sais sur mon QingMing."

Lord Aki resta horrifié quelques minutes avant de reprendre son calme. Un sourire cruel apparut sur ses lèvres.

"- Ce que je sais ? Je sais qu'il a été enlevé à la capitale par un de ses condisciples."

"- Et ?"

"- Et quoi ? Je n'ai jamais dit que je savais quelque chose d'utile !" Rit avec délectation le démon

Killing Stone recula encore. La rage sur le visage de Boya lui fit réellement peur à cette seconde.

"- Rien… Tu ne sais rien…"

Le rire cruel d'Aki était une torture rare pour Boya. Il avait espéré. Il avait cru.

Il était…il était au-delà du furieux.

Les larmes de rage impuissantes qui roulaient sur ses joues le brûlaient pire que des brandons.

"- Killing Stone…Va-t'en" Le ton glacial fit bondir le jeune shishen qui mobilisa ses faibles forces pour fuir aussi vite que possible.

Le hurlement de souffrance et de terreur du seigneur démon que Boya et Zhuque firent longuement se calciner jusqu'à ce qu'il n'en reste que des cendres le poursuivraient longtemps dans ses cauchemars.

Lorsque Boya le retrouva à l'extérieur du bâtiment, la rumeur commençait à se rependre. Le seigneur était mort, vive le nouveau seigneur !

Mais de nouveau seigneur, il n'y avait point.

"- Boya Daren."

"- Mmm…"

"- Vous savez que suivant la loi du Royaume des démons, comme vous êtes le servant de QingMing Daren, vous venez de le propulser Seigneur Démon ?"

Boya haussa froidement un sourcil. La blague n'était pas drôle. Dans une heure au pire, quelqu'un aurait repris la couronne de ce royaume fantoche.

Son renard était toujours perdu, ils n'avaient toujours aucune piste et lui avait causé un massacre monstrueux.

Boya s'arrêta soudain pour vomir. Killing Stone posa une main entre ses ailes pour le soutenir.

"- Rentrons voulez-vous ?" La voix était douce mais son épuisement absolu.

Le portail pour la Maison fut une bénédiction pour tous les trois.
Retrouver leurs frères shishen une autre.

Mais ça n'avait servi à rien.

Toujours à rien.

Jamais à rien.