Yan Shu n'osait pas approcher.
Ce qui avait été un énorme rocher n'était plus que des rigoles de pierre fondue qui faisaient grésiller les quelques herbes qu'elles dévoraient en coulant nonchalamment sur elles.
Près du Premier Disciple de JingYun, celui du yin yang Bureau était tout aussi effrayé par la fureur du chef de secte de l'Est. Si l'homme n'avait jamais été un joyeux drille, les six derniers mois avaient été de la torture aussi bien pour lui que pour les deux sectes.
Le Bureau poussait pour qu'un nouveau chef de secte soit choisi mais les résistances étaient aussi nombreuses que ceux qui poussaient. Certains arguaient qu'ils avaient besoin d'un nouveau chef de secte maintenant que l'ancien était mort. D'autres refusaient d'accepter que QingMing soit décédé. Après tout, ses shishen étaient vivants. Epuisés, à peine plus que des ombres d'eux même, mais vivants. Depuis le temps, si leur maître était mort, ils devraient l'être aussi.
La cause de la fureur de Boya avait été incinéré par Zhuque lorsque le fashi avait lu le petit message de condoléances envoyé par un noble de la capitale pour la perte de son époux. Ce qui était sans doute parti d'un bon sentiment avait jeté le tueur de démon et son colocataire dans une rage telle qu'il avait dû quitter la secte pour aller détruire quelque chose avant d'abimer JingYun.
"- Et bien heureusement qu'on avait prévu de détruire ce rocher."
Le rocher en question faisait plus de cinq mètres de haut pour le double de large. Ce n'était plus un rocher à ce niveau-là. C'était presque une petite colline ! Qui avait disparu pour laisser la place à une plaque en court de vitrification par terre.
Boya rangea ses ailes et sa queue. Ses yeux étaient toujours rouges mais la chaleur qu'il émettait n'était plus si vive qu'il fumait dans l'air pourtant chaud de ce milieu de matinée,
"- Boya Daren ?"
"- Toujours rien ?"
A mesure que les semaines et les mois s'écoulaient, le chasseur avait retrouvé sa froideur et sa colère d'avant. Il était même plus dur, plus distant qu'avant. Il refusait de se laisser aller encore aux moindres sentiments devant qui que ce soit. Même les plus petits des shidi n'arrivaient plus à le faire sourire. Même ses frères shishen n'arrivaient plus à le faire se calmer un peu.
Le seul qui s'accrochait encore régulièrement à le sortir de ses idées noires était Liu Ye. Le petit shishen se sortait de son lit malgré son épuisement dès qu'il le pouvait pour venir se rouler en boule sur les genoux du chef de secte et le rassurer.
QingMing Daren était fort. QingMing Daren était vivant. QingMing Daren arriverait à revenir vers eux.
Mais ce qui torturait le plus Boya, en plus des ondes de douleur qui le traversaient chaque jour en provenance du lien asséché qui le rattachait à QingMing et ne reprenait vie que pour les noyer de douleur, c'était qu'il ne pouvait rien faire.
Il avait retourné tout l'Empire à la recherche de son compagnon.
Il avait torturé des gens pour avoir des informations.
Il avait tué des démons et des mortels.
Il avait même été dans le monde des démons avec Killing Stone lorsqu'un seigneur démon avait assuré avoir des informations. Lorsque la supercherie avait été avérée, lorsque Boya avait compris que le démon voulait juste s'amuser de son désespoir, il l'avait tué avec une telle sauvagerie que la rumeur courrait à présent qu'il était lui-même un démon qui se faisait passer pour un humain.
Il y était retourné sur la base d'une simple rumeur à nouveau sans espoir.
Boya aurait été scandalisé avant. Maintenant, il aurait accepté n'importe quoi du moment qu'on lui rendait son partenaire.
Mais il avait continué. Il avait continué parce que c'était tout ce qu'il avait.
Toutes les six à huit semaines, il devait pondre un chapelet d'œufs dont il se débarrassait dans le plus grand secret, à chaque fois plus désespéré de ne pas parvenir à retrouver son renard. Quelques semaines plus tôt, c'était un Zhuque en chaleur qui avait pris son vol pour brûler le besoin de son Partenaire qui lui torturait le ventre pendant plusieurs jours sans pouvoir se poser, trop aveuglé par ses chaleurs pour faire autre chose que voler au-dessus de JingYun en réclamant son Partenaire à corps et à cri.
Si Boya avait gardé espoir jusque-là, il ne savait plus comment aller de l'avant. Il savait QingMing vivant. Il savait qu'il était torturé chaque jour.
Mais IL. NE. POUVAIT. RIEN. FAIRE. !
Il se laissa glisser à genoux sur le sol.
Un gros sanglot lui déchira la gorge, puis un second.
Il avait réussi à ne pas se laisser aller à sa peine ou presque depuis la disparition de son compagnon. Ce simple courrier avec un petit cadeau, pourtant parti d'un bon sentiment, avait réussi à briser la coquille de froideur et de rage qu'il avait étroitement serré autour de lui pour se protéger.
Les deux premiers disciples s'éclipsèrent discrètement pour le laisser hurler à en avoir la gorge à vif jusqu'à ce que Liu Ye vienne le chercher. En six mois, le petit démon avait grandement muri. Trop sans doute. Comme un enfant qui perds sa mère et doit se montrer fort pour son père.
Boya laissa le jeune démon le prendre par la main et le ramener à l'intérieur de la secte. Le chasseur ne vit pas les regards désolés de ses hommes. Plus d'un était sûr que leur chef s'accrochait à un espoir impossible maintenant.
Six mois.
C'était trop long.
Six mois et pas un signe, pas une demande de rançon.
Rien.
Les espoirs avaient été plusieurs fois galvanisés par quelques découvertes pourtant. Une robe abandonnée ici, un guan ailleurs, des talismans à un autre endroit... A chaque fois ils avaient espéré. A chaque fois ils avaient été déçus. Le kidnappeur s'amusait de les torturer. Puis, il n'y avait plus rien eut du tout. Comme si le ravisseur avait même oublié tout ce qu'il avait fait avant. Comme s'il était satisfait et qu'il n'avait plus de raison de massacrer des gens. Ils avaient tous craint qu'en effet, il ait exactement ce qu'il voulait et ce dont il avait besoin.
Six mois que Boya dormait dans un nid vide.
Six mois que le Domaine et la Maison n'étaient plus que l'ombre d'eux même.
Six mois à attendre.
Et à désespérer.
Une fois seul dans ses appartements, Boya s'agenouilla au milieu de son nid, retira ses protections de bras et griffa longuement ses avant-bras. Il avait grondé QingMing de faire ça. Près de deux ans après, c'était lui qui se torturait de la même façon.
Il comprenait le soulagement que QingMing avait pu y trouver.
La douleur physique étouffait un peu celle du cœur. Un peu.
Mais elle donnait surtout l'impression de contrôler un tout petit peu ce qui se passait.
Et puis il faisait comme son renard. Il se sentait un tout petit peu plus proche de lui quand il
voyait son sang couler sur la couverture qu'il utilisait pour protéger son nid quand il avait besoin de se faire mal.
Zhuque ne disait rien. Il l'aidait à se guérir et tentait de le consoler silencieusement. Lui aussi appréciait la douleur physique. Lui aussi en était soulagé pendant quelques minutes.
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Long Ye n'avait pas baissé les bras, elle.
Comme Boya, elle était sûr que l'autre prêtre était toujours en vie. Et comme Boya, elle comptait bien le retrouver. Etrangement, son meilleur allié à la capitale avait été Yuchi Zhenjin.
Là où même son ami commençait à perdre espoir, le gradé s'était accroché à ses recherches comme un roquet sur un cadavre.
Elle ne connaissait ni l'origine, ni la cause de cet acharnement, mais elle lui reconnaissait son efficacité. Dès qu'une piste potentielle pointait le bout de son nez et qu'elle pouvait être investigué par des humains, Zhenjin attrapait Dee par le col et le trimbalait avec lui pour la vérifier.
Long Ye ne comprenait pas cet homme mais elle lui reconnaissait son entêtement.
Au moins n'avaient-ils pas à devoir convaincre du monde pour aller vérifier les informations. De plus en plus, elle voyait les regards emplis de pitié pour Boya lorsqu'il assurait à tout un chacun que son compagnon était bel et bien vivant.
Mais comme elle n'avait pas davantage baissé les bras que lui, elle s'était relocalisée jusqu'à la fin de l'enquête. Sans surprise, elle avait plus d'une fois entendu les murmures irrités de certains pour les sommes englouties pour la recherche de QingMing (quasi toutes à la charge des temples d'ailleurs) quel que soit son épilogue. Une chambre à l'Observatoire lui avait été fourni ainsi qu'un bureau d'où elle avait pu tisser sa toile d'espions et de renseignement sans se limiter évidemment à la recherche du fashi disparu. Les nobles imbéciles ne comprenaient pas que sa disparition n'était que la pointe visible de l'iceberg. Si quelqu'un avait réussi à emprisonner quelqu'un comme le yin yang shi, était capable de créer des démons a la commande et de les soumettre à sa volonté, ne voyaient-ils donc pas le risque que ça représentait pour l'Empire ? Visiblement, non,
"- J'ai entendu dire que le vent soufflait fort en provenance du nord." Murmura soudain quelqu'un prêt d'elle.
La jeune femme sursauta.
PERSONNE n'arrivait à se faufiler ainsi près d'elle. Qui était-ce...un eunuque ? Elle ne l'avait encore jamais rencontré.
Qui... Ho. Un haut fonctionnaire d'après ses vêtements. Qu'est-ce qu'il faisait à la porte de son bureau ?
"- J'ai entendu dire que le vent soufflait fort en provenance du nord." Répéta-t-il.
"- Qui..."
"- Bonne journée, Long Ye Daren."
Elle se précipita à sa suite mais il avait déjà disparu.
" Long Ye Daren ?" Le maître du sud en poste à l'observatoire s'était précipité en entendant sa cheffe de secte
"- Vous l'avez vu ?"
"- Qui ?"
"- L'eunuque qui vient de passer."
"- Je n'ai vu personne, Long Ye Daren. Je suis désolée."
Long Ye se mordilla les lèvres.
"- Un eunuque, un haut fonctionnaire. Je n'ai pas vu à quel poste exactement." Rien que ça c'était étrange. "Il est apparu soudain a la porte du bureau pour me dire que le vent soufflait fort en provenance du nord et il s'est répété. Le temps que je bondisse vers lui il n'était déjà plus là."
Les deux femmes restèrent silencieuses quelques secondes.
"- Dois-je envoyer du monde dans le nord ?"
"- A-t-on le choix ?"
"- A vos ordres Long Ye Daren."
Était-ce une mise en garde ? une information ? ou un simple eunuque qui battait la campagne ?
Elle n'en savait rien et ne pouvait le savoir.
"- A-t-on des nouvelles de Boya Daren ?"
"- De ce que j'en sais, il doit nettoyer une partie des docks d'une invasion de goules marines avec une partie de sa secte." Comme après chaque grosse tempête finalement.
Long Ye abandonna sa subordonnée à son travail pendant qu'elle se précipitait vers les quais. Le plus dur allait être de trouver le fashi dans le dédale de docks, canaux et marinas qui constituait l'est et le sud de la ville.
Très occupée à pester, Long Ye finit par trouver un groupe de prêtres de JingYun à moitié noyés qui essoraient leurs vêtements.
"- Qu'est-ce qui s'est passé ?"
"-Long Ye Daren. Les goules étaient énervées. Plus que d'habitude. Plusieurs ont coulés les bateaux qu'on utilisait pour les atteindre.
"- Des pertes ?"
"- Non aucune heureusement."
"- Boya Daren ?"
"- Il nous a sauvé. Il est auprès de Baihu. Zhuque lui a demandé d'aller le voir." Le fashi faisait souvent la tournée des trois autres dieux-gardien maintenant qu'ils étaient réveillés. Ils avaient envie de parler avec leur frère libre.
Long Ye retint une nouvelle bordée de jurons. Elle remercia les prêtres pour mettre le cap sur l'ouest de la ville.
Le vent du nord hein...
Elle finit par trouver la statue qu'elle avait elle-même réveillé prêt de quatre ans avant maintenant.
Les lieux avaient largement changé, Ce qui était à l'abandon et décatit avait été remis en état et un temple en bois était en train d'être finalisé derrière la statue qui n'avait plus une trace de mousse sur elle. Bien que les lieux soient noyés de travaux, il y avait une quantité non négligeable d'offrandes aux pieds de la statue.
"- Boya Daren !"
Le chef de secte faisait face à la statue de Baihu et la fixait sans rien dire.
"- Boya Daren ?"
Il ne broncha pas lorsque Long Ye s'approcha mais tourna vers elle un regard entièrement rouge lorsqu'elle posa une main sur son bras. Elle eut un petit mouvement de recul. Elle avait du mal à s'habituer à la présence de Zhuque
"- Long Ye Daren. Que puis-je pour vous ?"
"- Vous allez bien, Boya Daren ?"
"- Zhuque discute avec Baihu. Généralement, j'en profite pour dormir un peu, vous m'avez réveillé."
Dormir ? Réveillé ? il laissait le total contrôle de son corps à Zhuque de sa propre initiative ? Était-ce raisonnable ? D'accord, Zhuque était puissant, mais il restait une bête divine. Une bête avant tout.
"- Avez-vous besoin de moi, Long Ye Daren ?"
La cheffe de secte du sud secoua la tête.
"- J'ai eu une visite étrange à mon bureau ce matin. Un eunuque. Il est venu me parler sans que j'arrive a le repérer avant de disparaitre."
Boya eut un petit sourire en coin avant de lui décrire l'eunuque.
"- C'est bien lui ?"
"- Vous le connaissez ?"
"- C'est un démon. Il vit au palais depuis une éternité."
"- UN DEMON ?"
"- Il n'est pas dangereux. Enfin, il est politiquement dangereux, mais il ne mangera personne."
"- J'ai envoyé plusieurs de mes filles dans le nord."
"- Merci." Boya était vraiment ailleurs.
Tout d'un coup, il attrapa la cultivatrice par les épaules et la poussa devant la statue.
"- Alors ?"
"- Boya, qu'est-ce que vous faites ?" Mais ce n'était pas à elle qu'il s'adressait.
"- Baihu veut que vous soyez son vaisseau." Expliqua soudain Boya
Long Ye ouvrit de grands yeux.
"- QUOI ?"
"- J'ai promis aux trois autres dieux-gardien de garder un œil ouvert pour les aider à trouver un avatar, comme pour Zhuque. Et vous plaisez à Baihu,"
"- Mais...mais... Mais non !" Elle se débattait brutalement entre les mains de Boya.
"- Personne ne va vous forcer." Assura Zhuque par la voix de Boya "Juste...réfléchissez-y ? Il y a des tonnes d'avantage à être un vaisseau. Demandez à Boya."
La cheffe de secte retrouva rapidement son calme. Elle ne s'était pas attendue à ça. C'était la cause première de son refus.
"- Je verrai." Elle jeta un coup d'œil à la statue du tigre blanc et eut comme l'impression que la statue la fixait avec avidité. Un frisson lui remonta dans le dos. Elle le repoussa sèchement. "Boya Daren, nous parlions du nord."
Il fallut encore quelques minutes avant que Zhuque se rétracte suffisamment pour que Boya puisse se concentrer sur la jeune femme.
"- Pardonnez-moi. J'arrive en général à suivre deux conversations en même temps, mais les dieu-gardiens ont tendance à parler très, très vite entre eux. Si je ne fais pas attention, ils me perdent presque instantanément."
Long Ye eut un petit signe de tête.
"- Si vous en avez fini ici ?"
Il la suivit après une rapide inclinaison du buste vers la statue de Baihu. Pour un peu, Long Ye aurait presque perçut un mouvement de tête du tigre mais ce n'était pas possible. C'était de la pierre. Il ne pouvait pas bouger ! Puis elle regardait Boya et ne savait plus quoi penser. Il y avait longtemps que les marques de Zhuque sur lui ne disparaissait plus quoi qu'il fasse.
"- Un démon est donc venu m'avertir qu'il se passe quelque chose dans le nord. Vous pensez qu'il serait possible que Qing Ming Daren soit retenu quelque part dans le nord ?
"- Le nord est grand. Entre les petits villages, les montagnes, les grottes... Même en explorant avec un râteau nous pourrions lui marcher dessus sans même nous en rendre compte." Soupira Boya, bien conscient de l'ampleur de la tâche que représentait de retrouver son Partenaire, "Mais s'il pense que quelque chose vient du nord, quelque que soit la menace, ou la situation, il faut envoyer du monde là-bas."
"- Vous allez prendre la parole d'un démon pour argent comptant ?"
"- Killing Stone lui fait confiance. Et je fais confiance à Killing Stone avec ma vie. Sans compter que ce n'est pas la première fois qu'il me communique des informations. Elles sont toujours difficiles à comprendre mais toujours justes."
Long Ye ne put qu'accepter la chose.
"- J'imagine qu'on envoie aussi Dee et Zhenjin ?"
"- J'imagine que Zhenjin aura jeté Dee sur sa selle pour partir avec dès qu'il sera au courant de la piste potentielle." Aucun des deux fashi ne comprenaient comment fonctionnait l'inspecteur.
Il était en permanence scandalisé et outré par tout ce qui se passait, mais à part Boya et Long Ye eux même, il était certainement celui qui en faisait le plus depuis six mois pour retrouver QingMing.
"- Je crois qu'il fait ça pour Dee Renjie." Finit par murmurer Long Ye.
Boya haussa un sourcil mais la laissa continuer.
"- QingMing Daren est la seule famille qu'il reste au Détective. Son oncle nous a quitté il y a quelques mois. Et comme Zhenjin est physiquement incapable de dire qu'il s'inquiète pour son ami, et bien..." Elle eut un geste vague de la main.
Puisqu'il ne savait pas comment le dire, il le montrait. C'était tordu, tarabiscoté et maladroit mais totalement en accord avec la personnalité de l'individu.
"- Vous croyez que tous les deux..." Boya agita un peu l'index et le majeur.
"- Noooon, aucune chance ! Même avec un bâton de dix li ils ne s'approcheraient pas l'un de l'autre comme ça. Je crois que Zhenjin n'a toujours pas accepté qu'ils sont amis d'ailleurs. Non. Il est juste pataud et ronchon comme un vieil ours." Le sourire de Boya diminua soudain.
Lui aussi les premiers jours avaient été pataud et ronchon comme un vieil ours avec son Partenaire. Il dut lutter pour garder le contrôle de ses conduits lacrymaux. Il avait bien assez pleuré comme ça les premières semaines. Il avait assez détruit de murs et cramés de trucs pour les dix ans à venir.
"- Vous avez l'air d'aller un peu mieux." Tenta timidement Long Ye a son collègue
"- Un peu mieux ?"
"- Moins fatigué en tout cas."
Boya faillit répondre avant d'ouvrir de grands yeux en réalisant. Oui, évidemment qu'il était moins fatigué ! Il ne s'était pas réveillé en hurlant de douleur, paralysé par les tortures que subissait QingMing.
"- Il faut que j'aille à la Maison." Sans attendre de réponse de sa collègue, Il attrapa son Dizi pour ouvrir un portail et se rua à l'intérieur.
Long Ye en resta bête, Qu'est-ce qui se passait ?
Un peu ronchon de s'être faite plaquée comme une fille de mauvaise vie par un rustre qui promet monts et merveilles, elle tapa du pied sur le sol. Il n'y avait personne autour, elle pouvait se permettre ce geste d'humeur.
Pour un peu, elle aurait presque entendu un rire à la frontière de sa conscience. Sans le vouloir, elle se tourna vers la statue de Baihu.
Était-ce…non, ce n'était pas possible. N'est-ce pas ?
Elle s'approcha lentement la statue dont ils ne s'étaient pas éloignés de plus de quelques dizaines de mètres.
Je te connais.
Elle frissonna.
Pourquoi avait-elle l'impression que la statue la regardait vraiment ? Et qu'elle lui parlait ?
"- Je ne suis pas là pour être un vaisseau. Ma secte m'attend dans le sud." Long Ye se sentait idiote de parler à la statue. "Et cessez de me regarder comme un bout de viande !" Si ce n'était pas la statue, c'était un homme qui la trouvait à son gout caché dans un fourrée
La pression diminua un peu, suffisamment pour qu'elle soit effectivement sûre que la statue la voulait, elle.
"- J'y réfléchirais."
Elle fila sans attendre son reste. Qu'est-ce qu'elle venait de promettre. Et cette sensation de satisfaction là ? Elle en frémit et accéléra un peu. Elle comptait bien cravater Zhenjin et Dee avant qu'ils ne partent à l'aventure.
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"- SNOW HOUND ! MAD PAINTER ! KILLING STONE !"
Les trois shishen n'étaient pas en forme et ça se voyait. Aucun habitant de la Maison et du Domaine n'était en forme mais ils étaient vivants. Ils se trainaient tous lamentablement comme s'ils n'avaient pas dormi depuis des jours. Les plus jeunes, ceux qui n'étaient pas encore liés à Qing Ming, s'étaient organisés de leur mieux pour s'occuper de leurs parents et des plus jeunes qui n'étaient pas encore en âge de se débrouiller. Presque tous les habitants du Domaine à part ceux qui pouvaient hiberner avaient convergés vers la Maison. Boya venait dès qu'il pouvait pour aider, mais n'avait que peu de temps pour se faire. Alors débouler comme ça ? Les trois shishen avaient fait l'effort de se sortir du nid et de se trainer jusqu'à lui.
"- Boya-di ?"
Le vaisseau de Zhuque sauta littéralement au col du tengu qui vacilla. Boya avait la chance d'être encore "humain" avant d'être le shishen de QingMing. Lui aussi était fatigué mais il n'avait pas besoin de l'énergie de son partenaire pour se maintenir. Si les autres n'avaient pas rejoint le plan spirituel, c'était parce qu'ils avaient peur de ne jamais pouvoir revenir et de disparaitre dans leur sommeil si QingMing mourrait. Mourir pour mourir, ils voulaient le faire les yeux grands ouverts et tous ensembles.
"- Est-ce que vous avez ressenti la douleur de QingMing cette nuit ?" Les trois esprits gardien se figèrent.
"- Non."
C'était la première nuit depuis des semaines, des mois même, qu'ils n'avaient pas ressenti sa douleur. Soit il n'avait pas été torturé, soit ce qui le bloquait avait été modifié. Pour leur santé d'esprit, il espérait grandement la première solution.
"- Killing Stone, notre ami Jian Ya est venu dire à Long Ye qu'il se passait quelque chose dans le nord.
Est-ce que ce serait possible que QingMing Daren...
"- Je sais que vous avez déjà tout tenté pour briser le mur entre lui et nous. Mais est-ce que vous pouvez juste le surveiller ? Au cas où ?"
C'était quelque chose à faire. Quelque chose qui ne leur couterait pas d'énergie et qu'ils pouvaient tous faire.
"- Bien sûr."
"- Allez-vous recoucher. Je vais faire le tour de la Maison avec les shidi."
Les adultes étaient honteux de ne pouvoir pas être actifs plus de quelques heures par jour mais leur état était critique. Ils ne s'affaiblissaient plus depuis des semaines, mais ils n'allaient pas mieux non plus. Tant que leur maître était en vie, eux aussi. Mais c'était bien tout.
Snow Hound et Killing Stone avaient poussés leurs forces à la limite pour tenter de trouver des renards et accompagner Boya dans le monde des démons mais ils en avaient payé le prix en rentrant. Il leur avait fallut des jours pour parvenir à simplement se lever une fois auprès de leurs frères.
Boya accompagna les trois shishen jusqu'au nid de Snow Hound. Avec l'arrivée d'autant de monde dans la Maison, ceux qui le pouvaient avaient laissé leur chambre aux autres et s'étaient regroupés. TianGou et HuaShi avaient fait de la place dans leur nid pour ShengShi et Hei Feng. Honey Bug et Peach Blossom partageaient un cocon dans un coin de la pièce, Ye HuoHua dormait entre ses parents et la Multitude avait réduit le nombre de ses corps au maximum pour économiser les forces de la colonie. Boya ne savait pas si les corps étaient morts ou en stase quelque part ou autre chose, mais il ne restait plus que deux clones, un mâle et un femelle qui se reposaient sur un petit lit bas non loin du nid. Trois furets démon sortirent de sous le nid pour venir renifler le maître de JingYun et lui poutpouter à la figure leur épuisement avant de retourner se cacher dans leur nid de chaussettes volées
Boya borda les trois shishen après les avoir aidés à retirer leurs chaussons d'intérieur puis prit Ye HuoHua dans ses bras pour le distraire un peu pendant qu'il faisait le tour de la Maison. Ça lui donnait l'impression de servir à quelque chose au moins.
Où était son QingMing ? Qu'est-ce qu'il faisait ? Dans quel état était-il ?
Le petit tengu lui caressa la joue pour sécher les larmes de son tonton.
"- Faut pas pleurer, Jiujiu. Bobo revenir bientôt !" Il passa ses bras autour du cou de Boya et le serra très fort contre lui avant de s'agiter pour qu'il le laisse descendre.
Le petit tengu avait physiquement pas loin de huit ans. Il parlait de mieux en mieux malgré le différentiel de maturité entre son esprit murissait et son corps, mais il savait quoi faire pour soulager la peine des adultes.
"- Jiujiu Boya est fort. Bobo Mingming a besoin de lui quand il va rentrer."
Boya corrigea gentiment la grammaire de l'enfant avant de lui tendre la main.
"- Tu m'aides à faire à manger pour tout le monde ?"
Ce ne serait pas fantastique évidemment, mais faire cuire du riz, de la viande et des légumes, il maitrisait sur le bout des doigts maintenant, Même s'il fallait faire des quantités astronomiques pour nourrir près de cent personnes. Pour une fois, Baya décida de passer la nuit avec ses frères shishen. Pour la seconde nuit de suite depuis six mois, ils ne furent pas réveillés par des douleurs atroces. Le lendemain matin, il se mirent à espérer.
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Zhenjin avait embarqué son ami avec lui comme à chaque fois. Dee ne comprenait pas l'acharnement de son ami à retrouver le yin yang shi. Il savait parfaitement que le sort du prêtre lui était complétement égal et qu'en plus, l'homme lui faisait presque aussi peur que Boya Daren. Sans compter leur effronterie naturelle, leur impudence à tous les deux le faisait grincer des dents. Le couple était bizarre, sans la moindre honte ni la moindre retenue et jouait avec des capacités qui le mettait affreusement mal à l'aise.
Alors pourquoi s'acharnait-il à tenter de retrouver le yin yang shi ? Dee n'arrivait pas à comprendre. Ni pourquoi il l'embarquait systématiquement avec lui pour ça. Ils avaient du travail à la capitale. Certes, ils étaient prioritairement dévolus à la recherche de QingMing Daren mais comme les autres, Dee ne croyait plus trop à la survie du fashi.
Il n'y avait plus vraiment que Boya et Long Ye Daren ainsi que l'Empereur qui le pensaient encore en vie.
"- Tu sais qu'on ne trouvera rien, n'est-ce pas ? Comme à chaque fois."
"- D'habitude, c'est toi qui m'encourages et c'est moi qui joue les raisonnable. Qu'est-ce qui arrive au grand Dee Renjie ?"
Le Détective avait l'habitude de la colère de son ami, mais moins de ses railleries. Il finit par arrêter sa monture et en descendre.
"- Qu'est-ce que tu fais ? On a déjà assez pris de retard comme ça"
"- Pas avant que tu m'ais expliqué ce que tu fais ?"
Le garde resta perplexe.
"- Ce que je fais ?" Il ne comprenait pas
"- Tu te fiches complètement de QingMing Daren. Il te fait peur. Comme Boya Daren." Comme à n'importe qui d'un peu normal finalement. "Mais depuis six mois, je ne t'ai jamais vu aussi investi dans quelque chose ! Pourquoi ?"
Zhenjin grommela quelque chose dans sa barbe
"- Remonte en selle. Sinon, on n'arrivera jamais à l'auberge avant la nuit."
Ils commençaient à connaitre la plus part des routes qui partaient de la capitale à force de les faire dans tous les sens.
"- Zhenjin ! Je ne bougerai pas tant que tu ne m'auras pas expliqué !" La colère croissante sur le visage de son ami était presque rassurante. Dee savait gérer un Zhenjin en colère. "Alors ?"
Les deux hommes restèrent un long moment à se fixer en silence, Dee la tête haute, les bras croisés sur le torse et Zhenjin, recroquevillé sur sa monture, visiblement sur la défensive. Finalement, le garde soupira lourdement. Dee était borné comme une brique ! Il savait qu'il ne bougerait pas tant qu'il ne le voudrait pas.
"- Alors ?"
"- Tu ne bougeras pas hein."
"- Non. Pas sans une véritable explication de ta part. Ça devient ridicule, Zhenjin."
"- C'est ton frère. Même si c'est juste ton demi-frère, c'est ta famille. La seule qu'il te reste."
Il n'en dit pas plus et se détourna. Il était mal à l'aise de voir la surprise et la...quoi ? Douceur ? Tendresse ? Sur le visage de son ami ?
Bah ! C'était déroutant.
"- Zhenjin..."
"- Remonte en selle. On a déjà perdu assez de temps comme ça, imbécile.
Le Détective remonta sur son cheval et suivit son ami en silence. S'il avait imaginé une seconde... Ça lui faisait tout bizarre. C'était...gentil. Les actes de pure gentille de la part de son ami étaient aussi rares qu'inattendus. Encore une fois, Dee ne savait pas vraiment comment y répondre.
"- Merci." Finit-il par murmurer.
"- Tsss." Zhenjin poussa un peu sa monture. "On a pris du retard."
Les deux hommes chevauchèrent en silence un long moment. Ils avaient déjà bien en tête leur trajet : tirer aussi droit que possible vers Xihai où ils comptaient faire une petite pause puis direction la secte du yin yang. De là, ils reviendraient à vitesse plus réduite vers la capitale en faisant un trajet en serpentin pour tenter de couvrir le plus de surface possible et interroger un maximum de monde.
Il leur fallut un peu plus de dix jours pour rejoindre Xihai en changeant de montures à chaque relais impérial puis encore cinq pour rejoindre le Bureau. Ils y furent accueillis avec réserve. On les nourrit, les réchauffa, leur échangea leurs chèvres des montagnes puis ils purent se reposer une journée complète pendant que Kin Lao leur faisait un résumé de ce qu'ils avaient trouvés. Ce qui se résumait à : rien.
C'était comme si Cimu et QingMing avaient disparus de la surface de l'Empire.
Un peu timide, Dee ne put résister à demander au Premier Disciple s'il pensait son chef de secte vivant. La réponse fut aussi instantanée que positive. Évidemment que QingMing Daren était vivant. Sinon, ses shishen seraient morts. Il était détenu quelque part, probablement coupé de sa cultivation, mais il était bel et bien vivant. Il n'en était pas sûr, il le savait. Et malgré la mauvaise tête de certains qui voyaient là le bon moment et une bonne solution pour se débarrasser du demi-démon qu'ils n'arrivaient que très difficilement à supporter autant qu'un moyen aisé de gagner en pouvoir, tous les disciples savaient que leur chef de secte était vivant.
L'assurance de Kin Lao soulagea quelque chose chez Dee. même si QingMing n'était que son demi-frère et que leurs relations étaient quasi inexistantes, ça restait son demi-frère. Et il était reconnaissait à Zhenjin de le soutenir pour tenter de le retrouver avec plus d'énergie encore que lui.
"- Vous pensez que vous allez le retrouver ?" Tous les moins de vingt-cinq ans de la secte s'étaient rassemblés pour voir partir les deux hommes après leur nuit au chaud.
Les cultivateurs leur avaient fourni des vêtements bien plus adaptés au climat que ce qu'ils avaient en arrivant la veille. Les bottes surtout étaient en cuir épais avec de la peau de mouton retournée à l'intérieur. Elles donnaient l'impression d'être bien trop grandes mais au moins, les deux hommes n'avaient plus l'impression que leurs orteils allaient rester dans leurs chaussettes quand ils retiraient leur bottes le soir. Les épaisses chaussettes et les pantalons de dessous en laine épaisse et soyeuse aussi étaient un soulagement. Le retour allait être bien plus long que l'aller, mais il allait aussi être infiniment plus confortable. La secte leur avait aussi fourni une tente adaptée au climat avec des sigils brodés sur la toile pour garder un minimum de chaleur. même s'ils tombaient au milieu d'une tempête, avec les chèvres dans l'abri avec eux, ils survivraient.
Ils repartirent non pas vers le sud mais vers l'ouest avant tout. Ils avaient une carte sommaire des villages du coin, ils savaient ou aller.
Où était le chef de secte ?
Et de quel vent furieux avait donc parlé ce démon ?
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Zhuque se posa sur la terrasse des appartements de son vaisseau.
Si la transition était instantanée à présent, ses vêtements n'arrivaient toujours pas à suivre correctement. Il n'arrivait jamais à les faire revenir avec lui complétement. Boya avait beau changer avec ses cuirs complets, il revenait toujours avec un pantalon, les lambeaux de son haut autour de la taille et torse nu.
Yan Shu était persuadé que c'était parce que Boya savait que QingMing adorait le voir aussi dévêtu et chiffonné. Alors instinctivement, Boya faisait de son mieux pour satisfaire son Partenaire, même absent. Zhuque trouvait l'explication tout à fait rationnelle.
Boya ne voulait pas savoir. Il se contentait quand il le pouvait de se débarrasser de son haut avant de d'aller voler. De plus en plus, il prenait l'habitude d'avoir une unique robe de dessus sur sa peau nue. C'était scandaleux, c'était honteux, c'était à la limite de l'exhibitionnisme, mais qui allait protester ? Si c'était pour se retrouver nez à bec avec un phénix de trois mètres de haut prêt à vous cramer les fesses, il y avait plus utile pour dépenser sa salive. Et moins dangereux surtout !
Un soupir échappa au chef de secte. Il avait encore passé une bonne partie de sa nuit à voler autant que possible dans l'espoir de trouver une tache blanche solitaire perdue au milieu de la nuit mais encore une fois, sans succès.
Zhuque comme Boya refusaient de baisser les bras. Ils savaient que leur Partenaire était vivant. Maintenant qu'ils n'étaient plus torturés à travers lui chaque nuit, le vaisseau et son dieu-gardien volaient chaque nuit pendant des heures à la recherche de leur compagnon.
Ils savaient qu'à la Capitale, leurs balades nocturnes avaient un peu rassuré la population. Toute la ville était au courant du mécontentement des dieux-gardien envers aussi bien ses dirigeants que la population elle-même. Sinon, pourquoi leur retirer leur protection ?
Les actes de contrition étaient nombreux, les temples disparus pour les quatre dieu-gardien étaient finit ou quasiment et même la statue de QingLong avait été un tout petit peu déplacée pour être plus facile d'accès sans déranger les sigils de protection qu'il protégeait.
A l'endroit où la statue de Zhuque s'était tenue, sur le front de mer, une nouvelle statue avait été dressée enfin, sanctifiée et Zhuque lui-même était venu pour poser une de ses plumes de queue dessus. Elle était assez chaude pour avoir faire fondre en partie la pierre et s'y être naturellement niché. Ceux qui priait-là ne réalisaient sans doute pas qu'ils nourrissaient Zhuque de leurs prières.
Les trois autres gardiens aussi dévoraient les dévotions qu'ils recevaient avec une délectation rare. On les avait tellement oubliés depuis des siècles, sauf lorsqu'il fallait protéger la Capitale du Serpent, qu'ils se nourrissaient de la dévotion de leurs ouailles autant qu'ils le pouvaient.
Long Ye était retournée voir Baihu plusieurs fois, aussi bien avec Boya pour faire l'interprète les premières fois que seule à présent.
Zhuque espérait vraiment qu'elle allait accepter.
Xuanwu était plus difficile et n'avait encore accepté aucun des potentiels candidats (même s'il ne le savaient pas eux même) qui lui avait été présenté.
Quant à QingLong, s'il faisait le mort quand on lui amenait un humain, il adorait quand Liu Ye lui montait sur le dos. Mais qui pouvait ne pas aimer le jeune démon. Ne pas l'aimer était tout simplement impossible.
Boya se laissa tomber dans son nid. Il prit le coussin avec les poils de son renard et enfouit son nez dedans. L'odeur de son Partenaire était de plus en plus ténue. Petit à petit, elle aussi disparaissait. Boya savait que sa détresse serait réelle quand les dernières bribes de son parfum l'auraient quitté.
Il du retenir un petit sanglot épuisé. Que pouvait-il faire pour retrouver son renard ? il se sentait totalement démunis, incapable et perdu. L'Empire était trop grand, QingMing trop petit dans cette immensité. même s'ils étaient des centaines, des milliers peut-être pour quadriller toute la surface du pays, comment pouvaient-ils le trouver sans au moins un indice ? Et si les paroles de Jian Ya étaient cet indice, le nord était si grand, si désolé, tellement inhospitalier, comment retrouver QingMing ? Comment retrouver un simple demi-renard perdu dans cette immensité ? Ils avaient espéré que les renards blancs du nord accepteraient de les aider mais ils n'avaient même pas pu établir le contact. Soit les appels de Xue TianGou n'avaient été entendu par personne, soit personne n'avait voulu répondre. Intérieurement, Boya espérait que c'était la première solution. Si QingMing avait encore de la famille de ce côté-là et qu'aucun n'acceptait de bouger juste parce qu'il était un demi-humain, Boya en serait aussi déçu que de son propre racisme envers QingMing lorsqu'ils s'étaient rencontrés.
Il voulait juste qu'on lui rendre son Partenaire.
Et qu'on lui livre Cimu sur un plateau.
Zhuque avait tout un tas de trucs très intéressant qu'il comptait lui faire découvrir comme amusements. Ce serait très drôle ! Pour Zhuque et Boya en tout cas. Pour Cimu en revanche… enfin, ça lui ferait en tout cas découvrir un nouvel univers. Voir même deux lorsqu'il serait passé ad patres après des heures et des heures de joyeux amusements.
Zhuque commencerait par lui arracher les yeux. Pas la langue, il voulait l'entendre hurler et supplier.
Il lui arracherait les doigts puis luis casserait les jambes et les bras avant de le trimbaler en vol en le tenant par les membres. Il s'amuserait à le lancer en l'air et à le rattraper au vol.
Quand il se serait bien amusé avec lui, il lui ouvrirait le ventre avec son bec pour dévorer ses entrailles. Et avant qu'il ne meure, il le cramerait lentement en commençant par les pieds et en remontant lentement. Cimu était un cultivateur. Il résisterait longtemps aux tortures.
Boya avait toujours été un homme sanguinaire et violent mais…Non, il était d'accord en fait. Peut-être pourrait-on lui arracher les yeux APRES qu'il ait vu ses membres être brisés et qu'il ait été jeté en l'air par Zhuque ? Qu'il puisse aussi voir lentement la mort lui tourner autour.
A eux deux, le dieu-gardien et son vaisseau étaient juste avides de vengeance autant que de sang.
Six mois !
Ca faisait plus de six mois, presque sept à présent que leur moitié avait disparu.
Six mois, deux ruts et près de deux cents nuits passées seul dans leur nid à se morfondre sans avoir la chaleur de leur renard dans leurs bras, son corps souple contre le sien, ses murmures endormis le matin quand il était l'heure de se lever.
Six mois sans ses étreintes.
Six mois sans ses baisers.
Six mois sans vraiment vivre.
Boya se redressa dans son nid, son oreiller étroitement serré dans ses bras.
Il voulait juste qu'on lui rendre l'homme de sa vie.
Il était malheureux et ne savait pas comment il pourrait retrouver une véritable joie de vivre sans son Partenaire. Même la chasse perdait petit à petit son attrait
Lentement, il savait qu'il retombait dans ses travers d'avant sa rencontre avec lui. Il redevenait plus froid, plus distant, plus hautain. Il redevenait l'homme solitaire qui ne vivait que pour la vengeance qu'il était avant de rencontrer son renard.
Il avait perdu sa mère à cause d'un renard et son renard lui avait été enlevé par un humain. Il y avait là une certaine cruauté poétique. S'il n'avait pu discuter avec sa mère et si elle ne lui avait pas assuré qu'elle acceptait QingMing bien qu'il soit un mâle (et encore, QingMing avait prouvé que ça aussi était une notion tout à fait relative), il aurait peut-être pu y voir un signe des dieux, du karma ou qu'elle lui reprochait un manque d'amour filial. Mais là ? Non, il était juste furieux, malade d'angoisse et intérieurement en train de saigner à mort de chaque jour qui passait sans son renard.
Si QingMing mourrait, il savait qu'il ne lui survivrait pas longtemps. Et ça n'avait rien à voir avec son lien de shishen avec lui. Le temps de mettre sa secte en ordre, de choisir un successeur et il abandonnerait totalement son enveloppe à Zhuque.
Un petit soupir lui échappa. Il tournait en rond. Son esprit tournait en rond.
Il n'arrivait même plus à savoir quoi faire à part se noyer dans la routine de sa secte et ses chasses. Si physiquement il était devenu plus fort qu'avant, sa santé mentale partait lentement en lambeaux.
Avec un mélange d'écœurement et de désespoir, il alla s'installer à son bureau. La paperasse, elle au moins, ne le décevait jamais. Elle était toujours là, prête à le noyer.
"- Boya Daren ?"
Le chef de secte sursauta. Il était tellement bien perdu dans ses pensées déplorables qu'il n'avait même pas remarqué Liu Ye qui dormait sur le petit canapé dans le coin du bureau. Le jeune shishen épuisé se sortit difficilement de sa montagne de couvertures. Sans QingMing pour le nourrir, il avait perpétuellement froid.
"- Tu as dormit ici ?"
"- Vous êtes tout triste."
"- Je suis toujours tout triste sans mon QingMing." Sourit difficilement le chasseur.
Liu Ye lui monta sur les genoux sans la moindre pitié.
"- Grande Poule devrait pas être aussi inquiet." Murmura le jeune démon en calant sa tête au creux de son cou.
Un infime sourire apparut momentanément sur les lèvres de Boya.
Grande Poule.
Le jeune shishen ne l'avait pas appelé comme ça depuis bien longtemps.
"- Grande Poule, hein ?"
Liu Ye s'était progressivement détaché de Sardine depuis qu'il avait des amis de son âge et l'affection des deux chefs de sectes. Petit à petit, ils en étaient venus à le traiter comme un enfant qu'ils se partageaient. Depuis six mois que QingMing avait disparu, Boya avait l'impression d'être un veuf avec son fils à élever. C'était perturbant.
"- Il va revenir vous savez. Il a pas le choix. Il est vivant, donc il va finir par revenir."
L'absolue confiance de Liu Ye était à la fois douloureuse et un soulagement. Boya aurait voulu pouvoir lui dire qu'il fallait être réaliste mais le jeune shishen ne voulait rien savoir. Pour lui, tant que le lien avec son maître était là, même vide, alors QingMing finirait par revenir. Lorsqu'il venait noyer Boya de sa confiance en son maître, le chasseur ne pouvait rien faire d'autre qu'accepter de lui faire confiance et continuer quelques jours.
Liu Ye bailla soudain lourdement. Un petit éclair blanc attira soudain le regard de Boya.
"- Liu Ye, tu peux ouvrir la bouche s'il te plait ?"
Docile, le jeune démon obéit sans se poser de question.
Boya fronça les sourcils.
Qu'est-ce qu'il avait vu ?
"- Tu as quelque chose dans la bouche ?"
"- Boya Daren ?"
"- J'ai vu quelque chose de blanc sur ton palais. Tu n'es pas malade n'est-ce pas ?"
Le démon gloussa.
"- Malade ? Mais non." Il ouvrit encore la bouche, bien trop largement pour que ne soit pas dérangeant. Deux longs, très longs crocs se déployèrent vers l'avant.
C'était bien ce que Boya avait vu. Ce n'étaient pas des crocs mais des crochets. Comme ceux d'un serpent ! Mais il n'avait jamais vu ça avant ! Il n'avait jamais vraiment fait attention non plus d'ailleurs.
"- …Tu as ça depuis longtemps ?"
"- Quelques mois. Ils ont commencé à pousser après la disparition de QingMing Daren."
Boya posa une main sur la nuque du jeune démon pour qu'il revienne caler sa tête contre son cou. Serait-il possible qu'il ait développé ça à cause de la disparition de son maître ? Pour avoir quelque chose pour se défendre ?
"- Ce sont de jolis crochets en tout cas."
Le sourire de Liu Ye était lumineux.
"- Mmm !"
Il passa ses bras autour de la taille de Boya et ferma les yeux pour reprendre sa sieste. C'était quelque chose à laquelle le chasseur de démon s'était habitué. Il était devenu très doué pour continuer à effectuer son travail malgré la présence du jeune shishen sur ses genoux. Une fois endormit, il ne bougeait pas de toute façon.
Un énorme soupir échappa une fois de plus au chef de secte. S'il devait être réaliste, il ne savait pas dans quel état il serait s'il n'avait pas eu Liu Ye avec lui.
Il eut une pensée fugitive pour le démon de QingMing installé au Domaine du sud. Il lui avait proposé de retourner à la Maison avec les autres servants de son maître mais il avait refusé. Il avait ses habitudes et ses amis dans le sud. Mourir pour mourir, il préférait encore s'éteindre avec les siens autour de lui que des frères qui lui étaient encore grandement étrangers. Il n'avait pas encore vraiment eu le temps d'apprendre à les connaitre et ne serait qu'une charge de plus pour les jeunes qui s'occupaient difficilement des adultes. Non, Xue XingXue était encore aussi bien avec ses amis du sud.
Yan Shu trouva son chef de secte plusieurs heures plus tard occupé à son bureau avec le petit démon toujours endormit sur ses genoux.
"- Boya ?"
"- Mmm ?"
"- Ça va ?"
Le chasseur jeta un regard mort à son ami et collègue.
"- On est vivant." C'était bien tout ce qu'il pouvait proposer comme réponse à son second. "Que se passe-t-il ?"
"- Un message de Zhenjin et Dee vient d'arriver par messager rapide."
Les deux hommes étaient partis depuis trois grosses semaines à présent. Ils envoyaient des rapports quasi quotidiens mais pour qu'ils utilisent un messager rapide au lieu du courrier impérial ordinaire ?
Yan Shu donna l'enveloppe scellée à son chef de secte. Les mains de Boya tremblaient légèrement au point qu'il peina à briser le sceau du courrier.
La tête lui tourna lorsqu'il en lu le contenu
"- Boya ?"
"- Un… Des civils ont entraperçu un renard blanc à six queues aux abords de leur village il y a…" Il calcula rapidement. "Presque quatre semaines."
Un espoir fou au fond des yeux, il était déjà prêt à voler en ligne droite vers le nord. Yan Shu l'empêcha de se lever. Liu Ye s'étira lentement.
"- Qu'est-ce qui se passe ?"
"- QingMing a été vu dans le nord sous sa forme animale." Raccourcit le premier disciple.
Parce qu'un renard blanc à six queues de la taille d'un cheval, ça ne pouvait être que le yin yang shi. forcément. Il fallait qu'ils se raccrochent à cet espoir.
"- Ha ! Je vous avais bien dit qu'il reviendrait !"
L'absolue confiance du jeune démon était presque insultante.
"- Et toi, Boya. Tu restes ici à l'attendre. S'il a un minimum d'intelligence, il doit avoir pris la direction de JingYun puisqu'il s'éloigne du nord. Alors tu restes ici et tu l'attends."
"- Je ne vais pas jouer la demoiselle en détresse !" Protesta immédiatement Boya qui ne voulait qu'une seule chose : aller chercher sa moitié.
"- Non. Mais tu peux préparer son retour. Qui sait dans quel état physique et psychologique il est ?"
Ca ferma le clapet de Boya. Il serra les dents, hocha la tête et se laissa retomber sur son coussin.
Liu Ye n'avait toujours pas quitté ses genoux.
"- Sinon, on pourrait aller prévenir Grand Papi Poule !"
Boya jeta un regard suppliant à son second.
"- D'accord, mais tu reviens après."
Le chasseur hocha vigoureusement la tête. Il fallait qu'il BOUGE. Il fallait qu'il fasse quelque chose. Qu'il soit actif pour ne pas devenir fou à attendre
