Dee et Zhenjin avait commencé leur lent retour vers la capitale bien plus confortablement que leur remontée vers le nord à marche forcée. Entre les chèvres des neiges, les vêtements et la nourriture adaptée, ils pouvaient prendre le temps d'interroger chaque personne qu'ils rencontraient, d'aller voir chaque chef de village sans risquer de mourir de froid s'ils étaient surpris par la nuit sans abri et lentement, très lentement, revenir en serpentin vers la capitale.
Ils avaient commencé par tirer un peu vers le sud-ouest, étaient revenus presque parallèlement au bureau vers le sud-est, puis allaient repartir encore un peu vers le sud et vers l'ouest… Petit à petit, la zone de recherche allait s'élargir mais ils ne voyaient pas meilleure méthode pour être efficace et aussi exhaustifs que possible.
Au bout de quatre jours à revenir vers l'est, ils avaient eu leur premier témoignage intéressant. Quelqu'un avait vu une grande masse indistincte blanche, de la taille d'un très gros cheval, filer à grande vitesse vers le sud-est.
Les deux hommes avaient demandé à être conduit à l'endroit précis où les deux enfants avaient vu la masse blanche. Dans leur village, personne ne les avait vraiment cru. Une masse blanche aux yeux jaunes ? Bah.
Les yeux jaunes, c'était un autre indice qu'ils n'avaient pas eu au premier abord.
Les deux enfants de quatre et six ans montrèrent aux deux détectives l'orée de la forêt.
"- Il était là. Il a fui dès qu'il nous a vu. Et il était graaaaand ! Plus grand que papa ! Et plus grand que la Noiraude !"
"- La Noiraude ?" Dee haussa un sourcil vers les parents.
"- C'est notre vache." Ils montrèrent la vache d'un beau gabarit qui fouillait la neige à la recherche de pousses et de champignon.
Si la créature blanche était plus grosse qu'une vache du nord avec son épaisse toison et ses cornes…
Zhenjin et Dee remercièrent puis allèrent examiner l'orée de la forêt. Il avait neigé depuis, évidemment. Mais s'ils ne trouvèrent pas de trace au sol, Dee trouva quelques poils blancs à près de deux mètres de hauteur, dans les branches basses des arbres.
"- S'il venait du nord… Et qu'il a tiré tout droit… Zhenjin tu…" Son ami avait déjà sorti la carte de la région fournie par le bureau. "Merci."
Ils examinèrent longuement la carte
"- Il y a un autre village à quatre kilomètres. On peut aller voir s'ils n'auraient pas vu quelque chose."
Ils marquèrent d'un petit point rouge leur localisation actuelle, rangèrent, remontèrent sur leurs chèvres et prirent la route à peu près dégagée qui les conduirait au village. Là, ils cherchèrent le chef du village.
"- Auriez-vous vu quelque chose d'inhabituel dans le coin ces derniers temps ?" Demanda Dee après que les deux hommes se furent identifiés auprès du chef de village et de son fils.
"- Quelque chose d'inhabituel ? Comme quoi ?" Il y avait de la nervosité chez les deux agriculteurs.
"- Peu importe. Quelque chose qui vous aurait surpris ou étonné, peut-être le passage de quelque chose." Il était évident qu'ils savaient ou espéraient une information.
Le fils du chef hésita une seconde.
"- Une femme du village a vu un monstre blanc il y a quelques jours qui s'abreuvait au lavoir. Quand elle a hurlé, la créature a fui immédiatement."
Les deux inspecteurs échangèrent un regard.
"- Un monstre blanc ? Qui ressemblait à quoi ?"
Le chef de village eut un signe de tête pour son fils.
"- Emmène-les la voir."
"- Venez avec moi."
Dee et Zhenjin suivirent le jeune homme vers une petite maison comme les autres : à moitié enterrée dans le sol, avec un étage pour y conserver le fourrage et le grain, avec des murs épais faits de deux épaisseurs de briques cuites séparées par un espace vide. C'était de la maison faite pour le froid.
A l'intérieur, une jeune femme s'occupait d'un nourrisson. Elle salua les deux hommes, un peu inquiète. A la demande du chef de village, elle répéta ce qu'elle avait vu : une énorme créature blanche aux yeux jaunes. Quand elle avait hurlé, le monstre avait eu probablement aussi peur qu'elle et avait fui de toute la vitesse de ses pattes.
"- A votre avis, qu'est-ce que c'était ?"
"- Si ça avait été de la hauteur de mon mollet, j'aurais dit un renard des neiges peut-être. Mais c'était tellement grand ! et…il y avait des choses qui grouillaient derrière lui comme des vers."
"- …Est-ce que ça aurait pu être des queues ? Plusieurs ?"
Les deux paysans restèrent stupéfaits.
"- Vous voulez dire…un renard démon ? Maintenant que vous en parlez… Je n'y ai pas pensé parce qu'il était tellement maigre, même avec sa fourrure. Et tout pelé. Ces créatures-là sont toujours grasses comme des poneys. Surtout l'hiver. Mais…Oui, c'est très certainement ce que j'ai vu. Mais il doit être bien mal en point pour avoir eu aussi peur et être aussi maigre."
Les deux inspecteurs refusaient de se laisser aller à l'espoir. C'était peut-être leur client. Mais ils étaient dans le nord. Des renards démons blancs, ici, il suffisait probablement de mettre un pétard dans n'importe quel trou de rocher pour qu'il en sorte à chaque fois dix en glapissant.
Ils remercièrent, ajoutèrent une petite marque sur leur carte, puis demandèrent à voir les lieux et qu'on leur indique la direction prise par la créature.
Ils remontèrent sur leurs chèvres puis descendirent encore de quelques kilomètres vers le sud-est et un autre village. C'était plus un rassemblement de maisons qu'un village d'ailleurs. Une unique famille élargie y vivait.
Ils se présentèrent à nouveau, acceptèrent l'invitation à rester pour la nuit, puis commencèrent à poser les mêmes questions. Quelqu'un avait-il vu ou entendu quelque chose d'inhabituel ? Ils eurent une réponse assez similaire. Les paysans avaient entendu leurs animaux s'agiter. Ils étaient allés voir et avait vu un énorme démon-renard, ça, ils en étaient sûr, qui avaient gobé plusieurs de leurs poules. Ils l'avaient chassé avec des bâtons et des fourches, mais la créature était si maigre…Elle avait détallé dès qu'ils avaient commencés à s'agiter, ses trop nombreuses queues sous le ventre. Ils n'avaient même pas essayé de le poursuivre. C'était peut-être un renard démon en sale état, mais ça restait un renard démon de la taille d'un cheval !
Zhenjin tira deux rognures de cuivre de sa bourse pour dédommager les agriculteurs pour la perte de leurs poules. C'était beaucoup trop mais peu importait.
"- …Bien la première fois que l'état me rembourse pour une attaque de prédateur."
"- Nous recherchons ce renard depuis des mois." Expliqua Dee. "Si vous ou quelqu'un de votre entourage le recroise, prévenez un fonctionnaire voulez-vous ? ne lui faites aucun mal. Il ne vous ferait de toute façon aucun mal non plus."
Les paysans ne comprenaient pas trop ce qui se passait évidemment mais ils acceptaient l'information.
"- On préviendra les villages du coin."
"- Merci. Et s'il croque d'autres poules, laissez-le faire et envoyez la facture au Bureau du Yin yang."
"- …C'est un de leur shishen qui a un souci ?"
"- C'est à peu près ça."
Ha, les rumeurs avaient rapidement se rependre et se modifier. D'ici à ce que ça devienne un shishen maltraité par son maître qui tentait de fuir, ça ne prendrait sans doute que quelques jours.
"- Ce renard démon a perdu son maître et le cherche." Finit par expliquer Dee. Il n'aurait plus manqué qu'on leur cache son passage ! "Le Bureau a essayé de le retenir parce qu'il a été gravement blessé lui aussi mais il a réussi à leur échapper pour aller le retrouver lui-même." Il n'en savait rien, mais couplé au passage de Boya et QingMing des mois plus tôt, certains finiraient par voir la relation entre les deux, c'était une évidence. Maintenant, restait à savoir ce qui serait le plus rapide entre le renard démon, la rumeur et eux.
Avec un cynisme écœuré assez poignant, Zhenjin était persuadé que ce serait la rumeur qui gagnerait.
Les deux hommes restèrent à dormir roulés dans leurs manteaux devant la cheminée pour la nuit avant de repartir le lendemain après un déjeuner chaud réconfortant. Leur hôte avait déjà eu le temps d'envoyer des oiseaux à ses plus proches voisins pour les prévenir de la visite des deux officiels et de la "situation" alors ils n'étaient même pas encore remontés en selle pour reprendre la route. Lorsqu'ils arrivèrent au village suivant, toujours en suivant la direction imprimée par le démon renard qu'ils espéraient être QingMing Daren, le chef de village les attendait déjà. Le village était presque une petite ville avec plusieurs centaines d'âmes. Il y avait même une bonne auberge où ils purent se réchauffer et boire un thé pendant qu'on leur apportait les témoins sur un plateau. C'était tellement facile que s'en était louche. Si c'était vraiment QingMing Daren, il ne se souciait de rien à part avancer en ligne droite, sans s'occuper une seule seconde des humains qu'il pourrait rencontrer et effrayer. Mais s'il rencontrait des humains, pourquoi ne pas en redevenir un lui-même et demander de l'aide ? A moins qu'il en soit simplement incapable ? S'il était si maigre que décrit, il n'en avait peut-être tout simplement pas la force. Se sauver et fuir son bourreau le plus vite et le plus loin possible était possiblement la seule chose qu'il pouvait faire. La terreur pouvait pousser quelqu'un à faire des choses stupides ou impossibles après tout. On avait bien vu des mères soulever des charrettes remplies pour sauver leurs enfants coincés dessous.
Cette fois, ils eurent plusieurs témoins. Tous s'accordaient sur la même chose : un démon renard de la taille d'un gros cheval, maigre à faire peur, le poil abimé et manquant sur les pattes et le cou, qui avait fui dès qu'un humain l'avait repéré et fait du bruit. Comme dans les quelques maisons de la veille, il avait volé un peu de nourriture, sans doute trop épuisé pour chasser. Les deux hommes écrivirent une rapide reconnaissance de dette que les personnes lésées pourraient aller se faire rembourser à la plus proche station impériale locale.
"- C'est vraiment un shishen qui cherche son maître ? on a reçu un oiseau ce matin pour nous prévenir. C'est pour ça qu'on vous attendait." Expliqua le chef de village.
La Rumeur, vainqueur par KO technique en moins d'un round. La défaite des forces du bien était aussi totale que rapide.
"- Exactement. Nous ne pouvons pas faire grand-chose à part tenter de le suivre et de l'épauler avec son maître quand il l'aura retrouvé."
Tous les habitants du nord étaient familiers des histoires des prêtres du Bureau et de leurs shishen. Depuis quelques temps, les habitants les voyaient davantage après plusieurs décennies où ils s'étaient faits de plus en plus rares et recroquevillés sur eux-mêmes. Alors si l'un d'eux avait des ennuis, ils pouvaient comprendre que son servant le cherche.
Zhenjin déploya la carte pour marquer une fois de plus la ville d'un petit point.
"- …Est-ce que vous auriez quelque chose que je pourrais utiliser comme une règle ?" Demanda soudain Dee en prenant une carte à plus grande échelle qui lui permettrait de voir tout l'Empire.
Il reporta de son mieux les points dessus puis prit la planche qu'on lui apporta pour tracer un trait qui passait par chacun.
"- …..Ha…." Comme Dee s'y attendait, le trait passait en plein milieu de la Capitale pour tomber exactement sur JingYun.
"- Il n'y a plus de question à se poser."
"- Où est la station de messagers impériaux rapides la plus proche ?"
"- A trois jours de chevauché."
Il fallait qu'ils se dépêchent. Il fallait que le messager prenne de vitesse le renard démon.
Le crochet jusqu'au bureau de fonctionnaire leur prit un jour et demi à marche forcée. Les chèvres râlèrent un peu mais tinrent le rythme. Une fois leur message envoyé, ils reprirent leur poursuite du chef de secte avec des chèvres fraiches.
A chaque village ou communauté qu'ils traversaient sur les pas du renard, ils obtenaient les mêmes descriptions : un animal énorme, maigre à faire peur, qui détallait dès que des humains s'approchaient.
Après avoir été chassé d'un poulailler par un propriétaire qui avait réussi à lui jeter des pierres et à le toucher, le renard était parti en boitant et n'avait plus touché aucun poulailler dans les villages suivant. Deux fois il avait été vu à boire dans des lavoirs et une fois à dormir dans une grange à foin. Les propriétaires avaient eu si peur qu'ils n'avaient pas approchés jusqu'au matin. Quand ils étaient revenus en nombre pour se débarrasser de la bestiole, elle avait déjà filé en ne laissant que quelques poils blancs.
Dee les récupéra. Lorsqu'ils croisèrent un autre relais impérial, ils envoyèrent un autre courrier avec un messager rapide avec les poils dans une petite pochette en papier en plus de leur rapport. Si c'était vraiment QingMing Daren, Boya Daren devrait pouvoir le confirmer à l'odeur, non ?
Ils durent faire une pose d'une nuit et une journée dans un village pour attendre que leurs montures se reposent et refaire le plein de nourriture. Et se reposer eux aussi.
Lorsque Zhenjin se réveilla de sa sieste, se fut pour trouver Dee assit devant la table basse avec un thé près de lui et la carte sous les yeux.
Il avait noté aussi des suites de chiffres sur une feuille qu'il observait les sourcils froncés.
"- Il ralentit."
"- Quoi ?" Il fallut que Zhenjin force le sommeil à quitter sa cervelle.
Il vola la tasse de thé de Dee et se l'envoya dans la gorge pour se réveiller de force.
"- Quoi ?"
"- QingMing Daren. Il ralentit."
"- Comment ça, il ralentit."
Dee montra ses chiffres.
"- Regarde. Au début, il faisait bien quarante kilomètres par jour d'après les témoignages et les dates d'observation. Petit à petit, il a ralenti. A présent, il n'est plus qu'à une dizaine."
"- Il fatigue ?"
"- Ou il a moins peur d'être rattrapé." Le visage du Détective était fermé.
"- Qu'est-ce que tu as découvert ?"
Dee montra la carte. QingMing suivait l'exact ligne qui devait le mener à JingYun au plus court. Il allait droit devant lui et ne déviait pas de plus de quelques mètres. Mais s'il traçait la ligne dans l'autre sens pour remonter à son origine….
"- Dee…."
"- J'espère me tromper mais…Ca expliquerait beaucoup de choses."
Zhenjin se laissa tomber sur le coussin en face de son ami.
Si la trajectoire arrivait en plein sur JingYun, elle partait du Yin Yang Bureau.
Si QingMing n'avait pas dévié sa course comme ils tendaient à le croire, il était retenu depuis plus de six mois par sa propre secte. Ou tout au moins, dans ses entrailles.
"- Par les dieux." C'était choquant.
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QingMing… non, A-Ming.
Le renard était seul aux commandes. Il sentait la présence de l'humain au fond de lui mais il était comme recroquevillé de toutes ses forces autour du sigil qui tentait encore régulièrement de flamboyer pour enchainer le renard. L'humain le protégeait de toutes ses forces mais le renard ne savait pas trop combien de temps il y parviendrait.
Lorsqu'il avait réussi à bondir sur Cimu pour fuir, le changement de forme avait été suffisant pour briser ses chaines et lui permettre de sauter à la gorge de la créature que l'ancien cultivateur était en train de devenir. Il avait pathétiquement levé une main pour se protéger sous la surprise. Il avait cru QingMing maté mais s'était lourdement trompé.
A-Ming avait croqué la main et l'avait arraché sans le moindre état d'âme. Il avait piétiné Cimu au passage, défoncé la porte grâce à son poids et sa taille puis avait fui. Ce n'était que grâce à son nez qu'il avait pu retrouver la sortie dans le dédale de couloirs et de rayonnages où il avait été enfermé. Et s'ils n'avaient pu s'enfuir avant, c'était uniquement parce que Cimu avait assez baissé sa garde lorsqu'il avait tenté d'enchainer QingMing à lui. Avec Cimu distrait, puis gravement blessé, le renard avait réussi à briser les protections autour de la chambre et sur la porte qui le séparait de l'extérieur.
Avec un peu de chance, leur ravisseur était en train de mourir d'hémorragie sévère sur le sol et de la destruction des protections qui avait, avec de la chance, affectée autant son esprit que ses méridiens avec le choc en retour. Mais peu importait pour le renard. Il avait trouvé la sortie.
Il galopa aussi vite que possible encore une bonne demi-heure dans des galeries oubliées et abandonnées de tous avant de devoir s'arrêter devant un mur de glace derrière une porte en bois maintenant transformée en cure-dents. Le démon renard eut un petit reniflement. Ça marchait surement sur les humains. Mais sur lui ? Ha !
Il bondit à travers l'illusion du mur de glace.
Il était dehors.
Le froid et la neige furent comme une gifle. Lorsqu'ils avaient été enlevés, l'été était là n'est-ce pas ? Combien de temps avait-il passé enfermés ?
Le renard s'en cognait.
Il huma l'air un instant puis se mit à galoper de toutes ses forces vers le sud-est. C'était le seul endroit vers lequel il pouvait aller.
Quand il s'arrêta au bout d'une bonne heure pour reprendre quelque peu son souffle, le renard regarda derrière lui. Il reconnut les contreforts de glace du yin yang bureau. Son écœurement fut à la mesure de son manque d'étonnement.
Le temps de se reposer un peu et il repartait aussi vite que possible pour s'éloigner de cette secte qui avait tenté de le faire disparaitre.
Encore.
Le renard refusait de réfléchir à une autre solution. Il voulait juste fuir et retrouver leur moitié. Une fois qu'il l'aurait retrouvé, il lui rendrait cette moitié de lui qui maintenait hors d'atteinte l'humain dégoutant qui leur voulait du mal.
Alors il avait couru, droit devant lui. Il n'avait qu'à lever le nez vers les étoiles la nuit pour savoir vers où aller et suivre la course du soleil dans ses poils la journée pour que son chemin lui soit évident. Mais plus que le reste, c'était la présence au fond de son esprit, le lien entre lui et Boya qui le dirigeait. Le lien était sec, exsangue, mais bel et bien là accroché à lui, à eux, comme un lierre particulièrement agressif et borné.
Quand ils auraient retrouvé leur compagnon, il saurait arracher les menottes autour de ses pattes et de sa gorge qui les empêchaient de sentir le reste de leur meute.
Alors ils avaient couru. Couru aussi vite et aussi loin que possible pour mettre toute la distance du monde entre eux et cette secte qui les avait une fois de plus trahis.
A-Ming n'en concevait même pas vraiment de colère ou de rancune finalement. Ce n'étaient que des humains. Les humains craignaient toujours les démons. Malgré tous leurs efforts, malgré toutes leurs tentatives, qu'ils aient finit par ne plus être capable de faire semblant et tente une fois encore de débarrasser de lui, d'eux, n'avait rien d'étonnant. Ils l'avaient probablement vendu à Cimu. Sinon, pourquoi auraient-ils été détenu dans les caves du Yin yang Bureau ? Le renard n'avait pas les connaissances nécessaires pour réaliser que Cimu était celui qui avait violé le Mausolée et que c'était dans ses fondations qu'ils avaient été retenus. Toutes ces connaissances, c'était QingMing qui les avait. C'était lui qui aurait compris et qui aurait su. Mais l'humain ne pouvait en faire part à cette moitié de lui qu'il avait protégé de son mieux et séparé au maximum de son esprit jusqu'à ce que la faille entre eux soit assez énorme pour que le renard soit quasi indépendant et puisse fonctionner sans l'humain. Et inversement.
Lorsqu'ils seraient à l'abri, reboucher ce trou qu'ils avaient acceptés de faire pour leur survie serait probablement long et laborieux.
Mais pour ça, il fallait déjà qu'ils soient à l'abri et en sécurité.
il fallait qu'ils arrivent à JingYun.
JingYun était la seule chose qui avait de l'importance pour eux.
Boya.
Zhuque.
A-Ming leva le nez vers le ciel dans l'espoir fou que le rapace géant était quelque part à leur recherche. Mais ils étaient trop au nord encore. Il fallait qu'ils se rapprochent.
C'est le cœur remplit de rage et d'espoir qu'ils accélérèrent encore.
Dans leur dos, ils sentirent une soudaine explosion de qi au loin. Et pour qu'ils la sentent, avec leur qi scellé, il fallait qu'elle soit monstrueuse.
Cimu était vivant. Et il allait les chercher.
Il accéléra encore.
La peur était un aiguillon plus efficace que l'espoir allait-il…Allaient-ils finir par croire. A-Ming se refusait à abandonner sa moitié humaine. QingMing avait fourni des efforts pour qu'ils puissent se retrouver. Il avait accepté sa violence et sa colère. Il avait accepté ses coups de griffe et ses morsures. Malgré tout le passif entre eux, ils avaient réussi à faire la paix. Il était hors de questions qu'ils se perdent à nouveau.
Un cri le fit sursauter.
Un humain ? non, deux… Des petits.
Il fuit plus vite.
A la nuit tombée, après avoir fait hurler une femelle adulte, il se recroquevilla sur lui-même sous une masse de neige pour conserver sa chaleur de son mieux et dormir quelques heures avant de repartir.
Des bruits de basse-cour l'attirèrent.
Il fuit sous les hurlements d'autres humains après avoir croqué quelques volailles. La viande chaude lui fit un bien fou.
Perdu dans sa fuite en avant avec son compagnon comme seule récompense, il repoussa de son mieux la fatigue pour ne se reposer quand lorsqu'il ne pouvait vraiment pas faire autrement.
Après avoir été chassé à coups de pierres d'un autre poulailler, il se décida à chasser pour se nourrir. Ça allait le ralentir, évidemment, mais s'il voulait survive, il fallait qu'il mange. Il fallait qu'il dorme.
A-Ming avait besoin de faire une pause. Juste quelques instants. Juste un peu.
il s'endormit dans une grange. Le foin était délicieusement chaud, les rats juteux comme il le fallait.
Il dormit douze heures avant de repartir.
Il savait qu'il avait ralenti grandement mais s'il arrivait mort, quelque chose lui disait que Boya comme Zhuque lui en voudraient très fort.
Régulièrement, ils s'arrêtaient pour écouter le qi du monde autour d'eux. Avec les menottes, ils ne pouvaient pas sentir plus que les grosses explosions mais ça les rassurait quand meme. même si Cimu les suivait, il était loin derrière eux, il en était sûr.
A mesure qu'ils mettaient de la distance entre leur ravisseur et eux, le renard cessa de galoper de toute la vitesse de ses pattes. Il avait besoin de se reposer et de retrouver des forces alors il se mit à trotter gentiment tout en chassant ce qu'il pouvait. Des petites proies surtout comme des lézards, des souris ou des oiseaux. A mesure qu'il reprenait des forces, il put s'attaquer à des lapins et des lièvres puis à un peu plus gros.
Lorsqu'il tua un premier daim, il resta le reste de la journée et la nuit suivante caché sous la neige à roter et digérer.
Une grande plénitude l'avait pris d'avoir enfin le ventre vraiment plein de nourriture qui lui convenait pour la première fois en plus de six mois.
Le renard s'endormit sans peine, ses rêves emplis de ses shishen et de son compagnon.
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Snow Hound s'était réveillé en sursaut.
Avait-il rêvé ou bien…
Contre lui, Killing Stone et HuaShi aussi étaient réveillés.
"- …J'ai rêvé que QingMing Daren…"
"- Avait mangé un daim et…"
"- Qu'il dormait sous la neige et qu'il pensait à nous ?"
Autour d'eux, Hei Feng, Peach Blossom et Honey Bug s'étaient également réveillés. Ils avaient tous fait le même rêve.
Était-ce possible que…
Pourtant, leur lien avec leur maître n'était pas plus actif. Il était toujours là bien sûr, mais toujours aussi vide et sec.
Alors…Comment ?
Mais c'était un espoir. Leur premier depuis bien longtemps.
Lorsque, plusieurs jours plus tard, Boya déboula comme une furie avec la nouvelle qu'un grand renard blanc avait été vu dans le nord, ils furent soulagés.
Ils avaient bien rêvé avec et rêvé de leur maître.
Leur épuisement était toujours aussi grand, mais l'espoir revenait.
La Maison était dans un état déplorable mais leur maître allait revenir.
Honey Bug avait sauté au cou de Boya pour l'embrasser sur les lèvres de la bonne nouvelle.
Les mains sur les hanches même si elle tremblait de fatigue comme les autres, elle toisa tous les shishen rassemblés qui se passaient l'information de l'un à l'autre.
Leur maître était vivant et il était en train de leur revenir. Et s'il ne pouvait ouvrir de portail pour revenir à eux, Boya saurait le leur ramener.
Alors…
Honey Bug tapa dans ses mains.
"- Allez ! On se remue les fesses ! Cette maison est un bouge ! On a le temps de tout remettre en ordre avant que QingMing Daren ne revienne. Il n'est plus temps de lui faire honte mais de lui faire honneur !"
S'ils étaient tous toujours aussi épuisés, ils avaient maintenant un carburant presque aussi important que le qi de leur maître pour retrouver leurs forces : la certitude qu'il allait leur revenir bientôt.
Boya eut un petit sourire attendrit et un peu écœuré en même temps.
Il eut honte de lui-même. Alors qu'ils étaient tous à moitié mort d'épuisement, ses frères et ses sœurs se sortaient la tête du sable et mettaient un coup de collier pour que leur maître soit fier d'eux. Ne pouvait-il faire de même pour que son compagnon soit fier de lui ?
"- Je vais aller au Bureau les prévenir. Et préparer ensuite le retour de QingMing. Il aura surement besoin d'une assistance médicale et de beaucoup de repos."
"- Faites donc, Boya Daren, faites donc."
Honey Bug eut un geste vague de la main, déjà entièrement concentrée sur ce qu'elle avait à faire.
"- Il y a des talismans pour le Bureau dans les appartements de QingMing Daren."
Boya ravala son air. Il n'avait pas mis les pieds là depuis la disparition de son compagnon. Y entrer fut comme se prendre une gifle. même si l'odeur était plus tenue et chargée d'un peu de poussière, elle était là quand meme. L'odeur de son Partenaire, de son QingMing.
Boya s'assit sur le bord de la tanière. Il se laissa tomber dedans pour se gorger de l'odeur de son compagnon. Elle lui avait tellement manqué ! Les larmes aux yeux, il y resta encore quelques minutes, le temps de trouver la force et le courage de faire comme ses frères et sœurs shishen.
Il était temps qu'il s'y remette lui aussi.
"- Zhuque ?"
"- Tu te sens d'attaque ?"
"- Plus que jamais."
Il était temps de laisser l'angoisse derrière eux et d'attendre le retour de leur Partenaire.
"- On commence par retourner à JingYun pour éviter de se faire éventrer par Yan Shu, puis le Bureau."
Boya prit quelques talismans, utilisa son anneau pour retourner à JingYun puis sélectionna quelques séniors pour l'accompagner au Bureau. On ne savait jamais.
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Le renard démon s'était assis devant le panneau au milieu du carrefour.
D'après les flèches, la capitale était vers l'ouest alors que lui la sentait à l'est. Mais sans doute n'était-ce que pour éviter de traverser la grande forêt qui s'ouvrait devant lui.
A-Ming haussa ses larges épaules couvertes de fourrure blanche et s'enfonça dans les sous-bois sans craindre un seul instant que quelqu'un tente de l'arrêter. Ou de le manger. A part d'autres renard-démons, rares étaient les créatures qui pouvaient l'attaquer avec une chance de le tuer, même avec leur qi scellé comme il l'était.
Lorsqu'il sortit de la forêt après plusieurs heures et une grosse touffe de poils en moins sur les fesses, le renard était scandalisé. Il était tombé sur un nid d'ours-yao qui avaient tentés de le manger ! Ce scandale ! Ce manque de retenue et d'éducation ! Le renard s'était régalé de leurs entrailles, mais pas sans y avoir perdu des poils et gagné une longue balafre sur la croupe.
A-Ming espérait vraiment qu'elle disparaitrait. Boya aimait leur postérieur vierge de toutes marques à part celles qu'il y mettait lui-même avec ses ongles ou ses dents. Qu'un OURS ait pu les marquer ainsi était proprement scandaleux. Vraiment, certains ne savaient plus quoi faire pour se rendre intéressant.
Il boita quelques heures avant que leur Node doré ne répare les dégâts de sa patte et qu'ils puissent recommencer à trotter vers l'est.
Chaque jour qui passait, ils se rapprochaient.
Chaque jour qui passait, leur compagnon était plus proche.
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"- BOYA !"
Le chef de secte égorgea le démon sans la moindre émotion sur le visage. A le voir se trainer pendant des mois comme une âme en peine, certains avaient cru qu'ils allaient pouvoir mener la belle vie et faire n'importe quoi.
Quand la demande d'intervention était arrivée sur son bureau, le chef de JingYun l'avait pris pour lui. Il était rouillé.
Rouillé de n'avoir pas chassé autrement que par pur automatisme depuis des mois.
Le retour sur le terrain avait été douloureux. Tous ses muscles lui faisaient un mal de chien, sa cultivation tirait la langue et il avait failli laisser se faire tuer une pauvre famille qui n'avait rien demandé. Il s'auto balança un coup de pied aux fesses mental. Son QingMing allait être tellement déçut de voir dans quel état lamentable il était ! Il avait quelques jours, quelques semaines grand maximum pour se remettre en forme. Il allait s'y astreindre avec énergie.
Si la secte n'avait pas souffert dans son ensemble, après tout il avait fait tout le travail qu'on attendait d'un chef de secte, lui et les relations humaines qu'il entretenait avec les membres de JingYun avaient pris une sacrée claque dans la figure.
"- Tout le monde va bien ?"
La petite famille hocha la tête, tous pelotonnés les uns contre les autres.
Le démon qu'il venait de tuer s'amusait à contrôler les humains pour leur prendre tout ce qu'ils avaient avant de les tuer en aspirant leur vie. Il faisait ça aussi avec des démons plus faibles. La famille qui était recroquevillée sur le sol était une famille de tortues démons qui vivaient normalement dans les canaux souterrains de la Capitale.
"- Bien. Alors filez vite vous cacher. Je m'occupe de me débarrasser du corps de notre ami décédé."
Les démons remercièrent avec émotions celui que personne n'avait cessé d'appeler Gardien depuis des mois. Malgré tout ce qui lui était arrivé, il avait continué à effectuer son travail, aussi bien pour les humains que pour eux.
Une fois les tortues à l'abri, Boya décapita le démon pour être sûr qu'il était bien mort puis alla ouvrir les petites cellules où étaient enfermés des humains qui attendaient que le démon les dévore.
"- Tout le monde va bien ?"
Les humains étaient groggys, épuisés et un peu faible mais vivants. Rien que quelques bons repas et quelques bonnes nuits de repos ne puisse soigner.
Boya hocha la tête avec satisfaction en voyant le corps du démon se dissoudre en fumée. Il attrapa le Node de yin au vol avant qu'il ne se désintègre à son tour. Il l'offrirait à Baihu ou Xuanwu la prochaine fois qu'il irait les voir.
Le chef de secte aida les prisonniers à sortir de la tanière du démon. Il héla de loin des gardes au vol pour qu'ils viennent aider et leur abandonna les victimes à leurs bons soins.
Yan Shu l'attendait à l'extérieur.
"- Tu étais obligé de m'appeler sur mon lin'ger pendant que j'étais en train de découper du démon ? Tu m'as tellement surpris que j'ai failli me couper une main." Aboya le chef de secte.
Yan Shu lui colla une enveloppe sous le nez.
"- Lis ça. C'est arrivé il y a quelques heures à peine par messager rapide."
Boya lui arracha la lettre des mains. Il reconnut immédiatement l'écriture de Dee Renjie bien sûr. Le sceau ne résista pas aux serres de Zhuque qui était aussi avide que son vaisseau d'avoir des nouvelles.
"- Alors ?"
"- Alors ils le suivent. Et ils ont trouvés des poils."
Boya ouvrit avec précaution la petite enveloppe de papier puis plongea le nez dedans.
Un lourd sanglot lui échappa mais son sourire de triomphe balaya immédiatement l'inquiétude que pouvait avoir eu Yan Shu pendant une fraction de seconde.
"- Boya "
"- C'est son odeur. C'est bien lui. Ce sont des poils de QingMing. Il est vivant et il rentre à la maison."
Enfin. Enfin ils avaient une certitude.
"- Va prévenir la Maison. Moi je vais envoyer une réponse au Détective."
Boya hocha sèchement la tête.
"- Je ferais mon rapport en rentrant."
"- Ne t'en fais pas, je peux encore le faire pour toi." Assura le premier disciple, trop heureux de voir la vraie joie sur le visage de son ami pour la première fois en plus d'une demi-année pour s'offusquer de faire un peu de paperasse.
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Une fois sûr et certain que QingMing Daren était bien le démon renard blanc qui faisait route en ligne droite vers la capitale, Les deux détectives avaient pris des chevaux rapides dès qu'ils avaient pu laisser les chèvres derrière eux pour revenir sur la capitale dans l'espoir de devancer le renard. Il avait tellement ralenti qu'avec des chevaux rapides changés à chaque relais, les deux hommes étaient à peu près sûrs d'avoir réussi à le doubler et de devancer finalement le fashi.
Lorsqu'ils virent enfin les fumées de la Capitale au loin, ils changèrent une dernière fois de monture pour galoper à bride abattu vers le palais.
Même s'ils auraient aimé rassurer JingYun avant tout, c'était l'Empereur qui devait recevoir leur rapport le premier.
Ils se présentèrent encore puant le cheval, couvert de boue, crottés comme des taupes et épuisés comme rarement aux portes du palais où deux eunuques poussèrent les hauts cris et refusèrent de leur permettre de transmettre leurs doléances au souverain tant qu'ils ne se seraient pas un peu nettoyés.
Grandement irrités par le délai, les deux hommes se laissèrent trimbaler jusqu'à des bains, décrasser par des serviteurs puis habiller de propre avant qu'enfin, on les conduise à l'empereur qui s'agaçait sur des rapports d'une obscure escarmouche entre deux factions rivales dans l'ouest.
Un serviteur se prosterna immédiatement devant le souverain
"- Majesté, le Détective Dee et le Capitaine Zhenjin viennent d'arriver."
"- Fais les entrer."
Des bonnes nouvelles ? Pitié oui !
Dès que les deux hommes furent entrés et se furent prosternés, il leur montra les coussins devant son bureau.
"- Alors ?"
"- QingMing Daren est en train de se diriger vers JingYun."
"- Et vous ne l'avez pas accompagné ?" Il ne comprenait pas.
"- Vu sa…Condition actuelle, tenter de l'approcher aurait été dangereux aussi bien pour lui que pour nous. Nous avons craint une réaction…un peu trop vulpine de sa part."
L'Empereur resta une minute sans comprendre avant de réaliser ce que ça voulait dire.
"- …Ha. Vous êtes certains que c'est lui ?"
"- Nous sommes quasi sûr et nous avons envoyés quelques touffes de poil à JingYun par messager rapide pour identification il y a déjà un moment. Boya-Daren a déjà pu l'identifier probablement."
Oui, si quelqu'un pouvait confirmer ou non, c'était Boya. Et s'il n'avait pas encore prévenu l'Empereur, c'était probablement parce qu'il était bien trop occupé soit à préparer le retour de sa moitié, soit à tenter de s'enfuir de JingYun pour aller le chercher, ce que ses disciples ne lui laissaient intelligemment pas faire.
"- Dans combien de temps sera-t-il à JingYun ?"
"- Nous craignons surtout qu'il ne fasse pas le détour et traverse la capitale en ligne droite, Majesté. Il est douteux qu'il ait la capacité de réaliser qu'il est en sécurité maintenant qu'il a échappé à son ravisseur. Nous ne l'avons pas retrouvé d'ailleurs mais…"
"- Mais ?"
Dee étala la carte devant l'Empereur.
"- Nous avons eu le premier témoignage de son passage ici." Il montra un point. "Puis ici…ici…ici…et ici. Chaque point représente un témoignage sûr de son passage. Et comme vous le voyez, si on relie tous les points, il se dirige en ligne droite sans dévier vers JingYun, à travers la ville."
Le Souverain grogna. Ils allaient devoir prévenir les gardes et l'armée de ne pas attaquer à vue un renard démon de la taille d'un ours. Ça allait être cocasse. Et il ne parlait même pas des populations.
"- Mais s'il a fait tout son trajet en ligne droite, si on continue pour trouver son point d'origine…"
"- Le Bureau." L'Empereur était furieux.
"- Nous n'avons aucune preuve évidemment. Et si le ravisseur est bien ce Cimu qui est un ancien de la secte qui a été bannit, quel meilleur endroit pour lui pour cacher son méfais que de le garder là où personne ne le cherchera. J'imagine que la secte doit être très grande. Il doit y avoir des endroits où personne ne va."
Dee ne voulait pas dire qu'ils étaient innocents. Juste qu'il y avait d'autres possibilités que la culpabilité immédiate et instantanée.
"- Lorsque QingMing Daren sera redevenu lui-même, il pourra nous dire de quoi il retourne exactement." Insista le Détective.
"- Vous prenez bien la défense du Yin yang, Dee…"
"- J'ai été aux premières loges pour savoir ce que peut donner une erreur judiciaire, majesté. Attendons d'en savoir plus avant d'attaquer bille en tête. Si la secte en coupable dans son entièreté, ils ne pourront rien faire pour le cacher. Si juste quelques-uns sont coupables, ils ne pourront que fuir en nous donnant les preuves manquantes."
L'Empereur n'aimait pas ça du tout mais il ne pouvait que s'incliner devant la raison.
"- Très bien. Je vais faire prévenir la Garde de surveiller son arrivée par l'Ouest."
En espérant quand même qu'il serait raisonnable.
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Boya avait retrouvé toute son énergie et son allant.
Dee et Zhenjin étaient venu le trouver après avoir fait leur rapport à l'Empereur. Les deux hommes avaient failli hurler à l'agression quand Liu Ye leur avait sauté au cou avant de leur faire un gros bisou sur sa joue pour les remercier de la bonne nouvelle. Le petit shishen avait ensuite filé prévenir ses copains que son maître revenait. S'il était tout aussi épuisé que les autres, Liu Ye était un enfant. Il avait des réserves d'énergie sorties de nulle part quand il le fallait.
Depuis la bonne nouvelle JingYun en entier attendait l'arrivée du compagnon de leur chef en se mordant les dents d'angoisse. Depuis le temps, ils s'étaient tous attachés bon an mal an au yin yang shi. Il faisait rire leur chef, il était d'une dévotion absolue envers lui comme il l'avait prouvé comme leur chef avait pondu ses œufs et rien ne pourrait probablement le faire renoncer à Boya-Daren.
Le petit shidi de six ans qui avait appelé QingMing la femme de Boya peu de temps après son arrivée avait presque dix ans maintenant mais il était toujours aussi sur de lui. Et plus personne ne remettait son analyse en doute. même s'ils n'étaient pas mariés, même s'ils ne le seraient sans doute jamais, il y avait peu de couple unis aussi attachés que ces deux-là.
Dans la tête de pas mal de monde (et surtout les shidi, mais les shidi étaient une espèce étrange et bizarre qui avaient des idées toutes plus tordues les unes que les autres) QingMing Daren était tout autant le yin yang shi que Yuan-Furen. Ils n'avaient juste jamais eu l'occasion ou le courage de l'appeler ainsi devant tout le monde jusque-là. Mais maintenant qu'ils allaient le retrouver, ils allaient bien devoir lui rappeler qu'ils tenaient presque autant à lui qu'à leur chef. Et c'était une très bonne méthode. Les grands oubliaient bien trop souvent le pouvoir d'un simple nom… Pourtant, c'était eux qui le leur avaient appris. Sans doute l'avaient-ils appris depuis trop longtemps eux-mêmes… Les adultes c'était un peu bête, des fois. Mais ils voulaient bien leur pardonner. Ils s'occupaient bien d'eux alors….
"- Tu sais que tu pourrais aller carrément à la capitale hein. Ce serait encore le plus simple." Finit par faire remarquer Yan Shu.
A force de voir Boya faire le pied de grue et tourner en rond, il craquer un petit peu.
Son chef secoua la tête.
"- J'aimerai. Mais il a le nez fin. S'il est aussi troublé que le dit Dee, s'il sent mon odeur en ville, il pourrait s'agiter et tenter de m'y chercher. Je préfère qu'il traverse d'une traite et vienne ici plutôt que de le voir causer plus de panique que nécessaire."
Yan Shu accepta son explication assez facilement.
"- En plus, les gens commencent à se poser des questions à la Capitale. Surtout avec les ordres qui ont été donnés. Il y a eu des fuites évidemment. Tout le monde et son beau-frère sait qu'une créature arrive du Nord-Ouest et que l'empereur a donné ordre de le laisser passer. Certains imaginent même que c'est un nouveau dieu-gardien que les prêtres de l'observatoire auraient invoqué." QingMing un dieu gardien. Quand Boya allait lui raconter ça, il allait rire comme un fou.
Boya eut un petit sourire tendre. Qu'est-ce que le rire de son compagnon, qu'il soit humain ou renard, lui manquait. Le fashi avait l'impression de ne plus vivre depuis sa disparition. C'était comme si on lui avait arraché le cœur.
Yan Shu renifla lui aussi. QingMing. Un dieu gardien. La blague était cocasse il fallait l'avouer.
Il tapota l'épaule de son compagnon et le laissa seul sur le chemin de ronde, à observer la Capitale de loin. Quand allait arriver son renard ? Il avait demandé à Qian Wuhan, le maître de JingYun en poste à l'Observatoire de le prévenir avec un lin'ger dès que le renard démon serait repéré.
Il n'en pouvait plus d'attendre.
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A l'ouest, A-Ming avait bien levé le pied. Il prenait le temps de chasser suffisamment pour soutenir sa course et reprendre un peu de poil de la bête. Il n'en pouvait plus d'attendre pour revoir son compagnon et leur meute mais s'il se tuait pour les rejoindre, ça n'aurait servi à rien. Il valait mieux qu'il prenne un peu plus de temps et arrive en bonne santé que s'effondrer aux pieds de son Boya et le paniquer. Il commençait à connaitre le fashi quand meme. Peut-être même qu'il aurait chassé pour eux ? A-Ming n'aurait rien contre un cœur de démon puissant encore battant à dévorer en deux coups de dents. Surtout que le renard savait que lorsqu'il aurait l'énergie condensé suffisante, il pousserait une septième queue. La fois d'avant, il avait eu la force mais pas le coup de pouce émotionnel. Cette fois, c'était l'inverse.
Et avec l'énergie qu'il avait dépensée depuis plus de six mois, sans compter la fracture franche entre l'humain qui se battait encore en lui pour les protéger tous les deux et le renard, une grande partie de toute l'énergie qu'ils allaient récupérer pour les mois à venir, peut-être même plus, serait indispensable pour reboucher ce trou monstrueux entre eux.
A-Ming croqua le crâne du cerf qu'il avait attrapé et le broya entre ses puissantes molaires avant de déguster le cerveau de l'animal. Après le cœur, c'était le meilleur morceau. Il s'attaqua ensuite à ses viscères et enfin les cuissots. Il laissa les restes aux charognards de tous poils et de toutes plumes, se roula en boule sous une pile de feuilles mortes puis ferma les yeux. Il s'endormit tranquillement en pensant à son compagnon et leur meute. Ses shishen lui manquaient. Est-ce qu'ils accepteraient de l'aider à brosser son poil comme ils le faisaient quand c'était l'humain qui était aux commandes ? Même s'il ne pourrait pas leur rendre la pareille sans main ? Il doutait que Snow Hound ou Mad Painter apprécie de se faire lécher longuement partout par sa grande langue baveuse. A chaque fois qu'ils avaient nettoyés ainsi leur compagnon, il avait protesté avant d'aller se laver comme s'il était sale alors qu'ils venaient de le nettoyer ! Ha ces humains…Ils étaient parfois bien étranges comme créatures.
A-Ming s'endormit pour rêver à leur compagnon et Zhuque, à leurs shishen et leur Domaine.
Lorsqu'il se réveilla à l'aube, il s'étira longuement une patte après l'autre, remit de l'ordre dans sa fourrure à grands coups de langue, finit son toilettage avec précision puis se remit en route en trottinant.
D'après ses…leurs souvenirs, s'ils franchissaient la colline qu'ils voyaient au loin, ils verraient la Capitale.
Le renard accéléra. Il avait hâte. S'il se débrouillait bien, il dormirait ce soir avec la ville dans les yeux. Et demain soir, il serait auprès de son compagnon.
A des kilomètres de là, furieux, son moignon sanglant serré dans un garrot de cuir pour aider les chairs à cicatriser correctement, Cimu préparait sa vengeance. Il n'avait pas besoin de se fatiguer pour savoir où était son shishen fugitif. Il avait même tenté de l'invoquer plusieurs fois, mais sans succès. Pourtant, il savait que le lien avait été fait correctement, qu'il était établi et que rien ne le bloquait. Alors comment ? COMMENT QingMing pouvait-il résister ? Comment parvenait-il à ne pas lui obéir ! C'était impossible. Juste, impossible.
La démone tremblante qui avait été Baini se précipita sur un ordre de son maître pour aller lui chercher de quoi manger. Il y avait tellement de démons dans le Mausolée ! Il n'avait qu'à se servir et les dévorer pour finir sa transformation. Puis, il irait lui-même chercher ce qui lui appartenait ! La réponse était si simple. Pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ? Il n'était qu'un idiot.
Satisfait de sa décision, il attendit que son esclave lui apporte les perles qui retenaient les démons. Il suffisait de les briser au sol après tout. Se jeter sur les démons encore déboussolés, les éventrer, leur arracher le cœur et le dévorer, ce n'était pas bien compliqué.
Lorsque les derniers changements physiques commencèrent à faire leur chemin sur le corps de ce qui avait été un humain et un prêtre, la démone créée comme test par la folie de Cimu se cacha encore. Les mains sur les oreilles, elle se mit à sangloter en entendant les hurlements de son maître. De tous les démons qu'il avait créé en massacrant de pauvres gens qui n'avaient rien demandé, elle était la dernière encore en vie. Elle aurait préféré qu'il la tue comme les autres. Au moins, elle n'aurait plus peur.
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Entrer en ville avait été étrangement facile pour le démon renard. Il était arrivé plein
Ouest, en plein sur la statue de Baihu. A-Ming avait passé quelques minutes assis devant la statue, la tête penchée sur le côté. Il avait l'impression que quelqu'un tentait de lui parler mais il n'arrivait pas à saisir ses paroles. Il n'était pas un vaisseau. Si QingMing arrivait à entendre Zhuque, c'était parce que le phénix s'adressait délibérément à lui à travers son vaisseau. Là, peut-être que l'humain aurait entendu. Mais un démon renard ? ils n'étaient tout simplement pas sur la même longueur d'ondes. Sans compter son qi qui était toujours prisonnier. Il avait déjà bien de la chance de pouvoir le faire circuler dans ses méridiens.
A-Ming avait fini par bondir sur ses pattes arrière, faire une lèche sur le museau de la statue puisqu'il ne pouvait rien faire d'autre mais voulait quand même noter qu'il avait conscience qu'on tentait de communiquer avec eux puis s'était faufilé dans la ville avec toute la discrétion possible pour un renard-démon.
Il n'avait pas été stupide non plus et avait attendu la nuit.
Il voulait juste traverser et rejoindre JingYun.
Pourquoi ne pas avoir fait le tour de la ville ? il lui aurait suffi de suivre le mur extérieur après tout.
Si on lui avait demandé, le renard serait resté perplexe un moment sans savoir quoi répondre. La réponse était pourtant simple : ses facultés cognitives étaient aussi séparées que sa conscience. S'il était plus futé qu'un renard normal, il était loin de l'intelligence d'un humain et agissait surtout à l'instinct. Il savait son compagnon droit devant lui, il allait droit devant lui.
Il savait son ravisseur droit derrière lui, alors il avançait en ligne droite pour garder le plus de distance possible entre eux.
Quand les limiteurs qui retenait la cultivation de sa moitié humaine seraient retirés, ça irait sans doute mieux. Quand QingMing ne serait plus en train de se battre pour leur liberté à tous les deux et reviendrait vers lui, il ne serait plus aussi stupidement animal. Mais pour l'instant, A-Ming faisait avec ce qu'il avait, à savoir de l'instinct, une truffe efficace, des grandes dents, des griffes et la langueur douloureuse qui l'attirait vers son compagnon.
Le grand renard blanc se faufilait d'ombre en ombre dans les ruelles de la capitale. Il avait quitté la banlieue et ses maisons pauvres pour se rapprocher du centre de la ville et de ses avenues qui ne dormaient jamais. Son chemin lui ferait heureusement éviter le palais lui-même, mais pas les grandes avenues commerciales toujours éclairées.
Lorsqu'il en fut assez proche, le renard sauta de boites en bois en clôture jusque sur les toits des maisons collées les unes aux autres pour continuer son chemin aussi discrètement que possible. Jusque-là, personne ne l'avait vu. Les humains, aussi bien les gens normaux que les gardes et les soldats s'intéressaient à ce qui se passait à hauteur d'homme. Il était rare qu'ils lèvent le nez si rien ne les y encourageait.
A-Ming sauta de toit en toit sans rencontrer de problème. Un petit chien avait bien commencé à vouloir lui aboyer dessus mais la pauvre petite bête avait pris peur et s'était tut lorsque le renard avait commencé à lui grogner dessus.
Le renard bondit au-dessus de la grande avenue sans que personne ne le remarque en profitant de cris de vendeurs qui attiraient le chaland en dessous de lui pour couvrir le bruit du cliquetis de ses griffes sur les tuiles du grand bâtiment qui…
Un hurlement horrifié le sortit de ses pensées. Un homme était accoudé à la fenêtre du bâtiment sur lequel il trottait et venait de le voir.
Les oreilles du renard se rabattirent sur son crâne juste avant que l'homme ne tente de le frapper avec son épée encore dans son fourreau. L'homme était aussi paniqué d'être tombé nez à truffe avec un renard démon que le renard démon d'avoir été vu. A-Ming évita l'objet contondant d'un petit bond sur le côté qui envoya des tuiles s'écraser au sol juste en dessous de lui. Les hurlements de l'homme ne s'arrêtaient pas.
De plus en plus paniqué, le renard détalla en détruisant un peu plus le toit. Les tuiles finirent par attirer l'attention des gens en dessous qui levèrent enfin le nez et hurlèrent à leur tour devant la vision du renard blanc géant qui passait de toit en toit avec terreur.
Il ne fallut pas plus de quelques secondes avant que la maréchaussée s'en mêle et ne suive le renard pour ne pas perdre sa trace.
"- SUIVEZ LE ! NE LE LACHEZ PAS D'UNE SEMELLE !" Ils avaient tous eux leurs ordres et savaient que la créature était attendu dans la ville.
L'Empereur lui-même avait ordonné qu'il ne soit fait aucun mal à l'animal. Certains en étaient venu à penser qu'il s'agissait du remplaçant de Zhuque qu'ils attendaient. Mais un renard démon ?
A-Ming finit par sauter au sol pour détaller plus vite, les humains sur les talons.
Totalement paniqué, le nez plein d'odeurs qu'il ne connaissait pas, il fuyait comme il le pouvait dans des ruelles qu'il ne connaissait pas sans se rendre compte qu'on le rabattait lentement vers la grand-place devant le Palais.
A-Ming ne voulait faire de mal à personne. Tant qu'on ne l'attaquerait pas, il se contenterait de fuir. Sa contrepartie humaine ne serait pas contente du tout s'il blessait qui que ce soit.
Un petit glapissement lui échappa lorsqu'il déboula sur la grand-place. Il était coincé.
Il tenta bien de sauter à nouveau sur le toit le plus proche mais il était trop haut et le mur de pierre trop lisse pour qu'il puisse y grimper.
Le renard recula lentement jusqu'à être acculé contre le mur.
Les soldats s'immobilisèrent et attendirent.
