Chapitre 69 : "Arcade Master"

Boya avait failli faire de la combustion spontanée lorsqu'il était revenu de JingYun le soir même après diner. Il s'attendait à trouver sa compagne au milieu de leur tanière, mais c'était un QingMing bien viril qui l'attendait alanguit dans une grande baignoire d'eau chaude pour se réchauffer de son après-midi passée dans les plaines de glace.

Deux mots avaient suffi à QingMing pour que les rouleaux de rapport que le fashi de l'Est avait dans les mains soient jeté au sol et qu'il manque se tuer en se déshabillant pour le rejoindre au plus vite dans la baignoire.

Maintenant recroquevillé dans les bras de son renard, Boya avait l'impression de revivre. Après des jours à jouer le rôle de consolateur et de roc inamovible, c'était lui qui avait le droit d'enfin retrouver la protection des bras de son renard.

Confortablement installé entre les jambes de son Partenaire, la joue posée sur son épaule, Boya profitait avec quelque chose qui confinait à la béatitude d'être celui qui était noyé de petits baisers paresseux et de légères caresses tendres. Ce n'était que maintenant qu'il les retrouvait qu'il réalisait réellement à quel point il avait été privé de son compagnon pendant plus d'une demi-année, à quel point ça lui avait manqué et à quel point il était devenu dépendant de son QingMing.

Voir qu'il avait décidé de lui-même de redevenir un homme lui aurait presque donné envie de pleurer de soulagement. S'il ne se sentait plus suffisamment menacé pour avoir besoin d'être assez fort pour se défendre, c'était un progrès comme il l'espérait depuis son retour sans oser le dire et plus rapide qu'il ne l'avait craint.

"- Tu es pensif mon Boya ?"

"- Non, je profite." Corrigea le fashi de l'Est. "Tu m'as tellement manqué." Avant que QingMing puisse culpabiliser, il posa doucement ses lèvres sur les siennes. "Et ce n'est pas un reproche. Juste une constatation que je suis devenu totalement dépendant de toi."

"- Comme l'inverse est vrai aussi, j'imagine que ce n'est pas si grave." Sourit doucement le yin yang shi.

Ils se savaient totalement ridicule et se comportaient comme des adolescents amoureux mais était-ce vraiment grave après ce qu'ils avaient traversés ?

Ils restèrent dans l'eau chaude à se bécoter comme des gamins encore un long moment jusqu'à ce qu'on toque à leur porte et que Kuang HuaShi passe la tête avec plus de décorum que les deux chefs de secte n'en avaient l'habitude. Le shishen aurait été capable de leur marcher dessus pendant qu'ils faisaient l'amour s'il avait eu une raison pour se faire

"- Honey Bug a préparé le diner. Vous préférez le prendre ici ou dans la salle commune ?"

Boya leva les yeux vers son compagnon. Lui s'en fichait un peu. Mais là, il se fichait clairement de tout.

"- Ici si tu veux bien" Sourit Qing Ming sans cesser de caresser la hanche de son compagnon du bout des doigts. "Tu pourras prévenir que je serais disponible à mon bureau toute la journée demain à partir de la mi-matinée si quelqu'un à une requête." C'était une habitude qu'avait QingMing depuis qu'il était adulte. Au moins deux fois par mois il restait disponible pour ses shishen s'ils avaient des requêtes à lui faire en discrétion ou s'ils avaient un souci quelconque qu'ils n'avaient pas envie d'exposer devant tout le monde.

HuaShi ne put retenir un vrai sourire soulagé.

"- Je transmettrai."

Il referma la porte pour laisser le couple mariner tranquillement jusqu'à ce qu'on toque encore et qu'un satellite de la Multitude vienne poser un gros plateau surchargé sur la table basse puis se retire en toute discrétion. Alors seulement les deux hommes se sortirent de l'eau. Le temps de se sécher et de s'habiller, QingMing reprenait son compagnon d'autorité dans son giron pour le nourrir comme ils ne l'avaient pas fait depuis bien trop longtemps.

Zhuque était extatique.

Tout reprenait son cours normal et plus vite qu'il n'avait osé l'espérer. Que QingMing cherche à s'imposer comme le dominant de la relation ce soir après avoir cherché la protection de son compagnon depuis son retour était un élément de plus qui ravissait le phénix.

Même si l'humain et le renard n'étaient pas encore redevenu un, ils n'étaient pas plus séparés que lorsque Boya et Qing Ming s'étaient rencontrés. Il(s) savai(en)t fonctionner ainsi.

Une fois le diner terminé et le couple alanguit dans leur tanière après des heures d'amusement horizontal où Zhuque avait aussi demandé sa part parce qu'il ne fallait pas rire non plus, il faisait partie à part entière de leur petite aventure, QingMing relâcha lentement les dernières bribes de voile qu'il y avait encore sur le lien qu'il partageait avec ses shishen.

Lorsque la Maison s'endormit enfin, la situation était redevenue normale. Ou tout au moins, aussi normale que la vie pouvait l'être dans cette maison de fous comme l'aurait sans doute marmotté Boya trois ans avant.

Maintenant, il en faisait autant partie que tous les autres de cette maison de fous.

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Liu Ye reposa son pinceau sur son bureau. Il était le seul de la salle à être sur une vraie table et non sur un petit bureau pour enfant à cause de sa taille mais ne travaillait pas avec moins de concentration que ses petits camarades sur sa calligraphie. S'il peinait toujours à écrire lisiblement, il lisait presque couramment maintenant, ce qui était déjà une belle avancée après les crises de nerf qu'il avait fait faire à Kuang HuaShi. Petit à petit, même le petit démon bizarre et mal finit qu'il était, parvenait à murir et changer. Il arrivait même à rester pendant plusieurs heures à sa table pour travailler sans s'agiter.

Généralement.

Mais ce matin, il n'y arrivait pas.

"- Liu Ye ? Ça ne va pas ?"

Le jeune shishen hésita. Il ne voulait pas déranger mais Boya Daren lui avait dit de venir le voir si ses crochets lui faisaient mal pendant qu'ils repoussaient.

"- J'ai mal à la bouche."

"- Tu veux aller à l'infirmerie ?"

Le jeune shishen hésita encore puis finit par hocher misérablement la tête. Le maître de calligraphie le laissa quitter le cours. Il dut rassurer les autres élèves. Eux aussi perdraient leurs dents de lait. Ca n'était rien de bien grave.

Liu Ye trotta jusqu'à l'infirmerie où un guérisseur le fit entrer avec surprise. Qu'est-ce que le petit démon faisait là ? Il était facilement toléré parce qu'il était le shishen du mari compagnon de leur chef de secte mais plus d'un le regardait quand même avec défiance, comme le démon des arbres ? de la nature ? enfin, le petit machin qui faisait des lianes qui trottait en général derrière Liu Ye ou faisait des mamours au cerisier que Boya faisait pousser dans le solarium dans un énorme pot. Le bébé arbre avait même fait une cerise à l'été précédent !

"- Bonjour Liu Ye. Quelqu'un de ta classe a besoin d'un guérisseur ?" Tout le monde parlait au shishen comme s'il était un peu…Lent.

"- Non. J'ai mal à mes dents."

"- Tu as... Mal à tes dents"

Le petit démon hocha la tête

"- Mes crochets ont été arrachés quand j'ai mordu Cimu. Ca repousse, mais ça fait mal. Boya Daren m'a dit d'aller le voir si ça faisait mal, mais je veux pas le déranger."

Liu Ye avait l'air particulièrement misérable.

Le guérisseur le fit s'asseoir sur un des lits et ouvrir la bouche. Il avait beau regarder, il ne voyait pas de...crochets ? juste des dents normales même si les canines étaient un peu longues.

"- Je ne vois pas de HO BON SANG !"

Liu Ye venait de faire descendre ses crochets pour que le guérisseur puisse les voir. Il avait aussi ouvert bien grand la bouche. Beaucoup trop pour un humain. Le guérisseur eut un frisson dans le dos. Jusque-là et malgré ses yeux un peu bizarres, le jeune shishen aurait pu passer pour humain. Mais là ? Non, c'était un démon. Un vrai.

"- Et ça te fait mal ?"

"- Hmm. A l'intérieur de l'os."

Le guérisseur examina le jeune démon avec son qi mais était bien incapable d'interpréter ce qu'il voyait. C'était normal ? Anormal ? C'était quoi les deux poches de liquide sous ses sinus ?

"- Ça te fait mal quand tu déploies tes crochets uniquement ou tout le temps ?"

"- Tout le temps."

"- Tout le temps pareil ?"

"- Ca fait un peu moins mal là." Donc quand les crochets étaient descendus.

"- Rentre les ?" Le guérisseur continua à surveiller le jeune démon avec son qi pendant que ses crocs remontaient. "Ca fait davantage mal ?"

"- Mmm !"

"- Je vois..." C'étaient les poches pleines sous ses sinus. Les crochets appuyaient fortement dessus quand ils se rétractaient. Comme chez un serpent en fait.

Donc si c'était similaire à un serpent...

"- Je vois. Il faut vider tes glandes à venin je crois. Je reviens."

Le guérisseur alla fourrager dans son matériel. Il en revint avec une gourde en bambou sur laquelle il installa un couvercle en toile épaisse pour qu'elle soit aussi tendue que la peau d'un tambour

"- Tiens. Prends ça. Mord dedans avec tes crochets et appuie ton palais dessus. Ça devrait aider tes glandes à venin à se vider et tu ne devrais plus avoir mal."

Le petit démon qui devait faire une tête de plus que le guérisseur même s'il était moitié moins large obéit. Il prit le récipient en bambou dans ses mains, appuya ses crochets contre le tissu, le perça et appuya comme il avait mordu Cimu. Dès qu'il pensa au monstre qui avait fait du mal à son maître, son venin coula avec enthousiasme dans le récipient qu'il mordait un peu plus comme si c'était encore le bras de Cimu.

"- ARRETE ! ARRETE !" Hurla soudain le guérisseur

Liu Ye cessa de mâchonner le bout de bambou sans comprendre. Qu'est-ce qui se passait ?

Le guérisseur tentait de récupérer le venin qui coulait du fond rongé de la gourde en bambou avec un récipient en porcelaine mais elle aussi se mit rapidement à fumer. Il lâcha le récipient avant que le venin ne vienne lui ronger les mains. Le plat s'écrasa au sol où le liquide verdâtre s'attaqua à la pierre à la grande horreur du cultivateur. Lorsque le venin perdit enfin ses effets corrosifs d'avoir trop attaqué le sol, la pierre était entamée sur facilement cinq centimètres de profondeur pour un diamètre de trente environ.

Liu Ye pencha la tête sur le côté.

"- Ho. C'est pour ça que ça faisait mal ?" Parce que si ça faisait des trous dans le par terre, forcément, ça devait faire mal au-dedans de sa bouche.

Le guérisseur lui jeta un regard horrifié. Un peu de venin coulait encore sur son menton sans le blesser mais faisait des trous dès qu'il tombait sur ses vêtements. Il envoya un de ses assistants chercher Boya Daren.

- ...J'ai fait une bêtise ?" Finit par murmura Liu Ye sans comprendre.

Le guérisseur, blême, tenta de lui sourire.

"- Non, tu n'as rien fait de mal." Juste qu'il ne s'attendait pas à ça ! Le venin du démon avait corrodé de la PIERRE PROTEGEE PAR DES ECTOLITRES DE TALIMANS VIEUX DE MILLENAIRES !

Normalement, même des coups de pioche ne devraient pas faire ne serait-ce qu'une égratignure dans la structure du temple. Il n'osait imaginer ce qui se passerait sur de la chair.

"- ... Liu Ye, tu veux bien mordre dans ce bout de fromage ?" Il n'avait pas de viande mais... Le petit démon obéit sans comprendre. Le morceau de lait caillé, pressé, séché et brossé au vin de pèche se mit à noircir, se racornir et finit par tomber en poussière sur le sol.

"- Qu'est-ce que c'est que ça !" Liu Ye sursauta.

Il sauta au coup de Boya, heureux de le voir.

"-A-DIE !"

A-Die ?

Le guérisseur allait poser une question mais le regard noir de son chef de secte le fit se retenir.

"- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi a-t-on besoin de moi."

Boya serrait le petit démon contre lui et lui caressait les cheveux comme à un enfant. S'il avait été plus petit, il l'aurait installé sur sa hanche comme un tout petit.

Le guérisseur montra le trou dans le sol.

"-...Que..."

"- C'est son venin." ...Son venin ? "Liu Ye est venu pour une douleur dentaire. Il s'avère que ce sont ses glandes à venin qui n'arrivent pas à se vider seules." Le guérisseur expliqua la procédure qu'il avait utilisé pour soulager le jeune shishen "Le venin à rongé le bambou, la porcelaine et s'est même attaqué au sol !"

Boya en resta bête. Il ne s'attendait pas à ça ! Il ne se rappelait même plus vraiment jusqu'à maintenant que Liu Ye avait mordu Cimu. Mais oui, il s'en rappelait maintenant. Et que la main restante du…bref, de l'individu avait commencé à noircir très vite. Mais avec un tel venin ? Zhuque avait donné le coup de grâce, mais même s'il s'était échappé, Cimu était mort à l'instant où Liu Ye l'avait mordu.

Zhuque était presque vexé tout soudain.

"- Et bien. Notre petit dernier nous fait une sacrée poussée de croissance !" Que dire d'autre ? Boya ne connaissait rien du développement des démons. "On va demander à QingMing ce qu'il en pense."

Le guérisseur salua son chef de secte tout en se demandant comment il allait se débarrasser des restes de venin et réparer son sol.

Mince quoi ! son sol !

"- Appelez le responsable de la maintenance. Il doit pouvoir mettre de l'enduit."

De l'enduis, de l'enduis, et pourquoi pas des nouilles collées et peintes pendant qu'ils y étaient !

Boya laissa son maître pester. Il avait pris la main de Liu Ye dans la sienne pour ouvrir un portail directement avec la Maison.

QingMing y était toujours. S'il se sentait mieux, Honey Bug voulait qu'il se sente "bien", pas seulement "mieux" pour reprendre le collier. Ca ne l'empêchait pas de travailler sur ses dossiers.

"- QingMing ?"

Surpris de ne pas trouver rapidement son compagnon, Boya chercha ses frères shishen. Il finit par trouver Snow Hound et Mad Painter accrochés à la porte de l'infirmerie.

"- Qu'est-ce qui se passe ?"

"- Maître QingMing a été malade toute la matinée."

"- Malade ?"

"- Mais ce n'est rien !" Protesta le dit yin yang shi en sirotant la tisane que Honey Bug lui avait préparé.

La petite démone avait les sourcils froncés.

"- Votre système digestif se remet à peine de mois de torture, QingMing Daren. Vous n'êtes pas fait pour être gavé de fruits et de légumes. Ça ne m'étonnera même pas que vous ayez des parasites !"

"- HONEY BUG !"

"- Je vous ai donné un purgatif. Si c'est ça, d'ici trois jours ça ira mieux."

Le fashi marmotta dans sa barbe inexistante. Et le secret médical, hein ?

"- Et si ce n'est pas ça ?" S'inquiétait quand même Xue TianGou.

"- Son système digestif est épuisé. Il a besoin de son alimentation la plus basique et la plus reposante pour lui le temps qu'il se réhabitue à une alimentation différenciée."

QingMing soupira.

"- Ce qui veut dire ?"

"- Viande crue avec les poils et les os au moins une fois par jour jusqu'à ce que vous arrêtiez de vomir vos tripes."

Le cultivateur grogna.

"- Mais vous avez droit au poisson aussi." Bon. "Cru, avec les arêtes, les écailles et les viscères."

"- Sadique."

Bon, il avait beau faire le protestataire, il aimait la viande et le poisson cru. C'était juste qu'on les lui avaient interdit toute son enfance alors que ça lui était une nécessité vitale et que ce n'était pas très digne de croquer son poulet entier devant tout le monde.

"- Quand votre estomac sera calmé, vous mangerez ce que je vais vous préparer. En attendant, reposez-vous un peu."

Honey Bug quitta l'infirmerie pour aller en cuisine préparer ce dont son maître avait besoin sous une forme un peu plus appétente qu'un poisson encore frétillant dans une assiette ou un poulet tout juste égorgé. Sans compter qu'elle ne voulait pas heurter la sensibilité de Sardine et de ses petits. Personne n'en disait rien, mais tout le monde savait que Sardine n'était pas "juste" une poule. Une simple poule ne lisait pas de livres et ne jouait pas aux échecs.

Boya s'assit sur le bord de la couchette où était allongé QingMing soutenu par des coussins.

"- Ca ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences." Soupira le demi-démon.

"- Si ces conséquences se limitent à un estomac protestataire quelques jours ou même quelques semaines, je crois que tu t'en tires quand même très, très bien."

QingMing ferma les yeux lorsque Boya lui caressa les cheveux.

"- Déjà, mes carences sont presque toutes résorbées."

Pourquoi son estomac avait décidé de se rebeller juste maintenant alors qu'il était libre depuis des semaines était une question non négligeable mais comme l'avait dit Boya, ce n'était finalement pas cher payé.

Liu Ye s'assit par terre aux pieds de ses parents et attendit sagement qu'on se rappelle sa présence.

QingMing se laissa cajoler encore quelques minutes parce qu'il n'était pas homme à se refuser un peu de plaisir.

"- Non que je ne sois pas heureux de te voir, mais quelques ce que vous faites là tous les deux ?"

"- Bébé grandit." Souri Boya.

"- …Bébé grandit ?" QingMing était perdu.

"- Je ne sais pas si tu te souviens, mais lorsque Cimu a voulu te récupérer, Liu Ye l'a mordu."

Le demi-démon n'en avait aucune mémoire mais ses souvenirs de ce moment précis étaient flous, noyés dans la pire des terreurs. Il n'avait pas envie de s'y replonger. Il secoua la tête.

"- Et bien, Zhuque a peut-être finit Cimu, mais il serait mort quand même quand Liu Ye l'a mordu. Tu fais voir tes crochets ?"

Docile, le petit shishen ouvrit encore largement la bouche et fit descendre ses crochets.

QingMing se redressa, interloqué. Il prit gentiment le visage du jeune démon entre ses mains pour observer sa mâchoire. C'étaient bien des crochets.

"- Et bien ! Voilà qui est remarquable !"

Boya continua à lui raconter les mésaventures de la matinée.

"- Des trous dans la pierre ?"

"- Des trous. S'il a besoin de vider ses glandes à venin régulièrement, je ne sais pas comment on va faire."

"- Dans un récipient en verre. Ça devrait marcher." QingMing voulait garder de ce magnifique venin. Ça pouvait toujours servir. "Liu Ye, ça fait combien de temps que tu peux mordre comme ça ?"

Le jeune shishen avait refermé la bouche et posé sa joue sur les genoux de son maître qui lui caressait les cheveux avec tendresse.

"- Quelques mois, baba."

Baba ? ha…oui…Il se rappelait.

"- Je crois que Boya a raison, tu grandis." Et c'était une excellente nouvelle.

Si Liu Ye pouvait murir, alors il arriverait sans doute un jour à être indépendant. Même si pour l'instant, il continuait à se faire cajoler comme le petit qu'il était.

QingMing se pencha pour poser son front sur celui du jeune shishen.

"- Merci de m'avoir protégé, Liu Ye."

Le jeune démon eut un immense sourire comme jamais QingMing ne lui en avait vu.

"- Je protègerai toujours baba et a-die !" Assura encore le petit amoureux des oiseaux.

QingMing leva les yeux sur son compagnon.

"- A-die hein ?"

Boya était blasé. Il haussa les épaules et s'appuya un peu plus contre QingMing. Il était loin le fashi génocidaire qui tuait tout ce qui n'était pas humain.

Être le père adoptif d'un démon ne le défrisait même plus.

"- QingMing Daren ? Comment va votre estomac ?"

Le fashi sourit à Honey Bug.

"- Beaucoup plus calme."

"- Bon, alors vous allez pouvoir manger." Elle posa sur ses genoux un plateau avec des lamelles de poulet cru. Elle avait coupé directement dans les os, la peau, les plumes et les viscères.

Boya grimaça un peu mais l'estomac de son compagnon exprima bruyamment son intérêt.

Le voir dévorer la viande crue avait quelque chose de profondément gênant mais il ne dit rien.

QingMing donna une lamelle de viande à Liu Ye qui approuva exagérément. C'était super bon !

Zhuque approuva aussi. Ça avait l'air vraiment bon ! Le cœur au bord des lèvres, Boya prit un morceau de viande crue sanglante et se la colla dans le gosier à la grande satisfaction du dieu-gardien.

"-…Ca passe." Trop bien même.

Blasé, un peu écœuré de lui-même et de ce qu'il était devenu, Boya resta près de son Partenaire et de leur ainé jusqu'à ce que QingMing ait finit de se restaurer et se sente assez en forme pour aller travailler à son bureau même s'il n'était pas encore retourné à son temple pour de bon. Il reprenait lentement le contrôle des affaires de sa secte avec Kin Lao qui venait le voir tous les après-midis et repartait avec les documents sur lesquels ils avaient travaillés.

Boya reprit la main de Liu Ye dans la sienne, salua son compagnon, puis le couple se sépara pour la journée. Chacun avait un temple à gérer.

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"- QingMing Daren ? Ça va ?"

Le demi-renard leva le doigt pour montrer la voute au-dessus de lui.

"- Fissure."

Les deux maîtres debout autour de lui levèrent les yeux pour voir de quoi parlait leur chef. Effectivement, il y avait une fissure dans la voute de la salle commune. Rien de grave heureusement, juste une fissure de vieillesse des bâtiments qui avaient joués.

"- Vous allez rester par terre encore longtemps ?"

"- Ils sont parti ?"

"- Qui ?"

"- Le troupeau de taureaux-démons qui m'ont renversé par terre."

Kin Lao gloussa avant de tendre la main à son chef de secte. Le maître des disciples l'imita. A eux deux, ils aidèrent QingMing à se remettre debout.

"- Ca va aller ?" Répéta le premier disciple pendant que le demi-démon époussetait ses robes et remettait droit son chapeau.

A quelques mètres, les shidi avaient été écartés par leurs maîtres mais frémissaient comme un troupeau de chiots excités. Ils n'avaient pas pu dire bonjour correctement !

"- Oui. Ça va." Il avait juste l'estomac protestataire d'avoir pris une marée miniature dans le ventre pour lui dire bonjour.

Il se rassit par terre pour éviter de se faire encore faucher comme un lapin en plein vol (note1). A peine avait-il assuré sa position que les petits shidi submergèrent leurs maîtres et lui sautèrent dessus à nouveau tellement ils étaient contents de le voir.

"- SHIFU !"

"- Mais vous m'avez déjà vu sur les plaines de glace, enfin !" Jamais les shidi quand il était petit n'avaient été aussi excitable et…Adorables. Même ses propres traumatismes d'enfance mis à part. Son propre maître n'avait jamais été aussi affectueux avec les disciples du temple qu'il l'était avec eux. C'était quelque chose qu'il avait appris de Boya.

"- C'est pas pareil !" Protestèrent les enfants. "Là-bas c'est là-bas. Ici c'est la maison."

Le troupeau d'enfants ne le laissa en paix qu'une fois qu'ils eurent chacun eut droit à un câlin. Avec incrédulité, QingMing réalisa que chacun des petits le considérait comme sa figure paternelle préférée. Même s'ils avaient des professeurs attitrés, il restait leurs préférés. Lui, le demi-démon hait par sa propre secte encore cinq ans auparavant était devenu le papa (non-) officiel de tous les moins de douze ans de la secte.

Il en eut le vertige.

"- QingMing Daren ? Ça ne va pas ?"

Un peu de bile lui remonta dans la bouche.

"- Si, si. Ne t'en fait pas Kin Lao. Je viens juste de réaliser quelque chose. Mais c'est sans importance."

Il finit par se relever. Immédiatement, deux des gamins se précipitèrent pour prendre ses mains dans ses leurs et l'entrainer avec eux vers sa place à la grande table principale. Même si ce n'était pas l'heure de manger, c'était toujours l'heure de prendre le thé tous ensemble. Il fallait bien marquer le retour de leur chef n'est-ce pas ?

QingMing accepta le thé et deux gamins sur ses genoux pendant que ses maîtres en profitaient pour lui faire un résumé rapide de tout ce qu'il avait raté depuis sa disparition. Malgré tout, même les plus vieux et les plus opposés encore à son rôle aussi bien qu'à sa présence dans la secte étaient soulagés de le voir à nouveau à sa place. En quelques courtes années, il avait fait plus de bien au Temple que tout ce qui avait pu avoir lieu dans les deux derniers siècles.

"- On est content que vous soyez de retour, QingMing Daren." Lâcha un des maîtres en passant, avec une petite tape sur son épaule.

Le geste était cavalier et irrespectueux, la voix courte et un peu précipitée, mais ce n'était pas ce qui avait fait relever le nez du demi-démon des deux gosses sur ses genoux qui se battaient pour un gâteau de riz. C'était QUI venait de l'aborder avant de littéralement fuir pour aller s'installer devant sa propre tasse de thé.

QingMing eut un petit signe de tête en remerciement.

Si même ses opposants internes les plus farouches encore en place commençaient à l'accepter, peut-être qu'il allait rester en poste plus que le temps de former Kin Lao à le remplacer finalement.

Un petit cri échappa soudain à un des enfants.

"- HO NON !"

Ses copains se ruèrent sur lui pour savoir ce qui lui arrivait. Ils murmurèrent entre eux quelques secondes sous le regard lugubre de leurs professeurs. Qu'est-ce que les miniatures avaient encore inventés ? Depuis qu'ils étaient en contact avec les shidi de JingYun, la disciple s'était relâchée. Ou tout au moins, leurs disciples luttaient bec et ongle contre la disciple du Yin Yang pour en arracher quelque chose de bien plus détendu et…bien plus efficace, il fallait tristement avouer. Leur faire comprendre pourquoi on leur demandait de faire quelque chose était étrangement plus efficace que leur donner juste des ordres vides.

"- Alors ? Que se passe-t-il ?" Finit par demander QingMing.

"- Ben maintenant pour vous êtes à nouveau notre chef de secte, on va plus pouvoir aller jouer dehors avec vous. C'était bien quand vous nous courriez après. Et puis les siestes dans vos poils, c'était bien aussi."

La désolation des shidi étaient telle que QingMing ne put que leur promettre que ce n'était que partie remise.

La joie soudaine des enfants le laissa perplexe.
Est-ce qu'il venait de se faire manipuler par les crottes de qi qui lui arrivaient à la hanche ? Si ce n'était pas le cas, Kin Lao ne serait sûrement pas en train de rire comme un bossu.

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Boya rangea sa flute.

Les deux Yao le virent enfin après qu'il les eut attirés lentement avec sa musique hors des égouts. Il les avait suivis depuis deux jours pour trouver leur tanière. A son grand soulagement, ils n'avaient pas encore de petits. Les démons-rats étaient à peine installés mais n'avaient pas eu encore le temps d'établir une colonie.

Le Chef de Secte fit un signe à ses hommes pour qu'ils le couvrent. Il sauta au sol juste devant les deux démons. Ils chargèrent sur lui en hurlant leur rage et leur faim. Pour eux, il était un repas de qualité, facile à tuer et à dévorer. Idéal pour préparer leur nid pour leur progéniture.

Le combat fut rapide et expéditif. Boya n'avait aucune envie de torturer les deux créatures.

Deux coups d'épées, deux têtes qui roulaient sur le sol et c'était finit.

Les chasseurs qui l'avaient accompagné protestèrent mollement. Et eux ! c'était la dernière fois qu'ils laissaient leur chef venir avec eux. Comment voulait-il qu'ils ne perdent pas la main s'il ne les laissait pas faire le boulot aussi !

"- On est content de vous revoir aussi déterminé, Chef. Mais laissez-nous quelque chose à faire quand même ! On comprend que vous soyez tout frétillant que QingMing Daren soit en pleine forme, mais vous avez d'autres solutions pour soulager votre énergie en trop !"

Boya resta une seconde sans comprendre avant de rougir.

"- TU !"

Les disciples gloussèrent. Leur chef de secte s'était largement détendu, mais il restait quand même très coincé sur certains sujets quand son renard n'était pas là.

Affreusement gêné, Boya se mit à marmotter dans sa barbe comme une vieille chamelle pendant qu'il rassemblait ses troupes autour de lui pour rentrer au temple. Ils avaient fini avec leur chasse pour aujourd'hui.

"- Et bien, vous n'avez plus votre monstre avec vous ?"

Boya sursauta brutalement lorsqu'ils passèrent près de la boutique d'un tailleur. Qui osait ?

"- Ho…C'est vous…"

La vieille dame qui avait insulté son QingMing. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Et pourquoi était-elle aussi agressive ?

"- Vous en avez fait quoi ? Vous l'avez enfin tué ?"

"- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde."

La question le crispait d'autant plus qu'il savait la question récurrente parmi la population. Certains se posaient encore des questions sur la présence d'un démon au contact du chef de JingYun même s'ils avaient vu Zhuque lui faire des câlins. Personne n'avait répondu aux questions de la population sur ce qui s'était passé réellement entre le renard géant blanc, Zhuque, et le type qui avait été fumé comme une saucisse par le dieu-gardien. Forcément, les clabaudages n'en finissaient pas.

La vieille dame tapa sur le sol avec sa canne. Elle était vieille mais solide. Pourquoi avait-elle besoin d'une canne ? Une arme ? Sans doute.

Le chef de secte était sur la défensive.

"- Boya Daren ?" Il sursauta lorsque l'un de ses disciples l'appela.

Pourquoi était-il à ce point sur la défensive face à cette vieille dame ? En plus, c'était bizarre. Normalement, les femmes se teignaient les cheveux dès qu'elles avaient le moindre cheveu gris. Celle-là semblait se contenter parfaitement de ses cheveux immaculés. Encore un signe évident qu'elle venait de province sans doute. De l'Ouest ? Ça aurait expliqué beaucoup de chose. Ils étaient bizarres à l'ouest. Ils avaient trop de contact avec d'autres civilisations étranges.

"- Oui, allons y." Il jeta un dernier regard noir à la vieille dame.

Comment osait-elle sous-entendre, non, dire carrément qu'il pourrait faire du mal à son Partenaire.
Zhuque protestait lui aussi.

Pfff. Certaines personnes étaient stupides. Il ne fallait pas y faire attention.

Mais avec tout ça, leur compagnon leur manquait encore plus. Même s'ils se reverraient le soir même, évidemment, la séparation forcée pendant des mois les avaient rendus encore plus possessif l'un avec l'autre.

"- Boya Daren."

"- Détective Dee, Zhejin. Je ne m'attendais pas à vous voir ici." Depuis que QingMing avait été libéré, logiquement, ils n'avaient plus de raison de se rencontrer.

"- Les crimes ne s'arrêtent jamais malheureusement." Sourit Dee. "Mais ceux-là sont causés par de simples humains bien mortels." L'expérience du surnaturel qu'ils avaient eu jusque-là ne les avait pas préparés à travailler avec JingYun et le Bureau mais maintenant qu'ils revenaient à des occupations plus terre à terre, le soulagement se le disputait au regret. "Pourriez-vous transmettre un message à QingMing Daren de notre part tous les deux pour lui souhaiter un prompt rétablissement ?"

Boya hocha la tête.

"- Je lui transmettrais, évidemment." Les deux inspecteurs s'inclinèrent légèrement. "Et une fois qu'il ira mieux, je suis certain qu'il trouvera un peu de temps pour s'entretenir avec vous, Dee Renjie. Il n'est pas homme à repousser sa famille sans raison."

"- Ma simple existence est une raison en soit."

"- Mais pas de votre responsabilité. Il sait être mesquin mais pas cruel pour le plaisir."

"- Alors j'attendrais qu'il ait un peu de temps à me consacrer."

Boya les salua avant de repartir avec ses hommes. Maintenant qu'il savait que Dee n'était pas opposé à plus de contact avec son demi-frère, il pousserait son compagnon à tenter de discuter avec lui. Au moins pour qu'ils n'aient aucun regret.

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QingMing mangeait d'une dent distraite les lamelles de viande crues que Honey-Bug lui avait préparé pour son repas. Comme il devait conserver une alimentation spécifique pour l'instant, même s'il mangeait avec sa secte dans le réfectoire, sa shishen lui préparait sa gamelle pour le midi lorsqu'il n'était pas à la Maison. Bien évidemment, ses petits shidi en étaient interloqués.

Ils n'étaient pas les seuls. Les maîtres les plus proches de lui avaient fait une drôle de tête lorsqu'ils avaient compris ce qui reposait sur des jolies feuilles de chou dans sa boite en bambou laqué.

Mais malgré tout, il y avait du progrès. Déjà, il pouvait manger en même temps que les autres maintenant et ne plus picorer toute la journée de minuscules portions.

Petit à petit, les choses retrouvaient leur cours normal.

Ho, il y avait bien encore des jours moins bons que d'autres où QingMing n'arrivait pas à quitter la Maison comme ce matin. Et d'autres où Boya n'arrivait pas à laisser son Partenaire quitter la protection de ses bras et de ses ailes mais l'un dans l'autre, chacun avait repris ses marques et laissé derrière lui les mois d'angoisse et de terreur causés par Cimu. Bientôt, il n'y avait plus guère eu que le système digestif du demi-démon pour se souvenir qu'il avait été maltraité à l'extrême pendant des mois et qui continuait à protester lourdement, certains jours plus que d'autres.

C'était le cas depuis presque une semaine à présent et la raison du refus de Honey-Bug de le laisser partir pour sa secte ce jour-là.

Dès que QingMing ouvrait les yeux le matin, il devait rester allongé une bonne demi-heure avant de lentement passer en position assise, manger quelque chose puis enfin se lever. Honey Bug trouvait que son rétablissement était un peu long mais n'était pas plus inquiète que ça. Elle l'examinait régulièrement pour s'assurer que l'inflammation de son système digestif se réduisait. C'était le cas. C'était juste long.

Petit à petit, elle avait même dû supprimer certains aliments qui entretenaient l'inflammation, QingMing pourrait les réintroduire progressivement lorsqu'il ne rendrait plus un repas sur deux.

A la grande tristesse du fashi, il avait vu s'éloigner de lui le riz, les nouilles, tous les féculents finalement ainsi que les baos et les haricots rouges sucrés. Le sucre en général lui était maintenant interdit. Il ne pouvait que regarder avec envie ses jeunes disciples se gaver de bonbons et ses shishen se régaler de gâteaux au miel. A part la viande crue et le poisson, il ne lui restait finalement pas grand-chose dans son bol. Il avait droit à quelques légumes comme les carottes, la salade verte ou les champignons. Même les oignons, les choux et la cebete lui étaient interdit !

Pour faire simple, Honey Bug lui avait restreint son alimentation de tout ce qui pouvait poser problèmes à la digestion des canidés. Bien sûr, elle ne le lui avait pas expliqué la chose ainsi pour ne pas le vexer.

QingMing jeta un coup d'œil envieux vers le plat de légumes en sauce que Boya avalait avec plaisir. Avec un soupir, il reprit une lamelle de foie de cerf crue. Il le goba avec un rien de dégout. Plus les jours passaient et plus il mourrait d'envie de manger davantage de triperie lui qui n'était jusque-là pas très appréciateur de la chose. Il détestait les goûts, mais ne pouvait se passer de sa dose de cœur de bœuf, de foies de volailles ou de rognon de veau. Le tout, évidemment, cru. Il voulait bien que son tube digestif ait prit un méchant coup pendant des mois mais devoir se rabattre sur une alimentation aussi limitée était...pénible et désagréable. Au moins ne vomissait-il plus toutes les deux heures avec ça dans le ventre mais juste le matin s'il se levait trop vite avant d'avaler quelque chose. Honey Bug était confiante sur la réintroduction progressive d'autre chose que de la protéine animale. Tous les trois jours, il avait droit à un peu d'épeautre cuit à la vapeur arrosé de graisse de canard fondue. La première fois qu'il y avait eu droit après des jours sans autre chose que de la viande crue, il avait failli pleurer de soulagement.

"- Comment vous sentez-vous ?"

QingMing se passa en revue. Il savait que s'il mentait et était malade, il allait voir s'éloigner plus longtemps encore le bol que Honey Bug avait à la main que s'il était réellement un peu chiffonné.

"- Ca va pour l'instant."

"- Pas de lourdeur sur l'estomac ?"

Il avala une dernière lamelle de foie.

"- Non, ça passe toujours bien le foie."

"- Bon." Elle lui donna le tout petit bol qu'elle avait à la main. "essayez ça. Et si ça ne va pas après, dites-le-moi. Et si vous commencez à avoir la nausée..."

"- Je n'insiste pas et je ne tente pas de finir." Soupira-t-il sous le regard amusé du reste de la Maison.

"- Bon. On va finir par faire quelque chose de vous."

"- Même un vieux chien pour apprendre de nouveaux tours." Railla le fashi

"- Vous êtes un bébé renard. Pas un vieux chien. Mangez."

Il plongea sa cuillère avec délectation dans le petit bol de haricots mungo sautés avec du blanc de bœuf. Le demi-démon mangea très lentement ce qui s'apparentait actuellement pour lui à une sucrerie. Il prit le temps de mâcher le contenu du petit bol jusqu'à ce que le gout du haricot disparaisse totalement avant d'avaler et d'en reprendre encore. A sa grande tristesse, il dû reposer le bol encore à moitié plein lorsqu'il sentit son estomac se serrer désagréablement. Il avait appris à la dure qu'insister ne ferait que le rendre malade et repousser son rétablissement.

Honey Bug parut désolé qu'il ne puisse finir mais satisfaite qu'il ne tente pas le diable. Peut-être qu'elle pouvait lui faire confiance finalement ? Boya finit le bol à la place de son compagnon en grimaçant. Que QingMing se délecte ainsi de quelque chose d'objectivement affreusement fade était assez déprimant. Pour un hédoniste comme son Partenaire, ces repas étaient de la torture.

Au moins pouvait-il encore boire du thé en quantité...

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Zhuque était extatique.

La situation n'avait rien de positif pourtant. Mais le dieu-gardien était extatique quand même. Il tourna sur le bord d'attaque de l'aile, replia ses rémiges et se laissa tomber comme une pierre sur le crâne de l'énorme yao de pierre qui avait rasé le village. Le dieu-gardien réclama avec fureur au nez du démon avant de lui enfoncer son bec dans l'œil.

La créature rugit de douleur. Elle tenta bien de le repousser mais si le démon était énorme et dangereux, il était malhabile face à un phénix au sommet de sa forme. Du coin de l'œil, Zhuque voyait la lueur or-argent du bouclier de son partenaire. Depuis qu'il l'avait maitrisé pour protéger son avatar, QingMing avait le plus solide de toute sa secte. Pourtant, là, c'était juste suffisant pour protéger les habitants survivants du petit village.

Le yao rugit encore de douleur. Il agitait maladroitement ses six paires de bras pour tenter d'attraper Zhuque qui le harcelait, le blessait, puis remontait à l'abri avant de lui tomber encore dessus pour le blesser encore.

"- ZHUQUE ! CESSE DE JOUER ET ACHEVE LE !" La voix sèche de Qing Ming sortit le dieu-gardien de sa chasse.

Il aurait voulu jouer encore un moment mais leur Partenaire n'était pas fan de la torture ailleurs que dans un lit aussi se dépêcha-t-il d'égorger la créature d'un coup de bec dans la carotide puis de le faire brûler entièrement. Un dernier cri de triomphe et le phénix s'envolait pour revenir se poser près de leur partenaire qui posa sa main sur son épaule.

"- Merci Boya. Merci Zhuque."

Le yin yang shi ne les avait pas invoqués pour se battre pour lui depuis une éternité. L'appel avait été aussi effrayant qu'inattendu pour le dieu-gardien et son vaisseau. Ils ne s'étaient matérialisés près de leur maître non sous forme humaine ou même intermédiaire, mais totalement avienne. Se battre pour lui avait été quelque chose d'assez cathartique. Ils étaient son shishen. Ils n'avaient pu le protéger depuis bien trop longtemps et leur manque de protection avait eu un impact énorme que QingMing subissait encore. Avoir été appelé par leur maître pour le servir, pour le protéger, pour se battre pour et avec lui avait été un soulagement autant qu'un plaisir.

Les habitants survivants du petit village peinaient à réaliser qu'ils étaient sauvés. Petit à petit, enfin, ils vinrent remercier. Ils allaient devoir quitter ce qui restait de leurs maisons pour tenter de trouver un abri ailleurs. Leurs récoltes avaient été détruites, leurs maisons éventrées, leurs possessions éparpillées...

"- Vous avez une secte à moins d'une journée de marche vers l'est." Proposa QingMing. " Vous pouvez vous y rendre. Ils vous aideront." Le petit village avait moins d'une cinquantaine d'âmes avant, la moitié au moins étaient morts.

Trouver quoi faire de si peu de monde ne serait pas très compliqué. Zhuque s'envola pour s'assurer que rien d'autre n'était dangereux dans le coin puis chassa un peu pour rapporter de quoi manger aux pauvres réfugiés. Lorsque le phénix se posa à nouveau près de son maître avec un énorme cerf dans les serres, les humains étaient déjà en train de récupérer tout ce qu'ils pouvaient. Les habitants du nord étaient solides et résilients. Le climat faisait des hommes solides et des femmes fortes. Ils allaient reprendre leur souffle à la secte la plus proche, oui. Mais au printemps, ils reviendraient pour reconstruire. Si Boya parut surpris de leur décision, ce n'était pas le cas de QingMing. Il connaissait la force de caractère des nordistes.

Une fois les agriculteurs en route pour leur prochaine étape, QingMing tapota gentiment l'épaule de son Partenaire. Il résorba l'invocation pour le libérer. Boya replia ses ailes après avoir roulé un peu des épaules puis les fit disparaitre. Comme à chaque fois qu'il revenait d'une invocation, il était torse-nu.

"- Tu n'as pas de robe pour moi cette fois ?" S'étonna le chef de JingYun. D'habitude, QingMing en avait toujours une ou deux sur lui.

"- Si, j'en ai." Souriait le demi-démon, un sourire un peu rêveur aux lèvres sans quitter des yeux le torse tout à fait désirable de son compagnon.

Boya se sentit rougir.

"- QingMing..."

Le demi-renard posa sa main sur un pectoral puissant.

Depuis que Boya avait des ailes et qu'il les utilisait régulièrement, ses muscles à cet endroit-là avaient gagnés en solidité. Ils n'étaient guère plus gros mais si puissant... Un frisson remonta dans le dos de QingMing. Il effleura un mamelon brun du bout des doigts.

"- Je crois qu'on va rentrer à pied." Le sourire était toujours aussi rêveur.

Boya le fixa longuement avant de tacler ses jambes et le pousser en arrière. Ils tombèrent dans un délicieux fourré qui n'avait rien demandé et surtout pas d'être dévoyé par un couple de fashi bien trop enthousiastes.

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Boya avait un sourire un peu désolé. Près de lui, QingMing vomissait une fois de plus tripes et boyaux.

Honey Bug était désolée elle aussi. Elle aurait voulu pouvoir dire que c'était la faute de leur maître pour ne pas avoir respecté ses consignes mais depuis des semaines, le demi-démon avait été sans reproche. Suffisamment pour que Honey Bug estime enfin qu'il pouvait élargir un peu plus son alimentation. Les nouilles de riz étaient passées sans problème. La sauce légère aussi.

Le repas était passé sans la moindre anicroche jusqu'au dessert. Elle avait autorisé QingMing à prendre une seule douceur. Il avait pris un gâteau de gelée d'osmanthus parce que c'était ce qu'il y avait de plus léger sur le plateau de sucreries que Hei Feng avait apporté à leur maître. Il n'avait pas fallu cinq minutes pour que son estomac exprime son déplaisir et que QingMing se retrouve penché au-dessus de la balustrade de la terrasse à rendre ses repas depuis au moins douze jours. Près de lui, Boya avait relevé ses cheveux et les retenait avec désolation.

Est-ce que ça n'en finirait pas un jour ?

Ca faisait presque trois mois maintenant qu'il était malade.

Qing Ming vomit encore un peu de bile puis les contractions stomacales suivantes se firent sur du vide. Boya en avait mal avec lui de le sentir se contracter physiquement de tout le corps pour suivre son estomac protestataire. Il finit par poser une main sur son ventre et lui transmettre un peu de qi pour forcer son diaphragme et son estomac à cesser de se contracter comme si sa vie en dépendait.

QingMing s'écroula à moitié dans ses bras. Ils pouvaient se prendre une lame dans le corps sans guère de problème mais la tentative de prise d'indépendance de son tube digestif, c'était autre chose.

"- Ca va aller ?"

"- Je crois que le sucré, ce n'est pas encore pour tout de suite." Boya prit le petit linge trempé dans de l'eau tiède et de l'eau de fleurs que Honey Bug lui tendit pour essuyer les lèvres de son compagnon puis l'aida à se rincer la bouche et avaler un peu de thé de gingembre. Le thé calma un peu son estomac.

"- Tu penses que tu peux manger quelque chose ?"

Le demi-démon secoua la tête. Il transpirait comme s'il avait couru un marathon, tremblait de fièvre et ses jambes le portaient à peine.

"- Je vais prévenir Kin Lao que vous restez là pour l'après-midi." Proposa Snow Hound.

QingMing ne protesta même pas. Il laissa Boya le conduire à sa tanière et le remettre sous les couvertures.

"- La journée avait si bien commencée." Soupira encore QingMing.

Boya s'était assis sur le bord de la tanière pour que son compagnon pose sa joue sur sa cuisse pendant qu'il lui caressait les cheveux. Et les oreilles. Il n'était pas étonnant que QingMing laisse ses oreilles et ses queues sortir pour plus de réconfort, mais c'était la première fois qu'il le faisait depuis qu'il était redevenu lui-même.

Malgré son estomac rebelle, c'était un signe positif du point de vue du vaisseau de Zhuque.

Honey Bug, Snow Hound et Mad Painter se faufilèrent près de leur maître.

"- QingMing Daren ?" Ce n'était qu'un murmure pour ne pas le réveiller s'il dormait.

"- Hmmm?"

"- On a réfléchit avec les garçons et...peut-être que votre sensibilité actuelle aux aliments n'est pas due que à vos heu…aventures."

Si le demi-démon avait rouvert les yeux mais n'avait pas bougé de la cuisse de son compagnon, il écoutait avec attention.

Honey Bug se sentit rosir. Elle jeta un coup d'œil suppliant à Mad Painter qui leva les yeux au ciel. Il s'assit lui aussi sur le bord de la tanière.

"- Tu es resté tellement longtemps sous ta forme de renard, et sans personne aux commandes à part ton pur instinct animal que tu as eu des chaleurs pour la première fois de ta vie." Commença le shishen.

QingMing hocha vaguement la tête. Ça, il s'en souvenait.

"- Et bien, on pense que ce temps passé à poils a forcé ton corps à finir de murir et qu'il a eu enfin le temps de devenir adulte." QingMing voulait bien accepter la chose mais il ne voyait pas le rapport avec vomir ses chaussettes deux fois par jour. "Ton système digestif s'est modifié pour se rapprocher de celui d'un renard beaucoup plus que ce qu'il n'était avant. Et je dis bien renard. Pas renard démon. Après tout, tu es encore un bébé pour un renard-démon. Donc si c'était cette partie de toi qui était resté indépendante, ça n'aurait pas changé grand-chose."

Le yin yang shi en resta perplexe.

"- C'est...une possibilité." Il était quand même dubitatif.

"- Vous voulez bien changer de forme qu'on voit s'il y a eu d'autres modifications ?"

Le fashi hésita un peu mais finit par se sortir de sa tanière. Il changea de forme et se laissa examiner par ses shishen. Ils le connaissaient par cœur après tout.

"- Vous avez pris une paume ou deux au garrot."

"- Vraiment ?"

"- Votre poil est moins duveteux."

Ha flute ! Il aimait son poil duveteux, lui.

"- Et vous faite moins bouboule."

BOUBOULE ? NON MAIS ILS DISAIENT QUOI LA ? D'accord il était en forme. Mais bouboule ? Et encore, avec les six mois passés à manger de l'herbe, il était maigre au point de régulièrement voir de la désolation dans les yeux de son partenaire quand il n'y avait plus de poignées d'amour auxquelles il pouvait s'accrocher quand ils s'amusaient sous les draps.

QingMing était vexé, mais vexé !

Boya lui déposa un petit bisou sur la truffe.

"- C'est vrai que tu étais si pelucheux que tu faisais boule de poils. Là, tu as pris du poil de couverture et tu as moins de...duvet ?" Même si ce n'était pas des plumes c'était le même effet. "Tu fais moins bouboule et plus adulte. C'est vrai."

Ho...bon...Si c'était bouboule comme ça, ça allait. Les trois shishen durent convenir qu'ils étaient d'accord avec eux même.

"- Vous avez effectivement muris. Peut-être pas encore totalement "adulte" dans un sens renard du terme. Votre arrière-main est encore un peu courte. Mais vous faites renardeau en fin d'adolescence maintenant. Plus bébé bouboule."

"- Ça vous amuse de m'appeler comme ça hein ?"

Mad Painter et Snow Hound ne dirent rien mais sourirent largement. Enfin, chacun à sa mesure évidemment.

Boya avait glissé ses doigts dans les poils de son Partenaire pour le peigner gentiment.

"- Tu mues."

Ca suffit à Honey Bug pour filer chercher des brosses et rameuter les shishen qui n'étaient pas occupés pour aider à toiletter leur maître. Lorsqu'ils eurent fini, la boule de poils avait perdu en épaisseur et plusieurs énormes sacs remplis de bourre de bébé étaient disponibles pour que aussi bien Honey Bug que Mad Painter s'amusent avec.

"- Tu ferais presque digne comme ça." Soupira Boya, un peu triste.

Il aimait son compagnon boule de poils. Là, il faisait bien plus digne et racé. Et d'autant plus sexy. D'accord. Mais…

Zhuque rigolait comme un fou sous le crane de son vaisseau. Il l'avait possédé quand il était encore coincé comme une vieille porte et gêné de voir un bout d'épaule et voilà qu'il trouvait un renard sexy. Quand bien même c'était leur partenaire, ça restait un renard. Quand bien même les deux Partenaires s'étaient amusés ensembles sous leurs formes animales quand l'un des deux étaient en chaleur, là, Boya était humain.

"- Si tu veux découvrir de nouvelles sensations, je crois que juste de l'huile ce ne sera pas assez." Plaisanta sans pitié le dieu-gardien. "Il faudra que tu demandes à Mad Painter s'il a mieux et que tu t'entraines longuement à recevoir notre renard."

Boya était lentement en train de passer au fuchsia lorsque QingMing se rendit compte de son trouble. Il lui donna un petit coup de nez dans le cou.

"- Boya ?"

"- Ce...Ce n'est rien. Juste Zhuque qui raconte n'importe quoi."

QingMing reprit sa forme humaine. Pendant qu'il avait eu ses poils, il s'était sentit tout à fait bien. Retrouver son corps humain fut comme une gifle de pesanteur et d'épuisement. Ses shishen avaient sans doute raison. Son corps de renard avait changé et ces changements avaient dû avoir un impact aussi sur sa forme humaine. Pour que tout se rééquilibre, il allait sans doute avoir besoin d'un peu de temps.

"- Vous devriez méditer et travailler davantage votre cultivation, QingMing Daren." Proposa Snow Hound. "Votre Node doré aussi a subi le contrecoup des changements. Vous vous sentirez mieux quand vous serez à nouveau en équilibre avec vous-même."

Leur maître avait passé des jours à méditer, mais s'était concentré sur son esprit, pas sur son corps.

QingMing ne pouvait qu'être d'accord. Boya aussi. Ils avaient pris l'habitude de méditer ensemble avant les premières chaleurs de Zhuque mais n'avaient pas vraiment eut le temps depuis. C'était probablement le bon moment pour s'y remettre.

"- Que dirais-tu de commencer tout de suite ?"

Il ne fallut pas longtemps avant que le couple, Snow Hound et Mad Painter soient à genoux sur la terrasse principale de la Maison pour méditer tous ensembles.

Lorsque Killing Stone les rejoint avec Ye HuoHua après qu'il se soit bien épuisé à jouer avec son tonton, le jeune shishen alla chercher un tapis de sol supplémentaire et se joignit à la méditation avec le petit enfant sur les genoux. Le petit tengu était encore bien jeune pour méditer pour de vrai, mais il était à l'âge parfait pour commencer à apprendre les bases. Et s'il s'endormit en moins de dix minutes, ce n'était pas bien grave.

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"- QingMing Daren ! Je suis tellement heureuse de vous voir en bonne santé |"

Le fashi s'inclina devant sa collègue.

"- Long Ye Daren. Je vous remercie. Aussi bien pour vos bons vœux que de l'aide que vous avez apporté pour me retrouver et me libérer."

La cheffe de secte eut un petit geste de la main.

"- Entre amis, il faut bien se serrer les coudes."

Elle sentit Baihu pousser pour qu'elle le laisse saluer son frère Zhuque et sa femelle, Même si c'était un mâle, le résultat était le même.

"- Baihu vous salue tous les deux."

Les yeux de QingMing s'écarquillèrent. Il n'était pas au courant ! Ou tout au moins, il n'avait pas vraiment fait attention.

"- Vraiment ? Baihu ? Et bien...mes félicitations à tous les deux." Le couple vaisseau/dieu-gardien semblait aussi bien accordé que Boya et Zhuque.

"- Il vous remercie. Nous ne sommes pas encore assez en symbiose pour qu'il puisse utiliser ma voix." C'était à peine si elle entendait la voix du dieu gardien en plus de sentir ce qu'il voulait quand ils n'étaient pas en situation de crise qui forçait le dieu-gardien à utiliser toutes ses forces.

Boya sourit à la jeune femme.

"- Ca prends du temps. Ça viendra." Il ne concevait plus d'être à nouveau seul dans sa tête et dans son corps. "C'est un privilège que d'avoir un ami comme eux."

Long Ye commençait à le comprendre effectivement. L'affection de Boya pour Zhuque était réelle, elle le savait. Elle commençait à trouver sa place avec son nouveau partenaire.

Au fond de son crâne, elle savait que Zhuque et Baihu étaient très occupés à partager les derniers potins. Elle percevait qu'ils discutaient mais sans comprendre leurs paroles. A l'inverse de Boya si ses réactions tour à tour amusées, outrées et blasées étaient significatives. Même s'il ne participait pas par respect pour Zhuque et Baihu, il entendait quand même.

"- QingMing Daren, j'espère que votre captivité et les semaines subséquentes n'auront pas eu de conséquences sur le long terme."

"- A part une évidente nécessité de reprendre ma cultivation en main, tout va pour le mieux, je vous remercie."

Elle voyait la légère crispation des yeux. Le pauvre homme avait dû vivre des horreurs pendant sa captivité mais s'en remettait. C'était tout ce qui comptait. Quand il s'en sentirait capable, il faudrait qu'il fasse un rapport détaillé mais le lui réclamer avant qu'il n'ait réussit à réellement laisser tout ça derrière lui était une mauvaise idée. Elle savait que comme Boya, il était à la fois extrêmement solide et d'une fragilité de verre filé. Taper au mauvais endroit au mauvais moment pouvait les faire voler en éclat l'un comme l'autre.

"- C'est une excellente nouvelle ! Si d'aventure vous repartez en vacances dans le sud, n'hésitez pas à venir passer un jour ou deux à ma secte. Votre précédent passage était bien court, je n'ai même pas pu vous faire faire le tour du propriétaire."

"- En ce cas, il faudra que je vous fasse les honneurs du Bureau."

"- N'y allez pas, ses shidi sont tous fous." Murmura soudain Boya.

"- Parce que les tiens sont raisonnable peut-être ?"

"- Les miens ne me jettent pas au sol pour me dire bonjour du plus loin qu'ils me voient."

"- Ils m'aiment, je n'y peux rien." Et l'évidente surprise mêlée de timidité et d'exultation de QingMing faisait mal au cœur quand on savait comment s'était passée son enfance.

Boya donna un petit taquet sur l'arrière du crâne de son compagnon.

"- Ce n'est pas une raison pour te laisser malmener. C'est toi leur professeur."

"- Et je leur apprends à maltraiter leurs maîtres." Rappela QingMing en repensant aux batailles de boules de neige. Entre autres.

"- Et tu leur apprends à maltraiter leurs maîtres." Soupira Boya en rendant les armes.

Que dire face à la vérité ? Mais comme ses propres shidi, ceux de QingMing se défonçaient pour progresser parce que bien que leur rôle quand ils seraient grands serait de sauver des vies quitte à perdre la leur, pour l'instant, tout n'était qu'un jeu. Même pour QingMing, la vie n'était finalement qu'un jeu.

Long Ye observait les deux hommes se bouffer le nez avec un amusement de grande sœur. Elle sentait l'approbation de Baihu au couple devant elle. Leur relation était sans doute la seule chose qui avait permis au yin yang shi de survivre pendant sa détention.

Autour d'eux, les maîtres en charge de l'Observatoire attendaient qu'ils aient finit pour venir eux aussi saluer le chef de secte du Nord.

C'était son véritable retour aux affaires après deux mois de convalescence.

A part son estomac toujours étrangement rebelle s'il ne faisait pas attention à ce qu'il mangeait et comment il se levait le matin, QingMing était en parfaite santé. Peut-être un peu accroché à son Boya, mais personne ne pouvait lui reprocher de ne pas avoir envie d'être loin de lui.

Les deux autres chefs de secte finirent par s'écarter pour permettre aux autres de saluer le yin yang shi.

Le bucheron qui servait de Prêtre Impérial salua son chef d'une lourde claque dans le dos.

"- On s'est inquiété pour vous, QingMing Daren. Ne nous refaites jamais ça ! Et je ne parle pas de Boya Daren qui se comportait comme un Inséparable seul sur sa branche. C'était vraiment triste à voir."

Le chef de JingYun foudroya le nordiste du regard mais que pouvait-il dire encore une fois. C'était vrai après tout. Il n'avait jamais été aussi malheureux que pendant les mois loin de son Partenaire.

"- Nous y allons ?" Coupa soudain le maître en charge pour l'ouest.

Il était, comme les autres avant lui, plus rigide que tous ses confrères mais quand même bien plus vivable que son prédécesseur.

La petite troupe de prêtres prit son temps pour rejoindre la Cours. L'Empereur ne les attendait pas à une heure précise et il n'y avait pas de cession avec les ministres. Si QingMing était là, c'était uniquement pour être réintroduit à la Cour, rien de plus.

L'Aboyeur appela leur nom avant de les introduire.

Etrangement, peu de monde avait fait la relation entre le renard géant avec du fromage mou dans le crane qui avait accompagné Boya quelques temps et QingMing. Soit les gens étaient plus stupides que les prêtres ne le croyaient, soit ils s'en fichaient.

Sans doute plus probablement ça d'ailleurs. Les gens, même la Cours, avaient déjà bien assez à faire avec leur propre vie.

Les prêtres s'inclinèrent devant le trône.

"- HA ! QingMing Daren ! Vous nous manquiez !" Salua l'Empereur avec chaleur avant de lui faire signe d'approcher.

Le Souverain rappelait à chacun que le prêtre, malgré son absence, restait dans ses bonnes grâces.

(note1 : si vous avez cette référence, vous êtes officiellement vieux et français. Ou peut-être belge. Sinon, vous pouvez aller chercher la phrase, par Thierry Roland. Oui, il mec était un connard. Mais il a sorti de telles énormités, c'est magnifique.)