Les semaines s'étaient écoulé plus vite qu'un torrent furieux.
Un instant il restait onze semaines, puis sept, puis quatre avant le mariage et voilà qu'il suffisait d'éternuer pour qu'il n'en reste plus qu'une.
Epuisé après plusieurs heures passées avec Honey Bug sur ses robes de mariage, Boya se reposait devant une tasse de thé. Les essayages avaient été harassant à l'extrême puisque la jeune démone ne voulait pas qu'il voit ses vêtements. Il avait passé tout l'essayage avec un bout de tissu sur les yeux.
La seule chose qui l'avait fait accepter cette mascarade était de savoir que son renard devait subir la même chose.
Les deux sectes avaient un peu hurlé d'apprendre qu'elles ne pourraient pas s'éclater à choisir les robes rouges de leurs maitres alors un compromis, un de plus, avait été trouvé.
Les robes que préparait Honey Bug seraient utilisés pour l'enlèvement des mariés et la cérémonie au temple mais pour le banquet au Palais, les sectes pouvaient leur préparer leurs tenues à condition qu'elles soient rouges. Evidemment.
Une fois sa tasse de thé vide, Boya s'étira lourdement.
Il se sentait un peu raide et lourd mais sa démarche n'avait rien à voir avec celle de canard de QingMing à la fin de sa grossesse. D'après Zhuque, Boya devrait pondre d'un jour à l'autre maintenant. Comme le dieu-gardien l'avait prédit, il avait réassimilé tous les œufs non fertiles et n'en avait plus qu'un. Sa présence était quasi invisible, sauf lorsqu'il se couchait sur le dos. Là, la forme indéniable d'un gros œuf marquait son ventre. Le poussin dedans devrait être encore plus petit que ShaiMing la première fois qu'ils l'avaient vu sous sa forme de renardeau alors qu'il tenait à peine dans leurs deux mains. Boya était bien sûr inquiet alors que Zhuque était tout à faire tranquille. Le poussin serait un vrai poussin. Si ShaiMing était né humain avant que ne naisse son renard, ce serait l'inverse pour ce petit-là.
Encore une fois, Boya ne cherchait même plus à rationaliser les choses.
Sa vie avait pris un tournant totalement imprévisible et surréaliste lorsqu'il s'était mis à courir après un voleur de pipa. Il était trop tard pour regretter ou se poser encore des questions.
S'il ne s'était pas offert à QingMing et Zhuque, les choses auraient été différentes. Sa vie aurait été différente. Meilleure ? Impossible.
Il était heureux maintenant. Son cœur de pierre s'était réchauffé au contact de gens qu'il n'aurait eu aucun complexe à massacrer avant.
Il avait grandi, murit. Il était devenu adulte. Tout simplement.
Il était père, bientôt marié, quelque chose qu'il n'aurait même pas imaginé possible avant.
Son destin lui semblait tracé avant de rencontrer QingMing : chasser, tuer, éduquer des shidi pour chasser et tuer à leur tour, succomber sous les coups d'un démon un jour et…C'était tout.
Une vie vide, stérile, peut-être dédié à la protection des autres et à leur bien-être, mais une vie qu'il n'aurait pas vécu.
Maintenant, il faisait les deux. Il vivait pour lui, il protégeait toujours les autres, il était heureux et avait rendu d'autres gens heureux. S'il ne devait mettre en avant qu'une seule chose pour estimer la valeur de sa vie maintenant, il aurait montré Liu Ye. Celui qui avait été He Shouyue et qui était mort dans la folie et la peine s'était réincarné pour être aimé, protégé et choyé, ce qu'il n'avait jamais connu dans sa précédente vie. Juste ça, juste cette petit âme fragile et maltraitée qu'il contribuait à aider était suffisante à ses yeux pour excuser s'il y avait eu besoin tout le reste. Et il ne comptait pas ses petits shidi si nombreux, les changements faits à sa secte, son développement, Zhuque, Baihu, et tout le reste.
Tout ça, juste pour avoir décidé de poursuivre lui-même un petit voleur de pipa suicidaire qui se trouvait être son oncle martial avec qui il couchait régulièrement en prime ainsi que deux autres démons en plus de son fiancé. C'était honteux. Juste honteux.
Boya ne put retenir un petit gloussement en chargeant ses armes autour de sa taille et sur son dos.
Même s'il se mariait dans quelques jours, il n'avait pas été retiré des rotations des gardes. Il aurait dû l'être. Après tout, il était quand même le chef de secte, il attendait un œuf, il aurait dû en être retiré depuis déjà bien longtemps. Mais il n'avait pas souhaité s'éloigner du terrain. Il aimait chasser. Il en avait besoin pour son équilibre et celui de Zhuque.
Histoire de ne pas inquiéter tout le monde, Boya alla prévenir son premier disciple qu'il partait faire sa ronde à la capitale. Il était tard, mais il n'était qu'à quelques minutes à vol d'oiseau.
Yan Shu le noya de recommandations avant de le laisser partir. Hors de question que le mariage soit repoussé parce que Môssieur avait été pris d'une crise quelconque et s'était fait cabossé comme un idiot. Alors s'il tombait sur du dangereux pour un maitre normal, il rentrait dare-dare et il prenait une équipe. Et c'était non négociable !
Boya soupira mais accepta la restriction. Pas du tout parce qu'il était inquiet de faire s'inquiéter son fiancé (son fiancé ! RHAAAA ! son fiancé !) mais uniquement parce que c'était logique et sensible.
"- Je rentre dans la nuit. Demain matin au pire. Et j'ai ton lin'ger, celui de QingMing et un fu'yan avec moi."
Yan Shu hocha la tête, satisfait. Au moins, son chef de secte avait appris à ne pas faire n'importe quoi. Il le regarda partir en volant vers la capitale. La vision de Zhuque planant paresseusement au-dessus du temple restait quand même quelque chose d'assez remarquable et de rassurant.
Boya se posa près de la statue de QingLong. Zhuque et lui saluèrent le dragon qui s'enquit immédiatement de sa proposition auprès du partenaire du vaisseau de Zhuque.
Un peu honteux, Boya avoua qu'il n'avait pas pensé à lui en reparler. Entre le bébé, son œuf, le mariage…
Azur Dragon ne leur en voulait pas. Le temps n'avait pas la même saveur pour lui et pour Boya après tout. Il pouvait comprendre qu'il se soit laissé débordé. Mais qu'il lui en parle d'accord ?
Boya prit le lin'ger attaché dans ses vêtements.
"- Avant d'être à nouveau débordé." S'excusa-t-il encore "QingMing ?"
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L'appel avait surpris le demi-renard.
Noyé dans les papiers, il mettait la dernière main au budget prévisionnel pour les cinq années à venir. Avec l'augmentation du nombre de shidi, le budget se faisait plus serré, même avec ce qu'il donnait au temple via les livres vendu sous son nom de plume. Ils allaient devoir trouver d'autres revenus et mettre à contribution les autres membres de la secte. Il n'était pas le seul à savoir faire quelque chose de ses dix doigts quand même ! Avec le rétablissement des boucliers autour de la secte, les espaces fruitiers et les champs avaient commencés à dégeler mais il faudrait encore du temps pour qu'ils puissent planter à nouveau et se nourrir de leur propre production. Les canaux qui charriaient normalement l'eau chaude des sources thermales dégelaient aussi mais il faudrait là aussi du temps avant que tout soit assez chaud pour que les graines ne gèlent pas une fois en terre. Le maitre en charge des jardins estimait qu'il faudrait encore six mois avant de pouvoir planter les premiers légumes et un an avant la première récolte consommable. Les premières seraient surtout là pour tester l'état du sol. Un junior avait eu l'idée d'acheter des arbres en provenance du sud et de les planter déjà adulte une fois que la terre serait assez chaude. L'idée avait du bon. Il faudrait aussi acheter quelques ruches pour la pollinisation ou ils devraient se taper le boulot à la main.
"- Boya ?"
Le lin'ger était tiède dans les mains du fashi.
"- QingMing. Te rappelles-tu la proposition pour toi de la part de Qinglong."
"- La proposition…HA ! Oui, je crois ?"
"- Il voudrait que tu lui serves de vaisseau momentané jusqu'à ce qu'un de nos petits veuille de lui." Le silence se prolongea jusqu'à ce que Boya insiste un peu. "QingMing ?"
"- Je me souvenais bien . Il y pense vraiment ? " Le fashi du nord ne savait pas s'il avait envie qu'un de leur petit naisse pour le dragon.
"- Il ne forcera jamais un de nos petits, QingMing. Tu le sais." Boya grimaça. Il entendait l'irritation dans la voix de son partenaire et n'aimait pas ça du tout.
"- je connais Zhuque, Boya. Mais je ne connais pas QingLong." Il soupira. "J'y réfléchirais."
"- C'est tout ce que je te demande."
QingMing coupa la communication sans attendre, signe manifeste de son agacement.
Azur Dragon remercia Boya et s'excusa pour les potentiels problèmes qu'il venait de lui causer.
Le fashi rassura le dieu-gardien. QingMing allait probablement bouder un peu mais ça n'irait pas bien loin. Sa curiosité naturelle l'empêcherait de trop râler. Il viendrait sans doute même parler au dragon lui-même. Ils se connaissaient déjà après tout.
Boya salua finalement le dieu gardien puis prit le chemin de sa ronde du soir. Il en avait pour facilement trois bonnes heures si tout se passait bien. S'il rencontrait des impondérables, QingMing savait qu'il ne devait pas l'attendre et…il était un idiot ! Il devait diner avec son renard ! Alors qu'il était de garde. C'était sans doute plus pour ça qu'à cause de QingLong que son compagnon avait grognée. Il avait dû lui préparer une soirée en amoureux comme il lui en préparait dès qu'ils étaient ensemble pour s'occuper de lui et de tous ses caprices.
Il faudrait qu'il se fasse pardonner. Il allait sans doute rater encore un massage langoureux et une prestation linguale de son QingMing comme il savait si bien le sucer. Boya prenait grand plaisir à voir son renard à genoux devant lui en ce moment et QingMing se faisait un plaisir de se mettre à genoux pour lui autant qu'il le voulait.
Quelle tristesse.
Avec un soupir, il reprit sa ronde. Plus le temps passait et moins il rencontrait de proies potentielles.
Pourtant, ce soir-là, il dut supprimer deux démons de luxure qui se repaissaient d'un pauvre homme dans une ruelle à côté d'un bordel, il mit en fuite une dizaine de rats-démons qu'il fallut poursuivre avant de les éliminer puis reprit sa ronde jusqu'à tomber sur les quais sur un démon des eaux qui attrapa un touriste juste sous ses yeux pour le noyer. Il parvint à éliminer la menace avec une volée de flèche. Le touriste savait nager, il n'eut même pas besoin de plonger pour aller le récupérer mais fut bien incapable de comprendre ce que l'homme lui disait. Un interprète/garde/nounou/espion comme en fournissait l'administration impériale finit par se précipiter et présenter l'homme comme un marchand de l'ouest. Boya refusa toute récompense. Faire comprendre à l'homme via son interprète qu'il était un chasseur de démons prit un certain temps. Mais s'il voulait le remercier, il pouvait faire une offrande à l'un des temples de Zhuque qui constellaient à présent la capitale. Ou n'importe quel temple de l'un des Dieu-Gardien de l'Empire.
Boya parvint enfin à se débarrasser de l'homme et reprendre sa ronde. Il passa par l'un des plus grands parcs publics de la capitale pour rejoindre la dernière partie de sa ronde mais s'immobilisa lorsqu'il perçut un bruit qu'il connaissait.
"- yif."
Comment ça yif ? Et c'était un tout petit "yif" ca. Un yif de bébé renard.
"- yif ! yiiif !" Et c'était des yif effrayés en plus.
Boya sauta par-dessus la ligne de rochers artistiquement taillés qui délimitait le chemin qu'il suivait pour remonter jusqu'à la source des petits cris. Il ne tarda pas à tomber sur un renard blanc qui faisait dignement face à une meute de chiens errants qui cherchaient leur diner et voyaient dans le renardeau un petit gueuleton idéal pour leur ouvrir l'appétit. Boya chassa les chiens en leur criant dessus puis s'approcha du renardeau. Il avait deux queues. Evidemment.
Boya leva les yeux en ciel.
"- Et bien mon petit ami, te voilà dans un bien bel état."
Le renard démon avait reculé jusqu'au mur devant le chasseur et le menaçait en grondant.
"- Allons, allons. Je ne vais pas te faire de mal. Mais c'est beaucoup de sang que je vois là. Tu veux bien me laisser regarder ?" Il lui parlait comme à un enfant mais il n'avait que deux queues et il était tout petit. Ça devait être un tout jeune renard. Sans doute un gamin. S'il se basait de ce qu'il savait sur QingMing, il devait avoir cinq, six ans maximum. Il était à peine plus gros que Ye HuoHua. Un petit gamin donc pour un renard démon blanc.
Boya avança encore mais le renard recula à son tour. Le chasseur retira la main de son arme.
"- Je t'assure que je te ne veux pas de mal. Je veux juste être sûr que tu n'es pas blessé."
Lentement, pas à pas, il s'approcha du petit démon qui continuait à gronder et à lui montrer les dents. Boya restait sur la défensive, prêt à bondir en arrière si le démon se montrait agressif. Il ne voulait pas lui faire de mal mais se défendrait s'il le fallait.
"- Tu es seul à la capitale ou avec ta maman ?"
Le renardeau se cacha un peu plus dans ses queues. Il avait les mêmes yeux jaunes que son QingMing.
"- Là…là… Du calme…"
Lentement, avec précaution, il finit par pouvoir poser une main sur l'échine du petit renard et l'attraper par la peau du cou. Il le souleva en le tenant à bout de bras. Le petit démon le fixa avec tout le scandale de l'univers mais était incapable de se débattre.
"- Hé. Lorsque mon fils s'énerve, ça marche très bien. Et lui aussi est un renardeau." La stupeur du démon le fit sourire. "Je vais t'installer sur mon bras mais ne me mords pas. Je ne veux pas te faire de mal mais je n'hésiterai pas à me défendre, d'accord ?"
Le renardeau avait resserré ses queues sous lui et le fixait toujours avec scandale mais Boya le posa lentement sur son bras pour le soutenir. Le petit démon ne se débattit pas mais il sentait sa tension. Il desserra sa poigne sur son échine avec lenteur, prêt à serrer à nouveau s'il le fallait.
Petit à petit, il sentit la tension quitter le corps du démon renard. Et dire qu'il l'aurait tué sans réfléchir encore quelques années avant.
Satisfait du calme du démon, Boya le porta jusqu'à un rocher plat où il s'assit dos à un arbre, le petit sur ses genoux et l'examina avec délicatesse. Il y avait beaucoup de sang qui maculait le petit corps chaud mais il ne trouva aucune blessure. Sans doute avait-il réussit à blesser un des chiens malgré tout. Boya fit jouer prudemment chaque membre du démon jusqu'à ce qu'il se retourne soudain et pince sa main entre ses dents lorsqu'il lui fit plier le postérieur gauche.
"- Je t'ai fait mal. Je suis désolé."
Le petit renardeau le fixait avec épouvante, sans doute persuadé qu'il allait le tuer pour l'avoir mordu.
Boya lui montra sa main couverte de ses habituelles mitaines de cuir épais.
"- Tu ne m'as pas blessé, tu vois ? Je t'ai fait mal et tu t'es défendu. Ce n'est rien." Encore une fois, Boya concentrait de son mieux son QingMing intérieur pour garder son calme. "Je crois que tu t'es méchamment froissé la patte. Si tu peux me conduire à tes parents, je peux te porter jusqu'à eux. Je dois leur parler de toute façon." Il voulait bien tolérer leur présence s'ils ne posaient pas de problèmes. Mais s'ils étaient là pour en causer, il serait intraitable. Il serait désolé de devoir faire le ménage mais il restait le protecteur de la ville avant tout.
Zhuque était d'accord avec lui. Le petit renardeau était adorable mais il restait un problème potentiel avec sa meute.
Boya tira une bande d'une poche quiankun à sa ceinture pour bander étroitement la patte blessée.
"- Ça va ? Ce n'est pas trop serré ?"
Le renardeau ne le quittait pas des yeux, bien entendu suspicieux. On l'aurait été à moins dans sa situation.
Un tueur de démon qui le soignait ?
Un prêtre de JingYun qui était des cultivateurs reconnus pour être des meurtriers de démons dès qu'ils voyaient la queue d'un qui prenait son temps pour le sauver, le soigner ? C'était louche.
Non, c'était au-delà de louche.
C'était forcément dangereux. Mais les mains qui glissaient sur son échine savaient exactement comment gratouiller un renard pour le détendre. Il fallait qu'il ait déjà eut des renards dans les mains pour savoir comment faire. Ce n'était pas possible autrement.
Le petit renardeau regarda autour de lui avec angoisse.
Conduire l'humain aux siens ? Le pouvait-il ? Il voulait rentrer auprès de sa meute bien sûr mais il ne voulait pas conduire un meurtrier auprès de sa famille.
"- Je te promet que je ne ferais aucun mal à ta famille si personne ne me fait de mal non plus. Je te le promets sur Zhuque."
C'était une promesse raisonnable.
Le renardeau le fixa encore longuement, puis les fourrés, puis le chasseur, puis encore les fourrés qui lui semblaient soudain bien loin avec sa patte blessée.
Il sembla prendre sa décision et hocha lentement la tête.
Boya lui sourit avec calme.
"- Bien. Je vais te porter et tu vas m'indiquer où aller, d'accord ?"
Le renardeau lâcha un petit "yif".
Boya secoua la tête. Dans quoi s'embarquait-il encore ? mais il ne pouvait pas laisser ce bébé tout seul, blessé, au milieu d'un parc où n'importe quel chien errant pourrait le tuer. S'il le faisait, QingMing ne le lui pardonnerait pas il le savait. Son compagnon ne dirait rien mais il lui lancerait un de ces regards de triste déception qui vous crispait jusqu'à l'âme.
Boya n'était pas capable de subir ça en ce moment.
Le bébé renard sur un bras, sa main libre sur la garde de son épée, il sortit du parc.
"- Alors, par où ?"
Le renard renifla l'air pour tourna la tête vers la droite.
"- yif !"
"- Par-là ?"
"- yif yif !"
"- D'accord…Tu sais que ce serait plus simple si tu prenais forme humaine." Le démon le foudroya du regard. "Ha. J'imagine que tu es encore trop jeune pour ça."
S'il avait pu, Boya était certain que le renardeau lui aurait tiré la langue.
Il laissa le jeune blanchon le guider dans les rues de la capitale, tous les sens aux aguets mais ne ressentait aucun danger autour de lui. Zhuque aussi était sur la défensive mais comme lui, il ne sentait aucun péril en devenir.
Le renardeau s'énerva soudain en arrivant devant un grand mur qui entourait un large domaine sur le côté extérieur ouest de la capitale.
"- C'est ici ?"
"- Yif !"
"- Ta famille est propriétaire ou les habitants ne sont pas au courant ?"
Le renardeau grogna un peu. Ha. Oui. Pas de question ouverte.
"- Ta famille est propriétaire des lieux ?"
"- yif !"
"- Alors autant frapper."
Il tira son épée parce qu'on pouvait ne pas être idiot aussi et toqua rudement à l'épais double battant avec le pommeau de son arme.
Il recula de quelques pas et attendit, le renardeau toujours bien installé contre lui. S'il le fallait, il l'utiliserait comme bouclier vivant mais préfèrerai éviter.
La double porte s'ouvrit.
"- Bonsoir que puis-je pour v…" Une femme dans la quarantaine ouvrit de grands yeux en voyant qui elle avait sous les yeux.
Boya vit la terreur et l'angoisse instantanée ainsi que le mouvement avorté de se précipiter pour lui arracher le renardeau des bras.
"- Bonsoir. Je suis Yuan Boya. Chef de JingYun. Et vous êtes sur mon territoire. Je crois que nous devons discuter vous ne croyez pas."
"- Ne faites pas de mal au petit."
"- J'ai soigné sa patte. Il s'est fait agresser par des chiens errants."
En signe de bonne foi, il tendit le petit à sa mère ? Sa tante ? Une grande sœur ?
La femme prit le renardeau contre elle. Elle jeta un regard derrière elle avant d'avaler sa salive
"- Voulez-vous entrer ?"
"- M'est-il garanti qu'il ne m'arrivera rien si j'entre ?"
"- Personne ne vous fera de mal si vous n'en faites à personne."
"- J'ai votre parole et celle de tous les occupants de votre domaine quels qu'ils soient ?"
"- Parce que la parole de démon a de la valeur pour vous ?"
"- Il ne tient qu'à vous qu'elle en ait." Railla Boya.
Zhuque voulait qu'ils sortent leurs ailes pour donner du poids à leurs paroles mais Boya le retint. S'il le fallait, il serait leur porte de sortie. Le chef de secte ne voulait pas révéler toutes les cartes qu'il avait dans sa manche tout de suite.
La renarde hésita encore un peu, jeta encore un regard derrière elle puis ouvrit un peu plus la porte. Quelqu'un derrière elle lui donnait des ordres. Il devait donc y avoir au moins une autre renarde plus vieille et plus puissante à l'intérieur.
"- Celle-ci et sa famille garantissent que le chef de JingYun ne risque rien sur le territoire de sa famille."
"- Que Zhuque en soit témoin."
Une brusque pesanteur brûlante fit pâlir la renarde avant qu'elle ne disparaisse. Zhuque acceptait peut-être de rester discret mais il ne fallait pas plaisanter non plus.
Boya entra dans le jardin avec précaution. Il avait rangé son arme mais avait une main sur la poignée et l'autre sur sa dague.
La renarde avait posé le bébé par terre qui boita vers ses sœurs qui se mirent à le toiletter d'importance jusqu'à ce que toute trace de l'odeur de Boya eût disparue.
"- Il faudrait vérifier sa patte."
"- Ses tantes vont s'en occuper. Je vais vous conduire à notre matriarche."
Boya la suivit, toujours sur la défensive.
"- Mère ? nous avons de la visite."
La vieille renarde haussa un sourcil, un mélange d'amusement et d'autre chose dans les yeux.
Boya grogna.
"- PoFu Furen. J'aimerai pouvoir dire que je suis réellement surpris, mais ce serait un mensonge."
"- Boya Daren. Vous êtes la dernière personne que j'imaginais venir ici de son plein grès. Mais je vous remercie d'avoir ramené mon petit fils. C'est un adorable enfant mais un polisson. J'espère qu'il n'a pas causé trop de dégâts."
Boya se retrouva forcé par la bienséance d'accepter l'invitation et de s'asseoir devant une tasse de thé qu'il dédaigna. Quand même.
"- Mé ! J'ai rien fait ! J'ai juste mal à ma jambe !" Râla un adolescent de physiquement quinze ans. Il était bien plus vieux que Boya ne l'avait estimé
La renarde qui avait ouvert à Boya le serrait contre lui pour le faire avancer.
"- Qu'est-ce que tu as à dire au monsieur."
"- …Merci de m'avoir trouvé, soigné et ramené à la maison." Le gamin était ronchon et visiblement très mécontent de devoir être poli mais il s'inclina comme il se devait.
"- Comme je vous l'ai dit, il est encore très polisson."
"- Qu'il ne polissonne pas trop dans la ville, je serais désolé qu'il lui arrive quelque chose."
La menace était claire. Autant que la crispation sur les lèvres de la vieille renarde.
"- Il ne fera de mal à personne."
"- Dans ce cas, il n'y aura aucun problème avec son court séjour à la capitale." Assura Boya avec autorité.
La vieille renarde serra durement son éventail entre ses doigts.
"- Vous étiez bien plus sympathique lorsque vous cherchiez de quoi épouser mon petit-fils." Soupira-t-elle.
Boya bondit sur ses pieds.
"- Votre... QingMing est…" La surprise laissa instantanément la place à de la pure fureur. " ET VOUS L'AVEZ ABANDONNE ?! VOUS NE VOUS ETES JAMAIS OCCUPE DE LUI ? JUSTE PARCE QUE C'EST UN DEMI-SANG ?"
Le rage du fashi prit de court tous les renards présents. Il s'attendait à de l'étonnement, à de la surprise, voire de la colère que leur matriarche ait mentit au prêtre. Mais cette fureur ? Et juste parce que leur matriarche ne s'était pas occupée de leur cousin ?
Le voir se retenir de sauter à la gorge de leur grand-mère pour l'étrangler malgré sa rage était également dérangeant. Plus d'un renard, surtout les plus jeunes, filèrent se cacher dans le jardin ou se réfugièrent sous les queues de leurs ainés.
La matriarche déploya son Charme pour tenter d'apaiser le fashi. Jamais personne n'y avait résisté. Elle vit les épaules de Boya commencer à se détendre une seconde puis la colère reprit le dessus. Les flammes de Zhuque explosèrent sur lui en même temps que ses ailes et sa queue.
"- Ne jouez pas à ça avec moi, Renarde. J'ai déjà tué une sept queues pour offrir son cœur à QingMing, ça ne me dérangera pas de recommencer." Menaça-t-il d'une voix rauque et basse, double. Zhuque aussi était en colère et parlait avec lui.
La vieille renarde avait bondi sur ses pieds et reculé. S'ils devaient se battre, ça allait être une boucherie.
"- Ne me forcez pas à me défendre, Yuan Boya."
"- Ne me forcez pas à vous attaquer, Renarde."
"- Grand-mère. Vous pouvez m'appeler grand-mère. Vous allez épouser mon petit-fils après tout." Elle se rassit aussi calmement que possible. "Je n'ai pas abandonné QingMing. J'ai essayé de le trouver. Mais je suis arrivée trop tard. Ma fille était déjà morte et la piste de QingMing s'éteignait près d'un feu de camp humain avec des os brulés jetés dedans de la taille de ceux d'un enfant. Que vouliez-vous que je fasse ?"
Boya se souvenait des souvenirs de QingMing qu'il avait vu lorsqu'il l'avait cherché dans son propre esprit. Il se souvenait de sa rencontre avec Zhong Xing qui l'avait nourri avec la viande prise sur un animal qui avait sans doute été chassé par Snow Hound. S'il avait jeté les restes dans le feu pour ne pas attirer les prédateurs, s'il avait passé un portail pour quitter les lieux…
Il se calma un peu.
"- Je vous crois."
La surprise de la vieille renarde aurait presque pu le faire sourire.
"- Vous me croyez ?"
"- J'ai vu les souvenirs de QingMing sur la mort de sa mère et sur sa rencontre avec son maitre. Ce que vous dites est cohérent avec ce qui s'est passé. Donc je vous crois."
"- …Comment est morte ma fille ? S'il vous plait." La voix de la vieille renarde était étouffée. Elle se retenait pour rester digne mais elle voulait savoir.
"- Je ne sais pas si…"
"- S'il vous plait. Ma fille est partie quand elle était toute jeune parce qu'elle voulait découvrir le monde. Elle voulait rencontrer des humains et partir à l'aventure. Elle est partie contre mon avis et celui de son père. Je ne l'ai jamais revu. Je n'ai appris la naissance de son petit que tardivement. Trop pour les sauver tous les deux. C'est…C'était ma fille !"
Boya soupira doucement.
"- Son mari l'a abandonné. Sans doute lorsqu'il a réalisé que QingMing était un demi-sang. Les villageois ont appris ce qu'elle était. Lorsqu'ils sont venus, elle a pu faire fuir QingMing et est restée en arrière pour lui permettre de s'enfuir. Les villageois…" Il hésita.
"- Boya Daren. S'il vous plait."
"- Ils l'ont battu à mort et l'ont brulé vive dans sa maison pendant qu'elle agonisait. Et QingMing à tout vu."
Boya sentit la pression de colère et de peine autour de lui. Il jeta juste un coup d'œil par-dessus son épaule. Il tressaillit en réalisant le nombre de hulijing qui écoutaient la conversation. Une bonne centaine allant de la taille d'un petit renardeau blanc de taille normale au cheval de guerre comme QingMing. Tous de la famille de son renard ? Diantre.
"- Il…Il avait quel âge ?" la voix de la matriarche était teinté d'un grondement vulpin.
"- Cinq ans à peine ? Il arrivait à peine à cacher sa queue mais pouvait changer de forme"
"- A CINQ ANS ?"
Boya sursauta de l'éclat de la renarde à la droite de la matriarche qui peinait à se contenir. Ses oreilles et ses neuf queues s'étaient matérialisées sans qu'elle ne parvienne davantage à les retenir sous sa colère.
"- A votre réaction, j'imagine que c'est jeune ?"
"- Extrêmement. Et qu'il soit un demi-sang n'est pas suffisant. Savez-vous à quel âge il a obtenu sa seconde queue ?"
"- Je sais qu'il l'avait à sept mais je ne sais pas quand il l'a obtenu."
"- Une seconde queue…A sept ans…Huxian nous protège. Qu'a-t-il vécu pour avoir eu si vite deux queues."
"- …Si je vous dis qu'il en a sept ?"
"- SEPT ? MAIS IL A À PEINE QUARANTE ANS ! C'EST UN BEBE !"
La matriarche montra le renardeau que Boya avait ramené et qui restait collé dans les queues de sa mère avec le reste de sa portée.
"- Il a soixante ans."
Boya grimaça.
"- Ha."
"- Ce n'est pas possible. Cousin QingMing ne peut pas avoir sept queues à son âge !"
"- Je ne sais pas comment il a eu les quatre premières mais je sais pour les trois suivantes." Si ça pouvait apaiser un peu la fureur autour de lui. Boya n'avait pas vraiment peur pour sa vie.
Il savait que Zhuque, s'il ne pourrait cramer tout le monde, pouvait le faire s'enfuir. Mais il ne voulait pas blesser la famille de son renard.
Il avait fini par se rasseoir et accepter machinalement le thé qu'on lui avait redonné. Comme tout le monde en buvait, il n'avait aucune raison de le refuser.
"- Dites-moi ce que vous savez. S'il vous plait." Il y avait de la supplication dans la voix de la vieille dame.
"- QingMing en avait quatre lorsque je suis devenu son shishen pendant le combat contre le serpent il y a cinq ans. La cinquième est née lorsqu'il m'a protégé avec son premier bouclier." Boya avait un petit sourire tendre. Il avait été inconscient à ce moment-là mais avait vu le souvenir de son partenaire. Il serait mort pour lui. Comme lui avait sacrifié sa première invocation pour lui, persuadé de mourir. "La sixième est née sans pivot émotionnel, juste parce qu'il avait accumulé assez de force. Ça a été atrocement douloureux. Nous, ses shishen, l'avons tous sentit. Il a dévoré les queues d'une renarde rousse que je lui avais offert comme cadeau lorsque je lui ai fait la cour et le cœur de la rousse qui a tué ma mère." Le Charme de la Matriarche ne pouvait le contrôler mais il l'encourageait à parler sans crainte maintenant qu'il était plus calme.
Autour de lui, les blanchons le regardaient avec incrédulité. Une queue de pure force ? Née d'un excès de qi ? C'était possible sans pivot émotionnel ? vraiment ?
"- Et la dernière ?"
"- Elle est toute neuve. Elle est née en même temps que notre fils."
La Matriarche avait déjà entendu la chose et elle voulait en savoir plus.
"- Comment est-ce possible ?"
"- Et bien…Puisque vous êtes sa grande mère, j'espérai que vous pourriez nous le dire. Il est capable de changer de forme pour devenir une femme, un renard ou actuellement une renarde d'ailleurs. Son renard intérieur a décidé qu'il fallait qu'il puisse allaiter ShaiMing. Alors quand il prendre sa forme de renard, il est une femelle en ce moment."
"- …Son renard intérieur."
"- QingMing et son renard sont…très indépendants l'un de l'autre. Vous avez rencontré A-ming lorsque je me baladais dans la capitale sur son dos. C'est son renard. QingMing, sa partie humaine, était en train de combattre le sortilège qui devait le mettre en esclavage. Mais pour ça, il a été forcé de consciemment couper sa conscience en deux et séparer sa partie renard et démoniaque du reste. Les deux ne sont pas encore totalement réassimiler l'une à l'autre."
La moitié des renards adultes étaient au bord de la déviation de qi. Ils ne savaient même pas comment c'était POSSIBLE !
"- …Comment ? Comment n'est-il pas devenu fou avec tout ça !"
"- …Le maitre qui l'a élevé…Il a fait ce qu'il a pu. Mais il lui a appris à rejeter le renard de toutes ses forces pour passer pour humain et se couler dans le moule. Alors ils se sont détachés l'un de l'autre au point d'être deux consciences distinctes. Avec le temps, il a réussi à se réconcilier avec lui-même. Mais d'avoir dû se séparer en deux consciemment à eut… Beaucoup d'impact. Dont ses premières chaleurs. Il n'était pas prévu que nous ayons un petit."
"- Et qui est le père ?"
Boya fixa le renard mâle assit à côté de la Matriarche. Le grand père de QingMing ?
"- Et bien…je suis le père."
"- Mais…je veux dire…"
"- Zhuque, tu veux te montrer ?"
"- Pourquoi pas. Au point où nous en sommes…" Le phénix était blasé
Boya déploya ses ailes puis changea complétement de forme.
Zhuque se rassit calmement sur le coussin en caquetant tranquillement.
Les renards s'étaient écartés avec précipitation, si bien que plusieurs étaient accrochés avec leurs griffes en haut des murs en papier.
La Matriarche observait le Dieu-Gardien avec un mélange d'horreur et de stupeur.
Elle se prosterna en kowtow, très vite imitée par le reste du clan.
"- Celle-ci salue Zhuque."
Boya reprit forme humaine. Comme toujours, il était torse-nu. Il piocha une énième robe de dessus dans sa poche quiankun en soupirant.
"- Je suis le vaisseau de Zhuque. C'est sous cette forme empruntée que j'ai pu heu…m'occuper de QingMing sous sa forme de renard."
La vieille matriarche fit la moue.
Cette information remettait en question tout ce qu'elle avait prévu pour son petit-fils et l'enlèvement de Boya. Il était venu dans la gueule du renard et elle avait prévu de le droguer et de le faire rester de force sur le domaine jusqu'à ce que QingMing vienne le chercher. Mais là ? le clan entier ne suffirait pas à contraindre un dieu-gardien. Sans compter le risque que le forcer représentait.
Elle devait l'amener à rester de sa propre volonté et accepter de se plier à la petite mascarade qu'elle avait imaginé.
"- Quand doit avoir lieu votre mariage ?"
"- D'ici une semaine."
"- J'imagine qu'il est trop tard pour les invitations ?
"- Pas forcément. Mais je ne sais pas si QingMing voudra vous voir. Si vous permettez, j'aurais une question."
La vieille renarde eut un petit signe de tête.
"- Je vous en prie."
"- Xue TianGou, l'un des plus vieux shishen de QingMing, a écumé tout le nord pour vous demander de l'aide pour retrouver QingMing. Personne n'est venu. Et maintenant, vous êtes là. Lorsque QingMing était encore coincé sous sa forme de renard et que nous cherchions Cimu, vous étiez déjà là mais vous ne vous êtes pas davantage manifesté. Pourquoi ?"
La question était de bonne guerre.
La Matriarche soupira doucement. La question était légitime.
"- Que savons-nous de la politique des humains ? Nous les évitons de notre mieux. Ceux qui parmi nous arrivent à leur contact sont en général des aventuriers, des rebelles. Comme la mère de QingMing. Ou des parias qui ont été rejetés du clan pour quelque raison que ce soit mais dont les actes n'étaient pas assez graves pour mériter la mort. Nous ne savions pas qui était le responsable. Nous ne savions même pas que QingMing était encore en vie. Nous ne savions même pas ce qui se passait réellement. Et ce tengu qui demandait de l'aide pour un membre mort du clan ? Venir à la capitale a été long et difficile. Nous y établir sans nous faire repérer également. Les plus jeunes sont isolés dans le domaine. Vous avez vu ce soir ce qui se passe lorsque les plus jeunes n'obéissent pas." Elle fit les gros yeux a son petit-fils qui se cacha sous les queues de sa mère avec un petit gémissement de chiot malade. "Avec le peu d'information que nous avons, il était aussi raisonnable de croire que VOUS êtes celui qui veut du mal à QingMing plus que n'importe qui d'autre. Après tout, qui utiliserait un renard-démon comme monture sans l'avoir mis en esclavage." Boya était scandalisé. LUI ? Faire du mal à son renard ? PARDON ? "Un tueur de démon, qui décide de se marier avec un démon ? Excusez-moi, mais cela ressemble plus à un piège qu'autre chose. Surtout que personne n'a plus vu mon petit-fils depuis des semaines."
"- QingMing est surtout à sa secte et à la Maison. Il est rarement à la capitale de toute façon. Et quand il y est au palais c'est à la demande de l'Empereur."
"- De ce que nous avons appris, il a passé bien du temps dans les rues pourtant."
"- Pour tenter de défaire les horreurs causées par Cimu et protéger aussi bien sa secte que la mienne. Uniquement. Et il en a payé le prix fort." Le visage de Boya s'était fermé.
Il n'avait pas encore demandé de comptes à l'Empereur sur les tortures subit par son renard avant son enlèvement par Cimu parce qu'il n'avait pas eu réellement le temps matériel d'un côté et également parce qu'il voulait voir si le souverain viendrait leur donner des explications et leur présenter des excuses. Pour l'instant, il n'avait rien eut mais avec ShaiMing, le mariage à préparer et sa propre ponte qui était une question de jours, il n'avait tout simplement pas eu le temps ni le courage d'aller secouer l'Empereur.
"- ne t'inquiètes pas, mon vaisseau. Je n'ai pas oublié non plus. Nous pourrons lui faire part de notre mécontentement lorsque notre poussin sera là."
Un petit sourire froid apparu sur les lèvres de Boya.
La Matriarche échangea un rapide coup d'œil avec son partenaire. Elle n'aimait pas ce sourire. Il promettait de la violence.
"- Je préviendrais QingMing de votre existence. Ce sera son choix de prendre contact avec vous ou non. Et de vous inviter à notre mariage ou non. Il a déjà ses parents pour l'accompagner après tout. Vous n'êtes pas nécessaire."
L'information extrêmement cavalière caressa la famille étendue de renards dans le mauvais sens du poil. Ses parents ? Pas nécessaire ?
"- Expliquez !"
"- QingMing a été élevé principalement par son Shifu. Mais surtout par les shishen de celui-ci. Maintenant, ce sont les siens. Il a ses parents avec lui. Il n'a pas besoin de vous. Mais peut-être voudra-t-il vous rencontrer quand meme" Certainement d'ailleurs. Comme lui crevait d'envie de rencontrer ses cousins éloignés de la famille impériale mais avait délibérément renoncé à la chose aussi bien à cause de son statut que de sa fonction. C'était déjà assez pénible que son ascendance soit davantage connue à cause de son mariage. "Il commence à se faire tard. Je vais prendre congé. Vous pouvez rester à la capitale à condition de ne pas causer de problèmes. Je tolère votre présence à cette condition. Dans le cas contraire, JingYun se chargera de vous mettre dehors."
"- Vous attaqueriez la famille de votre mari ?"
"- J'attaquerai tout démon qui causera des problèmes à la Capitale. C'est votre choix de savoir ce que vous voulez faire dans ce cadre. Soyez heureux que QingMing ait tempéré mes réactions ou vous seriez déjà tous des descentes de lit."
La Matriarche semblait ulcérée. Boya soufflait le chaud et le froid avec elle. Avec eux. Il était seul au milieu d'une centaine de renards démon et ne semblait pas craindre leur réaction. Pire encore, il les menaçait clairement.
"- Je suis désolé, Yuan Boya, mais je ne peux pas vous laisser partir maintenant."
Les ailes de Boya se rouvrirent en grand.
"- Vous voulez vraiment tenter cela ?"
"- Vous vous méprenez. Je ne vous veux aucun mal dans l'absolu. Mais je n'ai aucune confiance en vous et il est de mon devoir de grand-mère de m'assurer que mon petit-fils vous épouse de sa propre volonté."
Boya renifla avant de pâlir soudain et de porter une main à son ventre.
"- Zhuque ?"
"- Je suis désolé, je n'y suis pour rien."
"- Tu peux retenir ça ?"
"- Peut-être mais pas longtemps. Pas plus de quelques heures grand maximum."
La matriarche se redressa à moitié lorsque l'odeur de calme dominance qu'émettait le fashi se transforma en détresse et en douleur en un instant.
"- Boya Daren ? Vous allez bien ?"
"- Il faut que je parte maintenant. Je n'ai pas le temps pour ces luttes de pouvoir plus longtemps."
"- Vous souffrez." Elle jeta un regard noir à sa progéniture. "Que lui avez-vous donné !"
Une sourde odeur de détresse monta du clan de renard.
"- Mais rien ! Juste du thé !"
Boya grogna encore. Zhuque était de plus en plus inquiet. Il ne pouvait pas retenir l'œuf de descendre. Avoir pris sa forme de phénix avait permis à l'œuf de commencer à descendre et il était trop tard pour le retenir. Il était prêt à être pondu.
"- Il faut que je rentre."
La matriarche se précipita pour le retenir lorsque Boya se plia en deux de douleur. Il la connaissait cette douleur. C'était la même que celle qu'il avait ressenti lorsqu'il avait trop attendu la première fois qu'il avait dû pondre lui-même. L'œuf était gros.
"- Boya Daren. Je ne peux pas vous laissez partir dans cet état." Cette fois la Matriarche était réellement inquiète. S'il arrivait quelque chose au chef de JingYun, son clan risquait l'annihilation.
"- Il faut que je ponde maintenant."
"- ….Quoi ?"
Boya expliqua rapidement sa situation à une renarde incrédule puis de plus en plus horrifiée.
"- Mais vous ne pouvez pas vous retenir ?"
"- Vous pouvez vous retenir de mettre-bas ? Il faut que je rentre."
Le compagnon de la matriarche se pencha à l'oreille de sa compagne pour lui murmurer quelque chose. Boya ne l'avait pas entendu dire quoi que ce soit depuis le début de l'entretient. Tous les males étaient visiblement inférieur à leurs équivalents femelles. Et comme attendu, ils étaient rares mais en bonne santé.
"- Boya Daren. Je vous l'ai dit, je ne peux pas vous laisser partir." Elle leva une main avant que Boya ne s'énerve. "Je vous propose un marché. Faites venir un des vôtres pour qu'il vous assiste et qu'il reste avec vous. Pendant ce temps, nous contacterons QingMing. Comprenez ma position. Voyez cela comme l'enlèvement de la mariée." Railla la renarde. "Je veux qu'il m'assure qu'il tient à vous et qu'il n'est pas forcé de s'unir à vous." Quoi que si Boya attendait un poussin de son petit-fils…Mais bref. Ce n'était pas la question. Plus d'une renarde avait utilisé son charme pour trouver un mâle à son gout pour lui faire des petits. "Qu'il vienne vous chercher lui-même."
Boya gronda.
"- Zhuque, tu peux m'aider ?"
"- C'est déjà ce que je fais !" Le dieu-gardien gardait la douleur à distance de son mieux.
Le fashi tenta de concentrer assez de qi dans ses méridiens pour ouvrir un portail avec son anneau ou le talisman de son dizi mais il en était incapable. Il n'avait pas vraiment le choix. Il aurait dû rentrer immédiatement après avoir rendu le renardeau à sa mère. C'était sa faute.
Un grondement de douleur lui échappa lorsqu'il sentit l'œuf descendre encore un peu et distendre ses intérieurs difficilement. Mais bon sang où s'était-il callé pendant toutes ces semaines pour qu'il lui fasse aussi mal MAINTENANT ?
"- Je n'ai pas le choix il semble." Il ne pourrait pas rentrer en volant de toute façon.
"- Nous allons vous conduire à la tanière intérieure." Les hoquets de surprise passèrent au-dessus de la tête de Boya qui se concentrait surtout pour tenir la douleur à distance. Il voulait juste s'accroupir et pondre. "Avez-vous quelqu'un à appeler ?"
Boya fouilla dans son armure de cuir pour en tirer plusieurs lin'ger. Il choisit celui qui lui permettrait d'appeler son oncle martial et le serra dans ses doigts jusqu'à ce qu'il s'active.
"- Killing Stone."
L'artefact resta silencieux de très longues secondes.
"- Boya Daren ? Qu'est ce qui se passe ? Vous ne m'appelez jamais directement sauf en cas de problème."
"- J'ai besoin de toi. Maintenant."
"- Boya ?"
"- Je dois pondre maintenant et je ne peux pas partir de là où je suis. Si j'active un fu'yan, est-ce que Snow Hound peut ouvrir un portail pour toi ?"
"- Je lui demande. Un instant."
Un bruit de course passa dans l'artefact pendant que Boya se pliait en deux et haletait de douleur.
"- Boya Daren ?"
"- TianGou."
"- Les fu'yan que vous avez sont associés à QingMing Daren. Si vous avez de l'encre et un pinceau, vous pouvez les modifier pour que j'y accède. Vous connaissez mon Nom. Remplacez celui de QingMing par le mien."
Un jeune renard avait filé pour apporter le nécessaire au fashi qui remplaça difficilement le nom de QingMing sur le talisman par celui du shishen puis le lança sur le mur pour l'activer avec grande difficulté.
"- TianGou ?"
"- Je Vois. J'ouvre le portail."
La matriarche fit reculer ses petits. Elle ne faisait évidemment aucune confiance à la situation.
A peine le portail était-il ouvert que Killing Stone sauta à l'intérieur, posait une sacoche en cuir près de Boya et s'agenouillait près de lui pour examiner son état avec son qi.
"- Il faut que je vous ramène à la tanière."
"- Certainement pas."
Killing Stone eut son épée de pierre dans les mains à la seconde.
Boya s'accrocha à sa manche pour l'empêcher d'attaquer immédiatement.
"- C'est la grand-mère de QingMing."
"- Quoi ?"
"- Compliqué."
"- Il reste ici jusqu'à ce que mon petit-fils prouve qu'il n'est pas forcé de l'épouser en venant le chercher." Résuma la vieille renarde dont le Charme autour d'elle était encore plus pesant que celui de QingMing. Si Killing Stone n'avait pas appartenu à son maitre, il aurait sans doute succombé. La vieille matriarche retint de laisser voir son irritation. C'était quoi ses males qui lui résistaient ?
Snow Hound avait passé le portail derrière son compagnon et frère.
"- Vous prenez des risques."
"- C'est vous le tengu qui nous avez cherché."
Le shishen et la matriarche s'affrontèrent longuement du regard sans qu'aucun des deux n'acceptent de baisser les yeux.
"- Xue TianGou. Je suis le père de QingMing."
"- Anbei HuiRen. Matriarche du clan Anbei et grand-mère de QingMing. Et mon compagnon. Anbei QingNai, son grand père."
"- Est-ce que vous pourriez comparer la taille de vos queues plus tard ?" Aboya Killing Stone de sa voix de maïeuticien. "Boya Daren doit pondre maintenant et il a besoin de calme et d'intimité pour ça !"
"- Suivez-moi" Invita la matriarche.
Killing Stone souleva simplement son neveu martial dans ses bras et le porta à la suite de la renarde qui les conduisit jusqu'à une tanière au cœur de la maison. Les lieux respiraient le calme et la tranquillité.
"- C'est ici que naissent tous les renardeaux j'imagine ?"
"- Exactement."
"- Ça fera l'affaire."
Killing Stone posa Boya au milieu des mousses confortables. Pas de tissu ici. Juste d'épaisses mousses et du poil de renard. L'odeur n'était pas celle de QingMing mais elle était proche. Ou tout au moins, elle était dans la même veine. Assez pour calmer un peu Boya.
"- TianGou, j'ai besoin d'aide." Killing Stone avait commencé à déshabiller Boya mais il voyait bien que les renards n'allaient pas les laisser tranquille.
Le tengu s'approcha immédiatement pour soutenir son gendre. Il ouvrit ses ailes pour lui offrir un peu d'intimité.
Boya avait ouvert ses ailes lui aussi. Sa queue flamboyait à la grande fascination des renards regroupés à la porte. Normalement, ils auraient dû le laisser seul. Mais là ? C'était trop improbable ce qui se passait.
"- Boya-Di ? Tu peux te laisser aller maintenant. Laisse Zhuque t'aider."
Une fois installé correctement, la ponte en elle-même ne prit que quelques minutes. Le dieu-gardien avait suffisamment modifié le corps du fashi pour qu'il ne peine pas réellement à expulser la petite pastèque qu'il avait dans le ventre.
Autour d'eux, les hulijing étaient de plus en plus agités. Pourquoi le bébé ne pleurait pas ? Il n'était pas mort n'est-ce pas ? Ils n'avaient pas causé la mort de leur cousin par le délai supplémentaire ?!
Anbei Furen était plus inquiète que tous les autres. Si son arrière-petit-fils ou fille mourrait à cause d'elle, elle ne se le pardonnerait pas.
"- Alors ?"
"- Alors tout va bien." Rassura Killing Stone.
"- Mais le bébé ! Il va bien ?"
Le shishen continua de sonder l'œuf en douceur.
"- Il va très bien. Pourrait-on avoir de l'eau chaude pour que Boya Daren puisse se rafraichir ? Et des vêtements propres et confortables pour lui ?"
Deux jeunes hulijing filèrent ventre à terre chercher ce que demandait la…le sage-femme. Ca existait des hommes qui faisaient ça ? Enfin, c'était un démon mais…
Elles rapportèrent un seau d'eau chaude, des linges et des robes blanches en coton épais et confortable.
Killing Stone nettoya son neveu martial et l'aida à s'habiller avant de défaire son chignon et de natter ses cheveux. Ce serait plus confortable pour lui.
Quand Snow Hound s'écarta enfin et replia ses ailes, Boya était recroquevillé avec ses ailes étroitement refermées autour de lui et de l'œuf qu'il avait installé dans la robe qu'il portait
"- …un œuf ?"
"- Vous vous attendiez à quoi de la part d'un phénix ?" Railla le tengu. "ShengShi ?"
"- Le bébé va bien. Il ne devrait pas tarder à éclore. Peut-être deux ou trois jours maximum. Il a juste besoin de calme et de chaleur. Boya est fatigué mais il s'en est bien sortit."
Le fashi somnolait doucement. Il était épuisé et voulait son partenaire.
"- QingMing…"
Les deux shishen lancèrent un regard dur à la matriarche.
"- Appelez votre maitre et laissez-moi le faire venir." C'était le mieux qu'elle pouvait proposer.
Killing Stone fouilla dans les robes de combat de Boya pour en tirer un lin'ger.
"- Tenez."
Anbei Furen le prit et eut un peu de mal à l'activer. Ces petites choses demandaient de la délicatesse.
"- Boya ?"
La voix chaude et masculine, pleine de tendresse, fit sourire la Matriarche.
"- Votre prêtre est entre mes mains, renard. Si vous voulez le récupérer vous allez faire très exactement ce que je vous dis" Lâcha-t-elle sans émotion.
Les deux shishen levèrent les yeux au ciel. Elle prenait des risques. Elle ne réalisait pas ce que le couple avait traversé depuis qu'il s'était constitué. QingMing allait basculer sur le sentier de la guerre instantanément. Pire encore, il serait implacable.
La matriarche donna ses instructions au fashi puis détruisit le lin'ger.
"- J'espère que vous êtes prêtes à supporter la colère de QingMing"
"- C'est mon petit fils. Aussi fort soit-il, il EST mon petit fils. Et il n'a que sept queues."
Les deux shishen secouèrent la tête.
Boya s'était endormit dans les bras de ShengShi, vaincu. Il lui fallait quelques heures pour se remettre avec l'aide de Zhuque.
Il se réveilla au bout de deux ou trois heures, en bien meilleur état
"- ShengShi ?"
"- Boya-di ? Ça va mieux ?"
"- Mmm. QingMing…"
"- Il arrive."
"- J'espère pour vous" Aboya presque la matriarche.
Les trois shishen reniflèrent.
"- Comment te sens-tu ?"
"- Nous pourrions partir sans difficulté maintenant. Je suis en pleine forme." Boya se redressa contre son oncle martial avant de sourire. Il n'avait pas bien vu son œuf avant de s'endormir. Il était noir tacheté de couleurs délicates. Il le caressa doucement. Immédiatement, il sentit son poussin s'agiter. Instantanément, il sentit la différence de force entre lui et son grand frère qui n'avait pas vécu. Celui-là vivrait.
"- On y va ?"
Snow Hound était prêt à ouvrir un portail sans plus se soucier des renards démon.
"- …Non. J'ai envie de faire ma princesse en détresse.'"
"- Boya Daren…"
"- QingMing ne risque rien dans l'absolu et j'ai envie qu'il me montre qu'il tient à moi."
Le couple de shishen échangea un regard. Après tout ce que Boya avait fait pour retrouver leur maitre, ce n'était pas stupide. Il méritait de savoir que leur maitre brûlerait aussi le monde pour lui, comme Boya avait failli le faire pour son renard.
"- …Grand-mère ? Il est à la porte."
Si vite ? comment….
"- Il a utilisé un portail !" Railla Boya. Ne s'était-elle pas renseignée sur les capacités des maitres du yin yang avant de jouer les fashi-nappeuse ?
Un énorme bruit de bois brisé fut audible même de l'intérieur de la maison
"- GRAND MERE ! VENEZ VITE ! IL EST DECHAINE !"
Anbei Furen changea de forme pour filer à la suite de ses filles avec son compagnon juste derrière elle.
"- Ça manque de thé." Se plaignit Boya.
Snow Hound ouvrit un portail pour la Maison et alla en chercher. Leur maitre allait les fumer sur place mais perdu pour perdu, autant qu'ils restent là et assistent au spectacle.
Les cris et les bruits de destruction qui montaient du domaine avaient quelque chose d'aussi inquiétant que d'agréable pour Boya. QingMing détruirait le monde pour lui. Comme lui détruirait le monde pour le sauver.
Il se pencha sur son œuf bien chaud contre son ventre.
"- Ton papa arrive pour venir nous chercher mon poussin."
"- Vous avez réfléchit à un nom déjà ?"
Boya hocha la tête.
"- Anbei WuYa." Après Yuan ShaiMing, c'était assez raccord
Les deux shishen approuvèrent grandement. C'était le début d'une tradition de nommage pour leur famille un peu bizarre mais elle était signifiante et simple à la fois.
"- BOYA !"
Le fashi releva les yeux de son œuf pour sourire largement à son partenaire.
QingMing lâcha son grand-père qui s'écroula par terre en toussant et en se frottant la gorge pour se jeter auprès de son compagnon.
"- Boya…"
"- Je vais bien QingMing."
"- Boya…"
Le demi-démon avait pris son partenaire dans ses bras et enfouit son nez dans son cou. Il inspira fortement son odeur pour être sûr que tout allait bien. Il ne sentait aucune douleur, aucune blessure. Alors seulement il accepta qu'il allât bien. Suffisamment pour qu'il puisse réfléchir et plus simplement bourrer dans le tas comme une bête sauvage.
Et remarquer la présence de deux de ses shishen.
"- …Qu'est-ce que ça veut dire ?"
