Chapitre 83 Part 1: "Tomb of Infatuation"

Boya avait été jeté dehors avant l'aube lorsque les shishen étaient venu lever leur maître pour le pousser dans les bains pour les purifications rituelles d'avant mariage.

Dès que le vaisseau de Zhuque avait posé le pied dans son temple, ses hommes lui avaient sautés dessus pour le jeter lui aussi dans les bains pour le savonner des pieds à la tête avec des bouquets garnis et des huiles essentielles pour ses propres purifications.

Le planning des deux hommes était serré pour les trois jours à venir.

Boya allait le premier devoir aller chercher son promis à son temple. Puis QingMing devrait le chercher au sien.

Ils se retrouveraient enfin au petit autel de Zhuque pour le mariage proprement dit, puis le banquet.

Boya était déjà épuisé rien que d'y penser.

Yan Shu finit de lui laver les cheveux puis le força hors de l'eau pour l'aider à se sécher.

"- Tu vas porter tes cuirs de chasseurs pour aller chercher ton partenaire. Tu porteras tes robes de mariage quand il viendra te chercher. Il fera la même chose de son côté. Et vous porterez tous les deux vos robes rouges pour le mariage en lui-même. Pour le banquet, ce sont les sectes qui ont prévus vos vêtures."

"- Vous en avez bien trop fait. Vous le savez n'est-ce pas ?"

Yan Shu prit le rasoir des mains de son ami d'enfance pour le raser lui-même.

"- Je vais le faire. Je n'ai pas envie de te livrer à ton fiancé avec le museau couvert de coupures. Et nous n'en faisons pas trop. Tu es le premier chef de JingYun à se marier depuis plus de sept siècles. D'après ce que m'a dit Kin Lao, AUCUN chef du Bureau ne s'est jamais marié. Est-ce que tu te rends compte de l'importance de votre union ? Et ne parlons pas de l'aspect politique avec ta relation avec le trône."

Boya grogna. Il n'avait aucune envie de parler politique le jour de ses noces.

"- Aide-moi à m'habiller et c'est tout, tu veux ?"

Yan Shu fini de le raser. Pas aussi bien que son QingMing nota au passage Boya, puis l'aida à enfiler son grand uniforme de chasseur. Celui-là était neuf et contrairement à celui que QingMing avait déjà vu deux fois, il avait été agrémenté de petites choses purement décoratives. C'était un uniforme de parade avant tout.
Le pantalon était en cuir noir si souple qu'il n'arrêterait pas plus qu'un caillou mais des sigils et des cercles de protection avaient été embossés dans le cuir avant d'être brossé avec de l'or ce qui les mettait en valeur et attrapait la lumière au moins mouvement de la part de Boya.

Sur le zhong yi rouge en soie, ça restait un mariage quand même, il portait une première chemise en soie noire tissée avec une trame réhaussée de légers fils d'or. Comment Honey Bug, parce que c'était son travail il le reconnaissait, avait-elle réussit à integrer dans le tissu lui-même des motifs de phénix, Boya n'en savait rien mais la première chemise était déjà somptueuse. Lorsqu'il prit la seconde, il dut retenir un petit hoquet. Si celle de dessous était belle, l'intermédiaire était plus riche encore.

"- Attends… Ce sont des fils de quoi ?"

"- Honey Bug a dit qu'elle avait intégré les plumes de Snow Hound à la trame pour que tu n'aies pas trop chaud."

Le travail était magnifique. Comme pour la couche précédente, les incrustations faisaient des dessins splendides. Cette fois, les plumes de Snow Hound formaient…oui, c'était les montagnes de JingYun ! Mad Painter avait dû les dessiner pour lui lors d'un de ses passages.

Boya secoua la tête. Ces vêtements valaient la rançon d'un roi. Et dire que ce n'était que pour les porter quelques heures. Ils en avaient fait beaucoup trop pour lui.

La troisième et dernière chemise avant le haut de l'armure était encore plus richement pourvue avec des fils d'or et d'argent dans le tissage. Le tout avait été rebrodés avec des mantras de protection. Entre autre. Boya n'eut pas le temps de tous les lire avant que Yan Shu ne ferme les pans de la chemise sur lui et ne les rentrent dans le pantalon. Puis Yan Shu appela Wen Ji et Lun Yao. A eu quatre, ils étaient les derniers survivants de leur classe d'âge. Il était normal qu'ils soient là tous les quatre pour le mariage de l'un des leurs.

Les trois hommes habillèrent leur frère et chef de secte avec le haut d'armure en cuir embossé brossé de poussière d'or, lui mirent une ceinture articulée en métal qui ne pouvait être que le travail de Killing Stone puis la plaque pectorale qui protégeait le cœur des armes et le torse du frottement lorsqu'un archer tirait à l'arc. La plaque était en cuir embossée elle aussi avec le symbole de JingYun encore une fois brossé à l'or.

Les épaulières, les gardes de bras puis d'avant-bras en métal articulés, les mitaines en cuir, des gants fin en soie, puis ils plaçaient une épaisse cape en fourrure noire… non, ce n'était pas de la fourrure !

"- Zhuque ? Quand as-tu donné nos plumes pour ça ?" Il y avait même des rémiges et des plumes de queue.

"- Quand tu dors, je peux faire ce que je veux, tu sais." Rappela le dieu-gardien.

Depuis des semaines, il mettait précieusement de côté le moindre duvet et s'était forcé à muer pour fournir assez de matériel pour la cape magnifique que les artisans du temple avaient réalisés. Avec les plumes les plus petites et les plus colorées, ils avaient même réussit à faire le symbole de JingYun au milieu du dos.

"- Tu fais incroyablement barbare ainsi, Boya. Si QingMing Daren ne se jette pas à tes pieds en te suppliant de l'emmener avec lui, je ne sais pas ce qu'il lui faudrait !" Assura Lun Yao, un large sourire aux lèvres.

Ren LingXin entra dans la chambre pour juger de l'avancée de la préparation de son élève. Ha il était loin le petit garçon de sept ans aveuglé par la rage et la haine qui voulait détruire tous les démons du monde pour protéger toutes les mamans du monde. Maintenant, il épousait un demi-démon, était maman lui-même et dirigeait un temple qui, il fallait l'accepter, frôlait son âge d'or. Tous le savaient.

"- Laissez-moi le coiffer, voulez-vous ?"

Boya s'assit pour laisser son maitre s'occuper de ses cheveux pendant que Wen Ji et Yan Shu s'agenouillaient devant lui pour lui mettre ses bottes et ses genouillères. Elles aussi étaient prévues pour en mettre plein la vue. Et si les bottes étaient neuves, elles étaient un peu grandes et avaient été rembourrées pour qu'il ne se blesse pas malgré la rigidité relative du cuir neuf pas encore cassé.

Ren LingXin fit un chignon haut à son disciple qu'il retint avec plusieurs aiguilles en bois rouge décorées de phénix. Boya ne porterait pas de chapeau pour les trois jours du mariage, pas plus que son partenaire. Il laissa néanmoins une partie de la chevelure libre de couler dans le dos de Boya. Ils avaient fait de lui un prince barbare, ils n'allaient pas tout gâcher en domestiquant trop ses cheveux.

Zhuque et Boya se regardèrent longuement dans le miroir en argent de l'appartement une fois prêts.

"- A part qu'on a quelque chose sur le dos, on ressemble beaucoup à la forme qu'on avait la première fois que nous avons volés ensemble, mon vaisseau." Souffla le phénix à son avatar.

C'était surtout les cheveux qui donnaient cette impression. Boya avait également cessé de réprimer les marques du dieu sur lui.

Il ne manquait que leurs armes que Yan Shu ne tarda pas à attacher autour des hanches de son ami de toujours. Son arc, son carquois, ses dagues et Boya était prêt.

Prêt à aller chercher son QingMing.

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Au Bureau du yin yang, une scène assez similaire se déroulait à une subtilité près. Si Boya était habillé du noir de sa charge, QingMing était habillé du rouge du mariage.

Honey Bug s'était lâché pour ses robes nuptiales. Elles étaient larges et pourtant le moulaient au point d'en être presque indécentes. C'était une copie quasi parfaite de ses robes de prêtre en plus sensuel. Une version dévoyée qui faisait monter la salive à la bouche de Mad Painter et Snow Hound. Quand le mariage serait terminé, consommé et loin derrière eux, ils n'auraient rien contre les remettre sur le dos de leur maitre pour les lui trousser.

La Multitude avait aidé leur maitre à se laver puis avaient laisser son habillage aux mains de ses parents adoptifs.

QingMing s'était un peu sentit consterné de voir la qualité et la richesse de ses robes de marié. Le zhong yi était en soie blanche tramée d'argent assez simple mais les couches d'après…Il n'avait jamais vu quelque chose d'aussi riche ! La première robe était écarlate, incrustée de broderies directement dans le tissage qui reprenaient des sigils et des symboles de bonne fortune. La seconde, en soie comme le reste, était de la soie d'araignée que Honey Bug avait dû teindre directement dans la masse après l'avoir tissé. Les fils d'or et d'argent ressortaient sur la soie comme des diamants sous le soleil. Les fils dépeignaient les sommets du nord avec des plumes de Snow Hound pour marquer les nuages dans un ciel perpétuellement changeant. QingMing ne savait pas comment ses shishen avaient réussi à donner cette impression de fraicheur mais elle était agréable. Les plumes de Snow Hound avaient toujours été une bénédiction pour ça.

La troisième robe était plus classique si on pouvait appeler ce rouge profond classique. Une telle couleur de teinture lui était totalement inconnue. Est-ce que Honey Bug l'avait créée ROUGE ? Il ne voyait que ça. La couleur était si profonde ! Il en avait les larmes aux yeux de tout le mal que ses shishen s'étaient donnés pour lui.

"- Et encore, vous n'avez pas vu la robe que vous allez porter pour aller chercher votre futur mari."

QingMing ne put retenir aussi bien un large sourire que quelques larmes.

"- Ha ! ne pleurez pas ! Vous allez avoir les yeux tout rouge, ça va ruiner la pose du maquillage."

"- Le maquillage ?"

"- Juste un peu de khôl et de rouge à lèvres. Ne vous en faites pas." Rassura Mad Painter pendant qu'il nouait une première ceinture plate autour de la taille de son fils adoptif.

Snow Hound déplia la robe de dessus. C'était la dernière couche et comme les autres, elle était rouge, brodée d'or et d'argent et même de centaines de perles minuscules et…

"- Ce sont des flocons de neige ?"

TianGou semblait particulièrement fier de lui.

"- Ca m'a pris du temps et de l'énergie, mais ils ne fondront jamais. Ils vous tiendront au frais pour toute la cérémonie. Personne n'a envie de vous voir tourner de l'œil parce que vous avez trop chaud. J'ai donné de mon duvet pour les robes de Boya Daren aussi pour la même raison." Mais les flocons là… les plus gros étaient de la taille de l'ongle de son index. Les plus petits étaient à peine des grains de sable et ils avaient été cousus un à un, lentement, pour couvrir la robe comme une tempête de neige emportée dans le vent sur les robes écarlates et…non, ce n'était pas cousu ça ! CA BOUGEAIT !

"- Ca, c'est moi." Murmura Kuang HuaShi, étrangement gêné. "J'ai créé un talisman que Honey Bug a tissé dans la trame du tissu. Il sert à garder les flocons sur le tissu et à les faire bouger comme si le tissu était le ciel. Le décors de la robe ne sera jamais le même. Il copie le temps sur le plus haut sommet du nord." Il ne faisait jamais beau là-bas. Il neigeait en permanence et les tempêtes étaient quasi quotidienne.

QingMing se jeta au cou de ses parents pour les serrer contre lui.

"- Merci… C'est somptueux. Merci."

"- Allez, assis toi avant de froisser tes robes. Il faut encore qu'on te coiffe et qu'on te mette ton voile." Autant réutiliser celui que Boya lui avait offert pour sa demande en mariage. Il avait été légèrement revu évidement. Sinon, il aurait fait trop simple. Là aussi des flocons avaient été ajoutés.

TianGou brossa les cheveux de son maitre longuement avant de les huiler avec des senteurs délicates. Il remonta juste les mèches sur ses tempes pour les nouer avec deux épingles par-dessus le voile et laissa le reste libre dans son dos.

"- Voila… Il ne te manque plus que ton éventail."

Kin Lao entra enfin pour présenter à son maitre l'éventail commissionné par le Bureau pour leur chef de secte. Il était en ivoire délicat et soie. Les artisans de la secte avaient brodés et gravés dessus tous les sigils les plus utiles avant de le confier à Honey Bug pour qu'elle le termine avec le seiman personnel de leur maitre et enfin Kuang HuaShi qui avait décoré le tout de magnifique sumi-e délicats.

"- Vous vous êtes tous démenés. Merci du fond du cœur." Il ne savait pas comment leur dire à quel point il était reconnaissant de tout ce qu'ils avaient fait pour lui depuis qu'il était tout petit. Sans eux, il n'aurait pas survécut à son enfance, encore moins à son adolescence et son âge adulte aurait été infiniment plus difficile.

Mad Painter était au bord des larmes.

"- Arrêtez, QingMing Daren. Vous allez me faire pleurer."

"- A-Niang…"

Ca suffit pour que le shishen prenne le demi-démon dans ses bras pour le serrer contre lui en pleurant.

"- Mon bébé."

HuaShi le serra contre lui encore quelque secondes puis le lâcha. Il foudroya du regard son compagnon à plumes et le premier disciple. Un seul mot de leur part et sa vengeance serait terrible. Heureusement, les deux hommes surent rester silencieux.

QingMing essuya ses yeux sur le mouchoir que lui tendit Snow Hound.

"- Plus que le maquillage et tu seras prêt à attendre Boya. Tu es sur que l'attendre dans le Jardin soit le bon endroit ?"

QingMing eut un petit sourire avant que Mad Painter ne le gronde de reposer son visage pendant qu'il lui mettait le khôl et le léger rouge à lèvres.

"- Quel meilleur endroit pour mettre à l'abri un démon ?"

"- QingMing…"

"- Je cauchemarde encore régulièrement de Cimu et du Mausolée, A-die. Je sais que ça aurait été idéal d'y rester mais je ne peux pas. Le jardin… Il est en train de renaitre maintenant que la secte renait elle aussi. J'y serais bien mieux.

Ça se tenait.

"- On a installé tout ce qu'il faut au pied du grand cerisier. Ne vous en faites pas." Rassura le premier disciple.

Kin Lao s'agenouilla devant son maitre pour lui mettre des bottes d'intérieur rouge qu'il porterait jusqu'au Jardin, puis lui montra la paire de petits chaussons brodés que Boya devrait également trouver une fois qu'il aurait trouvé QingMing pour les lui mettre aux pieds et lui permettre de sortir. Quoi que connaissant Boya, il n'aurait aucun problème à s'en passer et porter son promis dans ses bras jusqu'à la surface.

"- Vous allez les cacher où ?"

"- On a pensé aux plaines de glace mais il ne peut pas y aller sans aide, il lui faudra acheter les shidi ou quelqu'un du temple pour qu'il les trouve."

"- S'il tente d'acheter les shidi, je ne sais pas si je partirai un jour d'ici." Rit doucement QingMing.

"- Ho, ils sont trop heureux de vous savoir heureux pour l'embêter trop longtemps."

"- Et qui devra-t-il affronter ?"

"- Et bien… Vos maitres et vos séniors."

Les dix jeunes gens avaient luttés de toutes leurs forces pour qu'on leur laisse ce privilège. Devant leur insistance, personne n'avait réellement protesté. Surtout que face à un guerrier comme Boya, personne n'avait vraiment envie de se faire taper dessus à part quelqu'un de vraiment proche.

"- Et puis Killing Stone. Evidemment."

QingMing en resta surpris.

"- ShengShi ?"

"- Il voulait sa revanche contre Boya Daren. Même s'il passe assez facilement vos canetons, il va réellement falloir qu'il vous mérite."

Le pauvre Sha ShengShi allait avoir trois jours très occupés !

"- …Je vais devoir aussi me battre contre Sha ShengShi pour atteindre son neveu n'est-ce pas ?"

Le sourire des deux shishen et du premier disciple répondit pour eux.

QingMing grogna. Ses deux servants se précipitèrent pour l'aider à marcher. Ses robes étaient si longues qu'il peinait à se déplacer sans marcher dessus.

"- Allons vous faire admirer par tout le monde."

Lorsqu'il sortit de ses appartements de sa secte, Fan RongHui les attendaient pour conduire QingMing dans le jardin. Il s'appuyait lourdement sur sa canne depuis quelques temps. Nombreux étaient ceux qui étaient persuadés qu'il s'accrochait à la vie de toutes ses forces pour voir le mariage de leur chef et qu'il les quitterait probablement après. Les derniers mois avaient été difficiles pour lui.

"- Ha, QingMing Daren ! Vous êtes somptueux !"

Le demi-démon se sentit rougir derrière son voile.

Il descendit jusqu'au grand hall où tous les disciples l'attendaient. Du plus jeune au plus vieux, tous le félicitèrent et s'extasièrent de sa tenue autant que de sa richesse avant que ses shishen ne l'aident à monter dans le petit palanquin à bras qui le conduirait jusqu'au Jardin. Habillé comme il l'était, il lui aurait été impossible d'y aller sans ruiner ses vêtements autant qu'éviter de finir en rouler-bouler dans les escaliers.

La secte avait vraiment mis les petits plats dans les grands.

La masse de petits shidi accompagna leur Shifu jusqu'aux Jardins où une grande couverture épaisse avait été posée sur le sol, des coussins, un petit brasero et des tentures pour couper le vent. La météo devrait se maintenir pour la journée mais des tentures avaient été tendues entres les plus basses branches du cerisier par des shishen pour protéger QingMing et les shidi s'il pleuvait.

Tous les membres de la secte qui le pouvaient avait invoqués leurs shishen pour l'occasion. Le soir même, malgré l'enlèvement de leur chef de secte, il resterait avec eux pour qu'ils dinent tous ensembles. Le lendemain serait identique mais les rôles entre les sectes et leurs chefs inversés

"- Vous êtes bien installés, Shifu ?"

"- Comme un coq en pâte."

Les deux seuls qui râlaient quelque peu étaient ShaiMing et WuYa qui devaient se contenter de biberons et de viande hachée pour la journée, loin des bras de leurs parents. Liu Ye était très, très fier que ses parents lui aient confiés ses petits frères et comptait bien réussir dans cette tâche difficile. Pour l'instant, les deux bébés rougnaient un peu mais étaient quand même à portée de bras et de vue d'un de leur parent. Ça allait. Pour l'instant.

Un junior déboula dans le jardin en courant.

"- Il est arrivé !" Comme prévu le maitre du yin yang en charge de l'Observatoire Céleste l'avait déposé devant les grandes portes scellées de glace de la secte. A lui de se débrouiller pour entrer. Pour l'occasion, les boucliers avaient été légèrement baissés pour qu'il puisse quand même entrer sans rien détruire.

"- Il va faire comment pour entrer à votre avis, QingMing Daren ?"

Le demi démon secoua la tête sans savoir quoi répondre. Il y avait plus d'une solution. Il prit une gorgée de thé et attendit.

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Qian Wuhan avait ouvert le portail juste à l'extérieur de la secte pour l'y déposer.

Un bon petit blizzard en provenance des montagnes fit frissonner le chasseur. Heureusement qu'il était bien couvert et que Zhuque lui tenait chaud où il serait déjà à moitié congelé. Il regretta fugitivement sa cape en poil de QingMing qui en plus de lui tenir chaud sentait bon.

"- Boya Daren ? Etes-vous prêt ?"

Le chasseur hocha la tête. Zhuque aussi était prêt. Ils étaient deux à se battre pour leur renard.

"- Très bien. Alors voici ce que vous allez devoir faire" Qu'on lui explique ce qu'on attendait de lui était un soulagement et une inquiétude réelle mêlés. Qu'avaient en tête ces tordus ? "Nous sommes restés très traditionnels, rassurez-vous. Vous allez devoir entrer, trouver les chaussons de QingMing Daren, puis le trouver lui et vous battre pour pouvoir obtenir le droit de l'emmener avec vous après l'avoir chaussé. Etes-vous d'accord ?"

Boya hocha encore la tête. Rien de compliqué heureusement. Tout au moins dans l'énoncé. Pour le reste…

"- Alors à tout à l'heure!" Sourit le prêtre.

Il ouvrit un portail et disparu dedans. Boya resta seul dans la neige face aux grandes portes de métal couvertes de glace. QingMing lui avait dit que la pierre-cœur de la secte devait normalement les garder libre des glaces mais il fallait du temps pour les libérer après autant d'années.

"- Zhuque ?"

"- Mon vaisseau ?"

"- Que dirais-tu de leur montrer de quel bois on se chauffe ?"

"- Au sens premier du terme ? J'adorerai ça mon élu."

L'énorme phénix réclama bruyamment avant de voler vers les portes. Le qi de Zhuque et Boya se déploya sur le double huis qui se mit à lentement chauffer. Petit à petit, les glaces centenaires qui les emprisonnaient se mirent à fondre. La double conscience augmenta encore la chaleur jusqu'à ce que ses plumes de queue soient blanches.

Sur le chemin de ronde de la secte, les prêtres du yin yang applaudissaient la démonstration. En plus d'être utile, le spectacle était glorieux. Voir Zhuque battre des ailes pour voler en stationnaire, sa queue blanche de flammes brûlantes dirigées vers la porte, son qi qui flamboyait tout autant. Pour la première fois, les prêtres voyaient la véritable force de Zhuque et de son vaisseau.

Lorsque les doubles portes furent enfin complétement libérées des glaces, le mécanisme d'ouverture se dégrippa avec un gémissement de fin du monde. Un rugissement de métal sur le métal et les portes s'ouvraient pour Boya. Comme si la secte elle-même acceptait son passage. Comme la pierre-cœur se nourrissait pour l'instant de tous ses habitants, c'était exactement ce qui se produisait. La pierre-cœur acceptait leur volonté conjointe d'ouvrir les portes à Boya.

Le chef de JingYun se posa devant la porte ouverte. Une fois qu'il eut reprit forme humaine, il entra très calmement sous les applaudissement de son public. Boya baissa un peu le nez, gêné au point d'en rougir.

Les portes se refermèrent en gémissant derrière lui. Il faudrait les graisser, quand même.

"- Bienvenue au Yin Yang Bureau, Yuan Boya." Salua Kin Lao en s'inclinant devant lui. "Que nous vaut votre visite ?"

"- Je suis là pour réclamer mon promis, Anbei QingMing."

Kin Lao hocha la tête.

"- Il vous faudra le trouver et trouver d'abord ses chaussures." Que le premier disciple mette les chaussures avant tout était une indication. Ce serait probablement le plus compliqué. "Vous êtes libre de vos mouvements et de vos questions pour tenter de les trouver."

Boya grogna intérieurement. Il allait devoir se taper toute la secte du sol au plafond ? Non. Il avait appris au contact de QingMing. Pour vivre heureux, vivons faignant.

Il fallait juste qu'il trouve qui interroger correctement.

L'intégralité de la secte derrière lui à l'observer ou presque dans une ambiance chaleureuse et bon enfant, Boya commença ses recherches. Les appartements et le bureau de QingMing étaient immédiatement hors de sa liste. Les cuisines aussi, ainsi que les bains. Ou pouvait bien être les chaussures de son renard ?

Il s'immobilisa au milieu d'un couloir et garda les oreilles ouvertes aux commentaires. Plusieurs petits shidi gloussaient de délectation de le voir galérer. Les sales mômes. Donc ils devaient savoir où étaient les chaussures probablement.

Il se tourna d'un bloc vers eux et s'assit sur ses talons devant eux. Les enfants se figèrent.

"- B…Boya Daren ?"

"- je sais que vous savez où sont les chaussures de mon QingMing."

Les petits jetèrent un regard paniqué à leur maitre qui les rassura en posant ses mains sur leurs épaules.

"- O…Oui ?"

"- Vous savez que j'attends très fort de pouvoir le ramener avec moi et l'épouser."

"- Oui ?"

"- Et que je ne peux pas le faire si je ne trouve pas ses chaussons."

"- C'est pas notre faute ?"

"- Non, mais vous pourriez participer à le rendre très heureux vous ne croyez pas ?"

Les bambins passèrent d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Est-ce que ce ne serait pas trahir leur chef de secte ? Mais en même temps, ils savaient qu'il attendait son fiancé très, très fort.

"- Vous n'allez pas nous le voler vraiment, n'est-ce pas ?"

"- Rien ne va vraiment changer une fois qu'on sera mariés. Il sera toujours votre chef de secte et moi le chef de la mienne. Il sera toujours là pour vous enseigner. Il sera toujours là pour vous. Moi, je ne suis là que pour lui faire des bébés et le rendre heureux."

Les gamins gloussèrent. Ils jetèrent un coup d'œil à leurs maitre qui secoua la tête.
C'était leur choix de donner des informations à Boya Daren ou non.

"- On sait juste qu'ils sont tout au fond au fond des donjons."

Boya fut surpris. Tout au fond de... HA ! Le Mausolée ! Evidemment. Mais les enfants ne connaissaient pas son existence évidemment.

"- Je vois. Merci mes petits." Il leur ébouriffa les cheveux avant de reprendre sa quête.

Trouver l'escalier qui descendait au plus profond du temple fut compliqué.

Quand il s'arrêta enfin devant une paroi lisse et vierge, il n'y avait plus que Kin Lao avec lui. Personne ne connaissait et ne devait connaitre le chemin. Alors pourquoi lui laisser à lui l'accès ? Il faudrait qu'il demande.

Boya dut faire appel à son troisième œil pour trouver le chemin du Mausolée puis galera un long moment à détricoter le sigil de protection qui fermait la porte de l'escalier qui descendait encore. Lorsqu'il y réussit enfin, il prit un grande inspiration. Il allait arriver là où son renard avait été détenu pendant une demi année.

L'escalier lui parut interminable. Il l'était.

Lorsqu'il toucha enfin la dernière marche, il était hors d'haleine. La remontée allait être de la torture ! Les marches étaient incroyablement haute, étroites, pentues et pénibles. C'était moins une échelle aux degrés de pierre les plus inconfortables possible qu'un escalier.

"- Alors c'est ici…"

"- Nous avions pensés enfermer QingMing Daren ici en vous attendant mais ses nerfs ne l'auraient pas supporté."

Boya hocha la tête. Effectivement. Il n'était pas rare que son partenaire se réveille de ses cauchemars en hurlant de terreur encore maintenant. Il faudrait longtemps pour que ça passe. Si jamais ça passait un jour…

"- Je ne crois pas que j'aurais pu vous pardonner si vous l'aviez forcés à rester ici."

"- Je ne me serai pas pardonné non plus, Boya Daren." Assura le jeune homme.

Puis il se tut et laissa le chef de JingYun chercher. Ils n'avaient pas prévu de le laisser entrer dans le Mausolée lui-même. Se trouver devant la porte était suffisant. Boya comprenait mieux pourquoi l'enlèvement de la fiancée se faisait sur deux jours. Il cherchait depuis déjà plusieurs heures et était loin d'en avoir fini.

Boya fureta encore un long moment avant de réactiver son troisième œil. Il ne chercha plus les chaussons mais suivit les qi résiduels de ceux qui étaient venu là récemment. Il finit par trouver le petit paquet de soie rouge brodée caché sous des pierres éboulées.

A l'intérieur, les chaussons rouges semblaient presque petits pour un homme de la taille de QingMing.

"- Et maintenant ?"

"- Maintenant, il ne tient qu'à vous de les glisser aux pieds de QingMing Daren et de l'emmener avec vous.

Boya leva les yeux au ciel, amusé.

Kin Lao le planta où il était en ouvrant un portail.

"- Je vous attends là-haut." Et il le laissa comme un idiot dans les tréfonds de la secte.

Un frisson remonta dans le dos de Boya. Seul ici, sans prêtre du yin yang pour autoriser sa présence, il sentit un lourd frisson d'angoisse lui serrer l'estomac. Les lieux ne voulaient pas de lui. La Secte l'acceptait, mais ici, il n'avait pas sa place.

Il fit demi-tour en serrant son prix contre son torse et se mit à courir.

La remontée fut, comme prévue, de la torture. Si la descente lui avait parue infinie, la remontée fut pire encore. Lorsqu'il sortit enfin à l'air libre et eut retrouvé son chemin pour le grand hall, il était échevelé, épuisé et ses mains tremblaient.

Il fut applaudit par les membres de la secte.

"- Vous pouvez vous reposer un peu, Boya Daren. Ce n'était pas de tout repos." Et la suite allait être marrante.

Boya s'assit sur un coussin avec un soupir. Il accepta avec reconnaissance la tasse de thé et les petits gâteaux qu'on lui donna ainsi que quelques roulés à la viande.

"- Ca va pour nos petits ?" Malgré la situation, il s'inquiétait quand même pour eux.

"- Liu Ye s'occupe d'eux. Ils râlent un peu de devoir de contenter de biberons et de viande hachées, mais ils tolèrent la chose pour l'instant." Soulagé, Boya finit son en-cas.

"- Vous vous sentez d'attaque pour la suite ?"

Boya sauta sur ses pieds avant de hocher la tête.

"- Très bien. Alors, il vous reste à trouver QingMing Daren et pouvoir l'approcher." Sourit largement Kin Lao.

Autour d'eux, tout le monde en frémissait d'excitation. Des combats donc.
C'était de bonne guerre. Ils avaient été généreux de lui donner à boire et à manger.

Boya resta à réfléchir de ce qu'il savait de la secte. Ils l'avaient fait entrer. Ils l'avaient forcé à contempler les plus profonds boyaux de la secte. Devait-il en contempler les plus hautes tours maintenant ? les aiguilles de glace étaient impressionnantes.

Il sortit au petit trot à l'extérieur, ouvrit ses ailes et s'envola.

"- Zhuque, tu vois QingMing ?"

Boya aurait pu tricher et simplement suivre le lien de shishen qui le reliait à QingMing bien sûr. Mais ça aurait été un artifice qui n'avait pas sa place ce jour là.

"- Pour l'instant non."

Ils firent le tour de chaque aiguille de glace, chaque tour de pierre, mais sans rien trouver. Alors qu'ils faisaient demi-tour, la vue perçant de Zhuque fut attiré par une tache rouge sur vert non loin.

"- Mon vaisseau ! Là-bas !"

Boya s'immobilisa en vol. Ses longues ailes battaient paresseusement pour le garder en vol stationnaire.

C'était bien leur renard qui attendait sagement avec une poignée de gamins, quelques adultes et Liu Ye avec leurs petits.

Amusé, Boya secoua la tête. L'image était adorable. Et cet arbre… un cerisier ? ha ! oui, son renard le lui avait déjà montré ! c'est celui d'où provenait la graine que QingMing lui avait offert.

Il descendit paresseusement jusqu'au sol. A peine Boya avait-il repris ses marques au sol que cinq jeunes maitres et cinq jeunes séniors qu'il connaissait bien le menaçaient de leurs éventails. Ils auraient pu envoyer leurs shishen qui observaient la scène avec un peu d'inquiétude quand meme. Ils ne voulaient pas qu'on leur abime leurs maitres. Ils y tenaient !

"- Donc, je prouve que je peux vous vaincre et je peux retrouver mon renard ?"

Une voix que Boya n'attendait pas le fit frémir.

"- Non. Une fois que tu les as vaincu, tu auras le droit de m'affronter." Sourit Killing Stone avec plus de sauvagerie que Boya n'en avait jamais vu chez lui.

Si Boya savait qu'il n'aurait aucune peine à se débarrasser des jeunes prêtres, Killing Stone serait un autre niveau. Il avait été exceptionnel contre He Shouyue. En cinq ans, il avait largement eu le temps de s'améliorer encore maintenant qu'il n'était plus à moitié mort de faim et de désespoir, renforcé en plus par la force de QingMing.

"- J'ai hâte de voir ce que je peux faire avec mon épée contre la tienne."

"- Si tu as vraiment encore ce fantasme de me planter des trucs dans le corps, on pourra en discuter plus part, tu sais ?"

"- BOYA !" Killing Stone était scandalisé. Ce n'était ni le lieu, ni le moment. Mais ce n'était pas Boya non plus. Juste Zhuque qui s'amusait comme un idiot.

Boya dégaina son épée et sa dague. Il attendit.

Il ne serait pas celui qui attaquerait le premier. Il savait que les gamins n'auraient pas la patience.

Comme prévu, ils gardèrent leurs positions moins de trois minutes avant que les jeunes séniors ne lui tombent dessus tous en même temps. Boya s'effaça devant eux avec grâce. Il repoussait leurs éventails, oscillait à peine sous la multitude de coups, évitait leurs attaques avec aisance. C'était comme combattre dix QingMing à la fois. Mais des QingMing adolescents qui n'avaient pas la force, la précision ou le pouvoir de l'adulte. Même à dix ils ne parvinrent pas à tenir tête aux chef de JingYun plus de quelques minutes.

Ils finirent pas cesser le combat, s'incliner et laisser passer Boya.

Killing Stone bondit sur ses pieds. Il était toujours impressionnant dans ses cuirs de combat avec la garde de mâchoire en métal qui protégeait un os cassé trop souvent quand il était jeune et que Boya lui-même avait achevé. Là, le démon semblait plus déterminé que jamais.

Un instant, Boya se demanda s'il était là juste pour la tradition ou s'il allait réellement tout faire pour l'empêcher de passer.
La distraction momentanée faillit couter très cher à Boya. Il n'évita l'épée de pierre que de quelques centimètres. Sans le brusque coup d'aile que Zhuque mit en catastrophe pour le mettre hors d'atteinte, il se la serait prise dans le torse

"- Concentrez-vous, Boya Daren. Je serais très désolé de vous percer des trucs juste parce que vous avez été mauvais."

Le coup suivant fut tout aussi brutal et violent, infiniment rapide. Il surpris une fois de plus Boya. Ce que son oncle avait progressé ! La brusque douleur sur sa cuisse le fit grogner.
Killing Stone retira la pointe de son arme. Elle ne s'était enfoncée que de quelques millimètres.

"- Nous sommes quittes."

Ha ! Donc c'était plus personnel. D'accord. Boya comprenait mieux. Killing Stone protégeait QingMing mais en même temps, il lavait son orgueil pour l'humiliation que Boya lui avait fait subir en l'attrapant avec une flèche et une corde comme une truite au milieu d'un torrent. Il pouvait accepter.

"- Quittes ? Il n'y a pas de faveurs ou de prix dans une famille."

Boya eut un large sourire.

Le shishen et le vaisseau se sautèrent dessus avec une violence rare à s'échanger des coups qui marquaient pour de bon.

Autour d'eux, à une distance suffisante pour être à l'abri, la secte encourageait libéralement les deux guerriers. Il ne s'agissait pas vraiment de savoir qui allait gagner et qui allait perdre. Il s'agissait seulement pour Boya de montrer qu'il était assez fort pour prendre soin de son QingMing.

Killing Stone finit par rendre les armes au bout d'un gros quart d'heure. Hors d'haleine, les cheveux en bataille, il saignait d'une vingtaine de coupures au moins mais il souriait toujours.

Le shishen s'inclina enfin après avoir rangé son épée puis s'écarta avec un large mouvement de bras pour laisser le chemin libre à son adversaire.

Boya s'inclina. Il était à peine moins chiffonné que Killing Stone même s'il avait été loin, très loin de donner tout ce qu'il avait dans le ventre. Il ne voulait pas le tuer, juste prouver qu'il était bon combattant.

"- Merci Sha ShengShi."

"- Mais de rien Boya Daren." Puis il murmura pour lui seul. "Mais je retiens votre proposition pour enfoncer des trucs partout."

Boya se sentit rougir. Il ne put résister à lui donner une tape sur le bras. Killing Stone d'effaça en riant et lui laissa le passage.

Le vaisseau le foudroya du regard encore une seconde, salua Mad Painter et Snow Hound d'un mouvement de tête, s'arrêta le temps de faire un câlin à ses enfants puis s'agenouilla enfin, enfin, devant son QingMing.

Le demi-renard était sans doute la plus belle créature que Boya ait jamais vu de sa vie. Bien sûr, l'avis de Boya sur la question était totalement impartial et objectif.

Assis dans ses robes rouges, avec son voile, le voile qu'il lui avait offert, Boya aurait pu se prosterner devant lui pour l'adorer comme le plus puissant des dieux, le sien.

"- Bonjour mon QingMing."

"- Bonjour mon Boya."

Boya sortit la paire de chaussons qu'il avait gagné. Il s'approcha à genoux de son Partenaire. Zhuque roucoulait sous son crâne avec abandon. Le dieu-gardien était comme noyé sous les sentiments du couple et s'en délectait avec passion.

Boya repoussa gentiment le tissu rouge qui couvrait les pieds nus de son renard. Il lui enfila avec douceur les chaussons pour ne pas lui faire mal puis s'inclina devant lui.

"- M'accompagnerez-vous à JingYun, QingMing Daren, comme mon époux."

"- J'accepte, Boya Daren."

Alors seulement Boya se releva et lui offrit son bras pour se lever.

Le torrent d'applaudissements ne fut même pas suffisant pour les sortir de leur petit monde où rien n'existait plus que l'autre. Malgré la tradition, Boya releva le voile de QingMing pour l'embrasser.

Les sifflets et les rires dans leur dos finirent par les faire rosir.

"- Il va être l'heure de diner avec tout ça." Annonça Kin Lao.

Le premier disciple souriait plus largement que Boya ne l'avait jamais vu.

"- Prenez une demi-heure pour nourrir vos petits et venez diner."

Lentement, les membres de la sectes les laissèrent seuls en paix dans le jardin avec leurs trois enfants pour seule compagnie.

Lorsque les deux bébés furent nourris, Liu Ye les reprit avec lui et laissa ses parents tranquilles à se bécoter comme des ados jusqu'à ce que la nuit soit tombée.

"- Il faut rentrer."

"- Je vais mouiller mes chaussons."

Boya prit QingMing dans ses bras.

"- Jamais."

Il le porta à l'intérieur où toute la secte les attendait pour "leur" banquet à eux.

Et s'ils avaient tous, même les plus jeunes, un peu mal aux cheveux le lendemain matin pour assister au départ de leur chef de secte pour sa propre quête de son compagnon, ils étaient tous heureux comme jamais.

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Comme la veille, le couple avait été séparé avec efficacité par la Multitude. Ils leur avaient quand même laissé le temps de nourrir leurs petits mais rien de plus. Boya avait été jeté à JingYun pour que son premier disciple le prépare pour être le prix de la journée et QingMing avait été pris en main par le sien et ses shishen pour être à nouveau décontaminé longuement avec des herbes de Provence.

Contrairement à la veille, il n'avait pas été habillé de rouge mais de blanc.

Il retrouverait le rouge le lendemain pour le mariage devant le temple de Zhuque.

Pour la première fois de sa vie, on lui avait mis sur le dos la tenue de parade du yin yang shi. Encore une fois, Honey Bug avait travaillé comme une folle pour produire une soie moirée d'argent aux sigils tissés directement dans le tissu. Comme la veille, les robes de dessous étaient richement décorées de tout un panel de talismans, de broderies, de perles et de cristaux. La première robe était écarlate et tranchait délicieusement avec le reste des robes rouges.

Une fois totalement habillé et coiffé, QingMing s'observa dans le miroir. même s'il était coiffé d'un simple demi chignon avec un ruban blanc qui laissait la majorité de ses cheveux libres, il faisait….digne. étrangement digne. Vraiment.

"- Vous êtes affreusement séduisant ainsi, QingMing Daren." Souriait largement Kin Lao. "Et digne. On dirait un de ces immortels dont on parle dans les livres. Comme Boya Daren hier." Il soupira. Le couple était parfaitement accordé.

Le petit sourire doux du demi-renard se chargea de tendresse pour son bel oiseau.

"- Il ne me manque plus que mes armes."

"- Avez-vous droit à vos shishen ?"

"- Non, ce serait de la triche." même si les shishen étaient la première ligne de défense d'un maitre du yin yang.

"- Pas trop nerveux ?"

"- Je crois que la seule fois où j'ai été davantage nerveux, c'était pour la naissance de ShaiMing." C'était tout dire.

Snow Hound et Mad Painter l'attendaient pour mettre la dernière touche à ses vêtements. Killing Stone et Liu Ye était invisibles. Le premier devait se préparer à affronter son maitre et le second attendre avec Boya comme la veille avec lui.

"- Ca va aller, QingMing ?"

Le fashi hocha la tête. C'était déjà stressant d'attendre qu'on vienne le chercher. Mais devoir aller chercher son compagnon ? C'était pire.

"- Nous vous retrouverons demain."

Malgré leur envie de l'accompagner, il devait y aller seul. Comme Boya s'était présenté seul.
Le demi renard avala sa salive avant de saluer tout sa secte.

"- Ne faites pas cette tête-là" Gronda doucement QingMing lorsqu'il vit que la majorité des shidi étaient au bord des larmes. "Je ne pars que pour la journée et nous nous revoyons demain pour le mariage lui-même."

"- On sait, mais on aurait bien voulu vous voir vous battre."

"- Vous êtes sages avec vos maitres, d'accord ? je ne veux pas apprendre que vous avez été insupportable en attendant demain"
"- Promis Shifu."

"- je vous fais confiance." Le sourire de QingMing était aussi calme que possible même s'il hurlait intérieurement d'angoisse. Il n'était pas un guerrier comme Boya, lui. Il espérait que JingYun serait indulgent avec lui ou il ne pourrait jamais récupérer son compagnon sans ses shishen.

Les enfants le regardèrent partir avec le reste de la secte ainsi que ses shishen. Les deux seuls qu'il verrait de la journée seraient Killing Stone pour lui taper dessus et Liu Ye qui s'occupait encore de ses petits frères.

QingMing ouvrit un portail et apparut devant les portes de JingYun.

Elles étaient impressionnantes quand même. Et lui, il ne pouvait ni les cramer, ni voler par-dessus.

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Comme la veille, Yan Shu avait sauté sur Boya dès qu'il était sorti du portail. Cette fois, il était accompagné par Killing Stone et Liu Ye.

"- Vous vous occupez de le faire propre ?"

Yan Shu eut un large sourire.

"- Je m'en occupe. Il va être adorable en robes rouges !"

Liu Ye ne tapa pas des mains uniquement parce qu'elles étaient prises avec ses petits frères.

"- Baba va être tellement beau ! Autant que Mama hier !"

"- Ca c'est bien passé d'ailleurs ?" Tout le temple était désolé de ne pas avoir pu assister à l'enlèvement de la mariée au Bureau.

Killing Stone le rassura.

"- Boya Daren a été absolument parfait ! Je crois que je n'avais jamais vu QingMing Daren aussi enamouré. Il a failli faire de l'auto combustion pendant que Boya Daren se battait pour lui.

Yan Shu éclata de rire en entrainant son chef de secte avec lui pour le transformer de puissant guerrier en fragile fiancé.

"- Allez, à poil et au bain, tu pues !"

"- Je me suis déjà baigné !" Protesta Boya mais il était déjà en train de retirer ses vêtements pour se plonger dans sa propre marmite aux herbes de Provence pour se décontaminer de l'odeur de son QingMing.

Comme la veille, il se laissa habiller de la tête aux pieds. Il avait craint de se retrouver dans quelques sucreries rouges qui ne lui iraient pas du tout mais ses robes étaient une version aménagée de son uniforme qui le mettait à la fois en valeur et adoucissait son corps musclé. La seule chose qui le fit protester fut le khôl, le rouge à lèvre et le voile.

Lorsqu'il descendit de son appartement tout apprêté, les shidi se figèrent avant de laisser éclater leur joie devant son apparence.

"- Shifu ! qu'est-ce que vous êtes beau comme ça !"

"- QingMing Daren pourra pas vous résister."

"- Vous êtes sûr que vous voulez l'épouser lui et pas un de nous ?" Plaisanta un des maitres en riant. Son rire s'étouffa dans sa gorge quand une volée de minuscules écailles coupantes lui effleura le nez.

"- Liu Ye ! Enfin !"

Le jeune shishen ne paraissait pas une seule seconde honteux de son geste.

"- Baba il épouse Mama ! C'est tout." Et il faisait des trucs avec d'autres gens, mais ce n'était pas la question.

La manière de protéger ses parents du jeune démon fit rire tout le monde.

On approcha le palanquin à bras pour porter Boya jusqu'au solarium. Le chef de secte se mit immédiatement à protester. Il pouvait marcher ! et même si Yan Shu était bien décidé à lui voler ses bottes, il n'allait certainement pas monter dans cette foutue boite et..

"- Boya ! monte la dedans."

Des années passées à obéir à son Shifu trouvèrent là leur quintessence. Boya se retrouva assis sur son coussin avant même d'avoir eu le temps de réaliser ce qui se passait.

Les rires dans son dos le firent rougir mais il ne peut rien faire d'autre que de se laisser trimbaler jusqu'au Solarium où attendaient les Shijie et les shimei.

"- Boya Daren, nous vous attendions !"

Elles avaient installé une grande couverture rouge aux pieds du cerisier issu de la graine offerte par QingMing. Ce qui aurait dû être encore un petit arbre avait incroyablement grandit en peu de temps grâce à l'attention et au qi aussi bien de Zhuque que de Boya. Le tronc était déjà plus large que le torse de Boya. Il faudrait le planter en pleine terre rapidement où il finirait par souffrir. Ils comptaient bien le transplanter au printemps, dès que la terre serait assez chaude pour l'accueillir.

Le petit démon que QingMing avait envoyé à Boya s'était lié au cerisier et le choyait de son mieux. Grâce à sa présence, il était déjà plus fort qu'il ne le devrait et aucune maladie ou parasite ne risquait de s'en approcher.

Il sauta des branches basses dans lesquelles il se reposait pour saluer le chef de secte.

"- Boya Daren !"

Le petit démon donnait l'impression d'avoir seize ans depuis quelques temps. Il se développait avec le cerisier maintenant et n'était plus dépendant de ses propres forces. Tant que l'arbre vivrait, il vivrait en bonne santé lui aussi. Et inversement.

Boya était descendu du palanquin avec l'aide des chasseresses pour s'installer parmi les coussins brodés. Il avait toujours trouvé le solarium indécent de confort. Les femmes savaient vivre infiniment plus confortablement qu'eux. Sans doute parce que Vrai Homme devait avoir froid aux pieds sur les pierres nues, que Vrai Homme mangeait son congee sans sucre et que Vrai Homme ne lâchait pas son uniforme à part dans le secret de sa chambre.

Vrai Homme était un stupide imbécile. Vraiment.

Boya joua des orteils sur la couverture moelleuse et confortable.

"- Quand tout ceci sera finit, je pique cette couverture pour la mettre dans mon nid." C'était à lui après tout.

Les filles se mirent à glousser. On fit tourner les tasses de thé, les petits gâteaux et les bébés. Liu Ye s'était installé au milieu des adolescentes avec la plénitude inconsciente d'un chiot qu'on gratouille. Puisque toutes les shijie voulaient pouvoir jouer avec ses petits frères, il laissait les shimei s'amuser à lui brosser et lui natter les cheveux. Il ne savait pas ce que c'était, mais l'aurait-il su qu'il aurait réclamé à son père de participer à d'autres pyjama party plus tard.

Boya le regardait faire avec indulgence.

"- Alors vous êtes prêt à vous laisser enlever par votre renard ?"

"- Pas vraiment, mais c'est le jeu, n'est-ce pas ? Zhuque est bien plus satisfait que moi de cet échange de bon procédé entre sectes."

"- Quoi, vous estimez qu'il aurait dû être le seul à se faire enlever ?"

Boya rougit légèrement.

"- Vrai Homme à eut sa virilité très maltraitée ces derniers temps." Avoua-t-il. Et encore n'allaitait-il pas, lui ! Il ne comprenait pas comment QingMing pouvait tolérer la chose.

Les femmes se moquèrent de lui sans la moindre pitié mais ces moqueries restaient bon enfant. Boya avait conscience de ses propres travers.

"- Et bien vous allez vous comporter en parfaite fiancé comme lui l'a fait hier et le laisser vous montrer ses muscles pour que vous vous assuriez que vous voulez bien de lui."

Boya réfléchit à la chose. C'était une façon de voir qui lui plaisait grandement ! Ce n'était pas QingMing, c'était lui qui devait évaluer qu'il était assez fort pour venir le chercher. Et si ce n'était que s'arranger avec sa conscience de mâle en (pas encore) rut, et bien soit. QingMing avait toujours été plus fort que lui pour tolérer les plaisanteries de cette nature.

Il reprit une tasse de thé, s'appuya un peu plus dans les coussins et se mêla aux cancans des filles comme s'il était l'une d'elle. Lorsqu'il récupéra ses petits contre lui pour leur sieste en attendant que QingMing n'arrive, il accepta que être "une fille" pour la journée n'était pas si intolérable. Et s'il se moquait de lui-même en pensant ça, il n'y avait bien que Zhuque pour le savoir. D'ailleurs, le dieu gardien rugissait de rire dans son esprit.

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QingMing observait les portes avec attention. Comment les passer ?

Sur le chemin de ronde, les prêtres de JingYun l'attendaient en l'encourageant.

Il ne pouvait pas passer par un portail, s'eut été tricher. Il ne pouvait pas voler… Que pouvait-il faire qui lui permettrait de… Mais oui !

Le grand renard blanc à sept queues fila vers les marches pour les dévaler presque jusqu'en bas du grand escalier qui montait au temple. Les prêtres échangèrent un regard. Qu'est-ce qu'il faisait ? il abandonnait ? Non, ils n'y croyaient pas une seconde. Il devait préparer quelque chose. Alors ils attendirent.

Quant au bout d'une grosse demi-heure ils ne le virent toujours pas, ils commencèrent a réellement s'inquiéter jusqu'à ce qu'ils entendent des couinements d'irritation qui venaient de la mince évacuation des eaux fluviales qui permettait au temple de ne pas se noyer quand il pleuvait lorsque les portes étaient fermées si les torrents grossissaient un peu trop.

Le grand renard blanc du faire un effort pour se sortir de la petit ouverture qui se déboucha de sa présence avec un 'plop'.

Ce n'était sans doute guère glorieux, mais si on vous chassait par la porte et qu'on vous claquait la fenêtre à la figure, il restait toujours les évacuations des eaux.
QingMing s'ébroua vigoureusement. Il était trempé. Lorsqu'il eut finit de projeter de l'eau et de la terre tout autour de lui, il était à nouveau quasi sec.

Puis il reprit forme humaine.

"- C'était très cruel de votre part. Comment vouliez-vous que je puisse rentrer ?"

"- …Vous auriez pu demander ?"

QingMing resta interdit un instant

"- Ho ! Oui. Effectivement." Mais pour son Boya, il ne voyait pas d'autre solution que l'inattendu et l'exceptionnel.

Heureusement que ses robes étaient couvertes de sigil qui les garantissaient contre les taches et l'eau sinon, il ressemblerait déjà à un rat noyé.

"- Puisque vous être rentré, peut-être pouvons-nous faire le tour de ce que vous allez avoir à faire ?" QingMing était tout ouï. "Vous allez devoir retrouver les chaussures de Boya, lutter contre ses champions, cuisiner quelque chose pour les shijie et enfin vous pourrez le prendre avec vous."

Si les premières étapes ne lui posaient pas de problème, faire la cuisine était un cauchemar !

"- La cuisine ? Vous voulez que je cuisine ?"

"- Nous sommes au courant de vos capacités à transformer un congee en arme de guerre, QingMing Daren. Nous ne voulons pas un banquet de douze plat. Contentez-vous de faire quelque chose qui se consomme et ce sera suffisant."

Quelque chose qui se consomme ? Il n'y avait bien qu'un thé que QingMing pouvait faire en un temps limité sans risquer de faire bruler le temple et d'empoisonner tous ses membres. Il faudrait que ça suffise.

"- Très bien. Commençons alors !"

Il se mit à la recherche des chaussons sans trop savoir par où commencer. L'armurerie ? Trop évident mais il alla quand même voir. Les salles d'entrainement ? Non plus. Le champ d'archerie ? pas plus. Les cuisines pour la blague ? Les bains ? Il commençait à sécher. Le bureau de son partenaire non plus, son appartement pas plus et quant à sa chambre à lui, ce n'était pas ça non plus.

QingMing fit la moue. Il était suivit à la trace comme Boya l'avait été par les disciples du temple qui prenaient plaisir à la voir galérer. Ha s'il pouvait appeler ses shishen… Mais il ne le ferait pas. Il serait digne dans sa souffrance.

"- Vous ne me facilitez pas la tâche." Les disciples riaient de lui sans méchanceté.

Ils se moquaient mais ça n'avait rien à voir avec la cruauté blessante qui avait été le lot quotidien de l'enfance de QingMing. Là, même s'il était le sujet des moqueries, il y était intégré. Ces gens riaient avez lui et non de lui.

Et puisqu'ils étaient là pour assister à un spectacle, autant le leur donner.

Il se laissa tomber assis sur un coussin une fois arrivé dans la bibliothèque et se prit le front dans la main.

"- ha, qu'est-ce que je vais faire si je ne trouve pas. Mon pauvre Boya."

Les plus jeunes shidi échangèrent un regard sans comprendre que le fashi jouait à la comédie, à l'amusement croissant des adultes. Du haut de leur cinq ou six ans, ils avaient toujours connus les deux fashi et leur relation aussi explosive que passionnée. Voir ce tonton qu'ils avaient toujours vu faire des câlins à leur Shifu aussi attristé de ne pas pouvoir retrouver et satisfaire son compagnon les bouleversait de plus en plus.

Lorsque des larmes de crocodiles apparurent aux coins des yeux du fashi, les pauvres gosses ne purent le supporter plus longtemps. Ils filèrent chercher les fameux chaussons qu'ils savaient être cachés dans la salle des trophées et les lui rapportèrent.

Les adultes râlèrent. Mais c'était de la triche ça ! On ne pouvait pas utiliser les gamins comme ça !

Mais QingMing se contenta de remercier chaleureusement les enfants. En amour comme à la guerre, tout était bon pour arriver à ses fins, non ? S'il fallait pour ça se mettre dans la poche des enfants trop affectueux et trop adorables pour leur bien, QingMing le faisait. Il ne leur avait pas fait de mal après tout. Il avait juste joué sur leur affection pour leur Shifu et pour lui. Pour les remercier de leur dévouement, il les cajola longuement jusqu'à ce qu'ils soient eux-mêmes calmés et soulagés, content d'avoir rendu le sourire au grand prêtre en blanc.

"- C'est de la triche, Boya Daren."

"- je ne vois pas pourquoi. J'ai demandé cette fois après tout." Et ce sourire génial de satisfaction personnelle qui avait si souvent rendu Boya fou au début de leur relation. "Comme je l'ai souvent dit à Boya, il faut pas travailler plus, il faut travailler mieux. Je milite pour la fénéantise institutionnalisée."

S'en fut trop pour les anciens qui éclatèrent de rire avec les maitres les plus âgés. Eux comprenaient ce que voulait dire le chef du Bureau. Il faudrait encore du temps pour que les plus jeunes comprennent. Ils étaient encore un peu trop le doigt sur la couture.

"- Je dois donc retrouver Boya à présent ?"

"- C'est exact." Ca ne devrait pas être trop compliqué.

"- Dans l'aile des femmes, n'est-ce pas ?" Le grognement général répondit par l'affirmatif. "A ma décharge, je suis déjà allé à peu près partout à part là et je ne vois aucune shijie. Je ne vois pas pourquoi elles devraient être privées de ces festivités."

Logique.

Heureusement, QingMing connaissait le chemin.

Le solarium lui parut très vite la meilleure destination.

"- Ha mon Boya ! Tu es tellement splendide !"

Le chef local se sentit rougir.

"- Alors, qui dois-je affronter pour pouvoir retrouver mon Boya ?"

Killing Stone avait déjà bondi sur ses pieds.

Pour l'occasion, tous les hommes de la secte avaient l'autorisation d'entrer. Ils s'écartèrent pour laisser la place juste aux combattants. Ils étaient moins nombreux que pour QingMing. JingYun, avait pitié de ses qualités de moindre combattant.

En plus de Killing Stone, Ren LingXin s'approcha au grand étonnement de Boya ainsi que Yan Shu, Wan Ji et Lun Yao. forcément. Qui d'autre que les personnes les plus proches de Boya au temple ?

QingMing prit son éventail de soie noire.

"- Tous ensembles ou un par un ?"

"- Nous avons pitié de vous, QingMing Daren."

Le fashi eut un sourire un peu crispé. C'était…insultant.

"- Venez tous en une fois. Je suis fatigué et vous insultez Boya en me rabaissant ainsi."

Les contemporains de Boya jetèrent un coup d'œil à leur ami et chef qui hocha la tête.

"- Il a raison. Je n'épouse pas un incapable."

Ils haussèrent les épaules pour tomber tous ensembles sur QingMing en même temps. Seuls Killing Stone et Ren LingXin restèrent en arrière. Ils passeraient ensuite.

QingMing ne souriait pas lorsque les trois prêtres levèrent leurs épées contre lui. C'était comme se battre contre trois Boya inférieurs. Ils utilisaient les mêmes techniques avec les mêmes défauts, la même violence mais sans son génie ni la perfection des gestes. Boya était le chef de secte, il avait été premier disciple et il y avait une raison évidente à cela.

QingMing devait absolument les vaincre sans les blesser trop gravement. Il se battait avec la même grâce et la même souplesse que jamais mais il ne plaisantait pas. Pour lui, c'était l'un des cinq combats les plus important de sa vie. Là où il s'était toujours battu avec Boya avec pétulance, il se battait avec concentration. L'exubérance avait son avantage. Ici, il devait juste vaincre. Dans le fond de son crâne, le renard était avec lui. Ils ne changeraient pas de forme pour se battre bien sûr. C'était un combat de maitre contre maitres. Mais le renard était là et surveillait ce qui se passait pour le soutenir. Qu'on tente de le prendre par surprise et le renard le prévenait. Qu'on essaye de le soumettre à trois épées contre un éventail et le renard était avec lui pour compléter ses forces parce qu'il était une partie de lui. Ce n'était pas de la triche.

QingMing repoussa rudement les trois hommes d'une brusque explosion de qi pour se libérer de leur attaque conjointe et s'échapper avec légèreté, juste assez pour reprendre l'initiative.

Il s'était laissé baladé suffisamment longtemps.

Il attaqua soudain à son tour. Le rythme facile des trois hommes qui s'entrainaient ensemble depuis leur petite enfance se retrouva brutalement perturbé lorsqu'il entra effectivement dans leur danse. Là où ils attendaient une arme, il s'effaçait, là où ils pensaient s'écarter, ils trouvaient un éventail. Là où ils espéraient être à l'abri ils trouvaient un pied ou un bras qui leur arrivait en pleine face ou dans le dos.

Très vite, ils commencèrent à perdre leur bel ensemble jusqu'à ce que QingMing les mette à terre. Il n'avait pas vraiment eut à forcer, il avait juste eut besoin de les faire travailler contre eux-mêmes.

Les trois hommes demandèrent grâce en riant.

"- Vous êtes un cauchemar, QingMing Daren."

"- Merci de ce vote de confiance."

Il aida Yan Shu à se remettre sur ses pieds. Les trois maitres s'écartèrent en se moquant les uns des autres. A trois contre un et ils s'étaient fait fumer. Rhalala ! Cette insulte ! Mais ils ne s'étaient pas non plus battu pour sauver leur vie.

Killing Stone prit leur place.

"- Je ne pouvais pas laisser passer ça, QingMing Daren."

"- Comme seul membre de la famille de Boya, s'eut été insultant si tu ne l'avais pas fait."

Et s'en fut finit pour les gentillesses. Là où QingMing était jusque-là tout en délicatesse, il bourra dans le tas avec une violence égale à celle de son shishen. Le choc des deux hommes fit sursauter les spectateurs. Ils avaient toujours vu QingMing comme un maitre de l'esquive, mais ils pouvaient enfin contempler la brutalité d'enclume qu'il pouvait mettre dans ses coups. Killing Stone aussi fut surpris. Il s'attendait lui aussi à quelque chose de plus délicat et de plus enlevé. Pas à manquer se faire casser les deux bras lorsque son épée de pierre heurta l'éventail de son maitre. Les coups à assommer un ours s'échangèrent plusieurs minutes jusqu'à ce que Killing Stone rende les armes. Il avait mal aux bras à force.

"- Mouai. Ça peut aller." Il souriait quand il s'inclina devant son maitre pour laisser la place à l'ancien Shifu de Boya.

"- Je ne serais pas aussi gentils que ces gamins, QingMing Daren."

"- L'un de ces gamins est votre frère martial, Ren LingXin." Rappela QingMing.

Cette fois, ce fut lui qui passa à l'offensive. Sans surprise, se fut pour lui comme se battre à nouveau contre Boya. Un Boya plus fourbe et plus brutal, mais un Boya aussi plus rapide et plus fatigué. Il n'était pas question de le vaincre mais juste de lui montrer qu'il était capable de prendre soin de Boya.

L'ancien chef de secte le poussa dans ses derniers retranchements, si proche qu'il faillit laisser sortir des oreilles et ses queues pour gagner en vitesse et surtout en force. Alors qu'il allait s'y résigner, l'épée et l'éventail se heurtèrent une dernière fois puis Ren LingXin eut une légère inclinaison du chef. Il laissait sans ancien élève entre les mains du demi-renard.

QingMing s'inclina profondément devant les cinq guerriers avec qui il venait de se battre.

Son Boya l'attendait au pied de leur cerisier, les joues roses de l'avoir vu se battre pour lui, habillé d'une version plus légère et rouge de son uniforme de chasseur de démon.

Le demi-démon vint s'agenouiller devant lui et se prosterner à ses pieds.

"- Cet humble fashi aimerait demander à son tour sa main à l'homme de sa vie."

Les shijie se mirent a roucouler comme Zhuque. C'était tellement mignon de voir un homme s'humilier comme ça pour la personne qu'il aimait.

"- Ce sera un honneur, QingMing Daren."

Le demi-renard ne put retenir plus longtemps ses oreilles et ses queues. Les deux petits appendices duveteux apparurent sur le sommet de son crâne. Elles pointaient vers l'avant avec un enthousiasme touchant pendant que la masse de ses queues s'étalaient comme s'il faisait la roue pour son bel oiseau.

Zhuque n'en finissait pas de fondre littéralement de délectation devant les manières de leur partenaire.

QingMing sortit les chaussons de soie rouge brodés d'or pour les passer aux pieds de son compagnon. Il ne put se retenir de lui embrasser les pieds avant de lui mettre chaque chausson, à la grande confusion outré de Boya.

"- QingMing ! Un peu de tenue !" Siffla le fashi local.

"- J'en ai."

Les jeunes femmes, plus proches que les autres disciples, éclatèrent de rire à l'outrecuidance du demi-démon. Comme le reste des spectateurs, elles étaient un peu envieuses de l'adoration absolue dans le regard des deux hommes. QingMing vènerait le ciel dans lequel volait son bel oiseau et Boya vènerait la terre que foulait son renard.

Comme la veille, il leur était presque impossible de détacher leur regard de l'autre au point d'en mettre mal à l'aise les disciples de JingYun pourtant habitués à leurs idiosyncrasies.

La Shijie finit par chasser tout le monde du solarium pour leur ficher un peu la paix. Comme la veille, il était quasi l'heure de diner. Et il était entendue que même elles pourraient participer au banquet de la secte pour le mariage de leur chef.

Liu Ye emporta ses deux petits frères protestataires avec lui.

Lorsque les portes du Solarium se refermèrent, il ne restait plus que le couple, le cerisier, et un démon de la nature oublié de tous qui assista aux premières loges à un rituel vieux comme le monde mais qui allait nourrir son arbre bien plus que les deux chef de secte ne l'aurait imaginé s'ils avaient eu encore assez de cervelle pour y penser pendant qu'ils s'aimaient sous les délicates feuilles vert tendre.

Lorsqu'ils rejoignirent la secte dans le grand hall pour le banquet, les disciples leur firent la grâce de ne faire aucun commentaire à part la Shijie en chef qui les arrêta au passage.

"- J'espère qu'il ne reste aucun résidu ?"

Ils filèrent s'asseoir, les joues roses, gênés comme rarement par le rire des femmes qui les poursuivit jusqu'à la place d'honneur du banquet.