Bonsoir ! Désolée pour le retard, on n'a qu'à dire que c'était prévu pour être un chapitre un week-end sur deux dès le début, OK ? x)

Bonne lecture !


Première partie : Lonely Children


1. I have heard of you!


Scorpius se mordit la lèvre, retenant son excitation à grand-peine. Poudlard ! Il allait découvrir Poudlard ! Son parc enchanté, ses serres exotiques, la Tour d'Astronomie et le ciel plus étoilé encore qu'au Manoir, incomparable avec l'étendue presque grise qui couvait en permanence au-dessus de la capitale britannique ! Et puis, bien sûr, le clou du spectacle : les allées sans fin, les étagères pleines à craquer, les murs tapissés de livres jusqu'au plafond, presque aussi haut que la cathédrale Notre-Dame que son père lui avait fait visiter, plusieurs années auparavant, en mémoire de sa grand-mère Cissy, qu'il n'avait jamais vraiment connue. La bibliothèque de Poudlard, dont sa mère n'avait eu de cesse de dire du bien, les yeux brillants, quand Scorpius lui avait demandé ce qu'elle avait préféré durant ses années de scolarité.

Scorpius attendait avec impatience le moment où il pourrait arpenter la pièce, à l'affût d'un titre intéressant, ou simplement pour profiter de la sérénité du lieu, de l'odeur familière du parchemin et de l'encre, des murmures pressés des étudiants en pleine période de révisions…

— Scorp' ! l'interpela une voix familière, avant qu'il ne se sente attiré par l'arrière dans une étreinte qu'il connaissait bien.

— Teddy ! s'exclama en retour le petit blond, un sourire béat sur le visage. Je vais à Poudlard !

Le Métamorphomage eut un sourire indulgent alors qu'il ébouriffait ses cheveux sous le regard assassin de son père.

— Bien sûr que tu vas à Poudlard, c'est dans ton sang ! Pas trop inquiet pour la Répartition ?

Scorpius haussa des épaules, mal à l'aise, en remettant ses cheveux en ordre

— Je ne sais pas trop. Papa pense que j'irai à Serpentard, parce que c'est dans mon sang, comme tu dis. D'un autre côté, ma mère a été à Serdaigle et j'aime beaucoup les livres, alors… Et puis, je ne peux pas exclure la possibilité d'aller à Poufsouffle ! C'est presque devenu un running gag entre mes parents.

— La plus merveilleuse Maison des quatre, souligna Teddy avec malice, envoyant un clin d'œil vers le père de Scorpius.

Drago Malefoy leva les yeux au ciel, tandis que, à ses côtés, Astoria riait doucement. Teddy resta quelques minutes de plus avant de disparaître dans la foule. Les Potter-Granger-Weasley avaient visiblement fait leur grande entrée, et l'ancien Poufsouffle n'avait guère pu résister à l'appel de sa douce Victoire.

L'arrivé de la famille élargie des Héros marqua également la fin de l'attention que le père de Scorpius avait pu lui porter. Il lui jetait toujours quelques coups d'œil, de temps à autre, et répondait vaguement à Astoria, mais c'était à peu près tout. Scorpius retint un soupir. Il aurait dû s'y attendre, non ? Même s'il savait que son père l'aimait, il avait toujours du mal à comprendre pourquoi il ne prenait pas la peine de le montrer un peu plus. Surtout ce jour-là.

— Prends soin de toi, mon cœur, murmura sa douce mère en lui baisant le front quand il fut temps de monter dans le train. Ecris-nous ce soir, et envoie-nous régulièrement de tes nouvelles, d'accord ? Et des photos ! Beaucoup de photos, de toi, de tes amis, de la bibliothèque… Tu as sept ans pour te faire de beaux souvenirs, et même si ça te paraît long maintenant, tu réaliseras bien vite que le temps passe un peu trop vite quand on s'amuse. Passe un bon voyage, mon cœur.

Elle couvrit son visage de baisers, et Scorpius se moquait bien que ça lui donne des airs de fils-à-maman. Elle était tout pour lui, tout ! Le regard des autres n'avait aucune importance. Du moins pas trop, et certainement pas pour ça.

Sauf celui de son père. Mais lui, il ne le regardait même pas, son visage toujours tourné vers les Potter. Il n'avait jamais beaucoup parlé des Potter, mais Scorpius savait que le Sauveur et lui avaient été ennemis, à Poudlard. Qu'ils avaient combattu pour des camps différents, pendant la guerre.

Avec un soupir, Scorpius monta dans le train, sa grosse valise dans une main. Il ne comprendrait jamais les survivants, et c'était mieux comme ça. Il avait lu quelque part que chacun avait sa manière de gérer ses traumatismes – sans doute que son père préférait le silence.


Al' fusilla la porte close du regard. Non mais il se prenait pour qui, lui, encore ? Ils allaient à Poudlard, par Merlin ! Pas à la maison. Papa Sauveur et Tonton Blagueur ne seraient pas là pour protéger ses petites fesses rouges de Gryffondor indiscipliné des bardées de points en moins et des retenues !

Avec un soupir, il se décida à chercher un compartiment pour lui-même. Mais au vu de ses… dons en relations sociales, si Rose n'était pas avec lui, puisqu'elle était avec son imbécile de frère et son crétin de cousin, il valait mieux que le compartiment soit vide. Ce qui avait peu de chance d'arriver puisque – la faute à qui ? On se le demande –, ils étaient tous arrivés juste à temps, presque en retard, comme d'habitude et au grand dam de Tante Hermione, la seule personne sensée ou presque de la famille.

Dans le pire des cas, Al' pouvait toujours aller avec Vic' ou Dommy, mais ce n'était pas pareil, pas exactement, et puis son père avait rencontré ses meilleurs amis pour la vie dans le Poudlard Express, alors il avait bien le droit d'espérer trouver la même chose…

Enfin, il avait surtout besoin d'un compartiment vide, là, tout de suite, avec sa valise énorme et à peu près aussi légère que l'éléphanteau moyen – la faute à, roulement de tambours… James Sirius Potter et son foutu Finite Incantatem ! Quelle surprise !

Se retenant de lever les yeux au ciel, Al' déverrouilla son tout nouveau téléphone portable. Cette fois, il ne retint pas son grognement. Skeeter. Cette vieille punaise avait encore demandé à le suivre sur Twitter. Pour la quinzième fois en quinze jours, merveille. Heureusement qu'on pouvait mettre son compte en privé ! Il s'était assuré que seuls Teddy et Rose puissent voir ses tweets… Il se renfrogna. Rose. Il n'avait pas vraiment envie de penser à elle. Il avait passé plusieurs années à se réfugier chez Tante Hermione pour échapper à James, et maintenant sa cousine, sa meilleure amie, celle sur qui il pensait pouvoir compter voulait le traîner dans le compartiment des Emmerdeurs-en-Chef ? Si le Choixpeau la plaçait à Serdaigle, Al' mangerait son dernier casse-tête résolu en date !

Bon, il y avait de grandes chances qu'elle soit répartie à Serdaigle et Al' n'avait pas très envie de manger sa Pandore de Mithril, mais tout de même

Ah ! Enfin un compartiment d'où n'émergeaient pas les douces voix de ses futurs camarades ! C'était aussi le dernier compartiment du wagon, et Al' n'avait pas très envie d'en changer alors qu'il se trimballait une valise pareille. Il ouvrit doucement la porte, soulagé en ne voyant personne. Puis il l'ouvrit plus largement pour faire passer sa valise, révélant ce faisant la présence d'un garçon aux cheveux blonds et aux yeux gris. Ah. La terreur des Weasley, le second protégé de Teddy, et le sujet le plus tabou des repas de Noël avec l'ex-femme de Percy et feu Fred Weasley, premier du nom : Scorpius Malefoy.

Probablement mal à l'aise – non, sûrement mal à l'aise. Teddy lui avait beaucoup parlé de ce petit blond aux babillements incessants, souvent inconscient de l'épée de Damoclès qu'avait placée Lucius Malefoy au-dessus de sa tête. Al' connaissait James, il connaissait Fred, et il savait qu'ils n'étaient pas les pires. Qu'il y avait, parmi les étudiants plus âgés, des gens qui avaient perdu des proches, des parents aux mains de Lucius Malefoy, peut-être même aux mains de son fils, Drago.

Al' savait que les enfants de Mangemorts et plus généralement les Serpentard avaient la vie dure, ces jours-ci, et il voulait que Scorpius Malefoy ait le droit, l'occasion de se sentir bien à Poudlard, sans subir les tourments de James ou des plus âgés. Le tout était de le mettre à l'aise et dans sa poche, maintenant…

— Oh ! s'exclama Al', jouant la carte de la surprise. Désolé, ce compartiment est pris ?

Le jeune garçon le scruta quelques instants, les yeux écarquillés, puis sourit timidement.

— Je suis tout seul. Tu peux venir, je ne vais pas t'embêter. Enfin sauf si tu veux parler, ou si tu veux être seul, enfin, tu dois avoir ta famille et tout, je peux aussi chercher autre compartiment et… Je m'emmêle les pinceaux, n'est-ce-pas ?

Al' eut un petit rire, même s'il avait fortement retenu une grimace à la mention de sa famille – il ne voulait penser ni à Rose, ni à Fred, et encore moins à James. Mais il ne voulait pas non plus que l'autre garçon le considère bizarrement, comme si aimer les Héros et toute leur famille était un prérequis essentiel pour être une bonne personne, même quand on faisait soi-même partie de ladite famille, alors il décida de garder ses considérations filiales pour plus tard.

— Je doute que tu m'embêtes, répondit-il donc nonchalamment. Tant que tu ne me parles pas de Quidditch…

À la vue du nez très légèrement froncé du garçon, Al' eut un petit sourire satisfait et reporta son regard sur sa grosse valise. Elle prenait presque toute la place dans le compartiment et il n'y avait aucune chance qu'il puisse la soulever jusqu'aux porte-bagages au-dessus des sièges. Portant son regard tour à tour sur la valise et les porte-bagages, Al' soupira avec découragement et enjamba l'objet de ses soucis, résigné, pour s'installer sur les banquettes brunes en face du jeune Malefoy.

Celui-ci avait beaucoup de mal à retenir un sourire, à présent, et Al' sentit ses joues rosir. Il allait prendre ses parents pour des incapables, maintenant ! Pas que ça le dérange, mais tout de même

— Désolé, je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Albus, mais je n'ai pas la barbe qui va avec alors tout le monde m'appelle Al'. Et toi ?

— Scorpius ! répondit précipitamment le jeune garçon. Je veux dire, je m'appelle Scorpius. Malefoy. Scorpius Malefoy. Euh… Je n'ai pas de surnom, enfin je ne crois pas, enfin mon cousin m'appelle Scorp' mais…

Ses babillements moururent dans une petite toux gênée, et Al' sentit ses lèvres s'étirer dans un sourire indulgent. Il comprenait pourquoi Teddy aimait bien Scorpius. Il y avait ce quelque chose de profondément attachant chez ce garçon, et Al' se demanda un instant si c'était ce qu'avait ressenti son père en rencontrant Ron, ou sa mère avec Luna.

— Ah, Scorpius Malefoy…, répéta-t-il, appréciant le goût de ce nom atypique même pour le monde sorcier. J'ai entendu parler de toi !

Une ombre passa sur le visage de Scorpius, et Al' s'empressa de le rassurer. Il n'était pas dit que le protégé de son grand-frère aurait des insécurités à propos de sa famille !

— T'es bien le cousin de Teddy ? continua-t-il joyeusement en faisant semblant de ne rien voir. Il me parle souvent de toi. Je pensais te repérer à la Répartition, mais c'est encore mieux qu'on fasse connaissance dans le train.

Il y eut un petit silence. Scorpius avait les joues d'un beau rouge cramoisi.

— Enfin, si tu veux, bien sûr, reprit plus calmement Al' avec un sourire penaud, soudain incertain de la carte du cousin.

Mais ses inquiétudes s'avérèrent sans fondement devant l'éclat de rire soulagé de Scorpius, qui valait tout l'or du monde.


— … et donc mon père est persuadé que j'irai à Serpentard comme lui, parce que c'est dans mon sang, mais en même temps ma mère était à Serdaigle, alors je suppose que c'est dans mon sang aussi, et puis Teddy est persuadé que j'irai à…

Al' écoutait Scorp' parler depuis plusieurs heures, sans que l'un ou l'autre ne se lasse. Al' aimait bien écouter les autres. Il aimait bien écouter Scorp', même si cet hérétique n'aimait pas le chocolat noir et adorait les bibliothèques – il y avait quelque chose dans son regard, une étincelle particulière qui lui donnait envie de rester là, assis, à l'écouter encore et encore jusqu'à ce qu'ils s'endorment.

— Ce serait bien si on était ensemble à Serpentard, lâcha Al' sans s'y attendre, surpris par ses propres mots.

Il avait peur d'aller à Serpentard, peur de la réaction de James, de celle de son père, de celle de Teddy, même s'il savait qu'il n'avait pas à avoir peur de la réaction de Teddy, parce que Teddy était le seul être humain au monde, avec sa mère, dont il était certain de l'amour inconditionnel. Mais Teddy et Ginny n'étaient pas tout le monde, loin de là, et il avait peur que les autres se détournent de lui, plus encore qu'à présent, s'il allait à Serpentard.

Pourtant, là, en face de Scorpius Malefoy, dans ce compartiment dont l'entrée était bloquée par son immense valise, dans ce train qui l'emmenait tout droit vers l'Ecosse, ses plus grands rêves et ses pires cauchemars, Al' avait comme l'impression que ce n'était pas si grave, tout ça, que l'espoir pourrait renaître et qu'à deux ils seraient toujours plus forts que seuls.

Et puis, il ne se faisait pas beaucoup d'illusions. Même s'il ne voulait pas donner raison à James, il savait très bien qu'il n'avait rien d'un Gryffondor, qu'il n'avait pas la curiosité d'un Serdaigle ou la loyauté sans faille et l'assiduité d'un Poufsouffle, qu'il mettrait toujours sa vie et celle de siens en priorité, que les autres n'avaient que peu d'importance, qu'il se donnerait tous les moyens du monde pour s'affranchir de l'image de son père, pour prouver au monde que Harry Potter n'était qu'un homme et que ses fils – son fils – était capable de le dépasser, de faire l'impossible. Dépasser le Messie du Troisième Millénaire et faire amende pour le petit millier de Mages Noirs issus de Serpentard, n'était-ce pas ce qui se faisait de mieux, question ambition ?

Alors, tant pis pour James et pour l'Oncle George, tant pis pour eux et tant mieux pour les harpies de la Gazette qui auraient de quoi spéculer sur sa nature diabolique – Al' ne tenterait même pas de combattre l'intuition du Choixpeau, quand il crierait SERPENTARD ! et que le silence se ferait dans la Grande Salle, avant d'exploser en murmures irrités et soupçonneux, en grondement inquiet et en rumeurs folles.

Parce qu'il avait envie, soudain, que ce soit lui contre le reste du monde. Parce qu'il avait envie, surtout, que…

— C'est sûr, fit Scorpius dans un éclat de rire. Ce serait nous deux contre le reste du monde !


Teddy poussa un long soupir en sortant du compartiment magiquement agrandi qui accueillait les Préfets, Igor Flint et les Apprentis de Lucrèce, des étudiants venus du monde entier qui participaient au système de formation de professeurs mis en place après que l'actuelle professeur de Potion, Lucrèce Berthelier, eut obtenu ses ASPICs et terminé son apprentissage auprès de Slughorn.

Depuis la guerre, il y avait toujours un professeur dans le train, et il avait à présent aussi pour fonction de présenter le château et chacun des professeurs aux Apprentis pour qu'ils sachent à qui se référer, et surtout comment ne pas se perdre dans les escaliers et les couloirs étranges de Poudlard.

Teddy ne doutait pas que ce soit nécessaire, et c'était probablement extrêmement intéressant si on n'avait pas déjà étudié à Poudlard pendant sept ans. Le problème était que Teddy avait étudié à Poudlard pendant huit ans, dont six durant lesquels la merveilleuse Carte du Maraudeur n'avait pas quitté sa poche – il avait d'ailleurs eu beaucoup de mal à s'en séparer cette année-là, Harry désirant que chacun de ses enfants récupère la Carte au début de sa troisième année, comme lui l'avait reçue des jumeaux Weasley pendant la sienne.

Le problème étant moins de se séparer de la Carte que de la donner à James. Nul doute que ce petit crétin en userait à tort et à travers.

— Tout va bien, Teddy ? lui demanda Igor en sortant de la pièce à son tour.

— En dehors du fait que j'ai déjà lancé trois sorts de nettoyage sur mes robes depuis qu'on a quitté King's Cross et que j'ai donné la Carte à James, je crois qu'on peut dire que ça va, répondit Teddy en se passant une main sur le visage. Les trois heures d'explications sur Poudlard n'ont pas aidé non plus, je dois dire. On pourrait juste demander à tout le monde de lire L'Histoire de Poudlard, non ?

Le professeur de Métamorphose secoua la tête avec humour, les yeux pétillants.

— Tu sais bien que ce bouquin ne dit pas tout, et qu'il y a aussi beaucoup d'informations pas vraiment nécessaires pour les Apprentis. Et puis, c'est toujours l'occasion d'apprendre à connaître tout le monde ! Ceux qui viennent de Durmstrang ou de Ouagadou savent qu'ils peuvent demander de l'aide aux anciens de Poudlard et ceux de Poudlard prennent conscience de leurs privilèges, même s'ils sont forcés de poser leur cul pendant trois heures en m'écoutant radoter sur la Forêt Interdite et les escaliers du quatrième.

— T'écouter ? releva Teddy avec un reniflement amusé. Je pense surtout que la plupart des anciens t'ont reluqué, oui ! Moi compris d'ailleurs. T'as toujours eu trop de charisme pour ton propre bien.

— Ah, c'est donc pour ça que tu es excellent en Métamorphose… Tu voulais m'impressionner ! Je suis désolé, tu sais que mon cœur appartient pour toujours à Lucrèce, n'est-ce pas ? Mais ne t'inquiète pas, ton secret est bien gardé, avec moi, la jeune Victoire n'en saura pas un mot !

— Qu'est-ce que je ne saurai pas ? intervint une voix mélodieuse juste derrière eux.

L'ancien Poufsouffle poussa un grognement, les joues brûlantes, et se tourna vers sa petite-amie. Igor éclata en un rire grave et mielleux, puis laissa Teddy et Victoire tous les deux, prétextant un tour des compartiments pour s'assurer que les élèves de première année n'angoissaient pas trop.

Victoire était encore plus jolie que d'habitude, avec son beau sourcil relevé et son sourire en coin. Ses lèvres étaient roses et brillantes. Et sucrées, releva Teddy quand elles touchèrent les siennes en un baiser doux.

— Le blanc te va bien, le complimenta-t-elle en ajustant le col de la chemise qu'il portait sous ses robes d'un blanc qui eût été pur sans la présence de fines arabesques très espacées, uniforme des Apprentis de Lucrèce.

— C'est surtout très peu pratique, mais merci, Vic', souffla-t-il, toujours aussi admiratif de sa petite-amie. Je vais voir Al' et Scorp', tu m'accompagnes ?

— Bien sûr ! Tu penses qu'ils se sont déjà rencontrés ?

Teddy haussa des épaules. C'était possible, mais peu probable. Après tout, si Al' était avec Rose, celle-ci n'aurait jamais laissé Scorpius venir avec eux. Elle était la fille de Ronald, après tout, et Tante Hermione avait beau faire de son mieux pour inculquer le respect et la tolérance à ses enfants, son mari ne facilitait pas toujours les choses.

Heureusement que Teddy pouvait rester à Poudlard encore un peu, pour s'assurer que tout se passait bien pour ses deux petits protégés. Ou en tout cas que ça ne se passait pas trop mal. Bien sûr, s'il faisait partie des Apprentis de Lucrèce, c'était parce qu'il voulait devenir professeur de Métamorphose, mais surveiller James était un bonus, et non des moindres.

En parlant du loup… Fred, Rose et lui étaient à l'entrée d'un compartiment dont provenaient les voix des protégés de Teddy – des voix qui sonnaient très mal à ses oreilles, lui qui les avait entendues rieuses et détendues.

Après avoir échangé un regard avec Victoire, Teddy soupira. Et merde.


Tout s'était merveilleusement bien passé jusqu'à ce que Rose ouvre la porte du compartiment. Scorpius s'était alors arrêté de parler, et avait regardé la cousine de son nouvel ami comme si Cupidon lui avait lancé une de ses foutues flèches roses. Ce qui était probablement le cas. Al' trouvait ça particulièrement agaçant, pour une raison qui lui échappait.

Ce qui le mettait hors de lui, par contre, c'était le regard méprisant de Rose.

— Al', je t'ai cherché partout ! Pourquoi tu es parti ? Viens avec nous !

— Rose, s'il te plaît, arrête de te faire passer pour plus stupide que tu ne l'es et retourne avec tes cousins préférés, veux-tu ? répliqua Al' avec venin, terrifié à l'idée qu'elle puisse dire quelque chose de mal à l'encontre de Scorpius.

— Ne dis pas de bêtises, tu ne vas pas rester tout seul, quand même !

— Je ne suis pas seul, Rose.

Malgré son ton implacable, elle leva les yeux au ciel. Scorpius eut l'air de comprendre ce qu'elle pensait de lui – il baissa le regard vers ses mains.

— Ne me dis pas que tu traînes avec Malefoy parce que t'en as envie, je ne te croirais pas. Allez, quoi ! Polly Chapman veut te rencontrer, elle est adorable ! Tu connais son père, bien sûr ? Il travaille avec Percy au…

— Rose, la coupa Al'. Arrête, s'il te plaît. Je suis ici avec mon ami Scorpius, je n'ai aucune envie de bouger pour retourner avec James ! Non mais t'as vu ce qu'il a fait à ma valise ?

— Oui, bon, ce n'était pas très intelligent de sa part, je te l'accorde, mais on peut aussi chercher d'autres nouveaux élèves dans un autre compartiment ! Viens !

Scorpius se mordit la lèvre. Ce n'était pas la peine, pas vrai ? D'espérer. Son père lui avait toujours dit de se méfier de l'espoir. Il aurait dû comprendre que ce que lui offrait Al' ne vaudrait que le temps du trajet pour Poudlard. Alors qu'il commençait à se lever, il sentit la main d'Albus le retenir.

— Rose, je ne me…

Deux têtes masculines apparurent derrière Rose. Al' se tut. Scorpius retint un couinement. Voilà que James Sirius Potter et Fred Weasley, deuxième du nom, se ramenaient dans la discussion ! Il ne comprenait pas trop les histoires de famille d'Albus, mais il n'avait pas l'impression que tout était si rose qu'il le croyait chez les Héros.

— Bah alors, Alby, on traîne déjà avec les Serpentard ? lança James avec un rictus. T'en penses quoi, mon cher Fred, je laisse mon petit frère adoré se faire corrompre par le côté obscur ou j'interviens avant que ça ne dégénère ?

— Eh bien, mon cher James, répondit Fred Weasley d'un ton docte, je pense qu'il faut absolument prévenir la perversion de mon cousin et éradiquer le mal à la racine… Une idée, mon acolyte du crime ?

— Oh, mais j'en ai plein, mon partenaire de frasques ! Que dirais-tu de…

— Est-ce que je peux savoir ce qu'il se passe, ici ? tonna la familière voix de Teddy, alors que James s'avançait vers Scorpius, baguette en main, la valise d'Albus décalée d'un sort.

Les deux Gryffondor plus âgés pâlirent, et Rose se retourna vers les nouveaux arrivants, l'air de dire que ce n'était pas trop tôt, tout de même, et qu'il était temps de tout remettre en ordre. Victoire leva un sourcil dans sa direction – la jeune fille n'avait visiblement pas compris que tout le monde ici n'avait pas la même opinion en ce qui concernait ce qu'il fallait, au juste, remettre en ordre.

— J'essaie de faire comprendre à Al' qu'on sera ensemble à Poudlard, et qu'on devrait rester ensemble, expliqua Rose à Teddy, inconsciente du fait qu'il ne l'écoutait pas. On est une famille, non ? Je ne vois pas pourquoi il devrait rester ici alors qu'on est juste à côté.

Victoire poussa un soupir, et Scorpius baissa à nouveau le regard sur ses mains. Al' n'aimait pas beaucoup la situation. Scorpius n'avait rien à voir avec leurs embrouilles familiales. Ils n'avaient pas le droit de lui imposer ça. C'était injuste.

— Je vois que vous vous êtes trouvés, tous les deux, sourit Teddy à ses deux petits protégés, ignorant complètement sa cousine. Tout va bien ?

Scorpius jeta un regard hésitant à Rose et aux deux Gryffondor qui faisaient tout de suite moins les malins, puis sourit doucement à son cousin.

— Oui, ne t'inquiète pas, Teddy, tout va bien. On avait juste un petit différend, c'est normal.

Al' se sentit encore plus mal. Scorpius essayait de protéger les autres. Il voulait que tout se passe bien, ne pas s'attirer plus avant les foudres de James et Fred. Ce n'était pas le cas d'Albus, mais il n'eut pas besoin de faire savoir ce qu'il pensait.

— Je n'en doute pas, Scorp', sourit Victoire. Mais ces sales gosses sont sous ma responsabilité en tant que Préfète-en-Chef et leur cousine, et il est tout simplement hors de question que je laisse passer ce que j'ai entendu. Vous avez de la chance que l'année n'ait pas encore officiellement commencé, tous les deux, sinon Gryffondor aurait démarré dans le négatif. Il est absolument hors de question qu'il y ait la moindre discrimination anti-Serpentard, cette année. Je sais que Chapman laissait couler, l'année dernière, mais ce n'est pas mon cas, et je n'hésiterai certainement pas à parler à Neville. Vous savez aussi bien que moi qu'il est encore plus sévère que le Professeur Berthelier, à ce niveau-là – et je ne crois pas avoir besoin de vous rappeler combien de retenues elle vous a données, pas vrai ?

Les deux Gryffondor grimacèrent et s'excusèrent à demi-mot.

— Mais c'est Scorpius Malefoy ! s'exclama soudain Rose en levant les bras au ciel. Il me semble peu avisé de…

— Rose, la coupa Teddy. Je sais que tu adores l'histoire, et surtout les guerres moldues et sorcières du siècle dernier, mais sois gentille et arrête de croire tout ce que te dit ton père. Hermione est déjà beaucoup plus avisée à ce niveau-là, si tu veux mon avis.

— Mais…

— Il n'y a pas de « mais » ! Maintenant, dehors, vous trois ! Non mais j'y crois pas, on n'est même pas encore arrivés…

James, Fred et Rose déguerpirent devant son ton autoritaire, et Teddy soupira. Avisant la valise du regard, il leva les yeux au ciel et l'allégea d'un sort avant d'envoyer les bagages de ses protégés dans le wagon prévu à cet effet. Il ne comprenait toujours pas pourquoi personne ne disait aux nouveaux élèves qu'ils n'avaient pas besoin de se trimballer leurs bagages puisque les Elfes de Poudlard se chargeaient de les récupérer.

— Merci, souffla Al'.

Teddy se contenta de sourire en lui ébouriffant les cheveux, et Victoire lui fit un clin d'œil. Il ne put s'empêcher d'échanger un regard avec Scorp', et les deux garçons rirent de concert. Al' sentit son cœur battre un peu plus vite, sans doute parce qu'il était heureux. Sans doute qu'il avait tort de s'inquiéter. Peut-être que tout irait bien. Tant qu'ils étaient tous les deux.


Et voilà pour ce premier chapitre un peu long ! Les autres seront plus courts, je pense...

Comme vous avez pu le constater, le ton est très différent de celui du premier tome, ou même de celui du prologue. C'est le moment de l'enfance, de l'innocence. On retrouve ici Igor Flint, ce cher professeur de Métamorphose, Teddy et Victoire, bien sûr, et l'on rencontre enfin véritablement Scorpius, Albus, Rose et James... Et Fred, aussi ! Que pensez-vous de ce premier chapitre, de ce premier aperçu ? Pensez-vous que Scorpius et Albus seront dans la même Maison ? Pensez-vous que Rose ira à Serdaigle, malgré son manque évident de capacités d'analyse ? (je suis méchante, c'est un peu la faute de Ron)

J'espère en tout cas que ce chapitre vous a plu, j'ai personnellement particulièrement apprécié son écriture. N'hésitez pas à me partager vos impressions, vos conseils, vos envies pour la suite, je lis toutes les reviews même si j'ai vraiment beaucoup de mal à y répondre en ce moment (les vacances de Noël dernier délai, promis !) !

Merci d'avoir lu et je vous dit à dans deux semaines (si tout se passe bien) pour le prochain chapitre : What Dad Always Says.