Well, well, well... Si ce n'est pas un échec, ça. Vous allez bien ?

Je suis vraiment désolée pour tout ce retard, je fais de mon mieux mais des fois c'est un peu difficile. Comme vous avez pu le voir, j'ai pris la décision de répondre aux reviews AVANT de poster le chapitre (et donc d'en avoir potentiellement de nouvelles). Je suis vraiment désolée pour ce délai de publication et de réponse, ce n'est pas très correct de ma part, mais des fois la simple idée d'allumer le PC est décourageante. Surtout que ce qui était censé être un chapitre relativement simple à écrire s'est transformé en monstre de 8000 mots qu'il m'a fallu couper en deux... Alors, voilà, je vous présente la première moitié de la Répartition, en espérant n'avoir eu aucun trou de mémoire vis-à-vis de ce que j'ai précédemment mentionné, et en espérant vous retrouver dans les reviews de ce chapitre, comme chaque fois ! ;)

Bonne lecture, et merci d'être encore là !


2. What Dad Always Says


Al' rajusta légèrement ses robes de sorcier avec une grimace. Il détestait les robes de sorciers – on s'y empêtrait toujours, et ça lui donnait des airs trop sérieux. Il ressemblait à Harry Potter, le Sauveur du monde sorcier, détenteur d'un Ordre de Merlin, Première Classe, plus jeune Chef du Bureau des Aurors de l'histoire… Il ne manquait que les lunettes et la cicatrice, vraiment. Il ne pouvait pas penser à quelque chose, chez son père, qu'il haïssait plus que cette foutue image du Survivant.

Cet homme n'était pas son père, il était un étranger dont il lisait les aventures dans les journaux, et parfois de la bouche de Neville ou de sa mère, quand les soirées étaient longues et les langues déliées par l'alcool. C'était un surhomme, un sorcier sans défaut, infaillible ou presque, dont l'image publique était formelle, sans vie, sans saveur, héros plein d'abnégation, volant au secours de la veuve et de l'orphelin, père parfait, sorcier puissant, homme séduisant, réincarnation de Merlin et toutes ces foutaises que pouvaient imprimer les journaux pour augmenter les ventes et leur profit.

Rien à voir avec son père, donc. Après tout, celui-ci était un homme bourré de défauts, certainement pas un père parfait au vu de son favoritisme flagrant ; il oubliait de se laver les dents un matin sur deux quand il était sur une affaire compliquée, portait des vieux pulls troués qui devaient sans doute remonter à ses années à Poudlard, parlait trop fort quand il avait un peu bu… ne parlait jamais de la guerre.

Al' sortit de ses pensées en voyant les calèches. Il espérait ne jamais voir les Sombrals. Un regard lancé à Scorpius lui montra que son nouvel ami n'en pensait pas moins. Lui avait l'air très à l'aise dans ses robes, et Al' se souvint qu'il en portait, avant de revêtir l'uniforme.

Hagrid appela les nouveaux élèves à lui. Al' souffla à Scorpius qu'il s'agissait du garde-chasse de Poudlard, qui était également professeur de Soins aux créatures magiques de pair avec un autre professeur plus… traditionnel.

Il s'abstint de tout commentaire sur le professionnalisme de Hagrid – ses parents avaient beau aimer l'homme, même eux reconnaissaient qu'il avait un amour un peu trop prononcé pour les créatures dangereuses pour tenir seul une classe d'enfants. Mais Al' ne voulait pas dire du mal de cet homme qui avait beaucoup souffert, d'après ce qu'il avait cru lire entre les lignes, quand ses parents parlaient de lui.

Teddy les salua de loin, entouré des autres Apprentis et suivi d'un grand homme ténébreux et séduisant.

— C'est le professeur de Métamorphose, murmura Scorpius. Le frère de Marcus Flint, le joueur de Quidditch. Il s'appelle Igor, il est très gentil, il me semble que c'est aussi…

— … le Directeur de maison des Poufsouffle, je sais, termina Al' avec un sourire. Je ne l'avais jamais vu, mais Teddy parle souvent de lui.

— Certes, mais j'allais dire que c'était le fiancé de Lucrèce Berthelier, la Directrice de maison des Serpentard, en fait. Elle est gentille aussi, et n'a jamais fait attention à mon nom de famille.

Ils récoltaient déjà quelques regards étranges parmi leurs futurs camarades – mais ceux qui les avaient reconnus étaient trop excités par la proximité du château qui dominait le Lac Noir pour attirer l'attention sur eux. Il fallait dire que la vue était fascinante, avec le coucher de soleil qui illuminait l'une des tours d'une lumière dorée tirant sur le rouge, les mille fenêtres et passages, et le parc, au loin, et le clapotis rassénérant des flots qui ajoutait tout son charme à la scène.

Al' sentit ses lèvres s'étirer presque malgré lui face à la majesté du lieu, face au jeu de lumières enchanteur, et il monta dans une des barques avec son nouvel ami. Personne ne monta avec eux. On commençait à vraiment reconnaître Scorpius, avec ses cheveux très clairs et ses vêtements de fabrique supérieure.

Dans une barque un peu plus éloignée, Rose se concentrait pour ne pas jeter un regard aux deux garçons, assise avec d'autres filles, visiblement assez superficielles. Al' se força à détourner le regard, tout sourire oublié. Elle ne savait pas ce qu'elle ratait.

Il détourna aussi le regard en voyant la moue déçue de Scorpius quand les barques se mirent en mouvement et que les deux places en face d'eux restèrent inoccupées. Il sentit la colère bouillonner dans ses veines et ferma les yeux. Inspira longuement. Expira longuement. Rouvrit les yeux. Plus calme.

Toujours autant en colère.

Plus froid.


Neville parcourut du regard le groupe d'enfants qui se trouvait devant lui. Ils paraissaient chaque année plus minuscules que la précédente, et voir se lever vers lui leurs grands yeux effrayés lui faisait toujours quelque chose, comme le souvenir d'une sensation lointaine qu'il avait crue omniprésente et invincible mais qui n'était plus qu'un mauvais souvenir. La peur du regard des autres, celle de ne pas être à la hauteur, en tant que fils de héros de guerre. Elle était loin, à présent, et la revoir dans les yeux expressifs de ces enfants était comme un gage de son évolution, de sa croissance tant physique que mentale.

Il était fort, à présent. Eux aussi le seraient, un jour. Même le petit Scorpius, qui était le seul à avoir les yeux baissés sur ses chaussures. Neville songea avec un sourire qu'il ressemblait en tout point à son père au même âge, si l'on exceptait son attitude timide et incertaine : une robe d'uniforme hors-de-prix, des traits déjà fins bien qu'encore empreints des rondeurs de l'enfance, une taille au-dessus de la moyenne, les mêmes cheveux blonds, presque blancs, les même yeux gris…

Neville retint son souffle un instant. Il ne l'avait jamais remarqué, mais les yeux de Scorpius étaient beaucoup plus ronds que ceux de son père. Comme ceux d'Astoria. De Daphné.

Soudain las, il porta son regard sur son cher filleul. Albus avait l'air bien plus confiant qu'il ne l'aurait cru. Mais il était aux côtés du jeune Malefoy, après tout, et Teddy n'avait cessé de lui répéter à quel point ces deux-là s'entendraient bien, une fois mis en relation. Rien d'étonnant, après tout – Neville avait toujours soupçonné qu'une grande amitié aurait pu naître entre Harry et Malefoy, s'il n'y avait pas eu la guerre. C'était comme s'il voyait devant lui ce qui aurait pu être : Albus ressemblait tant à Harry, et Scorpius était si semblable à Drago… Mais ils n'étaient pas les mêmes personnes. Harry avait été un enfant étouffé par sa famille qui s'était révélé au grand jour à Poudlard, tandis qu'Albus était calme et silencieux par nature, même s'il fallait dire que la présence toujours bruyante et invasive de son frère n'avait pas aidé. Drago avait été un petit crétin imbu de lui-même et aveuglé par les enseignements nauséabonds de sa famille bigote, tandis que Scorpius était un garçon extraverti mais extrêmement conscient des torts de sa famille et du regard des autres, qui se sentait probablement un peu coupable des actes de sa famille, parce que c'était ce que tout le monde disait de lui avant de le connaître.

Un Malefoy, un autre, tous des mages noirs, tous des bigots, tous des Serpentard. Un Potter, un autre, tous des héros, tous des saints, tous des Gryffondor. Neville eut un léger sourire. Cette nuit-là, plus que toutes les autres, le choix du Choixpeau serait crucial.

Rose, légèrement en retrait, avec des filles qui ne lui ressemblaient en rien, se mordait la lèvre et jetait un regard déçu vers Albus. Neville fronça des sourcils. Ce n'était pas normal. Ils étaient toujours si… proches. Le petit se réfugiait chez Hermione quand James devenait trop difficile à gérer, et… Le regard de la fillette se durcit. Elle regardait Scorpius, à présent. Neville poussa un soupir intérieur, alors que les pièces du puzzle se rassemblaient une à une pour former un tableau à la fois cohérent et déprimant. Ronald Bilius Weasley, James Sirius Potter, qu'avez-vous fait ?

Neville – ou plutôt, le professeur Londubat, comme elle devrait s'habituer à l'appeler – était resté silencieux quelques instants après que Hagrid les ait laissés pour prendre sa place à la table des professeurs. Rose n'avait pas pu s'empêcher de jeter un regard à son cousin, mais celui-ci paraissait très heureux aux côtés de cette saleté de Malefoy. Elle s'ennuyait ferme, avec les filles, et les commentaires sarcastiques de son cousin lui manquaient, mais elle ne pouvait pas supporter de savoir qu'il était à côté de ce garçon. Elle savait qu'Al n'était pas très proche de leurs pères, mais tout de même ! Tante Ginny et la mère de Rose avaient souffert sous le joug de Malefoy, bien plus que son père et Oncle Harry. Mince, sa mère avait même été torturée dans le manoir de ce crétin de Malefoy ! Comment Albus pouvait-il supporter de rire avec quelqu'un qui avait été élevé dans ces croyances dépassées ?

Et puis qu'est-ce qu'elles pouvaient être stupides, ces filles ! Elle avait cru que Polly Chapman était quelqu'un d'adorable, quelques heures plutôt, mais elle n'avait pas cessé de parler de son frère merveilleux – à croire qu'elle avait le béguin pour lui ! Rose avait que Teddy ne tenait pas Ryan Chapman en haute estime, même si elle n'avait jamais trop compris pourquoi, et elle avait de plus en plus de mal à croire que la personne que décrivait Polly existait réellement. Et les autres filles ne valaient pas mieux, toujours à piailler sur elles, leur famille, leur maison, leurs voyages, écoutant les autres au mieux d'une oreille, le plus souvent pas du tout, complètement aveugles à la réalité du monde. Heureusement qu'elles s'étaient tues en arrivant dans la petite annexe de la Grande Salle, nerveuses, sinon Rose se serait probablement éloignée. Et se serait fait des ennemies dès le premier jour, ce qui aurait été d'une bêtise affolante.

Elle fut tirée de ses pensées par la voix grave du Directeur Adjoint.

— Bienvenue à Poudlard ! Je ne ferai pas ici les présentations avec ce splendide lieu, votre directrice, le Professeur Minerva McGonagall, a préparé un magnifique discours que vous écouterez religieusement, j'en suis sûr, le moment venu. Avant de pouvoir participer au banquet de début d'année, il vous faudra être répartis dans l'une des quatre Maisons, où vous trouverez un dortoir confortable, une salle commune adaptée à vos besoins, et surtout une nouvelle famille. Les quatre Maisons que sont Poufsouffle, Serpentard, Gryffondor et Serdaigle ont chacune des qualités et des défauts équivalents – chacune, et je dis bien chacune d'elles est digne de vous recevoir, de vous chérir, de vous apprendre et d'apprendre de vous. Chaque fois que vous ferez quelque chose de digne ou de remarquable, vous rapporterez des points à votre Maison, et chaque fois que briserez le règlement intérieur de Poudlard, vous lui en ferez perdre.

Un fantôme passa sa tête par la porte, et quelques élèves haletèrent de surprise. Neville sourit franchement et tapa dans ses mains.

— Vous êtes de jeunes sorciers, des adultes en devenir, et notre devoir est de nous assurer que vous deveniez des adultes capables et respectables, qui puissent servir la communauté sorcière, et plus largement les communautés magiques et moldues. Je compte sur vous pour représenter notre école avec honneur et fierté, et sachez que ma porte vous sera toujours ouverte si vous souhaitez me faire part d'un problème personnel ou relatif à l'école, même si je ne doute pas que vos directeurs et directrices et Maison soient aptes à vous écouter et à vous aider. Sir Nicholas, le fantôme de Gryffondor, m'a fait signe de vous faire entrer : pas d'inquiétude, les enfants, tout ira bien !

Des murmures, des soupirs, des rires. Un rai de lumière vive qui s'élargit au fur et à mesure que la porte s'ouvre, pour former un flot lumineux et flamboyant, chaleureux et bienveillant, comme un déversement d'amour et de joie sur les nouveaux élèves. Rose leva les yeux curieusement vers le plafond enchanté et les milliers de bougies flottantes, le cœur battant, songeant avec émotion que, près de vingt ans plus tôt, une guerre avait pris fin en ce lieu même. Elle ferma les yeux, expira longuement, plus calme. Rouvrit les yeux. Plus déterminée.

Elle s'avança au signe du Professeur Londubat et sourit, confiante. Elle allait leur montrer, à tous, qu'elle était une sorcière brillante. Elle allait leur montrer, à tous, qu'elle ne manquait pas de courage et d'intelligence, qu'elle ne valait pas moins que sa mère. Elle allait leur montrer, à tous, qu'il était temps de passer le flambeau, que sa génération avait aussi besoin d'une sorcière plus brillante que tous les autres, et qu'elle serait cette sorcière, parce qu'il n'y avait aucun moyen que quelqu'un d'autre prenne le rôle.

Son regard croisa celui de Malefoy, alors qu'elle cherchait celui d'Albus. Elle allait leur montrer, à tous.


La première chose qui le frappa, en entrant dans la Grande Salle, ce fut le vide. Oh, il y avait du monde, bien sûr, mais pas à la table des Serpentard. Les quelques élèves qui y étaient installés jetèrent un regard furtif aux nouveaux arrivants, puis posèrent à nouveau leurs yeux sur leur assiette vide. Le contraste était d'autant plus saisissant que les autres tables étaient pleines à craquer, de monde et de joie. Son cœur se serra. Comment était-ce possible ? Poudlard avait toujours été largement représentée par les Gryffondor, les Serpentard et leur rivalité légendaire. Comment l'une des deux Maisons les plus emblématiques de l'école avait-elle pu sombrer à ce point dans l'inconsidération pour accueillir si peu d'élèves ? Ils ne parlaient guère entre eux, pour la plupart, éloignés les uns des autres comme s'ils avaient la peste. Une grande partie semblait être d'origine étrangère, et les autres avaient l'air complètement perdus. Certains sursautaient à chaque fois qu'ils entendaient un éclat de rire un peu trop bruyant. Scorpius les compta. Ils étaient… dix-huit. En tout. Soit en moyenne trois par année, puisque les élèves de première année n'étaient pas encore installés. La table accueillait de fait les Apprentis de Lucrèce d'un côté, et les Serpentard de l'autre. Scorpius déglutit bruyamment en remarquant que tous les Serpentard étaient plus âgés, probablement au moins dans l'année de leurs BUSEs.

Al' dut le voir se décomposer. Il pressa leurs mains un instant puis murmura un mot rassurant à son oreille. Scorpius ferma les yeux, inspira longuement. Il pensa à son père, à sa mère, à sa défunte tante. À Teddy, aux professeurs Berthelier et Flint. À Al', à ses côtés, qui pensait rejoindre les serpents.

Il rouvrit les yeux. Plus calme. Moins en colère. Plus terrifié, aussi. Mais déterminé à affronter son destin, et à en ressortir en une seule pièce. Il était venu à Poudlard pour apprendre, pour découvrir le monde enchanté que sa mère lui avait décrit quand il était petit. Peut-être qu'il serait désillusionné plus vite que les autres enfants, mais il faisait confiance au jugement d'Albus Severus Potter. Être un Malefoy seul à Serdaigle ou à Poufsouffle serait toujours difficile qu'être un Malefoy avec Al' à ses côtés dans les dortoirs de Serpentard.

Le Professeur Londubat les fit se mettre en ligne derrière lui et s'avança vers un très vieux chapeau. Le Choixpeau magique, le seul et l'unique, celui qui avait brûlé sur la tête du Directeur Adjoint, vingt ans auparavant, à peine quelques mètres plus loin. Rose se retenait avec peine de se ronger les ongles. Merlin qu'elle était nerveuse ! Son regard croisa ceux de Fred et George, qui donnèrent un coup de coude à leurs amis en la désignant du menton. Ils lui firent tous des signes d'encouragement, et elle sourit en retour, moins stressée.

Tout irait bien. Toute sa famille ou presque avait été à Gryffondor. Elle ne risquait pas grand-chose, pas vrai ?

Après que le Choixpeau eut terminé de chanter sa traditionnelle chanson, le Professeur Londubat commença à appeler les quelque soixante nouveaux élèves pour la cérémonie de la Répartition, et Rose sentit son cœur battre de plus en plus vite au fur et à mesure que ses camarades rejoignaient les tables.

Calypso Abbott, Gryffondor. Russell Avery, Serdaigle. Brycen Benjamin, Poufsouffle. Rhisiart et Gladys Bloyd, Gryffondor. Elektra Brown, Gryffondor. Arcturus Burke, Serdaigle. Page Cantrell, Poufsouffle.

Polly Chapman fut directement envoyée à Gryffondor, et Rose eut soudain assez peu envie de rejoindre la maison des lions, malgré le tonnerre d'applaudissement qui suivit la répartition de la sœur de l'ancien Préfet-en-Chef.

Conrad Coleman, Tim Corner, Serdaigle. Martin Crooks, Poufsouffle. Ash Davis, Serdaigle. Bobby Delaney, Poufsouffle. Harlan Duncan, Gryffondor. Thalia Elliott, Poufsouffle. Christopher Filch et Bonnie Fraley, Gryffondor. Moira Gardner, Poufsouffle ; Rachel Good, Gyffondor.

Heloise Goyle… La petite brune avait des traits durs et des yeux noirs. Elle semblait au bord de la crise de panique. Elle s'assit, Neville déposa le Choixpeau sur sa tête. Rose n'aurait jamais cru qu'elle pût encore pâlir, mais elle était livide, secouait frénétiquement la tête.

— SERPENTARD !

Des huées. Goyle se leva, les mains tremblantes, sans jeter un regard au Professeur Londubat qui lui souriait. Rose fronça des sourcils. Pourquoi lui souriait-il ? Elle venait de prouver qu'elle était comme son père. En pensant cela, elle sentit un certain malaise l'envahir, sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Les Serpentard étaient de mauvaises personnes, c'était ce que son père lui disait toujours. Il avait raison, pas vrai ? Elle savait qu'il n'était pas toujours d'accord avec Oncle Harry, mais il devait avoir raison au moins sur ce point-là, pas vrai ?

Goyle fit un pas en direction de la table des Serpentard avant de se raviser. Elle pleurait pour de vrai, cette fois, et hyperventilait. Les huées à la table de Gryffondor redoublèrent. Les Poufsouffle et les Serdaigle baissèrent le nez sur leur assiette pour la plupart ; certains avaient un sourire en coin, d'autres parlaient à voix basse, l'air inquiet. Un élève de Serdaigle plus âgé, probablement un Préfet, fit mine de se lever, mais eut l'air grandement soulagé en voyant un Serpentard en faire de même, et se rassit.

Le Serpentard rejoignit la nouvelle élève, la prit dans ses bras, supporta ses coups alors qu'elle se débattait, l'entraîna dehors, suivi par Lucrèce Berthelier et Alizée Pomfresh, la nièce belge de la célèbre Poppy. Neville intima le silence à toute la salle et, quand cela s'avéra insuffisant, fit taire tout le monde en reprenant l'appel avec sa voix rendue tonitruante par le Sonorus.

— GRANGER-WEASLEY, ROSE !

Rose eut bien du mal à reprendre une respiration calme et à marcher droit, encore troublée par ce qu'elle venait de voir. Malgré tout, elle s'avança, quoique tremblante, vers le tabouret et le Choixpeau. Son regard croisa à nouveau celui de James, mais son sourire lui paraissait presque machiavélique, de loin. Il avait ri quand Goyle s'était mise à hyperventiler. Il avait ri de Goyle.

Rose le réalisa seulement alors qu'elle s'asseyait sur le tabouret, mais la petite brune avait fait une crise d'angoisse devant toute l'école, et ils avaient ri.

Sauf les Serpentard. Un regard vers leur table lui avait montré qu'ils avaient probablement eu des expériences similaires. Certains avaient pleuré, d'autre fermé les yeux. Tous avaient porté leurs mains à leur visage, comme s'ils voulaient qu'on ne puisse pas les voir, comme s'ils voulaient disparaître.

Tiens, tiens… Une Weasley !

Rose manqua de tomber de son tabouret tant elle fut surprise par l'irruption de la voix dans sa tête. Elle avait été si absorbée dans sa tentative de compréhension des événements qu'elle n'avait pas senti Neville déposer le Choixpeau sur sa tête.

C'est inhabituel d'en voir si tôt dans la soirée… Ah, mais je me souviens de ta mère, bien sûr, une brillante Gryffondor qui aurait eu sa place à Serdaigle si elle n'avait pas été si fermée d'esprit à l'époque…

Sa mère, fermée d'esprit ? Elle était l'une des personnes les plus ouvertes d'esprit que Rose connaisse ! Le Choixpeau bruissa, et elle eut la désagréable impression qu'il se moquait d'elle.

Je ne doute pas qu'Hermione Granger ait pu devenir une personne plus ouverte d'esprit avec le temps, mais ce qui est écrit dans les livres et les préjugés, quels qu'ils soient, doivent toujours être interrogés avant de pouvoir être considérés comme des formes de vérité, jeune fille. Mais revenons-en à toi ! Il est évident que le choix se joue entre deux Maisons, pour toi, ta curiosité n'a vraiment d'égale que ton ambition…

Le dernier mot s'imposa à son esprit comme une bombe. Le Choixpeau avait chanté sa chanson, plus tôt. Il avait déjà utilisé ce mot. Il ne l'avait pas associé à Gryffondor, ou à Poufsouffle, ou à Serdaigle. Il…

Oui, vraiment, je ne crois pas que tu places une si grande importance dans le courage, même s'il est vrai que ta grande détermination à dépasser tes parents pourrait s'y apparenter ; mais je crois que cette détermination, en tant qu'elle sert précisément une ambition démesurée, ne fait que souligner tout ce que tu pourrais apporter à Serpentard, ainsi que tout ce que tu pourrais y gagner…

Serpentard. Ce connard de Choixpeau voulait l'envoyer à Serpentard, entre toutes ces foutues Maisons, et dédaignait l'idée de même de l'envoyer à Gryffondor. Rose était livide, plus encore que la jeune Goyle qui l'avait précédée. Que dirait son père ? Il valait mieux encore pour elle qu'elle quitte Poudlard sur-le-champ, si c'était pour finir dans le nid de serpents !

Il est vrai que les rancœurs passées peuvent être difficiles à surmonter… Tant de haine à travers les siècles, quel dommage ! Mais si tu y tiens… Ta curiosité et ta soif de savoir sont un gage de sagesse, et je vois que tu commences déjà à ouvrir ton esprit et à réfléchir à tes préjugés ! Pour cette raison, je crois bien que je peux t'envoyer sans remords à…

— SERDAIGLE !

Il y eut un petit silence, avant que la table des Serdaigle n'explose en applaudissements et en cris de joie. Ils avaient l'une des enfants de héros, enfin ! Les Gryffondor avaient l'air un peu moins heureux de la décision, mais applaudirent tout de même, ainsi que les Poufsouffle. Rose croisa le regard de James, curieux. Il avait les sourcils froncés et jeta un regard à son petit frère. Rose n'osa pas tourner le sien vers Al'. Elle ne se souvenait que trop de la réaction des Gryffondor quelques minutes plus tôt, quand Goyle avait fait une crise d'angoisse. Elle ne se souvenait que trop du regard d'Albus, quand elle avait voulu l'éloigner de Scorpius.

Quand elle avait voulu le forcer à côtoyer James.

Bentley Grant et Valerie Holman, Poufsouffle. Mona Holmes, Serdaigle.

Rose accueillit la jeune fille avec un certain soulagement. Elle ne faisait pas partie des filles imbues d'elles-mêmes qu'elle avait dû supporter, et elle devait avouer qu'elle avait eu peur d'être la seule fille à être répartie à Serdaigle ce soir-là. Tout le monde avait bien essayé de se la mettre dans la poche, mais elle avait surtout eu l'impression qu'il s'était agi d'un pur intérêt pour ses parents… Elle espérait que Mona serait différente.

L'espoir… Il lui sembla entendre un rire, mais ce devait être ceux de ses camarades. Même si elle avait du mal à s'expliquer pourquoi l'idée même de l'espoir lui tirait un sourire un peu triste, un peu désabusé, à présent. Comme si elle reconnaissait, au fond d'elle et dans le regard un peu trop curieux de ses camarades, qu'il était toujours un peu trop tentateur pour ne pas finir inévitablement déçu.


Ma foi, j'espère que ce chapitre vous a plu. Concernant le planning de publication, je compte rester sur ce qui était prévu avant que tout ne dérape, soit un chapitre un week-end sur deux. Sauf dérapage du coup, haha. Enfin, vous me connaissez, je suppose. J'essaie de prendre un peu d'avance, le prochain chapitre est déjà écrit. Les suivants seront un peu piégeux pour l'écriture, j'espère en avoir deux de plus d'ici la fin des vacances de Noël !

En tout cas, j'espère que vous passez de bonnes fêtes, et je vous souhaite d'être pour la nouvelle année, en espérant que 2022 soit plus clémente que les années précédentes. Même si, bon, Alphard rigole bien dans son coin.

Rose est confrontée à ses torts, Heloise a fait une crise d'angoisse, Al' et Scorp' sont plus que jamais décidés à se serrer les coudes, Neville observe le monde avec le regard d'un sage usé par la vie et James rit.

Que pensez-vous de l'idée du Choixpeau de mettre Rose à Serpentard ? Et du fait qu'elle commence, lentement mais sûrement, à faire tomber ses œillères ?

Quoi qu'il en soit, merci d'avoir lu, n'hésitez surtout pas à me laisser une review (j'avoue que ça m'a manqué) ou ajouter cette histoire à vos favoris si elle vous plaît.

Je vous dit à très bientôt (promis, cette fois, et le chapitre est écrit !) pour le prochain chapitre, qui s'appelle bien The Ugly Duckling ! Prenez soin de vous :)