Hello ! Je ne suis pas en retard, quel miracle ! Bonne lecture !
3. The Ugly Duckling
Al' regarda Rose s'asseoir. Son visage était impassible, mais il analysait intérieurement la situation. Elle fuyait son regard, cherchait celui de James mais semblait en même temps en état de choc. Elle était restée longtemps, sous le Choixpeau. Cinq minutes et douze secondes. Choixpeaufloue, donc. Elle s'était levée en tremblant, l'air soulagé. Ce n'était pas la possibilité d'aller à Serdaigle, à Poufsouffle ou à Gryffondor qui l'aurait mise dans cet état, Al' en était sûr. Mais alors… Serpentard ?
Un mince sourire se dessina sur ses lèvres. Il y avait de quoi remettre les choses en perspective, alors. Elle ne pourrait pas continuer de considérer les Serpentard comme de mauvaises personnes sans se compter au moins un peu dans le lot, et il la connaissait assez pour savoir qu'elle pensait sincèrement être une bonne personne et ne supporterait pas l'idée de ne pas en être une, simplement par amalgame.
Quinn Hood, Poufsouffle. Harry Hopper, Gryffondor.
Al' leva les yeux au ciel. Sans déconner, Harry Hopper ? La coïncidence était trop grande pour que ce jeu de sonorité soit involontaire. Il avait soudain envie d'organiser une rencontre entre les parents du tout nouveau Gryffondor et sa mère, pour voir qui ferait voler l'autre en premier.
Rylan Hunt, Serdaigle. Leighton James, Poufsouffle. Wesley Keats, Serdaigle. Ferdinand Knowles, Poufsouffle.
Al' remarqua du coin de l'œil que le Serpentard qui avait quitté la Grande Salle avec Heloise Goyle, Lucrèce Berthelier et l'infirmière était revenu. Berthelier le suivait. Pomfresh et la nouvelle élève ne réapparurent pas. Al' sentit son cœur se serrer. Ils avaient ri. Merlin, ils avaient tous ri, comme des bêtes, devant une gamine haute comme trois pommes, parce qu'elle s'appelait Goyle et qu'elle avait été répartie à Serpentard. Alors même qu'elle avait fait une crise d'angoisse, qu'elle avait semblé si horrifiée à l'idée d'aller chez les serpents, justement parce qu'elle savait qu'ils allaient tous réagir comme ça. Putain, ça lui fichait le cafard, ça lui donnait la gerbe. C'était pour ça, que son père s'était battu ?
Ariel Leimann, Gryffondor. Desmond Leonard, Poufsouffle. Leonora Lestrange, Tucker Lynch, Serdaigle.
La table des Serdaigle implosa. Tucker Lynch, le fils de la célèbre chanteuse Evanna Lynch rejoignait les rangs des aiglons ! Al' se retint de lever les yeux au ciel quand il le vit s'approcher de Rose d'un air presque conquérant. Merlin merci, personne à Serpentard ne se comporterait de cette manière avec lui !
Un autre garçon à la table des Serdaigle – Al' se souvenait qu'il portait le même nom que le poète John Keats, mais peinait à se souvenir de son prénom – apostropha Lynch d'un air désabusé. Al' aurait bien voulu entendre son commentaire – même Rose esquissa un sourire amusé derrière sa main, alors que Lynch s'asseyait avec une grimace, un peu refroidi.
— MALEFOY, SCORPIUS ! annonça alors Neville, coupant net toutes les effusions de joie et toutes les conversations.
Al' écarquilla les yeux. Scorpius. Il échangea un regard avec lui, et le petit blond eut un sourire résigné. Ensemble.
Scorp' s'avança vers le tabouret, tâchant tant bien que mal d'ignorer les murmures et les mauvais regards et les insultes lancées à voix basse et la pression, la pression qui lui donnait le tournis, l'impression que le monde allait s'écrouler sous ses pieds s'il mettait ce chapeau sur sa tête, s'il ne quittait pas tout de suite la pièce, le château, l'Ecosse et même la Grande-Bretagne elle-même sur-le-champ. Il s'assit, attendit un instant, sentit l'intrusion mentale du Choixpeau et retint un sourire. C'était donc ça, le grand secret de la Répartition.
De la Légilimancie.
Je ne suis pas sûr que tes parents soient très fier qu'un garçon sage comme tu l'es ait ce genre de connaissances…
Scorpius grimaça intérieurement. Il n'avait pas fait exprès de lire quelques extraits du livres que Teddy avait apportés en lui rendait visite chez les Malefoy, quelques mois plus tôt. Ou plutôt, il n'avait pas pensé que la magie puisse faire des choses aussi dérangeantes sans être noire…
Le Choixpeau bruissa joyeusement, arrachant un petit sourire penaud au garçon.
Eh bien, eh bien ! La curiosité est un vilain défaut… Mais tu as de la chance, c'est aussi une grande qualité, ici ! Tu as un grand désir de savoir, de connaître le monde et surtout de connaître les expériences de tes parents… Cette bonne vieille école peut être fascinante, c'est sûr ! Serdaigle est indéniablement un excellent choix…
Mais Rose était à Serdaigle. Scorp' n'était plus si sûr que rejoindre la Maison de sa mère était une bonne idée, à présent. Son nom de famille… personne ne le lui pardonnerait, n'est-ce pas ? Ce n'étaient que de doux rêves.
Même si tu peux faire preuve de loyauté et de courage, surtout de courage, je ne crois pas que ce soient les valeurs qui te caractérisent le plus… Non, vraiment, Serdaigle serait un choix parfait s'il n'y avait pas Serpentard… Je sens en toi le désir de faire de grandes choses, de prouver au monde que tu es quelqu'un à part entière, et même un certain désir de changer le monde… Ma foi, c'est une ambition saine que je vois là, et je pense que tu aurais beaucoup à gagner à Serpentard… Qu'en penses-tu, Scorpius Hypérion Malefoy ? Quelle Maison préférerais-tu rejoindre ?
Scorpius retint son souffle. Il avait l'impression que le choix qui s'offrait à lui était celui de toute une vie, que le monde ne serait plus jamais le même s'il donnait l'une ou l'autre réponse. La Maison de sa mère ou celle de son père. Albus avait dit qu'il pensait aller à Serpentard. Rose était à Serdaigle. Mais Rose le haïssait déjà, semblait-il. Et Al' était son seul ami, deviendrait sans doute son meilleur ami. Ensemble, qu'ils avaient dit. Ensemble. Et tant pis pour le regard des autres, il était bien capable de l'affronter, pas vrai ? Pour leur prouver qu'il avait le droit d'être lui-même, même s'il était dans la même maison que son père, que son grand-père, que son arrière-grand-père… À nouveau, le Choixpeau bruissa joyeusement.
Eh bien ! j'en viendrais presque à regretter d'avoir si rapidement balayé la possibilité de t'envoyer à Gryffondor ! Mais puisque c'est ainsi, ce sera…
— SERPENTARD ! hurla le Choixpeau, déchirant nettement le silence poisseux de la Grande Salle.
Scorpius Malefoy était resté assis cinq minutes et onze secondes, et le Choixpeau l'avait envoyé à Serpentard. En l'espace de cinq minutes et onze secondes, la totalité de la Grande Salle avait été confrontée à la possibilité que Scorpius Malefoy soit un enfant comme les autres, à la possibilité qu'il soit envoyé à Serdaigle ou à Poufsouffle, ou même à Gryffondor pour les plus optimistes ; tous avaient dû ruminer l'idée, s'y habituer, persuadés que si le choix était donné à l'enfant, il préférerait la voie de la sûreté, se protéger parmi la foule d'élèves, comme la plupart des Sang-Pur traditionnalistes qui se bornaient à aller à Poudlard alors même qu'ils n'étaient plus les bienvenus.
Mais l'enfant n'avait pas choisi la voie de la facilité. Pour la masse d'élèves présente ce soir-là, l'enfant avait eu la possibilité de sortir de son statut d'enfant maudit, et avait délibérément choisi de ne pas le faire, avait délibérément choisi de s'asseoir à la même place que son père, que son grand-père, que son arrière-grand-père… Parce qu'il ne valait pas mieux qu'eux. Parce qu'il partageait leurs idéaux nauséabonds. Parce qu'il était un vrai Serpentard, une mauvaise personne, quelqu'un d'infâme qui n'avait rien à faire à Poudlard, qui finirait inévitablement par quitter l'établissement, comme la plupart des enfants qui avaient grossi les rangs des serpents ces dernières années.
Alors, quoi que ces cinq minutes et onze secondes aient pu semer dans leur esprit, quelque graine de doute ou de remise en question qui y ait été plantée durant ce court laps de temps… tout fut oublié, retranché derrière les bons vieux préjugés confortables et réconfortants, rassurants, ceux qui leur assuraient qu'ils étaient de bonnes personnes, parce que, sinon, ils auraient été à Serpentard, pas vrai ?
Mais le monde n'explosa pas, pas encore. Les huées traditionnelles des Gryffondor accompagnèrent les pas lents de mesurés de Scorpius Malefoy, qui avait l'audace de marcher la tête haute, même s'il lui semblait, au fond, qu'il suffirait d'un souffle pour le faire tomber. Chaque mouvement était plus pénible que le précédent, et c'est avec un soulagement non feint qu'il s'assit à la table des Serpentard, plus proches des Apprentis de Lucrèce que des autres élèves, qui ne le regardaient pas.
Le Serpentard qui s'était levé pour Heloise Goyle lui fit passer un papier où étaient inscrites les règles de survie en tant que Serpentard – se déplacer au moins en paire, ne pas se faire remarquer, ne pas répondre aux questions en cours, ne pas gagner un match de Quidditch, ne pas sortir de la Salle Commune en dehors des obligations scolaires et sportives ou des repas, éviter d'étudier à la bibliothèque à moins de devoir faire un travail de groupe avec des élèves d'autres maisons… et ainsi de suite, et ainsi de suite, et ainsi de suite, et Scorpius avait mal à la tête.
Les présentations seraient faites dans la Salle Commune. Heloise ne reviendrait probablement pas en cours. Sans la compter, il était donc le seul Serpentard de moins de quatorze ans.
Super.
Ginny Mercer, Gryffondor. Paisley Middleton, Yi Nüying-Chang, Poufsouffle. Hermione O'Brien, Serdaigle. Penelope O'Connor, Gryffondor.
Neville grimaça en lisant le nom suivant sur la liste. Il avait toujours du mal à se faire au fait que des enfants portaient son nom parce que c'était son nom à lui. Il y avait quelque chose de profondément dérangeant là-dedans, et le regard émerveillé que l'enfant levait vers lui ne faisait que confirmer ses soupçons. Certains parents étaient tout de même sacrément dérangés…
Neville Pollard, Gryffondor. Quelle surprise… le gamin rejoignit l'armée de Ginny, de Ron, de Neville et, bien sûr, de Hermione à la table des lions, l'air très heureux. Il n'était jamais que le seizième Neville à cette table, et le professeur de Botanique s'estimait chanceux que, cette année, il n'y en ait qu'un.
La seule raison pour laquelle il n'y avait pas une armée de Harry à la même table était l'Episode de la Grande Furie qui avait eu lieu au début de l'année 2001, quand Harry avait remarqué que sur les six-cent enfants recensés entre 1998 et 2000, cent-seize portaient le nom Harry. Le grand Survivant avait retourné les bureaux du Ministère et de la Gazette jusqu'à ce qu'il y ait certaines restrictions concernant le nom des enfants, y compris pour éviter une promotion complète de héros de guerre miniature dont la moitié s'appellerait Harry ou Harriet. Beurk.
Reportant son regard sur la liste, Neville sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Le moment qu'il redoutait le plus était à venir. Les élèves n'avaient pas été trop violents avec Scorpius parce qu'ils avaient dû attendre cinq longues minutes, et parce que c'était ce qu'on attendait de lui. Mais Al'… s'il n'allait pas à Gryffondor – et Neville, en tant que son parrain, était parfaitement capable de comprendre que le Choixpeau n'envisagerait même pas abstraitement l'idée –, toute l'école exploserait. Littéralement, s'il devait en croire le regard calculateur de James, qui semblait avoir compris qu'après Pollard venait Potter.
Avec une pointe de regret et une double-dose d'appréhension, Neville ouvrit la bouche. Et appela son filleul.
— POTTER, ALBUS !
Les murmures qui s'intensifient, puis le silence. À la table des Gryffondor, James restait silencieux et impassible, Fred souriait avec malice, Victoire échangeait un regard significatif avec Teddy, de l'autre côté de la salle. À la table des Serdaigle, Rose ignorait les commentaires désobligeants de Tucker Lynch à propos de son cousin et échangeait un regard anxieux avec Yi, qui sembla comprendre qu'il se jouait quelque chose de très grave et de très sérieux.
Al' ne pouvait pas aller à Serpentard. James ne pouvait pas avoir raison.
Mais elle-même avait failli aller à Serpentard, n'est-ce pas ? Ce serait sacrément hypocrite de sa part de le lui reprocher, si jamais il y allait.
Mais elle avait eu le choix. Et elle avait fait le bon. Tout portait à croire qu'Albus prendrait également la bonne décision, pas vrai ? Sinon, cela voulait dire que ce Malefoy…
À la table des Serpentard, où créchaient les Apprentis de Lucrèce, Teddy échangea un regard significatif avec Scorpius. Assis non loin de l'autre, ils comprenaient que tout était déjà joué. Ils savaient aussi bien l'un que l'autre qu'aucune autre Maison que Serpentard ne pouvait convenir au jeune Potter.
Scorpius se tourna à demi vers son nouvel ami, qui s'avançait avec confiance vers le tabouret. Al' semblait sûr de lui, charismatique ; ses yeux verts transpercèrent la foule et s'adoucirent en croisant ceux de Scorpius. Neville posa le Choixpeau sur la tête du jeune Potter. Et le silence devint affreusement poisseux.
Al' se retenait de sourire. Le Choixpeau bruissait, c'était sa façon de rire.
Tiens donc, en voilà un drôle de Potter ! Par les Fondateurs, Albus n'en croirait pas ses yeux… Non, vraiment, un tel calcul, une telle ambition, une telle ruse… Je n'ai pas d'autre choix que de t'envoyer à…
— SERPENTARD !
Il y eut un silence. Puis le monde explosa.
Minerva était bouche bée. Elle sentait bien qu'elle avait l'air particulièrement stupide, mais elle ne pouvait pas se résoudre à reprendre le contrôle de sa mâchoire. Serpentard. Albus Severus Potter. À Serpentard. Merlin. Albus – Dumbledore, bien sûr, non mais quelle idée d'affubler son enfant d'un nom pareil ! – devait probablement se retourner dans sa tombe.
Le Choixpeau n'avait pas réfléchi très longtemps d'ailleurs : quelques secondes avaient suffi. Que dirait la presse ? Que diraient les élèves ? Que dirait Harry ? Merlin, James Sirius avait été la terreur qui avait poussé les quelques élèves que le Choixpeau avait envoyé à Serpentard à quitter l'école. Comment allait-il agir avec son frère, avec Scorpius Malefoy, ou même avec Heloise Goyle si la pauvre fillette décidait de rester ?
Scorpius Malefoy. Ce serait une autre histoire, ça, aussi. Comment, par Merlin, les deux garçons allaient-ils bien pouvoir vivre dans le même dortoir ? Leurs pères se haïssaient…
La Directrice de Poudlard prit mentalement note d'organiser une réunion professorale ce soir-là. Il y avait urgence.
Pendant ce temps-là, parfaitement conscient des cris de rage et d'indignation qui emplissaient la Grande Salle, du regard peu surpris de James et de la honte qui brûlait les joues de Rose, Al' s'était levé avec désinvolture une fois le Choixpeau retiré de sa tête et il s'avançait à présent d'une démarche légère vers la table des serpents, un fin sourire aux lèvres, alors même qu'il lui semblait que le regard des autres lui transperçait le dos, les côtes, le cœur.
Il s'assit aux côtés de Scorpius, sourit doucement au Serpentard qui avait aidé Goyle, ne se vexa pas quand il détourna le regard, et osa enfin regarder son nouvel ami dans les yeux.
Ils étaient dans une sacrée panade, s'ils devaient en croire les cris, puis les murmures qui formaient un brouhaha constant derrière eux. Mais ils étaient ensemble, et c'était tout ce qui comptait.
Guinevere Powers, Gryffondor. Rory Quirrel et Samantha Richards, Poufsouffle.
Victoire fit taire toute la table d'un sort, incapable de supporter une seconde de plus leurs murmures, faisant signe à aux Préfets qu'il y aurait une longue discussion, ce soir-là, avant d'aller se coucher. Elle n'était pas Willy Chapman, et comptait bien le faire comprendre à chaque imbécile qui faisait partie de sa Maison, et même à ceux qui se trouvaient aux autres tables. Elle était Préfète-en-Chef et comptait bien se servir de son titre pour faire de Poudlard quelque chose de beau, quelque chose de paisible, un lieu que chaque enfant puisse appeler sa maison, son foyer, y compris les Serpentard.
Surtout les Serpentard.
Callie Roman et Amin Salahuddin, Serdaigle.
Igor échangea un regard avec sa bien-aimée, qui ne pouvait s'empêcher de jeter un coup d'œil inquiet à la table des Serpentard toutes les quelques minutes. Il savait combien ça pouvait être dur pour elle de voir sa Maison se vider d'année en année, pour des raisons plus stupides les unes que les autres. Après la guerre, personne n'avait fait attention. Certes, il y avait moins de Serpentard que de Gryffondor ou de Poufsouffle, mais c'était normal. Ceux qui avaient le choix faisaient le bon, la différence était faible et facile à expliquer. Mais quand les effectifs des autres Maisons continuèrent de grimper, avec l'arrivée de la génération d'Après-Guerre, les enfants qui n'avaient connu le monde qu'en paix et sans la menace permanente du Mage Noir ou de son retour, qui n'avaient entendu que des mauvaises choses sur les Serpentard et leur rôle terrible dans les deux guerres… tout avait dérapé. Les enfants répartis à Serpentard avaient commencé à faire des crises d'angoisse. Le harcèlement et la haine avaient doublé, triplé, quadruplé… Alors que les effectifs de Serpentard baissaient toujours plus.
Entre 2011 et 2016, on avait pu compter en moyenne une centaine d'élèves par année, dont seulement dix se trouvaient à Serpentard, contre une trentaine dans chacune des autres Maisons, avec une préférence pour Gryffondor. Les effectifs diminuaient doucement chaque année, à présent. Tout comme le nombre de Serpentard. Le pire avait été en 2015, quand James Sirius Potter était arrivé. Il avait fait fuir deux Serpentard qui avaient un an de plus que lui, ainsi que deux autres qui étaient, comme lui, en première année.
L'année suivante, ses frasques avec Fred II Weasley avaient causé le transfert du dernier Serpentard de la promotion 2015, Wacian Goyle, le frère de la petite Heloise. Aucun élève n'avait été réparti à Serpentard. Ou plutôt, la seule jeune fille à y avoir été répartie avait demandé à être transférée à Beauxbâtons le lendemain.
Igor glissa sa main sur la cuisse de Lucrèce. Sa Lucky. Elle entremêla leurs doigts sous la table et il sentit son cœur battre un peu plus fort. Tant pis s'il n'applaudissait pas les nouveaux Poufsouffle. Lucky était plus importante. Lucky était la plus importante, toujours.
Jaylee Sharp et Ed Shepard, Gryffondor. Hunter Schneider, Poufsouffle.
Teddy applaudit mollement le nouvel arrivant. Le pire était passé, le plus intéressant aussi, et il avait surtout très faim. La cérémonie de la Répartition lui semblait toujours plus longue, alors même que le nombre d'élèves décroissait. Il ne s'en était pas rendu compte, quand il était enfant, mais qu'il y ait autant d'élèves à Poudlard était complètement inhabituel. La promotion de son parrain était composée d'à peine quarante élèves…
Un regard vers la table des Gryffondor lui arracha un sourire las. Ils étaient étonnamment calmes – mais il aurait dû savoir qu'on pouvait toujours compter sur Victoire pour remettre les Gryffondor à leur place. Elle l'avait bien fait, cette nuit de décembre, tant d'années auparavant, quand Harry avait pris la défense de James de manière déraisonnable… Teddy aimait penser qu'il était tombé amoureux d'elle ce soir-là, quand ses yeux avaient lancé des éclairs et que sa voix avait éveillé en lui un désir ardent – celui de se battre pour ce qui était juste, de mettre les gens face aux conséquences de leurs actes, de leurs mots.
Victoire était le soleil des Gryffondor.
Thea Tate et Leah Thompson, Serdaigle. Pandora Townsend et Anupam Uppal, Gryffondor.
James but distraitement une gorgée de sa cannette, le regard vague, applaudissant d'une main les deux nouveaux arrivants. Al' était un Serpentard, donc. Aucune surprise, pas vraiment. Il avait toujours sur que son petit frère était étrange… Mais il fallait dire qu'il avait eu encore un peu d'espoir pour lui. Jusqu'à Malefoy. Il se demanda vaguement si tout était de sa faute. Si Alby aurait pu atterrir, par miracle, à Gryffondor, s'il n'avait pas rencontré cet imbécile de Malefoy. Il se souvenait d'une nuit de décembre lointaine, et de cris. Il se souvenait des mots d'Audrey… Il ne l'avait plus jamais revue, après ce dîner. Percy et elle avait divorcé. Mais ses mots… Comment les oublier ?
— URQUHART, Andrea ! appela Neville, l'estomac dans les talons, fatigué de ces noms qui n'en finissaient plus de défiler, déjà découragé à l'idée de devoir tous les retenir pour le lendemain.
Il voulut déposer le Choixpeau sur la tête de la jeune fille, mais à peine eut-il effleuré la pointe de ses cheveux qu'il prononçait déjà son verdict :
— SERPENTARD !
Le silence se fit à nouveau dans la salle, alors que la jeune fille rejoignait les bancs de sa Maison. Elle ne semblait pas vraiment gênée par la situation. Certains semblèrent se rappeler que son père était un joueur de Quidditch moyen, jamais sur le terrain pour les compétitions importantes.
C'était la quatrième fois, cette nuit-là, que quelqu'un était envoyé à Serpentard. Les plus fermés d'esprit s'inquiétaient de ce que cela signifierait pour leurs petits frères, leurs petites sœurs, certains comptaient même sur les frasques de James et Fred pour chasser ces vilains de l'école. Ils n'avaient rien à faire là, après tout, pas vrai ?
Mais ils n'objectèrent pas, ne rirent pas, huèrent à peine. Parce qu'un Potter avait été réparti à Serpentard, et que ça changeait peut-être la donne. Parce que James Sirius Potter pouvait aussi bien prendre le parti de protéger un petit Serpentard, ou celui de continuer à faire bloc contre la Maison de Salazar.
Alors la Répartition reprit tant bien que mal, et on applaudit avec ferveur Marie Vallet, Serdaigle, et plus encore les deux jumeaux Jessie et Jayden Wilkinson, Poufsouffle, oubliant l'espace de quelques instants que le monde avait manqué d'être bouleversé lors de la Répartition de Scorpius Hypérion Malefoy, que le monde avait été mis sans dessus dessous quand le Choixpeau avait crié « SERPENTARD ! » quelques secondes seulement après avoir touché la tête d'Albus Severus Potter.
Andrea Urquhart avait fait signe aux deux garçons qu'elle ne comptait pas traîner avec eux. Probablement parce que deux personnalités pareilles à Serpentard, c'était le meilleur moyen d'attiser la haine. Sans doute aussi parce qu'elle ne se sentait pas à l'aise à l'idée de traîner sans arrêt avec deux garçons.
Surtout qu'elle n'était pas aveugle. Ils étaient déjà amis, et tout le monde allait accuser le Malefoy d'avoir perverti le gentil petit Potter. C'était assez drôle, quand on y pensait, parce que si elle avait dû désigner le tueur en série entre les deux, elle aurait probablement parié sur Potter. Malefoy lui rappelait son vieux Croup, avec ses grands yeux et son air innocent, un peu bête. Elle aurait mis sa main à couper que le Choixpeau avait essayé de l'envoyer à Poufsouffle.
Leslie Yaxley et Ian Zabini, Serdaigle.
Un mince sourire passa sur ses lèvres alors que la Directrice reposait le Choixpeau sur son socle, et que Ian rejoignait la table des Serdaigle. Elle le connaissait bien. Elle savait très bien lire le soulagement au fond de son regard, même s'il était de dos et qu'elle n'avait aucun moyen de le regarder dans les yeux. Le fils de Blaise, son parrain, et de Pansy Parkinson, une grande dame un peu hautaine qui n'hésitait pas à faire preuve d'une mauvaise foi abominable pour ramener la couverture sur elle ou sur son fils.
Il avait fait le bon choix, donc. Serdaigle, contre Serpentard. Il avait eu la possibilité de choisir, aussi. Pas comme elle.
Pas comme Potter, elle s'en doutait bien. Mais il lui suffit d'un regard vers le concerné pour comprendre que ça n'avait pas grande importance, dans son cas. Il avait décidé d'aller à Serpentard avant même que le Choixpeau ne s'approche de ses cheveux. Peut-être même avant que Malefoy ne soit lui-même envoyé dans la Maison des Serpents. Ses yeux souriaient presque autant qu'ils analysaient la salle. Leurs regards se croisèrent. Andrea frissonna.
Définitivement Potter, le meurtrier.
— Bienvenue à Poudlard ! commença la Directrice en se levant, une fois Londubat revenu à sa place. Ou bon retour, pour nos anciens élèves. J'espère que vous avez fait bon voyage, et que les nouveaux élèves se plairont dans leur Maison. J'avais prévu un discours de bienvenue, mais après cette Répartition plus que mouvementée et particulièrement longue, je me vois obligée de le reporter à la fin du repas. En attendant, bon appétit !
Si quelques-uns des tout nouveaux élèves avaient sursauté à l'entente son accent écossais prononcé, ce ne fut rien à côté de la surprise provoquée par l'apparition soudaine des plats. Partout, ce furent rires, anecdotes et souvenirs de vacances partagés autour d'un bon repas, grimaces, bonnes blagues et salutations jetées d'une table à l'autre, joie, bonheur et liesse générale.
Les Apprentis de Lucrèce discutaient de leurs plans pour le prochain week-end, déjà pressés d'organiser une petite soirée et d'apprendre à mieux se connaître, mais Teddy, lui, se sentait morose et se contentait de sourire doucement. Il connaissait les règles. On ne parle pas, à la table des Serpentard.
Alors bien sûr, eux avaient le droit. Ils étaient majeurs et vaccinés, d'horizons divers et nécessairement ouverts d'esprits. Ils ne risquaient rien. Mais les Serpentard, eux, mangeaient toujours en silence.
Il avait entendu dire que c'était tout autre chose, dans la Salle Commune. Il s'était toujours accroché à ce petit espoir, s'était toujours dit que ce n'était pas grave, si les Serpentard étaient silencieux. Peut-être que c'était mieux comme ça. Peut-être qu'il valait mieux qu'ils se taisent et n'aient pas de problèmes plutôt qu'ils se rebellent et ne soient moqués, renvoyés avec violence à leur statut de vaincus, même s'ils avaient douze ans et n'avaient jamais vu couler une seule goutte de sang.
Il n'avait même pas remarqué qu'il y avait un problème jusqu'à ce fameux réveillon de Noël. Les Serpentard ne l'avaient jamais intéressé jusqu'à ce fameux réveillon de Noël. Ils avaient été un moyen de garantir que Slughorn ne faisait pas trop attention à lui quand ils avaient cours ensemble, même s'il s'avéra bien vite que Slughorn ne se souciait plus vraiment des élèves de sa Maison. Ils avaient été des fantômes tout au long de sa scolarité, pas assez harcelés pour que leur silence soit compris, pas assez nombreux pour avoir une place trop importante au sein de l'école.
À présent, Teddy regrettait. Le silence des élèves de Serpentard était lourd, poisseux, inquiétant. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que Scorp' et Al', ses petits protégés, allaient souffrir, et rien l'idée lui faisait un mal de chien.
Il aurait dû faire attention, adolescent, devenir ami avec quelques Serpentard, montrer aux autres qu'ils étaient normaux, qu'ils pouvaient être dignes de confiance, digne d'amitié, et même d'amour. Mais non, il avait fallu qu'il se cantonne à sa Maison, à Jake et Miranda. Un mince sourire passa sur ses lèvres en pensant à ses deux vieux amis. Il avait cru que tout durait pour la vie…
Il fut sorti de ses pensées par la disparition subite de ses pâtes carbo. Mince, il avait été trop lent. À côté de lui, la nouvelle botaniste brésilienne eut un petit sourire mi-moqueur, mi-désolé, et il lui expliqua comment aller aux cuisines en cas de petit creux. De fil en aiguille, il oublia ses inquiétudes, amusé par son accent et ses histoires de Caipora, et surtout par le regard faussement outré de Victoire, de l'autre côté de la Grande Salle.
Après que tout le monde se fut resservi du dessert et que les plats eurent disparu, les élèves de Poudlard purent voir Minerva McGonagall se lever, l'air à la fois sévère et aimant, presque maternel. Les conversations moururent une à une, au fil des coups de coude amicaux et excités. McGonagall allait faire son discours ! Tout le monde aimait ses discours, elle avait une manière de capter l'attention qui n'avait que peu d'égales.
Al' sentit son téléphone – un magnifique WizPhone – vibrer tout d'un coup, recevant toutes les notifications du voyage et du repas en même temps. Au vu des regards de certains élèves, la plupart plus âgés, il n'était pas le seul. Le château avait visiblement enfin abaissé ses protections... Il jeta un tout petit coup d'œil, l'air de rien, pour voir si sa Tante Hermione ou sa mère lui avaient envoyé un message.
Mais il ne vit que la petite notification Twitter, soudaine, si apparemment stupide, et pourtant tellement douloureuse.
Rosie a aimé un tweet de Jamz :
« Oh j'suis mort de rire, le vilain petit canard a fini à Serpentard, qui est surpris, même ? »
Jamz en réponse à [arobase]jamziiie « Avec ce Malefoy, là »
Jamz en réponse à [arobase]jamziie « Enfin, "Malefoy"... il paraît que c'est le fils de Voldy donc je devrais probablement dire Jedusor mdr »
Le vilain petit canard, murmura Al', rangeant son téléphone dans sa poche, le visage impassible alors qu'une tempête de tous les diables faisait rage, à l'intérieur, et déchirait son cœur. Va te faire foutre, Rose. Va te faire foutre.
Et quand McGonagall prit la parole, Albus fut incapable d'écouter un seul mot qui passait la barrière de ses lèvres, les oreilles bourdonnantes. James était un sale con, comme d'habitude, mais Rose l'avait trahi.
Elle l'avait trahi.
Aïe aïe aïe, on est loin du spiritual awakening pour le jeune James Sirius Potter... Mais bon, qui sait ? Peut-être qu'il deviendra un jour suffisamment sympathique pour qu'on puisse le pleurer ;)
D'ailleurs j'espère que le côté "social media" ne dérange pas, ici, c'était juste la meilleure manière de le mettre en forme pour des ados du XXIe siècle et j'avais besoin de la mention "Rose a aimé le tweet affreux de ce connard de James" pour la suite haha
En tout cas, il semble que la rumeur qu'Audrey anciennement Weasley a participé à répandre n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd... une autre des conséquences de ce fichu repas de Noël :/
Promis le banquet de début d'année finit au prochain chapitre, même moi j'en peux plus de tous ces noms qui défilent, mais je les ai mis là pour pouvoir les retrouver facilement si j'en ai besoin pour une scène haha... En tout cas, on a une petite explication pour le tout petit nombre de Serpentard.
Prochain chapitre : The Marauders and the Twins.
À dans deux semaines ! (ou plus probablement trois semaines, d'ailleurs, j'ai pas mal de khôlles la semaine du 24/01 et il me reste beaucoup trop de trucs à faire, désolée !)
