Les jours filaient inlassablement, se ressemblant tous désespérément. Ecole, pitié, rééducation, sermon, dormir. Toujours et encore cet insupportable enchainement d'évènement. Ma vie ne m'apportait plus aucune saveur. Là où avant je me serais réjoui d'un moindre petit truc, désormais plus rien ne m'atteignait. Me renfermant de plus en plus, vivant tel un fantôme dans ma propre maison, j'ignorais mon frère et mon père. Mon frère parce qu'il m'avait bien fait comprendre qu'il n'avait plus besoin de moi, d'ailleurs c'est à peine s'il me regardait encore. Mon père parce que je ne supportais plus d'entendre ces phrases d'encouragement débiles ou ses remarques déguisées.
Je préférai rester seul avec ma douleur plutôt que de devoir supporter leur regard de pitié perdu. Même avec mes amis je prenais mes distances à leur plus grand désespoir mais faut dire qu'ils ne faisaient rien pour que je ne m'isole pas. Dès qu'ils parlaient de sujet un peu drôle, de meuf, de sport ils se débrouillaient pour que je ne sois pas dans les parages ou ils se taisaient quand j'arrivais. M'arrachant de faible soupir que personne d'autre que moi entendait. Que pouvais-je faire ? J'étais devenu aux yeux de tous un verre brisé qu'on se devait de recoller avec le plus de prudence et de pitié possible.
Enfin tous… Non pas exactement. Il y avait Lucy. Mon seul rayon de soleil dans ce monde noir et douloureux. Après ce qu'il s'était passé la dernière fois, elle avait toujours un mot, une petite attention pour moi quand elle venait s'occuper de Roméo. Ce n'était pas grand-chose car en général elle restait juste le temps de faire cours à mon frère, étant la plupart du temps attendu chez elle le soir, mais j'appréciais ses gestes.
Je m'amusais aussi de voir Grey lui tournait toujours autour quand il était là, c'est-à-dire quasiment tous les soirs maintenant. Je me demandais si son approche de la dernière fois avait fonctionné. Malheureusement il ne semblait pas décider à m'en parler. Quand je pensais qu'avant il m'aurait tout raconté immédiatement, ça me désespérait. Ca ne m'attristait même plus à la longue, j'étais juste blasé. Je me faisais à ma vie de robot et je rechignais de plus en plus à faire mes séances de rééducation.
Je voulais juste qu'on me foute la paix. Je voulais rester tranquille avec ma douleur et qu'on cesse de me dire H24 faut travailler, forcer, faire avec, va nager. Mais merde ! Laisser moi gérer mon handicape comme je l'entendais. C'était si compliqué que cela de comprendre que je ne supportais pas la vision de mes jambes meurtris ? Que j'en avais marre de devoir pousser mon corps au-delà de ses limites tous les jours un peu plus alors que je désirais juste un peu de repos. Je savais parfaitement que je ne remarcherai surement jamais comme avant et courir je n'en parlais même pas. Alors pourquoi est-ce qu'ils me mettaient autant la pression pour que je fasse des exercices ne m'apportant rien d'autre que souffrance ?
Ce soir encore Jura me faisait forcer, me demandant de pousser encore plus sur mes jambes alors que je désirais seulement aller prendre une douche et dormir. Et une fois encore, il m'engueulait sur mon manque d'investissement, de motivation, me disant à quel point je n'y arriverais jamais comme cela. Alors quand mes jambes lâchaient une énième fois et qu'il me grondait me disant à quel point j'étais minable, un dépressif qui avait besoin du suivi d'un psy, je pétais un plomb. Je lui sautais à la gorge depuis le sol, rampant lamentablement, lui foutant mon poing dans la face qu'il esquivait de justesse. Mon père fou d'inquiétude, entrepris de me maitriser, m'ordonnant de me calmer mais je le repoussais brutalement lui disant de me lâcher. Lui disant à quel point je le détestais de m'obliger à subir cela. Hurlant ma rage contre Jura, lui disant que j'en avais marre de ses sermons, de ses « va te faire soigner le dépressif » sous les yeux apeurés de mon frère et ceux tristes de Lucy qui stoppait sa leçon à cause de moi.
Furieux, mort de honte de m'être affiché de la sorte mais au bout du rouleau, je me tirais tant bien que mal en direction de ma chambre, leur ordonnant de me laisser tranquille, les menaçants de leur balancer tout ce que j'aurais à porté de main, s'ils venaient me chercher. M'agrippant du mieux que je pouvais au mur, je crus entendre une voix féminine lançait un « idiot » mais je ne pris pas la peine de me retourner pour le vérifier. Je ne voulais pas savoir si mes oreilles me faisaient défaut ou non et surtout à qui était destiné le idiot.
Une fois arrivé dans ma chambre, je m'écroulais sur mon lit, ramenant lamentablement mes jambes contre moi, retenant difficilement les larmes perlant au coin de mes yeux. Lancinante, je pensais m'habituer à la douleur quasi perpétuelle lors de ces séances de rééducation mais il n'y avait rien à faire, je sortais de là toujours aussi mal. Endoloris, j'éprouvais des difficultés à les bouger même allonger, je décidais donc me tournais sur le dos, les laissant allonger, espérant que la souffrance passerait rapidement.
Soudain j'entendis quelqu'un toquer à ma porte, la colère revenant au grand galop, je m'apprêtais à incendier la personne présente derrière celle-ci quand j'entendis un « c'est Lucy ». Interdit je ne réalisais pas immédiatement. Que me voulait-elle ? Pourquoi m'avait-elle suivi ? Laissant un soupir m'échapper, la colère redescendant légèrement je l'autorisais à entrer.
Me relevant légèrement sur mes coudes, je la vis entrer doucement dans ma chambre, observant à la va vite mon habitacle avant de se concentrer sur moi, ses yeux me renvoyant un désolé sincère. Hésitant, je ne pipais mot, je ne savais pas quoi lui dire si ce n'est de se mettre à l'aise. Doutant, elle réfléchit quelques secondes avant de s'allonger sur le lit à coté de moi, me surprenant grandement. La fixant de mes grands yeux, je la vis rougir à vitesse grand V.
- Arrête de me fixer comme cela c'est suffisamment gênant comme ça. Se cachait-elle les yeux.
Sa réaction si naturelle m'arrachait un rire honnête. Fatigué de devoir me maintenir ainsi sur mes bras et épuisé par la douleur dans mes jambes, je me laissais retomber sur le matelas, laissant le silence flottait dans la pièce quelques minutes avant de le briser.
- Pourquoi es-tu là ? Osais-je.
- Parce que je m'inquiète pour toi. Me répondit-elle sincère.
- Ne t'en fais pas j'ai l'habitude. Soupirais-je.
- Tu ne devrais pas. Grondait-elle.
- Je ne devrais pas quoi ? Ne compris-je pas.
- Te laisser traiter comme cela. Tu as bien fait de lui répondre ce soir. Certes c'était violent mais ce kiné est un idiot, je ne me suis pas gênée pour lui dire d'ailleurs. Mais rah… Sérieusement il espère quoi en te parlant comme cela ? S'énervait-elle toute seule.
- Tu as pris ma défense ? La coupais-je.
- Bien sûr.
- Pourquoi ? Pourquoi es-tu si différente des autres ? Pourquoi vois-tu ce que les autres ne voit pas ? Qu'est ce qui s'est passé dans ta vie pour que tu me comprennes ainsi ? Ne puis-je m'empêcher de lui demander, ces questions me hantant depuis bien trop longtemps.
- Parce que je sais ce que ça fait de se faire regarder avec pitié, de n'avoir personne qui nous comprenne, de n'avoir que des comportements pas en accord avec ce qu'on voudrait. Je suis passée par là moi aussi quand j'ai perdu mes parents à mes 14 ans. Plantait-elle ses yeux dans les miens.
Mes yeux se rétrécissaient, mon souffle se coupait sous le choc de la nouvelle et je ne sus quoi dire comme un idiot. Je savais mieux que personne qu'elle ne voulait pas mes condoléances. Elle ne voudrait pas de ma pitié mais malheureusement je ne savais pas quoi dire pour compenser cela. Et je me sentis immédiatement pathétique. J'étais là pleurant en permanence sur ma motricité endommagée alors qu'elle, elle avait perdu ce que quelqu'un pouvait avoir de plus précieux.
- S'étaient des hommes d'affaire, ils rentraient d'un rendez-vous avec un client tous les deux et un chauffard ivre a fauché leur voiture. Mon père est mort sur le coup, ma mère est morte des suites de ses blessures quelques heures plus tard à l'hôpital. Racontait-elle, le regard de nouveau sur le plafond.
- Je ne sais pas quoi te dire Lucy… Murmurais-je.
- Tu n'as besoin de ne rien dire. Me sourit-elle faiblement ses yeux embrumés face à ses souvenirs.
- Je suis tellement faible par rapport à toi. Avouais-je
- Qu'est-ce que tu racontes ? Ne comprenait-elle pas.
- Tu as perdu tes parents et moi je suis là à me lamenter sur ma parte de motricité. Je suis pathétique.
- C'est faux. Natsu ne nous compare pas ça ne sert à rien. Ta peine n'est pas moindre que la mienne. Peu importe ce que les gens en pensent, c'est ce que toi tu ressens vis-à-vis de la situation qui compte. De ce que Grey m'a dit tu étais le capitaine de ton équipe de handball, tu avais un avenir dans le sport, tu aurais pu avoir une bourse d'étude pour cela et tous tes rêves ont volés en éclat à cause d'un abruti en voiture. Tu as toutes les raisons de te sentir mal. Posait-elle sa main sur ma joue.
Ce contact tout simple, me réconfortait et je laissais mes yeux se fermaient, savourant sa peau contre la mienne. Sa douceur m'apaisait et je me sentis étonnamment un peu mieux. Quand je réouvris les yeux, elle retirait sa main le visage rougis, un petit sourire au coin des lèvres que je lui rendis.
- En parlant de Grey ça s'est passé comment quand il t'a raccompagné ? Demandais-je souhaitant changer de sujet.
- Euh bien. Mais il ne s'est rien passé si c'est à quoi tu penses. Riait-elle.
- C'est pour ça que je le vois encore ramer. Ris-je en retour.
- C'est si voyant que ça qu'il me drague ?
- Pas qu'un peu. Ris-je de sa gêne.
- Oh mon dieu ! Se cachait-elle le visage. Il est vraiment sympa hein mais je ne ressens rien pour lui. En plus de cela la dernière fois que je l'ai croisé, il y avait une drôle de fille aux cheveux bleus qui nous observait.
- Cheveux longs ? Les yeux bleus océans, formes plutôt généreuse ? Questionnais-je.
- Oui…
- Ahaha c'est Juvia, une espèce de folle qui a un énorme crush pour Grey. Me moquais-je.
- Oui bah je préfère éviter de me mettre en travers de son chemin. Tremblait-elle, me faisant rire.
On restait ainsi encore quelques minutes dans le silence avant que Lucy, ne se relève me disant qu'elle devait y aller si elle ne voulait pas que sa tante avec qui elle vivait ne s'inquiète. La remerciant pour sa présence et ses confidences je me relevais, m'asseyant au bord du lit lui serrant la main.
- Tu dois leur dire Natsu. Ils ne pourront jamais comprendre ce que tu ressens si tu ne leur dis pas, tu es déjà trop loin pour eux. Le premier pas doit venir de toi. Crois-moi je sais de quoi je parle.
- Merci du conseil je vais y réfléchir. Dis-je pour la première fois honnêtement face à un conseil que me donnait quelqu'un.
- Ne te force pas, fait le quand tu te sentiras prêt. Me conseillait-elle avant de s'enfuir.
La soirée qui suivi le départ de Lucy fut étonnamment calme, personne ne vient me chercher dans ma chambre ce soir là si ce n'est pour le diner. Personne ne me reparlait de l'évènement avec Jura, chacun se contentant de manger en silence. Seul le regard fixe de mon père sur moi prouvant qu'il s'était bien passé quelque chose. Je vis dans son regard toutes ses interrogations, tous ses doutes et je me sentis coupable de lui faire vivre cela. Il était un père formidable. Je savais que Lucy avait raison, je devrais lui parler alors pourquoi n'y arrivais-je pas ?
Je me posais cette question jusqu'à l'arrivé du weekend où assis à la table de la cuisine je lisais tranquille un livre, sous le regard de mon père, Roméo et Grey essayant de parler le plus discrètement possible du prochain match de hand de Roméo. Croyaient-ils sincèrement que je n'entendais pas ? J'étais éclopé pas sourd. Cela dit bien que blessé par leur comportement, je ne pouvais m'empêcher de me sentir heureux pour mon petit frère, il allait enfin jouer son premier match d'ici quelques semaines.
Subitement on entendit sonner à l'entrée, nous sortant tous de notre bulle. Relevant la tête, je regardais mon père se dirigeait avec un regard curieux vers la porte, révélant une Lucy emmitouflé dans un épais manteau. Etonné de la voir ici alors qu'on était en weekend et qu'elle n'avait aucun cours de prévu avec Roméo, je fermais mon livre écoutant avec intention tout comme les Grey et Roméo ce qu'elle venait faire là.
- Bonjour Lucy que fais-tu ici aujourd'hui ? Tu as oublié quelque chose la dernière fois ? Lui sourit doucement mon père, appréciant la jeune fille.
- Bonjour Ignir, non je n'ai rien oublié. A vrai dire j'ai des courses à faire et j'espérais que Natsu voudrait bien m'accompagner. Lui rendit-elle son sourire, le figeant sur place.
Estomaqué par sa remarque, je la regardais fixement me demandant si elle n'était pas devenue folle, sous les regards perdus des trois autres hommes de la pièce. Personne ne m'avait posé de question sur ce qu'il s'était passé dans ma chambre avec Lucy et ils semblaient vraisemblablement perdu face à la situation. Cela dit je l'étais autant qu'eux avant de comprendre qu'elle n'avait décidé ça toute seule de son côté et qu'elle était bien décidé à me faire sortir de chez moi. Était-elle cinglée pour vouloir me faire marcher en ville ? Elle savait pourtant que marcher me faisait mal à long terme. Cela dit face à ses yeux de biches suppliant, je ne pus m'empêcher d'accéder à sa requête, levant malgré tout les yeux au ciel en signe de contestation. Sautant de joie face à sa victoire, je ne pus empêcher un petit sourire de franchir mes lèvres. Après tout sortir de cette maison ne pouvait pas faire de mal ?
