Recroquevillait sur moi-même, j'émergeais faiblement de mon sommeil, me demandant ce que je foutais sur le canapé. Interloqué, j'essayais de reconstruire dans mon esprit embrumé la raison pour laquelle je n'avais pas dormi dans mon lit, avant de me souvenir. J'étais rentrée hier soir avec Lucy et sa tante suite à ma crise de panique et… Peu importe, je ne voulais pas y repenser. Pas maintenant en tout cas.
Bien évidemment Lucy et sa tante n'était plus là, les rayons du soleil perçant à travers les fenêtres m'indiquaient que plusieurs heures s'étaient écoulées depuis notre retour. Cependant je n'arrivais pas à comprendre pourquoi personne ne m'avait réveillé pour me dire d'aller dans mon lit. Ma famille devait bien être rentrée à un moment donné. Intrigué par cette drôle de situation si on puis dire, je me dirigeais vers la cuisine où j'entendais du bruit. Me relevant difficilement, esquissant une brève grimace j'observais de loin mon père et mon frère prendre leur petit déjeuner dans un silence de mort. Si mon frère semblait comme à son habitude plutôt joyeuse malgré son mutisme, mon père tirait une tête de trois pieds de long. Le teint cireux, des cernes aussi larges que des tranchés, il me faisait de la peine. Tout ceci était ma faute, je le savais.
Soupirant comme à mon habitude, ils relevaient brusquement la tête vers moi avant de m'inviter à les rejoindre hésitant. Me servant mon repas habituel dans un silence oppressant. L'impression d'être dans une cocotte-minute prête à exploser me tenaillait et j'attendais patiemment le sermon qui allait forcément arriver d'une minute à une autre.
- Pourquoi ? Demandait mon père, plantant ses pupilles jaunes dans les miennes.
- Pourquoi quoi ? Répliquais-je.
- Pourquoi nous avoir rien dit hier soir ? Pourquoi ne pas nous avoir dit que tu te sentais mal et que tu voulais rentrer ?
- Je l'ai fait, je t'ai envoyé un message. Affirmais-je.
- Oui un message que je n'ai vu que bien plus tard, quand je me suis rendu compte que tu ne revenais pas. Est-ce que tu imagine la frayeur que tu nous as fait à moi, ton frère et tous tes amis ? On s'est tous demandés où tu étais passé, surtout que j'ai appris que tu passais ces derniers temps tout seul au lycée. Je me suis imaginé le pire Natsu, pendant que toi tu étais là à la maison tranquillement entrain de dormir sur les genoux de Lucy en compagnie de sa tante. S'énervait-il.
- Je t'ai dit que je rentrais chez moi, n'en fait pas tout un cinéma. Esquivais-je tant bien que mal, sentant la rage m'envahir petit à petit.
- Oui mais tu ne m'as pas dit comment, ni avec qui. Tu aurais dû venir me voir je t'aurais ramené.
- Oui et comme cela tu aurais ramené Roméo aussi et il n'aurait pas pu assister à la fin du match. Tranchais-je.
- Et alors qu'est ce que ça peut faire ? Je suis ton père Natsu ! Est-ce que tu imagines pour quoi tu m'as fait passer hier soir aux yeux des autres ? S'échauffait-il de plus en plus, signant son arrêt de mort.
Ça y est la douille allait exploser. Fou de rage, je balançais mon bol de café à travers la table, renversant tout sur son passage. Je n'avais jamais été quelqu'un de particulièrement violent par le passé, mais depuis mon accident toute cette colère que j'accumulais au fond de moi et qui ne demandait à sortir, se manifester par crise comme ici et cette fois-ci quelque chose me disait que ma crise serait légendaire. Je sentais mon sang bouillir dans mes veines et je me mis à hurler. A hurler tous les choses que j'avais au fond de mon cœur.
- Et moi alors ce que je ressens tu t'en fiches ? Je me suis forcé à aller à ce putain de match juste pour vous faire plaisir à tous les deux, alors que je mourrais d'envie de rester chez moi. Mais je l'ai fait pour vous. Parce que je n'existe plus aux yeux de mon petit frère, qui n'en a littéralement plus rien à faire de moi depuis que je suis un éclopé bon à rien. Il n'en a plus que pour Grey. Grey par ci, Grey par là. Alors si en plus je l'empêche d'aller voir un match il va me détester. Et je l'ai fait aussi pour toi parce que tu refuses d'entendre que j'ai changé, que ce qui me faisait vibrer avant me fait désormais aussi mal que si on m'enfonçait une lame en plein cœur. Tu me traites d'égoïste alors que je fais tout pour prendre sur moi et vous faire croire que tout va bien juste pour pas vous inquiéter plus que nécessaire, quand j'existe encore à vos yeux. Finis-je ma tirade le souffle court.
- Natsu… Tentait Roméo.
- Ferme là ! Je refuse d'entendre tes fausses excuses je n'ai pas la patiente pour le moment. Lui criais-je dessus, le faisant pleurer.
- Natsu ! Criait mon père en retour.
- Quoi ? Le menaçais-je presque, mais il ne trouvait rien à répondre. J'aurais mieux faire de mourir ce jour là plutôt que de survivre. Lançais-je assassin face au mutisme de mon père, avant de prendre la direction de ma chambre.
Je passais le reste du weekend à les éviter soigneusement. Cela dit ce n'était pas très difficile, notre dispute jetait un sacré froid entre nous et s'ils ne savaient déjà plus comment se comporter avant avec moi, ce fut encore pire. Je m'en voulais de leur faire ressentir autant de peine, je savais qu'ils ne le méritaient pas mais au fond je me sentais soulager, comme libérer d'un poids. Lucy avait raison sur au moins une chose en parlait permettait de se libérer, mais est ce que ça allait vraiment aider ? Seul le temps nous le dirait.
Le temps. J'avais failli y mettre un terme. Appelons un chat un chat, j'avais envisagé de me suicider ce soir-là, dans les toilettes de ma propre école. Quel cliché. Pourquoi je serais passé ? Quoique rien de plus que ce pourquoi je passais déjà : un dépressif. C'est limite si tout le monde n'attendait pas que je passe à l'acte. Néanmoins je ne comptais en parler à personne. Je me sentais déjà bien trop bizarre vis-à-vis de cette situation. Des sentiments mitigés se battaient en moi et je ne savais pas quoi en penser. D'un coté je me trouvais incroyablement pitoyable et je m'en voulais d'avoir pensé à ça ne serait qu'une seconde et d'un autre… D'un autre côté, ça réglerait tellement de problème, je serais enfin libre. Plus de souffrance ni pour moi, ni pour eux. Lucy avait surement raison en disant qu'ils souffriraient de la situation, mais est ce que ça serait pire que la douleur que je leur faisais endurer à l'heure actuelle ? Pas sûr. Peut être devrais-je penser à consulter ?
C'est sur pensée que le weekend prit fin et que je pris la décision de sécher le lycée pour deux jours. Je n'avais aucune envie de retourner en cours pour l'instant. Je savais que ma disparition risquait de faire grand bruit mais je m'en fichais pas mal pour le moment. J'avais besoin de temps pour réfléchir à certaine chose et je ne voulais pas supporter mes autres camarades de classe. Etonnamment mon père, ne s'opposait pas à ma résistance à aller en cours, bien au contraire il me laissait du temps pour moi, me priant de l'appeler au moindre problème.
Inquiet mes amis, m'envoyait des messages sur notre conversation de groupe. Message que j'esquivais brièvement en leur disant que je ne me sentais pas bien, que je devais surement couver un truc. Me croyant qu'à moitié, ils me disaient de vite me remettre, Grey m'annonçant qu'il viendrait m'apporter les cours ce soir. Je ne répondis pas à son message, ne sachant quoi dire.
Grey et moi on se connaissait depuis la primaire, depuis aussi loin que je me souvienne on a toujours été comme les deux doigts de la main. Aussi bien meilleur ami, que meilleur ennemi. Le feu et la glace, le chaud et le froid. On avait des caractères assez opposés sur par mal de point mais on s'entendait à merveille. Là où j'étais avant impulsif, parfois tête brulée, lui il était posé, réfléchis, un peu trop parfois même. On se complétait bien et je savais que si je venais à le perdre ça me ferait énormément de mal. Pourtant je n'arrivais pas à ne pas lui en vouloir. Oh bien sûr il était là pour moi. Mais ce n'était plus comme avant. Il était distant, froid, hésitant il ne savait pas sur quel pied danser avec moi et en plus de cela il me volait mon frère. Bien malgré lui certes, mais il le faisait quand même. Ce drôle de changement dans notre relation depuis mon accident, causait de nombreux non-dit et plus le temps passé, plus la gêné s'installait entre nous.
Et c'est cette même gêne oppressante, angoissante que je ressentis le soir même quand il vient m'apporter mes devoirs. Assis dehors sur la balançoire malgré le froid hivernal qui faisait son apparition, aucun de nous de pipait mot lorsqu'il vient s'assoir sur le siège à côté de moi. On ne se lançait qu'un regard bref quand il me tendit mes cours, moi le remerciant au passage. L'observant du coin de l'œil, je le vis se mordre la lèvre inférieur, signe de grand mal être chez lui. Hésitant il mit un moment avant de se décider à parler.
- Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? Demandait-il, les yeux brillant de désespoir.
Sa question me prit au dépourvu et je ne sus comment réagir. Je savais qu'un jour ou l'autre la bulle de malaise qu'on avait créé finirait par se briser mais je ne pensais pas que ça arriverait aussitôt. Je venais déjà de me disputer violement avec mon père je n'avais pas l'énergie suffisante pour me battre à nouveau. Pourtant son interrogation me laissait pantois et je repassais en boucle les derniers évènements, cherchant ce qu'il aurait pu faire de mal. Essayant de trouver une échappatoire mais rien ne me vient. Et puis je ne pouvais pas lui faire ça. Alors quand je le vis se levais pour partir, résigné à n'obtenir aucune réponse, je pris sur moi et écoutait les conseils de Lucy pour la deuxième fois.
- Je te déteste. Avouais-je.
Surpris, il se retournait me détaillant de loin. Cherchant à comprendre ma réponse, essayant d'assimiler ce que je venais de lui dire.
- Je te déteste car j'ai l'impression que tu me vole mon frère. Il n'en a plus que pour toi. Il ne parle plus que de toi, c'est à peine s'il m'adresse la parole alors que toi s'il le pouvait il passerait ses journées avec toi. Je te déteste parce que tu es mon meilleur ami et que tu ne me dis plus rien. Parce que tu t'es mit à te comporter comme tous les autres quand j'ai eu mon accident. Et… Et je me déteste de ressentir ça pour toi et de te faire souffrir. Expliquais-je baissant la tête, mort de honte.
