- Natsu vient m'aider à mettre la table ! Hurlait mon frère depuis l'autre bout du couloir.
- J'arrive ! Sérieusement Roméo pourquoi tu prends autant de vaisselle on est que trois ? Rouspétais-je, mécontent de m'être fait déranger en pleine lecture.
- Mais c'est Noël ! Me répondit-il, comme si cette réponse justifiait tout.
Sérieusement, mon frère était un être bizarre et irrécupérable. M'enfin bref, au moins maintenant me parlait-il comme avant. Depuis notre soirée catastrophique d'hier soir où mon père était venu nous chercher en panique, notre relation avec Roméo connaissait un véritable renouveau. On se parlait à nouveau comme avant, sans gêne, sans peur et ça me faisait un bien fou. Je retrouvais enfin mon petit frère. Certes il y aurait surement encore des incompréhensions entre nous, mais Roméo semblait enfin avoir compris ce que je ressentais en partie et ce que j'espérais avec lui. Je pouvais donc bien l'aider à mettre la table, même si je ne comprenais toujours pas pourquoi il s'évertuait à dresser celle-ci comme si l'on fêtait l'arrivé de Jesus sur Terre. Bon dieu ce n'était que Noël.
C'est donc sur une dispute animée que notre père arrivait les bras chargeaient des plats commandés chez le traiteur il y a déjà deux semaines de ça. Interloqué, de nous voir nous crêper le chignon pour de la vaisselle, il nous demandait ce qu'il se passait.
- Dis-lui que ça ne sert à rien de dresser la table ainsi ! Criais-je.
- Dis-lui qu'on se doit de faire un effort pour Noël ! Criait mon frère en même temps que moi.
Surprise d'avoir parlé en même temps, on se regardait dans le blanc des yeux, avant d'exploser de rire. Sérieusement qu'est-ce qu'on pouvait être débile parfois. Dépassé qu'on puisse se disputer pour si peu, notre père râlait, se demandant s'il ne préférait pas quand on était en froid, nous arrachant un pâle sourire. On savait tous ici, qu'il ne pensait pas un traitre mot de ce qu'il venait de dire et que c'était sa façon à lui de se réjouir de nous voir à nouveau complice. Comme il n'arrêtait pas de le dire depuis hier soir « au moins le repas catastrophique chez votre mère aura eu le mérite de vous réconcilier », et il n'avait pas tout à fait tort. Peut-être que sans l'incapacité de notre mère à remplir son rôle, Roméo et moi nous ne n'aurions pas eu cette discussion et serrions toujours en froid. Et ma vie à la maison serait toujours un enfer sur Terre. Au moins maintenant, j'avais renoué un minimum avec mon frère. Il ne me restait plus qu'à faire pareil avec mon père.
Si seulement c'était aussi simple. Le dialogue était brisé entre mon père et moi, encore plus qu'avec Roméo. Avec mon frère en réalité c'était assez simple, il avait juste eu peur de ce que j'étais devenu et avait essayé de gérer mon changement de comportement au mieux en essayant de faire comme si de rien n'était. Avec mon père c'était différent, il y avait plus que cela. Mais quoi ? Je n'en savais rien. Oh bien sûr je savais qu'il y avait la peur de me perdre, mais il y avait quelque chose de plus profond aussi j'en étais prêt à mettre ma main au feu. Seulement si avec Roméo il avait suffi de quelques paroles, je savais qu'avec lui ça ne serait pas aussi simple. Et je crois qu'il le savait aussi, c'est surement pour cela qu'il semblait encore plus souffrir de nous voir, nous rapprocher à nouveau.
Soupirant, face à l'ambiance à venir du repas, que je savais déjà étrange d'avance, j'essayais de me rassurer en me disant que ça ne pourrait jamais être pire que chez notre mère. J'entrepris donc de l'aider à réchauffer les plats tout prêts, installant un silence de plomb dans la cuisine. Silence rompit uniquement par les interventions de Roméo qui venait de temps à autre chercher de quoi préparer un apéritif.
Une fois installé à table un grand froid régnait, malgré les tentatives de Roméo pour essayer de détendre l'atmosphère. Mais il existait un fossé entre mon père et moi qu'on était incapable de combler et les rares fois où on tentait de se parler on pouvait ressentir une gêne énorme. Décidemment on n'était pas sortis de l'auberge. Soupirant un grand coup, je m'évertuais à ne pas y penser. Hors de question de me laisser envahir à nouveau par mes idées noires. D'un parce que je refusais de gâcher pour la deuxième fois consécutive un repas de fête et de deux parce que mes propres pensées me faisaient peur. J'avais peur de ce que mon esprit malade, pouvait créer et me pousser à commettre. Alors le mieux à faire c'était de faire comme si de rien n'était et profiter de l'instant présent autant que possible. Et j'y arrivais presque.
Pour autant quand vient le moment de s'échanger les cadeaux, je paniquais. Je m'imaginais déjà mon père m'offrir la même chose que ma mère et je devais me raisonner pour faire cesser mes tremblements incessants. Je savais très bien que mon père ne serait jamais aussi stupide que ma mère, mais je savais aussi qu'il ne supportait pas l'être que j'étais devenu depuis mon accident. Et si jamais il voulait récupérer son fils d'avant ? Celui plein de joie et promis à un avenir brillant ? Si jamais lui aussi il aurait préféré que j'y reste parfois ? Me sentant à nouveau happé par ma folie, je me pinçais, souhaitant revenir dans le monde des vivants. Pour m'aider, je me levais afin d'aller chercher mes cadeaux. Les paquets entre les mains, je me raccrochais à la sensation du papier entre mes mains, pour ne pas sombrer.
Je tendis alors mes offrandes à mon père et mon frère, espérant que ça leur plairait. Enfin cela dit, j'espérais surtout que ça plairait à mon père, Roméo je n'avais que peu de doute. Excité comme une puce de découvrir son deuxième cadeau qu'on s'offrait toujours au deuxième repas du réveillon depuis le divorce, je le vis déchirer avec force le papier cadeau. Ses yeux s'agrandissant de bonheur en voyant le dernier jeu de switch qu'il désirait tant. Heureux, il venait me prendre dans ses bras afin de me remercier pour ce cadeau, même si selon lui ça ne valait pas le premier, m'arrachant un léger rire, qui suffit à me faire du bien avant que le stress ne reprenne ses droits. Désormais j'observais avec appréhension mon père ouvrir son paquet et je détournais les yeux mal à l'aise en le voyant analyser du regard l'objet entre ses mains.
- Tu m'as offert un roman policier ? S'étonnait-il.
- Ouai… Je sais que tu adorais lire ça avant et je me suis dit que ça te ferait plaisir de pouvoir t'évader un peu. Avouais-je.
- Merci Natsu. En effet ça fait longtemps que je n'ai pas lu un bon livre. J'espère que tu l'as bien choisi. Me sourit-il tendrement, avant de me tendre mes cadeaux.
Anxieux, j'entrepris malgré tout de les déballer, essayant de repousser mes doutes et peurs infondés le plus loin possible. Arrête d'angoisser Natsu, c'est ton père pas ta mère bordel. Ouvrant lentement les présents, je soufflais de soulagement en voyant un clavier gaming devant moi et un livre. Je savais bien que j'avais paniqué pour rien, j'étais vraiment un idiot.
- Merci papa c'est pile celui que je voulais en plus. Lui souris-je légèrement, avant de m'interroger. Par contre pourquoi m'offrir un carnet vierge ?
- Hé bien c'est pour que nous puisons communiquer. Avouait-il anxieux.
- Hein ?
- C'est une idée d'Anna. Je sais que tu n'aimes pas que je parle de tes problèmes avec d'autre mais ça me pèse de ne plus pouvoir communiquer avec toi. Alors je lui ai demandé conseil afin de trouver une solution pour délier le dialogue entre nous. Elle m'a dit qu'avoir un journal pour correspondre entre nous serait une bonne idée alors voilà. Tu n'es pas obligé de t'en servir bien sûr si tu ne veux pas, mais sache que si jamais tu veux me demander n'importe quoi via ce carnet tu le peux et je te répondrais en retour. M'expliquait-il.
Les yeux larmoyants de mon père, me touchait en plein cœur et je me sentis comme transpercé par une lame invisible. Encore une fois je le faisais souffrir par mon comportement et pourtant il essayait de trouver des solutions afin d'arranger les choses, alors que moi je ne faisais rien. Si ce n'est lui balancer toute ma colère et mon dédain à la figure. Soudain je me sentis minable et pourtant même en cet instant précis, je n'arrivais pas à dire quoique ce soit. Je ne trouvais pas les mots pour lui exprimer ce que je ressentais, ce que je pensais. Je fis alors la seule chose que j'étais capable de faire pour l'instant, je me levais afin de le prendre dans mes bras. Surpris par ma démarche, il mit un moment avant de répondre à mon étreinte mais je sus à la force qu'il y mit que ce geste de ma part signifiait déjà beaucoup pour lui.
Le reste des vacances de Noël, se passait dans un calme plutôt reposant. La plupart des tensions à la maison étaient retombées. Roméo et moi nous parlions pratiquement comme avant et avec mon père même si on se parlait peu, pour ne pas dire pratiquement jamais, je ne ressentais plus cette gêne immense entre nous. Oh bien sûr le dialogue était toujours rompu et un certain malaise régnait toujours entre nous, mais c'était moins pesant qu'avant. Ou peut être que j'avais cette impression-là, juste parce que j'avais renoué avec mon frère et que cela allégeait l'atmosphère au sein de la maison. Je passais donc des vacances moins pourries que prévu et je reçu même une surprise de la part de mes amis.
Le mercredi soir, sur notre conversation de groupe les mecs décidaient de s'organiser une journée hockey sur glace à la patinoire tenu par le cousin de Grey et ils m'y conviaient. Croyant qu'ils avaient perdus la boule, je leur rappelais passablement énervé que jamais je ne tiendrais sur des patins à glace avec mes jambes. Ils me traitaient alors tous d'imbécile, me disant que s'ils m'invitaient ce n'était pas pour la partie de hockey mais la partie de jeux vidéo qui suivrait, mais que cela dit si je voulais venir les voir jouer il n'y avait aucun problème. Etonné qu'ils m'invitent à une de leur sortie, eux qui ne le faisaient plus depuis mon accident, je ne sus quoi répondre au départ. J'étais je crois beaucoup trop choqué et ému de voir mes amis m'intégrer à nouveau dans leur vie en dehors des cours pour répondre immédiatement. Pour autant une fois l'information digérée, je me hâtais de demander à mon père s'il acceptait de me conduire chez Grey demain après-midi pour que j'aille voir mes amis. Surement heureux, de me voir sortir de la maison à nouveau, il acceptait sans problème. Je prévenais alors les gars, de se préparer à prendre la raclé du siècle sur « Smash Bros ».
Le lendemain, j'arrivais donc chez Grey manette en main et quelle ne fut pas ma surprise de retrouver quasiment tous mes potes à poil, se battant pour enlever leur équipement de hockey qu'ils avaient gardé sur eux jusqu'ici.
- Hé les gars je suis venu jouer à une partie de jeu vidéo pas mourir intoxiqué par votre transpiration. M'annonçais-je en me foutant ouvertement d'eux.
- Ta gueule Natsu ! Je te rappel que toi aussi passé un temps tu puais avant de devenir une princesse. Râlait Loki, visiblement très emmerdé pour enlever son pantalon lui collant à la peau.
- Les gars il n'a pas tort on doit sentir le phoque. Relavait Jellal en se sentant les aisselles.
Vraiment très classe Jellal, non vraiment, heureusement qu'Erza ne te voit pas faire ça sinon tu serais déjà mort je pense. Néanmoins, ce mec étant réputé pour être le plus sage et intelligent du groupe, tout le monde le suivis pour aller prendre une douche. Je me retrouvais donc à devoir les attendre dans le salon, patientant gentiment que chacun revienne. Sachant déjà que le temps que tout le monde passe à la douche et surtout Gadjeel, il y en avait au moins pour une heure. En effet le punk avec ses longs cheveux mettait surement autant de temps pour se laver qu'une fille et encore, je suis persuadée que certaines filles étaient plus rapides. Avec les autres gars on défonçait donc des paquets de chips en attendant qu'il revienne.
- C'est bon je suis là on peut commencer les partis ! Hurlait Gadjeel en arrivant.
- Hé bah enfin on t'attendait plus ! Et c'est moi qu'on traite de princesse. Le charriais-je.
- Tu sais que t'as de la chance d'être éclopé Natsu sinon je t'aurais refait le portrait pour ce que tu viens de dire. S'emportait Gadjeel, avant de subitement blêmir.
Ses paroles venaient de jeter un grand froid sur toute l'assemblé et plus personne ne semblait quoi dire ou faire pour la détendre. Ils semblaient tous extrêmement mal à l'aise vis-à-vis de la situation, comme si Gadjeel venait de commettre un péché. Pourtant je préférais largement qu'on me parle comme cela, plutôt qu'on me prenne avec des pincettes. Je me sentais au moins vivant et normal ainsi. Et puis ne dit-on pas que le meilleur moyen de vivre avec son handicape c'est de savoir en rire ?
- Ouai mais on ne tape pas les éclopés ! Le narguais-je en lui tirant la langue, soulageant tout le monde au passage.
Heureusement ma réaction permit à tout le monde de souffler un grand coup, et les jeux purent enfin commencer. Des rires, des pleurs de joie, des insultes, des coups bas… Un joyeux bordel régnait dans le salon de mon meilleur ami et je ressentis à nouveau ces mêmes sensations que lors de ma soirée chez Lucy. Je me sentis à ma place et surtout je me sentis heureux pendant quelques heures. Je retrouvais enfin mes potes après tout ce temps et je priais pour qu'on remette ça très vite. Espérant qu'ils continueraient à m'inclure dans leur vie à nouveau, souhaitant partager encore et toujours plus de chose avec eux.
Il ne me restait donc plus qu'à repartager à nouveau des choses avec mon père quand j'y pensais, en revenant de mon après midi avec mes amis. J'avais réussi à renouer avec mon frère, mes amis et pour autant mon père restait le seul avec qui je n'y arrivais pas. Alors qu'il le méritait, il méritait de refaire partie de ma vie comme avant et je le souhaitais. Même si le dialogue était rompu et que la relation ne redevenait jamais la même qu'avant, je voulais qu'il fasse partie de mon univers. J'appliquais donc une fois de plus les conseils de Lucy et je partis chercher mon carnet. Depuis qu'il me l'avait offert à Noël, je ne m'en étais pas servi, incapable d'écrire quoique ce soit. Je ne savais pas quoi dire, ou plutôt je ne savais pas par quoi commencer. Cependant il fallait bien commencer par quelque chose et je finis par poser une des questions qui m'obsédaient le plus.
« Est-ce que tu aurais préféré que je meurs plutôt que je devienne un étranger ? ».
