Contemplant l'eau turquoise de la piscine, toujours perdu dans les pensées, je laissais mon regard dériver vers les reflets du soleil sur la surface de l'eau. Ma combinaison de plongée sur les genoux, j'observais ces eaux claires laissant mon esprit divaguer à sa guise. Si au départ j'étais venu ici, en me disant que je pourrais éventuellement tenter de me baigner avec ma combinaison, histoire de voir si l'idée de mon frère marchait. J'abandonnais très vite cette idée, ayant peur de nager seul.
Je ne voulais pas prendre le risque de laisser mon esprit malade reprendre le dessus. Or je savais que si je pénétrais dans cette eau sans aucun bruit alentours, la tentation de me laisser sombrer au fond du bassin serait immense. Pourtant ce n'était pas faute d'aller mieux qu'avant, mais non. Mes idées noires ne me quittaient pas et désormais je flippais de plus en plus à l'idée de rester seul. L'option de consulter un psy s'imposant de plus en plus, pourtant je ne me sentais pas encore prêt à raconter toute ma vie à un sombre inconnu. Je restais donc là à attendre sagement que le temps passe. J'aurais surement pu passer le reste du mercredi après-midi ici, si une jeune blonde que je connaissais très bien n'était pas intervenu.
- Hé Natsu bonne année ! Me saluait chaleureusement Lucy, que je revoyais pour la première fois depuis presque trois semaines.
- Bonne année à toi aussi Luce. Lui souris-je doucement, riant légèrement en la voyant rougir à son nouveau surnom.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Me demandait-elle, en jetant un coup d'œil à la piscine.
- Ce n'est pas plutôt moi qui devrais te poser cette question ? Roméo et toi n'avait pas cours aujourd'hui et on n'avait pas prévu de se voir. Relevais-je.
- Je sais mais je voulais te faire une surprise ! Me sourit-elle. Alors qu'est-ce que tu fais ici tout seul ?
- Je réfléchis. Haussais-je les épaules.
- Hum… Et c'est quoi cette combinaison de plongée ? Demandait-elle curieuse.
- Un cadeau de Roméo, pour que je réussisse à nager. Soupirais-je.
- Tu n'es pas capable de nager sans ça ? Rigolait-elle, ne voyant pas le problème à nager en maillot.
- Je ne supporte pas la vision de mes jambes. Je sais c'est pathétique. Baissais-je la tête honteux.
Un long silence, suivi ma déclaration et je crus pendant un moment que Lucy allait se moquer de moi ou partir en me traitant d'homme bizarre, mais elle n'en fit rien. Au contraire, elle vient se poser juste à côté de moi, apposant sa tête sur mon épaule, saisissant mon bras gauche de sa main droite. Surpris par son comportement, je ne la repoussais pas pour autant. Je savais ce que signifiait son geste et je l'appréciais. Me détendant légèrement, je laissais ma tête retomber sur la sienne et on restait ainsi pendant plusieurs minutes. Profitant simplement du réconfort de l'un et l'autre.
- Ce n'est pas pathétique Natsu… Elles sont le reflet de tout ce qui a chamboulé ta vie. Je suis désolée de m'être moqué. S'excusait-elle, ne bougeant pas d'un iota.
- Tu ne pouvais pas savoir. Soupirais-je.
- J'aurais dû deviner.
- Bah je ne t'en veux pas. Ça fait partie de ton charme d'être maladroite. Ris-je, la faisant réagir au quart de tour.
- Je ne suis pas maladroite ! S'écriait-elle, vexée.
- Si peu. Lui souris-je.
- Et sinon tu ne veux pas la tester ? M'interrogeait-elle.
- La combi ? Je devrais mais je t'avoue trouver ça un peu ridicule. Mentis-je sur la vraie raison pour laquelle je ne voulais pas aller à l'eau.
- Il ne faut pas si ça peut te permettre d'avancer, au contraire. Si tu veux on pourra nager ensemble. Me sourit-elle, me surprenant.
Et alors que j'allais lui demander ce qui lui passait par la tête pour avoir envie de nager avec moi, elle m'entrainait de force vers la maison, me tirant. Chancelant sur son geste inattendu, elle s'excusait platement avant de me dire de la suivre qu'elle avait ramené un gâteau pour moi et Roméo et qu'elle mourrait de faim. Souriant face à son innocence, je suivis ma petite lumière jusqu'à chez moi, découvrant un Roméo n'ayant pas eu la patiente de nous attendre pour commencer à manger.
- Roméo ce n'est pas vrai ! Espèce de malpolie d'où tu ne nous attends pas pour bouffer. M'écriais-je, lui attrapant la tête, le sermonnant.
- Mais il avait l'air trop bon. Se défendit-il, avant de s'excuser auprès de Lucy, qui nous regardait étrangement.
- Hé bien ça à l'air d'aller mieux à ce que je vois entre vous… C'est donc ça votre relation de base… Réfléchissait-elle à voix haute, blasée, pendant qu'avec mon frère on se regardait en souriant.
Finalement une fois mon sermon terminé, on se mettait à table profitant du super gâteau que Lucy avait fait. Décidemment cette femme était un vrai cordon bleu. Et pendant que mon frère la suppliait de se marier avec lui afin qu'elle lui fasse à manger tous les jours, moi je la charriais disant que c'était encore loin d'être aussi bon que sa tante, alors même que c'était faux. Lui arrachant des cris de désapprobation et d'effroi on finit par tous éclater de rire, avant de se diriger vers le salon souhaitant jouer aux jeux vidéo.
L'après-midi se passait donc dans une bonne ambiance et Lucy ne quittait le domicile, qu'une fois mon père de retour, le saluant rapidement avant de partir. Etonné mais sans plus de voir Lucy à la maison en dehors de ses jours de cours de soutien à Roméo, mon père lui rendit son sourire, lui disant de bien faire attention en rentrant. Avant de brutalement le perdre en se tournant vers nous. Le regard fatigué, le visage pâle il semblait comme malade et pourtant il essayait de nous offrit un petit sourire à nous aussi… Enfin surtout à Roméo. Moi depuis que je lui avais rendu le carnet, il m'évitait presque du regard comme mal à l'aise.
Ça faisait déjà un peu plus d'une semaine que je lui avais posé ma question et je n'avais toujours aucune réponse de sa part. Et plus le temps passé, plus je m'inquiétais de sa réponse. Car s'il ne me répondait pas rapidement ça voulait forcément dire que j'avais raison ? Qu'il aurait surement préféré que je meurs plutôt que je survive pour devenir ce que je suis devenu ? Plus les jours passaient, plus je me persuadais de ça et l'attitude de mon père ne m'aidait pas à lutter contre cette pensée.
Fuyant, mal à l'aise comme contaminé par une maladie rare, il ne savait plus comment se comporter avec moi, encore pire qu'avant et ça me blessait. C'est lui qui avait mis cette idée de carnet de correspondance en place. Il aurait dû savoir à quoi s'attendre. Il aurait dû savoir que je me posais des questions noires. Mais il semblait totalement dépassé par les évènements et ça m'énervait en même temps que ça m'attristait. Alors préférant l'ignorer à mon tour, je m'enfuis dans ma chambre, disant que je redescendrais uniquement pour le diner.
Le lendemain, je le vis à peine avant de partir en cours. Il ne déjeunait pas avec nous et ne sortis de sa chambre que pour nous amener au collège et au lycée en voiture, nous offrant un faible au revoir avant de repartir. En colère contre lui mais aussi tendu de le voir comme ça, je me dirigeais vers mes potes qui m'accueillaient avec joie. Me permettant de souffler et d'oublier un peu ce qui se passait en ce moment chez moi. Râlant encore une fois contre la reprise des cours après les vacances de Noël pour au moins la millième fois depuis le début de la semaine, je vis Erza et sa bande si figer en nous voyant approcher.
Comme chaque matin Jellal allait saluer sa petite amie et le groupe restait avec elles. Cependant depuis que je restais à nouveau H24 avec mes potes, les discussions étaient souvent tendues avec les filles, qui n'osaient même pas me regarder en face. Ce comportement m'insupportait et même si j'essayais de prendre sur moi pour ne pas leur rentrer dedans, je commençais sérieusement à perdre patiente. J'essayais de me calmer, en pensant à ce pauvre Gadjeel qui avait pour une raison tout à fait incongrue fini par craquer pour la petite Levy et qui galérait à la draguer. Sérieusement ce type nous surprendrait toujours à s'enticher de femme à l'opposé de son genre. Cela dit si ça le rendait heureux tant mieux pour lui. Mais il n'empêche si on m'avait dit que ses cours de soutien avec celle que tout le lycée surnommait le rat de bibliothèque aurait cet effet-là, je ne l'aurais jamais cru.
Se jetant un regard complice avec les gars en le voyant galérer, on repérait bien vite Luxus et sa copine s'avançant vers nous. Accroché l'un à l'autre comme des sangsues, le blond hélait mes camarades leur disant qu'il voulait leur parler stratégie pour le prochain match, leur faisant lever les yeux au ciel. Tout le monde savait très bien qu'il faisait exprès de vouloir leur parler de ça maintenant. Depuis que Luxus était devenu capitaine et encore plus depuis que je lui avais foutu mon poing dans la figure, il ne ratait jamais une occasion de vouloir me rabaisser en me rappelant systématiquement ce que j'avais perdu. Fatigué et lassé de son comportement de bâtard, je levais les yeux au ciel pour la énième fois ce matin. Sérieusement qu'est-ce qu'ils avaient à tous vouloir m'énerver ? Néanmoins ne voulant pas créer un esclandre, je préférais me retirer, disant aux gars que j'allais en classe, leur faisant signe de laisser couler. Ce qu'ils firent bien malgré eux.
Heureusement le reste de la journée se passait sans encombre. Luxus ne revient pas nous chercher des noises et les filles restaient ensemble, m'évitant ainsi de péter une durite. Je sortais donc du lycée à peu près serein ce soir-là. Je réussis même à faire abstraction en partie de mon père dans la voiture. L'ignorant royalement une fois arrivé à la maison, je me dépêchais de rejoindre ma chambre, voulant garder cet état d'esprit pas trop négatif pour le reste de la soirée. Malheureusement en arrivant dans ma chambre je découvris un carnet à la couverture en cuire bien connu. C'était le carnet que mon père avait acheté à Noël. Il m'avait enfin répondu.
Tremblant, je refermais la porte avant de me diriger lentement vers l'objet de presque toutes mes pensées ces temps-ci. Le saisissant, je caressais du bout des doigts la couverture, appréciant le contact du cuir sous ma peau. Stressé et mort de peur à l'idée de découvrir ce qu'il y avait à l'intérieur, je n'osais pas l'ouvrir. Je m'asseyais donc sur mon lit, gardant l'objet précieux entre mes mains. Incapable de réagir pendant plusieurs minutes, m'imaginant tout et n'importe quoi et surtout le pire. Je finis par pousser un profond soupir. Prenant mon courage à deux mains, je me mis à lire la réponse de mon père. Craignant ce que j'allais y découvrir, je refermais prestement le livre à peine les deux premiers mots lus.
Mais pour autant même si j'avais peur, même si je voulais fuir, je devais affronter la réalité en face. Car je voulais la connaitre, aussi sordide soit telle. Je repris donc ma lecture, me forçant à poursuivre cette fois-ci. Retenant mon souffle, je laissais mes yeux parcourir le papier et au fur et à mesure de ma lecture, je sentis mes yeux me piquer. Sans que je ne puise le contrôler les larmes roulaient d'elles même sur mes joues et bientôt, ce fut un torrent de larmes. Le souffle court, les yeux bouffis à force de pleurer, je me recroquevillais sur moi-même une fois ma lecture terminée. Posant le carnet un peu plus loin, je laissais toutes mes émotions me submerger, laissant les mots de mon père s'imprégner dans ma tête et dans mon cœur.
