Les jours suivants jusqu'au mercredi me paraissaient interminables. Après avoir réconforté Lucy, on avait juste passé le temps, faisant ce qu'on préférait faire pour se changer les idées : jouer aux jeux vidéo. Nous n'avions plus reparlé de ce qui la bouleversait jusqu'à ce qu'elle rentre chez elle et même par téléphone. Je respectais sa décision de me faire attendre jusqu'à mercredi, quand bien même cela me minait au plus haut point de la savoir dans un tel mal être. C'était d'ailleurs étrange pour moi, de me soucier à nouveau des soucis de quelqu'un d'autre autant, voir plus que de mes propres problèmes et ça faisait du bien. Je me sentais moins égoïste et j'avais l'impression de retrouver un peu de mon vrai moi.

Bien sûr ma soudaine inquiétude ne passait pas inaperçu aux yeux des autres et mes amis s'inquiétaient eux aussi de savoir, ce qui pouvait miner autant Lucy en apprenant la nouvelle. Heureusement leur sollicitation était bienveillante et pas rempli d'une curiosité malsaine. A vrai dire, au départ je n'avais pas prévu de leur en parler. Je ne savais pas ce qu'elle avait et ça restait surement de l'ordre du privé. Personne ne la connaissant à part Grey, leur parler de ses soucis me paraissait inapproprié, mais Lisanna ne m'avait pas vraiment laissé le choix. Dès la première heure elle était venue me voir lundi pour savoir comment allait Lucy, s'inquiétant de savoir si c'était de sa faute si elle était dans cet état, son esprit ayant fait le même cheminement que le miens. Cependant, je la rassurais lui disant que ça relevait du privé et elle poussait un profond soupir de soulagement, me disant qu'elle espérait que Lucy irait vite mieux, que ça avait l'air d'être quelqu'un de vraiment bien et qu'elle devrait être heureuse. Touché par ses mots, je la remerciais franchement surprenant tout le monde.

Peu importe combien mes amis étaient déjà au courant de comment s'était passé notre conversation grâce aux nombreux messages qu'on s'était envoyé, ils étaient étonnés de nous voir en aussi bon terme, capable de se parler sans manquer de s'effondrer. Je crois que cette toute nouvelle relation avec Lisanna, bien que juste cordiale, les rassuraient et les rendaient heureux pour moi. Cela signifiait que j'avançais et ça leurs plaisaient. Cela ouvrait également une toute nouvelle perspective pour eux : renouer avec les filles. Car si ma relation avec Lisanna allait mieux, peut être pourrions-nous de nouveau se mélanger comme avant, recréant notre petit groupe du passé. Néanmoins, cette idée ne m'enchantait guère. S'il est vrai que les gars avaient beaucoup coupé les ponts avec les filles dans un sens à cause de la présence quasi récurrente de Lisanna dans leur groupe et que c'était elle qui me posait le plus de problème, il n'en demeurait pas moins qu'à mes yeux les autres filles n'avaient pas fait plus d'effort que ça pour garder contact, et renouer de nouveau avec ne me disait rien. Pour moi quelque chose s'était brisé à partir du moment où elles m'ont fui. Toutefois, je savais que l'idée leur plaisait, notamment à Jellal qui pourrait de nouveau côtoyer Erza pratiquement H24 et Gadjeel qui pourrait peut-être draguer Levy plus facilement, les pauvres devant jongler en permanence entre nos deux groupes. Alors peut être que je ferais un effort, peut être que j'accepterais de nouveau de me mélanger à elles pour leur faire plaisir, mais cela ne voudrait pas dire pour autant que je me joindrais à leurs conversations.

D'ailleurs je croyais que c'est ce que Lisanna voulait me demander avant d'être brusquement interrompu par Lucy samedi : envisager de me joindre de nouveau à elles quand Luxus ne serait pas présent. Mais malgré ma demande pour qu'elle confesse ce qu'elle avait à me dire, elle avait fui, refusant de me dire quoique ce soit arguant que j'avais surement plus important à penser à l'heure actuelle avec Lucy et que ce n'était pas urgent, que ça pouvait attendre. Alors même si je n'avais aucune certitude, j'étais presque sûr qu'il s'agissait de ça en voyant Jellal et Erza faire des messes basses avec elle. Ils devaient vraiment me croire idiot, pour penser que je n'avais rien remarqué à leur petit manège. Cependant, ils avaient raison sur un point. J'étais bien trop préoccupé par Lucy en ce moment pour m'en occuper et décidait de reporter à plus tard notre confrontation sur le sujet.

Savoir ce qu'avait Lucy m'obsédait tellement, que je passais la moitié de ma séance chez ma psy dans la lune, à son plus grand désespoir et aussi à sa plus grande colère. Aquarius pouvait être vraiment effrayante quand elle s'y mettait. Néanmoins, sa fureur passée rapidement en voyant une Lucy à la mine défaite nous attendre dans la salle d'attente.

- Oh… Je comprends mieux pourquoi tu étais ailleurs pendant toute la séance… Si tu voulais qu'elle se joigne à nous tu aurais dû nous le dire. Me taquinait Aquarius.

- Hum non… En fait, je dois aller quelque part avec Lucy après. Me défendis-je.

- Oh… Et je suppose que sa mine déconfite à un lien avec votre lieu de rendez-vous ? Soupçonnait-elle bien en analysant ma petite amie.

- Oui…

- Très bien… Mademoiselle Lucy je présume ? S'avançait en dehors de son bureau Aquarius, sortant Lucy de ses pensées.

- Euh oui. Enchantée Madame. S'inclinait légèrement Lucy, gênée de ne pas nous avoir remarqué.

- Oh appelez-moi Aquarius, le madame me vieillit. Ravi de vous rencontrer. Souriait Aquarius, faisant rougir Lucy de gêne.

- Le plaisir est partagé ma… Aquarius. Merci pour tout ce que vous faites pour Natsu. Lui souriait en retour Lucy.

- Merci à toi aussi, tu l'aides énormément. La faisait rougir une nouvelle fois ma psy avant, de nous dire au revoir.

- Tch… Vous étiez obligé de faire ça devant moi ? Me plaignis-je rouge de honte.

- Ahaha, ne le prend pas comme ça. Riait doucement Lucy, avant de s'assombrir à nouveau. On y va ? Demandait-elle, soudain tremblante.

- Bien sûr, je te suis. Lui pris-je la main, lui offrant un pâle sourire de réconfort, toute honte envolée désormais.

Péniblement Lucy me conduisait à l'extérieur, sa prise sur ma main se resserrant lorsqu'elle se dirigeait vers la station de bus la plus proche. Se murant dans le silence, je voyais son stress monter en flèche et sachant parfaitement qu'elle gérait très mal les émotions négatives, pouvant parfois même se montrant un peu hostile dans ce genre de moment, je respectais son choix de garder le silence, me contentant d'être juste là pour elle. Alors malgré ma curiosité maladive, je prenais sur moi tout le long du trajet, me contentant juste d'être un pilier pour elle, la laissant s'appuyer sur moi si besoin. Mes seules interactions avec elle étant de simple effleurement de la part de ma main non prise par la sienne et de petit baiser sur le front qui la faisait sourire timidement à chaque fois.

Je ne la lâchais pas de tout le trajet et je ne la lâchais pas non plus une fois arrivé à destination, peu importe combien celle-ci m'étonnait. En effet, je me trouvais actuellement devant l'entreprise Heartfillia, ou plutôt devrais-je dire « Les chemins de fers Heartfillia », les parents de Lucy ayant construit un empire en matière de construction ferroviaire et d'innovation dans le domaine avant leur mort. Me retrouver ici m'angoissait et je me sentais particulièrement gauche, comme pas à ma place une fois qu'on rentrait dans l'immense bâtiment à deux étages. Toutes les personnes autour de moi semblait être des hommes d'affaire plus ou moins chic, j'avais donc l'impression de faire tache avec mon jean et mon sweat à capuche en mode jeune ado rebelle presque. Ce n'est d'ailleurs que maintenant que je remarquais que Lucy était habillée beaucoup plus chiquement que d'habitude. Elle arborait une jolie robe noire bien que simple, avec des collants gris souris et des bottines à talon noires, ses cheveux relevés en un chignon haut lui donner un air plus strict qui ne lui allait pas selon moi. Mais je comprenais pourquoi elle s'était apprêtée de la sorte si on venait ici, d'autant plus que tout le monde semblait la reconnaitre, chaque employé la saluant à son passage.

Légèrement mal à l'aise, je la suivais pourtant docilement, sa mine grave me retenant de tout commentaire. La pauvre semblait au bord de l'évanouissement, son visage devenant de plus en plus blanc au fur et à mesure qu'on s'enfonçait dans l'entreprise, et je crus bien la voir s'effondrer de panique en voyant un homme d'une quarantaine d'année aux cheveux poivres et sels, à l'allure longiligne et aux yeux noirs s'approcher d'elle tout sourire, lui offrant sa salutation la plus chaleureuse, la prenant même dans ses bras, nous obligeant à nous détacher l'un de l'autre.

- Lucy, je suis tellement ravi de te revoir. Tu ne viens jamais ici. La grondait gentiment l'homme.

- Désolé Caprico, j'essaierai de passer te voir plus souvent promis. Lui souriait doucement Lucy, son visage ne retrouvant pas de couleur pour autant, malgré toute l'affection qu'elle semblait avoir pour l'homme.

- Tu n'es pas venu seule à ce que je vois ? Lui souriait malicieusement son interlocuteur.

- Non… Caprico, je te présente Natsu, mon copain. Natsu, voici Caprico, c'était l'associé de mon père et de ma mère, c'est lui qui gère l'entièreté de l'entreprise en attendant que j'ai la majorité. Nous présentait Lucy.

- Hé bien. Ce jeune homme m'a l'air bien plus convenable que l'autre. Me souriait poliment Caprico, me tendant la main.

- Je le suis. Tentais-je un trait d'humour, faisant rire l'homme en lui prenant la main.

- Ahaha vous m'en voyez ravi ! Bien, Lucy on va dans mon bureau. Natsu voulez-vous nous suivre ? Me proposait Caprico, mais en voyant le regard de Lucy j'ai su qu'elle souhaitait y aller seule.

- Non merci, les affaires je n'y comprend pas grand-chose, alors je vais vous laisse entre vous, je vous attends ici. Déclinais-je son offre, jetant un dernier regard d'encouragement à ma copine.

- Ahah bien ! Dans ce cas allons-y Lucy. L'invitait-il à la suivre, la pauvre se tendant encore plus, adoptant une démarche pas du tout naturelle.

Stupéfait par son comportement si guindé, je me demandais bien de quoi Caprico voulait lui parler. La pauvre semblait au bord de la syncope, alors que l'homme semblait au contraire fou de joie, cela n'avait aucun sens. Intrigué, je savais que je devais prendre encore mon mal en patiente avant de savoir de quoi il en retournait, peu importe combien cette attente me rendait dingue. Je décidais donc de patienter sur les chaises présentes dans le couloir, sortant mon téléphone de ma poche pour trainer sur les réseaux sociaux. Scrollant, sans véritablement porter attention à ce que mes yeux voyaient, mon esprit s'imaginant bien trop de scénario sur le pourquoi, du comment Lucy se sentait aussi mal, je fus sortie de ma torpeur, par une voix appelant mon nom.

- Natsu ? Natsu Dragneel ? M'appelait un homme à la peau mate, aux cheveux et aux yeux bleus.

- Acnologia ? Sursautais-je, surpris de voir une vielle connaissance si je pouvais dire ainsi.

- Par tous les dieux, je suis ravi de te revoir jeune homme, tu sembles t'être bien remis de ton accident. Accourait l'homme d'une trentaine d'année vers moi tout sourire.

- On peut dire ça. Me relevais-je péniblement, sous son regard tombant de tristesse.

- Toujours mal ? Demandait-il sans curiosité malsaine.

- Malheureusement… Soupirais-je.

- Tu pourras rejouer à nouveau ? Questionnait le bleu.

- Il y a peu de chance… A vrai dire les médecins ne savent pas si je remarcherai un jour normalement, plusieurs nerfs importants ont été touché et os brisés. Expliquais-je.

- Quel dommage, tu étais promis à un si bel avenir. Tu sais j'ai vraiment été attristé quand j'ai appris ce qu'il t'était arrivé, des joueurs comme toi on n'en voit pas souvent, j'avais vraiment hâte de pouvoir travailler avec toi. Soufflait Acnologia, vraiment déçu.

- Moi aussi… Mais vous pourriez peut-être sponsoriser / embaucher Luxus. Riais-je.

- Certainement pas ! Sans vouloir être médisant ce gamin n'a rien d'un grand joueur, il joue perso, est bien trop agressif et porte tort à son équipe. L'équipe jouait vraiment mieux quand c'était toi qui la guidais, tu étais un excellent capitaine, n'en doute jamais mon garçon. Tentait de me remonter le moral Acnologia.

- Ouai… Malheureusement c'est du passé, je ne ferais plus jamais carrière dans le sport. Dis-je dépité.

- Ne dit pas ça mon garçon. Ce n'est pas parce que tu ne peux plus être un joueur que tu ne peux plus travailler dans le milieu. Me souriait le bleu, me faisant relever la tête de surprise.

- Hein ? Ne comprenais-je pas.

- Voyons, joueur n'est qu'une infime partie des possibilités. Tu peux être entraineur, nutritionniste, psychologue, médecin, juriste ou alors comme moi dénicheur de talent et chargé des mécénats.

- Je… Je n'y avais jamais pensé. Balbutiais-je.

- Ahah hé bien tu devrais. Ta vie n'est pas finie tu sais, tu as encore plein de possibilité qui s'offre à toi Natsu, à toi de savoir les voir et de les saisir. Me souriait le bleu, se montrant encourageant.

- Merci Acnologia, j'y penserais. Remerciais-je sincèrement le bleu, qui venait sans le savoir de me redonner espoir en mon avenir professionnel.

- Il n'y a pas de quoi ! Oh tient en parlant de mécénat je crois que je vois mon rendez-vous arriver. S'enfuyait-il, se dirigeant vers un Caprico qui revenait avec une Lucy amorphe.

Surprise de me voir en compagnie de l'homme à la peau mate, aux tatouages tribaux bleus et aux court cheveux bleu foncé avec des yeux dignes d'une turquoise, Lucy relevait ses sourcils, retirant de son visage pendant quelques secondes son humeur maussade. Curieuse, elle me demandait bien évidemment d'où je connaissais Acnologia, mais j'esquivais habilement la question lui disant que ce n'était pas le plus important pour l'instant. Je savais que c'était une veine tentative de détourner le sujet de conversation à nouveau sur moi, mais je refusais de me laisser faire. Lucy ne pouvait pas toujours s'occuper de moi et renier ce qui la rongeait. J'aurais tout le temps de lui expliquer d'où je connaissais le bleu, et notamment de réfléchir à notre rencontre, pour l'instant seule ma copine et son air triste comptait.

Malheureusement, je dû attendre encore un peu avant d'en apprendre plus. Voyant à quel point Lucy semblait se sentir mal à l'aise dans son entreprise, je l'entrainais le plus rapidement possible dehors, lui suggérant qu'on aille chez elle. Soulagée par ma proposition, elle laissait échapper un souffle, m'offrant un petit sourire en acceptant avec joie mon offre. On se coltinait donc encore bien trente minutes de transport en commun avant d'arriver chez elle, et une fois à destination, je ne savais pas comment aborder le sujet.

Lucy avait promis de tout me dire aujourd'hui, mais pour l'instant je m'étais fait trainer dans la moitié de la ville sans aucune explication, nageant dans le flou complet. Et pour autant, maintenant que j'avais la possibilité d'obtenir des réponses en toute tranquillité j'hésitais à aborder le sujet. Je voyais bien à quel point elle était tendue, encore plus que lorsqu'on était rentré dans la société. Le visage blême, ses doigts jouant entre eux, le regard résolument fixé vers le bas, elle s'obstinait à fuir mon regard. Assis tous les deux sur son lit, on restait plusieurs minutes comme cela dans un silence gênant, avant que je ne craque.

- Hé Luce… Soufflais-je, attirant son attention sur moi, portant une de mes mains aux siennes, lui serrant les doigts.

Sur le moment, elle ne dit rien, se contentant de m'offrir un regard sous ses longs cils blonds. La tristesse et l'incertitude régnaient dans ses immenses pupilles chocolat et je déglutissais nerveusement en m'imaginant une fois de plus le pire.

- Je… J'ai été accepté dans une grande école de commerce. Avouait-elle enfin après plusieurs minutes de silence pesant.

- C'est vrai ? Oh mais c'est génial ! M'écriais-je fou de joie, sachant à quel point le sujet sur sa potentielle admission l'angoissait.

- Non ça ne l'est pas ! Craquait-elle en retour, sa voix étouffant un sanglot, me surprenant. Je ne m'attendais tellement pas à cette réaction.

- Pourquoi ? Ce n'est pas ce que tu voulais ? Demandais-je, perdu.

- Si… Non… C'est compliqué… Se perdait-elle.

- Alors explique moi. Susurrais-je, la rapprochant de moi, l'installant contre mon torse, espérant lui donner le courage nécessaire pour s'exprimer.

- Je ne rêve pas de faire des études de commerce… Je… Je voudrais faire une école de dessin et d'animation pour travailler sur la conception de jeu vidéo. Se lamentait-elle.

- Alors fait le. Suggérais-je, ne voyant pas où était le problème.

- Je ne peux pas. Je ne peux pas abandonner l'entreprise de mes parents, c'est tout ce qu'il me reste d'eux. Je dois faire cette école de commerce pour pouvoir reprendre l'entreprise, je leur dois bien ça mais… Mais je n'en ai tellement pas envie en même temps et… Natsu ça fait si mal… S'effondrait-elle, ses mains s'agrippant fermement à mon pull, comme si j'étais son ancre au milieu de la tempête.

Stupéfait par son aveu, je ne savais pas quoi faire. Jamais je n'aurais pensé que Lucy serait dans ce genre de dilemme, à vrai dire cette idée ne m'avait même pas effleuré l'esprit. Je n'aurais pas pu me douter que de telles préoccupations hantées son esprit et pourtant j'aurais dû me douter que la mort de ses parents la minait encore. Mais que pouvais-je dire face à une telle situation ? Si ça ne tenait qu'à moi je lui dirais « fait ce que tu veux de ta vie, c'est la tienne » mais je ne connaissais pas tous les tenants et les aboutissants et j'avais peur de la faire s'effondrer un peu plus, alors même qu'elle pleurait tout son soul contre moi. Je fis alors la seule chose que je savais sûr de pouvoir lui apporter un minimum de réconfort, je la serrais contre moi, attendant que ses pleurs se calment pour en parler plus posément avec elle. Mais quand les pleurs se clamaient enfin, Lucy s'était endormie, me laissant seul avec mes interrogations.

Attendri de la voir ainsi blotti contre moi, je décidais pourtant de quitter notre petit cocon afin d'aller me chercher à boire dans la cuisine. La décollant le plus lentement possible de moi afin de ne pas la réveiller, je la déposais sur sa couette, piquant une couverture qui trainait sur sa chaise de bureau pour la recouvrir afin qu'elle n'ait pas froid. Soulagé en la voyant enfin calme, je quittais sa chambre, partant en quête d'un verre pour étancher ma soif. Cependant, n'étant allé chez Lucy qu'une seule fois je ne savais pas où était rangé la vaisselle et je me retrouvais à fouiller un peu de partout, surprenant une Anna qui rentrait du travail et ne m'attendait visiblement pas à me retrouver dans sa cuisine.

Sursautant violemment en retenant un petit cri, je la suivis dans son geste, surpris moi aussi de la voir débarquer. Lucy ne m'avait pas dit à quelle heure rentrait sa tante et je ne l'attendais pas. Gêné d'être découvert entrain de fouiller en quelque sorte, je rougissais violemment quand l'adulte m'interpellait.

- Natsu bon dieu tu m'as fait peur ? Que fait tu ici et que cherches tu dans le placard à assiette ? Demandait Anna, une main sur le cœur mais sans aucune animosité.

- J'ai accompagné Lucy à son entreprise aujourd'hui et elle m'a invité à venir après. Je cherche un verre pour boire. Avouais-je contrits, espérant ne pas être le malvenu.

- Oh… C'est vrai qu'elle m'avait dit que tu l'accompagnais… Attends je vais te montrer où sont les verres. Soufflait Anna, se dirigeant vers moi.

M'offrant une petite tape de bienvenu sur l'épaule, elle m'indiquait où se trouvait ce que je cherchais, avant de s'installer avec moi à table, nous servant tous les deux finalement. Un drôle de silence, pas pesant, ni malaisant régnait entre nous. Ne sachant quoi dire pour rompre ce silence, pas si dérangeant que ça, j'attendais qu'Anna lance la conversation, son regard analytique me foutant toujours une sensation de vertige.

- Où est Lucy ? Finissait-elle par demander son homologue blonde.

- Dans sa chambre, elle dort. Lui appris-je.

- Hum… Quelle était la nouvelle ? M'interrogeait Anna, sachant très bien le pourquoi, du comment de la visite de Lucy à l'entreprise.

- Elle a été acceptée. Soupirais-je, en repensant à sa réaction.

- Comment a-t-elle réagi ? S'inquiétait Anna.

- Mal… Dite… Je sais que ça va peut-être paraitre déplacé mais est ce que vous ou quelqu'un d'autre de sa famille lui met la pression pour hériter de l'entreprise ? Ne puis-je me retenir de demander, bien trop bouleversé par l'état de ma copine, pour me soucier des politesses habituelles.

- Quoi ? Non… Bien sûr que non. Que ce soit moi ou mon frère on a toujours encouragé Lucy à faire ce qu'elle voulait dans la vie. Se scandalisait Anna.

- Alors pourquoi est-ce qu'elle postule dans des écoles de commerce où elle ne veut pas aller ? Insistais-je.

- Parce qu'elle s'y sent obligée… Depuis… Depuis la mort de ses parents Lucy se sent redevable envers eux de toutes les manières possibles. Cette entreprise, c'était le rêve de ses parents et elle veut continuer à le faire vivre, même si ce n'est pas son rêve à elle. On a essayé plusieurs fois de lui dire qu'elle n'avait pas à suivre le même chemin qu'eux, mais elle s'y force. Elle s'inflige cela toute seule et je ne sais plus comment l'aider là-dessus. Soupirait Anna, dépassée par le malheur de sa nièce.

- Elle croit que c'est tout ce qui leur reste d'eux. Murmurais-je, en repensant aux paroles qu'elle m'avait dites avant de s'endormir.

- Oui… Et si elle continu comme ça, j'ai bien peur qu'elle finisse par se rendre malheureuse et retombe dans certain de ses anciens travers. S'imaginait déjà le pire sa tante.

- Ça n'arrivera pas, je ne le laisserais pas faire. Affirmais-je, la surprenant, la faisant m'observer comme si j'étais un extraterrestre.

- Tu es quelqu'un de bien Natsu… Je suis heureuse que Lucy t'ait rencontrée. Me souriait-elle tendrement, me rappelant presque ma mère au début de ma vie.

- Je ne suis pas si bien que ça vous savez. Me dévalorisais-je, aussitôt face à son compliment, incapable de l'accepter.

- Ne dit pas ça. Tu vaux bien plus que ce que tu crois. Veux-tu que je te ramène chez toi ? Me proposait-elle.

- Si ça ne vous dérange pas, je préférais attendre que Lucy se réveil avant de s'en aller.

- Non bien sûr que non. Va la rejoindre, je suis sûr qu'elle sera heureuse de te voir à son réveil. N'y voyait aucune objection Anna, me poussant à rejoindre sa protégée.

Et c'est ce que je fis presque immédiatement. Je pris quand même le temps de remercier Anna pour la conversation, mon cerveau étant désormais remplis d'autres données à traiter et qui me permettait de mieux comprendre la situation dans laquelle Lucy se trouvait. Je trouvais son acte de dévotion à la fois tellement triste et beau que je ne savais pas trop quoi en penser pour l'instant. La seule chose dont j'étais sûr, c'est que j'allais devoir en parler avec elle une fois que j'aurais les idées plus claires sur ce sujet et qu'elle sera moins à fleur de peau. Je me contentais donc de la rejoindre sous la couverture une fois arrivé dans sa chambre, m'installant juste à ses côtés, regardant son visage marqué par les sillons de ses larmes, l'embrassant tendrement sur le front avant de la rejoindre moi aussi au pays des rêves.