Hello ! Voici la suite, en espérant que cela vous plaise toujours :)


Chapitre un : Adaptation

Novembre 1981

Albus Dumbledore posa la main sur l'épaule de Regulus Black. La tête entre les mains, celui-ci peinait à comprendre. Severus Rogue de l'autre côté de la pièce, se trouvait dans le même état d'esprit. Il fixait Regulus avec un choc total.

- Tu l'as rejoint pour espionner ? Finit-il par demander. Tu as trahi Serena pour ça ?

- J'étais prêt à tout pour revoir le sourire de ta sœur. Un jour. Peu importe qu'il soit lointain ou non.

Regulus tut le fait que ça avait été une idée de Sirius au départ. Serena n'avait jamais su que Sirius et lui se voyaient en secret et que durant de longs mois, l'aîné avait tenté de convaincre le cadet de rejoindre l'Ordre du Phénix.

Il avait finalement fini par rencontrer Dumbledore secrètement -c'était bien avant que Severus ne retourne sa veste- qui lui avait exposé son plan. Infiltrer les rangs de Voldemort, l'espionner et faire des comptes-rendus à l'Ordre. Cela avait impliqué de jouer le jeu jusqu'au bout, de ne rien révéler à Serena. Ca avait été le pire mensonge de toute sa vie. Il en pleurait très souvent le soir dans son lit.

Serena était l'amour de sa vie, il le savait. Tout comme il savait que se mettre du côté de son frère l'éloignerait de lui pour toujours. Il n'avait pas voulu le lui cacher. Il avait volontairement fait en sorte qu'elle voit sa marque et la douleur qu'il avait vu dans son regard aurait valu mille coups de couteau au cœur.

Dumbledore lui tendit un verre de whisky pur feu qu'il avala d'une traite.

- Tout ça pour ça, marmonna-t-il en posant son verre.

Sirius, qui l'avait poussé à aider l'Ordre, les avait finalement trahis et c'était Regulus qui souffrait plus que jamais. Mais maintenant, Serena était dans le coma, blessée par des mangemorts nostalgiques.

- Et mes nièces ? Demanda Severus.

- Chez les Malefoy.

Dumbledore leva une main pour calmer les deux hommes.

- Serena voulait que les Tonks s'occupent des jumelles. Fudge a voulu se faire bien voir et obtenir les bonnes grâces de Lucius. N'oubliez pas qu'il a été innocenté sans procès.

Regulus se leva.

- Je ne laisserai pas mes filles là-bas ! Tonna-t-il.

Severus haussa un sourcil étonné.

- Tu savais…

- Il faut être un abruti fini pour ne pas avoir compris. Neuf mois après m'avoir quitté, elle accouchait à Sainte Mangouste.

- Mais pourquoi…

- Parce qu'elle aurait refusé. La sécurité des enfants compte avant tout. Elle ne m'aurait pas cru sur parole. Et… Je suppose qu'elle a fait en sorte qu'aucune preuve n'existe faisant état que je suis leur père. Ou alors très bien cachée. Je n'ai d'autre choix que de laisser faire les choses et de prier qu'elle se réveille, autant pour elles que pour moi.

Regulus se resservit un verre et se plongea dans ses pensées. Il se rappelait de sa réaction quand Voldemort avait appris à Severus qu'il était devenu oncle. Il savait que c'était ses enfants et il ne montra rien, ce jour-là, si ce n'était le dégoût que l'on attendait de lui à ce moment-là.

Le soir-là, il avait été plus que difficile pour lui de ne pas se rendre à Sainte Mangouste pour voir les jumelles et Serena. Il avait fallu toute la force de persuasion de Sirius pour le retenir. Il était plus que mécontent qu'Amaryllis et Cassiopée se retrouvent chez les Malefoy. Mais peut-être que Narcissa…La dernière fois qu'il l'avait vue, elle couvait avec amour le petit Drago. Il y avait un espoir. Il aurait très bien pu prouver qu'elles étaient ses filles. Mais il sentait, au plus profond de son cœur, que ce serait une erreur vis-à-vis de Serena. Elle ne le lui pardonnerait pas. Regulus quitta la pièce en coup de vent. Il avait besoin d'être seul pour assumer sa décision et pleurer sur sa situation. A cet instant, il n'aurait pas supporté de pleurer devant Severus et Albus.


Novembre 1983

Lucius s'effaça pour les laisser entrer, la gorge étrangement nouée. Narcissa s'accrocha à son bras, et ce fut un geste que Serena nota. Elle nota également que la morgue habituelle de Lucius n'était pas présente et se demanda ce qui se passait. Elle n'eut pas le temps de tergiverser plus sur cela, qu'elle vit Drago, Amaryllis et Cassiopée qui courraient après Dobby sans s'arrêter.

Le choc de voir ses filles si grandes la fit chanceler dans son fauteuil et son frère l'amena doucement vers le salon. Les enfants ne se préoccupant pas d'eux, il était inutile de les arrêter. Ils devaient discuter très sérieusement. Narcissa sortit du whisky pur feu d'un meuble du salon et leur en servit quatre verres. Serena mit brièvement le visage entre ses mains, regrettant de n'être finalement pas restée à Sainte Mangouste encore quelques heures.

- Content de voir que tu es réveillée.

- Etant donné que ta belle-sœur est une des responsables, j'ai un gros doute, assura Serena.

Lucius esquissa un sourire sans répliquer.

- Je suis venue récupérer mes filles.

- Nous nous en doutons, dit Lucius. Mais je crois que cela va s'avérer plus compliqué que tu ne le penses. Niveau administration, s'entend.

Severus pressa la main de sa sœur.

- Loin de nous l'idée de te priver de tes filles, parla enfin Narcissa.

- Pourtant Fudge a agi bien vite pour vous les confier alors que sur mon testament j'avais mentionné Andromeda.

- Je suppose qu'avec Severus parmi eux, et…

- Oui, je me sentais plus que menacée, répondit Serena.

- Tu dois savoir que c'était une période compliquée pour le Ministère également. Regarde Sirius. Il n'a jamais eu de procès alors que selon la loi…

Serena ouvrit la bouche en un O parfait. Elle avait bêtement pensé que durant son coma, il y avait eu droit.

- Je ne le défends pas, dit aussitôt Narcissa en réponse au grognement de Severus, mais il faut admette qu'en cette époque tout était sens dessus dessous.

Les trois enfants entrèrent dans le salon. Les yeux de Drago firent l'aller-retour entre les filles et Serena. Amaryllis et Cassiopée regardèrent d'abord leur oncle puis Serena. Amaryllis tomba dans les yeux noirs et se rappela de ses yeux noirs emplis d'amour, de ses bras chauds autour d'elle qui la berçaient, de sa voix qui lui chantait des berceuses.

- Maman ? Demanda-t-elle sans trop y croire.

Serena acquiesça avec douceur, les larmes aux yeux. Amaryllis se rua vers sa maman, qui la prit dans ses bras. Cassiopée les rejoignit rapidement.

La discussion des adultes fut écourtée et les Malefoy laissèrent les Rogue ensemble sous le regard incompréhensif de leur fils, qui ne retenait qu'une chose : si Amaryllis et Cassiopée avaient retrouvé leur maman, elles allaient forcément partir du manoir et il se retrouverait tout seul. Ce serait ennuyeux et il le savait parfaitement. Narcissa expliqua qu'ils en parleraient plus tard et alla s'isoler avec les paons du parc. Drago resta cependant avec elle, collé dans le giron maternel. Lucius alla dans son bureau ranger ses papiers et s'interroger sur ce qu'il convenait de faire, surtout pour tirer le meilleur parti de la situation.

Severus se retrouvait avec Cassiopée sur les genoux alors qu'Amaryllis ne quittait pas les bras de sa mère. Les deux enfants dormaient à poings fermés tant l'émotion avait été intense.

- Lucius a raison. Avec la rééducation que tu vas devoir faire, tu ne vas pas pouvoir t'occuper des filles seule.

- Je n'aménagerai pas là-bas.

Serena parlait de la maison parentale, où vivait Severus. Il y avait bien trop de mauvais souvenirs en ce lieu pour qu'elle ait seulement envie d'y mettre les pieds.

- Je ne comprends pas comment tu peux vivre là-bas.

Severus ne répondit pas. C'était une forme de pénitence pour lui, mais il n'avait pas envie d'en parler à sa sœur.

- Sainte Mangouste pourrait t'attribuer une médicomage pour t'aider… Mais ça te reviendrait cher. Et tu n'as pas de travail.

Serena pinça les lèvres tout en berçant Amaryllis qui s'était installée plus confortablement dans ses bras. Dans les bras de Severus, Cassiopée suçait son pouce en serrant avec force la manche de la robe de sorcier de son oncle.

- Je verrais bien une solution, mais elle ne te plaira pas.

Serena le regarda.

- Je sais ce que tu envisages. Vivre ici ?

Severus acquiesça.

- Ce serait moins perturbant pour les filles. Sans compter Drago et Narcissa. Pour Lucius, je ne sais pas ce qu'il en est.

Serena eut une moue de dégoût. Elle n'avait pas la moindre envie de s'imaginer vivre ici. Elle reconnut malgré elle que les arguments de son frère n'étaient pas mauvais. Mais côtoyer Lucius ?

- Regulus habite chez ses parents, il n'a pas gardé votre appartement. Tu ne veux pas venir habiter avec moi… Il n'y a pas trente-six mille solutions.

Serena grogna, encore butée.

- Lucius doit sûrement en être arrivé aux mêmes conclusions que moi.

- Tout va dépendre de ce qu'il attend en retour de cela. Nourrie, logée, blanchie, je doute qu'il ne demande rien en retour. Je dois d'abord avoir une discussion avec eux. Mais ton idée ne me plait pas du tout, Severus.

Serena profita encore quelques minutes de ses filles dans un calme apaisant. Elle hocha ensuite la tête en direction de son frère. Il se leva précautionneusement pour ne pas réveiller Cassiopée et avança avec lenteur vers la porte. Il chargea Dobby d'aller coucher l'enfant et lui ordonna de chercher Amaryllis ensuite. L'elfe s'exécuta et alla par la même occasion également coucher Drago pour la sieste. Narcissa et Lucius se rendirent au salon.

Serena avait les sourcils froncés et semblait réfléchir à toute vitesse.

- Je n'ai pas les moyens de les prendre avec moi, finit-elle par avouer en fermant les yeux avec douleur. Narcissa s'en voulut de sentir son cœur se réjouir d'une telle façon. Lucius ne cacha pas un sourire victorieux. Il restait fidèle à lui-même après tout !

- Je n'ai même plus d'endroit où vivre. Je ne peux pas offrir une vie décente à mes filles.

Un silence suivit et les époux Malefoy échangèrent un regard.

- Quel métier voulais-tu faire ? Demanda Lucius. Je ne me rappelle pas.

- Vétérimage, mais je n'ai pas eu le temps de finir mes années d'études.

Narcissa regarda son mari, qui approuva. Autant que ce soit elle qui parle de l'idée qu'il avait eue, et qu'elle semblait avoir devinée.

- Habite ici le temps de finir tes études, dit Narcissa. Ce serait plus simple pour les enfants. Tu sais, ils se considèrent plus comme des frères et sœurs que comme de simples petits-cousins.

Les yeux de Serena s'écarquillèrent comme des billes.

- Comment…

- Fudge. Il l'a su par ton testament et nous l'a révélé.

Serena pinça les lèvres. Cet homme ! Il s'était permis beaucoup de choses concernant ses filles qu'elle ne cautionnait pas. Il allait entendre parler d'elle. Peut-être pas tout de suite, après tout, les Malefoy étaient proches du Ministre et elle n'avait pas trop le choix que de vivre avec eux.

- Ce n'est pas comme si nous ne le savions pas. Elles sont son portrait craché. Quiconque le connait ou connait Sirius ne peut que faire le lien avec les Black.

- Est-ce qu'il le sait ?

- S'il le sait, il n'a jamais tenté de venir les voir.

Serena fronça les sourcils en fixant Lucius.

- Mais… Il doit bien passer ici ? Vous êtes cousins et… Vous êtes… Etiez mangemort, vous avez forcément dû…

Serena se tut en voyant les yeux de Lucius s'écarquiller de surprise.

- Tu ne t'es renseignée sur rien ? Que ce soit ton frère ou Regulus ?

- Bien sûr que non. Ma priorité était de retrouver mes filles !

Lucius soupira et s'empêcha de lui lancer un regard dédaigneux, sachant que cela n'arrangerait rien du tout.

- Regulus a rejoint ses rangs dans le seul but de le faire tomber. Il a été un agent double dès le début, contrairement à Severus qui a retourné sa veste peu avant la fin de la guerre.

Ils la laissèrent assimiler les informations et Narcissa posa un nouveau verre d'hydromel devant elle. Elle l'avait détesté, maudit et lui avait caché sa grossesse. Et maintenant, elle se sentait comme une idiote. Elle savait pourtant que rejoindre Voldemort ne serait jamais dans les idées de Regulus. Il critiquait sans cesse le camp sombre. Ce pourquoi elle n'avait jamais compris cette trahison et pourquoi elle en avait tant souffert.

La brune se prit la tête entre les mains. Que devait-elle faire ? Rien pour le moment. Elle avait beaucoup trop à assimiler et malgré son coma de deux ans, elle fatiguait énormément. Narcissa fit préparer une chambre pour Serena et Severus resta sur place pour la veiller et s'assurer des bonnes intentions des époux Malefoy.


C'était l'effervescence dans les locaux de la Gazette du Sorcier. La nouvelle du réveil de Serena Rogue s'étalait déjà en toutes lettres entre leurs pages. Ils ne se gênaient pas pour évoquer sa relation avec Regulus, et d'étaler une biographie détaillée d'elle.

Fudge fut satisfait de voir que son nom était mentionné en assurant qu'il avait fait une visite à la convalescente. Voila qui ferait peut-être remonter sa côte auprès des sorciers. Celle-ci était catastrophique depuis un très long moment. D'autant plus que Serena Rogue ne semblait pas vouloir entendre parler de lui et c'était pour le mieux. Il se doutait cependant qu'à un moment ou à un autre, elle reviendrait vers lui. Et ce ne serait pas bon. Pas bon du tout.

Le Ministre de la Magie préféra éviter d'y penser. La tactique de l'autruche n'était pas l'une de ses préférées, mais mieux valait éviter de faire un ulcère en pensant trop à ce problème.


Regulus passa les prochains jours dans le silence. Il avait du mal à réaliser que Serena était bel et bien en vie. Pendant deux ans, il avait prié pour que ce jour arrive. Elle n'était pas revenue à l'hôpital depuis, et même si l'envie de lui envoyer un hibou le démangeait, il préférait ne pas prendre contact. Ce n'était pas à lui de faire le premier pas.

Même pour le camp du bien, il l'avait trahie en ne lui révélant rien, en la laissant croire qu'il l'avait abandonnée. Pire encore, en apprenant son accouchement, il n'avait pas tenté la moindre approche, alors qu'il était persuadé qu'il était le père. Non pas que Serena ne pouvait pas trouver quelqu'un d'autre. Mais cela aurait été bien trop rapide. Elle n'avait probablement pas su elle-même qu'elle était enceinte avant d'apprendre qu'il était mangemort. Il s'en voulait d'avoir loupé la grossesse. Mais même en sachant cela, il aurait accepté la mission de Dumbledore. Tout ce qu'il avait pu faire le soir de la naissance, c'était de boire une bouteille de whisky pur-feu à la santé de Serena, Amaryllis et Cassiopée.

Il avait voulu veiller sur Serena, de loin, mais cela aurait été beaucoup trop voyant et il ne voulait pas qu'elle pense qu'il la suive. Il s'en était voulu le soir où elle était tombée dans le coma. S'il avait été là, peut-être aurait-il pu l'empêcher ou être celui cloué dans ce lit d'hôpital à sa place. Regulus secoua la tête et enfila sa blouse. Une nouvelle journée de travail commençait.


Les jours suivant l'arrivée de Serena au manoir furent étranges pour tous. Elle devait continuer à se déplacer en fauteuil roulant, ses jambes étant encore trop atrophiées, malgré la médicomage que Lucius avait fait venir pour lui prodiguer des soins. Pour les enfants également, la situation était plus qu'étrange.

Amaryllis et Cassiopée étaient heureuses d'avoir retrouvé leur maman. Drago pour sa part était content que les jumelles restent au manoir. Il ne savait cependant pas trop comment interagir avec Serena. Elle était différente de Narcissa. Sa mère l'aimait de tout son cœur, il le savait, mais elle ne se montrait tendre et affectueuse qu'en l'absence de son père. Serena l'était tout le temps avec ses filles, peu importe qui était là. Alors qu'il était difficile pour elle de s'en occuper à cause de son fauteuil roulant, elle ne faisait que peu appel à Dobby. Drago pensait qu'il appréciait Serena, il ne savait juste pas comment il devait la considérer.

Elle le laissait passer du temps avec les filles et elle, allant jusqu'à l'inclure à leurs activités, lui lisant des histoires. Drago ne le savait pas, mais Serena avait demandé la permission à Narcissa et Lucius. Elle savait parfaitement qu'ils avaient une éducation conservatrice, et bien qu'elle le désapprouvât, anti-moldu. Elle ne pouvait rien y opposer, Lucius ayant été innocenté et n'apprenant pas spécialement à ses filles à détester les moldus. Chacun avait ses propres limites dans l'éducation de l'autre.

Serena n'avait d'autre choix que de rester avec eux. Severus travaillant à Poudlard- elle avait été plus que surprise de l'apprendre- elle ne pouvait pas emménager avec lui. Elle serait seule la plupart du temps. Elle aurait pu se rendre chez Augusta, mais le fait de la voir réveillée n'allait-il pas lui rappeler sans cesse que son fils et sa belle-fille restaient dans leur état ? Elle avait envisagé les Tonks, comme elle les avait évoqués sur son testament, mais après avoir vu les liens entre Drago et ses filles, n'avait pu se résoudre à les séparer. Elle refusait de penser à ce qui se passerait quand elle aurait son diplôme et qu'elle se trouverait un logement.

Car après tout, elle refusait de continuer à vivre en dépendant des Malefoy par la suite. Rien ne disait que Drago et ses filles ne se verraient pas. Elle pourrait déménager sans couper le lien qu'il y avait entre eux. Serena secoua la tête et continua de remplir son dossier pour suivre une formation à distance. Vu le cas exceptionnel de sa situation, Sainte Mangouste accepterait sans problème.

Elle se trouvait dans le parc du manoir et devait bien avouer que la vue était sublime. C'était apaisant et calme. Elle n'aurait jamais imaginé vivre ici et encore moins penser ça de la demeure des Malefoy. Elle se retourna et jeta un œil vers les enfants. Ceux-ci étaient déjà surveillés par Narcissa.

Drago jouait le rôle d'un dragon qui poursuivait Amaryllis. Cassiopée était la sorcière qui la protégeait et brandissait un bâton en guise de baguette. Narcissa sourit envers Serena et celle-ci se replongea dans sa paperasse. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, elle se trouvait bien où elle était. Pour le moment, elle repoussait l'instant où elle devrait parler à Regulus. Elle ne voulait pas le revoir dans ces conditions.

Il est vrai qu'il l'avait vue quelques mois à dormir dans son lit d'hôpital, mais elle tenait à être en forme pour paraître devant lui et avoir une conversation sérieuse. C'était très égoïste de priver ses filles et Regulus de se côtoyer encore quelques mois. Mais la peur de ce qu'il dirait était très forte.

Comment lui faire face alors qu'il était l'un des plus grands héros de guerre ? Quand elle, s'était contentée de se terrer dans son coin et d'attendre que les choses se tassent. Il était un exemple pour ses enfants, mais elle, qu'était-elle ? Serena s'en voulait de ressentir de telles émotions. Priver un père de ses filles durant trois ans était long. D'autant plus qu'il avait su et n'avait rien fait pour voir ou prendre ses filles.

C'est là qu'elle reconnaissait la façon d'être de Regulus. Il avait toujours été trop gentil, à sa manière. Et elle se trouvait dans le rôle de la méchante.


Regulus fut surpris d'avoir du courrier. Les rares lettres qu'il recevait étaient celle de Severus et de Dumbledore. Quand il rentrait du travail, il s'isolait dans sa chambre. Il ne supportait pas cette maison, il ne supportait plus sa mère, mais quel fils aurait-il été de la laisser seule alors qu'elle était à la fin de sa vie ?

Elle devenait folle et ne savait plus ce qu'elle disait. Tantôt elle le glorifiait, la minute d'après elle le vomissait d'insultes en admirant Sirius de toutes ses forces. Regulus secoua la tête et son cœur s'arrêta un instant en reconnaissant l'écriture fine et penchée de Serena. Il ouvrit la lettre avec empressement.

Regulus,

Je ne sais pas comment t'annoncer ça. Tu le sais de toute façon déjà, d'après ce que j'ai compris. J'ai aussi appris ton rôle exact durant cette guerre. Comment puis-je seulement espérer que tu me pardonnes la façon dont je t'ai traité à ce moment-là ?

Je voudrais te voir, Regulus. Mais je ne me sens pas capable de le faire. Je me sens beaucoup trop diminuée. Je sais que c'est stupide. Tu connais mon état depuis longtemps et tu t'es occupé de moi durant ces mois. Mais je sais… Je sais que notre entrevue sera compliquée et chargée d'émotions. Je n'aime pas les conflits, tu le sais, et j'ai besoin de t'écrire pour préparer le terrain.

Ma rééducation avance bien. J'ai presque l'impression que ça va trop vite. Je n'aurais plus aucune excuse pour repousser le moment de te voir quand je marcherais de nouveau. Je suis désolée de ma lâcheté, Regulus. Je ne suis pas aussi héroïque que toi.

Je ne comptais pas t'envoyer cette lettre, mais tu mérites de savoir que je ne compte pas te laisser attendre des années avant que nous ne parlions. J'aurais des choses à te révéler autre que le fait que tu sois le père d'Amaryllis et Cassiopée. Je ne sais pas comment tu les prendras, je ne sais même pas si tu seras capable de me regarder encore.

C'est égoïste, mais tu m'as toujours regardé avec tant de tendresse que je n'ai pas envie de voir cette émotion disparaître de ton regard. Tu as toujours été si doux et si tendre, Regulus.

Je suis encore perdue par rapport à ton frère. Je l'étais déjà à l'époque. Narcissa m'a expliqué que c'est lui et Dumbledore qui t'ont lancé sur cette voie. C'est pour ça que je ne comprends pas. Il y a beaucoup de choses que je dois rattraper et comprendre.

Je vis chez les Malefoy, tu sais. Tu ne dois pas en être ravi. Mais les enfants s'entendent si bien que cela me brisait le cœur de les séparer. Je ne me voyais pas venir te voir chez ta mère pour que tu m'héberges. La connaissant, elle ne m'aurait même pas ouvert, de toute façon. Je me voyais encore moins vivre à la maison qu'habite Severus, je me doute que tu sais pourquoi. Et je comprends que tu n'habites plus notre ancien appartement. Trop de souvenirs tristes…

J'ai repris mes études de Vétérimage. Dès que j'aurais un emploi stable, je quitterai le manoir. Nous ne nous entendrons jamais niveau éducation, Lucius et moi. Mais je ne couperai pas les liens entre les enfants.

Je comprendrai que tu souhaites t'aider de la justice, Regulus. Je t'ai privé de tes filles durant trois années. Mais tu sais, nous pouvons nous arranger à l'amiable. Je ne veux pas te priver d'elles plus longtemps. Autant pour toi que pour elles. Vous ne méritez pas une telle souffrance et je le sais parfaitement. Je ne leur ai pas encore parlé de toi. J'estime qu'il ne serait pas humain de le faire, tout en sachant que vous ne vous verrez pas tout de suite

Sois patient, je reviendrai bientôt vers toi.

Jet' Avec toute mon affection,

Serena Rogue.

Regulus fut chamboulé après une telle lettre. Il la comprenait, mais était plus que soulagé de savoir qu'elle ne comptait pas laisser les choses en l'état. Et elle avait confirmé la parenté. C'était quelque chose d'important, même s'il le savait déjà. C'était comme un cadeau qu'elle lui offrait.

Il avait conscience des larmes qui avaient coulé sur le parchemin qu'il tenait entre les mains. Il y en avait de lui, mais Serena avait apparemment elle aussi pleuré en écrivant. Les mots barrés retinrent son attention, et il eut un petit sourire. Rien n'était perdu. Pour tout dire, il était sur le point de récupérer tout ce qu'il avait perdu durant la guerre.

Ce qui l'inquiétait, c'était les révélations qu'elle allait lui faire. Qu'allait-elle donc lui dire qui puisse changer son regard sur elle ? Il savait qu'il allait devoir prendre son mal en patience mais ne résista pas : il prit du parchemin et une plume pour lui répondre. Autant la rassurer sur tout ce qu'il pouvait et tenter de créer un lien, même s'ils ne se voyaient pas.


Les mots "Je t'" à la fin de la lettre sont barrés sur word mais le site n'a pas gardé la mise en forme. J'espère que vous aimez toujours. A bientôt pour la suite :)