Coucou voici la suite ! Désolée du temps d'attente, mais j'ai beaucoup de contraintes entre le travail, ma maison et mes enfants. J'essaierai d'être un peu plus présente ! Bonne lecture !


Chapitre 3 : Confidences

Serena faisait les cent pas, un luxe qu'elle ne pouvait s'accorder que depuis peu. Quasiment un an s'était passé depuis son réveil. Elle s'était adaptée aux Malefoy et ils s'étaient adaptés à elle. Les trois enfants étaient plus qu'heureux de la situation, bien que Serena et Lucius aient énormément de mal à ne pas se disputer quand ils se parlaient.

Le stress de Serena était dû au fait qu'aujourd'hui, elle devait parler à Regulus. Aujourd'hui, une partie de son avenir se jouait. Ils avaient échangé de nombreuses lettres et il lui avait assuré qu'il ne comptait pas réclamer la garde des filles, du moment qu'elle le laissait les voir. Mais une part d'elle ne pouvait s'empêcher de le redouter.

La brune sursauta quand on sonna à la porte. Lucius et Narcissa étaient partis avec les enfants pour leur laisser de l'intimité, bien que Lucius n'approuve pas la présence de Regulus dans son manoir. D'un réflexe automatique, Serena vérifia dans le miroir qu'elle était bien coiffée et leva les yeux au ciel en s'en rendant compte. La jeune femme alla ensuite ouvrir à un Regulus qui semblait au moins aussi stressé qu'elle, si pas plus. Ils se saluèrent timidement et elle s'effaça pour le laisser entrer, lui indiquant d'un geste le salon.

Avec des gestes précautionneux, Serena versa le thé, tentant de cacher le stress qui l'habitait.

- Je ne sais pas par où commencer, finit-elle par avouer, tout en donnant sa tasse à Regulus.

Il la fixa avec douceur et elle se sentit presque rougir. Comment pouvait-il encore parvenir d'un regard à lui faire tant d'effet ?

- Si tu commençais par t'asseoir, ça irait peut-être mieux, tu ne crois pas ?

Serena hocha la tête avec un sourire nerveux.

- Je ne voulais pas te priver d'elles, tu sais, finit-elle par entamer.

- Il était légitime que tu le fasses. Sirius… Sirius et moi avions tout fait pour qu'on me pense mangemort.

Il eut une grimace de douleur en prononçant le nom de son frère et Serena réfréna une question. C'était d'abord à elle de parler, elle le lui avait promis il y a presque un an.

- Tu sais, j'ai tellement espéré qu'elles soient de moi quand j'ai appris que tu avais donné naissance à des jumelles. Et les dates concordaient. Je ne suis pas stupide au point de penser que tu m'avais trompé durant notre relation.

- Je ne le savais pas le jour où je t'ai confronté et quitté. Je ne l'ai su que quelques semaines plus tard.

Regulus eut un petit sourire en coin et Serena détourna le regard. Elle se racla ensuite la gorge pour reprendre contenance.

- Tu peux les voir quand tu le veux. Il faudra juste que tu me préviennes avant. Etant donné que Lucius refuse d'être dans la même pièce que toi.

Regulus n'en redit rien. Il n'avait pas la moindre envie de le croiser, lui non plus.

- Tu… Tu leur as parlé de moi ?

- Non. J'ai estimé que nous devions d'abord en parler ensemble tous les deux.

Regulus eut un tendre sourire, reconnaissant bien là Serena. Autant Severus avait du mal à penser aux réactions des autres, autant Serena pensait beaucoup au ressenti de ses proches. Il s'était d'ailleurs demandé à de nombreuses reprises si elle n'était pas empathique.

- Je préférerais que ce soit toi qui leur annonces, finit par dire Regulus, tout en se levant et en faisant quelques pas.

Il était stressé d'envisager de voir ses filles, d'interagir avec elles.

- Reg ?

Il sursauta en l'entendant l'appeler ainsi. Ca faisait des années qu'on ne l'avait pas appelé de cette manière, hormis Lucius quand il le croisait et que celui-ci voulait le faire sortir de ses gonds.

- Tu peux m'en dire plus… Sur Sirius ?

Regulus se tendit, se frottant les bras dans un réflexe de protection. C'était un tic dès qu'on parlait de son frère et Serena posa un regard désolé sur lui en le voyant se perdre dans ses pensées.

- Il n'y a pas grand-chose à en dire. A part que je n'ai strictement rien compris. Nous agissions dans le but de LE faire tomber. Et le jour de sa chute…

Regulus se passa la main dans les cheveux en faisant les cent pas.

- Comment le frère avec qui je luttais pour installer la paix aurait-il pu tous nous trahir, tuer des moldus, tuer l'un de ses amis… Comment est-ce possible qu'il m'ait trahi ? Tu sais comme moi que lors de sa dernière année, nous étions enfin devenus les frères que nous aurions dû être depuis le début. Alors comment ? Et pourquoi ?

- Tu n'y crois pas, affirma Serena. Je sais que tes intuitions sont les meilleures en général. Que comptes-tu faire ?

Regulus planta son regard dans le sien et Serena fut happée par le désespoir qui brillait dans les yeux gris du cadet des Black.

- Rien. Il n'a pas eu de procès. Et pourtant je me suis battu pour. Je continue à le faire. Que des lâches comme les Lestrange et Croupton n'aient pas de procès… Mais Sirius…

- J'ai lu qu'il riait comme un dément quand il s'est fait arrêter. C'est similaire à ce que Lestrange et Croupton…

Serena se frotta les bras en repensant à ses agresseurs et aux deux ans qu'elle avait perdu à cause d'eux.

- Mais eux… Ils ont toujours été mauvais !

- Pas Barty ! Je l'ai cotôyé… je ne comprends pas… Sirius… Barty…

Serena se passa la main sur les yeux pour s'empêcher de pleurer.

- J'avais une confiance aveugle en Sirius. Je l'ai toujours. Quelque chose… Quelque chose a forcément du mal tourner, martela Regulus. Mais je n'ai aucune manière de le prouver. Ils refusent même de me laisser correspondre avec lui. Je me bats depuis deux ans pour ça.

Regulus se tut en se rendant compte que Serena pleurait silencieusement. Se rendre compte du désespoir de son ex fiancé, de la façon dont il souffrait… C'était trop douloureux à encaisser… Regulus fit un pas et se recula. Il n'avait aucun droit de la réconforter. Il n'avait plus ce droit.

Serena respira profondément pour se reprendre. Elle ne pouvait pas s'effondrer maintenant alors que le plus dur restait à avouer. Et pourtant cela lui paraissait insurmontable. Il lui était impossible de se résigner à lui dire la vérité. Elle ne voulait pas croiser son regard quand il saurait. Il serait le premier à savoir… Non, le ministre était déjà au courant au vu de ce qu'il avait signifié sur Antonin quand elle l'avait vu. Regulus serait donc le premier à qui elle en parlerait volontairement.

Elle redressa la tête pour le regarder. Sa détermination faillit quand elle tomba dans les yeux gris. Elle n'y parviendrait pas. Serena détourna le regard et se frictionna les bras. Regulus s'inquiéta, semblant comprendre que quelque chose n'allait pas. Il ouvrit la bouche et la referma. Voir un tel état de détresse chez Serena le rendait fou d'angoisse.

Il se rappela ensuite qu'elle avait écrit dans une lettre qu'elle avait une chose horrible à lui avouer et que son regard changerait sur elle quand il apprendrait cela. Qu'était-ce donc pour qu'elle soit si proche d'une crise d'angoisse ? Il n'aimait pas du tout ça.

- Serena ? Tu m'as écrit dans une lettre que….

- Je sais. Mais je n'arrive pas à… C'est trop dur pour moi. Je suis désolée, c'est une chose à laquelle je dois être préparée et je ne le suis pas actuellement.

- Ce n'est pas grave. Nous avons le temps, Serena.

La brune baissa la tête sans répondre. Elle ne le pouvait pas. Comment aurait-elle pu ? Elle se sentait tremblante et lâche.

- Peu importe à quel point, c'est noir et grave. Je serai là pour toi. Si tu le veux.

Serena eut un sourire triste avant de se lever et de se mettre à faire les cent pas. Elle était si fière d'en être capable désormais. La rééducation avait été si dure, elle était fière de tous ses efforts.

Severus entra dans la pièce et les analysa tour à tour. Il semblait choqué et étonné que les deux soient calmes au vu de la situation. Il regarda sa sœur avec plus d'attention et fusilla Regulus du regard.

- Qu'est-ce que tu as encore dit ?

- Mais je n'ai rien…

- Tu as forcément dû dire quelque chose, regarde sa tête.

Serena croisa les bras d'un air blasé, mais sourit avec nostalgie. Ce genre de moment lui était tellement familier. Celui où Severus jouait le grand frère protecteur, où Regulus et lui se chamaillaient comme si elle n'était pas présente.

Severus tourna un bref instant la tête vers elle et devina qu'elle cachait quelque chose. Elle fit comme si de rien n'était. Elle n'était pas prête à parler à Regulus, elle l'était encore moins pour parler à Severus. Elle mit ça dans un coin de son esprit et les regarda se chamailler en continuant de sourire.

Le regard de Severus se posait régulièrement sur sa sœur. Il cherchait à comprendre. Car il n'était pas stupide, il avait bien deviné qu'il y avait quelque chose qu'elle ne disait pas. Et il voulait savoir ce que c'était. S'il n'avait pas peur des représailles possibles, il aurait tenté la legillimancie sur elle, mais non seulement, Serena le tuerait pour oser… Mais en plus Serena était encore meilleure occlumens que lui.

Le jeune homme soupira et croisa le regard de sa sœur qui sembla s'excuser, avant de détourner la tête vers Regulus qui lui racontait sa vie à Sainte Mangouste. Severus secoua la tête. Il avait l'impression de les regarder flirter comme au collège. Le brun préféré s'éclipser. Il commençait à déprimer en voyant sa sœur et son meilleur ami se rapprocher de nouveau. C'était égoïste mais il avait apprécié cette dernière année à être aussi proche de sa sœur qu'auparavant. Elle allait l'oublier pour Regulus.

Serena regarda son frère partir avec une pointe de regret. Mais elle ne pouvait pas y faire grand-chose. Il avait été beaucoup présent pour les filles et elle durant l'année écoulée. Elle avait été surprise de le découvrir dans un rôle d'oncle gâteau. Et jalouse aussi. Il avait un tel lien avec ses filles, qu'elle-même n'avait pas.

Serena secoua la tête et revint à Regulus qui la fixait en fronçant les sourcils.

- Severus n'est pas au courant de ce dont tu voulais me parler ?

La brune secoua la tête.

- Personne n'est vraiment au courant. C'est… C'est compliqué, Regulus.

Le cadet des Black hocha la tête et accepta de ne plus poser aucune question. Il n'arriverait à rien en la forçant et il ne le voulait pas. Regulus se leva et eut un soupir.

- Je pense que c'est assez pour aujourd'hui. J'ai pris beaucoup de ton temps et nous devons tous les deux digérer cette conversation et réfléchir concernant l'avenir d'Amaryllis et Cassiopée.

Regulus lui sourit avant de partir à son tour. Serena se permit de se relâcher un peu et se massa les tempes. Cela s'était très bien déroulé, beaucoup mieux que ce à quoi elle s'attendait. La prochaine étape serait la plus dure : dire à Amaryllis et Cassiopée ce qui concernait leur père. Cela n'allait pas être une mince affaire. Il lui faudrait trouver les mots justes, ne pas les braquer envers Regulus. C'était la dernière chose dont elle avait envie après tout.


Serena se donna un mois pour en parler aux filles. Elle en convint avec Regulus par lettres. Lucius et Narcissa ne lui avaient rien demandé concernant leur entrevue. Cela ne les regardait pas. Serena avait cependant fini par raconter à la blonde comment ça s'était passé et celle-ci avait su être de bon conseil. Il était dommage que Lucius ne se rende pas compte de la femme merveilleuse qu'il avait épousée !

Les enfants quant à eux continuaient de vivre leur vie tranquillement, sans se douter de quoi que ce soit. Ils jouaient, Drago avait ses leçons avec son précepteur et Serena éduquait ses filles. La jeune femme avait même trouvé une place pour travailler. Elle ne comptait cependant pour le moment pas quitter les Malefoy. Elle ne ferait pas ça aux enfants.

Severus passait souvent et tentait de lui tirer les vers du nez concernant le secret qu'elle cachait. Mais elle ne se sentait toujours pas prête. Le jeune professeur de potions partait frustré de leurs entretiens. Il n'aimait pas forcer les choses, mais il sentait qu'elle cachait quelque chose de très sombre et cela lui faisait mal de savoir que sa sœur souffrait. Lui aussi souffrait, mais sa sœur et ses nièces étaient devenues ses seules raisons de vivre et il ne supportait pas que l'une d'elles souffre.

Severus se passa la main dans les cheveux, délaissant l'ingrate tâche de corriger ses copies. Il lui arrivait d'emmener du travail chez Lucius. Il se sentait plus rassuré en étant auprès de sa sœur. Il avait l'impression que s'il la quittait des yeux, il lui arriverait à nouveau quelque chose d'horrible.

Severus jeta un œil à ses deux nièces. Drago ayant dû suivre Lucius à un rendez-vous d'affaires et Serena travaillant, il les surveillait. Narcissa était avec des amies sang-pur dans un salon de thé. Amaryllis était très calme et feuilletait un livre de sortilèges. Cassiopée pour sa part était assise près de sa chaise sur un petit pouf et se tordait les mains avec angoisse. Severus cessa complètement de travailler et prit sa nièce sur ses genoux. Cassiopée se blottit contre son oncle, serrant sa cape entre ses petits doigts.

Severus avait toujours soupçonné que Serena soit empathe, comme lui était un bon legillimens. Il avait beau cacher toutes ses émotions, elle savait lire en lui comme dans un livre ouvert. Et c'était pareil pour d'autres personnes. Même Regulus. Elle lui avait avoué durant l'année écoulé qu'elle avait eu le pressentiment que Regulus cachait quelque chose avant de découvrir qu'il était mangemort. Et maintenant qu'elle savait la vérité, elle se demandait si c'était le fait qu'il ait un double rôle au sein des mangemorts qui lui avait donné ce pressentiment.

Concernant Cassiopée, elle était sensible aux humeurs de sa jumelle, mais également de sa mère. Son était d'angoisse le lui prouvait. Cassiopée, à un si jeune âge, avait déjà de bonnes prédispositions d'empathe. Il espérait néanmoins que cela ne lui poserait pas de problèmes quand elle serait plus grande. Déjà certains moldus -ils appelaient ça de l'hypersensibilité- avaient des soucis en grandissant.

Severus caressa la tête de sa nièce avec affection. Il allait devoir surveiller ça de près.


Serena sortit de l'établissement. Elle avait soigné plusieurs créatures magiques et cela l'emplissait de joie. Elle savait qu'elle avait trouvé sa voie. Elle devait cependant décider de la façon dont elle parlerait de Regulus à ses filles. Il allait bien le falloir. La brune se sentait toujours aussi démunie dès qu'elle pensait à Regulus. Il avait fait partie de sa vie pendant une longue période et il lui était difficile de se détacher de lui.

Néanmoins, elle ne voulait et ne pouvait plus se rapprocher de lui comme avant. Elle avait bien trop honte de son secret. Cela la rongeait. Elle arrêta d'y penser en arrivant au manoir Malefoy et retrouva le sourire. Elle avait hâte de retrouver ses filles.

Comme toujours, Severus la regardait avec intensité. Posant son regard sur Cassiopée, elle se rendit compte que sa fille absorbait son angoisse. La petite brune se retenait de pleurer et Serena la serra fort contre elle. En levant la tête, elle se rendit compte d'une larme qui roulait sur la joue de son frère.

Tout en portant sa fille elle se rendit auprès de lui et le serra contre elle. Severus la serra en retour contre lui et Amaryllis s'accrocha à leurs jambes. La tristesse présente dans la pièce était intense et pleurer les épuisa. Les Rogue allèrent ensuite manger, dans une ambiance rythmée par les babillages des deux jumelles, Amaryllis souhaitant rendre le sourire à tout le monde et surtout, à sa moitié dont elle tenait la main. Elle n'aimait pas quand sa jumelle se sentait mal et ne comprenait pas pourquoi elle ne se sentait pas de la même façon. Ca l'énervait presque.


Regulus se servit un verre d'hydromel. Il venait de recevoir une nouvelle lettre de refus. De Fudge. Il lui refusait un entretien concernant Sirius tout comme il lui refusait une visite à son frère. Il ne comprenait pas. Chez les moldus, la famille pouvait visiter les détenus. Pourquoi pas chez eux ?

Il aurait ainsi pu s'assurer que son frère n'était pas fou, qu'il n'était pas un partisan des ténèbres, et surtout, surtout qu'il ne les avait pas tous trahis. Il n'en démordait pas. Il continuait de le croire dur comme fer. Il n'arrivait pas à cesser de croire en Sirius. Comment aurait-il pu ? Depuis qu'ils étaient devenus des vrais frères, il n'avait jamais cessé de le soutenir.

Remus Lupin pour sa part avait totalement cessé de croire en lui. Il le savait car il était déjà allé le voir et qu'ils s'étaient violemment disputés à ce sujet. Il faut dire que Remus avait été soupçonné d'être traître. Et que sans Sirius, il n'avait plus personne. Regulus n'avait pas insisté. Après tout, Lupin semblait déjà beaucoup souffrir et n'était pas au meilleur de sa forme. Il ne l'avait d'ailleurs jamais trouvé en forme à Poudlard, là, c'était pire. C'était un horrible constat pour Regulus. Ils avaient gagné la guerre, mais à quel prix ?


Une fois les filles couchées, Severus fit signe à Serena de le rejoindre dans le salon des Malefoy. Ceux-ci étaient venus se changer en vitesse avant d'emmener Drago à un repas chez les Parkinson. Lucius avait évoqué des fiançailles et Severus avait préféré ne pas commenter. Il ne comprendrait jamais ces manies arriérées de choisir pour les enfants.

Serena entra et prit le verre de whisky pur-feu que lui servit son frère.

- Dis-moi.

La jeune femme soupira, s'assit à côté de son frère et prit ses mains dans les siennes. Severus fronça les sourcils en se rendant compte que celles de sa sœur tremblaient. Il les serra entre les siennes pour tenter de lui assurer de son soutien.

- Ce que je te cache…

Elle s'interrompit, laissant sa phrase en suspens.

- Tu… Tu veux que je regarde ?

Il faisait allusion à la legillimancie et elle réfléchit quelques secondes avant de répondre.

- Ce… Ce serait mille fois pire de le revivre, finit-elle par dire. Laisse-moi juste… Trouver mes mots. Je n'en ai jamais parlé à personne, c'est difficile pour moi.

Severus acquiesça et Serena lâcha ses mains pour boire. Severus en fit de même.

- Je sais que Cassiopée ressent tout. Je le sais. Et je me sens coupable parce que c'est à force de tout garder. Je DOIS en parler. Je voulais le dire à Regulus, mais je n'ai pas réussi. Et je doute d'y parvenir par la suite.

Severus leur resservit tout naturellement un verre alors qu'ils étaient vides. Serena eut un pauvre sourire. Severus toujours si prévenant. Mais uniquement avec elle… Si seulement il était plus ouvert avec les autres, les choses auraient été très différentes. La faute en particulier à Tobias… Son visage se ferma quand elle pensa à lui.

- J'ai été violée.

Severus reprit ses mains dans les siennes.

- Je le sais déjà, dit-il d'une voix douce, une voix qu'elle ne lui avait jamais connue.

Les yeux de Serena s'écarquillèrent alors qu'elle empêchait ses larmes de monter. Il n'en était pas question.

- Comment ?

- Je l'ai su dès que Tobias t'a touchée.

Serena et Severus revinrent quelques années en arrière, tous deux perdus dans leurs souvenirs. C'était lors de l'été avant la cinquième année de Serena que cela avait eu lieu. Tobias s'était glissé dans la chambre de sa fille nouvellement formée, empestant l'alcool à des kilomètres. Serena n'avait pas eu le temps de se défendre, elle n'avait eu le temps de rien. Tobias l'avait retournées sur le ventre, plaquant sa tête contre l'oreiller, proférant des menaces envers son frère et sa mère.

Serena s'était un peu débattu mais même ivre, leur père avait de la force et il n'avait pas fallu longtemps pour qu'il fasse ce qu'il avait envie de faire. A moitié étouffée dans son coussin, Serena ne s'était jamais sentie aussi impuissante de sa vie. Même la magie n'avait pas pu l'aider.

Tobias avait quitté la chambre comme si rien ne s'était passé et avait agi par la suite comme à l'habitude. Sauf que quand il rentrait le soir, il venait dans la chambre de sa fille. La rentrée avait été une libération pour Serena. Feindre que tout allait bien devant sa mère et son frère avait été un calvaire, mais elle avait trop peur de ce que Tobias pourrait faire à Eileen et Severus pour leur parler.

Aux vacances de Noël, Tobias était mort.

Serena posa un regard nouveau sur son frère.

- C'est toi. C'est toi qui…

Severus acquiesça. Tobias était un cobaye d'un poison qu'il avait inventé. C'était son secret à lui.

- Je… Je n'ai pas réussi à l'empêcher. Ne m'en veux pas. Je savais ce qu'il se passait, mais… Et maman… Elle préparait un poison, mais je savais qu'il était trop lent à agir, que ça recommencerait à chaques vacances. Alors j'en ai inventé un plus fort.

Serena posa son verre sur la table et serra son frère avec force contre elle. Ce qu'elle avait été soulagée à la mort de Tobias. Elle avait failli sourire à son enterrement. Elle se rappelait encore qu'il n'y avait que leur mère, Severus et elle. Et aucun d'eux ne pleurait, au grand étonnement du curé. Qui aurait jamais pu pleurer Tobias Rogue de toute manière ? Il n'apportait que malheur et souffrance dans son sillage.

Il avait été dur à Serena de faire confiance à Regulus l'année d'après, quand il avait commencé à se rapprocher d'elle et à vouloir être avec elle. C'était principalement pour ça que Sirius avait dû aider Regulus. Il ne comprenait pas la façon dont Serena le rejetait alors que pourtant elle voulait être avec lui.

- Ca ne t'as pas rongée à l'époque, pourquoi te sens-tu si mal à porter ce secret ? Demanda néanmoins Severus.

- Oh, si, ça m'a rongée. J'ai fait une dépression, demande à Pomfresh. Seulement, maman toi et moi sommes comme ça. On garde toujours tout pour nous. La preuve, aucun de vous n'a rien dit. Tout comme aucun de vous n'a dit qu'il préparait un poison. Je suis sûre que maman a dû vouloir l'empêcher de continuer mais qu'elle n'y est pas parvenue.

Severus renifla pour toute réponse. Eileen était morte il y a trois ans maintenant. Il n'avait jamais compris pourquoi elle était restée avec Tobias alors qu'il était si violent. Ni pourquoi elle n'avait jamais utilisé la magie contre lui lors de ses emportements.

Serena ne dit rien. Aucun d'eux ne serait jamais d'accord concernant Eileen. Ils avaient eu de nombreuses prises de becs à ce sujet et aucun d'eux ne lâchait jamais ses arguments. Elle n'était pas assez forte pour supporter cela ce soir. Serena serra les poings et prit son courage à deux mains.

Parler de Tobias, de ce qu'il lui avait fait, lui demandait toujours beaucoup. Mais elle allait encore devoir faire un effort.

- Regulus est au courant pour Tobias.

Ce fut au tour de Severus de froncer les sourcils. Elle avait dit auparavant qu'elle n'avait pas réussi à en parler à Regulus et qu'elle n'était pas sûre de pouvoir le faire un jour.

Alors… Alors…

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Je ne comprends pas.

Serena ferma un bref instant les yeux, remuée, tout en sentant du courage prendre forme en son cœur. Elle n'était pas sale aux yeux de Severus. Ce qu'elle allait dire n'allait certainement pas changer la donne.

- J'ai été violée par quelqu'un d'autre durant la guerre.


Vous devez me détester. Mais c'était dans le personnage de Serena quand j'ai débuté cette histoire ^^ A bientôt pour la suite, je ne saurais dire quand, désolée !