Bonjour à tous, mes chers lecteurs,
Je tiens à vous signaler que les premiers chapitres de ma fiction sont en cours de mise à jour... Je suis en train de les remanier de façon à ce qu'ils soient écrit à la troisième personne du singulier. Je pense que la lecture et la compréhension du texte en sera grandement facilité. N'hésitez pas à m'en faire un retour !
Merci pour votre compréhension et prenez soin de vous !
À bientôt !
Chapitre 2 : « L'affaire » Alberford
La tête appuyée contre la vitre crasseuse de leur compartiment de première classe, Watson regardait la campagne anglaise défiler devant ses yeux. De faibles rayons de soleil caressaient collines et vallons recouverts de neige immaculée. Tandis qu'il achevait difficilement de se réveiller, Holmes, installé en face de lui, épluchait les journaux du jour. Sa tâche achevée, il récupéra un article qu'il plia et mit dans son portefeuille et, comme à son habitude, jeta le reste par la fenêtre, après l'avoir au préalablement roulé en boule.
Le médecin soupira d'agacement face à ce comportement. Préférant s'abstenir de tout commentaire, il regarda son colocataire, le sourcil froncé. Celui-ci n'y prêta aucune attention.
– Les journaux de ce matin parlent sommairement de l'affaire qui nous concerne, dit–il. Seul le Times nous donne quelques renseignements sur les relations de Miss Alberford. Elle aurait rencontré son fiancé par l'intermédiaire de Miss Church, la cousine de celui–ci, il y a environ une année. Miss Church et Miss Alberford se sont liées d'amitié durant leurs activités bénévoles pour aider les orphelins et les pauvres. Depuis, elles passeraient beaucoup de temps ensemble. Je pense donc qu'il serait judicieux d'aller lui rendre visite.
– Vous avez dit que vous aviez quelques idées sur ce qu'aurait pu devenir la jeune fille… Commença le blond.
– Oui j'en ai exactement deux, me coupa–t–il. Bien que j'en privilégie plus une que l'autre. Cependant, je ne vous en parlerais pas encore. Pas avant avoir pu rassembler suffisamment de preuves.
L'ancien militaire acquiesça, compréhensif puis retourna à sa contemplation tandis que son ami étendait ses interminables jambes et baissa sa tête pour s'octroyer quelques minutes de sommeil.
Le train arriva en gare aux alentours de dix-heures et ils furent accueillis par Mrs Hudson accompagnée d'un jeune homme à l'allure distinguée. Celui–ci avança et leur tendit la main pour les saluer.
– Je suppose que vous êtes M. Sherlock Holmes, dit–il en regardant le détective, et vous le docteur Watson ? Je me présente : je suis le fiancé de Miss Alberford : M. Smith. Je suis ravi de vous rencontrer, je suis un de vos plus fervents lecteurs, docteur.
– Bonjour, je vous remercie beaucoup, sourit-il, flatté.
Ils se dirigèrent vers un traîneau tiré par deux chevaux. Le trajet dura une bonne demi–heure. Holmes, toujours aussi avenant, parla de tout, sauf de l'affaire. La maison de Mrs Alberford, simple et agencée avec goût était à l'image de sa propriétaire : la mère d'Amélia, une femme tout à fait charmante, d'une cinquantaine d'années les accueillit avec chaleur et leur indiqua un petit salon. Les limiers s'y installèrent afin d'obtenir d'avantage d'informations, puis ils inspectèrent rapidement la chambre de la disparue avant de sortir rendre visite à la cousine de M. Smith.
Celle–ci étant absente, son jeune frère voulut bien répondre à leurs questions. En milieu d'après-midi, ils rentrèrent chez Mrs Alberford, s'arrêtant en cours de route pour envoyer un télégramme. Arrivés sur les lieux, le détective demanda sans perdre de temps, à ce que toute la famille se rassemble dans le petit salon afin qu'il puisse exposer le résultat de leur enquête.
Le petit groupe restait suspendu à ses lèvres attendant, silencieusement, les déductions du détective. Se délectant de ce moment, celui–ci regarda attentivement chaque personne se trouvant dans la pièce.
– Monsieur et son goût démesuré pour le mélodramatique… Pensa l'ancien capitaine en soupirant et levant les yeux au ciel.
Face à cette impatience, Holmes sourit imperceptiblement en regardant son ami du coin des yeux.
– Ce que j'aime lorsqu'il réagit de la sorte, se dit–il, avec attendrissement. C'est vraiment un plaisir de vous avoir auprès de moi pendant mes enquêtes, mon cher Watson…
Légèrement troublé par ses pensées quelque peu sentimentales, le détective se ressaisit et daigna ouvrir la bouche.
– Mesdames, Messieurs, je vais rentrer directement dans le vif du sujet… Je sais exactement où se trouve Miss Alberford. Vous serez sûrement heureux d'apprendre qu'elle est en vie et qu'elle se porte très bien. (Il se tourna vers le fiancé.) Je suis toutefois dans le regret de vous annoncer que votre mariage n'aura pas lieu, M. Smith. Votre fiancée s'est enfuit avec quelqu'un d'autre, débita–t–il, à une vitesse folle, sans reprendre son souffle.
– Holmes… Il serait bien que vous appreniez à mettre un peu plus de forme lorsqu'il s'agit d'annoncer de telles nouvelles… Lui souffla son ami, tout bas à l'oreille.
Un léger frisson lui parcouru l'échine qu'il cacha en toussotant de gêne. Puis, impassible, il lui répondit tout aussi doucement sans se retourner :
– Hum… Je ne vois pas de quoi vous parlez, mon très cher docteur.
Ce dernier sourit, amusé, face à cette réponse quelque peu insolente. Puis son attention fut à nouveau portée sur le jeune M. Smith qui, lors de l'annonce s'était raidit, tel un soldat au garde–à–vous.
– Pardon ? Et puis–je vous demander qui est cette personne ? Demanda le jeune homme, les dents crispées.
– Non, vous ne le pouvez pas, déclara Holmes avec son flegme tout britannique. Mais je n'ai nul doute qu'elle vous le dira à son retour.
Une porte claqua dans le boudoir attenant à la pièce dans laquelle nous nous trouvions.
– Et à ce que j'entends, vous aurez votre réponse tout de suite, affirma–t–il.
En effet, la porte s'ouvrit sur Miss Alberford, accompagnée de Miss Church. Amelia, le visage tendu, adressa un signe de tête à sa mère puis instinctivement s'approcha du détective en disant :
– Bonjour monsieur Holmes, j'ai bien reçu votre télégramme, bien que je ne sache pas comment vous m'avez retrouvée, je suis venue sur votre conseil pour m'expliquer. J'espère que j'ai bien fait.
Le brun lui adressa un sourire apaisant en guise de réponse. Elle se tourna vers les membres de sa famille et s'adressa d'une voix ferme, mais tremblante d'angoisse :
– Tout d'abord, veuillez m'excuser pour vous avoir causé tant de tracas… Mais j'ai une information à vous transmettre, concernant mon geste. (Elle s'arrêta un court instant et se tourna vers le jeune homme.) Victor, vous êtes un homme charmant, le mari idéal et vous méritez d'être aimé par une femme digne de vous. Cependant, je ne suis malheureusement pas cette femme… Plus la date de nos noces approchait plus je me disais que je faisais une énorme erreur. Je vous apprécie grandement, cher Victor, mais je ne puis vous aimer véritablement comme une épouse aimante. (Rassemblant tout son courage, elle prit la main de Miss Church) J'aime depuis le premier jour de notre rencontre, ma tendre Lucy. Je sais que c'est répréhensible par la loi et croyez–moi si je vous dis que j'ai essayé de me raisonner pour faire bonne figure dans notre société. J'ai accepté votre demande en mariage dans ce but, mais je ne peux pas… Je suis vraiment désolée.
Elle prononça ce flot de paroles comme si elle récitait des phrases qu'elle avait apprises par cœur, mais sa voix se brisa soudainement dans un sanglot. Elle se força toutefois à continuer, les larmes coulant sur ses joues pâles :
– Comme je vous l'ai dit, vous méritez beaucoup mieux, très cher Victor.
Elle regarda chaque visage de son auditoire silencieux et poursuivit la voix étranglée par l'émotion :
–Bien que vous soyez de ma famille, ou des amis proches, j'ai horriblement peur pour nous. Surtout pour ma chère Lucie. J'ai peur de votre jugement… Pour notre avenir. C'est ce qui m'a amenée à fuir de la sorte.
Elle s'interrompit, sa bouche effroyablement sèche et tremblante, demanda :
– Nous mettons dans vos mains notre vie et notre réputation : qu'allons–nous devenir ? Tout dépend de vous… Allez–vous nous dénoncer ou nous protéger ?
Miss Church se rapprocha un peu plus d'elle, tout aussi pâle. Elle lui serra la main tendrement. Et toutes deux attendirent avec anxiété le verdict de ceux qu'elles aimaient.
Un sanglot déchira la poitrine de Mrs Alberford lorsque celle-ci se leva et s'approcha des deux jeunes filles. Elle les prit dans ses bras et dit à travers ses larmes avec une pointe de colère :
– Amelia, pensez–vous vraiment que je pourrais vous dénoncer ? Non, mes enfants. Je ne le peux tout simplement pas. Mais surtout, je ne le veux pas. Tomber amoureux ne se contrôle pas… Homme ou femme, quelle importance ! Je ne souhaite qu'une seule chose, mon enfant… C'est que vous soyez heureuse. (Elle se tourna vers l'ex-fiancé, les yeux rouges.) M. Smith, je me doute que vous deviez être profondément blessé, mais ne les jugez pas trop sévèrement. Ne détruisez pas leurs vies, s'il vous plaît.
Monsieur Smith s'inclina, et dit avec froideur, mais honnêteté :
– Ne vous inquiétez pas pour cela, Mrs Alberford. Même, sans que vous ne me le demandiez, je n'avais nullement l'envie de les dénoncer. Je ne peux oublier qu'il s'agit… ou plutôt il s'agissait de la femme que j'aimais et m'apprêtais à épouser, mais aussi de ma cousine.
» Miss Amelia… Lucy… Devant une telle révélation, je ne puis que me soumettre. N'appréhendez rien de mauvais venant de ma part. Je vous souhaite beaucoup de bonheur.
Gardant toute sa dignité, il s'inclina à nouveau, froidement et sortit de la salle sans un mot. Les deux jeunes femmes le regardèrent partir, soulagées, mais en pleurs. Amelia prit la main de sa mère et la porta à ses lèvres.
– Merci infiniment, ma chère mère. Merci.
Son regard soucieux glissa ensuite sur le reste des membres sa famille, s'arrêtant longuement sur celui de sa tante. Celle–ci, tout comme les autres, lui sourit avec beaucoup de bienveillance, confirmant qu'elles ne craignaient absolument rien.
Elle croisa enfin celui des deux Londoniens.
– Comme je vous l'ai dit dans mon télégramme, je vous confirme au nom de mon ami, le docteur Watson et du mien, que vous ne courrez aucun risque venant de notre part, dit le détective dans un sourire sincère.
– Merci beaucoup à vous tous, votre bonté nous touche beaucoup, répondit–elle, profondément émue et soulagée. Nous ne savons que faire pour vous remercier….
– Que vous soyez simplement heureuses, l'interrompit le médecin, en souriant.
Toutes deux gloussèrent en essuyant leurs yeux rougis et Miss Church répondit :
– Nous vous le promettons, docteur Watson.
Les instants qui suivirent furent intimes, la famille se retrouvant. Se sentant de trop, les deux détectives prirent congé et furent raccompagnés par Mrs Hudson et un domestique jusqu'à la gare.
– Merci beaucoup à vous deux, leur dit–elle avec chaleur, en leur serrant les mains. Cette nouvelle m'a bouleversée, mais je suis heureuse d'avoir retrouvé ma nièce ou plutôt d'en avoir une de plus, précisa–t–elle dans un rire. Je pense rentrer sur Baker Street dans la semaine et vous me direz à combien s'élèveront vos honoraires.
– Cela ne sera pas la peine, Mrs Hudson. Ce fut un plaisir d'avoir pu vous aider répondit le brun. Vous devriez rentrer vous mettre au chaud… Bien que le soleil ait enfin décidé de se montrer, ce n'est pas un temps pour une dame de rester dehors. Ne vous en faites pas, notre train ne va pas tarder.
La vieille femme, reconnaissante, leur serra une nouvelle fois les mains et les quitta. Souriant du comportement de son ami vis–à–vis de leur logeuse, Watson regardait son cadet avec affection, lorsque celui–ci, devant son air attendrit, rougit légèrement en levant un sourcil.
– Plaît–il ? Demanda–t–il en le dévisageant.
– Oh ! Rien, mon ami. Rien du tout. Seulement, je vous ai rarement vu aussi agréable avec Mrs Hudson que depuis ces derniers jours. Je suis très agréablement surpris.
Se rendant compte que sa phrase pouvait être prise comme un reproche, sous–entendant son manque de bonnes manières dont il faisait habituellement preuve. Le médecin bredouilla en rougissant de gêne :
– Holmes… Hum… Je ne veux pas dire que… Hum…
– Ne vous inquiétez pas, Watson, merci beaucoup, rit–il. Je prends votre phrase comme un compliment, je connais que je manque singulièrement de délicatesse, mais comme toujours, je compte beaucoup sur vous pour… Comment dire… Arrondir les angles… Quand il le faut ?
Il lui acheva sa phrase avec un clin d'œil complice, faisant sourire le médecin.
– Holmes est un homme vraiment charmant sous sa personnalité froide. Il ne cessera jamais de me surprendre… Pensa-t-il, avant de rougir à nouveau. John ! Arrête de penser de la sorte !
En soupirant discrètement, il se mordit les lèvres de gêne et regarda d'une manière qui se voulait distraite, l'horizon d'où apparaissait un panache de fumée grise se rapprochant à vive allure.
