Chapitre 14 : Complicité et prudence

Les yeux fixés sur une fissure lézardant au plafond, Watson s'égara dans ses rêves, pleinement heureux.

– Seigneur, ce moment que nous avons échangé ! Jamais je n'aurai cru qu'une telle chose pouvait se passer entre nous. Ni même espérer qu'il veuille de moi ! Lui. Cet homme si exceptionnel… veut partager sa vie avec moi. C'est trop beau pour être vrai. Et pourtant…il est bien là, entre mes bras.

Il regarda son amant avec tendresse, déplaça doucement une boucle brune de son front et se mit à sourire.

– Il semble si jeune, lorsqu'il dort… ce qu'il est beau !

Alors qu'il continuer à l'admirait, Holmes ouvrit ses paupières, déboussolé de s'être endormi en pleine journée, lui qui de coutume avait le sommeil si léger. Un petit air coupable passa comme un souffle sur le visage du bond, craignant de l'avoir réveillé. Lorsque le jeune homme tourna son regard vers lui, le praticien lui caressa le menton avec un sourire remplit d'amour puis il l'embrassa.

Le brun totalement dérouté, regardait son docteur avec des yeux ronds.

– Watson… heu… je… (Il déglutit.) ce n'était pas un rêve ?

Devant cet ahurissement et la lenteur inhabituelle de son colocataire, le blond se mit à rire en lui passant tendrement les doigts dans les cheveux.

– Combien de fois dois-je vous le dire ? Non, mon cher Holmes, vous êtes bien réveillé.

Un sourire illumina le visage du cadet.

Je crois que vous vous trompez, je suis en plein rêve. Vous êtes mon rêve.

Une bouffée de chaleur s'empara du médecin.

– Je ne vous savais pas si romantique, dit-il, ému.

– Moi, non plus, répliqua le détective dans un rire.

– Oh, Holmes ! Embrassez-moi !

– Vous m'ôtez les mots de la bouche, dit-il en fondant sur les lèvres de son homme.

Ils n'auraient jamais imaginé d'autant de tendresse. Regards et caresses furent échangés, profitant de cet instant merveilleux au maximum. Puis ils sortirent du lit et s'habillèrent, cherchant leurs vêtements laissés un peu au hasard dans l'appartement. Avec un sourire complice flottant sur leurs lèvres, le détective déverrouilla la porte d'entrée et s'installa dans son fauteuil. Watson fit de même et allongea ses jambes effleurant au passage les pieds de son compagnon. Celui-ci lui sourit, les joues légèrement plus colorées.

– Il faudra que nous fassions attention à nos gestes dorénavant, afin que nous nous ne trahissions pas aux yeux de nos visiteurs.

– Oui, je sais, que nous devrons être prudents.

Le blond leva les yeux vers l'horloge et haussa les sourcils.

– Diantre ! Il est déjà quinze heures et vingt minutes !

– Et Mrs Hudson n'est pas venue nous apporter notre repas, dit le détective avec un sourire taquin.

– Oh ! C'est vrai…

Ils se regardèrent en silence quelques secondes avant d'éclater de rire.

– Je pense que nous devrons aussi faire attention à ne pas faire trop de bruit… je suis mal à l'aise vis-à-vis d'elle, dit enfin le militaire en s'essuyant les yeux.

Holmes acquiesça et tendit l'oreille.

– Oh ! En parlant du loup, la voici qui monte et elle a les bras chargés, dit-il en se levant.

Il ouvrit la porte au moment même où la vieille femme s'apprêtait à frapper, le plateau en équilibre sur son maigre bras.

– Vous m'avez fait peur, M. Holmes. Oh ! Merci, dit-elle en haussant le sourcil tandis que le détective lui prit le plateau des mains et le déposa sur la table.

Il lui sourit et se réinstalla dans son fauteuil.

Watson, radieux, le regardait avec tendresse. La gouvernante les jugea du regard et parut ravie de ce qu'elle avait devant les yeux. Elle s'approcha de la table et versa du thé dans deux tasses qu'elle leur tendit ensuite.

– Servez-vous en une aussi, Mrs Hudson, dit soudainement le détective. Et honorez-nous de votre présence !

Bien que surprise, la logeuse demanda du regard l'avis du docteur et sur un signe de tête de celui-ci coupa trois parts de gâteau avant de prendre sa tasse.

– C'est fort aimable de votre part, jeunes gens. Merci beaucoup, dit-elle en s'installant sur une chaise.

Elle but en silence une gorgée de thé, en les regardant. Un sourire attendri naquit, atteignant son regard.

Enfin… je suis tellement heureuse qu'ils se soient enfin trouvés. À ce que je remarque, votre rétablissement est spectaculaire… Docteur Watson, dit Mrs Hudson avec un petit air taquin.

– Oh ! Sûrement, parce que j'ai eu un médicament particulièrement efficace… mais que je ne partagerai pas, même pour tout l'or du monde, dit-il en fixant le détective d'un air amouraché.

Holmes rougit furieusement à ces deux phrases et au regard de son amant.

– John ! Hum… Watson ?! Je pensais qu'il était essentiel de vous en parler, Mrs Hudson et à ce que j'entends, mon ami pense comme moi.

Il sourit timidement et reprit contenance en se redressant.

– Merci pour la confiance que vous m'accordez, messieurs, si vous me permettez ma familiarité, je suis ravie de vous voir heureux tous les deux. Vous le méritez. Et puis… vous faites vraiment un très beau couple.

Les deux colocataires manquèrent de s'étouffer avec leur thé, se regardèrent, le visage écarlate, puis se tournèrent vers leur gouvernante comme deux automates.

– Nous vous remercions, dirent-ils choqués.

La vieille femme leur sourit.

On dirait deux adolescents… Excusez-moi d'aborder le sujet aussi rapidement, je sais que tout ceci est nouveau pour vous, et bien que je sois de tout cœur de votre côté, ce n'est malheureusement pas le cas de tout le monde. Je vais vous protéger le mieux possible, soyez-en assurés. Néanmoins, je compte sur vous pour faire attention dans vos vies respectives. Vous couvrir peut aussi me créer de sérieux problèmes…

– Tout d'abord, merci infiniment pour votre soutien, nous vous en sommes reconnaissants, commença Watson. Bien entendu, nous allons prendre un maximum de dispositions pour cacher notre relation à notre entourage…

– Cela ne sera pas chose aisée, avec mon métier, mais je ferai tout pour protéger mon partenaire de tout ceci. Soyez-en tranquillisée, ajouta le limier.

– Naturellement, la réciprocité est de mise, confirma le blond.

Bien que leurs visages fussent d'un sérieux inébranlable, ils s'échangèrent un regard rempli d'affection. Ils se sourirent et sans aucune gêne se prirent les mains.

– Me voilà parfaitement rassurée, répondit leur protectrice. Quant à moi, je ferai en sorte de faire patienter vos clients ou Messieurs Lestrade ou Gregson lorsqu'ils viendront quérir vos services. Afin que vous ayez le temps de vous préparer.

– Cela risque d'être plus délicat avec les deux policiers… ils ont l'habitude de « s'inviter » d'eux même. Surtout Lestrade, dit Holmes, les sourcils froncés.

– En espérant qu'il change cette vilaine manie… soupira-t-elle.

Ils acquiescèrent de la tête puis progressivement, la discussion s'engagea sur différents sujets. L'ambiance détendue qui régnait dans le salon leur fit perdre la notion du temps. La nuit s'était installée depuis plus de deux heures lorsque Mrs Hudson se leva pour aller préparer le repas.

– À plus tard, messieurs, dit-elle en fermant la porte derrière elle.

De nouveau seuls, les deux partenaires fermèrent soigneusement les rideaux et se rapprochèrent sensiblement l'un de l'autre. Leurs mains se glissèrent sous leurs vestes. Leurs lèvres se retrouvèrent et leurs corps se soudèrent. Tremblant d'un nouveau désir, ils s'installèrent tous deux dans le divan et intensifièrent leurs échanges. Le détective passa ses doigts dans les cheveux soyeux de son compagnon et fourra son nez dans son cou.

– Holmes… bien que j'en ai également très envie, je pense qu'il ne serait pas sérieux qu'on s'autorise à…

Un coup sec retendit dans l'entrée, les faisant sursauter. Mrs Hudson eue à peine le temps d'ouvrir la porte, qu'un homme s'élança dans les escaliers sans même la saluer.

– MONSIEUR LESTRADE ! Éclata-t-elle avec colère, j'en ai plus qu'assez ! Je vous prierai de respecter ma demeure et de ne plus y entrer comme dans un moulin !

L'inspecteur devant cette remontrance, stoppa net. Il se retourna vers elle, et s'inclina militairement :

– Je vous prie de m'excuser, Mrs Hudson. Je suis terriblement confus. Je souhaiterais m'entretenir avec Monsieur Holmes. Puis-je ?

La vieille femme soupira et accepta ses excuses.

– Veuillez à ce que cela ne se reproduise pas. Sinon, policier ou pas, je vous mettrez dehors.

– Bien, Madame, répondit-il penaud. Cette femme !… Quel caractère !

Je pense qu'avec tout ce raffut, mes deux amoureux ont pu se préparer… Vous pouvez monter à présent.

À l'étage, les locataires furent dans un premier temps totalement pétrifiés. Mais à la réprimande de leur gouvernante, et à l'échange qui s'ensuivit, ils reprirent contenance et s'installèrent dans leurs fauteuils respectifs.

– Nous avons vraiment une perle comme logeuse… si avec cela, le pauvre Lestrade recommence…

– Je partage totalement votre avis, mon cher Watson. Elle ferait presque peur à des moments.

– En effet… rejoignit son comparse en le regardant dans les yeux, le visage crispé dans un sourire difficilement contenu.

Soudain, ne tenant plus, ils pouffèrent, avant de se cacher derrière leurs journaux.

Avant même que Lestrade ne pose la main sur la poignée, le limier entonna :

– Entrez, Inspecteur.

Lorsqu'il ouvrit la porte, il les trouva comme toujours assis devant leur feu. Tous deux le regardaient avec une pointe d'amusement dans le regard. Il baissa un instant les yeux et les salua :

– Monsieur Holmes, Docteur Watson… veuillez m'excuser de vous déranger à une heure aussi tardive.

– Que nous vaut le bonheur de votre visite ? Dit le détective un brin sarcastique, en lui désignant de la main une chaise.

– Nous avons besoin de vos services, M. Holmes. Il semblerait qu'il se soit passé quelque chose en provenance de Sumatra…