Chapitre 16 : "The game is afoot!"

Au lever du jour, Holmes fut le premier à se réveiller, dérangé par la lumière trouble d'un rayon de soleil traversant les stalactites de glace accrochées à la fenêtre. Lorsqu'il ouvrit les yeux, son regard se posa sur son compagnon toujours endormi à ses côtés. Respirant paisiblement, la bouche entrouverte, la moustache en bataille et les cheveux ébouriffés. Cette vision le fit sourire.

– Je pense que ne pourrai jamais me lasser de le regarder dormir…

Il lui arrangea une mèche de cheveux du bout du doigt, mais n'osa pas le déranger d'avantage.

Lorsque Watson ouvrit ses paupières, il fut troublé en apercevant le regard gris de son compagnon posé sur lui.

– Bonjour Amour ! Bien dormi ? Dit-il avec un sourire quelque peu ensommeillé.

Le détective écarquilla les yeux de surprise et s'approcha pour l'embrasser.

– « Amour… » Ronronna-t-il en souriant… c'est un peu niais, mais ça me plaît… oui, comme un roi, si tant est qu'il dorme vraiment mieux que les autres… et vous, mon cher ?

– Extrêmement bien, merci.

Il bâilla et s'étira comme un chat, faisant rire le limier. Surprit, le médecin le regarda un sourcil levé.

– Vous êtes magnifique.

– Ne vous moquez pas de moi, Holmes, je ressemble à rien au réveil, râla-t-il, légèrement vexé.

– Je ne me moque pas et dis simplement la vérité : je vous trouve beau… peu importe l'heure de la journée. N'en doutez jamais.

Le brun arrangea les cheveux de son amant avec une infinie douceur et déposa un baiser sur son front. Watson rougit légèrement et le cœur battant, enlaça ses jambes, le rapprochant d'avantage contre lui.

– Vous êtes un charmeur, Monsieur Holmes…

Son visage se blottit dans le creux du cou du cadet qu'il embrassa doucement, lui mordillant et léchant au passage la clavicule. Leurs respirations se firent plus profondes… une douce chaleur s'empara de leurs poitrines.

– Vous me rendez fou, John… dit le détective, d'une voix grave, chargée de désir.

Puis il dévora ses lèvres en glissant ses mains sous le pyjama de son amant…

La matinée était bien avancée lorsqu'ils se retrouvèrent assis devant leur petit-déjeuner. Sourires et regards complices furent échangés dans un premier temps. Lorsque Holmes tira sa montre à gousset et y jetant un œil, s'exclama en se levant d'un bond :

– Il est déjà si tard ? Lestrade nous attend à Scotland Yard ! Nous avons une grosse journée qui nous attend ! Venez Watson !

Le médecin fasciné par les yeux brillants de son homme, secoua la tête en souriant.

– Le jeu commence…

Disant mentalement adieu à ses toasts, il but une gorgée de son café et rejoignit en vitesse son compagnon, qui trépignait d'impatience dans l'entrée. Le vent sec et glacial les surprit lorsqu'ils sortirent. Relevant leurs cols pour s'en protéger, ils hélèrent un Hansom cab et se rendirent au commissariat. Un garde les accueillit en ouvrant la porte du bâtiment à peine chauffé.

Le détective fila directement vers le bureau de Lestrade. Watson sur ses talons. Ils entrèrent sans frapper et surprirent l'inspecteur à moitié assoupi sur son fauteuil. Celui-ci sursauta et frotta ses yeux ensommeillés.

– Messieurs, heureux de vous voir…hum… je vous attendais. Asseyez-vous. Voici le compte-rendu de Meeks dit-il en leur tendant un dossier.

Lestrade, habitué au professionnalisme de Holmes, avait rapidement pris l'habitude de ne pas attendre pour leur faire part des détails de l'affaire. Les deux hommes s'installèrent donc et lurent le rapport :

«

Compte rendu de l'autopsie numéro 4242

Vendredi 2 mars 1888 à 11 h 37

Homme d'environ 35 ans, mesurant 1m78 pour un poids de 76 kg.

Blanc de peau, cheveux noirs, yeux verts. Tâche de naissance sur l'omoplate gauche.

Identité inconnue.

….

Examen superficiel du corps et des vêtements :

Selon la rigidité cadavérique et la température du foie, il serait mort approximativement il y a deux jours. Visage exprimant une forte douleur.

On retrouve dans la sueur et la salive, une forte concentration d'un produit inconnu hautement toxique et probablement contagieux. On note une marque d'une piqûre au niveau du médiastin, dont les pourtours sont gonflés et rouge.

….

Rapport d'autopsie :

On relèvera la détérioration quasi-complète des principaux organes vitaux (cœur, foie, reins, pancréas). Les poumons sont comme brûlés. Présence de caillots dans le cerveau.

Sir Jaser Meeks.

»

Watson remarqua que son ami fronçait les sourcils en se pinçant les lèvres. Le compte-rendu de l'autopsie semblait le déconcerter.

– C'est bien plus sérieux que je ne le pensais… Lestrade, savez-vous où est la femme de la victime ?

L'inspecteur sortit son carnet et lu :

– Considérée comme aliénée mentale, elle a été enfermée dans l'asile de Bethlehem. Les enfants sont dans un orphelinat… attendez… oui ! Voilà ! L'orphelinat Maryward.

– Bien. Vous me confirmez bien que le Matilda-Briggs est toujours à la Jardine ?

– Oui, sous scellé.

– Pourrait-on voir les effets personnels de la victime ?

Lestrade les emmena dans un bureau adjacent au sien et désigna une table recouvert d'une multitude d'objets.

– Tout est ici et vous trouverez sur cette table les différents registres du bateau. Je vous laisse, j'ai du travail qui m'attend. Quand vous aurez fini, ramenez-moi la clé. Merci Messieurs.

Il se retira. Le brun s'approcha de la table examina avec attention chacun des objets exposés :

Il trouva trois paquets de cigarettes indonésiennes, un mouchoir brodé aux initiales S.V., un livre, de la monnaie anglaise et indonésienne, un nécessaire de toilette et des vêtements. Puis il inspecta la valise en cuir estampillée par la prestigieuse et luxueuse maison Goyard, d'excellente qualité, bien qu'elle soit un peu usée. En passant la main sur les parois du bagage, il poussa un petit cri de satisfaction. Il sortit un petit couteau de sa poche et avec précaution, défit la doublure d'où il en sorti un petit carnet.

– Voilà quelque chose d'intéressant… dit-il fébrilement en le feuilletant sommairement avant de l'empocher.

– Holmes ! Il s'agit d'une pièce à conviction ! Vous ne pouvez pas…

– Tut, tut, tut, mon cher… interrompit le limier, si ça peut faire avancer l'enquête, je ne vois pas ce qui pose problème. De toute façon, le mérite leur reviendra.

– Il est vrai, mais…

Le brun se tourna vers son compagnon et lui dit avec tendresse en lui caressant la joue, le faisant rougir.

– Mon ami… j'ai conscience que cela peut entraver la progression de leurs recherches, cependant cela fait deux jours qu'ils sont dessus et ils n'ont rien trouvé. Je prends le risque subir de la colère de Lestrade.

Watson soupira :

– Soit… de toute façon, je ne vous ferai pas changer d'avis…

Le détective ricana et se dirigea vers trois registres, chacun appartenant à une classe.

– Avec cette valise de luxe, ils voyageaient sans aucun doute en première classe… dit-il en prenant le livre correspondant.

Une quinzaine de noms y étaient inscrit. Il les mémorisa sans difficulté.

J'ai toujours envié cette faculté de mémorisation, il est vraiment incroyable ! Se dit le médecin en soupirant à nouveau.

Frôlant de la main celle de son compagnon, un petit sourire sur les lèvres, le jeune homme se dirigea vers la sortie.

Et dire que je pensais que les sentiments allaient me déconcentrer, il semble que je me sois trompé… c'est totalement l'inverse… vous venez ?

Non sans avoir dégluti, le blond le rejoignit. Lorsqu'ils rejoignirent l'inspecteur, celui-ci haussa un sourcil.

– Déjà ? Vous avez trouvé quelque chose ?

– Une ou deux pistes mais rien de bien concret, répondit le détective dans un sourire. Je vous tiendrais au courant sous peu. Voici la clé.

– Hum… d'accord, répliqua-t-il en la récupérant.

En sortant du commissariat, les deux hommes sautèrent dans un cab.

– L'asile de Bethlehem, entonna-t-il.

» Pour une fois, je suis content qu'il neige… cela me laissera plus de temps, marmonna Holmes en sortant le carnet afin de l'étudier.

Silencieux, Watson se plaça à côté de lui et jeta un œil au manuscrit. Celui-ci devait appartenir à des scientifiques. Des pages et des pages étaient recouvertes de formules chimiques et mathématiques. Deux écritures y paraissaient. Des expériences y étaient notées, essentiellement effectuées sur des rats et des chats. Une bonne centaine de bêtes furent utilisées… leurs recherches s'approfondissaient à chacune de leurs expériences. Les manipulations étaient signées soit par les initiales S.V. ou C.S. ou bien les deux.

Lorsque les deux investigateurs arrivèrent au terme de leur lecture, un court récit y était inscrit :

«

Notre dernière expérience donne des résultats plus satisfaisants :

- Le rat que nous avons testé, est toujours vivant après une journée. Il semblerait toutefois qu'il ait doublé de volume.

-S.V.-

- 6 heures se sont écoulées, la croissance du rat continue. Il fait à peu près la taille d'un petit chat. Certains signes montrent un léger changement de comportement.

-S.V.-

- Nous sommes à deux jours. La bête est méconnaissable, son évolution est telle qu'il va bientôt falloir la changer de cage. Elle me souffle dessus lorsque je m'approche.

-S.V.-

- Trois jours se sont écoulés. Il a la grosseur d'un renard de taille moyenne et devient de plus en plus agressif.

-S.V.-

»

Une écriture tremblante, écrite à la hâte, presque illisible clôt le recueil.

« Il s'est échappé ! La cage est ouverte ! Qu'a-t-on fait ! »

– Des études scientifiques... À ce compte-rendu, ce n'est pas très rassurant… commenta le médecin.

– En effet, Watson, répondit le détective. Et j'ai l'impression que ce… « C.S. » n'est pas étranger à cette conclusion…

– Je vous demande pardon ?

– Je ne sais pas si vous avez remarqué que les derniers messages étaient écrits que par un seul d'entre eux. Où était passé le comparse ? J'espère que l'état mental de Mrs Savage n'est pas aussi grave qu'on le dit… j'aurai vraiment besoin d'en savoir plus.

– Mrs Savage ?

–« S.V. » de Victor Savage. Il n'y avait qu'une personne qui portait ces initiales dans le registre de première classe. Quant à « C.S. », il y en a deux. Nous voici arrivés. Vous avez de la monnaie ?