Bonjour à vous, mes chers lecteurs.
Pour commencer, je vous remercie du fond du cœur de me lire et pour vos commentaires adorables. Vous êtes merveilleux.
Ensuite, voici sûrement le dernier chapitre de 2019. Avec les fêtes qui arrivent à grand pas, je ne sais pas si j'aurai le temps pour poster la suite des aventures de nos deux amoureux. Mais n'ayez crainte, dans tous les cas, je reviendrai au début de janvier.
Dans ces circonstances, je prends donc un peu d'avance pour vous souhaiter d'excellentes fêtes de fin d'année !
N'hésitez pas de me laisser des commentaires ! Je me ferai un plaisir d'y répondre !
En espérant vous retrouver pour 2020, en pleine forme.
Des bises.
Milie.
Chapitre 22 : Travail nocturne
Une petite heure plus tard, le médecin et Lestrade, recouverts de neige, s'engouffrèrent hâtivement dans la maison. Tandis que l'inspecteur accrochait son manteau à la patère, il fronça le nez et interrogea Watson du regard. Celui-ci répondit dans un petit sourire gêné en posant son chapeau :
– Vous aurez les réponses à vos questions dans quelques minutes, Inspecteur… .
Lorsqu'ils pénétrèrent dans le salon, ils trouvèrent Holmes, avachi dans son fauteuil, les yeux dans le vide. Sa pipe puante était coincée entre ses dents, le noyant dans un nuage de fumée bleutée et nauséabonde. Le praticien, en un geste, intima le silence à l'inspecteur et lui désigna de la main un siège auprès du feu avant de descendre demander du thé à Mrs Hudson. Le limier s'installa sans aucun bruit et le regarda attentivement.
– J'imagine qu'il réfléchit à l'enquête… il est vrai que j'ai lu dans les nouvelles du docteur Watson, publiées dans « le Strand » que ça lui arrivait de temps en temps. Je ne pensais pas le voir un jour… cette concentration sur son visage… il est stupéfiant !
Il se mit à rougir légèrement en s'apercevant qu'il l'observait sans aucune discrétion. Son attention fut détournée par le retour de l'ex militaire. Celui-ci s'assit dans son fauteuil, en face du détective et allongea ses jambes près de l'âtre. Ce changement de décor dans le champ visuel du génie, le sortit immédiatement de son palais-mental. Holmes leva la tête et sourit affectueusement à son partenaire. Puis son regard se porta sur le policier. Son cœur s'arrêta subitement lorsqu'il vit que celui-ci les observait. Tout gardant son « self-control », il le scruta rapidement afin de voir s'il devait s'inquiéter de quoi que ce soit. L'attitude de l'inspecteur ne dévoilant rien de particulier, il se détendit légèrement.
– Je vous ai connu beaucoup plus concentré, mon cher Holmes, dit Watson en se levant pour ouvrir la fenêtre afin d'aérer un peu.
– Effectivement, puisse que je vous attendais. J'organisais simplement mes informations. Watson, avant de refermer la fenêtre, pourriez-vous ouvrir à Mrs Hudson ? Il lui reste trois marches à gravir avant d'arriver à notre porte.
Sans attendre, le médecin se dirigea vers l'entrée qu'il ouvrit et s'écarta courtoisement pour laisser passer Mrs Hudson avec son plateau. Une fois le thé servit et la gouvernante de retour dans ses appartements, Holmes scruta leur invité et se mit à rire :
– Fermez la bouche, inspecteur et vous, la fenêtre, mon ami.
Ne s'étant pas aperçu qu'il bâillait aux corneilles, Lestrade obtempéra sans hésiter.
– Mes excuses… je crois que je ne me ferais jamais à votre faculté de prévoir l'avenir, Holmes.
– Je ne suis pas devin, inspecteur mais j'utilise mes sens J'ai simplement entendu la douzième marche grincer. J'ai donc supposé que notre logeuse nous apportait le thé demandé par Watson.
– En effet… je… hum… de quoi voulez-vous me parler ? Avez-vous avancé dans votre enquête ? S'enquit le limier afin de masquer sa gêne de manière toute professionnelle.
– Nous l'avons résolue. Il nous manque juste un coup de main de Scotland Yard pour la clore définitivement.
– Quoi ? Si tôt ? Parfait… bien entendu, vous pouvez compter sur nous. Je vous écoute, Holmes. De quoi s'agit-il ?
– Du meurtre de M. Savage par M. Culverton, tout simplement.
– Fort bien, soupira l'inspecteur, et pourrais-je avoir plus de détails ?
– Assurément. Toutefois, je serai assez bref. Vous aurez les détails quand un rapport écrit que je vous transmettrai quand il sera rédigé.
– Je vous écoute, dit le policier en hochant la tête.
Holmes sortit le carnet et la fiole pour étayer ses propos :
– La victime est un scientifique britannique portant le nom de Savage. Il a fait la rencontre de M. Culverton, lui aussi scientifique, sur l'île de Sumatra. Tous deux ont consigné dans ce carnet que j'ai trouvé dans la doublure de la valise…
– Et vous m'avez caché cette découverte ! S'exclama l'inspecteur avec irritation.
Lestrade prit toutefois ledit carnet et le feuilleta. Tandis que Holmes se pinça l'arête du nez en soupirant et continua sans prendre le temps de l'excuser :
– Donc… tous deux ont consigné dans ce carnet, des années de recherches expérimentales permettant de régler la famine dans leur pays d'accueil. Ces recherches se basant sur la confection d'un produit qui permettrait accroître la taille d'un animal en vue de produire plus de viande. Du moins, c'est ce qu'ils ont écrit.
» Leurs recherches nécessitèrent un bon nombre de cobayes, principalement des chats et des rats et durant une longue période celles-ci s'avérèrent infructueuses. Jusqu'à il y a peu. Durant le voyage les menant à Londres, en soudoyant un mécanicien, ils purent continuer leurs expériences dans une cale vide du Matilda-Briggs. Ils confectionnèrent un produit qui s'avéra efficace sur un rat qu'ils ont sûrement capturé sur les lieux. Le rapport détaillé des derniers jours a été écrit seulement par Savage. L'absence de notes de « C.S. » m'a mis la puce à l'oreille. L'évolution extraordinaire de la croissance du rat et de son comportement m'a laissé supposer qu'il y était pour quelque chose dans cette affaire.
» Je suis allé voir Mrs Savage à Bethlehem et j'ai eu la confirmation de sa propre bouche, de mes soupçons s'étaient avérés juste J'avais relevé le nom de M. Culverton dans le registre de première classe. Elle m'a raconté l'histoire complète que vous aurez bien entendu dans mon rapport. Vous devez cependant savoir que lors de l'agression, on lui a injecté le produit. En nous rendant sur les lieux du crime, nous avons cherché des indices supplémentaires pouvant l'incriminer. J'ai appris que Culverton était un citoyen du royaume lui aussi. Dans les différentes cales, nous avons trouvé ceci (il montre la fiole.), elle avait glissé sous un meuble. Il s'agit d'un prototype du produit. Puis nous sommes tombés nez à nez avec le rat en question, il était toujours vivant et bien qu'il soit dans un sale état, il était assez vigoureux. Watson et moi avons dû l'achever.
» Voulant l'étudier pour en savoir plus sur la raison de sa longévité, nous l'avons fait emmener ici. Il est dans la cave…
– Je suppose que c'est l'odeur que l'on sent quand on est dans l'entrée ?
– En effet. Nous l'avons examiné et découvert qu'il s'agissait simplement que de l'instinct de survie de l'animal. Car en fait, le rat était une ratte en gestation. Elle avait aussi une particularité bien spéciale… celle de posséder deux cœurs.
– Deux cœurs ?
– Oui. C'est très rare, mais pas impossible, précisa le médecin. J'ai vu ce phénomène sur un lapin dans un cabinet de curiosité durant mes années d'études.
L'inspecteur hocha la tête.
– Nous aurions donc besoin de votre aide pour arrêter M. Culverton afin de faire justice à la famille Savage. Mais aussi pour nous débarrasser de ce rat au plus vite avant que les voisins de suspecte quelque chose en s'apercevant de la puanteur.
– Vous ne pouviez pas le faire seuls ? S'interrogea le limier.
Holmes et Watson se regardèrent et échangèrent un regard de connivence avant d'éclater de rire.
– Nous avons omis de vous préciser que notre petite ratte fait le poids de sa taille… et vu qu'elle à la grosseur d'un poulain, nous ne serons pas trop de trois pour la transporter, expliqua le plus sérieusement possible, le détective.
– Marie, Jésus, Joseph ! S'exclama le policier. Mais c'est un monstre !
– Et vous ne l'avez pas vu, rit Watson, les larmes aux yeux.
Lestrade avala tant bien que mal sa salive et s'éclaircit la gorge avant d'ajouter :
– C'est pire que ça ? Vous comptez en faire quoi ? La jeter dans la Tamise ?
– Évitons qu'un Londonien découvre l'existence de cette créature, Lestrade… le feu est la meilleure des solutions. Nous le ferons de préférence cette nuit, dans une décharge, à l'écart des regards indiscrets.
Lestrade, légèrement pale, acquiesça et le brun examina l'heure à sa montre à gousset.
– Je pense que vers minuit, nous serons assez tranquilles. Je vais demander à notre logeuse qu'elle nous prépare un repas léger.
Holmes se leva et descendit prestement les escaliers, tandis que Watson servit une généreuse dose de Whisky au limier.
– Tenez, Inspecteur… j'ai conscience que vous ne vous imaginiez pas une telle chose. Mais une fois que cela sera fini et que Culverton sera derrière les barreaux ou au bout d'une corde, on en parlera plus.
Ledit inspecteur but la moitié de son verre en grognant, peu convaincu. C'est à ce moment que le jeune détective revint.
– Le souper sera prêt dans une petite heure.
L'ancien capitaine s'approcha de lui en lui tendant un verre d'alcool ambré. Jetant un rapide coup d'œil par-dessus l'épaule de son cher et tendre, il le prit, effleurant au passage sa bouche du bout de ses doigts.
– Oh ! Merci, cher ami.
Celui-ci sourit imperceptiblement en réprimant un frisson et lui lança un regard mi-amusé, mi-désapprobateur.
– Holmes ! Vous êtes fou ! En présence d'un agent de Scotland Yard !
Le génie lui sourit franchement, voulant dire :
– J'aime vivre dans le risque… et il a le dos tourné !
Il rejoignit son fauteuil en caressant au passage, sa cuisse du bout des doigts. Le blond, tétanisé, respira doucement pour se reprendre, rejoignit son siège après s'être servit un verre sous l'œil rieur de son détective. Lestrade tout à ses pensées, ne remarqua pas l'échange silencieux de ses compagnons. Puis d'humeur joyeuse, Holmes engagea la conversation sur le prochain concert de Bach, programmé au Royal Albert Hall dans deux jours. L'inspecteur se dérida progressivement, mais participa peu à la discussion. Comme prévu, un peu avant vingt heures et demi, Mrs Hudson vint placer une soupière fumante au milieu de la table, avec un petit pâté en croûte froid.
Ils mangèrent peu afin que leur activité nocturne ne leur face pas défaut. Puis ils passèrent les trois petites heures restantes à écouter le violoniste leur jouer quelques morceaux de leurs choix puis s'octroyer un moment pour se reposer.
Vers une trentaine de minutes avant minuit, Holmes se leva d'un bond pour ouvrir au policier qui leur prévenait que le chariot était disponible avant de repartir au commissariat. Puis après avoir averti leur logeuse de leur projet, ils descendirent à la cave et apprêtèrent le convoi macabre. Lestrade, pâli instantanément lorsqu'il vit le monstre putride et fut pris de haut-le-cœur. Mais prenant toutes les précautions nécessaires, ils s'activèrent pour le sortir et le charger dans la charrette.
– Je comprends maintenant pourquoi vous avez tenu à ce qu'on prenne un véhicule… dit le policier à Watson dans un sourire tendu en s'installant.
Ses deux compagnons suivirent son exemple après avoir rassemblé tout le matériel nécessaire pour mener à bien leur tâche. Puis la carriole s'ébranla sur la route glacée et déserte.
– Sortons de Londres, je connais une décharge au nord qui sera parfaite marmonna le brun dans un nuage de vapeur.
– Compris ! Dit le policier. Pour une fois, je ne suis pas mécontent qu'il y ait le smog… nous sommes moins repérables et cela masque l'odeur !
– Vous n'avez pas tort, approuva l'ex-soldat, heureux de profiter du froid pour se coller à son homme.
Il fallut environ deux heures pour sortir de la ville et atteindre leur but. Tant bien que mal, les doigts engourdis par le froid, ils transportèrent leur fardeau au milieu des déchets recouverts de givre et la recouvrirent d'essence avant d'y mettre le feu.
À leur grand étonnement, il ne fallut pas renouveler l'opération. Le poison responsable de la mutation s'avérant être très inflammable. En moins de trois-quarts d'heure, il ne resta plus qu'un tas de cendre qu'ils recouvrirent par des détritus afin de cacher les dernières traces. Heureux d'avoir fini cette besogne, ils regagnèrent ensuite leur véhicule pour rentrer chez eux.
– Merci Lestrade pour votre aide, dit Holmes en lui serrant la main, sur le perron du 221B Baker Street.
Surpris dans un premier temps par ce geste amical, le policier lui répondit en souriant :
– C'est un plaisir, mon cher Holmes. Je me dois d'attendre votre compte-rendu écrit avant d'entamer les procédures d'arrestation… si vous pouviez ne pas tarder, cela serait mieux ! Sur ce, bonne nuit.
Les trois hommes se saluèrent puis l'inspecteur remonta dans le chariot et disparut dans l'épais brouillard tandis que, main dans la main, le médecin tira son détective à l'intérieur.
