Bonjour, bonsoir à tous, mes chers lecteurs !
Un petit message pour vous remercier, mes (nouveaux) followers et celles qui me laissent des commentaires adorables. En ce moment, je suis un peu en cours d'inspiration, mais j'espère que la « qualité » relative de mes écrits est toujours correcte. Ne vous inquiétez pas, je continue cette histoire et ne compte pas l'arrêter de sitôt. J'ai encore des idées en tête, il faut juste que je les organise en des phrases lisibles… ;)
En attendant, je vous laisse à votre lecture, en espérant qu'elle soit bonne !
Prenez soin de vous et à très bientôt !
Milie.
Chapitre 26 : Filature et correspondances
Holmes arriva chez lui aux alentours de dix-neuf heures quarante-cinq, totalement gelé. La température hivernale avait chuté à la tombée de la nuit. Lorsqu'il entra dans son appartement, le feu dansait dans la cheminée, cependant, l'atmosphère du salon lui parut plus froide. Son périple dans l'East-End associé à l'absence de son docteur le rendait morose.
Trois coups légers retentirent, le coupant dans ses humeurs noires. Mrs Hudson ouvrit doucement la porte et s'avança :
– M. Holmes, je venais m'assurer que vous étiez bien rentré. Vous avez reçu un télégramme en provenance de Peterborough, il est arrivé vers dix-huit heures trente. Tenez. Seigneur ! Il a une mine affreuse.
D'un bond, le détective franchit la distance le séparant de la vieille femme et lui prit avec précipitation le message, qu'il ouvrit et lut sans perdre une seconde :
«
Holmes,
Je suis arrivé sans encombre dans ma famille. Le trajet en votre compagnie m'aurait semblé moins long.
Ma mère et ma belle-sœur sont heureuses de me voir. À première vue, l'état de santé de ma mère est plus préoccupant que celui de ma belle-sœur. J'espère que j'offrirai une quelconque aide pour les sauver.
Ne vous en faites pas, je prends toutes les précautions pour ma propre santé.
Londres me manque déjà.
J.V.A.
Dr John H. Watson.
»
Le limier relut deux fois, la courte missive, le visage dénué de toutes expressions. Cependant, ses doigts fins se crispèrent sur le papier, témoins de ses émotions retenues. Mrs Hudson, émue, garda le silence, mais interrogea du regard le jeune homme. Celui-ci constata l'inquiétude sur le visage de sa gouvernante et soupira.
– Il est bien arrivé et est au chevet de ses malades. Il va bien, dit-il, et je lui manque comme il me manque…
La vieille femme rassurée, regarda le génie écrire sa réponse :
«
Watson,
Je suis ravi de vous savoir bien arrivé à destination.
Mon enquête se déroule bien, j'aurais aimé que vous soyez là.
L'épidémie a fait des ravages ; une vingtaine de personnes environ. J'espère avoir réussi à tout endiguer. L'East-End est sous surveillance.
J'ai eu de nombreux retours très positifs sur vos écrits, vous avez des admirateurs, mon cher.
Londres est attristée par votre absence.
J.V.A.
Holmes.
»
Une fois la tâche accomplie, elle lui conseilla :
– Vous devriez vous reposer un peu, mon cher. C'est ce que votre bon docteur vous recommanderait, vous paraissez exténué.
Holmes soupira de nouveau, cacheta le message puis lui tendit :
– Tenez. Demandez à Billy d'envoyer ce billet le plus tôt possible. Merci.
Puis il se tourna vers l'âtre pour contempler les flammes.
Comprenant que son jeune ami ne l'écouterait pas, la logeuse secoua la tête avec tristesse, puis s'éclipsa. Rapprochant son fauteuil de la cheminée, le détective s'y installa et se couvrit d'une couverture en laine. Déprimé, il allongea son bras, prit sa pipe de bruyère qu'il bourra du tabac de son amant et l'alluma avec une braise du feu.
Puis il étendit ses jambes interminables et rassemblant l'extrémité de ses doigts, il ferma ses yeux pour retrouver son palais mental.
Sa mansarde initiale avait lentement évolué durant les sept années partagées avec Watson, la rendant plus accueillante. Une nouvelle pièce y avait même vu le jour ; la pièce préférée du détective, qu'il avait baptisée « la salle de John ». Il s'y enferma immédiatement, verrouillant la porte afin de ne pas y être dérangé.
Il se sentit aussitôt apaisé, comme à chaque fois qu'il se sentait agressé par le monde extérieur, la « présence » de l'homme de son cœur le rassurait. Il s'installa au bureau situé dans un coin et déplia une carte de Londres qu'il accrocha sur un tableau. Il y épingla l'adresse du biologiste et celle du Club Bagatelle. Cependant, manquant singulièrement de données, il ne prolongea pas son investigation. Il se concentra donc sur son plan d'action durant quelques minutes.
Le reste de la soirée s'écoula lentement, enfermé dans son cocon mental à se remémorer la voix du médecin, l'odeur de son parfum, le bruit de ses pas et la profondeur de son rire. Se rappelant la douceur de sa peau et son tendre et profond regard cobalt. Un léger pincement de cœur l'atteint, mais il ne voulut pour rien au monde quitter cette pièce remplie de souvenirs pour revenir dans un monde vide et froid où son praticien n'y était pas.
Le matin du mardi 13 mars 1888, la célèbre mélodie de la tour du Palais de Westminster annonçant sept heures, l'incita à émerger tristement de son antre pour se rendre dans sa chambre. Il en ressortit une petite demi-heure plus tard, habillé de manière aristocratique, portant des favoris et rasé de près. Il descendit dans l'entrée où il croisa la logeuse chargée de son plateau.
– Je suis désolé pour le petit-déjeuner, Mrs Hudson, dit-il en enfilant son manteau, mais je dois m'absenter, je ne rentrerai que dans la nuit et repartirai demain avant l'aube.
La vieille femme fronça les sourcils et répondit :
– J'ai eu du mal à le reconnaître… D'accord… dois-je vous laisser un repas froid pour votre retour ?
– Non, ne vous tracassez pas avec cela. Je n'ai pas faim.
Elle soupira en levant les yeux au ciel.
– Que dois-je vous préparer pour demain ?
– La même chose qu'aujourd'hui.
La gouvernante grinça des dents.
– Je m'en doutais… Mais il faudra bien que vous mangiez un peu…
– Pas besoin… répondit négligemment Holmes, manger me ralentit et j'ai besoin de toutes mes facultés pour mener mon enquête.
Elle soupira et hocha tristement la tête tandis que le jeune homme prit sa canne et sortit en hélant un cab.
– Il est inutile d'insister, il aura toujours le dernier mot…
Le Hansom filait bon train dans les rues de la capitale, les routes boueuses étant enfin libérées du gel et de la neige. Le cabriolet s'arrêta devant le club Bagatelle aux portes duquel il se présenta sous le nom de Seymour Hardcase. Puis il fut introduit dans la salle de whist où il s'installa dans un sofa en attendant l'arrivée des autres joueurs. Ceux-ci ne tardèrent pas, un groupe de sept gentlemen entra dans la pièce en parlant allègrement. Lorsqu'ils aperçurent Holmes, ils s'approchèrent et se présentèrent à tour de rôle. Détaillant au fur et à mesure chacun d'entre eux, le logicien eut la surprise de reconnaître de par ses déductions, M. Culverton lui-même. Le génie les salua et, en prenant un léger accent irlandais, se présenta tout en regardant du coin de l'œil l'homme qui était la raison de sa présence dans ces lieux :
– Bonjour Messieurs, je m'appelle Seymour Hardcase, je viens d'emménager depuis peu sur Londres, précisément à Oxford Street. Étant un grand amateur de whist, un de mes amis m'a chaudement recommandé ce club afin d'y faire des connaissances.
La conversation s'étala encore quelques minutes selon puis ils s'installèrent à différentes tables. Les cartes et des cigares furent distribués et ils commencèrent une partie. Holmes s'arrangea pour s'installer à la table de Culverton et des dénommés Moran et Stevenson.
Durant trois bonnes heures, ils jouèrent dans la bonne humeur. Le logicien bien que peu enclin à ce genre d'activité, utilisa ses talents d'observation pour maintenir un semblant de justesse dans son jeu, mais surtout en mémorisant discrètement les différents éléments lui permettant de mieux connaître son adversaire, mais aussi son entourage.
Il n'apprit pas grand-chose de convainquant sur son partenaire de jeu, Stevenson : père de deux enfants en bas-âge, marié depuis quatre ans, amateur de cognac, récemment héritier d'un oncle.
Cependant, ses deux adversaires étaient bien plus intéressants...
Moran semblait habitué aux mondanités, mais au passé militaire, comme le lui prouvait la présence de son mouchoir glissé subtilement dans sa manche, habitude de soldat. Ses mains trahissaient d'une forte prédilection aux armes. Sa carrure et sa gestuelle l'orientaient clairement vers un poste de tireur d'élite, mais avec un grade militaire assez élevé… Lieutenant ou colonel. Il était mauvais perdant et trichait habilement.
Il nota ensuite quelques informations supplémentaires sur le biologiste : l'homme était incontestablement intelligent. Le limier eut la confirmation que cet homme était mauvais, presque sadique et doté d'un sens de l'analyse poussé. Au bout d'un moment, il soupçonna à quelques reprises que le vieil homme doutait de son identité.
La matinée touchant à sa fin, Holmes se leva, prétextant un rendez-vous en ville et tendit sa main à ses compagnons de jeu. Mais ne put complètement contenir son air flegmatique lorsque Culverton lui dit, en lui serrant la main :
– Bonne après-midi Monsieur Holm…hum… Hardcase.
Cette faiblesse furtive n'échappa à l'œil perçant du vieil homme, il lui sourit en lui serrant fermement la main, étreinte que lui rendit le génie.
– Bon. J'en ai la confirmation… il sait qui je suis. Bigre ! Mycroft a raison… il va falloir jouer serré. Merci M. Culverton, de même pour vous.
Puis, la canne sous le bras, il se retira et se rendit dans une de ses planques. Bien que troublé par la perspicacité de son adversaire, Holmes était ravi. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu de challenge de la sorte. Son plan se déroulait correctement, la petite surprise de la matinée donnant justement la petite saveur pimentée qui lui manquait. Il s'installa à son secrétaire et écrivit un message à l'Inspecteur Lestrade.
«
Inspecteur,
J'aurai besoin de vous pour finaliser l'enquête qui nous a occupés, il y a deux nuits de cela. Si tout se passe comme convenu, notre coupable sera sous les verrous dans quatre à cinq jours tout au plus.
Venez à Baker Street ce soir, vers vingt-deux heures, je vous donnerai les démarches à suivre pour pêcher notre poisson.
S,H.
»
Il glissa la lettre dans une enveloppe qu'il cacheta et sortit de son refuge pour la donner à un de ses Irréguliers, donnant la consigne de la donner en main propre en lui glissant en échange, trois pence dans sa main crasseuse. Il retrouva ensuite sa cache et entreprit de se grimer en un prêtre obèse, cachant sous sa soutane deux autres déguisements, lui assurant ainsi son embonpoint. Puis il rejoignit Lower Burke Street, où il s'installa sur un banc en plein soleil, situé à quatre maisons du numéro treize. Semblant profondément plongé dans la lecture de l'Évangile selon Saint-Luc tout en profitant des premiers beaux jours annonciateurs du printemps, le détective observait subtilement mais avec application les allées et venues de la rue.
Vers seize heures, moins-vingt, Culverton arriva chez lui, Holmes en profita pour se changer dans une ruelle misérable sentant l'urine, pour troquer ses habits ecclésiastiques contre une tenue d'ouvrier élimée, il s'étala du rouge sur les joues et s'équipa d'un balai. Puis il s'approcha et commença à balayer les trottoirs, moyennant de la menue monnaie, un œil discret toujours posé sur l'édifice. À plusieurs reprises, il vit la silhouette du vieillard se dessiner dans la lumière jaunâtre d'une fenêtre. Celle-ci regardait vers l'extérieur durant quelques minutes. Le détective conscient de s'être fait repérer, comme il l'avait prévu. Il continua son manège quelques minutes encore, puis rejoignit sa ruelle, pour en ressortir en clochard amoureux de la boisson. S'accoutrant d'un vieux manteau troué et d'un pantalon rapiécé et se barbouillant minutieusement de terre et de suie, il vient s'installer en zigzaguant contre un réverbère au gaz et continua sa filature.
Peu avant dix-huit heures trente, une jolie jeune femme d'une vingtaine d'années, sortit de la demeure, portant contre sa poitrine, un petit colis et arrêta un cab. La suivant des yeux, le jeune homme sourit. Durant son absence, le détective tout à son rôle se mit à chanter à tue-tête, obligeant le voisinage à le faire déguerpir. Il en profita donc pour se vêtir un peu plus chaudement et attendit plus de deux heures dans sa ruelle jusqu'à ce qu'elle revienne. Enfin, il se dirigea vers Baker Street, marchant rapidement tant pour se réchauffer que pour se dépêcher. Une petite heure plus tard, il pénétra silencieusement dans son appartement. Après une toilette sommaire, il eut juste le temps de se vêtir confortablement et de s'enrouler dans sa robe de chambre gris souris. Lestrade frappa à la porte d'entrée et attendit que Mrs Hudson l'autorise à monter.
– Une leçon rudement bien apprise ! Se moqua le détective, silencieusement. Entrez, Inspecteur, la porte est ouverte !
Le policier pénétra dans la pièce et haussa un sourcil en trouvant un seul homme au lieu de deux. Au regard sévère de Holmes, lui intimant de ne dire aucun commentaire, il resta muet. Le thé fut servi et le génie lui expliqua les démarches de son enquête. Durant cet intermède, le policier brisa sommairement le silence pour plus de précisions et acquiesça aux différentes étapes futures à suivre avant de rentrer chez lui.
En rejoignant son fauteuil près de la cheminée, il vit sur la table un petit colis et une lettre. Il saisit et ouvrit avec empressement la missive lorsqu'il reconnut l'écriture de son amant.
«
Holmes,
J'ai bien reçu votre lettre… vingt personnes. Seigneur, j'espère que vous n'avez pas été imprudent… L'état de santé de ma mère est de plus en plus préoccupant, celui de Lucy est assez stable. Je reste à leurs chevets, mais songe sérieusement à les envoyer toutes deux dans un sanatorium. Je vais laisser passer cette nuit et prendrai la décision demain.
Bien sûr, je vous tiendrai au courant.
Prenez soin de vous, mon ami.
J.V.A.
Watson.
»
Le logicien serra les dents, l'inquiétude lui mordant le cœur. Il se saisit d'une plume et lui répondit d'un court message et jugeant l'heure bien avancée, réserva l'envoi du courrier au lendemain matin. Puis, préférant laisser sa morosité en arrière-plan et garder la totalité de ses facultés, il consacra toute son attention sur le colis.
– Comme prévu, il a mordu à mon appât… dit-il avec un sourire qui ne présageait rien de bon pour le poisson. Voyons voir ce qu'il en est…
Il regarda le paquet sous toutes les coutures, son œil exercé confirmant ses déductions et rassemblant toutes données supplémentaires de son expéditeur. Enfin, il l'ouvrit minutieusement, dévoilant une petite boite d'ivoire blanc et noir s'ouvrant à l'aide d'un couvercle en glissière.
