Bonjour, bonsoir à tous !

Voici pour vos beaux yeux, un long chapitre, je pense le plus long écrit jusqu'à présent. Nous arrivons enfin à la fin de cette enquête. Il se peut que le style de cette partie, vous paraisse un peu différent qu'à l'accoutumée… Il y a une raison à cela et vous le saurez en lisant mon petit message à la fin.

Une petite réponse à Rordrick: Merci pour ton gentil commentaire. Je suis contente que mon histoire te plaise. Tu trouveras ici la finalité du « petit coup de stress » du précédent chapitre. J'espère que tu ne seras pas déçu. Merci encore pour ta review ! :)

Bonne lecture à tous !

Merci encore pour vos multiples soutiens !

À bientôt !

Milie.


Chapitre 29 : Le détective agonisant

Lorsque Watson revint dans la chambre de sa belle-sœur, celle-ci s'effraya de sa pâleur…

– Que vous arrive-t-il, très cher, on dirait que vous avez vu un fantôme !

Le docteur Brown le regardait, inquiet, et prévenant, lui apporta une chaise sur laquelle il s'écroula.

– Je… je dois repartir sur Londres immédiatement… je… il est arrivé quelque chose…heu… vous…

Il frissonnait, choqué par cette nouvelle, lorsque Lucy déclara calmement :

– Alors ne perdez pas de temps, je suppose que c'est votre ami, celui auquel vous écrivez régulièrement… partez et soyez rassuré, je suis entre de bonnes-mains.

Elle adressa un regard au docteur Brown qui, silencieux, approuva de la tête après lui avoir souri.

– Allez-y Watson. Je m'occupe de votre belle-sœur et vous tiendrais au courant de l'évolution de sa santé.

L'ancien capitaine essuya de son mouchoir la sueur froide qui lui recouvrait front et se leva, chancela un peu puis se stabilisa.

– Merci ! Désolé de ne pas rester plus longtemps, Lucy. Merci à vous aussi, Brown. Sauvez-là. C'est tout ce que je désire.

Il lui serra la main puis ouvrit rapidement la porte en enfilant son chapeau et son manteau. Il adressa un regard attendri à la malade avant de partir. À l'accueil, il demanda qu'on lui transfère ses bagages et il sauta dans un fiacre en direction de la gare de Liverpool. Il eut la chance de prendre rapidement le train à destination de Londres. En un peu moins de trois heures et trente minutes, Watson entrait en courant dans Baker Street, volant littéralement dans les escaliers et ouvrit, le cœur battant, la porte de leur appartement.

En entrant dans leur chambre, il vit Mrs Hudson, blanche comme neige, se tenant à bonne distance de Holmes, le visage recouvert de larmes qu'elle tamponnait régulièrement avec un mouchoir humide. Il lui adressa un rapide regard avant de se focaliser sur son amant.

Elle l'informa rapidement que celui-ci n'avait pas mangé ni bu depuis trois jours et qu'il s'était alité mercredi après-midi. Puis elle retourna dans son appartement dans un sanglot.

À la lumière douteuse de la fin de journée, leur chambre autrefois si accueillante, était devenue sinistre. Le visage décharné, épuisé, qui le regarda du lit, lui glaça le sang : les yeux du détective avaient l'éclat de la fièvre, ses pommettes étaient rouges, des croûtes noires étaient collées à ses lèvres. Sur la couverture, ses mains maigres tremblaient, Holmes geignait spasmodiquement, étendu dans une sorte d'apathie complète. Pourtant, quand il vit son docteur, un éclair passa dans son regard.

– Mon cher Amour ! S'écria Watson en s'approchant.

– Reculez ! Reculez tout de suite, Watson ! Commanda-t-il avec une violence âpre que le praticien ne lui avait connue que dans des moments critiques. Le cœur du médecin se contracta douloureusement tandis qu'il s'immobilisait immédiatement.

– Mais je ne veux que vous aider !

– Je le sais bien, mais je sais aussi que vous connaissez l'origine de ce que j'ai et des risques que vous encourez.

Le blond acquiesça gravement.

– Vous n'êtes pas fâché ? Poursuivit lentement le détective en faisant un effort pour parler.

– Comment puis-je être fâché contre vous alors que vous êtes si bas, mon ami… pas maintenant que je suis sur le point de vous perdre ! (Il déglutit.) Pourquoi le serai-je ?

– Parce que j'ai failli… je n'ai pas tenu ma promesse… je… me…, répondit-il d'une voix étouffée.

– Comment avez-vous été infecté ? Interrompit l'ancien militaire. Vous m'aviez dit que vous avez pris vos précautions…

– Je ne sais pas.

– Vous ne savez pas… répéta l'ancien-militaire dans un soupir.

» Néanmoins, je ne vous laisserais pas comme ça. Je suis médecin et je compte bien tout faire pour vous soigner !

Avec entêtement, il s'approcha de nouveau du lit et fut cloué sur place par un regard furieux. Il soupira et proposa :

– Et si je m'associe avec Sir Jasper Meeks et le docteur Bell ? À nous trois, nous avons peut-être une possibilité d'au moins retarder vos symptômes pour nous laisser le temps de trouver un antidote !

Le mourant avala difficilement sa salive.

– Vous n'y arriverez pas assez vite… mais il existe peut-être une possibilité pour me guérir… durant mon enquête j'ai cru comprendre que M. Culverton aurait confectionné un antidote.

– Culverton ? Notre suspect ?

– Lui-même.

– Mais comment pensez-vous le convaincre de vous secourir ? Il doit savoir que vous êtes à ses trousses…

Lors d'un frisson particulièrement violent, le malade laissa échapper un long gémissement de douleur. Il lui répondit d'une voix étranglée et haletante :

– En effet. Mais si vous lui dites que je cesserai de le harceler et que je ferai en sorte qu'il soit exempt de tous soupçons…

– Vous feriez cela ?

– Si cela me permet de vieillir à vos côtés, oui. Sans aucune hésitation. Bien que je n'en serai pas fier…

Un sourire attendit atteignit les lèvres du praticien.

Holmes… mon Amour… Soit ! Dit-il, en prenant son chapeau. Je vais chez lui pour lui parler et le persuaderais de venir vous voir… puis-je avoir son adresse ?

– Pas tout de suite, mon cher… pas avant six heures. Il passe ses après-midi au Club Bagatelle. Attendez encore deux heures et je vous donnerai l'adresse. En attendant, asseyez-vous dans ce fauteuil et laissez-moi me reposer.

Watson grogna de frustration et rongea son frein. Obéissant, il s'installa dans son fauteuil et silencieusement, il le contempla. L'état du brun s'était dégradé durant leur entretien, gémissant régulièrement, il sembla s'endormir en quelques secondes. Mais étant dans l'incapacité de rester sans bouger, le docteur déambula sans but dans la chambre et afin de tuer son ennui, il regarda les photographies des criminels célèbres qui ornaient les murs. Puis poursuivant ses observations, il découvrit sur le manteau de la cheminée, au milieu des pipes et des pièces de monnaie, à côté de cartouches de revolver, une petite boite d'ivoire blanc et noir, avec un couvercle à glissière.

C'était un joli objet, et l'ancien militaire allongea sa main pour l'examiner d'un peu plus près quand…

Un cri terrible lui glaça les os ! Un cri qui dut être entendu de la rue. Il en eut la chair de poule et ses cheveux se hérissèrent. Il se retourna brusquement vers son amant et surprit un regard délirant dans un visage crispé. Il resta pétrifié, la petite boîte dans sa main.

– Reposez-la ! Posez-la, immédiatement, Watson ! Tout de suite, vous dis-je !…

Sa tête retomba sur l'oreiller et il exhala un profond soupir de soulagement quand l'aîné replaça la boîte sur la cheminée.

Face au regard interrogateur du blond, le détective ajouta :

– Cette boite, c'est un souvenir de mon père… Mycroft m'avait promis de me la donner. Je l'ai reçu par la poste, le lendemain de votre départ. Elle est très fragile, j'y tiens beaucoup et dans votre état d'agitation vous pourriez la casser.

Fronçant les sourcils, le médecin resta silencieux. Cet incident ne lui plut pas du tout, tout comme l'explication peu convaincante et l'excitation paranoïaque si éloignée de la mesure habituelle de son partenaire. Tout ceci lui prouvait le désordre de l'esprit du génie.

– S'il vous plaît, très cher, veuillez me laisser me reposer, dit le malade, exténué. Asseyez-vous et restez tranquille.

Watson soupira, les sourcils toujours froncés, rejoignit à nouveau son fauteuil et attendit patiemment que le délai se soit écoulé. Holmes semblait avoir veillé l'heure autant que lui, car peu avant l'heure butoir, il lui adressa la parole avec nervosité.

– Maintenant, Watson, avez-vous de la monnaie dans votre poche ?

– Oui.

– Des pièces d'argent ?

– Plusieurs.

– Combien de demi-couronnes ?

– Cinq.

– Ah ! Trop peu ! Trop peu ! Pas de chance, mon cher ! Néanmoins, mettez-les dans votre gousset. Et le reste de votre monnaie dans la poche gauche de votre pantalon. Merci. Vous aurez beaucoup plus d'équilibre ainsi.

C'était un délire stupide. Le regard du médecin se chargea de détresse quand son amour frissonna et émit un bruit à mi-chemin entre une toux et un sanglot.

– Maintenant, allumez la lumière, il commence à faire sombre, mais veillez à ce que le gaz ne soit ouvert à plus de la moitié. Merci, c'est parfait. Non, ne baissez pas le store. Maintenant, apportez-moi quelques journaux et revues… très bien, Watson ! Il y a là des gants en cuir épais. S'il vous plaît, utilisez-les pour saisir la petite boîte en ivoire que vous placerez ici, parmi les journaux. Merci.

» Vous pouvez maintenant aller chercher M. Culverton Smith, 13 Lower Burke Street. Vous lui direz exactement dans quel état vous m'avez laissé, celui d'un homme à l'agonie en proie au délire. Vraiment, je me demande pourquoi tout le lit de l'océan n'est pas constitué par une masse solide d'huîtres, tant ses coquillages semblent prolifiques… Ah !… je divague… c'est étrange comme le cerveau contrôle le cerveau ! Que vous disais-je, mon cher ?

– Vous me donniez mes instructions pour M. Culverton Smith…

– Ah oui ! Je me souviens ! Ma vie en dépend. Plaidez ma cause auprès de lui, Watson. Faites en sorte qu'il vienne malgré le fait qu'il sait que je cherche à le mettre à la potence… Cela ne sera pas facile, mais il faut que vous réussissiez ! Dites-lui que je suis prêt à fermer les yeux sur tout ce qui le concerne… et faire en sorte que les preuves que j'ai ne parviennent pas aux mains de Scotland Yard. Inventez un stratagème s'il le faut… je vous fais confiance, mon Watson.

– Je le conduirai personnellement dans un fiacre, Amour.

– Non, surtout pas ! Il faut que vous le convainquiez, mais qu'il vienne ici, seul. Je souhaiterais que vous rentriez avant lui. Je sais que vous serez à la hauteur de votre rôle, mon cher… (il frissonna violemment.) Le monde sera-t'il envahi par des huîtres ? Non ! Non ! Ce serait horrible ! Transmettez-lui tout ce que vous pensez de mon cas.

Le blond sortit, la gorge nouée, espérant de tout son cœur que son amant lui survive jusqu'à son retour. En descendant les dix-sept marches, il trouva dans l'entrée Mrs Hudson, toujours en larmes. Tremblante. Elle le regardait comme si elle allait perdre un de ses fils. Il se pinça les lèvres tandis qu'ils entendirent Holmes entonner un chant délirant entrecoupé par des quintes. Après un dernier regard, il ferma la porte derrière lui et héla un Hansom cab, quand une voix l'interpella :

– Comment va M. Holmes, docteur ?

Ledit docteur se retourna et prit un moment pour reconnaître, dans ce début de nuit, l'inspecteur Lestrade habillé en civil.

– Il est très malade, répondit le médecin.

Le policier le regarda d'un air bizarre. Si le médecin ignorait le métier de son vis-à-vis, il aurait cru avoir distingué un éclair de satisfaction sur ses traits.

– On me l'avait dit, d'où ma présence ici, murmura-t-il.

Le fiacre étant arrivé, le praticien salua gravement le limier. Puis il disparut dans le véhicule et le brouillard jaune en direction de Lower Burke Street.

La circulation en ce début de soirée était particulièrement intense, cependant, en ajoutant deux guinées à la course, le cocher consentit à passer par les chemins de traverse afin d'arriver chez Culverton plus rapidement.

Lorsque Watson s'annonça au maître d'hôtel, celui-ci le fit patienter quelques instants dehors afin de prévenir sa présence au propriétaire. Il entendit par la porte laissée entrebâiller, une voix de grinçante et agressive.

– Qui est cette personne ? Que me veut-elle ? Bon dieu, Stapples... combien de fois vous ai-je dit que je ne voulais pas être dérangé pendant mes heures d'études ?

Le pauvre majordome lui répondit d'une voix apaisante, mais suffisamment basse pour que le médecin ne puisse en comprendre le sens.

– Eh bien, je ne le verrai pas, Stapples ! Dites-lui que je ne suis pas chez moi et qu'il revienne un matin s'il désire vraiment me voir !

Le domestique sortit du bureau en soupirant et découvrit avec stupeur son visiteur, pénétrer dans la maison d'un pas décidé.

Holmes ne peut pas attendre… Il faut que je lui parle. Pensa-t-il en passant devant un Stapples complètement médusé.

Il franchit sans hésiter, le seuil de la salle d'étude et un homme se leva de son fauteuil en poussant un cri de colère. Culverton, un cinquantenaire d'une corpulence supérieure à la moyenne, chauve avec un visage rude aux deux yeux gris maussade et menaçant, le regardait avec fureur. Complètement avachi sur une canne de bonne qualité, il devait être d'une taille assez grande, s'il n'était pas aussi voûté. Une petite calotte en velours était coquettement posée en équilibre sur son crâne dégarni. Cet homme dont l'intelligence ne laissait aucun doute avait un fond manifestement méchant.

Je m'en doutais… Holmes a tout déduit, comme toujours.

– Que me vaut cette intrusion ? Ne vous ai-je pas fait dire que je vous recevrais demain ? Cria le vieil homme d'une voix suraiguë.

– Je suis désolé, répondit l'ancien capitaine. Mais l'affaire qui m'amène ne souffre aucun délai. M. Sherlock Holmes…

Le nom du détective produisit un effet extraordinaire sur son vis-à-vis. Toutes traces de colère disparurent de son visage. Sa physionomie devint tendue, en alerte. Watson serra les dents.

À moi de jouer maintenant…

– Venez-vous de la part de monsieur Holmes ?

– Je le quitte à l'instant.

Il regarda rapidement son « invité » et sembla quelque peu confus durant un instant.

– Je suppose que vous êtes son collègue et ami, le docteur Watson ? Comment va-t-il ?

– Effectivement. Il est dans un état désespéré, voilà pourquoi je suis venu.

Le biologiste lui indiqua un siège et fit le tour de son bureau pour se rasseoir dans son fauteuil en cuir. La glace qui se trouvait au-dessus de la cheminée réfléchissant sa figure, Watson aurait juré qu'elle s'était éclairée d'un sourire satisfait et abominablement méchant. Pourtant, lorsque scientifique se retourna dans sa direction, ses traits étaient parfaitement impassibles.

– Je regrette cette nouvelle, dit-il. Je ne connais M. Holmes que depuis le jour où nous nous sommes affrontés dans une partie de whist au Club Bagatelle. Bien qu'il ait utilisé un autre nom ce jour-là… Il semblerait qu'il ait choisi d'enquêter sur moi et je vous avoue que j'éprouve deux sentiments contradictoires quant à cette intrusion dans ma vie. Ayant un grand respect pour ses talents et son caractère, je suis flatté par l'attention qu'il me porte. Mais en même temps, je suis très agacé ; Je n'aime pas qu'on furète dans mes affaires. J'imagine que M. Holmes s'est intéressé à mes récents travaux, n'est-ce pas ?

– Je ne vous le cache pas et c'est justement la raison pour laquelle, il voudrait vous voir. Il pense que vous êtes le seul à pouvoir le secourir.

Il sursauta de manière quelque peu théâtrale, faisant choir sa calotte sur le tapis.

– Pourquoi ? Pourquoi, M. Holmes pense-t-il que je pourrais le secourir ?

– Parce qu'il semblerait que durant son enquête, il ait été infecté par une substance biochimique alors qu'il travaillait parmi les chinois de l'East-End et vu que vous êtes un spécialiste en la matière et qu'il connaît la valeur et le sérieux de vos travaux…

M. Culverton Smith sourit avec satisfaction et ramassa sa calotte pour la replacer sur son crâne luisant.

– Oh ! Voilà pourquoi ! J'espère que le mal n'est pas si mal que vous le supposez. Depuis combien de temps est-il malade ?

– Trois jours.

– Délire-t-il ?

– De temps en temps.

– Hum… cela paraît sérieux ! Bien que je répugne à être dérangé dans mon travail, il serait inhumain de ne pas répondre à son appel. Allons-y, Docteur Watson… je vous accompagne tout de suite.

– Oh ! Mais j'ai un patient à voir avant…

– Très bien… j'irai donc seul. J'ai en note votre adresse. Vous pouvez vous fier à moi ; dans une demi-heure, tout au plus, je serai auprès de lui.

Le médecin le remercia et prit congé. De retour à Baker Street, il pénétra, le cœur lourd, dans la chambre du détective, espérant que le pire ne fut pas arrivé durant son absence. En constatant les progrès que le brun avait accomplis, il soupira de soulagement. Bien que toujours blanc comme linge, toutes traces de délire semblaient avoir disparu. Le mourant demanda d'une voix faible :

– Alors, vous l'avez vu, Watson ?

– Oui. Il sera là dans quelques minutes.

– Admirable ! Vous êtes le meilleur des messagers.

– Il voulait m'accompagner.

– Oh ! Il ne fallait surtout pas, mon ami !

– Je ne lui ai pas parlé des raisons qui vous ont poussées à mener l'enquête sur lui. Je n'ai mentionné que le fait que vous aviez travaillé parmi les chinois de l'East-End et en ajoutant quelques flatteries sur la teneur de ses travaux, il s'est décidé à venir.

– Parfait ! Vous avez été tout simplement parfait ! Maintenant vous pouvez vous retirer mon cher ami…

– Holmes ! Vous ne pouvez pas me demander cela… je dois attendre et m'assurer qu'il vous administre l'antidote !

Le logicien regarda son amant et comprit.

– Bien sûr… veuillez me pardonner, Watson… cependant, j'ai des raisons de croire que les choses seront plus aisées s'il croyait que nous sommes seuls… Il va me falloir le convaincre par tous les moyens de me le donner… Vous pouvez vous cacher derrière la tête du lit.

– Mais Holmes !

Je crains que vous n'ayez pas le choix… il n'y a pas beaucoup de cachettes dans cette chambre…

Il se redressa soudain, son visage hagard se couvrit d'une expression d'intensité farouche.

– Le voilà qui arrive, Watson… Vite mon Ange, si vous m'aimez, faite ce que je vous dis ! Et ne bougez pas, quoi qu'il arrive… quoi qu'il arrive, entendez-vous ? Ne parlez pas ! Ne remuez pas ! Écoutez seulement, mais de vos deux oreilles !

En un instant, son subit accès de force disparut, et son langage de commandement fit place aux murmures incompréhensibles d'un homme en proie au délire. Tandis que l'aîné se coulait dans l'étroite cachette.

Des pas lourds et hésitants gravirent l'escalier, puis la porte s'ouvrit et se referma. Durant un long silence, seulement interrompu par les râles et la respiration lourde du mourant, Watson imagina que leur visiteur se tenait debout près du lit et examinait Holmes.

Puis Culverton brisa ce silence pesant.

– Holmes ! S'écria-t-il. Holmes…

Sa voix ressemblait à celle de quelqu'un qui aurait voulu réveiller un dormeur.

– M'entendez-vous, Holmes ?

Il y eut une sorte de froissement d'étoffe, comme s'il avait rudement secoué le malade par les épaules.

– Est-ce vous, monsieur Smith ? Chuchota Holmes. J'osais à peine espérer que vous viendriez.

Un rire malsain s'éleva.

– Je ne l'aurais pas cru non plus. Et pourtant, voyez-vous, je suis ici. Les charbons ardents, Holmes : les charbons ardents !

– C'est gentil de votre part, très noble… J'apprécie tellement vos connaissances particulières…

Un nouveau ricanement résonna.

– Vous les appréciez… vous êtes sûrement le seul homme de Londres à les apprécier à leurs justes valeurs… Savez-vous quel est votre mal ?

– Le même que celui de Victor Savage, lorsqu'il est mort à bord du Mathilda-Briggs, répondit le génie.

– Ah ! Vous reconnaissez les symptômes ?

– Je ne les reconnais que trop bien pour les avoir vus sur un autre homme dans l'East-End… Grinça Holmes d'une voix misérable.

– Eh bien, Holmes ? Je ne suis pas surpris. Dans ce cas, les perspectives ne seraient pas drôles pour vous n'est-ce pas ?. Le pauvre Victor est mort le quatrième jour et il était jeune, fort, vaillant… Vous pensez qu'il est mort d'un mal issue d'une de nos expériences, n'est-ce pas ?

– Je sais que c'est le cas.

– Oh ? Vous le savez, vraiment ? Eh bien, vous ne pouvez pas le prouver en tout cas. Mais que pensez-vous d'un homme qui enquête et répand des rapports de ce genre sur mon compte ? Pour finir par ramper pour obtenir du secours quand il est malade ? Quel jeu est-ce, eh ? »

Watson entendit la respiration haletante du malade.

– Donnez-moi à boire ! Murmura-t-il.

– Vous êtes près de la fin, mon ami. Mais je ne veux pas que vous quittiez ce monde sans que nous ayons ensemble une petite conversation. Voilà pourquoi je vous donne de l'eau. Là, ne la renversez pas ! Pouvez-vous comprendre ce que je dis ? »

Holmes grogna.

– Faites ce que vous pouvez pour moi ! Haleta-t-il. J'oublierai ce que j'ai dit, je vous le jure. Guérissez-moi seulement, et je l'oublierai.

– Oublier quoi ?

– Les circonstances de la mort de Victor Savage. Vous venez d'admettre que vous l'avez tué. Je l'oublierai.

– Vous pouvez l'oublier ou vous en souvenir, comme vous voudrez. Je ne vous verrai pas dans le box des témoins, mais plutôt dans une boîte d'une forme différente, mon bon Holmes. Oui, oui, je vous assure ! Il ne m'importe guère que vous sachiez comment est mort mon collègue. Ce n'est pas de lui que nous parlons... c'est de vous.

– Oui je sais, mais je peux encore récupérer les preuves que j'ai rassemblées afin de les faire transmettre à Scotland Yard…

– Hum… je ne pense pas que vous ayez les moindres preuves concernant ma supposée culpabilité…

Le détective grinça des dents puis toussa en gémissant.

– Mais peu importe, j'ai un réseau qui pourra me protéger. Donc... il semblerait que vous ayez contacté votre mal dans l'East-End, parmi les marins.

– C'est ce que je crois.

– Vous êtes fier de votre cerveau, Holmes, n'est-ce pas ? Vous vous croyez habile, mais vous êtes tombé sur plus habile que vous, pour une fois ! Maintenant faites un effort et revenez en arrière. Vous ne voyez pas une autre occasion où vous auriez pu attraper le mal ?

– Je ne peux pas penser. Mon esprit s'en va. Pour l'amour du ciel, aidez-moi !

– Oui, je vais vous aider. Je vais vous aider à comprendre simplement comment vous en êtes arrivé là. Je tiens à ce que vous le sachiez avant de mourir.

Watson dans sa cachette pâlit :

Seigneur... cet homme… c'est le Diable incarné… je ne le laisserai pas faire…

– Donnez-moi quelque chose pour me soulager, répondit le brun à son tortionnaire.

– C'est douloureux, hé ? Oui, J'entendais Victor hurler de douleur sur la fin, à travers les cloisons de sa cabine… Cela vous prend comme des crampes, je parie ?

– Oui, oui ! Des crampes.

– Eh bien, vous allez pouvoir entendre ce que je vais vous dire. Écoutez ! Ne vous rappelez-vous pas un incident sortant de l'ordinaire et survenu un peu avant le début de vos symptômes ?

– Non, rien...

– Réfléchissez.

– Je ne peux plus réfléchir...

– Je vais vous aider. Vous n'avez rien reçu par la poste ?

– Par la poste ?

– Oui. Un paquet, par hasard ?

– Je m'évanouis… Je m'en vais !

– Écoutez, Holmes !… »

Il y eut un bruit comme s'il secouait le mourant, et Watson, bouillant de fureur, dut se maîtriser pour ne pas sortir de sa cachette.

– … Vous devez m'entendre et vous allez m'entendre. Vous rappelez-vous une boîte ? Une boîte en ivoire ? Elle est arrivée mardi. Vous l'avez ouverte… Vous vous en souvenez ?

– Oui, je l'ai ouverte. Il y avait un ressort pointu à l'intérieur. Une farce…

– Ce n'était pas une farce et vous vous en apercevrez à vos dépens. Imbécile, vous l'avez bien cherché ! Qui vous a demandé de vous mettre en travers de mon chemin ? Si vous m'aviez laissé tranquille, je ne vous aurais pas fait de mal.

– Je me rappelle, balbutia Holmes. Le ressort ! Il m'a piqué au sang. Cette boîte… celle-ci sur la table !

– Celle-ci même, pardieu !

Il la prit délicatement et la rangea dans sa poche.

– Voilà… ainsi disparaîtra votre dernier lambeau de preuve. Mais vous savez la vérité à présent, Holmes, et vous pouvez mourir avec la certitude que je vous ai tué. Vous connaissiez trop de choses sur la mort de Victor Savage ; je vous ai envoyé de quoi partager son destin. Maintenant, je vais m'asseoir et attendre votre mort.

La voix de Holmes n'était plus qu'un chuchotement presque inaudible.

– Quoi ? Dit Smith en se rapprochant des lèvres du malade. Plus de lumières ? Ah ! Les ombres commencent à tomber, hein ? Oui, je vais faire les grandes lumières afin que je puisse mieux vous regarder mourir…

Il traversa la chambre et la lampe brilla avec tout son éclat.

– … Y aurait-il un autre petit service que je puisse vous rendre, mon ami ?

– Une allumette et une cigarette. »

La joie et la stupéfaction manquèrent de faire bondir Watson hors de sa cachette. Holmes parlait avec son timbre normal, un peu faible peut-être, mais le médecin reconnaissait pouvait le sentir. Un long silence s'ensuivit. Il devinait que Culverton Smith, ahuri, contemplait le malade.

– Que signifie tout cela ? Dit-il d'un ton sec, âpre.

– Le meilleur moyen de bien jouer un rôle, dit Holmes, c'est d'entrer dans la peau du personnage. Je vous donne ma parole que depuis trois jours, je n'ai rien mangé ni bu, exception faite de ce verre d'eau que vous avez eu la bonté de me donner. Mais pour le tabac, ç'a été plus dur ! Ah ! Voici quelques cigarettes !…

Le frottement d'une allumette se fit entendre et un soupir d'aise s'ensuivit.

– Ahh ! Voilà qui est beaucoup mieux ! Tiens ? Ne serait-ce pas le pas d'un ami ?

Des pas résonnèrent derrière la porte qui s'ouvrit, et l'inspecteur Lestrade apparut.

– Tout est en règle : voici votre homme, lui dit Holmes.

Le policier employa les formules habituelles.

– Je vous arrête sous l'inculpation de meurtre sur la personne du nommé Victor Savage, conclut-il.

– Et vous pourriez ajouter de tentative de meurtre d'un nommé Sherlock Holmes ! Précisa le détective avec un petit rire.

» Pour épargner un souci à un malade, inspecteur, M. Culverton Smith a eu la bonté de donner notre signal en ouvrant davantage lui-même le gaz. D'autre part, le prisonnier a dans la poche droite de son manteau, une petite boîte qu'il vaudrait mieux lui retirer. Merci. Attention, je la manipulerais avec précaution, si j'étais à votre place. Posez-là ici. Elle sera utile au procès.

Une légère bousculade s'ensuivit, et se termina par un bruit de ferrailles et un cri de douleur.

– Vous ne réussirez qu'à vous faire du mal ! Dit l'inspecteur. Restez tranquille, voulez-vous ?

Watson toujours dans sa cachette entendit le cliquetis des menottes qui se refermaient.

– Un joli piège ! Cria le criminel. Il vous amènera dans le box, monsieur Holmes, mais pas moi ! Il m'avait prié de venir le soigner. J'ai eu pitié de lui et je suis venu. Maintenant, il prétendra sans nul doute que j'ai dit quelque chose de nature à étayer ses infâmes soupçons. Mentez comme il vous plaira, Holmes ! Ma parole vaut bien la vôtre.

– Oh ! Mais je pense que ma parole, associée à celle de mon cher Watson, vaudront bien leurs poids pour prouver votre culpabilité… n'est-ce pas, mon cher ami ? Dit le détective en adressant un sourire lumineux à son médecin.

Celui-ci se dégageant de derrière le lit, au grand soulagement de ses jambes, croisa le regard de son amant et lui rendit son sourire.

– Je n'ai pas besoin de vous présenter M. Culverton Smith, puisque je crois que vous vous êtes déjà rencontrés au début de la soirée. Avez-vous un fiacre en bas, inspecteur ? Je vous suivrai une fois habillé, car je pense que ma déposition vous sera utile.

Lestrade emmena sans ménagement le vieil homme sous les cris d'indignation de celui-ci. Pendant ce temps, Holmes avala un verre de vin et quelques biscuits tout en s'habillant. Puis se tourna vers le blond et lui dit :

– Jamais je n'en ai eu davantage besoin ! Comme vous le savez, je n'ai pas d'habitudes très régulières pour mes repas, et le jeûne m'a moins affecté que beaucoup d'autres personnes. Mais il était indispensable que je pusse convaincre Mme Hudson de la réalité de ma condition, puisqu'elle devait vous en informer, comme vous avez fait ensuite de même pour Smith. Vous ne m'en voulez pas, mon ange ? Vous savez, même avec vos nombreux talents, vous n'auriez jamais été capable de persuader Smith de la nécessité urgente de sa présence, qui était au centre de mon plan. Connaissant sa nature haineuse, je savais parfaitement qu'il viendrait contempler son chef-d'œuvre.

J'imagine qu'il a raison, je n'ai jamais été bon comédien… Mais votre aspect physique, Amour ? Votre visage de spectre ?

Un sourire attendrit atteignit les yeux du limier, il s'approcha pour déposer un rapide baiser sur ses lèvres.

– Trois journées de jeûne total n'arrangent jamais une beauté, chéri ! Pour le reste, il n'y a rien qu'une éponge ne puisse faire disparaître. Avec de la vaseline sur le front, de la belladone dans les yeux, du rouge sur les pommettes et des croûtes de cire autour des lèvres, on peut toujours produire un effet satisfaisant. L'art du grimage est un sujet sur lequel j'ai eu souvent envie d'écrire une petite monographie. Et associé à quelques propos sur des demi-couronnes, des huîtres, ou n'importe quoi de bizarre produisent un plaisant effet de délire.

– Mais pourquoi ne voulûtes-vous pas que je vous approche, ajouta le médecin d'un air contrarié, puisqu'il n'y avait nul danger de contagion ?

– Vous le demandez ? Croyez-vous que j'estime si peu vos talents de médecin ? Pouvais-je imaginer que votre jugement astucieux se méprendrait sur le cas d'un mourant, qui, bien que faible, ne présentait ni accélération du pouls, ni hausse de température ? À quatre mètres, j'avais une chance de vous tromper. Si j'échouais à vous persuader que j'étais infecté, qui serait allé chercher ce cher Culverton et me l'offrir à discrétion ? Sans oublier que je devais être raccord avec ce que vous saviez de la menace… Jamais je ne vous aurais laissé approcher s'il y avait le moindre risque à ce que soyez condamné aussi.

L'ancien militaire, tout en écoutant attentivement les explications de son homme, se pencha pour examiner la boite en ivoire posée sur la table.

– Non, Watson, ne touchez pas à cette boîte. Si vous la regardez, sur le côté, vous pouvez voir d'où le ressort pointu se détend comme la langue d'une vipère. Je suppose que Culverton s'est inspiré de la piqûre qu'il a faite au pauvre Savage pour inventer ce mécanisme. Mon courrier a parfois tendance à être, comme vous le savez, assez dangereux, et je suis toujours sur mes gardes quand je reçois des paquets. J'ai immédiatement compris de quoi il s'agissait et j'ai aussitôt imaginé le stratagème de ce soir. En lui faisant croire qu'il avait réussi son plan, je voulais lui arracher sa confession. Je me suis donc déguisé comme un véritable artiste pour le confondre.

Au fur et à mesure que le détective parlait, le visage du blond se teinta de tristesse… d'un coup d'œil, Holmes s'en aperçut et pinça ses lèvres. Il s'approcha de son homme et lui caressa tendrement la joue :

– Quand mon aurons terminé au commissariat de police, je vous invite à dîner chez Simpson, mon Ange. J'ai conscience que nous devons parler de tout ceci ensemble. Je ne demande qu'à répondre à vos questions et apaiser cette douleur que je vois dans votre regard.


Et voilà ! L'enquête sur « le Rat Géant de Sumatra » est terminée… mais les aventures de nos deux amoureux ne font que commencer.

La totalité de l'enquête a été grandement inspirée des mentions succinctes trouvées dans le roman « Le Signe des Quatre » et les nouvelles « Le Vampire du Sussex », et surtout « L'Aventure du Détective Agonisant » (pour le dernier chapitre). Mentions que j'ai entrecroisées, assemblées et arrangées avec mes propres idées pour obtenir ce résultat final.

Il est donc normal, pour ceux et celles qui connaissent le canon, que vous y trouviez de nombreuses similitudes, voulant respecter au maximum l'œuvre originale (malgré mes groooosses prises de liberté). J'espère néanmoins que cela vous a plus.

Ensuite voici une précision concernant le prochain chapitre… il comportera une partie lemon. Mais comme pour la dernière fois, ceux qui ne sont pas amateurs de ce type de lecture, pourront le lire sans crainte jusqu'à la césure marquée par une ligne… et la suite sera pour le prochain chapitre. ;)

Et bien entendu, je vous remercie infiniment de votre attention ainsi que pour votre soutien inextinguible ! Je vous adore.

À bientôt !

Milie.