Bonjour à vous, très chers lecteurs.
Je vous adresse aujourd'hui un court message pour vous remercier infiniment pour vos commentaires et votre assiduité.
J'espère que mon histoire continue de vous plaire.
En attendant, je vous souhaite d'agréables vacances, pour les chanceux qui en ont.
Prenez soin de vous et à bientôt ! ;-)
Bonne lecture !
Milie.
Chapitre 37: Le gang des cambrioleurs
Décidant d'emprunter les grandes voies en se dirigeant vers leur appartement, Holmes peu enclin à partager ses déductions, parla gaiement de différents sujets. Ils longeaient Oxford Street et s'apprêtaient à bifurquer vers le nord lorsque le détective s'arrêta subitement devant une affiche sur la façade du Princess Theatre.
– Que diriez-vous d'aller à ce concert ? Demanda-t-il. L'orchestre de chambre de Londres joue en début de soirée, les plus beaux morceaux de Chopin ?
– Au cours d'une enquête ?
– Oui, durant cette enquête, rit-il, puisque nous ne pouvons plus faire grand-chose en ce moment… Il y avait deux raisons qui m'incitaient à rallonger notre route pour rentrer chez nous j'espérais croiser un de mes francs-tireurs sur le chemin, pour leur confier une mission qui nous permettra de poursuivre notre enquête, mais il semblerait que je n'aie pas eu de chance…
– Nous ne sommes pas encore arrivés, mon ami… Les enfants rôdent toujours près de Baker Street. Puis-je vous demander quelle est la seconde raison ? Sourit l'ex-capitaine, un faux air innocent sur le visage.
Le limier regarda son médecin avec une petite moue voulant dire « comme si vous ne l'aviez pas déjà compris ». Le blond lui répondit par un sourire.
– Alors qu'avez-vous décidé ? Allons-nous au théâtre, ce soir ? Cela fait un moment que nous ne sommes pas sortis.
– J'en serai ravi d'autant plus que Chopin est l'un de vos compositeurs préférés, si je ne me trompe pas.
– C'est exact. Son style me plaît effectivement beaucoup et me permet, au cours d'une enquête comme celle-ci, d'éclaircir certaines zones sombres dans mon raisonnement.
– Alors soit ! Prenons nos places et dépêchons-nous de rentrer pour avoir le temps de nous préparer !
Sur les deux kilomètres restants à parcourir, la prédiction de Watson s'avéra être fondée… Au détour d'une ruelle, ils croisèrent un gamin recouvert de suie. Celui-ci s'approcha, dès qu'il aperçut le détective.
– Bonjour m'sieur Holmes, Docteur Watson, je peux faire quelque chose pour vous aider ?
– Bonjour Wiggins, ramoner une cheminée en plein été n'est pas simple, n'est-ce pas ?
– Oh… C'est jamais simple, mais il y a des travaux beaucoup plus détestables, m'sieur.
Le limier sourit.
– Et que dirais-tu de travailler pour moi avec quelques-uns de tes camarades ?
– Ça serait chouette, m'sieur Holmes, répondit le garçon, les yeux brillants. C'est pour quoi faire ?
– Rassemble l'équipe habituelle. Je recherche un homme brun aux yeux bleus, paraissant un peu moins de trente ans, petit, mais bien bâti. Son visage a des traits grossiers et un tatouage en forme de goutte sous l'œil gauche.
– D'accord, il devrait être facilement reconnaissable… Vous savez dans quels quartiers, il faut qu'on cherche ?
– Commencez par chercher vers Old Street et étendez votre rayon de recherche jusqu'à vingt minutes de marche tout autour. Vous aurez un salaire un peu plus haut que d'habitude, car l'homme est supposé dangereux. Donc soyez prudents. Compris ?
– Merci, m'sieur. Les consignes seront bien respectées, je vous le promets.
– Bien. Je t'attends tous les soirs à Baker Street, vers vingt et une heures, pour me tenir au courant de l'avancée de vos recherches. Et bien sûr, dès que vous l'avez localisé, tu viendras m'avertir immédiatement, même si c'est pendant la nuit.
L'enfant acquiesça de la tête.
– Parfait ! Sourit Holmes. Tiens, voilà pour toi et tes camarades. Mangez et dormez tous cette nuit. Vous commencerez demain matin. J'attendrais ton premier rapport à l'heure convenue. Allez, file !
– Je serai à l'heure. Merci m'sieur, répondit-il.
Il décampa après les avoir respectueusement salués, sous l'œil attendri des deux détectives.
– C'est un bon gamin… Il est intelligent, commenta le médecin en reprenant la route.
– Oui, Watson, confirma le logicien. Le petit Wiggins pourrait avoir un bel avenir dans le métier… Il a l'âme du vrai enquêteur et est doté d'un véritable don pour l'observation. De plus, il est malin et silencieux comme un chat, lorsqu'il est sur une piste... E les autres gamins suivent ses traces sous son commandement. Ce garçon est un vrai atout.
– Il a eu un bon maître, à n'en point douter…
– Je l'ai aidé, c'est vrai, mon ami… Mais il a appris le plus gros du métier en survivant dans la rue. Je n'ai fait que le guider pour éviter qu'il ne s'égare vers les chemins de la délinquance…
Son amant lui sourit avec une pointe de tendresse et ils avalèrent rapidement les derniers mètres les séparant de leur porte.
Une fois dans leur salon, le praticien verrouilla rapidement la porte et ferma les rideaux sous le regard intéressé de son amant. Lorsque le médecin se retourna, il n'eut qu'à faire trois pas pour se blottir dans les bras grands ouverts du brun.
– Je vous aime tellement, Amour, murmura t'il entre deux baisers. Vous ne pouvez pas savoir à quel point…
Il défit le col de son détective et y plongea son nez. Le brun se colla contre le torse de son comparse et glissa tes longs doigts dans les cheveux dorés.
– Je crois bien que j'ai une petite idée de la teneur de vos sentiments, mon ange. Je les partage tout autant que vous.
Il lui souffla doucement dans l'oreille… La sensation déclencha un frisson au docteur et un éclat de rire joyeux au détective.
– Je vous aime aussi, John… Si vous saviez combien j'ai combattu mon envie d'écourter notre entretien avec Wiggins… N'imaginez pas que je n'ai pas remarqué vos regards, aussi discrets soient-ils.
Regardant rapidement l'heure, l'ancien militaire attrapa la manche de son homme et l'attira vers la chambre.
– Nous n'avons pas le temps d'entreprendre quoi que ce soit de... Disons… D'intensif… Mais j'ai affreusement envie de sentir votre peau contre la mienne.
Docilement, le cadet le suivit, ravi. Ils ôtèrent rapidement leurs vêtements et s'installèrent dans leur lit, où ils se blottirent l'un contre l'autre. Ils restèrent ainsi le temps de se rassasier de tendresse suffisamment longtemps pour leur permettre d'attendre jusqu'à leur retour du concert.
Les minutes défilèrent avec une rapidité folle, lorsqu'ils retrouvèrent leur sofa. Ils récupérèrent leur déjeuner oublié, en grignotant quelques biscuits et buvant du thé. Puis vers dix-huit heures, ils se rendirent aux Princess Theatre, où ils passèrent une agréable soirée dans la loge privative qu'ils avaient réservée. Mais ils écoutèrent, fort distraitement, les merveilleuses mélodies juste après l'entracte... Étant trop occupés à se dévorer des yeux.
Le trajet du retour fut parcouru de manière plus rapide qu'à l'aller et leurs retrouvailles entre leurs draps se fit sans tarder.
…
Quatre jours s'écoulèrent, les rapports des francs-tireurs n'apportèrent que peu d'informations… Et malgré les recherches personnelles du détective, l'Homme au tatouage restait très discret. Le cinquième jour, Wiggins fut introduit dans le salon de Baker Street quelques heures avant le déjeuner.
– Wiggins ! Des nouvelles ?
Le jeune garçon, encore essoufflé de sa course, avala difficilement sa salive avant de répondre :
– Nous l'avons trouvé, m'sieur Holmes. Il était bien caché. Nous avons eu l'idée de pousser légèrement plus loin que prévu… Jim habitait un endroit près d'un entrepôt abandonné, avant la mort de ses parents. Mais hier, en passant devant juste après midi, il a été étonné de voir plusieurs hommes en sortir et surtout, de constater qu'un d'eux avait un tatouage à un œil. Il m'a cherché partout dans le quartier et a fini par me retrouver lorsque je sortais de chez vous. Je suis immédiatement allé là-bas pour vérifier ses dires. Durant toute la nuit, j'ai attendu, pour le voir sortir un peu après que le soleil soit levé.
– Es-tu certain que c'est bien notre homme ?
– Sûr et certain, m'sieur. Brun aux yeux clairs, j'ai pas bien vu la couleur… Mais il était p'tit et costaud. Et sous son œil, y avait la larme. Le pauvre a même le nez qui ressemble à une patate ! Ajouta-t'il en riant.
Les deux hommes pouffèrent.
– En effet, cela ressemble fortement à la description, ricana le brun. Peux-tu me donner l'adresse ?
– Au 97 Lamb Street, m'sieur Holmes, entre la gare de Liverpool et le marché de Spitalfields.
– Bien joué, Wiggins ! Apprécia le détective en notant l'adresse sur une de ses partitions. Tu remercieras tes camarades pour leur efficacité.
Il lui tendit une petite bourse en tissu.
– Et voici vos honoraires. Je vous ai rajouté une livre pour chacun d'entre vous.
– Oh ! Merci m'sieur Holmes ! S'exclama le blondinet. Hum… J'espère que votre homme sera le bon. En tout cas, il me plaît pas.
Il soupira en haussant ses épaules.
– J'espère aussi, Wiggins… J'espère aussi… Allez, va rejoindre tes camarades.
Le garçon salua respectueusement les deux hommes avant de s'enfuir par la porte d'entrée. À peine celle-ci eut-elle claquée, que le génie s'écria en s'élançant vers leur chambre :
– Je vais devoir faire un peu de repérage, mon cher ami…
– Dois-je vous accompagner ?
Watson pénétra dans la pièce pour y découvrir son homme en pleine séance de grimage. Celui-ci acheva de coincer des morceaux de coton dans sa bouche pour arrondir ses joues, avant de lui répondre :
– Ne vous donnez pas chette peine… Che compte zuste vérifier les lieux et vérifier chi Ch'est bien l'homme en quechtion. Il vaut mieux que ze chois cheul afin de ne pas me faire repérer.
Le blond s'appuya contre le chambranle de la porte et tentant péniblement de garder son sérieux, il lui répondit :
– J'ai toujours été fasciné par votre maîtrise de l'art du déguisement, Amour… Cependant, évitez de parler, votre articulation est épouvantable ! On dirait presque une imitation de mauvais goût de l'accent allemand.
N'y tenant plus, le praticien rit aux éclats, aussitôt suivit par son amant.
– Chans ze rambourrache, mon acchent chermanique zerait beaucoup plus confainquant. Ze Chui d'accord...
Cet excès d'hilarité partagé dura le temps que le cadet achève de se préparer. Il ressortit de la chambre, méconnaissable, accoutré dans son habit « passe-partout » de l'alcoolique épris de sa boisson.
– Avec chette tenue et la prochimité de Whitechapel, ma tâche ch'en trouve fachilitée, dit-il en souriant. Che rentrerai en début de choirée.
– Compris. Soyez prudent ! Répondit, toujours amusé, l'ancien capitaine en déposant un léger baiser sur la tempe du bouclé.
…
En entrant silencieusement dans leur pièce commune, un peu avant vingt heures, Holmes découvrit son homme le nez penché sur son secrétaire. À ses côtés, figurait une petite pile de feuilles noircies d'une écriture fine et presque illisible.
De son pas souple et silencieux, le détective s'approcha, tel un chat, et déposa tendrement ses lèvres dans le cou du médecin. Celui-ci, lâcha un petit cri de surprise et se retourna vivement.
– Vous m'avez fait peur ! Je ne vous avais pas entendu… (Il se leva et l'enlaça en passant ses bras autour de la taille de son compagnon.) Alors, comment s'est passée cette reconnaissance ?
– Je suis plutôt satisfait de ce que j'ai découvert… Wiggins et le petit Jim avaient raison, c'est bien l'homme que nous recherchons… Cependant , accordez-moi, juste quelques minutes afin que je puisse me débarbouiller un peu et me mettre à l'aise, ensuite, je vous dirais ce que j'ai découvert.
Laissant le praticien rassembler son manuscrit, il s'éclipsa pour revenir un court instant plus tard, ses boucles humides rebondissant sur son front et habillé simplement. Il se pencha à nouveau sur son docteur, posant doucement ses mains sur les épaules, lui effleurant au passage, du bout de ses doigts, les clavicules. Puis, il s'installa dans son fauteuil et attendit que son compagnon fasse de même.
– Alors voilà le compte-rendu de mon repérage… Notre homme, mon cher Watson, fait bien partie d'un gang composé de huit personnes minimum. À ce que j'ai compris, l'entrepôt ne serait pas leur quartier général, mais plus un point de rencontre. Avant de rentrer ici, j'ai pu entendre parler deux de ces hommes. Ils discutaient en italien, le sujet portait majoritairement sur une mission qui doit être opérée dans les prochains jours. Je suis convaincu qu'il s'agit d'un autre cambriolage.
– Comment avez-vous compris une telle chose, mon cher ?
– Je sais parler couramment l'anglais, le français, l'italien, l'allemand et le farsi. J'ai aussi des bases solides en russe et polonais et pense pouvoir me débrouiller dans les autres langues latines, John. Expliqua-t-il simplement.
Holmes, devant le regard admiratif de son homme, rougit légèrement.
– Vous ne cesserez jamais de m'impressionner...
– J'ai des ancêtres français, je n'ai que peu de mérite, vous savez...
– Et bien sûr vous avez aussi de la famille dans tous les autres pays que vous m'avez cités, n'est-ce pas ? Le taquina le blond avec un clin d'œil.
Un microscopique sourire flottant sur ses lèvres, Holmes continua :
– Hum… Reprenons… Le fait est que je ne pense pas que l'homme que nous avons recherché, soit le meurtrier d'Eustace ou même de Garett… Avec sa stature de taureau, il est bien trop massif…
– Pouvez-vous m'expliquer votre raisonnement ? Je ne pensais pas que les assassins faisaient partis des cambrioleurs…
– Il n'est pas rare que ce genre d'individu soit polyvalent, Watson. Cependant, nos deux victimes ont été tuées par la même personne. Le mode opératoire était identique dans les deux cas. Poignardées dans le dos avec précision, assurément pas avec la même arme, vue que la première était restée dans le corps d'Eustace.
– Je vois…
– Un autre fait intéressant… J'ai remarqué la présence du même tatouage sur trois des huit membres… Je suis donc rapidement passé voir Lomax juste avant la fermeture de la London Library, afin qu'il n'y ait plus autant de monde, pour faire quelques recherches à ce sujet. Il m'a fait patienter le temps qu'il ferme et tous deux, avons cherché dans plusieurs livres et journaux, jusqu'à trouver ce que je cherchais.
– Qui est... ?
– Les tatouages d'une larme sous un œil, souvent le gauche, sont portés par les membres d'un gang qui ont commis un crime. Certains le portent aussi en hommage à un ami, ou un père, un frère et cætera. En bref, une personne qui a été arrêté et condamné pour meurtre. Dans tous les cas, du sang a été versé et cette marque doit être « méritée ».
– Intéressant… D'autres informations ?
Le détective se mit à sourire :
– J'ai l'impression de passer un interrogatoire… C'est troublant…
Un rictus amusé accueillit cette remarque, mais le praticien garda le silence.
– Oui, mon cher, il y a bien une autre information. Ce gang est vraiment très bien organisé… Voire trop bien. D'un œil extérieur et peu habitué, leur comportement semble totalement naturel, cependant, cela fait suffisamment de temps que je suis dans le métier pour voir que leur agissement est orchestré d'une main de maître… Par quelqu'un qui n'est pas novice en la matière…
– Quelqu'un au sein du gang ?
– Je ne sais pas, mais je compte bien le découvrir… Cela dit, seriez-vous partant pour une petite sortie nocturne, ce soir ?
– Je m'en doutais… Soupira Watson en se passant la main dans les cheveux, les ébouriffant au passage. Je me doutais bien que vous ayez prévu de leur rendre une petite visite… Aussi illégale soit-elle. Vous savez combien je me refuse de vous laisser courir le moindre risque seul…
Il soupira de nouveau.
– Vers qu'elle heure comptez-vous que nous nous y rendions ?
Le sourire sur le visage de Holmes s'agrandit.
– Nous partirons d'ici vers vingt-trois heures trente, comme cela, nous serons sur les lieux aux alentours de minuit. Une heure parfaite pour commettre un délit, ne trouvez-vous pas ? Ajouta-t-il avec un sourire ravi.
Pour toute réponse, le médecin leva les yeux au ciel.
