Bonjour/bonsoir à tous,
Tout d'abord, je suis désolée d'avoir été aussi tardé à publier ce nouveau chapitre. Il y a eu des changements dans ma vie qui m'ont accaparée plus que je ne le pensais. Et malheureusement, les journées ne font que vingt-quatre heures...
Ensuite, et c'est le plus important, je vous remercie infiniment pour vos commentaires et votre soutien. Je suis très touchée. :')
***Une petite réponse à MegOra : Merci beaucoup pour ta review ! Je suis heureuse que mon histoire te plaise ! J'espère que cela continuera dans les prochains chapitres ! ;-)
Dernière information : je ne compte pas arrêter cette fiction de sitôt, seulement, je publierai quand le temps me le permettra. :-)
Voilà ! Je vous laisse à votre lecture ! N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire ! Je vous répondrai sans faute.
À bientôt !
Milie.
Chapitre 38 : Infiltration
L'heure arriva bien assez vite aux goûts de Watson, peu friand de telles escapades nocturnes, sans qu'elles ne soient pas parfaitement planifiées. Holmes, impatient de se jeter corps et âme dans l'aventure, accueillit bien au contraire l'échéance avec bonheur. Sautant sur ses pieds, peu avant l'heure du départ, il en revient avec des vêtements noirs et deux paires de chaussures aux semelles en caoutchouc.
– Tenez, mon vieux, mettez-ci... Nous partons dans dix minutes et n'oubliez pas de prendre votre pistolet d'ordonnance, dit-il en glissant son colt dans la poche de son manteau.
Les consignes furent suivies et les deux hommes sortirent en silence. Comme prévu, ils atteignirent leur destination un peu avant que minuit ne sonne à la Tour de l'Horloge. Le détective attira son amant dans l'ombre d'une ruelle et lui glissa à l'oreille :
– Nous allons entrer par le soupirail que vous pouvez distinguer près du tonneau, lors de ma reconnaissance, j'ai remarqué qu'une vitre y était brisée. Tâchez de ne faire aucun bruit et d'être prudent.
Le médecin consentit en hochant la tête puis se tourna, le visage fermé, vers son objectif. Lorsqu'il eu la surprise de sentir une main gantée lui saisir le bras pour l'attirer encore plus dans l'obscurité.
– Qu'est-ce que vous… Oh ! Mon dieu !
Un baiser brûlant avala le reste de sa phrase.
– Je sais que vous n'appréciez pas ce que nous nous apprêtons à faire, mon ami. Ne le niez pas, je vois votre air contrarié… Et je m'en excuse. Cependant, dans les circonstances actuelles, nous ne pouvons pas faire machine arrière. Nous avons presque tous les éléments pour clore notre enquête. J'ai juste besoin de découvrir qui est le meurtrier, pour ensuite envisager un plan d'action avec ce bon Lestrade.
– Je vois, c'est donc une mission basée sur l'observation…
– Exactement ! Sourit le brun. En espérant que tout se passe pour le mieux…
Il embrassa une deuxième fois la bouche tentatrice de son homme.
– Êtes-vous prêt ?
– Autant qu'on peut l'être.
– Alors allons-y !
Ils s'élancèrent d'un pas souple jusqu'au soupirail et le logicien s'affaira à ouvrir l'ouverture en passant son bras à travers le trou pour en retirer le loquet, pendant que le blond faisait le guet. Un faible bruit avertit le médecin que son compagnon s'était faufilé dans le sous-sol. Il se suivit à son tour.
Une odeur de moisi leur parvint, la pièce au sol inégal était plongée dans une obscurité presque opaque, seulement éclairée par la faible lueur du réverbère se trouvant au coin de la rue. Holmes ayant développé depuis très longtemps, la faculté de voir relativement bien dans le noir, fut-il quasiment complet, prit la main de son biographe et se dirigea sans aucune hésitation, zigzaguant adroitement entre les caisses et les tonneaux, vers ce qu'il semblait être une échelle. Il grimpa et poussa sans un bruit, une solide trappe faite de planches. Dans un premier temps, il sortit uniquement sa tête pour aviser la situation, puis le reste de son corps, avant de se cacher derrière un mur non loin de là. Le médecin le suivant comme son ombre. L'entrepôt semblait beaucoup plus grand vu de l'extérieur, l'amoncellement de caisses de toutes tailles créant une ambiance légèrement oppressive.
Tous les sens en alerte, le limier s'avança prudemment dans le dédale, s'arrêtant fréquemment pour écouter. Ils se figèrent lorsqu'ils entendirent des voix s'élever subitement d'un espace exigu, près de la porte arrière. Les deux détectives se rapprochèrent et se cachèrent derrière un empilement de barriques. Observant entre deux fûts, un groupe composé de quatre hommes assit autour d'une table faiblement éclairée par une bougie. La lueur de celle-ci faisait danser les ombres sur leurs visages. Leur conversation chantante et rythmée aux couleurs du sud semblait gonfler progressivement. L'ambiance bien connue des Italiens jouant « à qui parle le plus fort » alimentée par un ballet de mains, fascina un instant le praticien. Holmes, pendant ce temps, se concentra sur chacun de ces individus, avisant et rejetant certains détails lui permettant de confondre son suspect, si tant est qu'il soit là.
La chance néanmoins lui sourit, lorsque le plus jeune des brigands prit un couteau posé sur la table devant lui, avec lequel il joua habilement. L'homme, aux traits encore fins, semblant être à peine sorti de l'adolescence, restait le plus souvent muet, attentif aux paroles de ses complices. Sa corpulence était svelte : léger, souple et nerveux. Il était habile, sa main ne tremblait pas et faisait virevolter une sorte de poignard, avec adresse entre ses doigts. L'arme intéressa particulièrement le logicien : c'était une sorte de dague, dont la lame, épaisse et assez longue semblait avoir été récemment affûtée.
Il se pencha à l'oreille de son docteur et murmura dans un souffle :
– Je l'ai repéré, c'est le jeune qui manipule le couteau. Il a toutes les qualités pour être celui qui a tué Eustace et sa dextérité me le prouve. Il est entraîné et manie cette arme depuis longtemps.
– Que doit-on faire à pr…
S'arrêtant soudainement lorsque le groupe se leva dans un raclement de chaises, s'apprêtant à sortir. Il regarda son compagnon et l'interrogea du regard. Avisant la mâchoire serrée et la posture passionnée du détective, il soupira.
– D'accord… suivons-le… À chaque fois, c'est pareil… Je le suivrais jusqu'en enfer.
Un petit sourire reconnaissant et une main serrée amoureusement, le remercièrent,
– Attendons d'abord qu'ils soient tous sortis.
– J'espère qu'ils ne fermeront pas derrière eux…
– La serrure ne me résistera pas longtemps, Watson. J'ai tout ce qu'il faut sur moi pour m'en occuper, répondit-il en tapotant la poche intérieure de sa veste.
L'attente ne fut pas bien longue. La porte se referma et un bruit de verrouillage leur parvint. Holmes sortit calmement son attirail de parfait cambrioleur et s'occupa de la serrure. Le blond quant à lui fureta, soulevant un couvercle d'une caisse par-ci par-là. Lorsqu'il lâcha un petit sifflement.
– Je pense que je viens de trouver la tiare de Cléopâtre, mon cher ami…
– Nous en aviserons Lestrade… Répondit le logicien d'un air absent. Voilà ! J'ai fini ! Venez, Watson, ils sont déjà assez loin, il faut les rattraper !
– Il va nous être difficile de savoir par où notre suspect s'est rendu…
– Près du chantier du London Bridge... Par chance, dans le peu qu'il a dit, il a sous-entendu qu'il passait régulièrement dans ce secteur… J'imagine qu'il n'habite pas trop loin.
– Et bien, soit… Je vous suis… Passez devant, mon cher !
Lorsqu'ils sortirent du hangar, ils longèrent directement Bishopsgate, privilégiant les zones d'ombre afin de ne pas se faire repérer. À cette heure tardive de la nuit, hormis quelques prostituées traînant aux coins des ruelles, ainsi que des ivrognes cuvant leurs boissons, les rues étaient vides. Le visage de Holmes s'éclaira lorsqu'il aperçut le jeune homme au croisement de Theadneedle Street et Gracechurch Street.
– J'ai eu peur de m'être trompé... Sa jeunesse lui a permis d'aller plus loin que je le pensais. Suivons-le…
La filature se poursuivit jusqu'à une maison délabrée de Lower Thames Street dans laquelle leur suspect s'engouffra. Les détectives, cachés sous un porche non loin de là, attendirent quelques minutes en avisant la façade. Une fenêtre ridiculement petite, située au dernier étage, s'alluma faiblement.
– Il s'agit de la pension de Mrs Jetley… Elle est réputée pour ses loyers peu chers, loués à la nuit ou à la semaine. Beaucoup d'immigrés y logent… Dit le limier à l'oreille de son homme.
– Que comptez-vous faire, maintenant ?
– Que diriez-vous qu'on lui rendre visite ?
– Êtes-vous sérieux ?
Lorsqu'il aperçut comme réponse, la fossette creuser la joue de son amant et son regard brillant de malice et d'excitation, il sût qu'il l'était. Le médecin soupira tragiquement et le suivit.
Il pénétrèrent dans l'immeuble et arrivèrent devant la porte de l'Italien à laquelle ils toquèrent. Le bruit d'une assiette se brisant leur parvint avant que la porte ne s'ouvrit sur un visage angélique arborant paradoxalement deux yeux flamboyant de dangerosité. Avisant les étrangers avec méfiance, le jeune Italien porta automatiquement sa main dans son dos.
– Lasciate vostro coltello al suo posto, giovanotto ! (Laissez votre couteau à sa place, jeune homme !) Dit Holmes sans l'ombre d'un accent, en le pointant de son revolver.
Sa mains s'immobilisa tandis que ses sourcils se froncèrent.
– Chi sei ? (Qui êtes-vous?) Cracha-t'il.
–Si vous me le permettez et par égard de mon ami, nous poursuivrons notre conversation dans ma langue natale… Je m'appelle Sherlock Holmes et voi…
– Voici le Docteur Watson, acheva le jeune, un sourire malsain déformant ses lèvres.
Il parlait dans un anglais parfait, seule une légère accentuation sur l'avant-dernière syllabe de ses mots trahissait son état d'immigré.
– Les racontars disaient donc vrai… Voici donc les inséparables détectives… Poursuivit-il.
– Je vois qu'en dépit de notre apparence, nos noms et sans doute notre réputation, vous étaient connus. Nous sommes enchantés de faire votre connaissance, monsieur Martoni, dit le brun en désignant de la tête, une enveloppe ouverte laissée sur la table.
En entendant son nom, l'italien serra les dents, son regard devint plus menaçant. Holmes, imperturbable, continua :
– J'imagine que vous vous doutez de la raison de notre présence, en cette douce nuit…
Le jeune homme resta dans son mutisme, les yeux mauvais. Le logicien sourit :
– Comme il vous plaira, je vais donc vous le dire. Je vous suspecte d'être le meurtrier de Monsieur Eustace et de Maître Garett… Ainsi que d'être un des membres du gang des cambrioleurs.
– Quelles preuves avez-vous pour me suspecter ainsi ?
– La liste est longue mais je pense que votre nom, ainsi que le fait que vous ayez ce couteau que vous essayez désespérément d'atteindre depuis le début de notre si agréable conversation, serait suffisant pour la police.
– Mon nom…
– Oui. Monsieur Martoni. Votre nom. Je suppose que vous êtes le fils de Giovanni Martoni qui lui-même avait pour père Luciano Martoni… Originaire de Milan mais implanté à Bergame… Une belle-famille d'assassins, voleurs et maîtres-chanteurs qui ont donné naissance à la mafia d'aujourd'hui. Vous savez maîtriser la lame comme feu votre père… Mes félicitations, son enseignement a porté ses fruits… Malheureusement, cela va vous mener à votre perte…
– ATTENTION HOLMES ! Hurla Watson en le poussant vers la gauche.
Le garçon saisit brusquement son couteau et avec souplesse, s'élança vers les deux hommes qui lui bloquaient la sortie. Le détective surprit par le réflexe de son ami, perdit l'équilibre tandis que le médecin, caché par la porte, leva son arme et tira vers le fuyard, le manquant de peu.
La résonance du coup de feu dans cet espace confiné, lui produisit des acouphènes durant quelques secondes, le déstabilisant quelque peu, avant de s'élancer vers l'escalier :
– Venez Holmes, ne le laissons pas s'échap…
Le détective se leva prestement, le visage légèrement plus pâle qu'à l'accoutumé et s'engagea dans la cage d'escalier, aussitôt suivit par le médecin. Ils avaient à peine atteint le palier du quatrième étage, qu'ils entendirent la porte d'entrée claquer. Ils pressèrent donc le pas et déboulèrent dans la rue.
– Prenez à gauche, Watson, je vais à droite. Il ne doit pas être loin. Si vous l'apercevez, sifflez ! Je vous rejoindrai.
– Compris. Soyez prudent. Je compte sur vous pour faire de même.
Un léger sourire crispé aux lèvres, Holmes acquiesça et ils se séparèrent en courant. Durant plus d'un quart d'heure, ils cherchèrent, fouillant les ruelles sombres, longeant la Tamise. En vain. Le fuyard s'était comme volatilisé.
Ils se retrouvèrent au niveau du futur London Bridge, aussi essoufflés que dépités.
– Il a sûrement une autre cache dans les environs, supposa le praticien. Que faisons-nous à présent ?
Il regarda son homme attentivement, celui-ci peinait à retrouver son souffle. Sa main droite portée à son flanc. Le visage blanc recouvert de sueur.
– Allez-vous bien, mon cher ?
– Parfaitement bien, répondit le détective d'une voix hachée. Juste un point de côté.
La réponse de son amant réveilla ses sens de médecin. Il s'approcha du brun et s'accroupit devant lui. Il découvrit avec horreur, la main de son amant recouverte de sang.
– Mais… Mais vous êtes blessé ! S'écria-t'il en avançant les mains pour aviser la gravité de la plaie.
– Ce n'est rien, vous assure… Il n'a fait que m'effleurer ! Grogna le limier en gardant ses mains contre sa blessure.
– Laissez-moi voir, Holmes !
– Mais je vous dis que je n'ai rien… Couina le brun.
– Ne faites pas l'enfant et laissez-moi en juger.
– Mais…
– Sherlock ! Je vous supplie de me laisser faire.
Avisant le regard emplit de terreur de son homme, il retira ses mains de son abdomen en soupirant. Sans perdre un instant supplémentaire, Watson souleva les couches de tissus et découvrit une coupure béante juste en dessous des côtes droites. Il grinça des dents.
– Je pense que je peux vous remercier, mon ami… Sans votre réflexe de tout à l'heure, je pense que mon cœur aurait été touché.
Le médecin pâlit et avisant le sang qui continuait à couler intensément, il déchira sa manche pour en faire un coussin hémostatique artisanal, qu'il maintint fermement en place avec sa ceinture.
– Votre blessure reste cependant plus que sérieuse. Je vous emmène sur-le-champ à l'hôpital Saint-Barthelemy.
– Non ! Hors de question ! Rentrons chez nous et vous me soignerez.
– Holmes. Je n'ai pas le matériel adéquat pour vous soigner et il me faut de l'aide.
– Alors faisons appel au Docteur Bell.
– Mais pourquoi tenez-vous tant à éviter Saint-Barts ?
– Pour deux raisons. La première, j'ai une sainte horreur des hôpitaux et la seconde, de loin la plus importante (il s'approcha de l'oreille du blond) rappelez vous de ce que vous m'avez laissé sur le torse, la nuit dernière.
– Oh ! Oui… Je vois… Hum ! Répondit le praticien, les joues rouges.
– Je doute que les femmes, aussi fougueuses soient-elles, laissent de telles marques… Et j'ai la réputation d'être un célibataire endurci. Voulez-vous toujours que j'aille me faire suturer et risquer de dévoiler notre secret ?
– Non. Hum… Comme toujours, vous avez raison. Envoyons un télégramme à mon ancien collègue. Je pense qu'à l'heure qu'il est doit être chez lui.
Le limier lui sourit.
– Voilà une sage décision. Aidez-moi à marcher jusqu'à Baker Street.
– Attendez Holmes. Tenez. Mettez ceci et boutonnez-la de sorte à ce que votre blessure ne soit pas visible. Après nous prendrons un cab au niveau de Victoria Street.
En avisant la veste que lui tendait le blond, le détective s'apprêta refuser, mais en regardant le visage courroucé de son compagnon, il accepta, non sans grommeler dans sa barbe. Ils trouvèrent, par chance, un Hansom cab un peu en retrait de la voie principale. Celui-ci, avisant leur accoutrement, hésita à les prendre, mais face à la perspective alléchante d'une guinée supplémentaire, le conducteur les conduisit rapidement à leur destination.
Une fois rentrés chez eux, le médecin installa confortablement le blessé sur le sofa avant de partir pour Oxford Street, quérir l'aide de son ancien confrère.
