Charlie et Malte, c'est une longue histoire d'amour. Depuis qu'il y a mis les pieds, je crois qu'une partie de lui y est restée. Faramond ronronne sur sa tête :
- Bienvenue chez toi mon petit gars, je lui fais en souriant.
Sa petite langue sort rapidement de sa bouche, alors qu'il m'observe attentivement. Il dévale le cou de mon oncle, avant de pencher sa tête dans ma direction. Je tends ma main vers lui, qu'il escalade à une vitesse impressionnante. Il se niche dans mes cheveux : je sens ses pattes appuyer sur mon crâne dans le but d'évaluer le confort de son nouveau lit.
Nous traversons la Republic Street et ses nombreux cafés et restaurants avec terrasses pour la pause déjeuner. Beaucoup de personnes y sont, et le brouhaha donne une ambiance à la rue que je n'ai jamais retrouvé nulle part. Nous passons devant quelques monuments comme les Églises de Saint-Francis et de Sainte-Barbara ou le Parlement. Quand nous sommes à Malte, Charlie transplane rarement : il aime trop l'architecture de ce pays pour en priver ses yeux.
Charlie nous amène directement vers un hôtel moldu, en pressant le pas. Je tire sur mon sweat à capuche, vraiment peu adapté au climat … J'ai quitté le temps pluvieux et grisâtre de Londres pour atterrir en plein soleil à Malte ! Il fait frais pourtant, mais au moins il n'y a pas un nuage à l'horizon.
- Bon alors, c'est quoi le problème ici ? Je demande à Charlie.
- C'est une affaire délicate en fait…, grogne-t-il.
Il jette des regards à droite et à gauche, comme s'il avait peur que nous soyons suivis.
- On doit protéger les psychards de Malte, m'informe-t-il enfin. Ils seraient chassés depuis quelques temps. Ils commencent à migrer vers d'autres pays, et envahissent leurs plages. Les sorciers ne peuvent plus contrôler leurs déplacements et il y a déjà eu quelques accidents avec des moldus.
Eloïsha Garnet m'en a déjà parlé entre deux rencontres et deux baisers…
- Ok, je fais. Donc on va devoir se frotter à des trafiquants ?
- C'est plus que des trafiquants Lou' !
- Je suis d'accord pour dire que ce sont des connards…
- T'as déjà entendu parler du conscidisti ? m'interroge Charlie.
Je fronce les sourcils. C'est une drogue très populaire en ce moment, qui circule partout parmi les sorciers, mais aussi les moldus. Je n'en ai jamais pris. Cependant, je sais que le conscidisti a la faculté de couper celui qui en prend de toutes émotions. La personne ne ressent plus aucun sentiment : ni joie, ni peine, et peut ainsi se concentrer sur d'autres choses plus importantes, comme les études, le travail… Beaucoup s'en servent et y deviennent addicts. A Sainte-Mangouste, on s'en sert sur certains patients pour les anesthésier et les aider à se rétablir, mais aussi à vivre malgré leurs traumatismes. A petite dose, c'est une drogue qui fait se sentir léger, comme si plus rien n'avait d'importance. Chaque prise est contrôlée. Malheureusement, plusieurs trafics illégaux vendent du conscidisti et profitent de ces gens, qui en prennent sans prescription, sans contrôle …
- Quel est le rapport avec les psychards ?
- On raconte que le conscidisti serait fabriqué à partir des propriétés magiques des psychards…
- Comment cela se pourrait-il ? Les psychards font remonter les souvenirs les plus anciens, les plus enfouis. Le conscidisti coupe les personnes de toutes leurs émotions…, je remarque sans comprendre.
- De ce que j'en sais, en inversant les propriétés du psychard, on parviendrait à effacer les souvenirs à court terme. De plus, les trafiquants échangent parfois du conscidisti contre des psychards, en guise de paiement.
- Pour en fabriquer encore plus ? Je suppose en réfléchissant à voix haute. Les aurors sont sur le coup ?
- Non. Ce ne sont pas des mages noirs… Mais le Ministère a envoyé quelques sorciers, des agents de sécurité, pour mettre la main sur les dealers. Ce sont des incompétents de première.
- Et qu'est-ce qu'on en sait, par rapport au fait que ce ne sont pas des mages noirs ? Ces pourritures doivent se faire un max d'argent …
- Si on peut les arrêter, on le fera.
- Ça fait partie de nos qualifications, ça ? j'ironise légèrement.
- En tant que magizoologistes, on a promis de prendre soins des créatures magiques. Arrêter ces pourritures, c'est clairement leur venir en aide et les protéger !
- Je suis à cent pour cent avec toi, Charlie ! Mais si jamais on se fait taper sur les doigts, je te collerai tout sur le dos ! Je le préviens.
Il lève les yeux au ciel : au fond on sait tous les deux que c'est faux. J'assumerais les conséquences à ses côtés sans hésiter l'espace d'une seule microseconde.
- Y'a d'autres sorciers sur le coup ? Je demande.
- Pas que je sache. J'ai entendu parler de cette mission par une collègue, alors je nous ai directement inscrits dessus. Ça fera bien sur ton dossier.
Je sais que Charlie ferait n'importe quoi pour les psychards.
- Mon dossier ? Je hausse un sourcil.
- Tu dois bientôt rendre ton mémoire, tu vas passer devant l'Ordre des Magizoologistes… Il faut que tu aies ce genre d'expériences, que tu fasses des missions, surtout si tu veux accéder à la formation de dragonologue !
- J'ai déjà un bon dossier. Quant à mon mémoire, il avance bien…
- J'ai entendu parler de tes exploits en Chine. J'ai hâte de lire les résultats de tes recherches, s'enthousiasme mon oncle. Tu as choisi un sujet original et vraiment très intéressant !
- Donc j'ai déjà toutes mes chances…
- Surtout depuis que tu couches avec Eloïsha Garnet, grimace-t-il.
- C'est arrivé trois fois. En deux mois. Et comment tu sais que…
- Elle m'a demandé de te donner ça…, grogne-t-il en me tendant une chaussette.
A vrai dire, je suis ravi que ce ne soit pas autre chose. J'ai dû l'oublier la dernière fois… Je suis parti assez précipitamment parce qu'on m'avait appelé pour rejoindre une équipe de recherches en France, qui enquête sur le mourioche.
- C'est pas sérieux entre elle et moi, je le rassure. C'est juste… pour s'amuser.
- Tu ne veux pas t'amuser avec quelqu'un qui ne fera pas partie de ton jury qui te délivrera ou non l'obtention de ton droit d'exercer ?
Je hausse les épaules, indifférent.
- J'espère simplement que tu sais ce que tu fais… Une excellente note t'ouvrira les portes de la formation de dragonologie, Louis ! C'est très sérieux ! Tu devrais faire plus de missions « normales » et pas sur les créatures légendaires !
Je grimace légèrement. J'hésite à poursuivre mes études. Devenir dragonologue a toujours été un rêve de gamin mais j'ai tellement changé… Je veux vraiment devenir indépendant, et commencer à vraiment travailler, à parcourir le monde, sans avoir à me soucier d'un devoir à rendre sur la taille des griffes des verts gallois… Bien que ce sujet me passionne… C'est juste que j'ai besoin de changer d'air, et de quitter la Grande-Bretagne, définitivement.
- J'en fais déjà plein des missions ! Je lui rappelle en souriant. Je n'ai pas besoin de toi… Je te signale que j'ai plus de lettres de félicitations et chantant mes louanges que tu n'en as jamais eues à mon âge.
- Depuis le Temple du dragon foudre t'es devenu une vraie tête à claque, gamin ! Est-ce que tu es fâché de passer du temps avec ton oncle préféré ? Se moque légèrement Charlie.
- Tu n'es pas mon oncle préféré, je grogne vaguement.
- Ah oui ?
- Oncle Percy m'a offert une malle de voyage hyper pratique pour mon dernier anniversaire ! j'indique fièrement en soulevant cette-dernière jusqu'à ses yeux.
- Je t'ai offert des gants en peau de dragon ! s'offusque Charlie.
- Et oncle Harry, lui, m'a donné sa miniature du magyar à pointes, celle sur laquelle je louche depuis plus de quinze ans et qu'il a depuis le Tournoi des trois sorciers… J'ai cru que maman allait s'évanouir quand elle m'a vu avec !
Charlie éclate de rire.
- Quant à oncle Ron, il m'a fait cadeau d'un super beau plateau d'échecs. Oncle George m'a filé tout un échantillon de ses nouvelles fusées fuseboom … Conclusion : t'es pas mon oncle préféré ! Je le charrie gentiment.
- Je me demande vraiment ce que les gens te trouvent parfois… T'es un petit con insupportable…
- Les femmes disent que j'ai du charme…
Charlie s'esclaffe légèrement, amusé. J'ai confiance en moi, je ne m'en suis jamais caché. Cependant, je sais que je ne suis pas infaillible et je prends mon rôle de futur magizoologiste avec beaucoup de sérieux.
- Tu sais que t'es plus qu'un oncle pour moi ? Je reprends plus sérieusement.
- Alors pourquoi tu ne réponds pas à mes lettres ? Grommelle-t-il.
- Parce que je sais que tu t'inquiètes pour moi. Mais je vais bien ! Je lui affirme.
Il soupire, comme s'il ne me croyait pas. Je suis fatigué que tout le monde me surveille de près, en attendant le moment où je craquerai.
- Je suis passé à autre chose, je souffle en cherchant à le rassurer.
Je vais de l'avant, je continue à vivre… C'est ce que je me suis promis au Temple du dragon foudre.
- Eloïsha Garnet, hein ?
- C'est vraiment pas sérieux.
On se retrouve de temps en temps, mais nous voyons chacun d'autres personnes. Eloïsha est cool et sympa, impressionnante et superbe. Mais je n'en tomberai jamais amoureux. Ce serait bien la dernière chose que je souhaite en tous cas…
- L'amour, ça va, ça vient. Y'a rien qui dure toujours ! On ne vit pas dans un putain de conte de fées.
- Ironique de la part d'un gars qui a toujours vécu dans une famille où ils vécurent tous heureux et eurent beaucoup, beaucoup, mais vraiment beaucoup, d'enfants ! Raille Charlie.
Je balaie l'air de la main, faisant semblant d'ignorer sa remarque alors que Charlie me sourit, fier de lui. Nous nous frayons un chemin dans les rues étroites de la ville. Il entre finalement dans un hôtel, aux volets bleus, à la façade toute craquelée par les effets du soleil et entourée d'oliviers. Il demande la clef de notre chambre. Plusieurs moldus me regardent avec des yeux écarquillés : Faramond est toujours dans mes cheveux. J'imagine que voir une créature ressemblant à un gros lézard en train de piquer un petit roupillon sur la tête de quelqu'un ne doit pas être quelque chose d'habituel.
Charlie nous fait monter les escaliers et nous longeons le grand couloir, dans un silence de mort. Je dépose ma malle sur le lit. D'un coup de baguette, je range mes vêtements pour la semaine dans la commode juste en face, et enlève mes chaussures. Faramond ronronne toujours, dans mes cheveux.
- Faut que je dorme, je soupire. Je suis rentrée du Mexique il n'y a même pas six heures… je suis complètement claqué.
- Repose-toi, accepte Charlie. Je vais aller faire un tour sur les plages…
Je lève un pouce en l'air. Quelques instants après, j'entends la porte se fermer tout doucement. Je me retrouve seul, avec Faramond qui dort déjà paisiblement. Je pose ma malle sur le sol et plonge sous les draps comme on plonge avec bonheur dans la mer en été.
oOo
Il y a quelque chose qui tape dans le fond de ma malle. Un objet qui cherche à s'échapper, qui cogne fort et veut se libérer. Je fronce les sourcils, maintenant bien réveillé. Je grogne de mécontentement, les yeux encore embués de sommeil. Dehors, la nuit est tombée, et le réverbère qui est juste au pied de notre chambre, l'éclaire parfaitement lui donnant tout de même une ambiance inquiétante. Je me lève, et me penche au-dessus de ma malle, avant de l'ouvrir. Ma boussole en sort. Je l'attrape d'une main ferme et regarde l'aiguille pointer vers la fenêtre. Je m'y dirige, avant de remarquer Janet, les yeux posés sur sa propre boussole, toute aussi étonnée que moi. J'ouvre la fenêtre :
- Mais qu'est-ce que tu fiches ici, Janet ? Je lui lance.
- Je pourrais te poser la même question ! Sourit-elle, les poings sur les hanches.
oOo
- Je ne savais pas que tu étais rentré du Mexique… Et déjà reparti ! s'amuse Janet en sirotant son thé glacé.
- J'ai à peine eu le temps de défaire ma valise, j'admets.
- T'es en mission ? Me demande-t-elle.
Ses yeux noisette me scrutent. Ils sont en tous points semblables à ceux de Tommy, son frère, et mon meilleur-ami. Janet a des joues bien rondes et un sourire doux qui ne la quitte jamais. Je ne l'ai jamais vu pleurer… Elle est très souvent de bonne humeur, mais quand on l'énerve, elle fait vraiment peur. Nous nous connaissons depuis Poudlard. Avec Tommy, Molly, David et elle, nous étions inséparables. Tommy est devenu auror, Molly journaliste, David diplomate et Janet, médicomage. On formait une bande vraiment chouette…
- Avec mon oncle, je confirme. Et toi ?
- Il y a beaucoup de personnes addicts au conscidisti à Malte et plus particulièrement à La Valette. J'ai décidé de suivre une formation, en addictologie magique. On a un service international ici, plus au sud de l'île où l'on aide les moldus, où l'on étudie les effets de cette drogue…
- Tu ne m'as rien dit, je la gronde légèrement. Ça fait combien de temps que tu es ici ?
- Deux semaines. Tu pars tout le temps en vadrouille sans nous alerter ! Pourquoi n'en ferais-je pas de même ?
- Ça fait partie de mon job ! Je me défends, presque offusqué.
- Tommy et Molly ont tenté de m'en dissuader… Mais Lev pense que j'ai un don pour la psychomagie et que je peux réellement aider les autres. L'addictologie magique me passionne…
- C'est cool, je murmure. Enfin que tu aies une passion… Pas le fait que des gens soient dépendants physiquement et psychologiquement à un truc aussi toxique…
Janet rit, amusée, et caresse sa boussole du bout des doigts.
- C'est fou… Que tu l'aies avec toi.
- Je ne m'en sépare jamais, je lui avoue en la reprenant.
On s'est offert tous les six ces boussoles enchantées. L'aiguille indique la direction à suivre pour trouver un ami qui se trouve proche de nous. Elles ne fonctionnent que pour nous six. Quand nous sommes trop éloignés les uns des autres, elles n'indiquent que le nord. Le plus drôle, c'est quand on se donne rendez-vous, qu'on arrive tous de directions opposées : dans ces cas, nos boussoles tournent dans tous les sens, sans savoir où se poser, où s'arrêter... C'était une idée de Molly… C'était pour qu'on ne s'oublie pas, pour qu'on se rappelle qu'on serait toujours là, les uns pour les autres.
- Elle fait partie de ces cinq objets qui ne me quittent jamais, je murmure.
- Je l'ai emmenée moi aussi… Je ne m'attendais pas à ce qu'elle s'affole en pleine rue ! J'aurais dû me douter que c'était toi, sourit Janet.
Charlie arrive au bar dans lequel nous nous sommes installés avec Janet, il s'approche, tire une chaise jusqu'à lui et s'assoit. Il salue Janet, qu'il a déjà vu plusieurs fois.
- T'as trouvé des trucs intéressants ? Je lui demande.
- Non. Personne ne parle. Dès que j'évoque le conscidisti, les moldus deviennent froids, ou me demandent si je sais où ils pourraient s'en procurer. Et toi ?
Janet fronce les sourcils. Je l'observe resserrer l'élastique de sa queue de cheval.
- Janet va peut-être pouvoir nous aider…, je réponds énigmatiquement.
