- Vous êtes magizoologistes ! Pas aurors. Pas enquêteurs. Vous êtes magizoologistes ! Répète l'homme en face de nous, les joues rouges.

Charlie hausse les épaules, alors qu'il a posé les pieds sur la table. Isaak et Tommy Hartley ont des sourires en coin à peine dissimulés. Ils ont du mal à cacher leur hilarité.

- T'as un truc à ajouter, Hartley ? Demande froidement l'agent du département des secrets magiques du Ministère de la Magie.

- Tu fais ça très bien, Gardiner ! Sourit franchement Isaak. Et tu insistes très bien sur les métiers de chacun.

Tommy laisse échapper un rire qu'il étouffe rapidement en toussotement. Je regarde sévèrement Charlie, qui a croisé les bras au-dessus de sa tête, les pieds toujours posés sur la table :

- T'es mal poli !

- T'es insolent.

- C'est pas un concours.

- Je te laisse gagner, sourit-il.

- VOUS ÊTES MAGIZOOLOGISTES ! s'écrie l'agent du Ministère de la magie.

- Peut-être que si tu faisais correctement ton boulot, Gardiner, on n'aurait pas à le faire à ta place ! j'énonce calmement.

L'agent me fusille des yeux, avant de poser un regard insistant sur Charlie :

- C'est votre élève, non ?

- Oui, et ? Haussa les épaules Charlie. Tu veux que je le mette au coin ?

- Le Ministère en entendra parler ! En tant que magizoologistes, vous auriez simplement dû examiner les plages et protéger les psychards ! Pas prendre contact avec un dealer !

- Surveiller les plages ne servirait à rien, je soupire. Ces gens sont malins. Tu crois vraiment qu'ils partent à la cueillette aux psychards à la vue et au su de tous ? Il n'y aurait rien de plus contre-productif que de faire ça ! Ce serait comme essayer d'enlever l'eau d'un bateau qui coule avec une passoire ! Je m'agace finalement.

L'agent Gardiner ne décolère pas, et Charlie enlève ses pieds de la table.

- On vous a prévenu. C'est déjà pas mal, non ?

On est imprudents. Pas inconscients. Malte n'a pas de gouvernement sorcier a proprement parlé. La fabrique de rapeltouts dépend de la Grande-Bretagne et les rares sorciers qui habitent ici font souvent appel aux sorciers étrangers, pour leur prêter mains fortes lorsqu'ils rencontrent des difficultés.

- Vous avez oubliétté le dealer ? Grogne Gardiner.

- Oui, répond simplement Charlie.

- Il s'appelle Orphée. Enfin, j'espère vraiment que c'est un nom de code… J'ai communiqué son adresse à ton bureau, j'indique.

- Et c'est quoi, la suite ? Soupire Isaak en prenant place à côté de Charlie.

Tommy reste en retrait et m'observe, le regard pétillant.

- Infiltrer un réseau de trafiquants, ce n'est jamais simple. Il faut préparer une couverture, et…, poursuit Isaak.

- Louis pourrait s'en charger, le coupe Tommy.

- Pourquoi moi ? Je m'exclame vivement.

- Parce qu'un jeune magizoologiste, qui chercherait à combler ses fins de mois, ça reste crédible. Tu pourrais vouloir prendre contact avec eux pour les fournir et te faire quelques gallions en plus… C'est ce que tu diras lors de ton rendez-vous en tous cas.

- Super, je grommelle.

- On ne sera pas loin !

- Super…, je répète.

- C'est une bonne idée, admet Isaak en hochant la tête.

- Ça pourrait marcher, approuve Charlie.

- J'ai mon mot à dire ? Je m'offusque.

- Allez, Louis ! Ce sera marrant !

- Et t'as vraiment pas le choix…, grogne Gardiner. Tu es celui que les gens ont vu entrer chez Orphée !

- On l'a oubliété je te rappelle.

- Il était peut-être observé, remarque Isaak. De plus, c'est bien toi, qui a approché la brune qu'il t'a désignée ? Celle qui est en contact avec les trafiquants ?

- Il lui a tapé dans l'œil tout de suite ! s'amuse Charlie.

- Pas du tout ! Je contredis.

- Lou… Si elle t'a donné rendez-vous dans ce bar, c'est vraiment pas pour compter les bouteilles d'alcool posés sur le comptoir !

- Je suis un Weasley, je vous rappelle ! Si on me reconnaît, personne ne croira jamais que je fais ça pour l'argent ! Et si jamais les trafiquants sont d'anciens camarades de promotion, ils ne marcheront pas deux secondes ! J'ai manifesté trois jours entiers dans le hall du parlement magique français quand ils ont essayé d'adopter une loi autorisant l'élevage de niffleurs même aux sorciers ne possédant pas de permis !

- Un Weasley qui péterait un câble, à cause de la pression familiale, qui aurait envie de s'émanciper de son nom, continue Isaak en m'ignorant totalement. C'est crédible.

- C'est le contraire de crédible ! Je me lève en criant. Je refuse de faire ça !

- C'est pour la bonne cause, Lou' ! Ces trafiquants connaissent et surveillent tous les magizoologistes, surtout les futurs jeunes diplômés. Même s'ils ne te feront pas confiance, ils te parleront et seront intrigués.

Il est vrai que nous sommes de plus en plus nombreux à être recrutés dès notre dernière année d'étude de magizoologie. Plusieurs personnes m'ont approché, mais je les ai toujours repoussées fermement, avant d'aller les dénoncer auprès de l'école. C'est un phénomène de plus en plus courant dans le milieu. Depuis que Main Rouge a fondé ce réseau, ce grand trafic illégal de créatures magiques…

- Ok, j'accepte.

- Je vais préparer la mission de ce soir, tape fièrement Isaak dans ses mains.

Charlie et Oliver le suivent de près et dès qu'ils referment la porte derrière eux, Tommy et moi nous détendons. Il s'approche de moi et tape mon épaule :

- Ça fait plaisir de te voir !

- J'ai croisé ta sœur avant-hier…, je lui confie. Pourquoi personne ne m'a dit que Janet partait en mission ?

- Parce que toi-même, tu ne nous préviens jamais. Quand Isaak m'a dit qu'on rejoignait les Weasley à Malte, j'ai supposé que tu étais enfin rentré du Mexique ! Énonce simplement Tommy.

- Je pensais que ce serait une mission toute bête…, je grimace.

- Si les Autres y sont mêlés, ce sera sûrement compliqué, soupire-t-il.

Et c'est sûrement l'euphémisme de l'année…

- Et pour le moldu ? Julian ? Je demande. Vous allez faire quoi ?

- On ne peut pas le laisser filer pour le moment. On va le faire surveiller. Quand tout sera terminé, on l'oubliettera et il reprendra sa vie comme avant !

J'opine, le cœur battant. J'appréhende énormément ce qui se passera ce soir.

oOo

Je sors de ma douche. A l'aide d'un sort, je fais s'enlever toute la buée du miroir. Je tremble légèrement, à l'idée de jouer le rôle d'un magizoologiste prêt à vendre illégalement des psychards… Je ne suis pas fait, pour ce genre de chose. J'évite mon reflet, dans le miroir. Quand je m'observe trop longtemps mon regard prend l'eau.

Après quelques minutes et enfin prêt, je sors de la chambre d'hôtel seul, tout en sachant qu'Isaak et Tommy sont sûrement déjà en train de me suivre. Le bar que m'a indiqué la brune, est un bar du centre-ville. J'y vais lentement, en traînant des pieds. Je fourre mes mains dans les poches de mon sweat vert.

J'ai toujours bien aimé La Valette. Quand Charlie m'y a emmené la première fois, afin d'observer les psychards dans leur habitat naturel, je suis tombé amoureux des vieilles pierres et des rues symétriques, des couleurs éclatantes, du linge qui séchait au-dessus de nos têtes, des oliviers, des bateaux amarrés au port …

En entrant dans le bar, l'ambiance n'est plus du tout la même. La brune me sourit. Je l'ai tout de suite repérée. Elle porte des cuissardes rouges qu'il est difficile d'ignorer. Ses cheveux noirs et épais se balancent dans son dos, à mesure qu'elle avance vers moi, en roulant ses hanches.

- T'es venu !

Elle pose ses lèvres près des miennes. Son parfum citronné, acidulé, empli mes narines. Elle glisse sa main dans la mienne, et me guide à l'écart, après avoir salué l'homme à la caisse et se plante devant un mur de briques.

- Quand les autres vont voir que j'ai réussi à mettre le grappin sur le fameux Louis Weasley…

- Et moi qui croyais que tu m'avais invité pour mes beaux yeux, je ricane.

- Ton cul m'intéresse davantage, sourit-elle.

- Directe et franche. Tu perds pas de temps…, je m'amuse en souriant.

- Si on veut quelque chose, il faut s'arranger pour l'avoir. Je n'aime pas attendre.

- Quelle belle philosophie, je souffle contre ses lèvres.

Elle s'écarte rapidement et tapote quelques briques avec sa baguette qui s'écartent et font apparaître un passage. Ses talons claquent contre les premières marches qu'elle descend. Je la suis sans me retourner. Quand le passage se ferme derrière moi, je garde ma baguette dans mes mains, en éclairant l'escalier, jusqu'à l'avoir descendu. La brune pousse la porte, et la musique résonne.

- Médusa ! l'accueille un demi-géant en la prenant dans ses gros bras. Te voilà ma petite !

- J'amène quelqu'un, pour … le patron !

Le demi-géant m'examine du coin de l'œil et hausse un sourcil.

- Un magizoologiste ?

- Un super bon magizoologiste, je le rectifie.

Il éclate de rire, et nous conduit jusqu'à une table. En déambulant dans ce bar, je croise des gobelins, des elfes, des hommes et des femmes qui jouent aux cartes, et qui ne misent pas seulement de l'argent. Les gains sont des créatures magiques, des potions expérimentales, de la drogue, ou même du sexe. Une femme est à moitié déshabillée, et rit, à gorge déployée, alors qu'une blonde picore son cou de baisers et la pelote sans aucune gêne.

- Tu connais Main Rouge, Louis ?

- Non. Et toi ?

- Je l'ai vu, une fois, m'indique Médusa, en s'emparant de la bouteille d'alcool posé sur la table.

Elle boit à même le goulot, et me regarde, provocante et magnifique.

- T'es magizoologiste ? Je demande.

- Je ne suis jamais allée au-delà de la première année. Je n'étais pas assez bien classée. Je déteste la théorie, mais la pratique en revanche…, grimace-t-elle.

Elle me tend la bouteille, que j'accepte. Elle a laissé la trace de son rouge-à-lèvres dessus. Je pose ma bouche dessus, sous son sourire malicieux.

- J'ai obtenu une licence d'exercice pour élever des psychards. L'usine de rapeltouts recrute des sorciers peu qualifiés. Le boulot est chiant.

- C'est pour ça que t'as rejoint une organisation illégale ? Je grogne légèrement.

- On a tous besoin de mettre du beurre dans nos épinards, Weasley. Et toi alors ? Tu savais pertinemment qui j'étais, avant de venir me parler…

- J'ai mené ma petite enquête, j'admets.

- T'es plutôt connu dans le milieu. Tout le monde chante tes louanges alors que tu n'es même pas diplômé. C'est vrai que ta gueule d'ange doit aider…

- Je suis plutôt habile de mes mains aussi, je susurre malgré moi.

Il est facile de plonger dans ce jeu de séduction. L'ambiance tamisée du bar, les chandelles suspendues au plafond, les bulles qui s'échappent du gros chaudron au milieu de la pièce… Il règne ici un je ne sais quoi d'interdit, d'excitant. Les murs tapissés de verdures, envahis par du lierre magique, embaume toute la salle d'une odeur de citrons et d'oliviers.

- Alors Weasley ? Pourquoi te renseigner sur mon compte ?

- J'aimerais vous rejoindre.

- T'as pas besoin d'argent.

- J'ai besoin d'autres choses que cette vie toute tracée. J'en ai peut-être marre de jouer au parfait et gentil garçon qui obéit sagement au Ministère.

Elle fronce les sourcils et me regarde avec une intensité qui me met mal-à-l'aise. C'est comme si elle sondait mon âme, et me déshabillait.

- Mais tu aimes les créatures magiques.

- Pas toi ? Je lui retourne la question.

- Bien sûr que je les aime, souffle-t-elle.

Alors pourquoi fait-elle ça ?

- T'es sûr de vouloir te lancer là-dedans ? T'avoir parmi nous, pourrait nous être utile…

- Utile ?

- On a des problèmes en ce moment, grimace-t-elle.

Elle me reprend la bouteille des mains et boit deux grandes gorgées.

- Main Rouge, marmonne-t-elle.

- Je croyais que Main Rouge dirigeait les opérations.

- C'est le cas.

- Je croyais que tu allais me présenter à lui.

Une partie de moi espère lui mettre la main dessus, pour lui coller mon poing en plein dans le nez. Ça fait deux ans, qu'on paie les pots cassés et les conséquences de ses trafics. Il est responsable de la capture de beaucoup de créatures magiques, et son activité est si intense que les magizoologues n'arrivent pas à tenir le rythme et arrivent souvent trop tard, pour sauver les créatures qui auraient dû l'être.

- Je n'ai jamais dit ça…, rétorque Médusa.

- T'as dit que tu le connaissais.

- J'ai dit que je l'avais vu une fois. Et c'est la vérité. J'ai passé un marché avec lui. Un marché que j'ai du mal à honorer, et tu vas m'aider.

Je reste bouche-bée. Cette femme s'est servie de moi. C'est évident.

- J'ai besoin de main-d'œuvre, pour respecter ma part du contrat, chuchote-t-elle à mon oreille. Si tu m'aides à attraper ces psychards, je m'arrange pour te mettre directement en contact avec Main Rouge. Et je me fiche bien que ce soit pour détruire tout son réseau de merde…

Elle a baissé la voix.

- Je voulais voir si ton histoire était crédible. Et le petit Weasley qui veut se rebeller, ça peut en berner certains… Mais pas moi. T'es trop mignon pour être une crapule.

- Je leur ai dit, je souris en haussant les épaules l'air désinvolte.

Elle me tend la bouteille, que je repose sur la table.

- Qui dirige cet endroit ?

- Moi.

J'écarquille les yeux.

- Je voulais te tester. J'ai besoin de toi, Louis Weasley. Et toi, si tu veux que ces psychards soient en sécurité, si tu veux démonter tout le trafic de drogue qui sévit à Malte, tu as besoin de moi.

- Comment sais-tu que…

- Je t'ai vu entrer chez Orphée hier. Et j'ai aussi vu Julian Passeros entrer dans le même hôtel que toi…

- Tu connais Julian ? Je m'étonne.

- Tout le monde connait Julian.

Je reste silencieux, et sursaute, quand la blonde qui joue aux cartes à quelques tables de la nôtre, explose de rire.

- Les psychards sont malins. Ils désertent les plages de Malte, et je dois absolument fournir à Main Rouge son quota.

- Sinon quoi ?

- Sinon, déglutit-elle faiblement, il me coupera les vivres.

- Tu pourrais trouver du boulot, je suggère un peu sèchement.

- Parce que tu crois que la paie de soigneuse à l'usine de rapeltouts me permet de vivre ? Crache-t-elle. J'ai besoin de cet argent. Je ne fais pas tout ça par plaisir. Je le fais parce que je n'ai pas le choix.

- On a toujours le choix, je siffle méchamment.

- J'ai une fille à élever. Je n'ai pas de famille, pas d'héritage, rien. J'ai juste la magie, des contacts utiles, et des gens qui dépendent de moi. Les sorciers qui sont à Malte vivent dans la pauvreté et sont abandonnés par les autres communautés magiques, parce que nous n'avons pas grand-chose à leur offrir, si ce n'est les psychards. Alors, Louis Weasley, si je veux avoir un toit, de quoi manger et boire pour ma fille, je n'ai pas le choix.

- Tu t'en prends à des créatures faibles et innocentes…

- Vis ma vie deux jours, Weasley et après, je te permettrais de me juger.

Je reste muet, un peu honteux. J'ai du mal admettre que l'on puisse faire du mal à des créatures magiques, qu'importe les raisons. Mais je n'ai pas d'enfant. Je ne peux pas comprendre… Je suis sincèrement désolé pour Médusa. Vraiment… La situation a l'air de la faire souffrir. Quand elle a évoqué sa fille, un éclair de vulnérabilité a adouci les traits de son visage l'espace d'une seconde.

- Et j'espère que tes potes, les deux aurors qui te suivent à la trace ont entendu tout ce que je viens de te dire, termine-t-elle.

- Je suis certain qu'ils n'en ont pas raté une miette.

Ses yeux pétillent. Je comprends pourquoi on l'appelle « Médusa ». Ils pourraient me pétrifier sur place, j'en suis sûr. Toutes ses émotions passent dedans, alors que son visage reste impassible, et froid.

- Notre prochaine rencontre avec Main Rouge est dans deux semaine, le mardi à deux heures du matin. Ce sera à Mistra Bay. On doit lui fournir cinq caisses de vingt psychards. Nous n'en avons que deux, pour le moment.

- De caisses, ou de psychards ?

- De psychards, murmure-t-elle faiblement.

- J'ai envie de t'aider, j'affirme. Mais faut que j'en parle à mes supérieurs.

- J'espère que tu sauras les convaincre. En attendant…

Elle s'approche de moi, et glisse une main sur ma joue. Je sais exactement ce qu'elle veut. Oublier ses problèmes. Oublier quelqu'un. Se sentir bien. Se sentir un peu désirée. Je le sais, parce que c'est ce que je veux moi aussi. Médusa se penche vers moi, m'offrant une vue imprenable sur sa poitrine.

- T'as un couvre-feu, Weasley ?

Elle s'humecte les lèvres, et j'ai bien envie de le faire à sa place. Je ne résiste pas longtemps, et la suit à l'étage, où elle loge. Une fois chez elle, elle me plaque presque violemment contre le mur, et ses mains s'attellent à me déshabiller. Ma bouche cherche la sienne, et nos bassins en font de même. Elle éclate doucement de rire :

- J'espère que tes deux potes ne nous écoutent plus…

- J'espère aussi, je ris à mon tour.

oOo

- Alors là… B.R.A.V.O. Bravo ! Applaudit Tommy alors que je rougis.

Il tient sa boussole dans les mains, dont l'aiguille pointe droit vers moi. Je viens à peine de rentrer à l'hôtel et suis directement entré dans la chambre de Charlie. Isaak, Tommy et Charlie m'y ont accueilli avec des regards meurtriers.

- Sérieux Weasley, tu pouvais pas la garder dans le pantalon ?

Je triture les piercings à mon oreille, nerveusement, avant de passer une main dans mes cheveux blonds tout emmêlés. J'enlève mon sweat, que j'ai enfilé à la va-vite avant de sortir de l'appartement de Médusa, du bar, et rejoindre l'hôtel. Le jour est sur le point de se lever.

- Ce serait con de mourir à cause de ta libido, non ? Continue de grogner Tommy.

- Calme-toi, soupire Isaak à son frère. Il est rentré en un seul morceau. N'est-ce pas, Louis ? Pas de pertes de membres à déplorer ? Tout va bien ?

Charlie toussote, gêné.

- Tout va bien, je te remercie ! Je réponds en lui offrant un grand sourire. Où est Julian ?

- Dans votre chambre.

Je m'en vais, avant d'être arrêté par Tommy :

- Tu vas où là ?

- Dormir, je réponds.

Je claque la porte derrière moi. En ouvrant celle de ma chambre, juste à côté, Julian ronfle. Je bute contre ma malle, qui se renverse entièrement, et me dirige vers la salle de bain pour aller me brosser les dents. En ressortant, Julian est réveillé.

Je ramasse mes affaires. Je rassemble mes vêtements, quelques objets essentiels à tous bons magizoologistes. J'y range ma boussole, et repose délicatement le cadre qui protège la photographie de toute ma famille. Au moment de ranger ma gourde, je suspends ma main au-dessus de ma valise.

- C'est une potion magique, c'est ça ? m'interroge Julian.

- Pas vraiment, je ris.

Julian se relève et se dirige vers la fenêtre. Ses cernes sont encore très prononcés. Il a toujours un teint affreusement pâle. Il allume une cigarette. Il n'a pas l'air d'aller très bien. Alors, je dévisse le bouchon de la gourde et la lui tend.

- Goûte !

Il me regarde, méfiant. Je bois une gorgée pour le rassurer, alors que je viens de me brosser les dents. Le liquide brûlant me redonne un peu d'énergie et me réchauffe de l'intérieur. Il m'imite, et s'étouffe, en toussant.

- Woah c'est méga fort.

- Du whisky-pur-feu, j'annonce.

Il boit une seconde gorgée, avant de me redonner la gourde.

- Mon père boit rarement, je lui confie. Mais il dit qu'à chaque fois qu'il est triste, en colère, ou qu'il se sent dépassé par la situation, il boit une gorgée, juste une. Il dit aussi que ça le réveille, et que c'est plus agréable qu'une claque, que ça lui remet les idées en place.

- Ça fonctionne ?

- Pas toujours.

- Et là ?

- Non, je souffle.

- T'es triste ? En colère ? Dépassé par les événements ?

- Les trois à la fois, je réponds malgré moi.

Je n'ai pas réfléchi avant de parler et je prends seulement conscience maintenant de mes sentiments.

- Pourquoi ? m'interroge Julian.

- Je suis triste parce que j'ai beau coucher avec plusieurs femmes, il n'y en a qu'une seule à laquelle je pense. Je suis en colère, parce que je me dégoûte de penser à elle. Je suis dépassé, parce que cette mission est dangereuse. Beaucoup plus que tu ne l'imagines.

Si Main Rouge fournit les Autres en psychards, c'est vraiment mauvais signe.