Juin 2028
– Weasley, Louis.
– Présent.
– Bien, j'ai terminé l'appel, soupire le coopérateur des opérations. Comme tous les ans, je vais vous servir le même discours : c'est n'est pas autant que ceux qui étaient déjà là les deux années précédentes…
– « Ne doivent pas écouter avec assiduité ce que je vais dire maintenant », termine une magizoologiste à ma droite en couvrant à peine la voix de notre superviseur.
Il a prononcé ces mots exacts, au même rythme. J'esquisse un sourire amusé alors qu'elle rougit sous mon regard. Les camarades qui l'entourent s'esclaffent gaiement alors que notre superviseur reprend :
– J'espère que je ne vais pas avoir à faire face à une bande de bras cassés qui a le vertige. Parce que c'est la même tous les ans alors je vous préviens : le premier qui tombe de son balai et qui fait un malaise, je fais un rapport à son unité de déploiement, c'est bien compris ?
Ceux qui n'étaient pas là les années précédentes sont reconnaissables : ils hochent tous la tête. Moi, les bras croisés sur ma poitrine, j'attends la suite en continuant d'observer la sorcière de tout à l'heure. Elle imite toujours le superviseur et c'est vraiment très drôle…
– Pour vous la faire courte, les gargouilles sont traumatisées depuis l'incendie de 2019. Les travaux qui durent depuis des lustres, merci l'administration moldue française pour ça, les fatiguent énormément et la plupart d'entre elles sont sur le point de péter un câble. Tout le monde ici c'est ce qui se passe lorsqu'une gargouille pète un câble, n'est-ce pas ?
Personne ne répond. Le superviseur soupire. J'observe Notre-Dame de Paris et ses rosaces de vitrail, sa dentelle de pierres, ses tours, et ses gargouilles. Les touristes se pressent sur la place. Certains prennent des photos, d'autres prient, restent plantés devant la grandeur et la beauté de l'édifice… C'est une belle journée de printemps et le parvis de Notre-Dame est noir de monde. Sa flèche toute nouvelle perce fièrement le ciel.
– Votre boulot, c'est de les soigner pour celles qui en ont besoin. La plupart d'entre elles ont absorbé trop d'eau : il faudra les dégorger. Mais plus que ça et je vous l'ordonne : il faut les chouchouter. Il y a eu trop d'incident dernièrement avec les gargouilles et les moldus…
– Les chouchouter ? s'étonne un magizooliste devant moi.
– Vous êtes sourd ?
– Non mais les gargouilles sont connues pour…
– Leur sale caractère. Vous croyez m'apprendre mon métier ? Je désengorgeais ma première gargouille que vous deviez encore vous enfoncer votre baguette dans le nez, mon petit ! fait-il avec dédain.
– Je crois qu'il faisait plutôt référence au fait que ces créatures sont capables de nous maudire et nous rendre malades…, j'interviens finalement.
– Parce que vous n'êtes pas capable de maudire quelqu'un Waslay ?
– Weasley.
– Merlin, ils m'ont encore envoyé une bande de jeunots incompétents !
– Et pour votre information, je sais lancer plusieurs malédictions.
– Grand bien m'en fasse ! Alors vous avez sûrement appris à les lever ?
– Ce n'est pas comme si les malédictions des gargouilles étaient quasiment inévitables…, s'alarme une blonde.
– Au pire des cas ma petite, elles te maudiront d'une calvitie ou de verrues sur les mains.
– Woah, c'est comme ça que vous voyez les femmes ? Comme des petites créatures qui se soucient seulement de leur apparence ? s'énerve-t-elle.
– L'année prochaine, je prends ma retraire ! déclare-t-il d'un ton solennel.
J'esquisse un sourire amusé, en regardant la sorcière de tout à l'heure prononcer également cette phrase. Sans nul doute que ce formateur sera de nouveau présent l'année prochaine…
– Formez vos duos. Je ne veux aucun sorcier tout seul ! Enfourchez vos balais. Les sorts de désillusions et de camouflage fonctionneront tant que vous resterez sur vos balais, nous informe le magizooliste. Eh bien ! Qu'est-ce que vous faîtes encore ici ? DU NERF !
Les paires de magizoologistes se forment rapidement. Je reste à l'écart, refuse quelques propositions et attends patiemment. Je ne connais personne ici. Je suis l'un des plus jeunes et toutes ces personnes ici, se connaissent depuis longtemps : elles ont fait leurs études ensemble à Beauxbaton. Je suis peut-être le seul qui vient de Grande-Bretagne.
Quand je fais un tour d'horizon, je remarque une jeune femme, toute seule. Elle est d'une beauté incroyable, presque surnaturelle. Ses cheveux bruns coupés au droit au milieu de son dos encadrent son visage en forme du lune, d'une pâleur claire et lumineuse. Je m'approche d'elle. Elle opine, sans rien dire et me désigne les balais d'un coup de tête.
– Tu n'es pas très bavarde…
– Je n'aime pas parler pour ne rien dire.
Nous nous dirigeons vers les balais et je la sens hésitante, lorsque le sien commence à planer à quelques centimètres au-dessus du sol.
– Tu n'as pas le vertige n'est-ce pas ?
– Ça dépend.
Elle donne un grand coup de pied et s'envole à tout de vitesse. Je la suis de près, guère rassuré pour elle. Elle tremble légèrement et ses cheveux noirs s'agitent avec l'élan. Nous nous arrêtons au niveau d'une zone qui n'est pas encore couverte par une équipe, sur la façade ouest de la cathédrale.
Les gargouilles nous observent avec méfiance. Elles sont toujours très taciturnes, mais s'adoucissent rapidement lorsqu'on les caresse sous le menton. Celle que je flatte de mes caresses, ronronne gaiement. Je reste méfiant : les gargouilles sont caractérielles et lunatiques. On ne sait jamais à quoi s'attendre avec elles.
J'inspecte son corps de pierre, ses yeux, ses pattes, la débarrasse des quelques saletés qui la couvre et la nettoie d'un sortilège rapide avant de reprendre mes grattouilles sous son menton. Je vérifie qu'elle n'a pas besoin d'être désengorgée.
Les gargouilles se nourrissent exclusivement d'eau de pluie et protègent les constructions moldues et sorcières des intempéries. Le temps a été sec toute l'année… Je pense qu'au contraire, elles sont peut-être assoiffées.
– Saleté de bête ! peste ma camarade en évitant de justesse une morsure.
– Attention… Tu ne voudrais pas être maudite, plaisanté-je en la regardant perdre patience avec sa gargouille.
– Je suis déjà maudite, déclare-t-elle froidement.
– Ne le prends pas personnellement. Marinette ne parle à personne, m'apprend l'instructeur. Ça fait maintenant cinq ans qu'elle s'inscrit tous les étés au programme de soins aux créatures magiques de Paris. D'habitude, elle s'occupe des gnomes du château de Versailles… Elle évite tout le monde, et ne parle à personne. Au début, je pensais qu'ils exagéraient, mais cette femme repousse vraiment tout le monde.
Il s'est assis à ma table, avec une assiette d'escargots-hurleurs, la spécialité du restaurant. Je compte les carreaux rouges de la nappe et m'appuie un peu plus contre la banquette, mon verre de vin dans une main.
J'aime bien me la jouer faux-parisien.
– Pourquoi vous me dîtes ça ?
– Parce qu'elle t'a carrément grogné dessus et que c'est la première fois que je l'ai vu interagir avec son prochain.
Quelle interaction…
– C'est quoi, son histoire ?
L'instructeur soupire en buvant une gorgée de son vin. Il regarde mon verre vide et s'empare de la bouteille pour me servir un peu. Le restaurant sorcier de La belle Hélène est presque vide : la plupart des magizoologistes l'ont quitté et sont partis dormir dans leurs hôtels. Il ne reste plus que lui et moi. Ses yeux verts me scrutent comme s'il cherchait à me lire.
– Marinette n'est pas comme tout le monde, indique-t-il en désignant la brune.
Elle est restée assise à l'extérieur et fume une cigarette.
– Vous la connaissez bien ?
– Oh non. Mais j'ai connu l'une de ses enseignantes. Madame Bonnaventure, qui enseigne la biologie magique à Beauxbâtons. Marinette était l'une de ses meilleures étudiantes…
– Elle a l'air douée, commenté-je.
L'instructeur semble amusé.
– Mais pour qui te prends-tu, Louis Weasley, pour déterminer ainsi du talent d'une jeune personne aussi peu expérimentée que toi ?
– Je suis du genre sûr de moi. Il m'arrive de douter, mais jamais… Jamais de mon talent en ce qui concerne la magizoologie. Quand on est responsable d'autant de vie, que des êtres vivants nous font confiance pour prendre soin d'eux, on n'a pas le droit à l'erreur. Douter de soi, c'est pour les gens qui ne sont pas assez doué. Moi je le suis. Et je sais reconnaître ces autres personnes, qui savent parfaitement ce qu'elles font, lorsqu'elles s'occupent de créatures magiques. Elle avait des gestes qui ne trompent pas.
– Vous êtes si arrogant…
– On me le dit souvent, je réponds en souriant de toutes mes dents.
Je l'imite en buvant une gorgée de vin. Il n'est pas mauvais.
– Marinette est douée et vous l'êtes aussi, concède l'instructeur. Vous êtes célèbre, Wasley.
– Weasley, je le reprends.
– Quand j'ai vu votre nom sur cette liste, j'ai espéré que…
Il fait tourner le liquide dans son verre et peigne sa grande moustache à l'aide de ses doigts.
– J'ai espéré que vous fassiez équipe et qu'elle se confie un peu à toi.
– A moi ?
– A vous.
– Pourquoi ?
– Eh bien…
Il me détaille et fait tomber ses yeux le long de mon visage, comme si la réponse s'y trouvait, comme si l'évidence devait me frapper.
– Vous êtes pareils non ?
– Pareils ?
Je ne comprends pas.
– Marinette est à demie-vélane.
J'écarquille les yeux et bois tout le contenu de mon verre d'un coup.
– Je n'avais pas remarqué.
L'instructeur hausse un sourcil triangulaire.
– Vous n'aviez pas remarqué ?
Je secoue doucement la tête et comprend, aux yeux écarquillés de mon interlocuteur, qu'il pensait que je remarquerais ce détail.
– Je ne suis pas à demi-vélane, Monsieur.
– Mais vous avez du sang de vélane.
– Mon arrière-grand-mère était vélane : il ne m'en reste pas grand-chose !
– Et pourtant, vous en portez tout de même l'héritage. Avec votre… belle gueule. Vous savez, les fils de vélanes n'existent pas. Les fils de demi-vélanes non plus. Les arrière-petits-fils sont rares. Vous êtes…
Je ferme les yeux, douloureusement transporté à New-York, avec cette vampire rousse.
– Ne terminez pas votre phrase, je vous en défends formellement.
Mon ton est froid. J'ai posé un peu trop violemment mon verre sur la table.
Cet homme vient de me ramener dans cette chambre, aux griffes de cette vampire qui en avait après mon sang. Il me rappelle la peur constante, l'incertitude de savoir si j'allais vivre ou mourir, et cette culpabilité de ne pas avoir été prudent, ce sentiment de honte, d'avoir été ainsi chosifié et utilisé pour quelque chose qui fait partie de moi et que je n'ai jamais souhaité.
J'ai été réduit à mon sang et à ce qui le compose et personne ne devrait jamais subir une telle chose.
– Marinette et moi ne sommes pas pareils, affirmé-je enfin en quittant la table.
Ma chaise grince contre le parquet et la clochette de l'établissement retentit lorsque j'en passe le seuil. Dehors, il fait chaud et il n'y a pas de vent. Notre-Dame resplendit dans la nuit et sur le parvis de la cathédrale, je devine une silhouette qui se détache des autres.
Les cheveux noirs aux reflets argentés de Marinette brillent et semblent refléter la lumière de la lune. Je m'approche discrètement et toussote pour lui signaler ma présence. Elle ne bronche pas et se contente d'admirer en silence la cathédrale et ses rosaces. Elle continue de fumée comme si je n'étais pas là. Les gargouilles sont calmes et nous scrutent. Elles clignent des yeux lorsque je les regarde.
– Monsieur Jourdin t'a parlé de moi, fait enfin Marinette. Il t'a dit qu'il espérait que l'on devienne amis toi et moi, parce qu'il s'inquiète pour moi.
– En d'autres termes. Mais c'est globalement ça.
– Il est amoureux de Madame Bonnaventure, ma…
– Prof de biologie magique, je sais, complété-je à sa place. Il aimerait simplement que tu t'isoles un peu moins je pense.
– Tu sais ce que c'est…
– De quoi ?
– D'être nous.
– Non, je n'en sais rien.
Elle sourit et je sais que c'était la réponse qu'elle attendait.
Elle me testait.
– T'as beau être arrière-petit-fils de vélane, tu restes un homme et tu ne sauras jamais ce que c'est, d'être l'objet des désirs des autres. Tu n'auras jamais peur de rentrer chez toi seul, une fois la nuit tombée. Tu n'auras jamais peur qu'on ne te prenne pas au sérieux, qu'on ne parle de toi que pour tes beaux yeux. Tu es rare, Louis Weasley, c'est certain… Mais tu n'es pas unique pour autant. Dans ton malheur, Louis Weasley, tu es né avec du sang de vélane mais tu es né homme.
Elle a raison.
– Alors ? Tu ne me dis pas que vous n'êtes pas tous d'horribles créatures ? Que certains gagnent à être connus ? Que ces gens sont juste mal-élevés, mal-éduqués, que ma peur est irrationnelle et que je l'exagère ?
– Je ne te dirai jamais ça.
Son sourire s'agrandit.
– Je m'isole des autres parce qu'ils ne me regardent jamais dans les yeux.
– Je pourrais te regarder dans les yeux, si tu les levais vers moi.
Elle s'exécute et deux perles grises se posent sur mon visage. Je soutiens son regard sans ciller. C'est vrai qu'elle a de très beaux yeux, de ceux qui envoûtent et fascinent, de ceux dans lesquels on pourrait se noyer comme un bienheureux.
– Tu sais, je n'avais pas remarqué que tu étais à demie-vélane.
– Menteur.
– Je t'assure. Ce qui m'a frappé chez toi, c'est ta mine sombre et lugubre. C'est tes airs mélodramatiques et …
– Et quoi ?
– Ton chagrin.
– Je n'ai pas chagrin.
– Tu m'as dit être maudite et ne pas craindre les mauvais-sorts des gargouilles.
Ses talons claquent contre les pavés lorsqu'elle fait quelques pas pour se rapprocher de la cathédrale.
– Personne ne m'aimera jamais pour moi et seulement moi.
– Mon grand-père était fou de ma grand-mère et elle était comme toi.
– A demie-vélane ?
– A ne jamais lâcher un sourire.
Elle éclate de rire et tous les passants se retournent pour l'admirer.
– Je ne suis pas assez vélane pour une partie de ma famille. Je le suis trop pour l'autre. Tu as tellement de chance, Louis, si tu savais.
Je déglutis faiblement.
J'aimerais lui raconter ce que j'ai traversé dernièrement. Mais je ne la connais pas assez, et ce que j'ai vécu, n'a rien à voir avec les épreuves qu'elle a eu a surmonter et surmonte encore actuellement dans sa vie.
– C'était débile de la part de Jourdin, de penser que l'on deviendrait ami.
– Je ne pense pas.
– Tu souris trop.
– T'es chiante.
– Tu es naïf.
– Tu n'es pas marrante.
– Ce serait trop facile, si l'on pouvait s'entendre juste parce qu'on a des ancêtres vélanes…
– Ouais, ce serait trop facile…, je répète distraitement.
Elle s'éloigne un peu plus et j'attends le dernier moment pour lui dire la vérité la plus simple et la plus importante :
– Mais tu n'es pas complètement seule et je peux essayer de te comprendre.
Marinette ricane légèrement avant de se lever et de partir :
– Moi non plus, je n'avais pas remarqué que tu avais du sang de vélane, avant que Claire glousse comme une dinde en le disant bien fort à Salomé…
– Encore un peu…, supplie une voix caverneuse et froide.
Je hausse un sourcil ennuyé en regardant la gargouille me faire les yeux doux. Je gratte le dessous de son menton avec un peu plus d'énergie.
– Il va bien falloir que j'arrête un moment ou l'autre, lui indiqué-je.
– Non. Pour toujours.
– Pour toujours, c'est très long.
Je ris lalors que les yeux de la gargouille prennent une expression terrifiante.
– Je ne veux pas te maudire.
– Alors ne le fais pas.
– Alors n'arrête pas.
– C'est moche, le chantage.
– Les gargouilles ne sont pas faites pour être belles.
– Je ne suis pas d'accord, soufflé-je en arrêtant de la gratifier de mes grattouilles. Maintenant si tu veux bien, je vais te débarrasser de toute cette pluie dont tu es imbibée… Le temps a été sec, mais les dernières intempéries ont dû vous fatiguer.
– Fais donc, fais donc…
Je lance plusieurs sorts en continuant de surveiller du coin de l'œil Marinette qui n'échange pas un seul mot avec la gargouille dont elle s'occupe.
– Que préfères-tu ? Etre condamné à toujours tourner à droite, ou parler en rimes jusqu'à la fin de ta vie ? me demande la créature de pierre.
– Humm… Choix compliqué, je fais mine de réfléchir. Si je tourne toujours à droite, je reviendrais inlassablement sur mes pas.
– Pour un bourlingueur comme toi, cette malédiction te rendrait fou.
– Et parler en rimes, c'est classe et ça attire les femmes.
– Pourquoi les humains cherchent soit la chance, soit l'amour, soit la fortune ?
– Je crois que les trois sont la même chose.
– Petit bourlingueur blond …, s'amuse la gargouille. Tu n'es pas aussi idiot que je ne le pensais.
– Les gens me disent souvent cela.
– Reviendras-tu l'année prochaine ?
– Et bien ça dépend…
– De quoi ?
– De si tu me maudis à toujours tourner à droite.
La créature rit à son tour et fait s'envoler les pigeons qui étaient près de nous.
– Tu penses vraiment que les gargouilles sont belles ?
– Vous repoussez le mal. Vous êtes les gardiennes des temples.
– Nous sommes malfaisantes.
– Peut-être qu'il faut être un peu malfaisant pour combattre le mal, je souris doucement.
– Nous tentons. Nous délivrons les désirs inassouvis. Nous maudissons.
– Les humains font ça, eux aussi.
– Que préférerais-tu, petit bourlingueur blond ? Savoir quand tu vas mourir ou savoir comment tu vas mourir ?
– Ni l'un ni l'autre. A mon âge, la mort, c'est une vieille grand-mère à laquelle on ne pense jamais. Sauf une fois de temps en temps…
– A mon âge, la mort est une amie, s'amuse la gargouille. Que préfèrerais-tu ? Ne parler qu'avec des consonnes ou des voyelles ?
– Les consonnes je suppose. Mes phrases seraient plus facile à deviner.
– Tu préférerais toujours dire ce que te vient à l'esprit, ou ne plus être capable de parler du tout ?
– Je dis déjà tout ce qui me vient à l'esprit.
– Alors dis-moi… Pourquoi es-tu si triste, petit bourlingueur blond ?
– Je ne suis pas triste.
La gargouille crache une bonne quantité d'eau avant de grogner, mécontente.
– Tu mens.
– Je ne suis pas triste, affirmé-je.
– Le bonheur semble manquer à ta vie.
– Mais je suis très heureux. Je fais le métier que j'aime, j'ai des amis, une famille adorable, un toit sur la tête…
– Oui, pardonne-moi, fait la gargouille d'un ton désolé. C'est vrai que tu as l'air heureux. Alors … Pourquoi ton cœur a l'air d'être un peu lourd ?
– Il m'est arrivé un truc moche, il n'y a pas si longtemps.
– C'est fâcheux.
Je termine de lancer les derniers sorts et reprends mes grattouilles sous son menton. La créature ronronne de plaisir alors que le soleil nous tape dessus avec force.
– Alors je t'en prie, ne me maudis pas, je lui demande.
– Je ne peux pas te maudire. Tu l'es déjà. En un sens…
Je cille plusieurs fois.
– Ta loyauté. Elle est une bénédiction autant qu'une malédiction, car ton coeur ne regarde plus que dans une seule direction.
– Les gargouilles sont prophètes, maintenant ?
– Lire les humains… Nous avons été créée par les humains pour les lire, empêcher les plus mauvais de souiller le sacré, et les plus méritants d'en faire partie.
Je me penche vers son oreille, en équilibre sur mon balai.
– Est-ce que tu peux lire en ma collègue ?
– Elle, elle vient tous les ans. Feras-tu comme elle ?
– Peut-être …
– Je n'aime pas l'incertitude.
– La vie est pleine d'incertitudes. Certains les combattent, d'autres les cajolent.
– Toi, tu les cherches.
Je ris légèrement. Certaines créatures magiques sont très clairvoyantes.
– Alors… Ma collègue ? j'insiste.
La créature tourne sa tête figée vers Marinette qui est passée à une prochaine gargouille et esquive la malédiction que lui jette la dernière, en scellant sa bouche de pierre d'un sort habile.
– Elle n'est pas ce que tu crois, annonce ma nouvelle amie en continuant de ronronner sous l'effet de mes caresses.
– Comment ça ?
– Elle est comme toi. Mais pas pour les raisons que tu penses.
Je lui offre une dernière grattouilles.
– Elle est maudite elle aussi.
J'observe Marinette et sa moue boudeuse, sa peau blanche rougie par le soleil et ses longs cheveux noirs qui pendent dans le vide.
– Toutes les vélanes le sont un peu, je crois…
– Petit bourlingueur blond… Regarde mieux que ça.
– Je reviendrai l'année prochaine.
– Bien. Je t'attendrai.
– D'ici là, ne bouge pas.
La gargouille me regarde d'un œil mauvais, nullement amusée par ma plaisanterie.
– Tu mériterais que je te maudisse.
– Mais non, mais non… Tu m'adores.
– Oui, petit bourlingueur blond, avoue-t-elle très honnêtement. Je t'adore.
La sincérité des gargouilles prend toujours au dépourvu. Mais je souris, salue chaleureusement la créature qui se met à crachoter un peu d'eau en guise d'au-revoir, et vole jusqu'à Marinette pour l'aider à terminer les soins qu'elle prodigue à ses propres statues, qui gigotent dans tous les sens.
– Tous les ans, c'est le même fiasco. Elles ne se laissent pas approcher, et n'en font qu'à leur tête, geint la magizoologiste.
– Tu préfères avoir des crocs de serpent ou une queue de lion ? lui demande une gargouille.
– Les deux, grommelle Marinette.
– Tu préfères passer ta vie à te déplacer seulement à pieds joints, ou paraître plus âgée de 30 ans ?
– Je m'en fiche.
– Je peux choisir pour toi.
– Je suis déjà maudite, ma petite. Et tu connais la règle, non ? Une gargouille ne peut maudire une personne qui porte déjà en elle un mauvais sort.
– Tu as déjà été maudite ? je fais avec inquiétude.
Marinette m'ignore et ne répond pas. Nous terminons en silence et prenons soin des dernières gargouilles de la journée sans prononcer le moindre mot. Quand nous redescendons, Marinette, épuisée, laisse tomber son balai sur le parvis de Notre Dame.
– Je déteste faire ça.
– Alors pourquoi tu reviens tous les ans ? je l'interroge sans comprendre.
– Parce qu'elles ne peuvent pas me maudire. Leurs mauvais sorts m'assommeraient tout au plus. Ça arrange énormément Jourdain, d'avoir un membre invulnérable aux malédictions des gargouilles dans son équipe…
– Non… Ce n'est pas pour ça, je devine en la regardant avec insistance.
« Elle est comme toi. Mais pas pour les raisons que tu penses ».
– Tu as raison, Louis Weasley, s'agace Marinette. Si je reviens tous les ans, c'est parce que ma vie est un fiasco total, et que voir des statues de pierre maudire les autres, ça m'éclate et ça me fait sourire. Parce que voir des gens, des gens stupides et insouciants porter un fardeau sur leurs épaules, ça me rend plus légère, ça me fait me dire qu'il y a d'autres gens comme moi, qui ont à supporter le mauvais sort, un truc qui va leur pourrir la vie et les emmerder.
– Au mieux ça te soulage. Mais ça ne te fait pas aussi plaisir que ce que tu voudrais me le faire croire, je murmure calmement.
– Qu'en sais-tu ?
– Tu ne le dirais pas avec autant de légèreté si c'était vraiment le cas.
– J'ai envie de te gifler. Ta belle assurance, ton arrogance, le fait que tu fasses comme si tu savais tout sur tout et sur tout le monde, ta capacité à séduire tout ce qui bouge ou pense… D'un chef d'équipe jusqu'à une gargouille qui ronronne aussi fort que le tonnerre d'un orage d'août…
– Ta vie n'est pas un fiasco, Marinette.
– Et la tienne ?
– Elle n'en est pas un non plus. Oh, elle est remplie de fiasco. Mais elle n'en est pas un, je répète.
– La mienne l'est.
– Fiasco, ça veut bien dire « échec total » non ?
– Bien joué, Weasley…
– Tu es magizoologiste. Tu es douée. Tu as le respect de tout le monde.
– Je suis seule. Je n'ai pas d'ami. Je ne suis pas la meilleure magizoologiste.
– Oh, t'es à peine moins douée que moi, je t'assure !
– Je vais vraiment te gifler, Weasley.
– Ta vie n'est pas un fiasco.
– Tu ne sais rien de ma vie.
– Non. Et pardonne-moi si je suis indélicat. Je veux juste que tu te vois un peu comme les autres te voient…
– Ils ont peur de moi.
– Bah si tu ne les fusillais pas du regard tout le temps, ça ne serait pas le cas… Commence déjà par sourire. Tu sais comment on fait ?
– J'ai souris tout à l'heure, quand la gargouille t'as dit qu'elle t'adorait.
– C'est mignon…
– J'ai imaginé vos enfants et ça m'a amusé, fait-elle très sérieusement. Une petite statue immonde, avec des boucles blondes partout…
– Je te laisserai être la marraine de mon premier né, je t'assure.
Le gloussement qui s'échappe de la bouche de Marinette nous surprend tous les deux. Elle s'arrête rapidement et perd le sourire qui naissait à peine sur ses lèvres.
– Ma vie est né sous le signe du fiasco, Louis. Tu ne peux pas comprendre…
– Dans ce cas, explique-moi…
Elle s'en va sans rien dire, une fois plus et me laisse seul. Je ramasse nos deux balais, avant de rentrer à l'auberge.
– Tu préfères ne plus jamais boire ou ne plus jamais manger ? imité-je la voix dure et froide d'une gargouille.
– Boire.
– Et te passer à tout jamais de vodka-pur-glace ? Mais qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi, Marinette ?
– Parce que tu serais prêt à te priver de pâtisseries et de bons petits plats pour le restant de tes jours ?
– Rien ne vaut un petit shot !
J'avale le mien d'une traite avant de me resservir.
Faire son parisien c'est amusant deux minutes.
Le vin est bon, mais j'ai besoin de quelque chose de plus fort.
– Et tu te crois cool ?
– Je ne le suis pas ? m'inquiété-je.
– Non. Tu es pitoyable, fait Marinette en levant les yeux au ciel. Allez c'est à moi ! Tu préférerais… Avoir le mal de l'air ou ne plus pouvoir reposer les pieds sur terre ?
– Elle est difficile celle-ci…, grimacé-je. Mais je crois que je choisirais d'avoir le mal de l'air.
– Pour un gars qui a constamment la tête dans les nuages, ça me paraît lunaire.
– Mais c'est qu'elle fait des jeux de mots… , ricané-je. Si j'avais su qu'il fallait te rendre pompette pour que tu sois marrante, je t'aurais invité à boire un verre avec moi bien avant…
La journée a été éreintante. La canicule bat son plein et nous avons passé la journée à nous occuper des gargouilles de la façades est de Notre Dame. Il n'en reste plus que quelques unes et nous aurons bientôt terminé.
Marinette a toujours une mine boudeuse même en ma présence, mais nous discutons plus ouvertement, avec moins de difficulté. Je commence à sincèrement l'apprécier et je suis quasiment certain qu'il en est de même de son côté.
Nous formons une bonne équipe… J'ai profité de nombreuses fois de son expérience avec les gargouilles et elle m'a donné de très bons conseils. Elle est douée, c'est certain… Mais ses compétences en sociabilité frôlent le 0 pointé.
– Tu ne supporterais pas de ne plus pouvoir voler, reprend sérieusement Marinette.
– Je serais sûrement triste. Mais c'est sur terre qu'est ma vie.
– Bien, bien …
– Alors… Tu préférerais ne plus jamais voir le soleil, ou ne plus jamais voir la lune ?
– La lune.
J'étouffe un cris de surprise.
– Ah oui ? Les personnes mystérieuses comme toi sont du genre à vivre la nuit.
– Tu sais ce que je pense de tes petites cases, Weasley ? ronchonne-t-elle.
– Oh tu vas me le dire dans un instant…
– Elles craignent. Et je ne suis pas une personne mystérieuse. Je n'ai aucun secret à cacher.
– C'est ce que disent toutes les personnes qui en ont.
Elle prend mon verre des mains et le boit avant de s'emparer de la bouteille.
– Et toi alors ? Quel est ton secret ? Tu sembles si pressé de découvrir le mien …
– Je n'ai pas de secret, déclaré-je d'une voix calme et maîtrisée.
– Bien sûr…, hausse-t-elle un sourcil sans me croire un seul instant.
Je ne sais pas si c'est l'alcool, la solitude, ou le besoin de me confier qui me fait parler :
– J'ai … vécu un truc assez horrible. Un truc dont j'ai honte et qui m'effraie, qui m'empêche parfois de dormir et qui me donne envie de vomir lorsque j'y pense. Mais ce n'est pas un secret. Je n'en parle pas parce que je ne veux pas que les autres ne me définissent plus que par ça. Je ne veux pas… Qu'ils voient en moi autre chose que ce que je suis.
– Et qu'est-ce que tu es ?
– Un petit bourlingueur blond qui parcoure le monde et soigne les créatures magiques.
– Louis Weasley…, murmure Marinette. Ce que tu as décrit juste avant… C'est la définition d'un secret.
Je lui reprends la bouteille des mains et remplit mon verre en la regardant droit dans les yeux.
– T'as entendu parler de l'attaque d'un vampire à New-York, sur une vélane ?
– Qui n'en a pas entendu parler ? fronce les sourcils la brune. Cette attaque va probablement faire sauter les accords de paix entre les vélances et les vampires. Les relations entre eux sont plus tendus que jamais à cause de cette attaque… Ce qui est arrivé… C'est un drame absolu et cette pauvre femme…
– Ce n'était pas une femme, je marmonne en buvant une petite gorgée.
La brûlure de l'alcool me donne le courage d'affronter ses yeux écarquillés, qui comprennent à mesure que je reste silencieux.
– Ce n'était pas une femme, répète-t-elle.
– Non. Ce n'était pas une femme, je reprends en terminant mon verre.
Un pli se creuse entre ses deux yeux.
– Louis…
– Tout le monde sait que les hommes ayant du sang de vélane sont très rares. Ma mère, quand elle a appris qu'elle attendait un garçon, en a pleuré de joie. Elle s'attendait à avoir une troisième fille et elle en aurait été heureuse, j'en suis certain. Mais un petit garçon… C'était un miracle. Tu sais ce que le prénom Louis signifie ?
– Non. C'est un prénom de prétentieux de première que les rois moldus ont presque tous porté.
– C'est vrai, je ris. Mais en ancien français, Louis veut surtout dire « gloire » et « combat ». Pour ma mère, j'étais une petite gloire et la conclusion heureuse d'un combat qu'elle a mené toute sa vie : elle pensait que le fait que je sois un homme, me protégerait de ces gens qui jugent ceux qui ont du sang de vélane seulement sur leur apparence, ou de ceux qui chercheraient à en tirer profit. Mais elle a eu tort. Que j'ai un pénis ne m'a protégé de tout.
– Weasley… Je suis désolée, souffle-t-elle sincèrement.
– Je sais que mes sœurs, ma mère, mes cousines, ma tante, ma grand-mère… Elles ont toutes souffert à un moment d'avoir du sang de vélane, qu'elles ont longtemps craints, ignorés ou défiés, les regards des hommes, parce qu'elles n'avaient pas d'autres choix. Parce qu'ils étaient tous braqués sur elles, qu'on … les voyait seulement comme de belles créatures. Et moi… J'ai échappé à ça. Enfin… Beaucoup de femmes m'ont regardé mais moi… je ne craignais pas, je n'ignorais pas et je ne défiais pas ces regards. Ils gonflaient mon orgueil, parce que oui… Je suis un petit con et même si parfois, quelques uns de ces regards me mettaient mal-à-l'aise, je savais que je ne risquais rien. Je ne me suis jamais senti en danger. J'étais un objet de convoitise. Mais je savais que je ne risquais rien.
Marinette m'écoute et dehors, une légère brise caresse mon visage sans le rafraîchir pour autant. Je joue nerveusement avec mon verre, dont les glaçons ont déjà fondu. Il est trois heures du matin et il fait toujours beaucoup trop chaud.
– Quand cette femme m'a approché, je n'ai pas eu peur l'ombre d'un instant. Quand elle m'a invité à venir chez elle, je ne me suis pas posé de questions. A aucun moment je me suis senti en danger ou en position de faiblesse.
– Tu n'es pas obligé de me raconter la suite…
– Non, je ne suis pas obligé et je ne le ferai pas. Les journaux s'en sont bien chargés, je crache amèrement.
– Je comprends.
– De quoi ?
– Que tu gardes ce secret.
– Je te l'ai dit… Ce n'est pas un secret. C'est juste un truc que je préfère garder pour moi. Mais si jamais ça venait à se savoir un jour, que « la victime de New-York » est Louis Weasley, je crois que…
Je me tais subitement. Je n'ai jamais pensé à ça, en fait.
Comment je réagirais, si tout le monde venait à savoir ce qu'il s'est passé à New-York ?
– Tu serais en colère, et ce serait normal, termine Marinette.
Je ne veux pas que le regard des autres changent sur moi. Certains membres de ma famille ne sont même pas au courant de ce qu'il s'est passé.
– Tu as raison. C'est un secret, je capitule enfin.
– Tu es comme moi, admet Marinette. Sauf que tu refuses que ton secret change la personne que tu es.
– Le tien te change ?
– D'une façon que tu n'imagines même pas…
Une larme s'écrase sur la table. Je ne l'ai même pas sentie dévaler ma joue.
– Je peux tout entendre tu sais.
– Sûrement, sourit doucement Marianette.
Elle commande une nouvelle bouteille et relève ses cheveux pour les coiffer en un chignon. Et c'est maintenant que l'évidence me frappe.
– Tu n'es pas une vélane.
Elle écarquille les yeux et ses lèvres s'entrouvrent.
– Comment… ?
– J'ai grandi entouré de vélanes. Et… Tu es belle, tu dégages un truc, mais ce n'est pas… Ce n'est pas ce même truc qu'elles.
Sa bouche s'étire en un sourire triste. Cette fois-ci, c'est une de ses larmes qui s'écrase sur la petite table que nous partageons. Je déteste pleurer.
Je déteste être triste et je déteste ces deux uniques larmes que nous venons de verser.
Nous ne sommes pas assez proches, pour être si intimes l'un avec l'autre.
Parce que pleurer, même une larme, c'est être vulnérable. On ne le fait pas face à n'importe qui…
Et j'ai honte, de cette larme.
J'ai honte, d'être vulnérable, alors que je viens de dévoiler l'un des épisodes les plus douloureux de ma vie.
Je ne suis pas aussi fort que je le voudrais…
Marinette et moi ne versons pas une larme de plus.
Et je le sens… Ce lien invisible entre elle et moi, ce truc qui nous lie, parce que nous partageons une douleur similaire que nous pouvons lire dans les yeux de l'autre.
Nous nous regardons intensément, jusqu'à ce qu'elle prenne de nouveau la parole :
– T'as déjà entendu parler des mélusines, Weasley ?
– Pressine, l'épouse d'un roi dont elle était très éprise, avait passé un pacte avec elle. Lui aussi très amoureux, elle lui avait fait promettre de ne jamais la visiter lorsqu'elle avait ses menstruations. Il ne s'y tient pas. Un jour, alors qu'elle baignait leurs trois filles, Mélusine, Mélior et Palestine, il la surprit. Elle s'enfuit aussitôt sur l'île d'Avalon et éleva ses filles, pleine de rancoeur pour leur père. En grandissant, Mélusine réussit à convaincre ses deux sœurs de venger leur mère en enfermant leur père dans une montagne. Loin d'être contente de cet acte, car malgré son amertume elle aimait encore son roi, Pressine, furieuse, les punit toutes les trois. Mélior fut condamnée à passer sa vie en tant qu'épervier. Palestine fût obligée de garder le trésor de son père, et Mélusine… Elle fût maudite. Tous les soirs, la moitié de son corps prenait l'apparence de celui d'un serpent. À la place des jambes, elle avait une queue. La malédiction ne pouvait s'annuler que si elle venait à rencontrer son grand amour, capable de lui faire confiance et de cette manière, elle ne se transformerait plus que tous les samedis. Seulement, si un jour il venait à apprendre qu'elle se transformait, elle deviendrait un serpent pour toujours.
Marinette continue d'avancer alors que nous longeons le bord de la Seine.
– Évidemment, elle le rencontra, cet homme merveilleux. Mélusine traversa la mer une dernière fois, pour se rendre dans le Poitou. Elle y rencontra Raymondin. Charmé par Mélusine, il lui promit de l'épouser. Elle accepta, tout en lui faisant promettre de ne jamais chercher à la visiter les samedis. Il accepta, et elle lui donna dix fils. Je crois que j'aimerais que l'histoire s'arrête ici…
– Elle peut, j'indique doucement.
– Je déteste le mensonge.
Elle soupire bruyamment et allume une cigarette avant de m'en proposer une. Je l'accepte sans hésiter.
Mélusine était une bâtisseuse. Elle a construit des villes, des châteaux et elle était heureuse avec Raymondin. Elle a fait de lui un roi, le roi d'une ville qu'elle a fait sortir de terre pour lui. Mais le frère de Raymondin, jaloux du pouvoir de Mélusine qui faisait roi qui elle voulait et dessinait les frontières de chaque territoire, insinua à son cadet qu'elle lui était infidèle. La graine du doute était planté dans son esprit. Un soir, il rejoignit la tour dans laquelle Mélusine s'enfermait tous les samedis. Il fit un trou dans la porte, pour l'espionner. Lorsqu'il vit ce qu'elle était, il la renia violemment. Folle de douleur, elle se jeta par la fenêtre. Elle se transforma en serpent. Mais elle continua de veiller sur ses enfants et à la mort de chacun d'eux, ses cris et hurlements déchirèrent la nuit. Lorsqu'elle mourut après des siècles, la malédiction fut transmise aux filles de ses fils, condamnées à se transformer tous les samedis, à avoir une queue à la place des pieds, des crochets à la place des dents… et ainsi de suite… jusqu'à moi.
Elle exécute un petit saut avant de s'asseoir en tailleur près de l'eau.
– On ne se transforme plus tous les soirs, comme le faisait Mélusine. Seulement le samedi. Elle a dû débloquer une partie de la malédiction de sa mère en rencontrant Raymondin… Si je te raconte tout ça, c'est parce que je sais que tu n'es pas mon grand amour qui m'enchaînera à la malédiction des Mélusines.
Elle fixe les reflets de la Seine alors que je la rejoins.
– Comment peux-tu en être certaine ?
– Tu ne me regardes pas comme on regarde l'amour.
– L'amour ne se regarde pas.
– Mais quand tu regardes la personne que tu aimes, il y a un éclat dans les yeux, un truc… Un truc particulier. Je l'ai vu dans ceux de mon père, dans ceux du mari de ma sœur et dans ceux de mon grand-père …
– L'amour n'est pas forcément inné Marinette…
– Mais pour qui te prends-tu Louis Weasley ? Le grand gourou de l'amour qui sait tout sur tout ?
– Non pas du tout. Je crois simplement qu'on a tous nos façons d'aimer. Que le coup de foudre, les évidences, ça existent bien sûr. Mais qu'on peut aussi apprendre à aimer, tomber lentement et sûrement amoureux de quelqu'un petit à petit, sans s'en rendre compte… L'éclat dans les yeux, il peut apparaître du jour aux lendemains, ou se créer petit à petit.
– Et puis si tu avais été mon grand amour, et que je t'avais révélé mon secret, je me serai déjà transformé en gros serpent.
– Tu as … essayé de te débarrasser de cette malédiction ?
Elle opine.
– Comme ma mère avant moi et sans succès. C'est de la très vieille magie, de celle qui survit à tout et imprègne tes veines.
– C'est pour ça que tu t'isoles de tout le monde ? Pour ne jamais rencontrer ton grand amour ?
– On ne peut pas faire confiance en quelqu'un à ce point Louis…
– Je crois que si.
– Tu crois beaucoup Louis, mais les Mélusines n'ont pas besoin de croyances. Elles ont besoin de certitudes.
Et moi, j'adore l'incertitude.
– Ma sœur jumelle… Elle a rencontré son grand amour alors qu'elle avait seulement six ans. Ils ont grandi ensemble. Ma sœur était euphorique après leur premier baiser. Elle avait quinze ans seulement et elle était … heureuse. Ils se sont installés ensemble après l'obtention de leurs diplômes. Je connaissais Éric par coeur et elle aussi. Ils se faisaient vraiment confiance et j'ai cru… J'ai cru que les Mélusines pouvaient être heureuses. Que ma mère n'était pas l'exception à la règle. Mais Éric commençait à s'inquiéter pour la santé de Palmyre. Il croyait qu'elle se rendait à l'hôpital magique pour un truc grave et il avait peur pour elle. Alors un samedi il l'a suivie et il l'a vue.
– Je suis désolé…
– Éric a été anéanti après ça. Il a cherché ma sœur partout … On ne l'a jamais retrouvée, marmonne Marinette. Elle me manque… Et des histoires comme ça, il y en a des tas dans ma famille. Toutes mes cousines, mon arrière-grand-mère…
– Je suis désolé, je répète.
– Donc je ne regarde jamais personne dans les yeux…
– Tu sais que tu ne peux pas continuer à vivre ainsi ? À ériger des murs entre toi et les autres ?
– Il faut bien que je me protège…
– Mais tu es triste.
– Je préfère être triste et humaine plutôt que triste et serpent.
Ça se tient.
– Tu devrais te laisser une chance, je pense.
– Je n'ai pas besoin de tes pensées, Louis Weasley.
– Pourtant, tu t'es confiée à moi. Pourquoi ?
– Parce que je t'aime bien, avoue-t-elle d'une toute petite voix. Et qu'après que tu aies raconté ton histoire, je savais que je pouvais te confier la mienne…
– Il y a sûrement un moyen de contourner cette malédiction en apprenant à ton grand amour que tu es une Mélusine…
– Sûrement… Mon père a finit par comprendre pour ma mère. Ils n'en ont jamais parlé et s'ils le faisaient, ma mère deviendrait aussitôt un serpent.
– Je connais quelqu'un… Un briseur de sort … il se spécialise en malédiction humaine de Magie Noire… Il acceptera de t'aider.
Scorpius Malefoy me doit bien ça… J'ai sauvé son bras.
– Tu ne comprends pas. Tout a déjà été tenté.
– Et un serment inviolable ? Si tu passes un Serment inviolable avec ton grand amour ? Un où cette personne promettrait de ne jamais te voir le samedi ?
Elle sourit en tournant son visage vers moi.
– Tu es quelqu'un de bien Louis Weasley. Je viens de t'annoncer que j'étais une Mélusine et tu ne me considères pas comme un cherches à m'aider… Ce qui est très prétentieux de ta part ceci-dit.
– Tu n'es pas un monstre.
– Si, j'en suis un. En quelque sorte. Et si la plupart des gens pensent qu'il s'agit d'une insulte, ce n'est pas vraiment le cas… Je suis juste… pas comme tout le monde.
– Personne n'est comme tout le monde.
– Tu sais, je serai heureuse quand même … J'aime être une magizooliste. J'aime parcourir le monde et le fait que je sois maudite, me rend invulnérable aux malédictions des Sphinx, gargouilles et autres créatures magiques…
– Tu sais, certaines créatures magiques peuvent te faire porter deux malédictions, je la préviens prudemment. Les sorciers eux-mêmes peuvent te maudire. La théorie de la dualité des malédictions a beaucoup d'exceptions…
– Je sais. Mais bien souvent, les créatures qui peuvent me maudire une deuxième fois ont pitié de moi … Les créatures magiques ne se maudissent jamais entre elle, Louis Weasley.
– J'espère sincèrement que tu trouveras la paix.
– J'espère sincèrement que tu reviendras l'année prochaine.
– Et si tu l'écris ? proposé-je.
– Ma cousine Dina t'en sifflera quelques mots.
– Tu la vois encore ?
– Bien sûr. Elle est au zoo. C'est un boa. Assez rare je dois dire. Ma grand-mère était une simple couleuvre et d'après la description d'Éric, ma sœur est une vipère. Mais ça, je n'avais pas besoin de lui pour le savoir.
Je cligne des yeux pour déterminer si elle se fiche de moi ou si elle me dit bien la vérité. Le visage de Marinette reste très sérieux alors qu'elle examine une gargouille et la désengorge de toute l'eau qu'elle a en trop.
– Tu es sérieuse ?
– Pourquoi je blaguerais là-dessus ?
– On parle de ta cousine. Qui vit dans un zoo.
– C'est normal dans mon monde, soupire-t-elle. Mais elle y est bien. Elle est nourrie, soignée, chouchoutée… On va la voir de temps en temps.
– Vous… lui parlez ?
– Ma grand-mère avait appris le fourchelang. Elle pouvait le traduire, avant de se transformer. J'aime à penser qu'elles nous comprennent lorsqu'on va leur rendre visite.
– Et ta sœur ? Vous pourriez essayer un sort de localisation ?
– On a vraiment tout essayé, Louis.
Ses yeux se voilent tristement.
– Ça fait tellement mal, quand quelqu'un disparaît de nos vies comme ça, sans prévenir… Du jour au lendemain, brutalement, sans rien laissé derrière soit…
Je ferme douloureusement les yeux.
Un parfum de violette parvient jusqu'à moi. Des cheveux châtains. Des yeux bruns et des rires ensoleillés.
Je les chasse bien vite.
– Je comprends.
– J'aimerais au moins savoir si elle va bien…
– Je comprends, je répète.
– T'as aussi une sœur jumelle qui s'est transformée en serpent ? sourcille-t-elle.
– Pas que je sache non, je marmonne. Mais l'absence de quelqu'un… je sais ce que c'est.
– Tu préfères chanter faux ou danser comme un strangulot ? demande une gargouille à ma droite.
– Les strangulots ne dansent pas…
– Justement.
Marinette rit légèrement.
– Il y a forcément une solution à ta malédiction. Je refuse que tu te refermes sur toi-même et rejettes les autres. Les amis, c'est important et sans les miens, je n'aurai pas tenu plus d'une semaine. Ta famille…
– Ma famille est compliquée, Louis… Mon grand-père était un chasseur de williskyn, son métier était littéralement d'abattre les créatures magiques qui se transforment en monstre. Alors je te laisse imaginer un peu…
– Peut-être que tu es quelqu'un de solitaire… Mais tu n'aimes pas la façon dont tu vis actuellement. Ça se voit… Si tu t'ouvrais aux autres, ils verraient que t'es super marrante avec ton cynisme et tout. Les yeux fermés conduisent à des coeurs fermés, Marinette.
– Tu racontes n'importe quoi. Et je n'ai pas un coeur fermé.
– C'est en parlant avec les autres, qu'on l'ouvre pourtant.
– Tu me fais chier avec ta bienveillance à deux mornilles et tes leçons de morales. Je sais que voyager, parler aux autres, c'est s'ouvrir l'esprit. Mais je ne peux pas Louis.
Sa mine boudeuse m'arrache un sourire.
– J'ai peur, Louis.
– Tu auras toujours peur, je crois. Mais tu peux décider de vivre et d'avoir ou de traîner les jours qui te restent et avoir peur. Je t'assure que les gens, ceux qui t'aimeront, te soutiendront…
– Pourquoi tu t'acharnes autant à vouloir me sauver et m'aider ? Je n'ai pas besoin de ton aide Louis. S'il y avait eu une solution, cela ferait bien longtemps que je l'aurais trouvé !
– Je ne m'acharne pas ! Je veux juste…
– Ça te fait te sentir bien, de penser que tu pourrais me délivrer d'une malédiction vieille de plusieurs siècles ? Putain, Weasley… ce que t'es arrogant. T'es pas mon chevalier servant. Ce n'est pas ton rôle de jouer aux héros.
– Je ne suis pas arrogant. Enfin si. Mais pas parce que je veux te sauver. Je n'ai aucune idée de la façon dont je pourrais t'aider d'ailleurs. Je veux juste t'aider. C'est tout.
– Pourquoi ? Ça te fera te sentir mieux ?
– Non je…
– Tu veux juste m'aider ?
– Oui.
– On ne se connaît même pas.
– Et alors ?
– Nous ne sommes pas amis, grogne-t-elle. Mais si on l'était, je te dirai de t'aider toi-même avant de vouloir aider les autres. Je gère très bien la situation de mon côté. Cependant, toi… Toi, Louis Weasley, tu fais semblant d'aller bien alors qu'il t'est arrivé un truc moche, très moche et tu refuses de l'affronter.
– Non c'est faux…
– T'en as reparlé ? Vraiment reparlé ? Tu prends des potions de sommeil pour dormir ? Ça fait combien de temps que tu n'es pas rentré chez toi ? Ça fait combien de temps que tu n'as pas invité de femmes à boire un verre ?
Je me fige et reste droit sur mon balai pour ne pas perdre l'équilibre. Les yeux gris de Marinette sont fiers et orgueilleux. Elle vient de tirer dans le mile et en a parfaitement conscience.
– J'ai besoin de temps.
– Sûrement, affirme-t-elle.
– Je vais surmonter ça comme j'ai surmonté bien d'autres choses. Ce n'est pas parce que je veux t'aider que je refuse de prendre soin de moi.
Ses traits s'adoucissent.
– Je t'assure que je suis très touchée par ta sollicitude Louis.
– Vous préférerez être aveugles ou être sourds ? nous interroge une gargouille.
– Aveugle, répond Marinette.
– Sourd, je fais en même temps.
Un hurlement nous fait sursauter. Marinette, en alerte, attache ses cheveux noirs avec précipitation et pivote sur elle-même pour faire pencher son balai et se diriger à l'origine du cri.
Claire, une petite blonde de notre groupe, est poursuivie par une gargouille qui a déployé ses ailes de pierre. Elle est rapide et manifestement très en colère. L'instructeur, resté au sol, s'époumone. Lorsqu'une gargouille est furax comme ça, il n'y a pas grand-chose à faire. Les sorts de paralysie ne fonctionnent pas sur ces créatures.
Mais Marinette a foncé dans le tas et j'ai à peine eu le temps de la suivre qu'elle est déjà à côté de Claire. La vitesse créée une bourrasque de vent sur mon visage, que j'apprécie énormément par cette chaleur.
– Il faut distraire la gargouille, me lance Marinette.
– Je m'en occupe !
Je la laisse seule avec Claire et sort ma baguette. J'arrête mon balai et attend que la gargouille soit à ma hauteur.
– S'il te plait, discutons, je lui propose.
La gargouille m'ignore et continue sa course.
– Je suis désolé que tu te sentes si en colère.
– Elle a oublié de me souhaiter une bonne journée !
J'avais oublié comme les gargouilles étaient susceptibles…
– C'est vrai que c'est très impoli. Claire n'est pas méchante, mais elle a déjà pris beaucoup de retard dans son travail et n'a malheureusement pas eu le temps de te souhaiter une bonne journée. Je suis certain qu'elle s'en veut beaucoup.
– Elle sera maudite à chanter un air d'opéra tous les jeudis matin.
– C'est euuh… Une très charmante malédiction ! Mais Claire tient vraiment à te présenter ses excuses, j'en suis certain.
La gargouille ralentit un peu et je range ma baguette. J'aperçois Claire et Marinette, cachées derrière la flèche. La créature suit mon regard et les trouve. Elle s'élance de nouveau vers Claire qui gémit. Une griffe mécontente pointée vers elle, la gargouille ouvre sa grande bouche de pierre pour prononcer sa malédiction. Marinette s'interpose entre elle deux et rejette le sort. Je fais sortir de ma baguette des lianes pour sceller les ailes de la créature, qui les esquive habilement. Elle contre-attaque avec un grand tir d'aile qui me déstabilise et s'abat sur mon balai qui se met à faire des vrilles dans les airs. Je sens la part de pizza froide que j'ai avalé à la va-vite faire des saltos à l'intérieur de moi et remonter le long de ma gorge. Elle continue de battre des ailes et mon balai continue de tourner. Je reste fermement accroché au manche La gargouille en priant pour qu'elle se fatigue rapidement. Après quelques tours à pleine vitesse et l'estomac barbouillé, je relance mon sort, cette fois, avec réussite. La gargouille se met soudainement à chuter lourdement. Je plonge en piquet pour la rattraper avant qu'elle ne s'écrase sur le sol.
– JE PRENDS MA RETRAITE DEMAIN ! hurle l'instructeur en aspergeant la gargouille d'un puissant somnifère.
Claire et Marinette atterrissent en douceur. La blonde se précipite vers moi pour regarder la gargouille :
– Elle n'a rien ? Ses ailes ne sont pas cassées ? Et ses griffes ? Par Merlin, j'espère qu'elle n'a rien !
– Elle va très bien, je la rassure en souriant. Elle dort. J'irai la replacer tout à l'heure, ne t'inquiète pas.
– J'étais débordée et je n'ai pas fait attention, je suis si désolée…
– Et toi Weasley ? Rien de casser ?
– Non, tout va bien.
– On dirait que tu vas gerber, commente Marinette. T'es tout vert.
– C'est fort possible.
J'ai à peine le temps de me relever et de m'éloigner du groupe que je rends mon déjeuner, la gorge serrée et le ventre douloureux. La vrille de tout à l'heure m'a définitivement retourné. Un main tapote mon dos gentiment.
– T'es ridicule Weasley…
– Je te remercie Marinette !
– À MARINETTE QUI M'A SAUVÉE D'UN TRISTE SORT !
Les magizoologistes reprennent tous en choeur et les joues de Marinette rougissent immédiatement. Deux hommes de nos âges ont passé leurs bras autour de ses épaules et la soulève dans les airs. Marinette éclate de rire et se laisse faire.
Je bois tranquillement mon verre, alors qu'elle vient me rejoindre, presque timidement.
– Je viens d'apprendre que Claire vient de la même région que moi.
– Tu viens de Bretagne ?
– Tu savais qu'elle venait de Bretagne ? s'exclame Marinette.
– Elle a scandé l'hymne breton le soir même de notre arrivée, je m'amuse.
– Ah…, fait-elle l'air dépité. Elle est sympa. Elle a écrasé les pieds de Malcom lorsqu'il a commencé à la tripoter. Elle a du répondant.
– Vous ferez de bonnes copines c'est certain…
– Doucement, Weasley.
– Je suis content pour toi Marinette.
– Alors souris un peu.
Je n'y arrive pas.
– Je pense vraiment qu'on peut trouver un moyen de lever cette malédiction…
– Louis…, soupire-t-elle. Il faut que tu arrêtes de vouloir chercher des solutions là où il n'y en a pas. Je ne suis pas fataliste ou pessimiste. Je suis réaliste. Je trouve ça mignon que tu aies de l'espoir … Il faut des gens comme toi. Je le sais bien. Mais cette malédiction est mon fardeau. Pas le tien. Tu ne peux pas régler les problèmes de tout le monde Weasley… Et ne le fais pas tiens. Tu peux me soutenir autant que tu veux et peux. Mais c'est tout. Et j'en ferai de même avec toi.
Mes épaules s'affaissent et Claire revient vite vers Marinette. Elles parlent vite, si vite, que j'ai du mal à les suivre. Leurs éclats de rire réchauffent le bar parisien. Claire a réussi ce que personne n'a été capable de faire avec Marinette : la faire s'ouvrir en si peu de temps. Solaire et pétillante, la blonde entraîne Marinette, plus sombre et mollassonne, sur la piste de danse et à deux, elles s'amusent et chantent. Quand elles sont fatiguées, elles partent s'asseoir et commence une partie de cartes et les distribue sur la table à laquelle elle est installée. Les cartes mangent leurs doigts, mécontentes chaque fois qu'elles perdent.
Peut-être que Marinette a besoin de temps elle aussi, pour faire confiance aux autres. Peut-être qu'elle a raison de se protéger … Mais la voir comme ça, si heureuse, me fait sourire.
Sa malédiction ne sera peut-être jamais levée. Elle l'a accepté et pourtant, je continue d'espérer que quelqu'un, ou quelque chose pourra la délivrer de ce mauvais sort.
– J'aimerais bien garder contact avec toi, Louis, glisse-t-elle à mon oreille par-dessus la musique.
– Même si je suis un chieur ?
Elle grogne en buvant dans mon verre.
– Tu reviendras l'année prochaine ?
– Tu me donneras la date ?
Elle hoche la tête en souriant et me donne un coup de coude.
Ninon, une jeune diplômée, bat des cils dans ma direction. Je soupire lourdement lorsqu'elle s'approche de moi.
– Tu… Tu voudrais bien boire un verre avec moi ?
Je m'accroche au bar. Un malaise profond s'empare de moi et j'ai soudainement le vertige. La main de Marinette frôle la mienne.
Ninon triture ses doigts en attendant une réponse.
Je chasse l'odeur de la violette qui me prend au nez. Les cheveux bruns et les rires ensoleillés devenus nuageux.
Je chasse l'image de cette vampire rousse.
Je tremble, mais je lui souris timidement :
– Oui, avec plaisir.
Marinette s'éloigne en levant les yeux au ciel, un sourire en coin.
Peut-être qu'on a vraiment besoin de temps.
Peut-être que tous les problèmes se résolvent plus ou moins de cette manière et qu'ils ont tous une date de péremption.
Tout simplement…
Petite nouvelle sur les Mélusines
Pour ceux qui ne lisent pas Mistinguette, les violettes, les cheveux brunsk, les rires ensoleilés, c'est Allénore !
Louis se détache peu à peu de son passé et apprend à vivre avec ce qu'il s'est passé à New-York.
Marinette reviendra sûrement plus tard...
Il me reste quelques nouvelles de Bourlingueur à publier (3 si je compte bien) !
Dans la prochaine, Louis ira chocuhouter quelques botrucs en compagnie de Rose
