Olà ! Je suis déjà de retour, comme quoi, un miracle peut arriver deux fois de suite !
Je vous retrouve à la fin,
Bonne lecture
Chapitre 12 : Désillusion
L'examen chunnin ? C'était donc ça. À tous les coups, cela allait représenter une hausse de mission pour les jonins. La venue officielle de ninjas étrangers dans le village les obligerait à organiser des patrouilles pour éviter tout problème. Les jeunes étaient particulièrement enclins à se provoquer pendant ce genre d'événement. Elle-même allait devoir faire attention : des ninjas de Kumo seraient sûrement présents.
N tendit l'oreille lorsque Kakashi fit le choix de présenter ses genins à l'examen. Uchiha et Uzumaki. Elle n'avait jamais fait attention au nom de famille de ses élèves. Il avait donc hérité du dernier Uchiha… Ça ne devait pas être joyeux tous les jours avec un gamin comme ça dans son escouade. Elle doutait fortement de son équilibre mental après les traumatismes qu'il avait vécu.
Quant à Uzumaki… Sans savoir pourquoi ce nom lui évoquait quelque chose dans sa mémoire. Où l'avait-elle déjà entendu ? Alors que la situation s'envenimait entre Kakashi et Iruka, l'ancien instructeur de la plupart des genins, la jeune femme fouilla dans ses souvenirs. Était-ce parce que Kakashi lui en avait déjà parlé que ce nom lui semblait familier, ou y avait-il quelque chose qui lui échappait ?
— Tout va bien ? Tu as l'air ailleurs, lui murmura Raido.
Il la regardait avec un air sincèrement inquiet.
— Ouais… Je réfléchissais à un truc, je t'en parlerai plus tard.
Plus tard ? Mais quand ? Elle songea amèrement qu'avec les dissensions qu'il y avait dans leur escouade, elle ne trouverait sûrement plus le même soutien qu'auparavant auprès de ses coéquipiers. Sa solitude retrouvée lui pesait bien plus qu'avant…
Raido vit le visage de sa coéquipière se refermer. La situation avec Genma semblait vraiment l'affecter, jamais il ne l'avait vu aussi déprimé. Même lorsqu'il l'avait rencontré, il avait été étonné par l'assurance tranquille qui se dégageait d'elle. À présent, la kunoichi avait l'air totalement perdue.
Genma et elle étaient définitivement faits l'un pour l'autre. Si seulement ils pouvaient s'en rendre compte.
Il se sentait coupable de ne pas l'avoir soutenue ces deux dernières semaines. Il avait tellement été préoccupé par l'état de son meilleur ami qu'il n'avait pas pris la peine de se soucier de la jeune femme. Pourtant, de son point de vue, c'était elle qui avait le plus besoin de soutien dans cette situation. C'était dans sa nature, ou plutôt dans ses habitudes de faire passer Genma avant tout. Il le regrettait aujourd'hui, alors qu'il voyait l'air désemparée de sa coéquipière et les cernes bleuâtres sous ses yeux.
Il voulut la prendre de nouveau dans ses bras, pour lui montrer qu'elle n'était pas seule, et que jamais elle ne le serait, mais les jonins autour d'eux s'agitèrent. La réunion était enfin finie, sans qu'il n'en ait écouté la moitié. Genma lui ferait sûrement un topo, comme toujours. Il se prépara à sortir, accompagné de la jeune femme, suivant le mouvement.
— Genma, Raido, N. Restez avec moi s'il vous plaît.
Raido et N échangèrent un regard inquiet. Si le vieux singe les appelait tous les trois, ça ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose : une décision avait été prise quant à leur situation. Ils s'avancèrent, essayant d'ignorer les regards curieux qui les suivaient. Asuma, l'ancien coéquipier de Raido, passa près de ce-dernier et lui serra l'épaule en guise de geste de soutien.
— Tout ira bien, ne vous inquiétez pas. Il est vieux, mais pas encore sénile, leur murmura le jonin.
Ils se stoppèrent une fois arrivés à côté de leur chef d'escouade. Celui-ci essayait de garder son calme, mais N remarqua immédiatement qu'il mâchouillait son senbon avec encore plus de conviction qu'à son habitude. Elle savait qu'il se sentait responsable de leur situation, après tout, c'était lui qui avait pris la décision d'utiliser l'Hiraishin. Elle voulut poser une main réconfortante dans son dos, mais se ravisa au dernier moment, tandis qu'elle avait déjà amorcé son geste. Ce genre d'écart ne lui était plus permis, heureusement que Genma n'avait rien remarqué. Elle baissa la tête, cherchant à empêcher ses émotions de la submerger.
Le jonin, de son côté, tentait par tous les moyens de ne pas regarder dans la direction de sa subordonnée. Il savait que s'il posait son regard sur elle à cet instant, il ne parviendrait plus à se maîtriser. Depuis qu'il l'avait vu en entrant dans la pièce une demi-heure plus tôt, une seule chose, une seule envie, s'était imposée à son esprit : celle de la serrer dans ses bras. C'était pour ça qu'il avait fui à l'avant pendant la réunion. Il devait réussir à garder son calme et ce n'était pas facile avec N à ses côtés. Du coin de l'œil, il l'aperçut fixer le sol. Elle le haïssait donc tant que ça qu'elle ne le regardait même plus ? Ce constat lui lacéra le cœur.
Près d'eux, Raido lâcha un discret soupir. Il se sentait pris au milieu d'une querelle qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Si ces deux-là se montraient un peu moins bornés et daignaient être sincères l'un envers l'autre, les choses se seraient arrangées depuis longtemps déjà. Mais Genma était trop têtu pour admettre que N ne le détestait pas, au contraire, et ce malgré son idiotie. Et N, de son côté, était trop aveugle pour comprendre que le chef d'escouade l'aimait à se damner. Pourquoi lui avait-on collé deux équipiers aussi stupides et handicapés émotionnellement ? songea le balafré.
Totalement étranger à ce qui tourmentait les trois jonins devant lui, Hiruzen prit son temps avant de s'exprimer. Certains ninjas présents pendant la réunion, trop curieux, semblaient s'attarder plus que nécessaire dans la pièce. Le regard menaçant que leur envoya le Hokage eut l'effet escompté. Enfin, ils n'étaient plus que quatre. Le vieillard tira une nouvelle fois sur sa pipe avant d'en recracher la fumée par ses narines. N détesta cette odeur de tabac froid qui envahissait l'endroit. Observant les volutes de fumée qui dansaient devant ses yeux, Hiruzen commença :
— Le conseil et moi-même avons délibérés sur votre cas…
Il laissa en suspens sa phrase pendant quelques secondes, donnant à N la furieuse envie de l'étrangler. Elle avait légèrement les nerfs à fleur de peau en ce moment, et voir Sarutobi faire trainer en longueur son annonce lui donnait des envies de meurtre.
— Malgré l'insistance des Anciens, le reste du conseil a voté en votre faveur : votre mise à pied est levée et les accusations qui pesaient sur vous sont oubliées.
Genma voulu offrir un sourire réconfortant à sa coéquipière lorsqu'il l'entendit lâcher un soupir de soulagement tout sauf discret, mais la jeune femme se détourna très vite lorsqu'elle le vit. Il s'efforça de ne pas réagir une fois de plus. Après tout, il n'avait pas le droit de lui reprocher son comportement alors que c'était lui qui l'avait rejeté en premier.
La jeune femme préféra fixer un point imaginaire à l'opposer de Genma. Elle ne voulait pas qu'il remarque les rougeurs qui étaient apparues sur ses joues quand elle avait surpris son sourire. Elle devait absolument apprendre à se contrôler en sa présence si elle voulait rester dans cette escouade. Depuis leur dispute, elle vivait dans l'angoisse qu'on lui annonce qu'il avait choisi de la remplacer par une nouvelle médic-nin. Rester impassible devait devenir son nouveau crédo. Une chose bien difficile si l'on considérait qu'à la simple vue d'un sourire du jonin, son cœur jouait une véritable symphonie dans sa poitrine.
Raido, consterné, leva les yeux au ciel. Aucune des réactions de ses deux coéquipiers ne lui avait échappée. Et que dire, si ce n'était qu'il était ébahi par leur capacité à se méprendre sur leurs intentions…
— L'enquête vous a permis de trouver de nouveaux éléments ? demanda Genma, s'efforçant de passer outre son mal-être.
— Nous avons pu vous réunir assez de preuves pour vous innocenter.
— Sans blague.
Une réunion avec le Hokage sans que N ne se montre insolente n'était pas une véritable réunion songea le ninja balafré. Cela restait l'un des passes-temps favoris de la jeune femme.
— Comme le souligne N, on s'en doutait un peu. Je parlais plus d'informations que nous n'avions pas encore, Maître Hokage.
Et comme toujours, Genma se chargeait d'adoucir les propos de la jeune femme.
— Nous avons seulement pu confirmer vos allégations : il s'agissait bel et bien de ninja de Kumo, sûrement envoyé pour traquer la demoiselle ici-présente...
Genma prit le temps d'accorder une prière silencieuse à l'ermite Rikudô. Avec un peu de chance, cela suffirait à retenir N. Cette dernière avait toujours détesté qu'on l'appelle "demoiselle" et ne se privait jamais d'envoyer paître ceux qui commettaient cette erreur. Le ninja doutait que le Hokage puisse accepter ce genre de comportement cinq minutes à peine après leur avoir annoncé qu'ils étaient innocentés.
Pour une fois, sa prière semblait avoir été entendue puisque N se contenta de toiser Sarutobi sans prendre la peine de cacher le mépris que lui inspirait le vieil Hokage. C'était déjà ça de gagné, songea le ninja.
— Comment autant de ninjas ont pu franchir la frontière sans être repérés ? Nous avons des avants postes partout ! constata Raido.
— C'est une question qui reste sans réponse malheureusement. Nos meilleurs ninjas traqueurs ont tenté de remonter leur piste sans y parvenir. Nous avons également fait examiner les dépouilles restantes par des médics-nin, mais peu d'éléments en sont sortis, à l'exception d'un détail. Il se tourna vers N avant de continuer : peut-être vas-tu pouvoir nous éclairer. Ils possédaient tous une marque blanche sur la nuque, en forme de croix. Ça correspond à un clan en particulier ?
N mis quelques secondes avant de répondre, c'était comme si un poids invisible venait de s'abattre sur ses épaules. Elle tourna finalement le dos aux trois hommes et souleva sa longue chevelure, dégageant sa nuque. Une croix blanche était visible sur sa peau d'albâtre, tranchée par une vieille cicatrice, sûrement vestige d'une tentative désespérée pour l'effacer.
— Une croix comme celle-ci ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
— Oui.
Elle relâcha ses cheveux et se retourna. Genma cru voir l'ombre d'une larme sur son visage, cependant, lorsqu'elle releva la tête seule de la colère apparaissait sur son visage.
— C'est la marque des esclaves.
Genma sentit son cœur se serrer. Il était déjà au courant des origines de sa coéquipière, mais il avait tendance à les oublier. Elle ne laissait jamais rien paraître de son passé compliqué, comme si elle avait pris soin de tout oublier depuis qu'elle s'était enfuie de Kumo. Il semblait être le seul à ressentir un élan de compassion puisque le Hokage enchaîna directement :
— Sais-tu si le Raikage est mêlé à cette affaire d'esclavage ?
— Aucune idée. Le Raikage qui était au pouvoir quand j'ai été réduite en esclavage est mort pendant la Troisième Grande Guerre. Je n'ai que peu connu son remplaçant actuel.
— La question n'est pas de savoir sur qui porter la faute pour l'instant, intervint Raido. Si autant de ninjas ont pu passer la frontière sans être remarqué, c'est qu'il y a bel et bien un traître dans nos rangs !
Sa remarque lança un froid sur la réunion. On pouvait toujours compter sur Raido pour mettre le doigt là où ça faisait mal.
— Je doute qu'un ninja de Konoha puisse nous trahir, répondit Sarutobi.
— C'est sûr que le village de la feuille ne connaît aucun nukenin figurant sur les BingoBooks, fît N avec ironie.
Elle n'avait pas tort. Les nukenins étaient légions à Konoha et ils étaient tous plus puissants les uns que les autres. Pourtant, cela ne semblait pas inquiéter plus que ça le vieux singe remarqua Genma. Quelque chose d'autre semblait perturber le Hokage.
— Il y a autre chose que vous nous cachez Sarutobi-sama.
Ce n'était pas une question, mais bel et bien une affirmation. Il avait toujours été doué pour savoir quand on ne lui disait pas toute la vérité. Le vieux singe soupira avant de tirer une nouvelle fois sur sa pipe. La nouvelle qu'il devait annoncer ne lui plaisait guère.
— En effet. Je dois vous annoncer une mauvaise nouvelle. Il laissa quelques secondes passer avant de continuer : les fermiers qui vous ont accueillis ont été retrouvés morts. Leur ferme a été incendiée. Je tiens à vous préciser que vous n'êtes pas soupçonné, les analyses nous ont montrés qu'ils sont morts après votre retour au village.
La discussion qui suivit ne les fit guère avancer sur la recherche de la vérité. Sarutobi semblait vouloir à tout prix croire que c'était impossible qu'ils aient été trahis. Pour lui, aucun ninja doté de la volonté du Feu ne pouvait souhaiter la destruction de son pays. Pouvait-on attendre autre chose d'un dirigeant qui gardait un homme tel que Danzô à ses côtés ? C'était sur cette pensée que les trois jonins s'éclipsèrent, laissant le Hokage seul, pensif.
— Ça va aller N ?
Elle hocha la tête. Ils s'étaient réfugiés sur le toit d'une des tours du village. D'ici, ils avaient une vue plongeante sur Konoha et son agitation. Les rues grouillaient de gens courants et discutants. Aucun d'eux n'avait conscience des intrigues politiques qui se jouaient à cet instant précis, ni même des complots qui naissaient dans l'ombre. Les civils se contentaient de suivre le courant, sans faire de vagues pour la plupart. Ils nageaient dans les eaux profondes sans savoir que d'immondes prédateurs jouaient avec leur vie.
— Daisuke ne méritait pas ça, finit-elle par lâcher.
— Son frère et sa belle-sœur non plus, mais il est trop tard maintenant. Nous ne pouvons rien y faire si ce n'est chercher qui a commis ce crime… lui répondit Raido, attristé.
Que Raido fasse preuve de compassion envers quelqu'un qui l'avait trahi montrait bien l'ampleur de leur culpabilité dans cette histoire. S'ils n'avaient pas mêlé les fermiers à leurs problèmes en leur demandant de l'aide, ils auraient été encore en vie, occupés à travailler leurs terres.
— Ce n'est pas de notre faute. Pas entièrement en tout cas. Daisuke était parfaitement conscient du risque qu'il prenait en nous aidant et Hayashi et sa femme étaient conscients du risque de nous trahir. Prendre toute la responsabilité sur nos épaules ne mènera à rien. Nous ne sommes pas ceux qui ont porté le coup fatal, ne l'oubliez pas.
C'était le rôle de Genma, en tant que chef d'escouade, de remonter le moral de ses troupes. Il devait tout faire pour les aider à passer ce cap. C'est pourquoi il se força à passer outre sa tristesse et s'adressa à N :
— Autre chose te tracasse n'est-ce pas ?
Elle posa son regard doré sur lui. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il ne parlait pas de leur dispute et de leur relation tendue. Il jouait son rôle de chef en prenant en compte ses états d'âme et ses angoisses.
— Nous avons tué des esclaves.
— Et donc ?
— Je refuse d'avoir à tuer des gens qui n'ont jamais choisi de se battre !
— Ils ont tenté de nous tuer N ! De te tuer ! Ils étaient douze contre toi, penses-tu vraiment qu'ils auraient fait preuve de compassion à ton égard ? Que crois-tu qu'ils auraient fait après t'avoir vaincu ? Comment crois-tu qu'ils t'auraient traité ? Une femme inconsciente et douze ninjas prêts à en profiter ? Je pense que tu saisis comment ça aurait pu finir !
— Ce n'est pas eux les responsables ! s'énerva la jeune femme.
— Ils auraient été responsables de ce qui aurait pu t'arriver N. Tu sais aussi bien que moi à quels risques s'expose une kunoichi lorsqu'elle se laisse capturer ! Ne fais pas l'erreur de croire qu'ils auraient eu pitié de toi parce que tu étais comme eux.
— Je connais bien mieux que toi les dangers qui guettent les kunoichis ! s'emporta N, une lueur de colère brillant dans son regard. Ils n'ont pas d'autre choix que d'obéir aux ordres, et je refuse d'en tuer d'autres !
— Ils avaient le choix N. Le même que toi tu as fait il y a des années : rester des esclaves ou déserter. S'ils sont encore là aujourd'hui, c'est qu'ils ont choisi de rester auprès de ceux qui leur font subir ça. Je n'aurais pas pitié de ninjas qui s'enferment dans la servitude quand je connais une femme qui est parvenue à affronter tout ça en étant âgée d'une dizaine d'années. Je ne peux pas avoir pitié de la faiblesse d'esprit maintenant que je t'ai rencontré N. Tu as affronté ta propre destinée pour pouvoir rester libre. Eux, ils n'ont jamais eu le courage de faire de même.
En temps normal, elle se serait sentie touchée par ses paroles. Pourtant, cette fois-ci, son esprit se focalisa sur la colère qu'elle ressentait. Le ressentiment qui dormait en elle depuis deux semaines enfla d'un coup. De quel droit se permettait-il de les juger ? Hors d'elle, elle lui cracha :
— Que sais-tu de leur vie ? Que sais-tu de ce qu'ils subissent ? Tu n'as aucune idée de ce que c'est d'être un esclave ! Tu crois réellement que s'enfuir est une chose facile ? J'ai tout quitté du jour au lendemain ! Je suis devenue une paria, errant de pays en pays, de village en village, sans jamais trouver ma place ! Aujourd'hui encore, je suis traquée par ces malades ! J'ai tout perdu dans cette histoire : ma patrie, mes rares proches, mon avenir… Tu ne peux pas imaginer ce que c'est de devoir tout perdre. De faire le choix de laisser derrière soi son univers. Arrête de croire que tout le monde a une vie aussi facile que la tienne Genma, tu ne sais pas ce que c'est de devoir tout sacrifier, tu…
— N ! Ça suffit !
La voix de Raido avait claquée, implacable. Une aura menaçante se dégageait de lui. Manifestement, il n'appréciait pas que la jeune femme s'attaque ainsi à son meilleur ami. N s'en doutait, Raido prenait toujours son parti.
Sa colère s'envola d'un coup lorsqu'elle posa son regard sur Genma. Emportée par sa rage, elle n'avait pas fait attention à ses réactions. Une tristesse infinie hantait ses traits. Jamais elle ne l'avait vu aussi désemparé. Ses paroles l'avaient réellement blessé, et elle ne pouvait plus revenir en arrière. Dans un geste désespéré, elle tenta d'attraper sa main.
— Genma…
Il ne lui répondit pas. Il ne daigna même pas la regarder. D'un mouvement brusque, il se dégagea de son emprise avant de sauter en bas de la tour. Il était déjà trop tard pour qu'elle répare ses erreurs, elle avait gâché ses chances d'enfin se réconcilier avec lui.
— Laisse tomber, il refusera de te parler.
— Je…
— Tu es allé trop loin cette fois-ci.
— Je ne voulais pas…
— Arrête. Assume au moins les paroles que tu as prononcées. Tu sais aussi bien que moi que tu cherchais à lui faire autant de mal qu'il a pu t'en faire. Tu le connais depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'accepte pas qu'on remette en doute ses sacrifices, alors n'essaye pas de me faire croire que tu ne l'as pas fait exprès.
Le ton accusateur que Raido utilisait raviva sa rage. Pourquoi tout le monde se retournait contre elle ?
— Il ne sait pas ce que c'est de tout perdre ! explosa la jeune femme.
— Bien sûr qu'il sait ce que c'est ! Nous sommes ses seuls proches. Pour en être là où il en est aujourd'hui, il a dû tout abandonner et sacrifier tout ce à quoi il tenait ! Si tu étais moins égoïste, tu t'en serais rendu compte depuis longtemps, mais tu préfères croire que tu as le monopole de la souffrance. Merde ! Arrête de ne penser qu'à toi !
Elle tomba de haut. Les mots que Raido venait de prononcer transpercèrent son âme aussi sûrement que son katana aurait transpercé son corps. Elle aurait pu lui en vouloir. Elle aurait pu le haïr pour cette blessure qu'il venait de lui infliger. Blessure bien plus douloureuse que tout ce qu'elle avait pu connaître jusque-là. Elle aurait pu trouver ça injuste d'être traitée comme ça. D'être celle que l'on finissait toujours par rejeter.
Sauf qu'une voix dans sa tête venait la raisonner. Elle était l'unique responsable de sa situation. Raido avait parfaitement raison, elle était un monstre d'égoïsme. Elle avait toujours considéré ça comme normal de se préoccuper uniquement d'elle-même. Au fond, les esclaves n'avaient aucune importance. Ce n'avait été qu'un prétexte. Saisir la moindre occasion pour blesser Genma et se venger de son rejet lui avait paru être une bonne solution. Sa stupidité l'écrasa sans crier gare, faisant peser un horrible poids sur ses épaules.
Comment avait-elle pu réagir comme ça ? Comment avait-elle pu vouloir lui faire du mal ? Il était la personne qui comptait le plus à ses yeux, celui qui avait su l'accepter malgré tous ses défauts. Il était celui qui avait su la faire sourire plus d'une fois. Celui qui lui avait permis d'avancer malgré ses problèmes. Il ne l'avait jamais abandonné, il était même allé jusqu'à risquer sa vie plusieurs fois pour la sauver. Une culpabilité sans nom vint l'étreindre à son tour.
Raido s'approcha de sa coéquipière, désolé. Ses paroles avaient dépassé ses pensées. Il s'était laissé porter par la colère, lui aussi. Il n'y pouvait rien, il ne connaissait que trop bien les souffrances de Genma et ne pouvait rester sans réagir lorsque quiconque s'en prenait à lui. L'affection qu'il avait pour N le rappela cependant à l'ordre. Il ne devait pas prendre parti dans ce conflit entre ses deux coéquipiers. Il ne connaissait pas la kunoichi depuis autant d'années qu'il ne connaissait Genma, mais il ne pouvait nier l'importance qu'elle avait prise dans son cœur depuis qu'elle avait intégré leur équipe.
Lorsqu'il vit qu'elle retenait à grande peine ses larmes, toujours aussi fière qu'à son habitude, il sentit sa colère fondre comme neige au soleil. Il posa une main rassurante sur son crâne et l'attira vers lui. Pour une fois, elle se laissa faire, épuisée. Blottie contre son torse, elle trouva un enfin un peu de réconfort. Finalement, un sanglot lui échappa, suivi d'un autre.
Le balafré ne sut que faire quand il réalisa que N pleurait dans ses bras. C'était bien la première fois qu'il la voyait se laisser abattre de cette façon. Jamais elle ne lui avait montré ses larmes depuis qu'il l'avait rencontrée… Baissait-elle enfin sa garde ? Malheureusement, il n'était pas le plus doué dans les relations humaines. Asuma et Kurenaï se moquaient souvent de lui pour ça d'ailleurs. Il n'était pas non plus doué avec les femmes, et c'était encore pire quand il s'agissait de les réconforter.
Alors il se contenta de caresser lentement ses cheveux, sans desserrer son étreinte. Il attendit patiemment que les sanglots de sa coéquipière se tarissent. Il attendit que la tension quitte ce corps qu'il tenait contre lui et qu'enfin, sa respiration s'apaise. Alors il lui murmura :
— Il lui faudra du temps, mais il finira par te pardonner. Il t'aime trop pour ne pas le faire.
Bien que gênée, elle le regarda avec gratitude. Peut-être, n'était-il pas si mauvais pour réconforter les autres finalement.
-o-
La semaine passa tellement vite que N n'eut le temps de revoir ses coéquipiers. Elle avait pourtant tenté de passer à leur appartement, mais personne ne lui avait ouvert. Étaient-ils partis en mission sans elle ? À chaque fois que cette question s'imposait à son esprit, une angoisse terrible s'emparait d'elle. Genma avait dû faire la demande de l'exclure de leur escouade…
Pouvait-elle lui en vouloir ? Non. Elle était l'entière responsable de la situation. Si elle avait été moins têtue, moins stupide, et surtout, moins égoïste, rien ne se serait déroulé ainsi. Sauf qu'avec des "si", on pouvait refaire le monde, songea-t-elle, amer.
Son sabre cogna avec fracas contre celui de Hayate. Elle recula d'un bond, évitant au passage le sabre de Yûgao cette fois-ci. Elle se réceptionna avec souplesse sur un rocher, et prit le temps de calmer sa respiration.
Le couple lui avait proposé de partager leur entraînement depuis quelques jours, pour son plus grand bonheur. Elle soupçonnait Raido de leur avoir demandé de lui tenir compagnie, mais cela lui importait peu. Pouvoir se défouler lors d'entraînements plus brutaux les uns que les autres lui faisait un bien fou. Sans compter que ses deux adversaires et compagnons d'armes étaient des prodiges du kenjutsu, tout aussi doué que son coéquipier habituel. Les affronter en même temps n'était pas une mince affaire, et bien souvent, elle finissait par être débordée par leurs assauts.
Elle savait qu'en un contre un, elle avait facilement le dessus sur eux, mais ils partageaient une telle complicité qu'une fois alliés, ils la terrassaient sans réelle difficulté. Comme s'ils ne faisaient qu'un sur le terrain. Elle les enviait tellement. Elle chassa cette pensée de son esprit aussi vite qu'elle était apparue. Ce n'était pas le moment de s'apitoyer sur son sort. Genma lui manquait, c'était un fait, mais elle ne pouvait continuer à s'enliser dans sa tristesse.
— Surveille ta gauche ! la prévint Hayate.
En effet, Yûgao venait de surgir du sol, et fonçait sur elle, la lame dressée devant elle. N para une nouvelle fois son coup. Le choc fit vibrer ses muscles déjà endoloris. Un mouvement attira son regard sur sa droite. Hayate avait disparu. Où était-il passé ? Ses réflexes prirent le dessus et elle déclencha son bouclier par automatisme. Le résultat ne tarda pas. Une onde de choc se propagea dans son dos, accompagné d'un juron sonore.
— C'est pas du jeu ça N ! Kof ! Kof !
— À la guerre comme à la guerre, gamin.
Faire mordre la poussière à un homme malade n'était peut-être pas la meilleure chose à faire, effectivement. Elle voulut l'aider à se relever, mais Yûgao s'était déjà précipitée pour aider son petit ami. N avait de la chance que la kunoichi aux cheveux violets l'apprécie. Si quelqu'un d'autre avait traité Hayate de cette façon, elle se serait fait un plaisir de lui trancher la gorge.
— On s'arrête là ? proposa la jeune femme.
Ses deux adversaires acquiescèrent. Se battre contre la kunoichi n'avait rien d'une partie de plaisir pour eux, elle était redoutable. D'ailleurs, ils comprenaient enfin pourquoi l'escouade de Genma était considérée comme l'une des meilleures du village. Les affronter tous les trois ensembles relevait plus du suicide que d'autre chose.
Un silence pesant s'insinua entre eux alors que Yûgao s'évertuait à soigner les blessures de son compagnon. N n'était pas encore assez à l'aise avec eux pour pouvoir leur parler comme elle le faisait avec Kakashi ou Lyra. Ou comme à Raido et Genma.
— Tu as eu des nouvelles d'eux ? demanda Hayate, non sans tousser une nouvelle fois.
Elle n'avait pas besoin de lui demander de qui il parlait, elle le savait très bien. Comme à chaque fois qu'on évoquait ses coéquipiers devant elle, son dos se courba et un voile triste vint obscurcir son regard.
— Rien du tout. Impossible de savoir où ils sont passés depuis que notre mise à pied a été levée.
Hayate échangea un regard entendu avec la femme qu'il aimait. Raido était venu les trouver le jour de l'annonce de l'examen des chunnins pour leur demander de veiller sur N. Depuis, eux non plus n'avaient pas eu de nouvelle des deux jonins.
— Il s'est passé quelque chose entre Genma et toi n'est-ce pas ?
C'était Yûgao qui s'était enfin décidée à poser cette question qui lui brûlait les lèvres depuis ce jour-là.
— Oui.
Elle ne rajouta rien de plus. La blessure était encore trop fraîche.
— Ce n'est pas un homme rancunier. Ça finira pas s'arranger, ne t'inquiète pas, et puis, si ça ne s'arrange pas d'ici-là, c'est bientôt son anniversaire. Peut-être pourriez-vous vous réconcilier à cette occasion ?
— Pas con.
Elle laissa ses pensées divaguer. L'anniversaire de Genma était-il vraiment une solution ? Elle ne savait quoi en penser réellement. Il y avait peu de chance qu'un simple cadeau puisse suffire à les réconcilier après tout ce qu'ils s'étaient dits. Elle laissa s'échapper un soupir désespéré. Elle n'avait qu'une hâte : repartir en mission pour occuper un peu son esprit.
— On va devoir te laisser. J'ai été choisi pour aider à l'organisation de l'examen chunnins, et il faut que je passe à l'hôpital avant d'aller voir l'Hokage.
— Les médics-nin ont trouvé du nouveau ?
— Toujours pas… Alors autant continuer à vivre comme je le fais déjà, me priver sans savoir ce que j'aime vraiment, ça me mènera à rien.
Le regard inquiet que lança Yûgao à son compagnon n'échappa pas à N. Elle n'osait imaginer ce que ça pouvait être de voir l'homme que l'on aimait s'éteindre à petit feu.
Le couple la salua quelques minutes plus tard, la laissant seule avec ses réflexions. Alors que le soleil atteignait son zénith, elle se décida enfin : elle devait trouver un cadeau pour son chef d'escouade.
-o-
Genma passa la porte principale du village avec un certain soulagement. Revenir au village après dix jours de mission était toujours satisfaisant. Surtout quand la mission avait été horriblement épuisante. Sa bonne humeur ne dura pas longtemps, Raido venait de passer la porte lui aussi, accompagné par l'autre.
L'autre, c'était une jeune fille du nom de Tamako. Une chunnin promue lors du précédent examen et dont la spécialité était les jutsus de soin. Enfin, spécialité était un bien grand mot dans le cas de la kunoichi. Elle n'avait pas un centième du talent de Lyra ou de N. Le bandage qu'il portait autour du bras depuis six jours en était le témoignage.
La seule chose dans laquelle Tamako excellait réellement, c'était lorsqu'il s'agissait de s'aimer. Jamais il n'avait rencontré une personne avec un égo aussi développé que le sien. Doublé au narcissisme dont elle faisait preuve à tout instant, cela donnait la femme la plus prétentieuse qu'il lui ait été donné de fréquenter. Chaque mot, chaque phrase qu'elle prononçait, était une ode à sa propre personne.
Il ne comprenait toujours pas pourquoi on lui avait imposé cette gamine pour leur mission. C'était N leur coéquipière, et personne d'autre. Même s'il ne pouvait nier qu'il redoutait le moment où il la reverrait. Elle lui manquait. C'était indéniable. Il passait rarement plus de deux minutes sans avoir une pensée pour elle, et ce, malgré leur dernière dispute. Il lui en voulait encore, mais il savait que ce n'était que passager.
— Gen-chou !
Que quelqu'un fasse taire cette femme. Elle n'avait pas arrêté de couiner depuis le début de leur mission. Entre les surnoms ignobles dont elle les avait affabulés, Raido et lui, et ses plaintes incessantes, il avait dû se retenir plusieurs fois de l'assommer. Comment une telle femme avait-elle pu devenir une chunnin ? En fait, comment avait-elle pu ne serait-ce que devenir une kunoichi ?
Ils venaient d'entrer dans la rue marchande de Konoha lorsqu'elle lui barra le passage. Le pire, avec elle, c'était sa réserve d'énergie. Elle ne s'arrêtait jamais. Elle croisa les bras devant lui, secouant ses cheveux.
— Tu m'écoutes oui ?
— Je n'ai pas le choix apparemment, constata Genma avec un air narquois.
— Arrête d'être aussi grognon Gen-chou !
— Arrête de m'appeler comme ça.
Elle s'esclaffa devant lui. L'idée de l'encastrer dans le mur de la librairie en face d'eux effleura l'esprit du jonin.
— Seulement quand tu m'auras répondu !
— À quoi ?
— Tu vas être sympa dans ton rapport hein ? Je sais que j'ai fait des bêtises, mais faut pas le dire au vieux Hokage…
Et voilà qu'elle lui demandait de mentir dans un rapport officiel. Cette femme n'avait donc aucune limite ?
— Si Genma ment dans un rapport, il risque gros. Ça peut lui coûter son poste de chef d'escouade, répondit à sa place Raido.
— C'est pas grave ça ! Il n'y aura que nous trois au courant de toute façon !
Genma manqua de cracher son senbon. Depuis quand les ninjas se permettaient-ils ce genre de chose ? Peut-être était-ce dû à son jeune âge ? Il secoua la tête, consterné. Non, ça ne pouvait pas être ça. Elle était certes jeune, moins d'une vingtaine d'années, mais cela ne justifiait pas sa stupidité et son égoïsme.
Le pire arriva lorsqu'elle se mit à se dandiner devant lui. Qu'espérait-elle ? Le séduire ? Il aurait pu exploser de rire si la scène n'avait pas été aussi absurde et gênante. Une gamine, de dix ans sa cadette, qui remuait ses formes sous son nez... Il hésitait sincèrement entre le dégoût et le mépris.
Elle était belle. C'était quelque chose qu'il ne pouvait pas nier. Lorsqu'elle avançait vers lui, ses mèches noires corbeau dansaient au rythme de ses pas. Dans ses yeux émeraude brillaient une lueur de désir alors que son visage d'ange prenait un air aguicheur. Sa forte poitrine se balançait sous ses yeux.
Tout ça le rendait terriblement mal à l'aise. Il n'avait aucune envie de passer pour un pervers à cause d'une gamine qui s'agitait devant lui en pleine rue marchande. Il avait d'ailleurs déjà remarqué les regards de certains hommes qui s'arrêtaient sur le corps de sa nouvelle coéquipière, et qui, ensuite, le fixait avec un air entendu. Répugnant.
Le clou du spectacle arriva alors qu'il restait de marbre devant la représentation. Sans prévenir, elle passa sous garde et vînt se pendre à son cou, rapprochant dangereusement son visage du sien. Les joues du jonin devinrent rouges de honte. Elle n'avait donc aucune tenue ? Le pire arriva lorsqu'il entendit la voix de Raido s'élever :
— Et merde… s'était exclamé le balafré, inquiet.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Genma. Puis, en s'adressant à Tamako, il ajouta : Mais lâche-moi, toi !
Il tenta de repousser la jeune fille, mais celle-ci restait bien accrochée à lui, riant aux éclats devant sa colère. Au bout d'un moment, il se décida à relever les yeux, malgré le poids mort pendu à son cou. Il vit enfin ce que Raido tentait de lui montrer depuis deux bonnes minutes, et jamais il n'eut autant envie d'enterrer Tamako vivante.
-o-
N régla son achat, heureuse d'avoir enfin trouvé le cadeau qui lui convenait. Ce n'avait pas été une mince affaire. Elle détestait se mêler à la foule de la rue marchande, bien plus habituée à sauter de toits en toits pour se déplacer dans le village qu'à arpenter les routes bondées.
L'idée de Yûgao lui avait finalement paru assez convaincante pour qu'elle se lance en quête d'un cadeau pour son chef d'escouade. Si elle trouvait la perle rare, elle était sûre que tout redeviendrait comme avant entre eux. La jeune femme voulait lui montrer une autre partie d'elle-même. Lui prouver qu'elle était capable de penser à autre chose qu'à elle-même. Surtout, elle voulait lui montrer l'importance qu'il avait dans sa vie. Elle savait maintenant qu'il ne l'aimait pas de la même façon qu'elle-même pouvait l'aimer – pourquoi l'aurait-il repoussée sinon ? – mais elle devait lui montrer que sa présence comptait à ses yeux. Même en tant que simple ami et compagnon d'armes.
Elle avait passé des heures entières à chercher une idée convenable et des jours entiers à arpenter toutes les échoppes et magasins du village. Lorsqu'elle était entrée dans cette librairie, elle avait directement su que ce qu'elle cherchait se trouvait dans ces rayonnages débordant de livres. L'endroit lui rappelait tellement l'appartement de Raido et Genma. Un cocon doux et apaisant dans lequel elle avait été ravie de se glisser.
L'air satisfait ancré sur son visage disparu au moment où elle sortit du magasin. Depuis quand avait-elle un aussi mauvais karma ? Cela faisait dix jours qu'elle cherchait à revoir ses coéquipiers, qu'elle se rongeait les ongles jusqu'au sang à force de s'inquiéter. Dix jours qu'elle se demandait si leur escouade avait été démantelée. Dix jours qu'elle se demandait comment arranger la situation entre Genma et elle…
Voilà qu'elle avait toutes les réponses à ses questions de la pire manière possible.
Face à elle, trois personnes s'agitaient, attirant les regards de la foule. Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour en reconnaître deux d'entre elles. Un homme balafré avec un air grognon et un homme coiffé d'un bandana avec un senbon dans la bouche. Ses coéquipiers. L'un de ses plus proches amis, et l'homme qu'elle aimait. Raido et Genma.
Accompagnés d'une autre kunoichi. Ils étaient tous les trois couverts de poussière. C'était comme ça qu'elle put en déduire qu'ils rentraient d'une mission. D'une mission qu'ils avaient effectués ensemble. Sans elle. Son mauvais pressentiment était donc juste : elle avait été exclue de leur escouade, sûrement à la demande de Genma. Cela fût confirmé lorsqu'elle remarqua comment se comportait la jeune femme avec eux.
La beauté et la grâce qui se dégageait d'elle frappa N. Elle aurait tant aimé ressembler à une femme comme elle. Plus jeune, plus voluptueuse. Elle se sentit tellement terne avec sa peau pâle et ses cheveux blancs à côté d'une femme si bien faite.
Genma semblait partager son avis, vu la façon dont il la fixait pendant qu'elle se déhanchait devant lui. Voir son chef d'escouade rougir devant une autre qu'elle donna la nausée à la médic-nin. Il n'avait pas perdu de temps pour la remplacer. Encore une autre preuve pour confirmer qu'il n'avait jamais partagé ses sentiments, malgré tous les sous-entendus qu'il avait pu lui faire.
« Il t'aime trop pour ne pas le faire ». C'était ce que lui avait dit Raido. À croire que même lui s'était totalement leurré sur son meilleur ami. Genma n'en avait rien à faire d'elle. Elle n'était qu'une femme parmi tant d'autres à ses yeux.
La goutte d'eau qui fit déborder le vase vint lorsque la femme se jeta au cou de son coéquipier et que celui-ci ne prit pas la peine de l'éviter. Il se contenta de rougir encore plus, comme un adolescent en manque d'amour et de sensation forte.
Des larmes envahirent sans prévenir les joues de N. Un véritable torrent d'eau salée qui traçait un sillon à travers sa peau d'albâtre. Elle ne parvenait plus à les arrêter. Peut-être les avait-elle retenues trop longtemps ? Depuis presque un mois, elle se sentait à bout de force mentalement, prête à exploser à la moindre contrariété. Depuis que Genma l'avait rejeté. Pourquoi se sentait-elle aussi mal ? Elle avait déjà compris que ses sentiments n'étaient pas partagés. Que tout ce qu'elle avait cru voir n'était qu'une illusion. Alors pourquoi avait-elle l'impression qu'on venait de lui arracher le cœur ? Qu'il lui avait arraché le cœur ou qu'il s'amusait à planter des senbons un par un dedans. Le résultat était le même de toute façon : elle souffrait à cause d'un homme. Cela était bel et bien la preuve que ça ne servait à rien de se mêler aux autres…
Elle aurait voulu s'éclipser discrètement. Faire comme si elle n'avait rien vu, comme si rien ne s'était passé. Surtout, elle aurait voulu retourner six mois en arrière, avant qu'elle ne s'attache à lui. Avant qu'elle ne se rende compte que chacun de ses sourires la réconfortait comme nulle autre chose. Elle aurait voulu pouvoir se persuader que tout ça n'était jamais arrivé, et qu'elle faisait encore équipe avec Kakashi, comme au bon vieux temps.
Elle n'avait jamais été très chanceuse cependant, et avant même qu'elle ait pu tourner les talons et s'enfuir sans que les trois ninjas ne la remarquent, Raido leva la tête vers elle. N le vit prononcer quelques mots, sans réussir à distinguer ce qu'il disait vraiment. Genma lui répondit, mais ne réagit pas immédiatement, trop occupé à batifoler avec sa nouvelle conquête.
La jeune femme profita de cette occasion pour s'éclipser.
-o-
Genma vit une longue chevelure blanche quitter son champ de vision. N. N était là, et elle avait vraisemblablement vu toute la scène qui venait de se dérouler. Cette pensée l'horrifia. Qu'en avait-elle déduit ? L'effroi qui venait de l'envahir dû se lire sur son visage puisque Tamako daigna enfin le lâcher.
— C'était qui cette femme ? demanda-t-elle.
— Tu l'avais vu ?
Il avait posé cette question en redoutant la réponse.
— Bah oui. Elle nous fixait depuis cinq bonnes minutes. Ça aurait été difficile de pas remarquer femme aussi hideuse, on dirait un fantôme !
Il s'imagina en train de lui trancher la gorge. Une vipère comme elle ne méritait rien d'autre.
— Ne me dis pas… commença-t-il.
— Genma ! Perds pas de temps et va rattraper N ! le coupa Raido. Je m'occupe d'elle.
Le regard que le balafré porta sur leur jeune coéquipière le fit frissonner. Il acquiesça avec reconnaissance avant de grimper d'un bon sur le toit le plus proche. Sa chevelure blanche présentait l'avantage d'être facilement repérable en plein jour, alors que le soleil brillait. Il en repéra très vite l'éclat caractéristique, loin devant lui. N aussi avait choisi de grimper sur les toits pour s'éloigner au plus vite. Un réflexe typique de ninja, songea-t-il. Il accéléra pour la rattraper, manquant plusieurs fois de glisser et de tomber.
Après plusieurs minutes de course-poursuite, il parvint enfin à s'approcher d'elle. Il tendit le bras et par miracle, il attrapa sa main, la forçant à s'arrêter.
— N ! S'il te plait !
Elle se tourna vers lui. Ses yeux étaient rouges et brillaient de colère. Des larmes continuaient de couler sur ses joues. Pourtant, ce fût d'une voix maîtrisée qu'elle lui répondit :
— Lâche-moi.
— C'est pas ce que tu crois ! Je…
— "Tu" quoi ? Vas-y continue. Dis-le ! Dis que je ne suis qu'une pauvre conne d'avoir cru que mes sentiments étaient partagés ! Dis qu'il ne t'a fallu qu'une petite journée pour me remplacer dans l'escouade ! Et puis merde ! cria-t-elle.
Elle perdit son calme et déclencha son bouclier. Genma fut projeté loin d'elle, s'écrasant contre un mur. La jeune femme en profita pour s'éloigner le plus vite possible, en quête d'un endroit où elle pourrait enfin oublier tout ce qui venait de se passer.
Genma resta sonné pendant de longues minutes. Il mit du temps à réaliser ce qu'il venait de se passer et d'en prendre la pleine mesure. Lorsqu'il parvint à se ressaisir, N était déjà loin, et lui, il venait de perdre définitivement la femme qu'il aimait.
AAAAAAAAh je déteste ce chapitre T.T En l'écrivant, j'arrêtais pas de me dire "mais pourquoi tu les fais se disputer, c'est horrible !" ...
Enfin bref, avec un peu de chance, ils finiront par se réconcilier !
Je profite de ce blablatage de fin de chapitre pour remercier encore une fois Erenaki pour son soutien et ses reviews :)
D'ailleurs, n'hésitez pas en laisser hein, c'est toujours cool d'avoir de retour ! Et c'est plus facile de se motiver à écrire quand on sait ce que les gens pensent de notre histoire ^^"
À bientôt,
Ney'
