Chapitre 14 : Bouleversement
Observant Genma, Raido se sentit soulagé. Son meilleur ami, occupé à dévorer son bol de céréales matinal, semblait avoir repris du poil de la bête depuis son anniversaire. Il s'était attendu à le retrouver encore plus déprimé qu'avant, surtout après avoir reçu le cadeau de N, mais il n'en était rien. Le jonin au senbon ne replongeait pas dans la mélancolie qui l'avait hanté depuis le départ de la jeune femme.
— Tu ne veux pas arrêter de me fixer comme ça ? proposa Genma.
— C'est juste que ça me consterne de voir que tu avales encore ses horreurs, prétexta le balafré.
— Tu devrais essayer, ça te rendrait peut-être moins grognon le matin.
— L'hôpital qui se fout de la charité ça.
Lui rappeler le comportement agressif qu'il avait eu ses derniers jours… C'était bas comme attaque, mais Genma ne l'avait pas volé.
— Désolé pour mon comportement, je n'ai pas été très agréable.
S'excuser était la meilleure des choses à faire dans ce cas-là. Il regrettait sincèrement le calvaire qu'il avait fait vivre à Raido.
— C'est le moins qu'on puisse dire, mais t'inquiète. Je ne t'en veux pas.
— Merci. Au fait… Tu ne m'as toujours pas raconté comment s'était passée ta soirée avec Lyra.
Raido lui lança un regard surpris. Que voulait-il dire par là ?
— Comment ça "ma soirée avec Lyra" ?
— Je parle du soir de mon anniversaire. Vous aviez l'air plutôt proche, ajouta Genma avec un grand sourire taquin.
— Bouffe tes céréales au lieu de te faire des idées. Je te l'aurais déjà dit s'il s'était vraiment passé quelque chose.
"J'espère bien" voulut ajouter Genma, mais son attention fut détournée par un oiseau qui tapait à la fenêtre de la cuisine. Étonnant, Raido et lui ne devaient pas repartir en mission avant plusieurs jours. Le balafré s'avança vers l'animal et ouvrit lentement la fenêtre, de manière à ne pas le faire fuir. Puis, le recueillant entre ses mains, il leva un visage sombre vers son meilleur ami.
— Mauvaise nouvelle.
Le regard interrogateur de Genma se posa sur la patte de l'oiseau. Celle-ci était entourée dans long ruban noir, qui n'était utilisé que dans une seule circonstance. Quelque chose de terrible avait dû se passer pendant la nuit.
Genma se leva d'un bon, sans prendre la peine de finir son petit-déjeuner. Il n'y avait pas de temps à perdre, Raido et lui devaient se mettre en route. Il ajusta son bandana et fit signe à son coéquipier de le suivre, enjambant le rebord de la fenêtre pour passer par les toits. Ils ne mirent que quelques minutes avant de rejoindre la demeure du Hokage. Un chunnin leur indiqua l'endroit où avait lieu la réunion. Vu la salle utilisée, les deux hommes purent en déduire que l'affaire ne concernait que les jonins. Cela ne valait vraiment rien de bon.
Toute la fine fleur des ninjas de Konoha était là. Installés sur des coussins, ils attendaient que le Hokage et ses deux conseillers prennent la parole, inquiets. Ce genre de réunion était extrêmement rare. Raido ne parvenait même plus à se rappeler quand avait eu lieu la dernière.
Il se trouvait au premier rang, à côté de Genma et Aoba. La mine sombre de Sarutobi n'inspirait rien de bon. Sans compter que le regard de ce dernier revenait régulièrement sur lui. Avait-il quelque chose à voir avec tout ça ? Il ne comprenait pas. Enfin, alors que tout le monde était enfin installé, le Hokage prit la parole, l'air fatigué :
— Je n'irai pas par quatre chemins. Je dois vous annoncer la perte de l'un des nôtres.
Un murmure paniqué s'empara de l'assemblée. De qui parlait-il ? Chacun regardait autour de lui, tentant de repérer les absents, mais il était difficile d'en savoir plus, la plupart des jonins étant affectés à des missions hors de Konoha.
Raido vit clairement la tension qui s'était emparé de Genma. Il savait très bien ce qu'il ressentait. Tout comme son meilleur ami, il redoutait qu'on leur annonce la mort de N. Il songea cependant que jamais les jonins n'auraient été réunis de cette façon-là si c'était bien de la jeune femme dont il s'agissait. C'était triste de voir ça sous cet angle, mais il s'agissait de la pure vérité. N était encore loin d'être acceptée dans le village, même par ses pairs. Surtout par ses pairs…
— Hayate Gekkô a été retrouvé mort ce matin, fit le Hokage après avoir pris une longue inspiration.
Raido ferma les yeux. Hayate. Il n'avait pas imaginé une seule seconde que cela puisse être lui. Celui à qui il avait enseigné tout son art. Le meilleur élève qu'on pouvait rêver d'avoir. Un véritable génie du kenjutsu, vif d'esprit et travailleur. L'un de ses plus proches amis aussi. Combien de soirées avaient-ils passées ensemble à refaire le monde ? Rêvant d'un monde sans guerre, sans maladie, sans cicatrice.
Il était mort. Ce n'était pas sa maladie qui l'avait tué, il en était persuadé. Pourquoi rassembler les jonins si cela avait été le cas ?
— Hein ? Hayate ? s'exclama Kakashi, surpris.
— Son corps a été retrouvé pendant une patrouille ce matin, dans le quartier Est du village, près du vieux temple.
Le murmure enfla, chacun allant de son petit commentaire. Tous étaient choqués. Tuer Hayate était loin d'être quelque chose de simple. Qui que soit le responsable, cela ne prédisait rien de bon pour la suite. Une voix, plus forte que les autres, s'éleva dans la salle :
— C'est un coup d'Orochimaru ? demanda Anko.
— Évitons les conclusions hâtives, suggéra Kakashi. Peut-être avait-il enfin repéré Kabuto ? En tout cas, la seule chose dont on peut être sûr, c'est que Orochimaru projette quelque chose de son côté…
Reprenant enfin ses esprits, Raido se redressa pour intervenir dans la discussion :
— Il faut interrompre l'examen, tant qu'Orochimaru…
— Non ! le coupa Sarutobi. Il a menacé le village de représailles en cas d'annulation de l'examen, lorsqu'il a révélé son identité dans la forêt. Cet examen est l'unique occasion pour les shinobis de l'alliance de se réunir !
— Et alors ? lui opposa Homura, le vieux conseiller.
Raido ne put retenir un rictus amusé. Il fallait que l'un de ses proches meure pour que Homura et lui soient sur la même longueur d'onde. Annuler l'examen était la seule chose à faire. À la fois pour protéger le village et ses habitants, mais aussi pour limiter les pertes. En annulant l'examen, ils pourraient se consacrer à la bataille et prendre les devants, au lieu de rester dans l'attente d'une possible attaque et de disperser leur force. Il s'apprêtait à reprendre la parole, mais fut coupé une nouvelle fois par Sarutobi :
—Orochimaru est assez puissant pour renverser un petit royaume. En quittant le pays du Feu, il a attiré l'attention de toutes les provinces. Si l'on prend en compte le fort ressentiment qu'il a envers Konoha et le fait que tout le monde est prêt à l'accueillir à bras ouverts, nous devions nous méfier de ses actions.
— Eh bien qu'attendons-nous ? s'emporta Raido. Les pays de l'alliance pactisent avec Orochimaru, nous allons être poignardés dans le dos ! Hayate n'est que le commencement…
Comme il s'en doutait, Sarutobi n'avait rien à répondre à ça. Il était dans le vrai, les risques de trahison de la part d'un des pays engagés dans l'alliance était immense. S'ils ne se protégeaient pas maintenant, les pertes seraient terribles.
— Les promesses n'engagent que ceux qui y croient, malheureusement. C'est monnaie courante dans le monde des ninjas, affirma Kakashi, fataliste.
— Le fait est que nous disposons de trop peu d'informations. Il ne faut pas soupçonner à tort et à travers.
— Nous avons demandé à nos services de renseignements de collecter des informations dans chaque pays. Il est très dangereux d'agir trop précipitamment, ajouta Koharu, la vieille chouette du conseil.
Sarutobi se leva, décidé à conclure cette réunion :
— J'ai une confiance totale envers vous. Lorsque le moment viendra, j'ordonnerai la mobilisation générale et nous nous battrons fièrement !
Certains applaudirent ce final, fier de leur Hokage. Genma et Raido se contentèrent d'échanger un regard blasé. Une fois de plus, les ninjas allaient être les victimes d'une guerre qui les dépassait. Combien allaient perdre la vie dans ce conflit qu'il était pourtant encore possible d'arrêter ?
— La réunion est terminée. Raido, Genma, j'aimerais vous voir.
Genma se força à juguler son inquiétude. C'était rarement bon signe quand Sarutobi les convoquait de cette façon. Ils attendirent que les autres jonins s'éclipsent, restant assis sur leur coussin respectif. Enfin, Sarutobi repris la parole :
— Raido, tu as été désigné comme mon garde du corps lors de l'épreuve finale.
— Seulement moi ?
— Tu es le mieux placé pour ça, et on ne peut se permettre de consacrer plus de personnes à ma protection.
— Sauf votre respect, l'intérêt de mon rôle de garde du corps réside dans notre trio avec Genma et Iwashi. Dans l'idéal, il faudrait également N pour compléter totalement notre formation.
Raido pouvait se montrer redoutable lorsqu'il s'agissait d'obtenir des informations. Genma savait très bien qu'il n'avait aucun espoir de faire changer d'avis Sarutobi. Tout ce que voulait Raido, c'était des renseignements sur N.
— Iwashi est déjà affecté autre part, et le mettre en première ligne n'est pas une bonne idée. N ne sera certainement pas revenue de mission à cette date-là. Quant à Genma…
— Oui ?
— Tu vas reprendre le rôle de Hayate, tu seras l'arbitre de la troisième épreuve. La jeune Tamako sera présente pour t'assister.
Le regard du jonin s'assombrit. Entendre ce nom lui donnait des envies de meurtres.
— Non, se contenta-t-il de dire.
— Non ?
— Vous pouvez m'envoyer en première ligne et me faire arbitrer ce foutu tournoi si ça vous chante, mais si vous me faites travailler avec cette sorcière, je préfère déserter.
La menace n'était pas une menace faite en l'air, tout le monde en avait conscience autour de lui. La haine qui suintait de ses paroles en était bel et bien la preuve.
— Dans ce cas-là, tu seras seul sur le terrain et tu devras te charger de l'organisation seul également.
Il acquiesça, se doutant de ce retour de bâton, sans pour autant regretter sa menace. Il préférait ça à l'obligation de revoir cette femme. La haine qu'il ressentait pour elle semblait sans limite. Il restait persuadé qu'aucun de ses gestes n'avait été fait par hasard et qu'elle avait été parfaitement consciente de la discorde qu'elle allait créer dans leur escouade.
— J'ai une dernière chose à demander, Maître Hokage, commença Raido.
— Je t'écoute ?
— Yûgao a-t-elle été prévenue ?
Un silence de mort s'abattit sur eux. Annoncer la mort d'un ninja à ses proches était toujours une épreuve délicate, dont personne n'avait envie de se charger.
— Elle est encore en mission pour les trois prochains jours. Elle sera informée de la mort d'Hayate à son retour.
— J'aimerais m'en charger. S'il vous plaît, ajouta le balafré.
— Très bien. Je te ferais prévenir de son retour. Veuillez nous laisser maintenant.
Genma et Raido sortirent en silence et rejoignirent leur appartement, la mine sombre. Une fois installé dans le salon, Genma se décida à demander à son meilleur ami :
— Ça va aller ?
Raido avait toujours été le plus proche de Hayate, le considérant presque comme un petit frère.
— Bof. Ce genre de chose, c'est toujours difficile à accepter de toute façon. Je pense surtout à Yûgao, elle va être anéantie…
— Tu es sûr de vouloir lui annoncer toi-même ?
— Oui. Je lui dois bien ça. De ton côté, tu devras l'annoncer à N lorsqu'elle sera de retour. Il faisait partie des rares à l'avoir accepté ici.
— Tu penses vraiment que c'est à moi de lui en parler ? Elle me déteste…
— Tu sais très bien que c'est faux. Quand elle reviendra, il faudra que tu prennes ton courage à deux mains et que tu mettes les choses au point avec elle, cette situation ne peut plus durer.
— En espérant qu'on survive au massacre que va être cet examen, grogna Genma.
— Il nous en faut plus pour nous arrêter qu'un misérable serpent cherchant vengeance.
Raido tenta de sourire pour motiver son meilleur ami, mais la peine qu'il ressentait était encore trop forte. Perdre Hayate, c'était perdre une partie de lui-même.
-o-
Yûgao eut un soupir de soulagement en passant la porte du village en compagnie de ses coéquipiers. Cette dernière mission avait été épuisante. Elle ne rêvait que d'une seule chose : prendre un long bain puis se réfugier dans les bras de son amant, Hayate. Malgré le temps qui passait, rester loin de lui pendant plusieurs jours restait toujours aussi difficile que lors des premiers mois de leur relation.
Elle n'était pas une grande romantique pourtant. Peu lui importait les démonstrations d'amour, les présents ou les déclarations. La présence de Hayate est simplement nécessaire à son bien être. Elle lui répétait souvent d'ailleurs. À chaque fois que l'un d'eux devait s'absenter pour une mission.
Être un couple de ninja en service n'avait rien de simple. Outre le regard pesant des grandes instances du village, qui considérait souvent ça comme problématique, il fallait réussir à consigner les arts ninjas avec la douceur d'une relation. Sans compter l'inquiétude constante que l'un d'eux soit blessé. Ou pire.
Elle devait avouer que la maladie de son compagnon la soulageait d'une certaine façon. Depuis que le Hokage s'en était rendu compte, Hayate n'avait pas été envoyé sur des missions trop dangereuses. Ça lui faisait une source d'inquiétude en moins. Elle n'osait cependant pas lui en parler, de peur de le vexer. Sa fierté de ninja en prendrait un coup s'il était au courant de ce genre de pensées.
Pourtant, c'était plutôt mal placé de sa part de songer à ce genre de chose. En tant que membre de l'Anbu, elle prenait bien plus de risques au quotidien que son compagnon. Elle lui parlait rarement de ses missions d'ailleurs, de peur qu'il s'angoisse trop pour elle. Les rares fois où elle lui racontait, elle se débrouillait pour lui faire croire qu'elle n'avait jamais été vraiment en danger.
Hayate n'était pas dupe pour autant. Elle le savait très bien. Elle le lisait dans son regard à chaque fois qu'elle partait sur le terrain. Il était terrifié à l'idée de la perdre et c'en était de-même pour elle.
Elle était tellement pressée de le retrouver qu'elle en sautillait presque sur place, provoquant des rires consternés chez ses coéquipiers.
— Au moins, on sait que l'un d'entre nous va passer une bonne soirée ce soir, n'est-ce-pas ? fit le plus jeune.
Cela ne manqua pas de faire rougir la jeune femme. Heureusement pour elle, elle portait encore son masque de chat, dissimulant ses changements de teintes intempestifs.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, tenta-t-elle de prétendre.
— Tu crois peut-être qu'on ne te voit pas sautiller et être toute joyeuse ? répondit l'homme, moqueur.
Elle haussa les épaules. Il ne pouvait pas comprendre. La plupart des membres de l'Anbu n'avait personne dans leur vie. C'était même pour cette raison qu'ils s'engageaient dans cette section spéciale du village. L'Anbu, c'était pour ceux qui n'avaient déjà plus rien à perdre. Pas pour ceux qui voulaient fonder un foyer heureux. C'était ce que ses supérieurs lui répétaient souvent.
Alors qu'ils se dirigeaient vers le quartier général des Anbus, leur route croisa celle de Raido. Le jonin semblait attendre depuis longtemps, adossé au mur d'une petite échoppe, le visage fermé. Lorsqu'il les sentit se rapprocher de lui, il releva la tête, l'air désolé, et se dirigea vers eux.
— Je peux vous emprunter Yûgao ? demanda-t-il au chef de l'escouade.
Celui-ci acquiesça, sans ajouter quoique ce soit. Les Anbus parlaient rarement avec les autres ninjas du village. La jeune femme suivit le ninja balafré avec curiosité. Pourquoi tenait-il tant que ça à lui parler alors qu'elle rentrait à peine de mission ?
Il l'entraîna dans un petit parc désert qui se trouvait non loin de là. Il était encore bien trop tôt pour que des enfants viennent l'envahir de leurs cris.
— Raido ? Tu comptes me dire ce qu'il se passe ? Pourquoi…
Elle laissa sa phrase en suspens alors qu'il la regardait enfin dans les yeux. Son regard noisette était embué de larmes. Depuis qu'elle le connaissait, c'était la première fois qu'elle le voyait dans cet état.
— Il est arrivé quelque chose à N ? Ou à Genma ? s"inquiéta la jeune femme.
Elle ne voyait que ça qui puisse affecter autant le jonin. Ou plutôt, elle préférait ne voir que ça. Son cœur rata un battement lorsqu'il secoua la tête en signe de dénégation.
— Yûgao… Je suis désolé…
La peur vint l'étreindre. Terrifiante. Elle ne voulait pas entendre la suite.
— Hayate… Il est…
— Non ! s'emporta-t-elle.
Ça ne pouvait pas être ça. Elle le refusait. Elle ne voulait pas qu'il finisse sa phrase. Tentant de s'enfuir, elle sentit la main de Raido agripper la sienne. Lui qui était si mal à l'aise au moindre contact physique… Ça ne pouvait vouloir dire qu'une chose. Une chose qu'elle ne voulait pas envisager.
— C'est pas possible, gémit-elle.
— Je suis désolé, répéta Raido, désemparé.
Jamais il n'aurait pensé que ça allait être aussi dur de lui annoncer.
— Comment ?
Une simple question. Comme si cela était important. Comme si cela allait changer quelque chose au désespoir qu'elle ressentait en cet instant.
— Assassiner. On a retrouvé son corps, il y a trois jours. Je voulais te l'annoncer moi-même.
Elle essaya de se calmer. D'analyser posément ce qu'il venait de lui dire. Trois jours. Pendant sa première vraie mission depuis que le Hokage avait appris pour sa maladie. Une mission qu'elle l'avait suppliée de ne pas accepter. Il était encore trop fatigué pour retourner sur le terrain.
Non. Elle n'avait pas le droit de penser ça. On l'avait assassiné, il n'était pas responsable. Il avait dû se battre de toutes ses forces, comme n'importe quel ninja.
— Par qui ?
Peut-être qu'en connaissant le coupable, cela allait l'aider à assimiler ce qu'il s'était passé. Il était plus facile de ne pas craquer quand on avait quelqu'un à haïr de toutes ses forces.
— Nous ne savons pas. On a seulement quelques soupçons. Peut-être Kabuto, l'espion à la solde de Orochimaru. On a aussi retrouvé le corps d'un genin d'Oto près du sien. Les forces spéciales enquêtent encore.
Orochimaru. De tous les ninjas possibles, il fallait que ça tombe sur lui. Comme si elle était de taille pour lutter contre l'un des trois sennins. N'avait-elle même pas le droit à une simple vengeance ?
— Que compte faire l'Hokage ?
— Rien pour l'instant. Il refuse d'annuler l'examen par peur de représailles de la part d'Orochimaru. Tout le monde redoute la trahison d'un pays de l'Alliance en plus de ça.
Hayate était donc mort en vain si cela ne changeait rien à la situation. C'était peut-être la pire chose à savoir. Son sacrifice ne servait à rien.
Une première larme coula le long de sa joue. La seule et l'unique. Les ninjas ne pleuraient pas. C'était contraire au code. Pas d'émotion, pas d'attachement.
Pourtant, jamais elle n'avait eu aussi mal de sa vie. Hayate n'était plus là. Il l'avait laissée seule dans ce monde gorgé de sang et de haine. C'était comme si elle avait perdu une partie d'elle-même.
Raido resta assis près d'elle sans rien ajouter, tenant simplement sa main tremblante. Que pouvait-il dire de plus ? Il connaissait très bien la douleur qu'elle ressentait, il l'avait déjà vécue. Il était bien plus jeune à l'époque, mais la blessure était encore béante, quinze ans après. Alors il restait là, espérant qu'elle puisse retirer un quelconque réconfort de sa présence.
Les heures s'égrenèrent lentement sans qu'elle ne lâche sa main. Elle restait le regard dans le vide, sans réagir. La peine était trop grande pour qu'elle puisse l'assimiler.
— Tu veux rester chez Genma et moi pendant quelque temps ?
Une simple proposition qui venait briser le silence qui s'était installé entre eux.
— Non. J'ai besoin de rentrer chez nous… Faire le point. Seule.
Raido regarda la kunoichi, curieux. Il l'avait connu alors qu'elle n'était qu'une enfant, pleine de rêve et d'espoir. Une enfant innocente, bien trop douée dans les arts ninjas. Il l'avait vu évoluer aux côtés d'Hayate. Devenir plus forte, sans jamais faiblir. Pourtant, c'était la première fois qu'il remarquait la force de caractère dont elle faisait preuve. Lui-même avait toujours géré ses deuils en étant entouré des gens qu'il aimait. Il ne pouvait envisager de se retrouver seul avec ses pensées après la perte d'un être cher.
Il la raccompagna jusqu'à l'appartement qu'elle partageait avec Hayate et la laissa sur le pas de la porte, après l'avoir longuement serré dans ses bras.
Une fois Raido partit, Yûgao pris son courage à deux mains et passa la porte de l'appartement.
Il était vide de toute présence.
Qu'espérait-elle ? Que tout ça ne soit qu'une mauvaise blague ? Que Hayate apparaisse d'un coup au milieu du salon, un grand sourire sur les lèvres ? Qu'il l'enlace et qu'il la porte jusqu'à leur lit ? Qu'il lui murmure son amour ?
Elle secoua la tête. Tout ça, c'était fini. Plus jamais elle ne goûterait au plaisir de sa compagnie. Plus jamais elle ne pourrait se lover dans ses bras pour refaire le monde avec lui.
Il l'avait laissée seule.
Il n'était plus là.
Yûgao s'effondra. Ses larmes coulèrent enfin.
-o-
N s'étira longuement. Depuis combien de temps marchait-elle ? Depuis trop longtemps si elle se décidait à écouter ses muscles endoloris. Pourtant, elle tirait une certaine satisfaction à voir tout le chemin qu'elle avait parcouru. L'avantage de partir seule en mission consistait dans le fait qu'on pouvait s'imposer son propre rythme. Elle savait son corps bien plus résistant que celui de n'importe quel ninja, marcher plusieurs jours et plusieurs nuits sans s'arrêter ne lui posait aucun problème.
Sans compter que cette mission avait été horriblement ennuyeuse. Jamais elle n'avait eu de mission aussi longue avec aussi peu d'action. Pas un combat, pas une interaction. Seulement de l'espionnage distant. Elle avait détesté ça. Elle qui avait voulu s'occuper l'esprit en partant en mission… Ça avait été le contraire : elle avait eu tellement de temps pour cogiter qu'elle se sentait encore plus perdue qu'avant.
Une pensée s'était imposée à elle pendant ses nombreuses heures de réflexion. On ne l'avait pas envoyé sur cette mission pour rien. Une mission loin du village et de l'agitation de l'examen chunnin. N était persuadé que Sarutobi avait cherché à l'éloigner le plus longtemps possible de Konoha. D'une certaine façon, elle le comprenait. Sans la protection de Kakashi, trop occupé avec ses élèves, et sans celle de Genma et Raido, elle était devenue une cible facile. Tant de "touristes" mal intentionnés pouvaient se glisser dans le village sous prétexte de l'examen.
D'une autre façon, elle détestait que le vieil homme ait pris cette décision sans lui en parler auparavant. C'était en partie à cause de ce point de vue qu'elle s'était hâtée de rentrer à Konoha. Elle refusait d'être mise à l'écart à cause d'une prétendue faiblesse. Peut-être était-ce sa fierté de kunoichi qui la poussait à agir de cette façon…
Elle passa la porte principale de Konoha en début de matinée. Sa première réaction fût d'être étonné de ne pas y trouver Izumo et Kotetsu, deux chunnins inséparables qui y passaient la plupart de leur temps pour monter la garde. Elle fut déçue. Les deux hommes faisaient partie des rares ninjas avec qui elle pouvait avoir des discussions amicales. Après autant de temps seule en mission, elle se rendait compte que la présence de ses proches lui manquait.
Un homme qu'elle ne connaissait pas se plaça devant elle, lui barrant le chemin. Un chunnin du village, au vu de sa tenue.
— Le village n'accueille aucun visiteur pendant le déroulement du tournoi.
— Dégage de mon chemin.
Après autant de temps à marcher seule, elle n'était pas d'humeur à supporter les sarcasmes d'un ninja de seconde zone. Elle avait d'ailleurs remarqué que c'était souvent eux qui lui posait le plus de problème dans le village. Les genins, même si elle en côtoyait très peu, avaient tendance à la traiter avec un mélange de respect et de crainte. Les jonins, eux, considéraient presque qu'elle faisait partie des leurs et la laissait tranquille.
Manque de chance, Konoha comptait un nombre étonnant de chunnins, tous plus hargneux les uns que les autres…
— On n'accepte pas les étrangères ici, fit l'homme avec un air hautain.
Avait-il au moins conscience que jouer avec sa patience était une très mauvaise idée ?
— Je ne te le dirais pas une seconde fois, le menaça-t-elle.
L'homme eut un sourire torve. Il s'approcha d'elle, envahissant son espace vital. Il avait toujours détesté cette femme. Cet air hautain, qu'elle se donnait constamment parce que les meilleurs jonins du village étaient à ses pieds, lui sortait par les yeux. Que croyait-elle ? Ils se comportaient gentiment avec elle simplement pour pouvoir passer la nuit avec. Comme si d'aussi grand ninja que Shiranui, Hatake, ou même Namiashi pouvaient réellement apprécier une nukenin.
— Laisse-la passer Taichiro. Immédiatement, ajouta une voix derrière N.
La jeune femme ne se retourna pas. Elle n'en avait pas besoin pour savoir qui se tenait derrière elle.
— Namiashi-sama, nous ne pouvons pas la laisser pénétrer dans le village en cette période ! Elle est un danger pour tout le monde !
— Attaque-toi encore une seule fois à elle et je te colle un rapport pour non-respect d'un ordre direct. Avec l'ardeur dont tu fais preuve, tu devrais être un bon élément, une fois rétrogradé à l'administration.
L'administration de Konoha, le cauchemar de tout ninja en manque d'action.
Considérant l'incident clos, Raido continua :
— N, vient avec moi.
Elle le suivit sans poser de question, trop angoissée pour pouvoir parler. Elle ne s'attendait pas à tomber sur lui à peine rentrée au village.
Raido la conduisit dans une rue déserte, avant d'enfin daigner lui adresser la parole :
— Où est-ce que tu étais ?! Tu nous as fait une peur bleue ! Ça fait presque un mois qu'on ne t'a pas revu et qu'on avait aucune nouvelle !
Des reproches. Toujours des reproches. À quoi s'attendait-elle de toute façon ? Ça ne pouvait que se passer de cette façon.
— Je n'avais manifestement plus de coéquipier, alors je suis partie en mission seule.
Une pique aussi fine que fourbe. C'était le genre d'attaque verbale qu'elle avait appris à manier avec adresse aux côtés de Lyra. L'air désolé qu'afficha Raido sur son visage la surprit.
— Je… Je suis désolé N… On ne voulait pas partir en mission sans toi, je te le promets. C'est Sarutobi qui nous a forcé. Tu sais très bien que tu es irremplaçable…
Sa voix s'était faite suppliante. Si elle le rejetait maintenant, il savait qu'ils dépasseraient un point de non-retour. L'équilibre d'une escouade tenait à peu de chose. Les coéquipiers devaient avoir une confiance absolue les uns envers les autres. Si elle ne croyait pas ses explications, cela signerait forcément la fin de leur équipe.
Il tendit la main vers elle, doucement. Il ne tenait pas à se faire avoir une fois de plus par son bouclier. Le regard désemparé qu'elle lui lança le poussa à réduire la distance qui les séparait. Il la serra dans ses bras, incapable de se retenir.
— On a eu tellement peur pour toi gamine… On a vraiment cru qu'il t'était arrivé quelque chose à toi aussi, après autant de temps sans nouvelle.
— Mission d'espionnage sur le long terme. Excuse-moi d'avoir disparu sans prévenir personne…
Il fallut quelques secondes à la kunoichi pour remarquer un détail dans les paroles que Raido venait de prononcer.
— Attends… Comment ça "à toi aussi" ? Il s'est passé quelque chose ? Genma va bien ? s'inquiéta-t-elle.
Le jonin était partagé entre l'attendrissement qu'il ressentait en la voyant se soucier ainsi de leur chef d'escouade et la tristesse de la nouvelle qu'il s'apprêtait à lui annoncer. Même s'il avait affirmé à Genma que ce serait à lui d'en parler à la jeune femme, il se voyait mal lui cacher la situation dans lequel le village se trouvait.
— Genma va bien, mais il faut que je t'annonce autre chose. Il hésita avant de reprendre d'une voix plus douce : Hayate a été assassiné il y a deux semaines.
Le cœur de la jeune femme rata sans prévenir un battement, la faisant soudainement paniquer. Hayate ? Mort ? Comment était-ce possible ? Elle s'entraînait encore avec lui avant de partir en mission !
— Par qui ?
— Nous ne savons pas. Le déroulement de la seconde épreuve de l'examen a été perturbée par le retour d'Orochimaru, il a tué des genins et attaqué les gamins de Kakashi qui ont réussi à s'en sortir. On a aussi découvert un espion à sa solde dans le village. Deux semaines après, c'était au tour d'Hayate d'être éliminé...
— Attends, qui est ce Orochimaru ?
Raido soupira. Souvent, il oubliait que N n'était pas originaire de Konoha.
— L'un des trois grands sennins, aux côtés de Jiraya et de la Princesse Tsunade. C'est aussi le plus dangereux de tous les déserteurs du village.
N ferma les yeux quelques instants, cherchant à intégrer toutes ces informations. Raido, lui, enchaîna :
— Depuis, Sarutobi a décrété l'état d'alerte maximum. Tout le village est sur le qui-vive. La dernière épreuve à lieu aujourd'hui, et on craint que l'attaque ait lieu au même moment. La population va être évacuée dans moins d'une heure, c'est pour ça que les rues sont désertes.
— Et moi ? Je suis censée faire quoi dans tout ça ?
— Accompagne-moi à la demeure du Hokage, tu pourras faire ton rapport et prendre tes ordres.
— J'aurais mieux fait de dormir un peu plus ces derniers jours, grogna-t-elle, absolument pas enchantée par la tournure que prenaient les événements. Vous avez été affectés à quels postes toi et Genma ?
— Genma remplace Hayate à l'organisation et à l'arbitrage de la dernière épreuve. Quant à moi, je serais le garde du corps de Sarutobi.
— En première ligne donc…
— Exactement.
-o-
L'arène était pleine. Des touristes des quatre coins du continent étaient venus assister à la troisième épreuve. Genma n'avait jamais compris cet engouement pour l'événement. Que les seigneurs des pays et provinces et que les chefs des confréries se déplacent afin de juger la nouvelle génération lui paraissait normal. Cependant, voir des gens lambdas se déplacer pour observer des genins se battre lui semblait totalement inutile.
Les années précédentes, il avait pris soin de se tenir à l'écart de l'examen. Plus le temps passait, plus il voyait les ravages que faisaient les arts ninjas dans la vie des shinobis. Lui, et tous ceux de sa génération, avaient subis bien trop jeunes ces effets en étant envoyés sur les champs de batailles. Encourager la nouvelle génération à suivre la même route lui semblait être tout, sauf une bonne idée.
Six genins se tenaient déjà près de lui. Les trois gamins de Suna, et trois gamins de Konoha. Manquaient encore à l'appel les deux élèves de Kakashi. À croire qu'il avait déteint sur eux… Il manquait également Dosu Kinuta, l'unique genin du village d'Oto qui avait réussi à passer les précédentes épreuves. Les lambeaux de son corps avaient été retrouvés peu après la découverte d'Hayate.
Il ne restait plus que cinq minutes avant le début du tournoi lorsque Naruto débarqua en courant, à bout de souffle. Genma ne put empêcher son regard de s'attarder sur lui. Uzumaki. Le fils de Minato et de Kushina. L'hôte de Kyûbi, le démon à neuf queues… Il n'avait jamais su comment se positionner face à ce gamin. Souvent, il regrettait de ne s'en être jamais occupé et de temps en temps, il éprouvait de la haine sans borne pour la créature qui habitait en lui. Pourtant, le gamin n'était pas responsable des actes du monstre qu'il abritait.
Le secret qui entourait la naissance du blondinet l'empêchait aussi de trop s'en approcher. Il craignait de faire un lapsus révélateur sur ses origines. Ils étaient peu au village à connaître sa véritable identité après tout. Quelques membres du conseil, Jiraya-sama, Kakashi, Raido et lui. Les rares proches de Minato alors qu'il était Hokage…
Genma secoua la tête. Ce n'était pas le moment de rêvasser à un passé révolu. Il s'avança au milieu de l'arène, sous les cris d'une foule avide de sang. Il détestait ça. Les genins le suivirent, discipliné, et se mirent en ligne derrière lui.
Dans son dos, il sentait deux d'entre eux s'agiter. Pourquoi les enfants étaient-ils incapables de se tenir tranquillement pendant deux minutes ? Il ne se rappelait pas avoir été aussi agité à leur âge. Le visage de Gai s'imposa alors à son esprit. Son coéquipier avait été bien pire que ces deux-là, en y songeant.
— Arrêtez de regarder à droite et à gauche, les sermonna-t-il. Faites face au public !
Même s'il détestait le rôle d'arbitre qu'on lui avait attribué, il souhaitait présenter ces jeunes sous leurs meilleurs jours. Il savait très bien l'importance qu'avait ce tournoi pour les différents villages qui y participaient. Que tant de genin de Konoha soit arrivé à ce stade de l'examen était un bel avantage pour le futur du village. Il prit son inspiration avant d'ajouter d'une voix forte :
— Jeunes gens, c'est vous qui allez être acteurs de cette épreuve !
Puis, il fixa les tribunes, tentant d'apercevoir la loge des Kages. Il n'apercevait pas grand-chose de sa position. Seulement des silhouettes. À leur mouvement, il en déduisit que le Kazekage daignait enfin se montrer. Il vit une autre silhouette, plus grande que les autres, s'agiter près de l'Hokage. Raido sans aucun doute. Genma était inquiet pour son ami. Le poste de garde du corps que lui avait confié Sarutobi le mettait en danger et le ninja au senbon n'aimait pas ça. Si un conflit éclatait réellement pendant cette journée, il allait être le premier à en subir les conséquences.
Enfin, Sarutobi se leva de son siège et s'avança sur le bord de sa loge. Puis, gardant les bras derrière son dos et son éternel sourire satisfait, il déclama d'une voix puissante :
— Merci à tous d'être venus à Konoha pour assister à l'examen de sélection des chunnins ! Voici les huit concurrents qui ont triomphé des étapes précédentes.
Il fit une pause avant de reprendre :
— J'ai l'honneur d'annoncer l'ouverture de l'épreuve principale ! Appréciez le spectacle et restez bien jusqu'à la fin !
Genma dû retenir un rictus à l'entente de cette dernière phrase. Si son intuition se révélait juste, la fin de ce tournoi risquait d'être bien plus mouvementée que ce que les spectateurs attendaient. Constatant que Sarutobi n'ajoutait rien et qu'il retournait s'assoir, il fit face aux genins qui étaient derrière lui.
— Avant de commencer, je dois vous dire un mot…
Il sortit une feuille de sa veste. Un dessin représentait le déroulement du championnat qui allait avoir lieu. Chaque genins pouvait y retrouver son nom ainsi que celui de son adversaire.
— Il y a eu de légers changements. Vérifiez à nouveau qui sera votre adversaire.
Il y eut quelques exclamations chez les jeunes ninjas. La disparition du nom de Dosu ne les laissa pas de marbre. Genma cru cependant percevoir un air satisfait sur le visage du garçon aux cheveux rouges. L'un des genins de Suna, le favori, d'après ce qu'il avait pu apprendre. C'était lui qui avait gravement blessé l'élève de Gai. Son instinct lui dicta de le garder à l'œil autant que possible.
— Hep ! M'sieur, M'sieur ! s'excita Naruto.
— Oui ?
Le rejeton de Minato l'appelait "monsieur"... Genma se sentit soudainement trop vieux pour toute cette mascarade qu'était ce tournoi.
— Mon camarade Sasuke n'est pas encore là. On fait quoi ?
— Si un concurrent ne se présente pas à l'heure où début sa rencontre, il est déclaré perdant pas forfait.
Cette règle lui plaisait plutôt bien. Il n'aimait pas les gens constamment en retard. Et si des matchs étaient annulés, cela lui permettrait de rentrer plus rapidement chez lui.
— C'est la dernière épreuve pour vous illustrer et passer chunnin. Vous n'aurez pas d'autre chance. Compris ?
Les sept genins acquiescèrent silencieusement.
— Le cadre est différent, mais les règles sont les mêmes que lors de la phase éliminatoire que vous avez déjà passée, continua le jonin. Le combat se poursuivra jusqu'à la défaite ou la mort d'un des deux concurrents. C'est à moi qu'il revient de décider qui à gagner et je me réserve le droit d'interrompre le match à tout instant.
Il comptait bien faire usage de ce droit s'il se rendait compte que l'un de ses jeunes se retrouvait en danger de mort pendant ce tournoi. Aucun grade de ninja, aussi honorifique soit-il, ne valait une vie.
— Bien, pour le premier match, j'appelle Naruto Uzumaki et Neji Hyûga ! Ces deux-là restent. Les autres, vous vous dirigez vers la salle d'attente, en dehors de l'arène de combat.
Une tension palpable se dressait entre les deux genins. Genma se demanda bien pourquoi. Ils appartenaient au même village pourtant. Le rejeton Hyûga semblait bien sûr de remporter la victoire, alors qu'il provoquait le blondinet. Ses yeux blancs, typiques de son clan, avait quelque chose d'inquiétant, une détermination à humilier le plus longtemps possible son adversaire. Il dégageait une suffisance qui rappelait au jonin l'époque des Uchiha et de leur soi-disant domination sur le village.
— Que la première rencontre commence ! s'exclama finalement Genma, assez fort pour que toute l'arène et son public puisse l'entendre.
Voir Naruto combattre avait quelque chose de rafraîchissant aux yeux de Genma. Son style, assez brut, lui rappelait plus la manière de combattre de Kushina, que celle de Minato. Il tenait cependant sa ténacité de ses deux parents, cela ne faisait aucun doute. D'après les renseignements qu'il avait glanés çà et là, le blondinet avait été longtemps considéré comme un raté, même s'il s'était illustré pendant ses derniers combats.
Le fardeau qu'il portait ne devait pas l'aider à progresser facilement. Gérer son chakra était un exercice ardu pour beaucoup de ninja, alors gérer celui du démon renard devait être encore pire pour un gamin abandonné de tous.
Genma devait avouer qu'il était surpris du niveau général de ce combat. Entre la maîtrise étonnante du multiclonage de Naruto et le style sans défaut de Neji qui pratiquait à la perfection l'art de son clan, ils offraient un superbe spectacle pour quiconque savait regarder.
Neji était un véritable génie du combat, cela état indéniable. Vint donc rapidement le moment où il domina complètement l'affrontement. Genma avait rarement eut l'occasion de voir des Hyûga en action, aussi se permit-il d'observer le plus attentivement possible les meilleurs jutsus du gamin. Même un jonin pouvait apprendre des choses d'un simple genin.
Naruto se retrouva finalement au sol, incapable de se relever, et dans l'incapacité totale d'utiliser son chakra. Le combat était fini pour Genma, mais le jeune Uzumaki ne semblait pas vouloir abandonner puisqu'il se relevait, alors que Neji partait dans un laïus sur sa famille.
Genma ne l'écouta que d'une oreille. En tant que jonin, il était parfaitement au courant des dissensions qui avaient cours chez les Hyûga. Il fut cependant marqué par la stupidité dont faisait preuve Neji. Le gamin semblait persuadé que son avenir était déjà tracé, qu'on ne pouvait lutter contre le destin. Le genre d'idées qui sortaient par les yeux du ninja au senbon. Après tout, lui-même avait tournée le dos à son fameux "destin" pour pouvoir vivre comme il l'entendait.
— Trêve de parole ! Examinateur, je vais y aller avec l'intention de le tuer. Si vous voulez m'en empêcher, libre à vous.
— Tsss.
Un grognement excédé échappa à Genma. Pour qui se prenait ce gamin ? Si l'envie l'en prenait, il pouvait le mettre hors combat en quelque seconde… Ce genin faisait preuve d'un tel orgueil que s'en était navrant.
Par chance, Naruto ne semblait pas avoir dit son dernier mot. Il se concentra, plus déterminé que jamais. Soudain, une vague de chakra se fit ressentir dans toute l'arène, alors que ses blessures se guérissaient d'elle-même. De la même manière que celle de N, songea étrangement Genma. Il lui fallut qu'un instant pour comprendre que Naruto faisait appel au chakra de Kyûbi. Jamais Genma ne l'aurait cru capable d'un tel exploit.
Le combat reprit de plus belle, mais Naruto semblait le dominer largement cette fois-ci. Le gamin déployait une force phénoménale, Neji n'avait plus aucune chance contre lui, nota Genma. Il eut raison, puisque deux minutes plus tard, Naruto remportait l'affrontement haut la main.
Croire en la victoire, même lorsqu'on est malmené et penser à la manœuvre suivante. C'était comme ça qu'on changeait le cours du destin, et Naruto l'avait parfaitement compris. C'était si spontané chez lui…
— Le vainqueur est Naruto Uzumaki ! déclama finalement Genma, heureux de voir le blondinet triompher.
Alors que le gamin faisait un tour d'honneur sous les acclamations du public, et qu'une équipe médicale arrivait en courant pour prendre en charge Neji, Genma se permit d'adresser un conseil au rejeton des Hyûga :
— Hum… Pendant ton combat, tu parlais d'un oiseau en cage… S'il a de la jugeote, il ne se résignera pas et crochètera le cadenas avec son bec pour ouvrir la porte. Il cherchera frénétiquement à reprendre sa liberté pour parcourir le ciel, sans jamais s'arrêter.
Curieusement, en prononçant ses phrases, le visage de N apparu dans son esprit. À croire que c'était elle qui lui inspirait de tel propos.
— Cette fois, tu as perdu, termina le jonin.
Le prochain match devait être celui du descendant des Uchiha, Sasuke et de Gaara, le garçon aux cheveux rouges de Suna. Le premier n'était cependant toujours pas présent et la foule n'appréciait pas la situation.
Finalement, Raido, qui se trouvait toujours dans la loge des Kages, vint à la rencontre de son meilleur ami pour lui annoncer la décision prise.
— Sérieusement ? Décaler le match ? Depuis quand un ninja en retard un jour aussi important peut-il faire un bon chunnin ? protesta Genma.
— Je suis du même avis que toi vieux… Mais le Kazekage a insisté pour que la rencontre ait quand même lieu.
— Très bien.
Il pouvait dire adieu à son envie de rentrer plus tôt chez eux.
— J'en profite pour te dire un autre truc… Raido semblait hésiter.
— Hm ?
— N est de retour, elle est rentrée ce matin. Ils l'ont affectée à la protection du secteur Ouest.
Le cœur de Genma rata un battement. Elle était enfin revenue. Il n'avait plus qu'une envie, s'enfuir de cette arène pour aller la retrouver. Malheureusement, son devoir de ninja l'en empêchait. Raido posa une main réconfortante sur son épaule, conscient de son dilemme intérieur, avant de lui faire un signe de tête et de s'en aller retrouver son poste de garde du corps dans la loge des Kages.
Le jonin au senbon annonça finalement la décision de repousser le match et appela les prochains concurrents sur le terrain.
— Les concurrents suivants, Shino Aburame et Kankurô, descendez !
— J'abandonne, annonça simplement Kankurô.
Genma lui lança un regard surpris. Entre Sasuke qui était en retard, et Kankurô qui abandonnait sans même combattre, il ne savait que penser. Ces gamins semblaient avoir encore moins de motivation à être ici que lui…
La seule jeune fille parmi les genins restant descendit dans l'arène, assise sur un éventail géant.
— Au moins, toi, tu as l'air motivée, nota le jonin. Eh, toi là-haut ! cria-t-il à Shikamaru Nara.
Le fils de Shikaku dégringola la barrière, poussé par Naruto. Il atterrit lourdement sur le sol, les quatre fers en l'air. On pouvait difficilement faire moins glorieux comme entrée sur scène.
Le match commença alors avant même que Genma ne puisse en donner le signal. D'où sortaient ces gamins indisciplinés ?
Temari, la kunoichi venant de Suna, faisait preuve d'une force monstrueuse, aidé par son éventail géant. Shikamaru faisait pâle figure à côté d'elle. Pourtant, Genma remarqua un détail qui le fit tiquer. Le jeune Nara analysait la situation de la même façon que son père, et s'il avait hérité de son intelligence, l'issue du combat ne faisait aucun doute.
Durant ses propres années en tant que genin, Genma avait souvent fréquenté Shikaku, qui était proche de son propre senseï, si bien qu'il avait eu l'honneur de le voir se battre à de nombreuses reprises. C'était lui qui lui avait appris tout ce qu'il savait sur la stratégie et la manière de gérer une escouade.
Son instinct ne le trompa pas. Le combat, bien que moins impressionnant que celui de Naruto et Neji, fût superbe. Et même si Shikamaru abandonna la victoire à son adversaire, il avait fait preuve d'une finesse digne d'un ninja de haute volée. Il allait, à coup sûr, faire partie de la nouvelle promotion de chunnin.
Une fois de plus, la foule s'impatienta. Le temps était venu pour l'affrontement entre Sasuke et Gaara, mais le ninja de Konoha ne semblait toujours pas pointer le bout de son nez. Genma jeta un œil sur la loge des Kages, attendant les nouvelles instructions. Raido ne semblait cependant pas venir à sa rencontre.
Il ne s'en inquiéta pas. La présence qu'il venait de sentir le fit sourire. Alors que tout le monde s'agitait autour de lui, un tourbillon de vent vint faire s'envoler les feuilles qui recouvrait le terrain de l'arène.
En son centre se trouvaient deux hommes : Kakashi et Sasuke.
Et bah... Je suis bien contente d'en avoir fini avec ce chapitre. Je crois que je suis trop pressée de raconter enfin la suite. En plus c'est galère d'écrire des passages qu'on peut lire dans le manga. J'ai pas spécialement envie de réécrire les scènes au mot près, et de décrire chaque case
J'me rend de plus en plus compte que j'adore la relation entre Genma et Raido, la façon dont ils prennent soin l'un de l'autre, je trouve ça trop chou une amitié pareille *-*
Bon sinon, pour la suite, j'annonce pas trop de date. La semaine qui arrive va être une vraie galère, du coup je sais pas si j'aurais le temps d'écrire... Par contre, je peux déjà annoncer que le prochain chapitre sera mouvementé !
J'en profite aussi pour remercier comme toujours Erenaki pour son soutien !
N'hésiter pas à me laisser votre avis...
À la prochaine !
Ney'
