Chapitre 16 : Confiance
Vu d'aussi près, le serpent était encore bien plus grand que ce que N pensait. Ses écailles jaune et noir brillaient sous le soleil d'été, et ce, malgré les nuages de poussières qui se formaient çà et là sous ses assauts répétés. Il s'acharnait depuis quelques minutes sur un groupe de chunnins qui peinaient à le repousser. Il avait déjà tout détruit autour d'eux, ne laissant qu'un vaste terrain dévasté. Les habitations qui se trouvaient là auparavant n'étaient plus qu'un tas de décombres parmi lesquels les ninjas tentaient de se dissimuler.
L'un d'eux voulut tenter une nouvelle stratégie, persuadé qu'il pouvait faire face à cette créature. Pourtant, il avait déjà eu du mal à s'en sortir face aux ninjas d'Oto qui les avaient attaqués au début de l'offensive. Alors comment pouvait-il rivaliser avec un monstre qui risquait de le pulvériser en une fraction de seconde ? Mu par un accès de courage, ou de stupidité, selon le point de vue que l'on pouvait adopter, il fonça sur la créature, kunaï en main. Attiré par les vibrations causées par les déplacements de l'homme, le serpent se tourna dans sa direction. Ses pupilles cherchèrent à repérer sa chaleur corporelle, tandis que sa langue fendue s'agitait dans un sifflement sinistre.
L'homme n'avait aucune chance. Il s'en rendit compte au moment où il leva son kunaï après avoir bondi, dans l'espoir de mutiler la créature. Celle-ci s'agita de plus belle, et fonça sur lui, mâchoire grande ouverte, prête à déguster sa proie.
Une kunoichi d'une trentaine d'années se décida à intervenir dans l'espoir de sauver son coéquipier. Bondissant à ses côtés, elle attrapa sa main, et les propulsa loin de la gueule béante du serpent. Ils atterrirent souplement sur un pan de mur écroulé. Cependant, le serpent ne comptait pas en rester là. Fou de rage d'avoir été invoqué dans un endroit grouillant d'ennemis, il ne souhaitait qu'une chose : pulvériser tout ce qui se trouvait à sa portée. Ses immondes cafards, qui tentaient de fuir, étaient ses prochaines victimes.
N soupira. Les chunnins ne lui facilitaient pas la tâche en s'agitant dans tous les sens. Irriter le serpent était la dernière chose à faire s'ils voulaient s'en sortir vivants et ne pas causer davantage de dégâts. Quoiqu'il n'y eût plus grand-chose à sauver du quartier où ils se trouvaient. N s'interposa entre la créature et ses proies, n'accordant que peu d'intérêt au serpent. L'essentiel était de mettre un maximum de ninjas aux abris avant qu'elle ne passe véritablement à l'action.
Impressionnés par l'aura de puissance qui se dégageait de la jeune femme, les deux ninjas ne réagirent pas immédiatement. Il fallut qu'elle hausse la voix pour se faire comprendre :
— Dégagez d'ici bordel !
La subtilité n'était pas son fort lorsqu'elle risquait sa vie pour sauver des inconnus. Les voir figés stupidement lui faisait directement perdre patience. Voyant que les deux se décidaient enfin à réagir, elle s'adressa à Iwashi dans son oreillette.
— Iwashi ? Vous avez fini de tous vous rassembler ?
— Il manque encore deux ninjas, ils n'étaient pas blessés la dernière fois que je les ai vus.
— Une blonde et un chauve ?
— C'est ça !
— Ils sont avec moi. Je te les envoie avec un de mes clones. En attendant, personne ne bouge de là où vous êtes. Concentrez-vous sur le soin des blessés.
— Ok. Tu comptes vraiment t'occuper de cette bestiole toute seule ?
— C'est pas comme si on me laissait véritablement le choix. Mon rôle et de protéger le secteur Ouest, et si on continue comme ça, l'intégralité des escouades va être décimée.
Elle coupa court à la communication et créa rapidement un clone. Le serpent recommençait à s'agiter, ils n'avaient plus beaucoup de temps avec qu'il ne repasse à l'attaque. Voyant que les minuscules créatures se multipliaient devant lui, il se décida d'ailleurs à foncer sur eux.
N s'y était préparé. Elle laissa son bouclier se former autour d'elle, et s'en prendre la peine d'éviter, elle laissa le serpent refermer ses crocs sur son corps. Sa réaction ne se fit pas attendre : la détonation et la douleur le firent reculer d'un coup, plus en colère que jamais. Le plan de N fonctionnait à merveille. Son attention s'était totalement détournée des chunnins et de son clone partis se mettre à l'abri. Il ne lui restait plus qu'à tenir quelques minutes encore avant de réellement déclencher le combat.
Elle s'amusa à tourner autour de la créature furieuse, dont les mâchoires claquaient de plus en plus souvent sur le vide. N était rapide, bien plus rapide qu'un monstre de vingt mètres de haut et de plusieurs tonnes. Elle n'avait aucun mal à détourner son attention de ce qui se passait aux alentours.
Iwashi, de son côté, restait les yeux fixés sur son ancienne coéquipière, terrifié à l'idée qu'elle puisse être gravement blessée dans sa folle entreprise. S'il lui arrivait quelque chose alors qu'il était occupé à se terrer loin du combat, il savait qu'il ne pourrait jamais se pardonner. Raido et Genma non plus d'ailleurs. Il trépignait de colère, contraint de suivre les ordres qu'elle lui avait donné. Même si elle n'avait jamais passé officiellement les examens pour être une jonin, elle avait un rang bien plus élevé que le sien dans la hiérarchie ninjas. Jamais il n'aurait pu se permettre de désobéir à un ordre direct.
Il devait lui faire confiance, et se concentrer sur ce qu'elle lui avait demandé. Il regarda les gens qui se tenaient autour de lui. Ils étaient une quinzaine. Tout ce qu'il restait des six escouades envoyées pour protéger le secteur. Si les deux ninjas qui se trouvaient avec N étaient toujours vivants, et en comptant la jeune femme, ils étaient dix-huit survivants à l'attaque du serpent. Six morts étaient donc déjà à déplorer, dont deux jonins, de ce qu'il pouvait constater. Cela ne présageait rien de bon.
Ils étaient quasiment tous blessés, et malheureusement, il n'y avait que deux médics-nin sur la totalité des escouades, la jeune Tamako et un homme dont il ignorait le nom. Ils étaient clairement des novices dans l'art du ninjutsu médical, et les soins qu'ils apportaient n'étaient que sommaires. Pourtant, Iwashi ne s'autorisa pas à les sermonner et à les presser. Malgré leur manque de puissance, leur présence allait permettre à coup sûr de limiter les morts dans cette bataille.
Enfin arrivèrent les deux ninjas manquants et le clone de N, essoufflés par leur course effrénée. La jeune femme rentra directement dans le vif du sujet, ne laissant à personne le temps de parler :
— Rassemblez-vous tous sur le plus petit périmètre possible. Je vais créer un bouclier pour vous protéger pendant que les soins sont en cours.
Ils s'agitèrent comme dans une fourmilière, chacun agissant avec précision pour aider les blessés à se déplacer. Ils formèrent très vite un petit cercle, les blessés les plus graves allongés au milieu, les autres attendant patiemment leur tour autour d'eux. La fausse N s'approcha d'Iwashi et lui parla à l'oreille, peu désireuse d'être entendue par les autres.
— T'es le seul en qui j'ai confiance ici, mais je veux bien faire l'effort de tous vous protéger. Je compte sur toi pour qu'ils se tiennent correctement pendant que je maintiens le bouclier.
— Ça ira, ne t'inquiète pas, lui répondit-il dans un chuchotement. Tu vas pouvoir maintenir deux boucliers en même temps ?
— Non. Mon vrai moi va devoir s'en passer.
Voyant qu'il s'apprêtait à protester, elle le coupa directement, accompagnant sa réponse d'un regard tueur :
— N'essaye même pas de m'en dissuader.
Il savait qu'il n'arriverait à rien. Lorsque N décidait quelque chose, il était impossible de la faire changer d'avis. Cela relevait de l'irréel d'être aussi têtue.
La vraie N, parfaitement consciente des reproches et des contestations d'Iwashi, s'en moquait totalement. Son devoir de ninja l'obligeait à faire un tel choix, ce n'était pas par plaisir qu'elle se privait de sa seule protection face à un monstre. Son devoir de ninja... Voilà qu'elle se sentait obligée de protéger des gens à qui elle n'avait jamais parlé. À croire que Konoha ne lui apportait rien de bon pour sa survie : depuis qu'elle s'y trouvait, elle se mettait constamment en danger pour sauver d'autres personnes. Sa vie en solitaire était décidément bien plus simple.
Le serpent semblait avoir intégré le fait qu'il ne pouvait pas l'attaquer de manière frontale. Il tenta une nouvelle stratégie, détruisant tout ce qui se trouvait autour de la jeune femme, dans l'espoir qu'elle se retrouve enterrée sous les décombres. La voir virevolter de pierre en pierre sans se soucier de ses attaques attisait encore plus sa colère.
La créature était loin d'être stupide. Elle remarqua que la kunoichi faisait tout pour la tenir éloignée d'un point précis. Là où d'autres minuscules cafards comme elle, s'affairaient sans tenir compte de ses envies de destruction. Changeant sans prévenir de cible, le serpent fondit sur eux, ravi de pouvoir faire encore plus de dégâts. Pourtant, il se heurta une fois de plus sur une protection invisible qui lui envoya une décharge. L'air trembla alors que la détonation annonçant le choc résonnait encore dans le silence alentour de la dévastation.
Le clone de N pâlit sous l'effort alors qu'elle maintenait la bulle de protection en place. Protéger autant de monde toute seule usait très vite son chakra, mais il était essentiel que le serpent réalise qu'ils étaient à l'abri de ses attaques. Plus elle maintenait son dôme, plus le serpent se désintéresserait des blessés. Il n'y avait plus qu'à espérer que les renforts puissent arriver avant que son énergie ne lui fasse défaut.
Chargeant du chakra dans son sabre, la vraie N sauta sur la queue du serpent, lacérant ses écailles sans parvenir à réellement transpercer ses protections. Il lui fallait plus de force dans ses attaques si elle voulait parvenir à le blesser profondément. Elle se força à se concentrer sur son combat, chassant toutes les pensées parasites qui la hantaient depuis son retour à Konoha. Son sabre se mit à briller sous ce nouvel afflux d'énergie alors que ses cheveux flottaient autour d'elle dans une aura menaçante.
Alors que le serpent revenait à elle, appréciant peu qu'un cafard tente de l'attaquer, il eut un temps d'arrêt, remarquant les changements qui avaient lieu chez son ennemie. Ce chakra démoniaque, qui envahissait l'atmosphère, lui rappelait celui d'Orochimaru dans une certaine mesure. C'était quelque chose qu'il avait appris à craindre le jour où il avait vu le grand Manda être vaincu par l'humain. Il sentait cependant que la puissance de la jeune femme était bien moindre que celle du ninja. Alors il l'attaqua encore et encore, pendant qu'elle paraît avec son sabre. Lorsque ses crochets le heurtaient, sa gueule s'engourdissait légèrement, le rendant encore plus fou de rage.
Il ne fallut qu'une erreur à N pour se retrouver en danger alors qu'elle tenait tête au monstre sans trop de soucis. Perchée sur son corps, à une hauteur indécente, elle fit la bêtise de regarder plus bas. Son vertige chronique vint la hanter au pire moment, la déconcentrant momentanément dans le contrôle de son chakra. Ses pieds cessèrent d'adhérer à la peau du serpent, la précipitant dans le vide alors que la créature faisait tout pour la désarçonner, appréciant peu qu'une humaine s'amuse à se percher sur sa tête.
La voyant en position de faiblesse, incapable de se rattraper à quoi que ce soit pendant sa chute vertigineuse, le serpent frappa N avec sa queue, l'envoyant valser dans les décombres d'une habitation. Le choc fut terrible pour la jeune femme. Malgré son bouclier qu'elle avait déclenché à l'ultime moment, elle sentit son épaule se disloquer totalement, l'empêchant de se relever. Elle tenta de se traîner à l'abri alors que le nuage de poussière se dissipait lentement, révélant l'effroyable silhouette du serpent prêt à l'attaquer de nouveau.
Elle crut son heure arriver alors qu'il fondait une fois de plus sur elle, et qu'elle ne parvenait pas à se redresser. Puis, une boule de feu vint cueillir la créature en plein d'être, l'envoyant valser un peu plus loin. Profitant de l'instant de répit qu'ils avaient, Iwashi sortit de nulle part.
— Qu'est-ce que tu fais là ? s'énerva N, peu ravie de le voir se mettre en danger.
— Je te sauve la vie, alors soit un peu reconnaissante, lui fit-il en la relevant avec délicatesse.
— Je m'en sors très bien toute seule, alors dégage de là, Iwashi !
Il leva les yeux au ciel, habitué à son sale caractère.
— T'as une famille qui t'attends, arrête de jouer au héros !
Il venait de se dresser devant elle alors que le serpent revenait à eux, prêt à les dévorer. La créature se dressa sur toute sa hauteur, terrifiante, préparant son attaque qui les mènerait à une mort certaine. Iwashi se força à ne pas faiblir, malgré la peur qui s'emparait de lui. Il était hors de question qu'il abandonne sa coéquipière, il en avait marre de fuir les combats. Il exécuta une série de mudras qu'il connaissait par cœur, gonflant sa poitrine, prêt à cracher un enfer de flamme pour repousser le serpent.
La première salve lui permit de faire hésiter la créature, qui paraissait peu encline à brûler ses écailles dans cette fournaise. Ce fugace moment de répit les sauva : un mur de terre se dressa devant eux, immense, prêt à absorber ses attaques. Une silhouette apparue dans la poussière faisant s'emballer le cœur de N.
Genma se dressait à leurs côtés, déjà usé par son précédent combat, mais sa présence rassurante apaisa immédiatement les craintes de ses coéquipiers. Prenant sans hésiter son rôle de leader il annonça :
— Iwashi, on évacue N et tu vas te mettre à l'abri, ce combat n'est pas le tien !
S'il osait tenir tête à N, s'était une autre paire de manches avec Genma. Il hocha la tête, alors qu'ils emmenaient la jeune femme dans un bâtiment qui n'avait pas encore été détruit, un peu à l'écart de la zone de combat. Curieusement, le serpent ne les suivit pas, il restait immobile, ignorant totalement leur départ. La kunoichi vit au loin la silhouette d'Aoba et compris immédiatement. La créature était prise dans un de ses genjutsus, hypnotisée par ses funestes illusions.
Genma préféra ignorer tous les sentiments contradictoires qui le hantaient alors qu'il revoyait N pour la première fois depuis des semaines. Il se concentra uniquement sur le soulagement immense qu'il ressentait en la voyant toujours en vie.
— Tu vas pouvoir te soigner ? lui demanda-t-il de but en blanc, pressé par l'urgence du combat.
— Plus ou moins, mais je ne pourrais pas me battre encore très longtemps.
— Il n'y en aura pas besoin, on achève cette bestiole à la prochaine attaque, elle a déjà fait bien assez de dégâts par ici. Aoba va la retenir le temps que tu sois sur pied.
— Tu vas te battre toi aussi ? T'as l'air épuisé, nota la jeune femme, inquiète.
— Il me reste plus beaucoup de chakra, mais on n'a pas le choix. Il la fixa avec un air désemparé avant d'ajouter : Raido est gravement blessée, il faut à tout prix que tu le sauves.
La détresse que N pouvait lire dans les yeux dans son chef d'escouade fit écho à la sienne alors que son cœur se serrait sous cette annonce. C'était la première fois qu'elle voyait Genma aussi inquiet, incapable de maîtriser la peur qui le hantait à l'idée de perdre son meilleur ami.
N sentit la douleur refluer alors que son chakra s'évertuait à la soigner. Se sentant prête, elle fit un signe de tête à Genma. Celui-ci attrapa sa main par réflexe avant de l'emmener de nouveau sur le champ de bataille. Retrouver cette proximité les chamboula intérieurement, mais aucun d'eux n'osa en parler. Ce n'était pas le moment de s'attarder sur d'anciennes querelles.
— Annule ton clone, lui demanda le jonin.
— Le bouclier qui protège les blessés va disparaître si je fais ça.
— Ils ne sont pas en danger tant que Aoba maintient son genjutsu et plus tu auras de chakra plus ton attaque sera puissante.
N approuva, et fit disparaître son double, chassant d'un revers de main l'inquiétude qu'elle avait pu ressentir pour ces inconnus qu'elle avait protégé. Raido était en danger, il passait avant tout le monde.
Genma attaqua en premier, créant un véritable raz de marée qui vint balayer le serpent. N connaissait cette stratégie par cœur. C'était leur attaque combinée la plus mortelle, Genma préparait le terrain et elle intervenait ensuite, avec sa puissance de frappe dévastatrice.
Elle concentra son chakra dans son sabre, la foudre crépitant le long de sa lame, puis courant le long du corps de serpent, elle bondit dans les airs. Son sabra se figea dans la tête de la créature, créant une nouvelle détonation qui résonna pendant de longues minutes. L'eau environnante se chargea en électricité, décuplant son attaque.
Le serpent n'eut aucune chance de survie. Il grilla de tout son long, dégageant une odeur peu avenante. Son règne de terreur venait prendre fin, provoquant un soulagement immense chez les ninjas qui s'étaient battus contre lui. La zone était totalement dévastée, mais ils étaient enfin hors de danger.
Aoba, Genma et N rejoignirent les autres qui les félicitèrent chaudement. Pourtant, Genma coupa court aux compliments. La situation était encore loin d'être totalement apaisée dans le village. Ce n'était pas le moment de perdre du temps. Il était le plus haut gradé ici, et pris donc le parti de diriger les opérations :
— Tous les blessés ont été stabilisés ?
Tamako se contenta de hocher la tête, sans oser le regarder, encore terrifiée par leur dernière entrevue où il s'était fait un plaisir de la menacer si elle osait encore une fois parler en sa présence.
— Parfait. Par chance, l'hôpital a été épargné par les combats, transportez les blessés là-bas. Iwashi, tu supervises l'opération. Soyez prudent, la zone est sécurisée, mais il peut rester des ennemis dissimulés. Aoba, tu prends avec toi ceux qui sont encore en état de se battre et vous allez prêter main forte à la porte sud. Des commentaires ?
Voyant que personne ne protestait, il se tourna vers N et ajouta :
— On y va ?
Elle approuva et ils partirent ensemble en direction de l'arène, dans un silence pesant. Voyant qu'il peinait à se mouvoir, la jeune femme se décida à venir le soutenir alors qu'ils n'avaient pas encore parcouru la moitié du chemin. Elle n'osa pas le regarder, craignant qu'il la rejette une fois de plus, alors qu'elle passait son bras sur ses épaules. Pourtant, ce fut tout le contraire :
— Merci... lui murmura-t-il, épuisé.
Qui avait pu le mettre dans un tel état ? Même s'il n'avait pas de blessure profonde apparente, N voyait sur son visage les signes d'une douleur intense à chacun de ses mouvements. Elle en était presque à culpabiliser de l'avoir fait intervenir pendant son propre combat, il avait manifestement dépassé ses limites depuis longtemps déjà.
Ils arrivèrent en trombe dans la loge des Kages. La mare de sang qui s'était formée autour du corps de Raido commençait à être lentement absorbée par la roche. Le médic-nin à ses côtés faisait preuve d'une pâleur inquiétante. Comprenant l'urgence du moment, N bondit à ses côtés, prenant les choses en main. Ses mains luisaient déjà sous son chakra violet alors qu'elle demandait à l'homme de retirer les deux pieux encore plantés dans le corps de son coéquipier. Celui-ci obéit sans poser de question, conscient que les compétences de la jeune femme dépassaient largement les siennes.
Au terme de longues minutes de soin, les deux médics-nin relevèrent la tête vers Genma, un air soulagé peint sur leur visage. Finalement, N annonça :
— Il est hors de danger, il a seulement besoin de repos. Elle se tourna vers le médic-nin et ajouta : je te laisse l'amener à l'hôpital, je vous y retrouverai d'ici peu.
L'homme approuva et les laissa seuls, chargeant rapidement le corps inanimé de Raido sur son dos avant de sauter hors de la loge.
— Tu es sûre qu'il ne risque plus rien ? demanda Genma, encore inquiet pour son meilleur ami.
N attrapa à sa main et la serra dans l'espoir de le rassurer.
— Il sera sur pied dans deux ou trois jours, je te le promets.
Un poids sembla quitter les épaules du jonin. Si Raido était hors de danger, alors cette journée n'était pas si terrible.
— Tu devrais aller à l'hôpital pour les aider, lui suggéra-t-il finalement.
— Pas avant de t'avoir soigné.
— Pas la peine, il y a des blessés bien plus urgents que moi
— Je ne t'ai pas demandé ton avis, grogna-t-elle. Enlève ta veste et ton t-shirt.
Pourquoi fallait-il toujours se battre avec lui pour qu'il accepte de lever le pied et de se laisser soigner ? Avait-il au moins conscience qu'il avait déjà atteint ses limites ?
— Pff. C'est juste une excuse pour me voir torse-nu et me tripoter, plaisanta-t-il, sans réfléchir.
— C'est exactement ça.
Elle lui avait répondu du tac au tac. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser l'ampleur de ce qu'ils venaient tous les deux de dire. Gênée, ses joues s'empourprèrent, alors qu'elle baissait le regard.
Genma savait parfaitement ce qu'il se passait dans la tête de sa subordonnée puisque le même dilemme s'imposait à lui. Pouvaient-ils réellement faire comme si ces dernières semaines n'avaient jamais existé ? Comme s'ils étaient toujours aussi proches l'un de l'autre ? Même s'il n'avait pas les réponses à ces questions, il préféra apaiser la situation :
— Je te promets que je te laisserai me soigner plus tard. D'autres ont besoin de toi, Gamine.
— Ose rompre cette promesse et je te ferai la peau.
Un sourire étira ses lèvres. Son sale caractère lui avait tellement manqué. Il arrêta de tergiverser et l'attira dans ses bras, incapable d'attendre d'avoir mis les choses à plats avec elle. Il se sentit soulagé de voir qu'elle n'essayait pas de se dégager de son étreinte. Tout n'était peut-être pas perdu avec elle.
— Je te rejoindrais à l'hôpital tout à l'heure, finit-il par lui murmurer doucement.
Elle approuva, et il laissa partir à regret. Il aurait aimé que cette étreinte se prolonge des heures durant, les laissant loin du chaos qu'avait laissé la tentative d'invasion.
-o-
La nuit avait étendu son empire dans le ciel depuis longtemps lorsque Genma se dirigea enfin vers l'hôpital. Il avait le cœur aussi lourd que l'atmosphère qui régnait dans le village. Il y avait eu tant de morts en si peu de temps. Tant de dégâts. Tant de familles qui avaient tout perdu. Il voyait encore les corps sans vie qu'on avait empilés les uns sur les autres. Il entendait encore les cris de douleur de ceux qui avaient perdu un être cher. L'air terrifié des civils devant l'ampleur du carnage hantait son esprit.
Dire qu'ils avaient évité le pire. Kakashi était venu le trouver une auparavant, lui expliquant ce qu'il s'était passé entre Gaara et les autres genins. Dire que le petit Naruto avait réussi à tenir tête au démon Ichibi... Si Gaara était parvenu à rejoindre le village, les pertes auraient été phénoménales. Kakashi ne lui avait même pas reproché d'avoir envoyé Sasuke à sa poursuite. Le ninja copieur savait que ça avait été la seule chose à faire dans une telle situation. Genma se sentait tout de même soulagé de savoir qu'aucun de ces gamins n'avait été tué dans les affrontements.
Il passa les portes de l'hôpital sans que personne ne lui prête attention. Il y régnait une agitation intense. Si les combats étaient terminés depuis plusieurs heures maintenant, la bataille était loin d'être gagnée pour les médics-nin. Certains couraient dans tous les sens, ne sachant où donner de la tête tant les blessés étaient nombreux.
Ses pas le menèrent à l'étage où exerçait Lyra. Il s'était préparé mentalement à la scène qui allait se dérouler sous ses yeux, mais un choc vint le cueillir au ventre alors qu'il entrait dans ce couloir maudit.
"Un mouroir". C'était comme ça que Lyra avait toujours désigné son service. Cela était encore plus vrai à présent, après une aussi terrible bataille. Des familles déjà endeuillées venaient adresser un dernier au revoir aux ninjas qui se laissaient lentement glisser vers la mort. Les larmes coulaient à flots, les cris de détresse venaient recouvrir les hurlements de douleur des shinobis qui avaient conscience de leur blessure.
Il osa jeter un œil dans l'une des chambres, par curiosité malsaine. Une femme gisait dans un lit, la moitié du corps broyé, à peine vivante. Elle était si jeune... Il ne leva pas les yeux vers ceux qui devaient être ses parents. Il se doutait trop bien de la douleur qu'il pouvait ressentir. Son regard s'attarda cependant sur le jeune qui les accompagnait. Il portait un bandeau frontal et pleurait à chaudes larmes. Vu son âge et la ressemblance, il s'agissait sans aucun doute du petit frère de la future défunte.
Genma sentit son souffle s'emballer devant un tel tableau qui ne lui rappelait que d'amers souvenirs. Il préféra ne pas s'attarder, craignant de perdre son calme devant pareille scène. Ses pas l'amenèrent vers un endroit plus calme du service. Il y régnait un silence étrange, comme si le temps avait suspendu son envol. Il s'approcha silencieusement, redoutant déjà ce qu'il allait trouver dans cette chambre.
Le jonin fut surpris d'y trouver N et Lyra agissant de concert. Elles s'affairaient autour d'un blessé auquel il manquait une jambe. Lyra s'efforçait de stopper l'hémorragie pendant que N maintenait l'homme en vie, partageant son chakra pour que son cœur puisse continuer à battre. Genma resta figer à l'entrée de la chambre, incapable de détourner le regard.
— Je ne tiendrais plus très longtemps Lyr'.
— Encore quelques minutes et il est tiré d'affaire, n'abandonne pas !
C'était fascinant de les voir travailler ensemble. N se pliait naturellement à l'autorité de Lyra, et exécutait le moindre de ses ordres sans poser de question, usant de ses prédispositions naturelles pour maintenir l'homme en vie. Genma n'osait imaginer les quantités de chakra que lui demandait une telle technique. Seul son visage pâle témoignait des efforts qu'elle faisait pour tenir le coup. Il nota que les sceaux sur ses bras étaient en partie visibles. Avait-elle pris le risque de les ouvrir pour soigner au mieux d'autres shinobis ?
La voix de Lyra s'éleva finalement dans les airs, mettant fin à cette étrange atmosphère qui s'était installée autour de la chambre :
— C'est bon ! On a réussi !
Le soulagement perçait dans sa voix. N relâcha son jutsu avant de tituber jusqu'à une chaise, épuisée par sa technique. Aux côtés de Genma, observant la scène par la fenêtre du couloir, une famille se mit à pleurer de joie. Dire qu'il ne les avait même pas remarqués, totalement absorbé par le spectacle que les deux femmes avaient joué sous ses yeux.
Lyra leva les yeux vers lui en premier et lui adressa un bref salut, avant d'attirer l'attention de N qui avait fermé les yeux sur sa chaise, reprenant doucement son souffle. Elle les ouvrit soudainement quand Lyra donna un coup dans sa chaise dans l'espoir de la faire réagir. Son regard se posa sur Genma qui se tenait avachi contre la porte, tout aussi épuisé qu'elle. Elle lui adressa un sourire doux, soulagée de voir qu'il avait tenu sa promesse de la rejoindre.
Lyra les emmena dans son bureau, à l'abri des regards.
— Sarutobi est mort, dit finalement Genma.
— C'était donc vrai... On a entendu plusieurs personnes en parler, mais personne n'avait l'air sûr de l'information.
— Orochimaru a eu raison de lui malheureusement.
— Ça veut dire que je suis en sursis à Konoha, demanda N, l'air peu concerné par la mort du Hokage.
— Tant qu'on ne sait pas qui sera nommé à sa place, il faudra que tu restes discrète. De toute façon, vu les exploits que tu as accomplis aujourd'hui, le conseil n'osera pas s'en prendre à toi avant quelque temps, constata Lyra.
— Me voilà rassurée, lui répondit ironiquement N.
La mort du vieillard l'embêtait plus qu'elle ne voulait vraiment l'admettre. Elle savait que le vieux singe avait emporté dans sa tombe nombre de secrets la concernant. Une fois de plus, ses recherches s'en trouvaient ralenties.
— Je vais refermer les sceaux et tu pourras rentrer te reposer N, tu en as assez fait pour aujourd'hui, annonça finalement la rousse.
Elle savait que Genma était au courant pour les sceaux de N, si bien qu'elle ne se privât pas d'en parler devant lui. N approuva et se laissa faire pendant que la rousse se concentrait sur ses avants-bras. Une fois la chose faite, Lyra tendit de nouveaux bandages à la jeune femme. Puis, pendant que N était occupé à camoufler les sceaux, elle s'approcha de Genma et lui murmura discrètement :
— Tâchez d'en profiter pour vous réconcilier, ou je me fais un plaisir de vous tuer tous les deux.
Genma hocha la tête. Le sale caractère de N venait sans aucun doute de Lyra.
— Tu veux passer voir Raido avant de rentrer ? lui demanda N, alors qu'ils quittèrent le service de leur amie.
— J'irai le voir demain matin. Je ne tiendrais pas une minute de plus dans cet hôpital aujourd'hui.
Elle oubliait souvent à quel point il détestait les hôpitaux. Il cachait si bien ses sentiments qu'il ne laissait rarement paraître le mal-être qu'il ressentait entre ces murs austères. Ils se dirigèrent finalement vers le quartier où se trouvaient leurs appartements, silencieux. Leur cœur était lourd lorsqu'ils contemplaient les dégâts dans le village. Les ninjas qui n'avaient pas combattu s'affairaient pour nettoyer les rues et aider ceux qui étaient dans le besoin. Certains civils s'étaient joints à eux, espérant arranger les choses au plus vite.
Quelques-uns les saluèrent rapidement en les voyant passer. Il était facile de deviner à leur état que Genma et N avaient été en première ligne pendant les combats, alors personne n'osait les déranger maintenant qu'ils n'aspiraient qu'à un peu de repos.
Leur quartier était désert de toute présence, les combats n'étaient pas arrivés jusqu'ici, si bien que les civils avaient simplement regagné leur habitation une fois l'endroit sécurisé. Genma ne doutait pas que les anbus veillaient cependant dans l'ombre, prêt à intervenir si une seconde invasion se faisait sentir.
Il sentait N se tendre à ses côtés à mesure qu'ils se rapprochaient de l'endroit où ils se séparaient autrefois pour rejoindre leur appartement respectif. Il se décida à prendre les choses en main, sachant parfaitement qu'il était responsable de leur situation :
— N... Tu veux rester chez nous ce soir ? Je n'ai pas envie que tu restes toute seule après une telle journée...
Pourquoi ne lui disait-il pas qu'il refusait de la voir s'éloigner une fois de plus ? Pourquoi ne lui avouait-il pas qu'il n'avait jamais autant souffert que pendant ces dernières semaines passées loin d'elle ? Pourquoi se cachait-il derrière un prétexte absurde pour qu'elle reste près de lui ?
— Si tu veux. J'aimerais juste passer chez moi me laver et prendre quelques affaires avant.
Une réponse simple, mais qui n'indiquait qu'une chose aux yeux du jonin : N était prête à lui laisser une chance de s'expliquer. Un soulagement immense s'empara de lui : il avait redouté plus que tout au monde qu'elle refuse totalement de l'approcher malgré la trêve qui s'était installée entre eux depuis leurs retrouvailles.
-o-
N ne prit pas la peine de frapper à la porte de l'appartement de Genma, elle entra simplement et s'installa dans le salon. Elle s'efforçait de pas trop réfléchir à ce qu'elle faisait ici, à attendre une quelconque amélioration avec son chef d'escouade. Comme s'ils pouvaient rattraper ces semaines perdues en une seule soirée... Comme s'ils pouvaient passer outre leurs disputes et non-dits en seulement quelques heures.
— Je ne t'ai pas entendue arriver...
Genma se tenait dans l'embrasure de la porte, un peu gêné par la situation. Il s'était attendu à avoir un peu plus de temps avant que N ne débarque chez lui. Il venait à peine de sortir de la douche et n'avait passé qu'un short et attaché son bandana sur sa tête lorsqu'il avait senti sa présence dans l'appartement.
N s'efforça de ne pas fixer son torse alors qu'il s'approchait d'elle. Avait-il seulement conscience de l'effet qu'il lui faisait en se baladant torse-nu devant elle ? Songeait-il aux idées qui lui effleuraient l'esprit lorsqu'une goutte d'eau tombait d'une de ses mèches de cheveux pour ensuite dévaler lentement sa peau ?
— Tu as été bien amoché... Ça ne te fait pas trop mal ? finit-elle par lui demander, espérant qu'il interprète son reluquage comme un simple examen de médic-nin.
— Sincèrement ? J'aurais mieux fait de te laisser me soigner directement.
Elle lui adressa un sourire supérieur, ravie qu'il avoue qu'elle avait eu raison. Vu les ecchymoses qui se répandaient sur son corps, il devait souffrir le martyre malgré son air impassible.
— Peut-être qu'un jour, tu feras passer ta santé avant ta fierté de ninja...
— Tu es mal placée pour me dire ça, t'es la kunoichi la plus fière que je connaisse !
L'atmosphère autour se refroidit d'un coup, faisant régner un silence pesant dans la pièce. Genma s'en voulait déjà de la tournure que prenaient les choses. Il voulait se réconcilier avec N, pas s'enfoncer dans leurs disputes.
Il vint s'agenouiller devant elle, la forçant à le fixer alors qu'elle s'obstinait à fuir son regard. Depuis quand avait-elle aussi peur de se confronter à lui ? Depuis qu'il l'avait repoussée, tout simplement, lui rappela une petite voix dans sa tête. Il comprenait enfin l'ampleur de sa bêtise maintenant qu'il notait tout ce qui avait changé chez N en si peu de temps. Ses pupilles qui ne brillaient plus, ses cheveux ternes. Son visage sans expression, ses mains tremblantes. Son regard fuyant, son air absent. Subissait-elle simplement le contre-coup des affrontements du jour ou était-ce dû à leur dispute ?
— Je suis vraiment con, affirma-t-il, désemparé.
Cela eut le mérite de capter l'attention de la jeune femme qui ne put s'empêcher de confirmer d'un signe de tête. Elle ne lui épargnait rien.
— Laisse-moi m'occuper de tes blessures avant qu'on s'attaque aux sujets qui fâchent. Tu as l'air à bout de force.
Il se laissa faire sans protester cette fois-ci. Il lui devait bien ça : elle acceptait de prendre soin de lui malgré tous leurs déboires. Les soins furent rapides. Faire disparaître quelques coupures et ecchymoses n'était pas grand-chose après les soins qu'elle avait dispensés aux côtés de Lyra. Il ne lui fallut qu'une dizaine de minutes pendant lesquelles Genma s'était rongé les sangs avant qu'elle ne lui affirme :
— Et voilà. Tu auras encore quelques douleurs pendant les prochains jours, mais tu as déjà connu bien pire que ça.
Genma observa son torse, ravi de voir qu'il ne restait aucune trace de son combat contre Baki. Il avait déjà bien assez de cicatrices à son goût. Il n'avait jamais vraiment fait attention à son apparence physique, il considérait simplement que ressembler à Ibiki, le chef couvert de cicatrices de la section interrogatoire de Konoha, était loin d'être un atout dans la vie.
— Merci Gamine. Par quoi on commence alors ?
La subtilité n'avait jamais été le point fort du jonin. Il avait toujours considéré que les relations devaient se tisser d'elle-même, qu'il n'y avait pas besoin de les entretenir. C'était peut-être pour ça que son seul proche était Raido. Personne n'avait envie de perdre son temps avec quelqu'un qui fuyait le moindre rapprochement et ne s'investissait jamais.
Pourtant, il voulait faire des efforts cette fois-ci. Il voulait prouver à N l'importance qu'elle avait à ses yeux. Il voulait réparer toutes les erreurs qu'il avait faites. Lui montrer qu'il n'avait jamais eu l'intention de la repousser, et encore moins de la faire souffrir.
— Tamako.
L'avantage, c'était que N réussissait l'exploit d'être encore moins subtile que lui, si cela était possible.
— Tu l'as choisi pour me remplacer dans l'escouade ? ajouta la jeune femme.
— Je hais cette gamine N. Je la hais de tout mon être. C'est Danzô qui nous l'a imposé dans l'escouade, et tu peux être sûre qu'elle n'y remettra plus jamais les pieds, vu comment s'est passé la mission qu'on a effectuée avec elle. Tu peux me croire quand je te dis que le simple son de sa voix me donne des envies de meurtre irrépressibles et que jamais elle ne pourra te remplacer. Jamais.
Il appuya sur ce dernier mot, espérant que N l'intègre définitivement dans son esprit.
— Pourtant elle était pendue à ton cou le jour où je vous ai croisé et que je t'ai...
— Assommé, finit-il à sa place. Cette garce savait que tu nous regardais et cherchait à te provoquer, elle me l'a avoué directement après, fière de sa manœuvre.
— Mais... pourquoi ? C'est une parfaite inconnue !
— Justement. Elle déteste ne pas être le centre de l'attention. Malheureusement pour elle, c'est une kunoichi sans réel talent, destinée à rester dans l'ombre toute sa vie. Tu es tout son contraire. Tu es l'une des meilleures médic-nin du village, l'une des meilleures guerrières. Kakashi est ton plus proche ami, et tu fais partie de notre escouade. Mais surtout, quiconque te rencontrant reste fasciné par toi, moi le premier. Tamako serait prête à tuer pour être à ta place et recevoir un peu de reconnaissance. Je reste persuadé que Danzô était au courant de tout ça, et qu'il en a profité pour aggraver la situation entre nous deux.
— Tu penses vraiment que Danzô se soucie de nos histoires ? souligna-t-elle, peu convaincue.
— Il te hait pour une raison que je ne connais pas, et préférerais te voir morte. Le problème, c'est qu'il ne peut rien faire tant que tu t'intègres au village. L'isolement est le plus grand danger qui te guette pour l'instant. Sans compter que ce vieux serpent me déteste également, autant te dire qu'il a dû prendre un malin plaisir à distiller son venin entre nous deux.
— Je ne veux plus entendre parler de serpent avant un bon mois Gen'.
Elle lui avait dit ça avec un sourire navré, espérant gagner un peu de temps pour faire le point dans ses sentiments. Elle voulait croire Genma, elle voulait croire qu'il était sincère avec elle cette fois-ci. Son raisonnement se tenait, il était plus que probable que Danzô se soit servie de Tamako pour aggraver leur dispute. Ce vieux débris était bien assez fourbe pour ça.
— Je te fascine vraiment ? finit-elle par lui demander.
— Tu en doutes ?
— Tu m'as repoussé.
Genma ferma les yeux. Ils entraient enfin dans le vif du sujet. S'il n'arrivait pas à la convaincre, il savait qu'il la perdrait pour toujours, et cette idée le terrifiait.
— Je te l'ai dit : je suis vraiment con. Je... Je n'ai pas d'explication valable à te fournir N. Je n'ai pas de formule toute faite pour t'expliquer le pourquoi de tout ça. Tout ce que je peux te dire, c'est que j'ai regretté mon geste au moment même où je l'ai fait. Je le regrette encore plus maintenant que je vois à quel point je t'ai blessée et fait souffrir. Je regrette le temps perdu à cause de ma bêtise et le mal que j'ai pu te faire. Je sais que tout ça ce n'est que des paroles, mais je te supplie une nouvelle fois de me croire N.
Il hésita de longues secondes avant de reprendre :
— Il n'y a que toi qui comptes à mes yeux. Tu es la seule, et ce, depuis que je t'ai rencontré. Ça fait des mois que je rêve de te l'avouer. Des mois que je n'ai qu'une envie : te tenir dans mes bras et pouvoir t'embrasser. Sauf que je suis stupide et que je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur. Je suis terrifié à l'idée de m'impliquer avec toi parce que j'ai toujours fini par saboter mes précédentes relations. J'ai peur de ruiner ce qu'il y a entre nous à cause d'un faux pas. J'ai peur de m'attacher encore plus à toi, aussi. J'ai peur de te perdre comme j'ai déjà pu perdre tous mes proches.
Maintenant, je m'en rends compte de ma stupidité. Quand j'ai vu que tu étais parti du village, j'ai cru que j'allais devenir fou. Je suis simplement incapable de continuer comme ça. Je n'en peux plus de devoir contrôler la moindre de mes pensées, le moindre de mes gestes te concernant. Je n'en peux plus de faire semblant de te repousser parce que je suis ton supérieur alors que je rêve de te serrer contre moi. Les relations n'ont jamais été mon "truc", et je n'ai aucune idée de comment je dois m'y prendre pour réparer toutes les erreurs que j'ai déjà faites avec toi. J'espère simplement que tu pourras accepter de me pardonner et que tu voudras bien reprendre notre relation là où on s'était arrêté...
Voilà. Il l'avait dit. Il n'y avait plus de retour en arrière possible maintenant.
— C'est pas juste.
De toutes les réponses qu'il avait imaginées à cette déclaration, celle-ci était bien la dernière à laquelle il se serait attendu.
— Comment ça ?
— Tu débarques comme ça, à moitié nu devant moi, tu me fais une déclaration à faire rougir quiconque l'entendrait et moi, je devrais te pardonner automatiquement le mal que tu m'as fait ? Merde ! C'est pas juste Genma ! Tu es trop parfait là.
Décidément, il ne comprenait vraiment rien à cette femme.
— Tu aurais préféré que je me taise ? finit-il par lui demander, totalement perdu devant cette réaction.
— Non ! J'aurais préféré que tu me laisses le temps de te balancer au visage tout le mal que tu m'as fait ! J'aurais préféré que tu me laisses te rappeler à quel point tu m'as humilié en me repoussant comme tu l'as fait sous un prétexte absurde. Tu l'as dit toi-même : je suis le kunoichi la plus fière que tu connais ! Je te laisse imaginer comment mon ego s'est senti ce jour-là...
— J'ai dû ressentir à peu près la même chose le jour où tu m'as assommé et abandonné sur un toit alors que je te courrais après pour essayer d'arranger les choses.
N se frotta la tête, l'air gêné. C'est vrai qu'elle n'avait pas été tendre avec lui non plus...
— Désolée pour ça...
— Je ne t'en veux pas. Je l'avais bien cherché après tout.
La jeune femme approuva avec un sourire en coin. Elle n'avait plus envie de se battre avec lui, elle voulait simplement retrouver la complicité qui avait toujours régné entre eux depuis leur rencontre. Retrouver ce sentiment d'allégresse qui s'emparait d'elle dès qu'il lui adressait son éternel sourire taquin, ce désir irrépressible qui l'envahissait dès qu'il la tenait dans ses bras...
— On devrait dormir un peu, les prochains jours risquent d'être mouvementés, affirma Genma en étouffant un bâillement sonore. On reprendra cette discussion demain, à tête reposée. Je vais te laisser ma chambre pour la nuit.
Il se releva avec difficulté, les jambes engourdies. Les courbatures dues à son combat apparaissaient déjà, une bonne nuit de repos était plus que nécessaire. N le suivit jusqu'à sa chambre et s'y installa sans prononcer le moindre mot, plongée dans ses réflexions. Il connaissait suffisamment la jeune femme pour savoir qu'il lui fallait toujours un peu de temps pour faire le tri dans ses sentiments. Il préférait ne pas la presser. C'était à elle de décider quand et si elle était prête à lui pardonner ses erreurs. En attendant, lui ne pouvait qu'espérer en silence.
— Gen'.
La voix de N s'était élevée dans la chambre alors qu'il traversait le couloir, prêt à aller s'avachir sur la banquette de son salon. N se tenait dans l'ombre de la porte entrouverte, son regard doré fixant le sol. Elle ne portait plus qu'un long t-shirt, couvrant à peine ses jambes. Il fallut tout le self-contrôle du monde à Genma pour se retenir de la plaquer contre un mur pour l'embrasser et lui répondre d'une voix qui se voulait maîtrisée :
— Tu as besoin de quelque chose ?
Elle mit quelques secondes à lui répondre, semblant lutter intérieurement.
— N ?
— Reste avec moi ce soir.
Un nouvel éclat brillait dans ses yeux alors qu'elle le mettait au défi de lui dire non. Comme s'il pouvait résister à une telle demande. Ça faisait des semaines qu'il rêvait de pouvoir s'endormir en la tenant dans ses bras. C'était un miracle qu'elle lui propose de rester après leur discussion. Il lui offrit un sourire doux, ravi, avant de la suivre dans la chambre.
N s'était immédiatement blottie contre son torse alors qu'il avait ramené la couverture sur eux. Elle avait l'air d'un chat, lovée de cette façon, cherchant la chaleur de son corps. Le sommeil la fuyait, encore préoccupée par son dilemme intérieur. Genma le sentait à sa respiration bien plus agitée qu'à son habitude. Finalement, alors qu'il jouait avec l'une de ses mèches de cheveux, il se décida à lui avouer :
— Tu m'as terriblement manquée, N...
Sa voix s'était faite suave alors qu'il déposait un baiser aussi léger qu'une plume dans le creux de son cou. Un long silence suivit sa déclaration. Puis, N se rapprocha de lui. Ses lèvres frôlèrent sa joue, et dans la pénombre de la nuit, elle lui murmura un simple mot à l'oreille.
Un secret qu'elle n'avait pas révélé depuis des années.
Une chose qu'elle lui confiait en guise de pardon.
Un prénom.
— Naori.
Ça y est ! Ils se réconcilient enfin \o/
On connait enfin le prénom de N \o/
Un jour, je ferais un petit aparté sur la signification des prénoms \o/
Mais, surtout, j'ai réussi à écrire un chapitre en moins d'une semaine \o/ (commencez pas à vous habituer hein, j'suis malade et confinée, du coup je m'occupe comme je peux)
Bon sinon, vous en pensez quoi de tout ça ? Des combats, de leur réconciliation, de la déclaration de Genma, du prénom de N... Concrètement, le chapitre vous a plu ? x)
Et au passage, encore un immense merci à Erenaki pour son soutien sans faille ! N'hésitez pas à laisser plein de review vous aussi, ça fait toujours plaisir !
