Chapitre 17 : Découvertes
Cela faisait des semaines que Genma n'avait pas aussi bien dormi. Aucun cauchemar, aucune angoisse n'était venu le hanter durant son sommeil, pour son plus grand bonheur. Sa bonne humeur matinale ne dura pas très longtemps cependant. Engourdi par sa longue nuit de sommeil, il tenta de s'étirer. Il laissa s'échapper un grognement de douleur sonore alors que ses muscles lui rappelaient les évènements de la veille. Un léger rire à ses côtés le fit sursauter.
— C'est dur la vieillesse hein ?
— Je t'emmerde.
N… Non. Naori. Elle était toujours là, lui offrant un sourire malicieux. Pendant une seconde, il avait craint que la veille n'ait été qu'un doux rêve. Sa chevelure en bataille formait un halo blanc autour de son visage encore endormi. Il ne l'avait jamais vu comme ça, simplement heureuse et apaisée. Pendant un instant, il se surprit à espérer pouvoir se réveiller chaque matin à ses côtés.
— Tu ne serais pas un peu grognon ce matin toi ? On dirait Raido. Ça doit être l'âge qui vous rend comme ça…
Naori ne pouvait s'empêcher de le taquiner. Elle était décidée à profiter au maximum du temps de répit qui leur était accordé. Vu la situation dans laquelle était Konoha, elle ne doutait pas un seul instant que les prochaines semaines allaient être mouvementées.
— La prochaine fois qu'on dort ensemble, fais-moi penser à te bâillonner, ça limitera le nombre de conneries que tu diras en étant à peine réveillée… grogna le ninja.
— Il y aura une prochaine fois ?
Naori était soudainement redevenue sérieuse. Ce moment qu'ils partageaient tous les deux, cette déclaration qu'il lui avait faite… Était-ce une simple trêve ou un nouveau départ pour eux ? Elle le connaissait assez pour savoir qu'il faisait toujours deux pas en arrière après en avoir fait un en avant. Allait-il encore revenir sur sa décision cette fois-ci ? Allait-il lui annoncer que tout ça était une erreur ?
— Ne fais pas cette tête-là Gamine. Je ne reviendrais pas sur ce que je t'ai dit hier, je te le promets.
Il caressa doucement sa joue, conscient des craintes qui hantaient la jeune femme. Pourtant, cette fois-ci, il était parfaitement sûr de lui, il ne prendrait pas le risque de la perdre une nouvelle fois, elle lui était bien trop précieuse. La seule chose qu'il voulait à présent, c'était prendre soin d'elle comme on prenait soin d'un diamant. Sa main s'égara le long de son bras, découvrant avec un plaisir non dissimulé la douceur de sa peau d'albâtre. Combien de fois avait-il rêvé d'un tel moment ?
— De toute façon, tu n'as pas le choix. Interdiction de revenir en arrière maintenant, sinon…
— Sinon ?
Une lueur amusée était apparue dans le regard du ninja.
— Sinon je trouverai le moyen de te reconquérir, encore et encore.
Joignant le geste à la parole, elle grimpa sur lui, arborant l'air victorieux d'une conquérante.
— Tu es à moi maintenant, ajouta-t-elle en posant un doigt menaçant sur le torse de son chef d'escouade.
— Et que comptes-tu faire de mon humble personne ?
Il était ravi de découvrir une nouvelle facette de la personnalité de Naori. Elle ondula délicieusement sur son bassin, terriblement tentante. Il la savait joueuse et sûre d'elle, mais jamais il ne l'avait soupçonnée être aussi entreprenante. Cela était loin de lui déplaire d'ailleurs. Il sentait une vague de désir irrépressible monter en lui alors qu'elle se penchait dangereusement sur son corps.
— Je vais commencer par faire ça.
D'un mouvement vif, Naori détacha le bandana qu'il portait comme toujours, libérant ses mèches en bataille. Genma la fixa, sceptique.
— C'est la première fois que je te vois sans, lui expliqua-t-elle. Ça te va bien les cheveux détachés, tu as l'air tout gentil.
— Parce que d'habitude j'ai l'air méchant ?
Les doigts du jonin parcouraient avec avidité les cuisses nues de sa coéquipière, laissant de longs frissons derrière eux.
— T'as l'air d'un ninja.
— Et ça te déplait ?
C'était au tour de Genma de redevenir sérieux. Ses mains restèrent en suspens alors qu'il attendait une réponse, inquiet. Naori prit une longue inspiration cherchant la meilleure formulation pour ce qu'elle voulait lui expliquer. Ou reprenait-elle simplement contenance alors que les caresses de son coéquipier avaient failli lui arracher un gémissement de plaisir ?
— Non. Au contraire, finit-elle par lâcher. Le ninja que tu es me plait. Terriblement. C'est juste que… J'aimerais aussi connaître celui qui se cache derrière ce sourire taquin. Je fréquente déjà le chef d'escouade, il est temps que je découvre le vrai Genma non ?
Naori lui avait dit ça en rougissant légèrement, gênée de dévoiler ainsi le fond de sa pensée. Elle avait réellement envie d'en savoir plus sur lui. Genma en avait parfaitement conscience. Il avait toujours refusé de se montrer tel qu'il était vraiment devant elle, persuadé que sa vraie personnalité, pleine d'incertitude et de doute, ne valait pas le coup. Maintenant qu'elle lui en parlait, il ne savait que lui dire. Pourtant, il était sûr d'une chose : pour elle, il était prêt à abandonner tout faux-semblant.
Il se releva légèrement, ses mains entourant la taille de la kunoichi, l'encourageant à se presser contre lui. Ses lèvres vinrent trouver sa gorge, et parsemèrent sa peau de baisers aussi légers que des caresses. Un soupir de plaisir lui échappa alors que Naori s'agrippait à lui, collant sa poitrine contre son torse.
S'ils continuaient à ce rythme, il savait qu'il ne parviendrait plus à se retenir. Le désir qu'il ressentait le rendrait fou. Finalement, il cessa ses baisers pour venir coller son front au sien, calmant sa respiration erratique.
— Tu ne seras pas déçue ? lui demanda-t-il, presque craintif.
— Jamais.
Naori avait répondu sans hésiter une seule seconde.
Elle entrelaça leurs doigts alors que leurs souffles se mêlaient dangereusement. Elle n'avait plus qu'une envie, celle de capturer ces lèvres qui la narguaient depuis si longtemps… Elle avait presque peur d'initier ce baiser tant elle l'avait attendue. Et s'il se défilait une nouvelle fois ?
Genma comprit immédiatement ce qui la retenait. Décidé à réparer ses erreurs, il combla avec lenteur le peu de distance qui les séparait encore, prêt à se délecter de cette bouche qui l'attirait tant. Il ferma les yeux, enserra sa taille de sa main libre et…
BAM. BAM. BAM.
Trois coups résonnèrent dans tout l'appartement, brisant la bulle de sérénité qui entourait Genma et Naori depuis leur réveil. Leurs réflexes de shinobis avaient repris le dessus en un instant. Ils avaient bondi hors du lit, un senbon dans sa bouche pour Genma, son sabre dans la main pour Naori. Ils échangèrent un regard, amusés par leur réaction totalement exagérée. Le jonin passa une main dans ses cheveux ébouriffés et déclara :
— On est d'accord pour dire que la personne derrière la porte vient de signer son arrêt de mort ?
— Tu ne veux pas attendre de savoir ce que la personne veut avant qu'on l'élimine ensemble ?
Ensemble… Voilà une idée qui lui plaisait plus que de raison.
— Je n'ai pas envie d'aller ouvrir, je veux qu'on reste que tous les deux… murmura Genma avec une sincérité déconcertante.
Il s'était de nouveau approché de sa subordonnée pour l'enlacer.
— Moi aussi…
L'idée de se blottir contre son torse musclé était bien trop tentante pour Naori.
BAM. BAM. BAM.
— On n'a pas le choix hein ? finit-elle par demander, déçue.
— J'en ai bien l'impression. Je vais aller commettre un meurtre, soupira le jonin.
Elle se recula et lui lança un regard sceptique alors que sa bouche s'étirait dans un immense sourire hilare.
— Qu'est-ce qui te fais rire encore ?
— On va peut-être éviter de te laisser te balader comme ça devant quelqu'un d'autre que moi non ?
Il mit quelques secondes avant de comprendre où la jeune femme voulait en venir. Son regard descendit jusqu'à son bas-ventre avant de remonter jusqu'à elle, toujours plus hilare.
— Aucun commentaire, la prévint-il.
— Aucun, grand chef ! Je vais aller ouvrir.
Elle déposa un baiser furtif sur sa joue, le laissant penaud. Cette femme le surprenait toujours autant, malgré les mois qui avaient passé depuis leur rencontre.
Naori se dirigea ensuite jusqu'à la porte de l'appartement, partagée entre un élan de joie incontrôlable et une frustration intense d'être dérangée à un tel moment. Elle l'ouvrit au moment où Aoba s'apprêtait à frapper une troisième fois. Il se stoppa de justesse, reculant devant le regard agacé de la kunoichi.
— Je ne m'attendais pas à tomber sur toi, constata le ninja aux lunettes de soleil.
— Sans blague ? Qu'est-ce-que tu veux ?
— Prévenir Genma qu'une réunion pour les jonins a lieu dans une heure dans la demeure du Hokage. Tu es conviée aussi.
— Compris. Je ferai passer le message.
Voyant que le jonin ne semblait pas pressé de repartir, elle ajouta :
— Autre chose ?
— Alors ça y est ? Vous êtes enfin ensemble tous les deux ? demanda-t-il avec un grand sourire.
— Dégage Aoba.
Naori referma la porte sans se soucier des protestations du jonin qui se trouvaient de l'autre côté. La dernière chose dont elle avait envie à l'instant, c'était de discuter ragots amoureux avec le brun.
— Ça va être compliqué à cacher ce qu'il se passe entre nous deux…
Genma s'était faufilé dans le dos de sa subordonnée, puis avait posé ses mains sur ses hanches avant d'enfouir son visage dans sa longue chevelure.
— Tu penses qu'on va avoir des soucis avec ça ? lui demanda-t-elle.
— Aucune idée.
Cette fois-ci, ses lèvres parcoururent la nuque de la jeune femme, lui arrachant un gémissement de plaisir.
— De toute façon, j'en ai rien à foutre, ils pourront bien dire tout ce qu'ils veulent, ça ne changera rien à ce que je ressens pour toi, affirma Genma dans un soupir.
Un long frisson parcouru l'échine de la kunoichi, la faisant gémir une nouvelle fois sous les caresses expertes de son chef d'escouade. Elle n'aurait su dire si cela était dû à la nouvelle déclaration qu'il venait de lui faire, ou simplement au désir qui montait lentement en elle.
— Si tu continues, je ne répondrais plus de rien, le prévint-elle.
— Justement.
Il stoppa tout de même ses caresses, conscient que le moment n'était pas le mieux choisi pour ce genre d'activité.
— Si on se dépêche, on aura le temps de passer voir Raido, lui proposa-t-il.
Naori approuva et en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, les deux shinobis étaient prêts à partir. La jeune femme attacha son sabre dans son dos avant de chausser ses bottes alors que Genma terminait d'attacher son bandana. Elle ne pouvait s'empêcher d'observer le moindre de ses gestes, réalisant à quel point sa présence lui avait manqué ces dernières semaines. Elle s'en voulait d'avoir réagi aussi mal à leurs différends. Ils avaient perdu un temps fou à se fuir comme deux adolescents. Pourtant, en tant que shinobis, ils savaient tous les deux que le temps qu'ils passaient ensemble était infiniment précieux…
— Naori, attends.
Elle s'apprêtait à ouvrir la porte de l'appartement pour sortir lorsqu'il l'arrêta. Entendre son prénom avait quelque chose d'étrange, surtout lorsqu'il était prononcé par Genma. Elle se retourna sans prendre la peine de cacher le trouble qui l'envahissait. Elle ne pouvait demander à son chef d'escouade d'être sincère si elle-même passait son temps à cacher ses propres sentiments.
— Je… commença le ninja, hésitant. J'aurais préféré faire ça autrement. Dans un endroit plus romantique, sans être pressés par nos obligations… J'aurais voulu que ce moment soit parfait, mais les circonstances ne s'y prêtent pas alors…
Il plaqua sa coéquipière contre le mur, collant son corps contre le sien et sans prévenir, il s'empara de ses lèvres. Il lui offrit un baiser passionné. Un baiser plein de douceur et de tendresse. Un baiser qui reflétait tous les sentiments qu'il éprouvait pour Naori. Un baiser au goût d'avenir.
La jeune femme lui rendit avec la même passion, ravie de pouvoir enfin goûter à ses lèvres qui l'avait tentée des mois durant. Elle passa ses bras autour du cou de son chef d'escouade, approfondissant leur étreinte, alors que leurs langues se lançaient dans un ballet effréné.
Ils ne cessèrent que lorsque le souffle vint à leur manquer. Leurs lèvres se séparèrent à regret tandis qu'ils ne se quittaient plus du regard, simplement fascinés l'un par l'autre. Comment un simple baiser pouvait-il autant les bouleverser ?
— Gen'... murmura Naori. Je me fiche du romantisme. Tout ce qui compte, c'est que l'on soit ensemble.
-o-
Bip. Et voilà que ce maudit bruit était de retour. Bip. Cela le rendait fou. Bip. Pourquoi fallait-il que les machines aient un bruit aussi horripilant ? Bip. Les personnes qui les avaient créées n'avaient jamais pensé que cela gênerait les patients ? Bip. Il n'y a rien de pire que d'entendre continuellement le même bruit lorsqu'on est déjà au fond d'un lit d'hôpital. Bip. L'hôpital… Bip. Pourquoi est-il encore au fond d'un lit d'hôpital ?
Raido ouvrit les yeux avec difficulté. Pourquoi avait-il l'impression qu'il passait de plus en plus de temps dans cet endroit ? Les murs blancs délavés, l'odeur de désinfectant persistante... Les bips continus de cette foutue machine… Tout ça lui semblait bien trop familier à son goût. À croire qu'il passait bien plus de temps ici qu'à n'importe quel endroit dans Konoha.
Ce qui était inhabituel, c'était l'agitation qui régnait dans le couloir. L'hôpital avait toujours été particulièrement calme. Même lorsqu'il y avait des blessés graves, personne ne hurlait ou ne courrait. Le sang-froid était le maître-mot entre ces murs. Alors pourquoi diable pouvait-il entendre des pas précipités, des ordres aboyés et des pleurs saccadés ? S'il ne pouvait plus se reposer tranquillement, ça ne servait à rien de rester alité dans un endroit aussi peu accueillant.
Il détestait les hôpitaux depuis qu'il était enfant et cette haine s'était renforcée lorsqu'il était devenu un ninja. Il n'y avait rien de pire pour un shinobi que de se retrouver confronté à cette immense bâtisse où tant de gens mourraient. Cet endroit où il avait vu tant de camarades rendre l'âme. Il n'avait jamais compris comment faisaient les médics-nin pour passer autant de temps ici sans devenir fous. Cette atmosphère morbide qui régnait dans les couloirs le dégoutait toujours au plus haut point.
Déjà lassé par la situation, il tenta de se concentrer pour comprendre ce qui l'avait conduit ici. La tâche n'était pas facile : dès qu'il tentait de réfléchir, une douleur lancinante s'emparait de son crâne. Visiblement, il avait été blessé à la tête… Mais dans quelles circonstances ? Il nota qu'il était seul dans la chambre. Encore une chose étrange. Ces derniers temps, à chaque fois qu'il finissait hospitalisé, Genma et N n'étaient jamais très loin. Leurs missions, toutes plus dangereuses les unes que les autres, les laissaient rarement indemnes, alors où étaient ses deux coéquipiers ?
Son ventre s'agita. Voilà que la faim venait le hanter au pire moment. Il voulut demander de l'aide, mais des tuyaux enfoncés dans gorges l'empêchaient de parler, une fois de plus. Par désespoir, il tenta de se relever, mais son corps endolori protesta immédiatement. Il n'avait pas qu'une blessure à la tête... Son bras droit refusait de lui répondre, tout comme ses jambes.
Raido s'efforça de se calmer. La panique était son pire ennemi dans ce genre de situation. S'il était à l'hôpital, quelqu'un viendrait forcément s'enquérir de son état, il lui suffisait donc d'attendre. Avec un peu de chance, son sauveur arriverait assez vite.
Le soleil se levait lorsque la porte s'ouvrit enfin. Il n'en pouvait plus. Un soulagement immense vint l'étreindre lorsqu'il reconnut le visage qui s'approchait.
Lyra le fixait d'un air surpris.
— Les somnifères ne font déjà plus effet ? Vous êtes vraiment à part, vous les ninjas…
Incapable de répondre, il la supplia du regard pour qu'elle vienne l'aider.
— Détends-toi, je vais t'enlever tous ces tuyaux.
Il ne lui fallut que cinq petites minutes pour libérer le balafré de son supplice. Il s'apprêta à la remercier, mais elle lui plaqua un doigt ferme sur ses lèvres, l'air sévère.
— Combien de fois il faudra que je te le dise ? Tu attends un peu avant de parler, laisse le temps à ta gorge de se remettre de ses émotions.
Raido lui lança un regard blasé, frustré de ne pouvoir se faire comprendre. Elle se contenta de lui renvoyer un sourire avant de se plonger dans son dossier. Elle n'en ressortit qu'un bon quart d'heure plus tard, les sourcils froncés.
— Tiens bois ça, fit-elle en approchant un verre jusqu'à ses lèvres.
Sentir de l'eau fraîche apaiser les brûlures de sa gorge fut une véritable délivrance pour le ninja. Enfin, il allait pouvoir s'exprimer !
— Comment tu te sens ?
— Mal ? sa voix n'était qu'un murmure.
— Ça me paraît assez logique, tu n'es pas passé très loin de la mort cette fois-ci.
Pourquoi lui lançait-elle un regard accusateur ? C'était son job de risquer sa vie pour que les civils puissent vivre en paix.
— Ton dossier mentionne un traumatisme crânien. Tu te souviens de quelque chose ?
Il secoua la tête. Il avait beau fouiller dans sa mémoire, tout restait désespérément flou. Cela ne l'aurait pas inquiété outre mesure en tant normal – il était assez courant de souffrir de genre de symptôme lorsqu'on était ninja, et ça ne durait jamais très longtemps –, mais il y avait trop de signes qui lui montraient que quelque chose de grave s'était passé.
Maintenant qu'il était un peu mieux réveillé, il pouvait analyser au mieux les indices qui apparaissaient autour de lui. À commencer par l'agitation qui continuait à régner dans les couloirs de l'hôpital. Ce genre de chose n'arrivait que dans une seule situation à Konoha : lorsqu'ils étaient en guerre. Le regard fatigué de Lyra et ses immenses cernes ne faisaient que confirmer sa théorie.
— Beaucoup de dégâts ? demanda-t-il.
— On estime les pertes à un quart des effectifs en service pendant l'invasion. Un second quart de blessés grave. Sarutobi est mort, une partie du secteur ouest est détruite, ainsi qu'une partie du secteur sud.
— Genma et N ?
— Ils s'en sont sortis relativement indemnes, un véritable miracle quand on y pense.
Raido prit quelques secondes pour accuser le coup. Ce surplus d'information lui faisait tourner la tête. Sa respiration s'accéléra.
— Souffle un bon coup, essaye de te calmer.
Lyra posa un linge froid sur son crâne, dans l'espoir de soulager sa douleur. Lorsqu'elle vit que sa respiration reprenait un rythme normal, elle ajouta :
— Je ne suis pas inquiète pour ta mémoire, ce genre de chose arrive souvent, il te faut juste un peu de temps. Pour le reste de tes blessures, tu pourras remercier N, elle t'a sauvé la vie de justesse.
— C'est si grave que ça ?
— Assez pour que tu ne sortes pas d'ici immédiatement.
Elle étouffa un long bâillement avant de reprendre :
— Je n'ai pas dormi de la nuit, ça te dérange pas si je pique un petit somme dans le fauteuil ?
— Tu ne préfères pas dormir dans un lit ?
— J'attendrais que tu sois sur pied avant de partager le tien !
Un rire sonore envahit la pièce alors qu'il la dévisageait, ébahi par sa remarque. C'était la première fois qu'il l'entendait rire. Ça devait être une des conséquences de sa grande fatigue… De toute façon, elle ne pouvait pas être sérieuse lorsqu'elle disait ce genre de chose. Personne ne voulait partager un lit avec Raido le balafré.
— Tu rougis, nota-t-elle. C'est bon signe !
Et sans ajouter un mot de plus, elle se jeta dans le fauteuil et ferma les yeux, à peine consciente du regard de Raido sur elle.
-o-
— Lyra.
Elle ne répondit pas.
— Je sais que tu fais semblant de dormir depuis une heure.
La médic-nin ouvrit un œil, déçue que son subterfuge n'ait pas fonctionné. Elle demanda au jonin :
— Pourquoi tu réagis seulement maintenant alors ?
— Tu avais besoin d'un instant à toi.
Cet homme était étonnant, songea Lyra. Derrière cet air taciturne se cachait un véritable don pour l'analyse de sentiment. Une telle empathie était plutôt rare chez les ninjas.
— Tu m'expliques ?
— Pourquoi ça t'intéresse ? fit-elle sur la défensive, peu habituée à se dévoiler.
— Tu as l'air d'avoir besoin de vider ton sac, et moi, j'ai besoin d'occuper un peu mon esprit. On se rendrait service mutuellement.
Raido avait dit ça d'une façon détachée, mais Lyra le connaissait assez pour savoir qu'il était réellement intrigué par ce qu'elle ressentait. Il avait raison d'ailleurs, elle avait besoin de se confier à quelqu'un et N n'était pas une option envisageable lorsqu'on espérait un minimum de compassion. Cette gamine avait un véritable cœur de pierre lorsqu'elle le décidait.
— La soirée et la nuit ont été difficiles… Je n'avais pas revu ce genre de carnage depuis des années, et je m'en serais bien passé. Voir tous ces gens, ces ninjas, rendre leur dernier souffle auprès de leur famille. Cette nuit, j'ai dû maintenir en vie une gamine pour qu'elle puisse dire adieu aux siens. Elle n'avait même pas la vingtaine et elle est morte avec la moitié du corps broyée sous des décombres. Je ne comprends même pas comment on a pu la transporter jusqu'à l'hôpital, vu l'état dans lequel elle était.
Après ça, j'ai dû m'occuper d'un jonin empoisonné par l'un de ses foutus serpents. Le poison s'était tellement répandu dans son corps qu'il était devenu violet. Il n'a pas résisté longtemps, celui-ci, il est mort avant d'avoir dit au revoir à sa veuve et à ses enfants.
Ça a continué comme ça pendant des heures, j'ai pu sauver qu'une dizaine de ninjas sur tous ceux qui sont passés par mon service et ceux que j'ai sauvé sont condamnés à une vie d'infirme. Peut-être qu'aujourd'hui, le rythme sera plus calme et qu'avec les capacités de N, on arrivera à en sauver quelques-uns de plus, mais ça ne changera rien à ce que j'ai pu ressentir en accompagnant tous ces gens dans la mort.
S'il avait pu se lever, Raido aurait certainement eu le cran d'enlacer la femme qui se tenait devant lui. Il avait une admiration sans borne pour Lyra et sa force de caractère depuis qu'il l'avait rencontrée. La voir se confier ainsi lui rappelait que même elle, n'était pas infaillible. Même elle, pourtant tant habituée à côtoyer la mort, regrettait les absurdités de ces affrontements.
— Si cela se limitait qu'à des inconnus, peut-être que je pourrais trouver la force de passer outre tout ça. Peut-être que je ne serais pas aussi dégoûtée par ces combats à mort. Sauf que ce n'est pas le cas. À chaque fois que la situation dégénère, je crains qu'un de mes proches ne soit touché. Je crains de devoir m'occuper de Genma, N ou toi dans mon service, de vous voir au porte de la mort sans que je puisse rien faire pour vous sauver… Je crois que je ne comprendrais jamais comment vous faites, vous les ninjas, pour ne pas vous soucier des morts autour de vous.
Il voulut tendre la main vers elle. Dans l'espoir de lui apporter un peu de soutien et de réconfort. Dans l'espoir de la soutenir face à cette épreuve qu'elle traversait. Sauf qu'il ne pouvait pas esquisser le moindre geste, et surtout, il se devait de rappeler une vérité :
— On s'en soucie Lyra, on ne le montre pas, c'est tout. Pense à l'état dans lequel était Genma quand tu l'as rencontré. Rappelle-toi l'angoisse qu'il ressentait en permanence, et dis-toi que c'est ce que l'on ressent tous constamment. Notre formation de ninja nous a simplement appris à le camoufler plus ou moins efficacement. On est comme toi, terrorisé à chaque début de mission à l'idée de perdre l'un de nos coéquipiers. J'ai vu tellement de morts depuis que je suis un ninja que je ne les compte plus. J'aurais bien voulu être aussi insensible que ce que tu crois, mais même après toutes ses années, lorsque je perds quelqu'un, je continue à me demander pourquoi je ne suis pas assez fort pour sauver ceux que j'aime.
Le visage de Hayate le hantait en cet instant. Accompagné par le visage de tant d'autres tombés au combat alors que lui-même avait survécu. Il y avait son visage à elle aussi. Celui qu'il aurait tant voulu oublier, celui qu'il tentait d'effacer de sa mémoire depuis des années.
— À quoi tu penses ? demanda Lyra, intriguée par son air distant.
Il hésita avant de lui répondre. Il ne parlait jamais d'elle. C'était une règle qui s'était établie naturellement depuis qu'elle était morte. Il était plus facile d'oublier ce qu'il s'était passé ce jour-là, d'oublier leurs erreurs.
— Raido ?
— Je pensais à la dernière guerre.
Il n'ajouta pas un mot, peu emballé à l'idée de dévoiler son passé devant quelqu'un qu'il admirait. Lyra n'avait pas besoin de savoir qui il avait été.
— Il faudra qu'on m'explique pourquoi les ninjas pensent toujours que les civils sont incapables de percevoir les mensonges.
— Il faudra qu'on m'explique pourquoi les civils pensent toujours que les ninjas sont incapables de percevoir les mensonges, riposta le jonin avec un sourire.
— Que veux-tu dire ?
— Ne me demande pas de te dévoiler le fond de mes pensées alors que tu caches jusqu'à ta véritable identité "Lyra".
La médic-nin se recula immédiatement, surprise par cette attaque.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, nia-t-elle.
— À d'autres. J'imagine que tu as de bonnes raisons de te cacher, et je ne compte pas te trahir. J'aimerais juste savoir si N est au courant ?
— Elle n'est au courant de rien, et ne le saura jamais.
Cette dernière phrase sonnait comme une menace.
— Sans vouloir te décevoir, s'il y a bien une chose que j'ai apprise à force de côtoyer N en mission, c'est qu'elle finit toujours par savoir ce qu'elle veut. Un jour viendra où elle comprendra que tu lui caches ta véritable identité, et tu sais aussi bien que sa réaction ne sera pas des plus charmantes.
— Je prends le risque.
Lyra le défia du regard. Ce ninja était décidément bien trop perspicace pour son propre bien. Elle regrettait à présent d'être venue rechercher sa compagnie, cela ne lui apportait que des ennuis.
Ce fût un élément inattendu qui vint soulager l'atmosphère de toute la tension qui s'était accumulée durant leur échange. Le ventre de Raido émit un bruit sonore, lui rappelant à quel point il était affamé.
— Charmant…
— Désolé…
Elle lui offrit un sourire indulgent. Au fond, elle l'aimait bien ce ninja. Son esprit était bien plus aiguisé qu'il ne le laissait paraître derrière son air taciturne. Et puis, sa cicatrice lui donnait un air plutôt séduisant…
— Je dois retourner dans mon service, je vais envoyer quelqu'un te porter de quoi te restaurer.
Il la remercia avant d'ajouter, menaçant :
— Lyra, si un jour tu fais le moindre mal à N ou à Genma, je te tuerais.
— Je sais.
— Tant mieux. En attendant, sache que tu es la bienvenue ici, quand tu ressentiras le besoin de prendre une pause.
Elle s'en alla avec le sourire, presque soulagée par sa proposition.
-o-
— La chambre de Raido Namiashi, s'il vous plait.
— Aile Est, troisième étage, chambre 320. Merci de ranger votre senbon monsieur.
Genma leva les yeux au ciel, blasé. Pourquoi les médics-nin de cet hôpital faisaient un véritable focus sur son senbon ?
— Trois remarques sur ton senbon en à peine cinq minutes ici. Tu bats des records Gen'.
— Si je n'avais pas eu à demander où était la chambre de Raido, il ne m'aurait pas fait la remarque. C'est quand même fou que tu ne te souviennes pas d'où sont tes patients ! fit-il en rangeant son senbon.
— Techniquement, ce n'est pas mon patient.
Ils grimpèrent les marches de l'escalier en continuant de se disputer gentiment. Naori était ravie de retrouver cette complicité qui lui avait tant manqué.
— Pourquoi tu souris comme ça ? lui demanda Genma.
Il s'était arrêté dans l'escalier, lui lançant un regard curieux. Elle vérifia qu'ils étaient bien seuls, avant de lui répondre :
— Parce que tu es là.
Elle grimpa une nouvelle marche, pour se mettre à sa hauteur. D'un mouvement vif, elle lui vola un baiser avec un air malicieux. La réaction de Genma ne se fit attendre : il la plaqua contre un mur, pressant son corps contre le sien, l'empêchant de mouvoir ses bras d'une main.
— On ne devait pas rester discret ? lui rappela Naori.
— C'est toi qui oses me dire ça ?
Elle lui fit un clin d'œil provocateur.
— Si tu n'avais pas rangé ton senbon, je n'aurais pas pu t'embrasser, remarqua-t-elle.
— Et je n'aurais pas pu faire ça !
Ses lèvres vinrent caresser son cou avant de remonter lentement, puis s'en prévenir, il s'attaqua à son oreille, la mordillant légèrement. Sa main libre vint se glisser sournoisement sous le haut de la jeune femme, lui arrachant des frissons de plaisir.
— Gen'... gémit-elle.
— Oui ? lui demanda-t-il, avant de reprendre de plus belle.
— On… on ne devait pas se dépêcher ? lui rappela la jeune femme.
Il se recula légèrement et la laissa reprendre son souffle. Ses doigts replacèrent un senbon entre ses lèvres, après quoi, il lui répondit, narquois :
— Fallait pas me provoquer.
— Ma vengeance sera terrible !
— J'espère bien, ma belle.
Il se permit une dernière caresse sur sa joue avant d'ajouter :
— Allez viens, il ne nous reste plus beaucoup de temps.
Naori et lui débarquèrent dans la chambre du convalescent sans même prendre la peine de frapper. Raido ne s'en formalisa pas, trop heureux de revoir ses coéquipiers.
— C'est pas trop tôt !
— Désolée, Genma a eu du mal à se réveiller ce matin, la vieillesse sûrement !
— Bien tenté ! Mais je dirais plutôt que vous étiez occupés à vous… divertir.
Il avait choisi ce mot par défaut, incapable de trouver une expression qui aurait pu convenir au comportement de ces deux-là. Leur réaction en valait la peine, ils le dévisageaient tous les deux, les yeux écarquillés.
— Comment… commença Genma.
— Comment j'ai su ? C'est simple, vous avez tous les deux un sourire immense, vous vous dévorez du regard encore plus que d'habitude, N a les joues rouges, toi, tu as ton air victorieux, et vous êtes tous les deux débraillés.
Le rouge leur monta encore plus aux joues, ils ne s'attendaient pas à être démasqués aussi facilement.
— Mais ça, je le remarque parce que je vous connais bien, et accessoirement parce que Aoba est passé il y a dix minutes.
— Je vais tuer ce petit con, déclara Genma.
— Je peux t'aider ? proposa à son tour Naori.
— Alors ça y est, vous vous êtes enfin réconcilié ?
Naori glissa sa main dans celle de Genma, heureuse de ne pas avoir à se cacher de tout le monde. Le sourire doux qu'il lui offrit la conforta dans son idée. Elle avait vraiment bien fait de le pardonner.
— On dirait bien, répondit finalement le jonin au senbon, captivé par sa subordonnée.
— Il était temps. Je suis content pour vous deux.
— Merci vieux. Comment te sens-tu ? Tu nous as fait une belle frayeur hier.
Raido ne souleva pas le reproche, il savait parfaitement que Genma avait réellement été inquiet pour lui. Il savait aussi que sans son intervention, et celle de N, il serait certainement mort, d'après ce qu'Aoba lui avait raconté.
— Je me sens douloureusement vivant, grâce à vous deux. Merci de m'avoir encore une fois sauvé les gars.
— Pas de soucis, on a l'habitude à force, le taquina Naori.
— C'est clair. En plus, je suis sûr que t'as fait exprès d'être blessé pour ne pas avoir à affronter des serpents géants, renchérit Genma.
— M'en parle même pas, Aoba m'a aussi raconté. Je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'avais dû en affronter un…
— Si ça peut te réconforter, j'ai failli me faire avoir parce qu'en me perchant sur la tête de celui que j'ai affronté, j'ai commencé à être prise de vertige et j'ai perdu le contrôle de mon chakra, soupira Naori.
— C'est pour ça que tu es tombée ? Je t'ai vu de loin !
— C'était à plus de vingt mètres de hauteur !
— Tu dois être la seule kunoichi au monde à perdre un combat à cause du vertige.
— Techniquement, je n'ai pas perdu. C'est moi qui l'ai tué ce monstre.
— Grâce à Aoba et moi. Grâce à Iwashi aussi !
Naori lui tira la langue avant de faire la moue, presque vexée, alors que Raido partait dans un éclat de rire, heureux de voir ses deux coéquipiers recommencer leurs habituelles joutes verbales. Pourtant, quelque chose avait changé. En tant normal, Genma aurait continué à la provoquer, hilare devant sa réaction. Cette fois-ci, il s'approcha de la jeune femme et l'enlaça avec douceur, sous le regard approbateur de Raido, avant d'ajouter :
— Je plaisante. Tu as été incroyable hier. Ça ne m'étonnerait pas si tu étais récompensée par une médaille, tu as sauvé la vie d'un bon nombre de ninjas.
— Tu veux dire que tu as accepté de risquer ta vie pour quelqu'un d'autre que nous deux ? la taquina Raido.
— Tu veux savoir le pire ? Les membres de mon escouade me détestaient tous avant même que la mission ne commence, et pourtant, j'ai dû les protéger eux aussi.
— Tu exagères, Yatogo n'avait rien contre toi, rappela Genma.
— Il y avait qui d'autre dans ton escouade ? demanda le balafré.
— Tamako et Bekkô…
La grimace que fit Raido les fit partir dans un éclat de rire. Ils restèrent à discuter ainsi pendant une bonne demi-heure. Ils ne s'étaient pas retrouvés réunis depuis des semaines et chacun d'eux réalisait à quel point cela avait été difficile.
— Gen', c'est bientôt l'heure, prévint finalement Naori.
Le ninja approuva, et après avoir salué leur coéquipier, ils se mirent en route jusqu'à la demeure du Hokage. Nombre de jonins étaient déjà présents, l'air sombre. Certains, comme Raido, brillaient par leur absence. Le décompte des morts n'avait pas encore été réalisé, mais Genma se doutait bien que le bilan allait être terrible.
Kakashi fut le premier à les apercevoir, et se dirigea immédiatement dans leur direction. Il ébouriffa les cheveux de N avant de déclarer :
— Vous vous êtes enfin réconcilié alors ? C'est pas trop tôt.
D'autres jonins acquiescèrent en souriant, alors que Genma adressait un regard tueur à Aoba qui se cachait derrière Gai.
— Il fallait bien. Si j'avais continué à lui en vouloir, quelqu'un aurait fini par me le piquer, murmura Naori à son meilleur ami.
— Je crois que certaines et certains ont déjà essayé, lui avoua Kakashi, navré.
— Sans réussir, souligna Genma.
Naori grogna discrètement. Genma avait beaucoup de succès à Konoha, pour son plus grand malheur. Il fallait croire que son charme nonchalant avait ensorcelé un bon nombre de personnes. Le jonin, voyant son trouble, profita du moment où tout le monde s'installait à l'intérieur pour lui murmurer à l'oreille, le plus discrètement possible :
— Rappelle-toi : tu es la seule. Tu n'as pas à t'inquiéter.
Sa main effleura son dos, rassurante.
La salle était pleine à craquer. Pourtant, les jonins étaient loin d'être les plus nombreux à Konoha. Rares étaient ceux qui parvenaient à se hisser jusqu'à ce grade… Naori ne se sentait pas réellement à sa place parmi eux. Tant de grands shinobis l'entouraient, tous plus doués les uns que les autres…
Pendant un instant, elle se demande qui allait présider cette réunion. Le Hokage mort, personne n'était présent pour gérer une telle situation. À moins que le conseil des Anciens ne profite de la situation pour prendre le pouvoir. C'était l'occasion rêvée pour un homme comme Danzô.
Ils étaient cinq à prendre place sur l'estrade qui surplombait la salle. Danzô et les deux Anciens étaient bels et bien présents. Shikaku Nara les accompagnait, ainsi qu'un homme que Naori n'avait jamais vu. Âgé d'une cinquantaine d'années, son visage était déjà marqué par de profondes rides. Il portait une immense coiffe ornée par trois flammes rouges. À son entrée, la jeune femme sentit Genma se tendre. Il se tourna vers elle et lui chuchota discrètement :
— Incline-toi, c'est le Daimyô du feu !
Naori suivit le mouvement général en s'inclinant comme Genma lui avait recommandé. Ce n'était pas le moment de se faire remarquer par le seigneur du pays. L'homme les regarda faire avec un sourire satisfait avant d'agiter l'éventail qu'il tenait.
— Relevez-vous, shinobis de Konoha. Aujourd'hui n'est pas un jour où vous devez vous incliner, mais un de ceux où vous devez vous dresser fièrement. Le temps n'est pas au discours, mais aux actions. Comme vous le savez sûrement déjà, le Troisième est tombé en ce jour funeste, mais nous ne pouvons nous permettre de pleurer sa perte. L'urgence nous guette, et les pays voisins sont déjà passés à l'action. C'est pourquoi je vous ai convoqué ici, vous, l'élite de Konoha. Les autres seigneurs du pays et moi-même avons déjà délibéré sur la situation, et comme le veut la tradition, en l'absence de successeur désigné par le Hokage, il revient aux jonins de ce village d'élire son remplaçant.
Naori observa les réactions autour d'elle. Elle était la seule étrangère ici, la seule à être surprise par la tournure que prenaient les évènements. Élire un Hokage… Jamais elle n'avait eu un tel pouvoir, comment pouvait-elle imaginer faire le bon choix ? La seule chose dont elle était sûre, c'était que Danzô ne devait en aucun cas accéder au pouvoir si elle voulait pouvoir rester dans le village.
Genma devait ressentir son inquiétude puisqu'il passa une main discrète dans son dos. Heureusement pour eux, ils étaient au fond de la salle, personne ne pouvait les voir. Le jonin n'avait pas choisi ses places par hasard : éloigner Naori des dirigeants du pays était essentiel pour leur tranquillité.
Les chuchotements dans l'assemblée se tarirent après quelques minutes. Chacun semblait avoir son avis sur le possible successeur de Sarutobi, mais personne ne semblait vouloir l'exprimer à voix haute. Finalement, ce fut Shikaku qui s'exprima, en tant que représentant des jonins :
— Quels noms ont été choisis Daimyô-sama ?
L'homme cacha partiellement son sourire derrière son éventail. Il se délectait visiblement de la situation. Il n'y avait rien de plus plaisant que de voir tant de gens pendus à ses lèvres.
— Jiraya, le sennin légendaire et élève du Troisième !
Cette fois-ci les voix s'élevèrent bien plus fort. Les jonins semblaient satisfaits de ce choix, Jiraya avait une très bonne réputation dans le village. Genma l'approuvait lui aussi, il avait toujours eu une haute estime pour cet homme, sans compter qu'il était l'auteur de ses romans favoris. Avec un peu de chance, il pourrait lui demander des informations sur la suite des Icha Icha…
— Je vais le regretter si je te demande pourquoi tu as l'air aussi satisfait ? lui chuchota Naori, curieuse.
— Il y a de grandes chances.
— Alors oublie ma question.
Ils échangèrent un sourire complice alors que les échanges se calmaient autour d'eux. L'assemblée avait vraisemblablement pris sa décision. Devant une telle vague d'approbation, Danzô ne pouvait rien faire pour protester, pour le plus grand bonheur de Naori et Genma.
— Nous acceptons cette proposition, déclara Shikaku d'une voix forte, après s'être assuré que personne n'émettait de réserve quant à ce choix.
— Très bien, le poste lui sera donc proposé au plus vite. Voilà au moins l'un de nos soucis réglés pour le moment.
La réunion dura encore un long moment, pour le plus grand malheur de Naori qui ne tenait plus en place. Il n'y avait rien qui ne l'ennuyait plus que les discussions interminables avec "l'élite" de Konoha.
— Nous allons maintenant désigner les ninjas qui seront médaillés pour leurs exploits pendant cette bataille qui a coûté la vie à tant de ninjas.
Naori releva la tête et se concentra sur ce que le vieil homme annonçait. En tant qu'ancienne esclave, elle n'avait jamais connu ce genre de cérémonie. Personne ne l'avait jamais récompensé pour le moindre de ses actes et elle n'avait jamais cherché à ce que ce soit le cas. La reconnaissance des autres ne lui importaient que peu, elle n'avait jamais été intéressée par ce que des inconnus pouvaient penser d'elle. Alors pourquoi sentit-elle son cœur faire un bon lorsque son nom fut appelé ?
Son regard croisa celui de Genma. Elle le fixait, perdue face à cette annonce. Elle ne remarqua même pas que les autres jonins s'agitaient autour d'eux, la réunion se terminant enfin.
— Te voilà devenue l'une des héroïnes de Konoha ! s'exclama Kakashi.
Elle ne l'avait même pas vu approché.
— Mais… Pourquoi moi ?
Elle ne comprenait pas pourquoi on lui accordait une telle reconnaissance après tant de temps à le rejeter.
— Tu as sauvé d'une mort certaine plusieurs escouades N. Sans toi, le bilan aurait été bien plus lourd, et même si tu as reçu de l'aide pour achever le serpent géant, tu t'es distingué hier. Il est plus que légitime que tu sois décorés pour ton comportement, affirma le ninja copieur.
— Je croyais que les Anciens et Danzô me haïssaient…
— Si tu avais été un minimum concentrée pendant la réunion, tu aurais su qu'ils n'ont aucun pouvoir sur la remise de médaille, intervint à son tour Genma. Seuls les seigneurs décident en s'appuyant sur les rapports qui leur ont été remis. Ils n'ont aucune idée de ce qui t'oppose aux Anciens et au vieux renard. Seuls comptent les actes pour eux, et tes actes te font mériter amplement cette médaille.
— La cérémonie aura lieu demain, ça te laisse un peu de temps pour te remettre de tes émotions.
— Et si je refuse la récompense ?
— N… soupira Genma.
— Pourquoi tu ferais ça ? lui demanda Kakashi.
— Si Iwashi n'avait été dans le groupe attaqué par le serpent, je n'aurais pas pris autant de risque. Soyons sincère, la survie de ces gens était sous ma responsabilité, mais ce n'était pas par héroïsme que je les ai protégés, c'était par pur égoïsme. Sans compter que je ne comprends pas pourquoi je devrais accepter une récompense donnée par des gens qui recherchent ma mort.
— Peu importe les raisons qui t'ont poussé à agir N, que ça soit par égoïsme ou par héroïsme, cela revient au-même : tu as sauvé un grand nombre de vies, cette récompense te revient, la raisonna Genma.
— Ton chef d'escouade a raison N.
Shikaku s'était approché d'eux discrètement.
— Les raisons qui animent un ninja ne rentrent pas en compte, seuls comptent les actes et les tiens étaient héroïques, continua-t-il. J'aimerais également te donner un conseil : ne refuse pas cette médaille, elle sera bien plus utile que n'importe quelles alliances dans ce village. Lorsque tu seras médaillée, le respect de tes pairs te sera acquis, et ce, quelles que soient tes origines. Cette médaille agira comme un véritable bouclier contre les complots que Danzô s'emploie à mettre en œuvre. Aujourd'hui, tu n'es qu'une – excuse-moi l'expression – étrangère dont le rang de jonin n'a jamais été légitimé. Demain, tu seras une héroïne de guerre, méritant le respect de chacun.
— Je suis censée me réjouir de ce genre de chose ?
— Je ne te dis pas ça pour te rabaisser, ce n'est qu'un simple constat N, rétorqua Shikaku. Accepter cette médaille t'aidera bien plus que de provoquer un scandale en la refusant.
— Écoute nos conseils pour une fois, Gamine, ajouta Genma en lui faisant un clin d'œil.
Naori était forcée d'admettre qu'ils avaient totalement raison cette fois. Avec la mort de Sarutobi, sa sécurité dans le village était loin d'être assurée, il était essentiel qu'elle assure ses arrières, et cette médaille était l'occasion rêvée. Elle doutait cependant que cela suffise à arrêter Danzô s'il se décidait à l'éliminer définitivement.
— Je dois vous laisser les jeunes, ma femme m'attend, je risque gros si je ne me dépêche pas. Au passage, félicitation pour vous deux, Genma, N.
Shikaku les salua d'un signe de tête et s'éclipsa. Genma et Naori se dévisagèrent, blasé tandis que Kakashi tentait de camoufler ses gloussements.
— Je crois que c'est loupé pour rester discret, constata le jonin au senbon.
— Faudrait qu'on m'explique comment tout le monde a pu être au courant aussi vite… Aoba parle beaucoup, mais quand même pas à ce point-là ! nota à son tour Naori.
— Vous êtes sérieux tous les deux ? Ça fait des mois que tout le monde s'attend à ce que vous finissiez ensemble. Vous n'imaginez pas le nombre de ninjas qui ont parié sur quand cela allait arriver !
— Tu en fais partie j'imagine ? question Genma.
— Je n'allais pas laisser passer une telle occasion de gagner de l'argent, se justifia le ninja copieur.
— C'est parfait, tu vas pouvoir nous inviter chez Ichiraku dans ce cas-là !
Naori lui adressait un sourire sadique. Elle savait parfaitement que Kakashi était un radin notoire, et qu'il faisait tout pour ne jamais rien dépenser. Elle venait enfin de trouver une occasion de se venger de toutes les fois où il avait prétendu avoir oublié son porte-monnaie après l'avoir invité et où elle s'était retrouvée obligée de payer à sa place.
— Eh vous trois !
Kakashi tenait la meilleure des diversions possibles : un jonin venait de les apostropher avec sérieux. Ils se dirigèrent vers lui, recevant leurs affectations pour la journée.
— L'unité des traqueurs pour moi, se réjouit Kakashi.
— L'hôpital, comme prévu.
— La protection du Daimyô, fit Genma.
Les grimaces que firent ses deux comparses répondirent à la sienne. Ce type d'affectation impliquait un grand nombre de réunions toutes plus longues les unes que les autres.
— J'espère que je pourrais au moins assister aux cérémonies de demain…
Il lança un regard triste à sa coéquipière. Cette mission de protection allait limiter encore plus le temps qu'ils allaient pouvoir passer ensemble… Se sentant presque de trop, Kakashi préféra les laisser seuls pour rejoindre son escouade.
— Tu seras prudent ?
Naori et Genma s'était isolé quelques instants, ils voulaient profiter du peu de temps qu'ils avaient avant de rejoindre leurs affectations respectives.
— Promis. Je n'aurais sûrement pas le temps de passer voir Raido ce soir, tu pourras t'en charger ?
Elle acquiesça. Genma l'enlaça avec douceur et déposa un baiser sur son crâne. S'éloigner de Naori après un tel rapprochement allait être une véritable torture...
Et voilà pour le nouveau chapitre, rempli de guimauve et de bons sentiments ! Bon, soyons sincère, j'attendais ce moment depuis loooooooooooongtemps, depuis le temps qu'ils se tournent autour les deux... Et puis ça change d'écrire ce genre de chose, après autant de chapitres déprimants x)
Du coup j'espère que ça vous a plu, comme toujours, alors n'hésitez pas à me donner votre avis ^-^
Je remercie encore et toujours Erenaki pour son soutien d'ailleurs :D
Je ne sais pas trop quand le prochain chapitre sortira, j'ai repris le taff, ça risque d'être difficile de tenir ce rythme de publication, alors m'en voulez pas trop si ça traine pour la suite o/
À bientôt,
Ney'
