Chapitre 19 : Désir

Naori prit une longue inspiration. Avait-elle vraiment le choix ? Pouvait-elle se permettre de se mettre le seigneur du pays à dos ? Refuser la médaille qu'il lui remettait serait un tel manque de respect envers sa personne qu'elle perdrait tout. Son regard se riva à celui de Genma. Ce dernier était d'une pâleur à rendre jaloux les cadavres qui reposaient autour d'eux. Redoutait-il à ce point sa réponse ?

Oui.

Cette évidence la toucha en plein cœur. Son choix les concernait tous les deux. C'était avec leur avenir qu'elle jouait, pas seulement avec le sien. Pour la première fois de sa vie, Naori comprit pourquoi les ninjas ne devaient jamais s'attacher et faire preuve de sentiment. Les sentiments compliquaient n'importe quelle situation. Chaque instant devenait un dilemme. Se retrouver à devoir choisir entre ses principes, son nindô, et son amour pour Genma était une épreuve.

En acceptant cette médaille, elle renonçait définitivement à sa liberté. Accepter le soutien du Daimyô, c'était se placer sous son autorité. C'était lui prêter allégeance, et oublier pour toujours son passé au pays de la Foudre. Était-elle réellement prête pour ça ? Son contrat avec Sarutobi lui avait permis de garder une certaine indépendance au sein de Konoha, et même s'il avait fini par lui confier un bandeau frontal marqué par le sceau du village, elle avait toujours su qu'elle pouvait partir si elle le souhaitait... Si elle acceptait cette médaille, le moindre manquement à ses devoirs de ninja serait considéré comme trahison. Un voyage en dehors du pays deviendrait une désertion.

Mais avait-elle réellement envie de partir ? Naori aimait cet endroit. Elle aimait entendre le rire des gens autour d'elle lorsqu'elle traversait l'artère principale. Elle aimait entendre le bruissement des arbres et le murmure des rivières lorsque la nuit tombait. La cohésion qui se dégageait de ce village lui faisait un bien fou, pour elle qui n'avait connu que le chaos des guerres et des traques en tout genre. Avant Konoha, elle n'avait jamais eu de foyer, d'endroit où se réfugier après des combats tous plus sanglants les uns que les autres. Elle était chez elle ici.

Genma s'imposa à son esprit. Elle n'était pas prête à le quitter pour garder un semblant de liberté. Elle ne pouvait pas renoncer à lui maintenant, alors qu'elle le découvrait enfin. Son avenir n'était pas de redevenir une nukenin traquée à la fois par Konoha et par Kumo. Non. Son avenir, c'était lui. Lui et ses sourires taquins. Lui et son senbon. Lui et son regard serein. Ses étreintes, ses caresses, ses baisers. Lui dans son entièreté. C'était là son avenir.

Comment avait-elle pu en douter ? Comment avait-elle pu songer, ne serait-ce qu'une seule seconde, qu'elle pouvait le laisser tomber pour une vie de paria ?

— Je les accepte.

Les mots étaient sortis de sa bouche sans qu'elle n'accorde un seul regard au Daimyô qui lui faisait face. Ces mots étaient pour son chef d'escouade. Pour lui seul.

Un sourire ravi apparut cependant sur les lèvres du seigneur du feu. La jeune Naori reconnaissait enfin son autorité. Jamais il n'aurait cru cela possible.

Avec la même gestuelle précieuse qu'il se plaisait tant à exagérer, il s'approcha de la kunoichi pour accrocher sa médaille près de sa poitrine. Puis, comme il l'avait fait pour Genma, il lui murmura quelques mots :

— Vous avez fait le bon choix Naori. C'était la seule façon de rester à ses côtés.

— Pour vous, ça sera N. Osez prononcer mon prénom une nouvelle fois, et vous êtes un homme mort.

Venait-elle vraiment de menacer l'homme le plus puissant du pays ? Celui à qui elle venait de confier son futur ? Sans aucun doute, et elle ne le regrettait pas un seul instant.

— Je n'en attendais pas moins de vous ! s'exclama doucement le vieillard. N'oubliez cependant pas que vous m'appartenez à présent.

— Je ne suis plus une esclave. Je n'appartiens à personne, grogna la jeune femme.

— En effet, mes mots étaient mal choisis, veuillez me pardonner. Je souhaiterais tout de même vous faire remarquer que vous venez de me confier votre vie, et par extension, celle de votre amant.

— Alors à mon tour de vous rappeler quelque chose : prenez-vous-en à Genma, touchez un seul de ses cheveux, et je brûlerai sans hésitation votre monde. Faites-lui du mal et je dévoilerai chacun des complots dans lesquels vous êtes impliqué.

— Quel couple touchant ! Vous êtes décidément faits l'un pour l'autre.

Il se redressa, un immense sourire caché derrière son éventail, avant de la congédier sans plus de cérémonie.

-o-

— Tu ne veux pas arrêter de tourner en rond comme ça N ? Ça devient vraiment épuisant.

Il était quatre heures du matin révolu, et Genma n'était toujours pas rentré. Naori l'attendait en compagnie de Raido, qui avait enfin quitté l'hôpital, et de Lyra, qui s'était laissée convaincre par le balafré de prendre un peu de repos. Elle ronflait légèrement dans le canapé, épuisée par les soins qu'elle avait dispensés.

— Va dormir si tu n'es pas content, grogna Naori à son coéquipier.

— Je vais plutôt commencer par t'assommer. Ça te va ?

— Vas-y, essaye, l'ancêtre.

Raido lui décocha un regard tueur. L'impatience de cette femme était véritablement insupportable. Elle n'avait cessé de s'agiter depuis qu'ils étaient revenus de l'hôpital. Il était à deux doigts de l'attacher et de la bâillonner. Il se fit d'ailleurs un plaisir de le lui faire remarquer.

— La seule personne qui a le droit de me faire ce genre de chose, c'est Genma, fit la kunoichi avec un sourire pervers qui fit rougir Raido.

— Je retiens l'idée, ma belle.

N se retourna en sursautant. Elle ne l'avait pas entendu arriver. Son chef d'escouade se tenait dans l'encadrement de la porte, un air presque vicieux affiché sur son visage fatigué.

— Vous m'attendiez ? demanda le jonin en boitillant jusqu'à l'un des fauteuils pour s'y laisser tomber dans un grognement de douleur.

— Non, on s'est dit que par les temps qui courent, prendre le thé à quatre heures du matin était une bonne idée, ironisa Raido.

— Tu déteins trop sur lui, N...

— T'es blessé ? s'inquiéta la jeune femme, ignorant totalement les remarques de ses deux coéquipiers.

— J'ai juste pris un mauvais coup à la hanche, c'est rien, tenta le jonin.

Le regard que la jeune femme lui lança le convainquit cependant de se laisser faire alors qu'elle s'approchait de lui pour lui prodiguer des soins.

— On vous a attaqué ? s'inquiéta Raido.

— Non, il s'est pris un coup de kunaï dans la hanche par simple plaisir, fit une voix éraillée.

Lyra venait de se réveiller et se montrait encore plus grognonne qu'à son habitude. Passer sa première nuit depuis deux jours dans un canapé peu confortable à entendre ses amis discuter ne lui plaisait guère.

— Je te laisse ma chambre si tu veux vraiment aller dormir, lui proposa Raido, plein de sollicitude.

— Qu'il est serviable... Ça change de toi, N.

— C'est parce qu'il t'aime bien, contrairement à moi.

La kunoichi avait répondu du tac au tac, sans détourner les yeux de son ouvrage, peu désireuse de laisser des cicatrices sur le corps de son amant par maladresse. Lyra se contenta de grogner une insulte avant de se lever.

— N, n'utilise pas ton chakra pour le soigner.

— Je sais.

Lyra hocha la tête, satisfaite.

— Avant-dernière porte au fond du couloir, lui précisa Raido en la voyant sortir du salon d'un pas traînant. Puis, il reprit : Genma, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

— On a été attaqué deux fois cette nuit, on a réussi à les repousser deux fois sans prendre trop de dégâts.

— Par qui ?

— Aucune idée. Chaque ninja que l'on a tué disparaissait avant qu'on ait pu l'identifier. Pourtant, ce n'était ni des clones, ni des illusions...

— Comment est-ce possible alors ? s'étonna N.

— Des invocations, expliqua Raido. Quelqu'un devait invoquer le corps, une fois qu'ils étaient morts, pour vous empêcher de les identifier.

— Ça me paraît être la meilleure explication. En tout cas, ils ont réussi leur coup : on était trop peu nombreux pour se lancer à la poursuite des survivants et trop affaiblis. La deuxième escouade a dû prendre le relais bien plus tôt que prévu et le Daimyô a décidé d'écourter son voyage. Il est déjà en route vers la capitale depuis une bonne heure...

— Bon débarras... Attends, une heure ? Pourquoi tu as mis autant de temps à rentrer alors ? Tu avais besoin de soin rapide ! pesta N.

— Je devais rédiger un rapport sur les attaques au plus vite à la demande des Anciens et de Danzô. Ensuite, j'ai voulu vous rejoindre à l'hôpital, mais vous étiez déjà partis...

— J'imagine que le trajet n'a pas dû être facile, blessé comme ça... nota Naori. Je vais devoir te recoudre à la main, prépare-toi.

— Mais...

— Je ne peux plus utiliser mon chakra. C'est soit ça, soit tu te vides de ton sang sur le fauteuil. Qu'est-ce que tu préfères ?

— Que tu me recouses, soupira le jonin, désespéré.

— Tu m'expliques comment tu peux avoir peur des aiguilles alors que tu en mâchouilles une à longueur de journée ?

— Déjà, c'est un senbon, pas une aiguille. Ensuite, ça me dérange pas quand ça se plante dans la peau de mes ennemis, et non dans la mienne. C'est une arme, pas un instrument médical.

— C'est comme avoir peur des scalpels sous prétexte que ça peut te couper alors que tu utilises des kunais tous les jours...

— Je n'ai jamais dit que c'était logique... Et puis, t'es mal placée pour me juger sur ça alors que tu dois être la seule kunoichi au monde à avoir peur du vide, bouda le jonin.

— Je ne vois pas... commença Naori.

— Vous avez fini tous les deux ? s'impatienta Raido. J'aimerais bien dormir !

Naori et Genma échangèrent un regard coupable. Leur relation encore balbutiante les avait plongés dans une bulle dont ils peinaient à ressortir. Raido risquait d'en faire les frais à bien des reprises. Pourtant, il ne semblait pas leur en vouloir. Au contraire, il les couvait d'un regard satisfait. Les voir enfin ensemble et heureux valait bien quelques heures de sommeil en moins.

— Désolé vieux, s'excusa Genma avec un sourire navré. Pourquoi vous m'avez attendu d'ailleurs ?

— N voulait absolument que l'on discute tous les trois.

— Naori, rectifia la jeune femme.

Le balafré la fixa sans comprendre.

— Naori ? répéta-t-il.

— C'est mon prénom.

L'incompréhension laissa place à un étonnement profond. Il se tourna vers Genma qui ne semblait pas réagir :

— Tu savais ? lui demanda-t-il.

Le chef d'escouade acquiesça.

— Je voulais que Genma soit le premier à le savoir... s'excusa Naori.

Ce dernier l'attira contre lui alors qu'elle avait enfin fini de nettoyer et recoudre sa blessure.

— Je ne t'en veux pas. Je suis simplement surpris. Que Genma soit au courant me paraît normal vu votre relation, mais je ne comprends pas pourquoi tu me le révèles à moi maintenant. Qu'est-ce qui a changé ?

— Le Daimyô me connait.

— Forcément, il t'a remis une médaille ce matin, mais je ne vois pas en quoi cela change quelque chose.

— J'ai dit qu'il me connaissait, pas qu'il était au courant de mon existence. Ce sont deux choses différentes.

— Je ne comprends pas, avoua Raido, perdu.

— Pour le Daimyô, Naori n'est pas une kunoichi lambda comme Iwashi peut l'être par exemple, intervint Genma. Il connait son prénom, son passé, ou du moins une partie, ainsi que son présent.

— La remise de médaille est moins un moyen de me protéger que de me garder à son service. En m'offrant publiquement sa protection, il s'est assuré de ma loyauté devant une foule de personnes qui ne se priveront pas de m'écharper si je manque à mes devoirs, soupira N, presque désespérée.

— Tu aurais pu la refuser non ? demanda Raido.

— Et humilier publiquement le seigneur du pays ? Cela aurait signé mon arrêt de mort, et ça vous aurait mis en danger.

— Je regrette de t'avoir poussée à venir à cette remise de médaille, confia Genma.

— Ça n'aurait rien changé si je n'étais pas venue. Je refuse simplement qu'il s'en prenne à vous pour se venger de moi.

— Son but n'a pas l'air mauvais, à première vue, analysa finalement Raido.

— C'est-à-dire ?

— Il cherche à t'utiliser, c'est sûr, mais pas à te mettre en danger, au contraire. Sinon il n'aurait pas cherché à te mettre en avant devant une assemblée de ninjas où grouille déjà une bonne partie de tes ennemis. En plus de cela, il a aussi récompensé Genma. À Konoha, plus tu accumules les médailles, plus tu as du pouvoir. S'il est au courant de votre relation et de l'attachement que vous avez l'un envers l'autre, cela ne fait aucun doute qu'il a fait ça pour que Gen' puisse te protéger.

— Effectivement. C'est lui qui a également demandé à Sarutobi à ce que tu sois placée dans notre escouade Naori.

Leur rencontre n'était finalement pas due au hasard. Tant de gens semblaient avoir comploté autour d'eux pour que Genma la prennent sous sa protection. Ses poings se crispèrent. Elle ne savait quoi penser de cette situation. Elle qui croyait s'être bien cachée en intégrant Konoha sous les conseils de Lyra... Voilà qu'elle se rendait compte que le Daimyô avait tout manigancé depuis le début. D'ailleurs, s'il était au courant de son passé, que savait-il d'autre sur elle ? Avait-il une idée de son identité ? Dire que ce vieillard était déjà loin d'ici à l'heure qu'il était... Aurait-elle un jour l'occasion de lui poser toutes les questions qui la taraudaient depuis des années ?

Raido lâcha un long bâillement. Il était encore épuisé par ses blessures.

— On réfléchira à tout ça demain, décida finalement Genma. L'important pour l'instant, c'est que l'on prenne tous un peu de repos.

Naori approuva et se leva, avant d'aider son amant à faire de-même. Elle salua leur coéquipier avec un sourire narquois :

— Bon courage pour ta nuit dans le canapé.

Raido lui fit un doigt d'honneur, peu enclin à accepter ses provocations. Surtout qu'elle n'avait pas tort. Si le canapé lui avait convenu lorsqu'elle s'était installée chez eux pendant quelque temps, cela n'allait pas être la même chose pour lui. Pour une fois, la petite taille de Naori jouait en sa faveur, alors que lui allait se retrouver forcé de se contorsionner dans l'espoir de passer une bonne nuit.

Genma ne suivit pas Naori immédiatement dans la chambre. Il resta dans le salon, adossé contre le mur, à poser un regard pensif sur son ami de toujours.

— Tu comptes me fixer longtemps comme ça ? Ça commence presque à me faire peur, ironisa Raido.

— Tu devrais aller la rejoindre.

Comme souvent, Genma avait entièrement raison. Sa place était dans son lit, auprès de Lyra. Les avances qu'elle lui faisait constamment le prouvaient, et il devait y mettre toute sa volonté pour y résister.

— Je n'en ai pas envie.

Mensonge. Il en mourrait d'envie. L'idée même de pouvoir serrer son corps contre le sien mettait ses sens en ébullition. Pouvoir passer ses doigts dans sa chevelure de feu était un doux rêve qui hantait ses nuits.

— Il serait peut-être temps que tu arrêtes de t'en vouloir. Je t'ai pardonné depuis des années, alors pourquoi tu ne fais pas de même ?

— Parce que je suis responsable de sa mort et que je refuse de provoquer de nouveau la disparition de celle que j'aime. Sur ce, bonne nuit Genma.

Il éteignit la lampe qui se trouvait près de lui, coupant court à la conversation. Genma sortit en silence, inquiet pour son frère d'armes. Raido en était parfaitement conscient. Genma s'était toujours inquiété pour lui depuis la mort de Hotaru. Comment faisait-il pour ne pas lui en vouloir ?

Le chef d'escouade pénétra dans sa chambre avec un regard triste, hanté par le souvenir de sa sœur jumelle. Lorsqu'il remarqua que Naori le fixait avec inquiétude, il s'appliqua à reprendre une expression joyeuse. Il n'était pas encore prêt à lui parler de cette partie de son histoire. Il rejoignit son lit en boitillant, s'effondrant dedans avec un grognement de douleur. Ce coup de kunaï le faisait souffrir bien plus qu'il ne s'en était douté.

— Il faudra tenir jusqu'à demain pour que je puisse te soigner totalement, fit Naori.

Ses mains vinrent défaire le nœud qui nouait son bandeau ninja, libérant ses mèches folles. Elle se délecta du contact entre ses doigts et sa chevelure. Combien de fois avait-elle rêvé de pouvoir y glisser ses mains ?

En manque soudain de tendresse, Genma vint se blottir contre le corps frêle de la femme qu'il aimait. Il n'arrivait toujours pas à se faire au tournant qu'avait pris leur relation. Tout lui semblait si naturel lorsqu'il était avec elle.

— Pourquoi Lyra t'as demandé de ne plus utiliser ton chakra ? demanda-t-il finalement.

— Parce que j'ai atteint mes limites ce soir.

Il lui adressa un regard sceptique. Il avait déjà vu des ninjas à court de chakra, lui-même l'avait déjà été. Jamais il n'avait vu quelqu'un se porter aussi bien que Naori. Les symptômes d'un manque de chakra étaient terribles... C'était loin d'être une simple fatigue passagère.

— Si tu préfères, j'ai atteint la limite de ce que je peux utiliser sans risque, élucida-t-elle.

— Et si tu dépassais ta limite ?

— Les sceaux sur mes bras s'ouvriront et vous serez en danger.

Par réflexe, elle cessa ses caresses et se couvrit les avants-bras. Ses bandages avaient beau être bien en place, elle paniquait à l'idée de dire toute la vérité à Genma. Si jamais il apprenait ce qu'elle était vraiment, voudrait-il encore d'elle ? Elle n'était pas sûre de vouloir le savoir.

Elle sursauta quand ce dernier se releva légèrement, prenant garde à ne pas s'appuyer sur sa hanche blessée. Il s'assit face à la jeune femme avant de prendre ses mains entre les siennes.

— Naori...

Sa voix était aussi douce qu'une caresse, aussi rassurante qu'une étreinte. Pourtant, elle ne put s'empêcher de paniquer alors qu'il commença à défaire l'un des bandages qui recouvrait les sceaux sur ses poignets. Elle voulut se débattre, s'enfuir avant qu'il n'en sache trop. Il ne la laissa pas faire.

— Naori.

Son ton implacable la fit se calmer immédiatement. C'était la première fois qu'il prononçait son prénom de cette façon. Elle lui adressa un regard empli d'une crainte immense.

— Fais-moi confiance. Je ne chercherais pas à les analyser. Je te le promets.

Il disait la vérité. Elle le savait. Elle le sentait.

— Je veux simplement que tu sois toi-même, et non pas la guerrière qui cache de nombreux secrets. Je ne te jugerai pas.

Elle le laissa faire, reléguant son angoisse au fond de son cœur alors que les motifs inscrits dans sa peau apparaissaient peu à peu. Finalement, Genma laissa choir les bandages sur le sol. Il effleura sa peau avant de lui voler un baiser.

— Tu m'as bien fait enlever mon bandana après tout !

— J'aurais dû me douter que tu allais te venger... Je voulais juste que tu arrêtes de te cacher derrière ta carapace de ninja devant moi, lui avoua-t-elle.

— Il en va de même pour moi, ma belle. Mes sentiments pour toi ne changeront jamais, quoique tu caches derrière ce sceau.

— Ça, c'est ce que tu dis maintenant. Le jour où tu finiras par savoir la vérité, tu t'en iras, comme ils l'ont tous fait avant toi.

Tant de rancœur suintait de ses paroles.

— Tu n'as toujours pas compris ? lui demanda soudainement Genma.

— Compris quoi ?

— Maintenant que je t'ai rencontré, je ne te lâcherai pas. Je ne t'abandonnerai pas. Ce que j'éprouve pour toi va au-delà de l'entendement. Jamais je n'aurais espéré pouvoir connaître une personne comme toi. Alors crois-moi quand je te dis que je resterai à tes côtés tant que tu voudras bien de moi !

Une flamme nouvelle brillait dans ses yeux. Jamais Naori ne l'avait vu comme ça, lui qui avait l'air si détaché de tout d'habitude. Il s'approcha d'elle et l'enlaça, enfouissant sa tête dans son cou. Là, il s'amusa à déposer une multitude de baisers. Il se plut à voir de longs frissons apparaître sur la peau de sa compagne. Savoir que de simples baisers pouvaient avoir un tel effet sur elle laissait présager un monde de sensation à découvrir. Les imaginer fit monter une vague de désir irrépressible en lui. Se doutait-elle de l'effet qu'elle lui faisait ? Sentir, contre lui, sa poitrine se gonfler d'air à chaque respiration... Sentir ses doigts s'agripper à lui alors que ses baisers s'intensifiaient... L'entendre gémir son prénom alors qu'il la serrait contre lui. Avait-elle conscience que tout cela le rendrait un peu plus fou d'elle à chaque seconde ?

Il voulut la plaquer sans plus de cérémonie sur le matelas, mais sa blessure le rappela à l'ordre, lui arrachant un long grognement de douleur.

— Il va falloir rester sage ce soir ! s'amusa presque Naori.

Le regard de chien battu que lui renvoya son chef d'escouade la fit fondre.

— Ta blessure risque de se rouvrir si tu fais un faux-mouvement, tu aurais subi les aiguilles pour rien.

— Pourquoi on ne peut jamais faire l'amour ? se plaignit le jonin d'une voix traînante.

— Parce que votre voisine de chambre essaye de dormir et que si vous continuez comme ça, je viendrais vous égorger dès que vous aurez fermé l'œil, fit une voix de l'autre côté du mur.

Visiblement, Lyra n'appréciait pas leur séance nocturne.

— Demain, je te soigne et on dort chez moi, proposa N dans un murmure.

— Ça me va. Par contre...

— Oui ?

— Je ne te laisserai pas dormir une seule seconde, lui avoua-t-il.

Un sourire pervers se dessina sur les lèvres de sa compagne, prémices de la nuit qu'ils passeraient enfin ensemble.

-o-

— Vous partez en mission dans une heure, annonça Iruka à Genma.

Le jonin lui décocha un regard tueur. Pourquoi tout le monde s'évertuait à le priver d'une nuit avec la femme qu'il aimait ?

— Je suis blessé, Raido est en convalescence, et N est épuisée, rappela-t-il.

— Je sais, mais on n'a pas le choix, ton escouade est la seule disponible. On fait face à de nombreuses attaques à la frontière Nord-Est, et vous êtes les seuls à avoir suffisamment de force de frappe pour régler le conflit avant que l'on cède.

— On part pendant combien de temps ?

— Deux semaines minimum. Vous allez longer la frontière pour permettre à tous les ninjas en avant-poste de prendre du repos. Le but est que vous restiez deux jours avec chaque escouade, afin que N les soigne et que vous fassiez du ménage dans les rangs ennemis. Iwashi vous accompagnera également.

Genma haussa un sourcil sceptique. Iwashi n'était pas retourné en véritable mission depuis des mois. Était-il vraiment à la hauteur pour ce genre de mission classé A ? Le rythme allait être insoutenable pour lui.

— Il a fait la demande de retourner un peu sur le terrain après la tentative d'invasion. Même si son niveau est loin d'être suffisant pour ce genre de mission, il pourra se rendre utile. Nous n'avons pas le loisir de nous passer d'un homme de plus sur le terrain.

— La situation est si catastrophique que ça ?

— On a perdu un quart de nos effectifs, et avec la mort du Troisième, on apparait comme un pays faible aux yeux des autres grandes puissances. Si on ne donne pas le change en acceptant autant de missions qu'avant, on déclarera au monde entier que n'importe qui peut nous attaquer.

— Apparemment, personne ne s'en prive s'il y a autant de bordel aux frontières, nota le jonin.

— Justement, si vous intervenez, on donnera l'illusion d'être en meilleure forme qu'il n'y paraît.

Genma joua avec son senbon, pensif. Envoyer son escouade sur le terrain était effectivement la meilleure chose à faire, même si cela ne le réjouissait en aucun cas. Plus le temps passait, plus il se rendait compte qu'il n'éprouvait plus aucun plaisir à partir en mission, seulement une intense lassitude. Était-il en train de craquer, comme lui avait expliqué Lyra à leur rencontre, ou avait-il simplement fait le tour de la vie de ninja ?

À son âge, nombreux avait été les ninjas qui avaient raccroché pour se tourner vers des postes de commandement ou d'enseignements, bien plus compatible avec une vie de famille. Bien moins dangereux aussi. Il n'avait jamais aspiré à ce genre de chose, mais savoir qu'il allait de nouveau risquer sa vie et celles de ses coéquipiers dans des affrontements qui les dépassaient l'angoissait plus que de raison.

— Quand est-ce que Jiraya reprendra officiellement le poste de Hokage ? finit-il par demander.

Avec un nouvel Hokage en place, les choses seraient bien plus simples à gérer. C'était avec la disparition du troisième Kazekage que la Troisième Grande Guerre Ninja avait commencé, si Konoha restait trop longtemps sans chef officiel, l'histoire risquait malheureusement de se répéter.

Et Genma était prêt à tout pour ne pas avoir à revivre cette horreur.

— Je...

Iruka affichait un air coupable. Visiblement, il redoutait d'en dire trop.

— Tu peux lui en parler, Iruka, fit une voix dans son dos.

Shikaku venait d'apparaître dans la pièce, aussi silencieux qu'à son habitude.

— Je croyais que ça devait rester secret ? opposa le chunnin.

Qu'un chunnin en sache plus que lui sur la situation du village fit sourire Genma. Il était véritablement temps qu'il se reprenne en main s'il voulait pouvoir protéger ses coéquipiers au mieux. Certes, Iruka avait un statut particulier dans le village, en ayant été un proche de Sandaime, mais ça ne plaçait pas au niveau d'un jonin...

— Genma vient d'être médaillé par le Daimyô en personne, remets-tu en doute sa loyauté ? Je te rappelle que son grade est plus élevé que le tien, il pourrait te demander réparation.

Iruka se ratatina légèrement sur son siège. Être rappelé à l'ordre de cette façon par le leader des jonins n'avait rien de plaisant pour le brun.

Conscient du malaise qui s'installait dans la pièce, Genma leva la main en signe d'apaisement. Le temps n'était pas au conflit interne.

— Je ne peux pas en vouloir à Iruka pour son comportement. Je ne m'implique plus dans la vie du village et sa politique depuis plusieurs années. Il n'est cependant jamais trop tard pour changer, alors je réitère ma question : pourquoi Jiraya-sama n'a-t-il toujours pas pris place à la tête du village ? Cela diminuerait énormément les tensions avec les autres pays.

— Jiraya-sama a refusé le poste de Hokage, avoua finalement Iruka.

— Pourquoi personne n'a été mis au courant ? Un nouveau vote des jonins devrait avoir lieu ! s'offusqua le jonin.

— La situation est trop instable à l'intérieur même du village pour qu'on rende cette information publique. Danzô et la Racine risqueraient d'en profiter.

— Qu'allons-nous faire alors ? On ne peut pas rester éternellement sans Hokage ! s'insurgea Genma. À moins qu'un autre nom ait été retenu ?

— Tout à fait. Jiraya a proposé la princesse Tsunade pour prendre la place de Sarutobi.

— Tsunade ne donne plus de signe de vie depuis des années, même moi je le sais.

— Il est parti à sa recherche avec Naruto. Il a même réussi à obtenir des anciens que la nouvelle ne soit pas propagée tant que cette dernière n'a pas pris de décision officielle.

— Si jamais elle accepte, elle sera un atout de choix pour le village, nous avons grand besoin de ses talents. Les bons médic-nins se font de plus en plus rares malheureusement, il devient essentiel d'en former de nouveau, ajouta Iruka.

Genma approuva. Avant l'arrivée de Lyra et de N dans le village, la situation n'était déjà pas au beau fixe pour les médic-nins. Le temps faisant son office, la situation était devenue pire. Rares étaient ceux à avoir un talent suffisant dans cet art, et sans véritable senseï, il devenait de plus en plus ardu d'exceller dans ce domaine.

— On va devoir couper court à cette conversation messieurs, d'autres ninjas attendent que je leur confie leur ordre de mission. Genma, voici le parcours que toi et ton escouade devez suivre. Soyez prudents.

Genma récupéra le rouleau qu'Iruka lui tendait avec appréhension. Retourner en mission avec N allait être compliqué. Tant de choses avaient changé depuis la dernière fois. Allait-il réussir à gérer à la fois son rôle de leader et celui d'amant ?

Shikaku sortit en sa compagnie de la pièce. Genma ne put s'empêcher de jeter un regard curieux autour de lui. La demeure du Hokage paraissait totalement vide en ces jours funestes...

— Tu n'aurais pas dû rabrouer autant Iruka. Il avait parfaitement raison de se méfier de moi, commença le jonin au senbon.

— Je sais, lui répondit le ninja.

Le sourire satisfait qu'il lui adressa fit comprendre à Genma les raisons de ses agissements.

— Tu voulais que je m'implique, n'est-ce pas ?

— Exactement. Tu es un ninja intelligent et talentueux Genma, et tu es resté trop longtemps dans l'ombre. Je sais que la mort de Minato t'as fait fuir les arcanes du pouvoir, mais il est temps que tu reprennes le rôle que tu aurais dû avoir. Tu es un leader, pas un suiveur.

— Je n'aspire pas à diriger Konoha.

— Seulement à protéger les tiens. C'est justement ce qui fait de toi un meilleur leader que bien d'autres. Si tu continues à te cacher comme tu le fais depuis des années, d'autres que toi prendront ta place. Si un jour Raido et N perdent la vie au combat, parce que diriger par un autre que toi, que feras-tu ? Accepte le rôle qui est le tien, tant qu'il en est encore temps.

— Et si je ne suis pas à la hauteur ?

Il était rare que Genma doute de lui-même. Il avait parfaitement conscience de ses capacités et de ce qu'il était capable de faire. Ce qu'il redoutait, c'était la réaction des gens autour de lui. Combien l'avait regardé de haut depuis toutes ces années passées dans l'ombre des grands ninjas ? Comment réagiraient-ils maintenant qu'il souhaitait de nouveau s'élever dans la hiérarchie du village ?

— Je veillerais à ce que tu ne faiblisses pas. Tu me rappelles mon fils par bien des aspects...

— Il a été impressionnant lors des examens. C'est ton digne héritier.

— Et comme toi, son seul ennemi est sa motivation.

La remarque fit sourire le jonin au senbon. Combien de fois avait-il entendu cette phrase le concernant ? Son senseï lui répétait souvent. Comme Hotaru ou Minato à l'époque où ils étaient encore en vie. Même Raido s'y était mis avec le temps.

De son point de vue, ce n'était pas un manque de motivation, seulement une volonté de rester loin des problèmes. Il en avait eu une dose suffisante durant sa jeunesse. Seulement, ces derniers temps, les problèmes semblaient vouloir venir à lui...

— Va te préparer pour ta mission maintenant, et soyez prudents, on ne peut se permettre de perdre des ninjas de votre rang.

— À croire qu'on a de la valeur seulement par notre statut de ninja, fit Genma, cynique.

— Bienvenue dans le monde shinobi.

-o-

— On repart déjà en mission ? s'étonna Raido. Je suis convalescent, N est occupée à l'hôpital et toi tu es blessé !

— Je sais déjà tout ça, vieux. On n'a pas le choix, on est la seule escouade "disponible", fit-il en mimant avec ses doigts des guillemets.

— Ça a l'air de te réjouir encore moins que moi.

Genma soupira. Il n'avait pas pour habitude de se confier à qui que ce soit.

— Je ne sais pas comment je vais pouvoir conjuguer ce qu'il se passe avec Naori et mon rôle de chef d'escouade, avoua-t-il.

— Il va te falloir apprendre à faire la part des choses. Si vous n'avez pas à vous cacher lorsqu'on sera que tous les trois, en présence d'autres ninjas, vous allez devoir faire comme si de rien n'était, même si tout le monde est déjà au courant de votre relation.

— De l'hypocrisie pure et simple...

— Je n'ai jamais dit le contraire, mais c'est comme ça. Si on se rend compte que votre relation prend le pas sur vos rôles de ninjas, vous risquez tous les deux une suspension et toi, la perte de ton statut de chef.

— Si on peut appeler ça une relation...

— Comment ça ?

— On n'arrive pas à passer plus de cinq minutes ensemble sans être dérangés. On devait passer la soirée chez elle ce soir, et encore une fois, c'est loupé, bouda Genma.

— Ça n'empêche pas le fait que vous soyez fous l'un de l'autre. Laissez-vous le temps, la situation est compliquée en ce moment, mais ça ira mieux dans un ou deux mois.

— Espérons qu'aucun de nous ne se fasse tuer d'ici là.

— Arrête ton défaitisme et va la prévenir pour la mission. Je me charge de trouver Iwashi.

Écoutant les conseils de son ami, Genma se rendit immédiatement à l'hôpital. Trouver Naori dans cette immensité qu'était le bâtiment ne posait aucun problème, il suffisait de se diriger vers les hurlements.

Maintenant qu'elles avaient pu prendre un peu de repos toutes les deux, Lyra et la kunoichi se faisaient un plaisir de se provoquer mutuellement. L'aile dont s'occupait la rousse, si calme en temps normal, prenait des allures de champs de batailles lorsque celle-ci s'énervait. Naori, qui de son côté, ne s'amusait jamais autant que quand elle faisait s'enrager Lyra, mettait toute son énergie à décupler son énervement.

— Bonjour Mesdames !

— Dégage !

Il évita de justesse le livre que lui lançait Lyra. Cette diablesse pouvait se montrer redoutable lorsqu'elle se mettait en rogne. Naori, au contraire, se calma immédiatement, gardant uniquement son sourire narquois.

— Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda-t-elle en se lovant contre lui.

— Il ne peut plus se passer de toi apparemment, suggéra ironiquement Lyra.

— Ne sois pas jalouse parce que tu ne connaîtras jamais ça, vieille sorcière.

— Vous n'en avez pas marre au bout d'un moment ? Il est que onze heures, et vous êtes déjà en train de vous écharper...

Il leur envoya un regard blasé, tout en profitant du contact du corps de sa compagne contre le sien.

— On commence bien plus tôt, d'habitude, avança Lyra. Fais-moi plaisir, emmène-la loin d'ici, j'ai besoin d'avoir la paix pour une heure ou deux.

— On va s'absenter pour plus longtemps, on part en mission dans trente minutes.

L'atmosphère changea du tout au tout. Auparavant électrique, elle devint lourde.

— Vous n'êtes pas en état de partir en mission, Raido et toi, protesta Naori.

— Bienvenu en temps de guerre ma belle. On n'a pas le choix, c'est comme ça.

Mettant de côté toute la colère qui avait pu se développer entre elles, la kunoichi se tourna vers la médic-nin et lui demanda :

— Soigne-le s'il te plait, Lyr'. Une blessure comme ça pourrait lui être fatale pendant un combat.

— Va te préparer pour votre mission, je m'occupe de lui.

— Merci.

Naori déposa un baiser sur les lèvres du jonin avant de sortir à toute vitesse de l'hôpital. Elle n'avait pas de temps à perdre.

— Je ne comprendrai jamais votre relation à toutes les deux, soupira Genma.

— Je ne mettrais jamais la vie d'un ninja en danger seulement pour tenir tête à N.

— Me voilà rassuré.

Les soins prirent peu de temps. En bien meilleure forme, le jonin se dirigea vers l'appartement de sa subordonnée dans l'espoir de profiter de quelques instants de tendresse avant leur mission.

Il ne prit pas la peine de frapper à la porte pour entrer, même s'il venait rarement en ces lieux, il s'y sentait comme chez lui. Le bruit de l'eau qui coulait lui indiquait que la jeune femme n'avait manifestement pas encore quitté sa douche. Une folle envie de la rejoindre s'empara de lui. La restreindre lui demanda toute sa volonté. Il ne voulait pas que ça se passe comme ça. Son seul véritable désir était de pour réellement profiter de la jeune femme, et non pas de se précipiter pour la découvrir. de pour la mettre rapidement dans son lit.

Toujours était-il qu'il sentit son cœur faire un bond lorsque sa subordonnée sortie de la salle de bain vêtue d'une simple serviette, ses longs cheveux à peine séchés, ces yeux dorés brillant de malice alors qu'elle le remarquait.

— Déjà soigné ? lui demanda-t-elle, soucieuse.

— Lyra a fait du bon travail, ça devrait suffire le temps qu'on rejoigne la frontière.

— Qu'est-ce qu'on va faire là-bas ?

— Défendre les avants-postes contre les tentatives d'invasions.

— Ils nous prennent pour une armée ?

— À nous trois, on peut s'y apparenter. Il ne me semble pas qu'une autre escouade de notre niveau existe dans le village.

— Comment ça ?

— Généralement, on mélange les niveaux pour équilibrer les escouades. Ça permet aux plus faibles de progresser et aux plus forts de prendre des responsabilités. On est l'exception, si on devait suivre les règles du village, on aurait chacun notre propre escouade sous nos ordres.

— Non merci, une fois m'a suffi pendant l'invasion.

— C'était si horrible que ça ?

— Essaye de te retrouver chef d'une escouade où chacun de tes subordonnés te déteste et veut ta mort, et tu auras un aperçu de ce que j'ai ressenti avec eux.

— Vous pourriez me détester, Raido et toi.

Naori leva un sourcil sceptique. Souhaitant lui prouver le contraire, elle se pencha devant lui et tendit la main pour saisir le senbon avec lequel ses lèvres jouaient. Une fois l'arme en main, elle l'envoya négligemment se planter dans le mur qui se trouvait dans son dos.

— Comment veux-tu que je te déteste alors que je suis folle de toi ? lui demanda-t-elle le plus sincèrement du monde.

— C'est vrai ?

— Oui.

— Prouve-le-moi.

À quoi jouait-il ? Il savait pourtant qu'ils n'avaient pas le temps de s'amuser en cet instant. Pourquoi était-il incapable de se maîtriser en sa présence ?

— Le fait que je me montre presque nue devant toi, sans aucun bandage pour camoufler mon corps, ne te suffit pas ?

— Tu es encore bien trop couverte à mon goût.

Encore une fois, il avait parlé trop vite. Comment faisait-elle pour l'envoûter à ce point ?

— Et maintenant ?

Sans aucune hésitation, Naori venait de laisser tomber au sol la serviette qui la recouvrait quelques secondes auparavant.

Genma resta figé, simplement fasciné. Elle était loin des standards de beauté. Son corps était frêle, ses courbes, bien que marquées, restaient moins généreuses que chez la plupart des femmes. Sa peau était aussi blanche que sa chevelure et laissait ressortir la moindre rougeur, la moindre cicatrice. Une de ses mèches longeait délicatement son corps, bougeant au même rythme qu'elle alors qu'elle s'avançait vers lui, conquérante. Il était captivé par cette grâce féline qui se dégageait de chacun de ses pas. Silencieuse et dangereuse comme une panthère.

Son regard s'ancra au sien, comme il l'avait fait déjà tant de fois. Il avait arrêté de compter le nombre de fois où il s'était perdu dans ses pupilles dorées. Pourtant, tout était différent cette fois-ci. Une flamme nouvelle brûlait en elle, le happant sans retenue. Il n'arrivait plus à se détourner de cette femme qu'il aimait tant.

Comme toujours, ses résolutions s'envolèrent alors que sa main se posait presque timidement sur le corps de sa coéquipière. Celle-ci ne put s'empêcher de tressaillir alors que ses doigts parcouraient sa peau sans aucune retenue. Depuis quand n'avait-elle pas été touchée aussi intimement ? Tous ses sens étaient en ébullition.

Un long gémissement s'échappa de sa gorge alors que Genma se faisait de plus en plus entreprenant. Elle n'avait plus qu'un désir : celui de s'abandonner totalement à l'homme qui faisait battre son cœur. Un désir qui faisait écho à celui du chef d'escouade qui sentait son cœur s'emballer alors qu'elle le dominait totalement, le poussant sans cérémonie au fond du canapé.

Très vite, le haut de son uniforme vint rejoindre la serviette sur le sol, ainsi que son bandana. Leurs cheveux s'entremêlaient alors que leurs lèvres s'unissaient sans aucune forme de cérémonie. Seule la passion les dominait, une passion bien trop souvent refoulée.

— Naori...

L'entendre gémir son prénom alors qu'elle se frottait contre son corps provoqua une nouvelle décharge dans l'esprit de la jeune femme. Avait-il conscience d'être terriblement irrésistible alors qu'il se laissait totalement aller ? Savait-il l'effet qu'il lui faisait lorsqu'il prenait cette voix rauque ?

Genma ne savait plus quoi faire, partagé entre l'envie de s'abandonner totalement à la jeune femme et celle de la posséder de tout son être. Apercevoir le sourire victorieux qu'elle arborait lui permit de faire un choix. Leur relation n'était qu'une éternelle bataille. Une de ces batailles où il n'y avait ni perdant, ni gagnant. Seul l'affrontement comptait.

D'un habile mouvement de hanche, il inversa leur position, passant cette fois-ci au-dessus de la jeune femme. Voir la frustration dans les pupilles dorées de sa compagne le fit rire. Il n'y avait que dans ces moments-là qu'elle laissait totalement transparaître ses émotions. Le jonin n'avait plus qu'une envie : lui faire perdre le contrôle d'elle-même. La mener dans un monde de sensation qu'elle ne connaissait pas, satisfaire le moindre de ses plaisirs.

Ses lèvres se déposèrent sur son visage à de multiples reprises, puis descendirent lentement. Elles passèrent d'abord par sa gorge, déclenchant une vague de frissons sur la peau de la kunoichi, avant de s'arrêter sur sa clavicule. Là, alors que Naori l'entourait de ses bras, enfouissant ses mains dans ses cheveux, il mordilla avec délicatesse cette peau diaphane qu'il aimait tant.

L'une de ses mains s'égara sur le ventre de la jeune pour remonter jusqu'à poitrine. Il s'empara avec allégresse de l'un de ses seins, incapable de se retenir. Il en avait rêvé tant rêvé, toutes ces fois où elle s'était baladé presque nue devant lui. Son regard ne parvenait plus à quitter ce corps qu'il trouvait sublime, il avait cette impression étrange de caresser un rêve, un mirage. Comme si tout cela était trop beau pour que cela puisse être vrai.

— Par pitié, arrêtez ça, je vais plus pouvoir vous regarder en face...

Les cris que poussèrent Naori et Genma aurait presque pu faire rire Raido s'il n'avait pas été occupé à tenter d'oublier les images qui venaient de se graver dans sa rétine. Surprendre son meilleur ami avec leur coéquipière n'avait rien d'inattendu, mais il avait la désagréable impression de leur avoir volé un moment d'intimité qu'ils avaient désiré pendant des mois.

— Qu'est-ce que tu fous là bordel ?! s'emporta Genma.

Il s'était placé par réflexe devant Naori, cherchant à tout prix à camoufler sa nudité. En soit, il n'était pas vraiment jaloux à l'idée que Raido puisse apercevoir le corps la femme qu'il aimait, mais il s'inquiétait pour cette dernière. Elle avait mis un temps fou à accepter que lui-même la voie sans aucun bandage pour camoufler ses bras, si Raido remarquait les sceaux maintenant, il redoutait la réaction que Naori pourrait avoir.

— On devait se retrouver à la porte du village il y a dix minutes déjà, expliqua simplement le balafré.

Pourquoi était-il rentré dans l'appartement sans prendre la peine de frapper à la porte ? Plus jamais il n'aurait cette mauvaise habitude, songea-t-il. Par respect, il avait immédiatement détourné le regard en comprenant sa bêtise, s'obstinant à fixer le mur blanc qui lui faisait face. Pourtant, il sentait une certaine tension dans la pièce, ce qui l'étonnait fortement. Il connaissait ses deux amis et en temps normal, ces deux-là se seraient immédiatement amusé de la gêne qu'il éprouvait en cet instant. Finalement, les rouages de son esprit se mirent en route, provoquant une illumination.

—Naori... Je suis déjà au courant pour les sceaux que tu as sur les bras.

Loin de détendre l'atmosphère, sa déclaration lança un nouveau froid sur leur petite assemblée.

— Et Genma n'y est pour rien, ajouta-t-il avec précipitation, souhaitant éviter tout malentendu.

— Comment alors ?

La voix de la kunoichi avait quelque chose de terrifiant. Ce n'était qu'un simple murmure qui résonnait entre les quatre murs de la pièce, promesse d'un danger sans commune mesure. Si sa réponse ne lui plaisait pas, il ne donnait pas cher de la peau de son coéquipier et de la sienne.

— À l'hôpital. Après l'Hiraishin. Je les ai aperçus plusieurs fois quand Lyra te soignait.

— Tu m'espionnais ?

— Ce n'était pas vraiment toi que j'observais si tu veux tout savoir...

Il espérait sincèrement que la médic-nin n'entende jamais parler de cette déclaration. Si elle le savait, plus rien ne l'empêcherait de multiplier ses avances envers lui. Lui résister était déjà une tache bien trop ardue pour le balafré.

— Je n'ai jamais eu le talent de Genma pour le Fûinjutsu, je suis incapable de savoir ce que représentent ces sceaux, alors tu n'as pas à t'inquiéter.

Un long silence suivit sa déclaration. Genma restait immobile, redoutant le rejet de la jeune femme.

— Alors comme ça, tu espionnais Lyra ? s'amusa finalement Naori.

Genma la dévisagea. Toute trace de colère semblait avoir disparu de son visage. Seuls demeurait un immense soulagement et une écrasante lassitude

— Tu ne lui diras rien hein ? supplia Raido en se retournant par réflexe.

Le rouge lui monta de nouveau aux joues alors qu'il comprenait son erreur.

— Vous ne voulez pas vous rhabiller d'ailleurs ? continua-t-il en fermant les yeux.

— Pourquoi ? Le corps d'une femme nue te rebute ? Lyra ne va pas être ravie, plaisanta Genma.

Maintenant que la tension était redescendue, il comptait bien faire payer à son meilleur ami son intrusion. Il n'avait même pas conscience de ce qu'il avait vraiment interrompu et de l'importance que ça avait. Des mois de frustration qui allait enfin pouvoir être relâchée et finalement, tout avait été gâché par son intrusion. Dire que Naori et lui devraient réprimer de nouveau leurs envies pendant de longues semaines...

Cependant, Raido n'avait pas tort, une mission les attendait.


Olà ! Voilà enfin le nouveau chapitre, un peu écourté par rapport à ce que j'avais prévu à la base.

J'espère qu'il vous plaira quand même :D

C'était un assez gros défi pour moi puisqu'il se base quasiment entièrement sur la relation entre Naori et Genma. Je ne m'attendais pas à verser autant dans le lemon (même si ça reste encore très soft), du coup je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez !

À bientôt,

Ney'