Chapitre 23 : Complot
— Je ne connais même pas votre prénom.
— Sumiye.
Genma fixait sa belle-mère, sceptique. Il ne savait quel comportement adopter avec cette femme. Il n'avait rien contre elle. C'était bien la seule personne de cette maison à qui il ne pouvait rien reprocher. Pourtant, il sentait une colère au fond de son cœur, trop insidieuse pour être révélée au grand jour. Cette femme avait pris la place de sa mère. Elle avait aidé son père à se construire une nouvelle famille, avait accepté de lui donner une nouvelle descendance.
— Je pensais que les ninjas étaient doués pour dissimuler leurs émotions. Apparemment, ça n'est pas votre cas, à Naori et toi, fit Sumiye en lui accordant un sourire indulgent.
— Je crois que je serais bien incapable de dissimuler quoique ce soit de mes sentiments dans cette maison. Quant à Naori, je ne vous apprends pas grand-chose en vous disant qu'elle n'accorde pas une grande importance à ce qu'impose le code des Ninjas.
— Il y a des lieux qui sont chargés de trop de souvenirs pour qu'on puisse rester indifférent. J'aurais aimé que tu te sentes à ta place en ces lieux.
— Pour ça, il faudrait revenir plus de vingt ans en arrière, vous ne seriez pas là, et vos enfants non plus.
Genma avait prononcé cette phrase sans aucune animosité. C'était un simple fait qu'il énonçait : il ne s'était jamais senti à sa place dans cette demeure trop grande. L'étalage des richesses de son père l'avait toujours dérangé.
— Tu ne mâches pas tes mots, s'amusa Sumiye.
— Ça doit être l'influence de Naori. Son irrévérence a fini par déteindre sur moi, constata-t-il simplement.
— De ce qu'on put me dire les domestiques, tu étais déjà comme ça en étant enfant. La nourrice de mes enfants parle souvent de toi et d'Hotaru.
Une ombre voila le regard du jonin. Cette nourrice avait été la seule personne à qui lui et sa sœur s'étaient confiés. À l'époque, elle était celle qui se rapprochait le plus d'une mère à leurs yeux, celle qui les avait couverts lors de leur départ.
— Je suis heureux de savoir que vos enfants sont éduqués par mon ancienne nourrice, fit-il avec politesse.
— Cela ne sert à rien de mentir, Genma. Tu as détesté ces enfants à l'instant même où tu as entendu leurs prénoms. Je ne peux pas t'en vouloir pour ça, ton père ne pouvait pas vous faire de pire insulte à ta sœur et toi.
Pourquoi fallait-il que la nouvelle femme de son père soit une personne si lucide ? Il s'était préparé à la haïr à l'instant même où il l'avait aperçu sur le trône de sa mère. Il s'en était fait l'image d'une belle-mère acariâtre, prête à tout pour l'éloigner d'un héritage dont il n'avait jamais voulu. Mais cette femme ne semblait pas se conformer à ses idées. Pire que ça, il se mettait à l'apprécier pour sa finesse d'esprit.
— Cela ne vous dérange pas ?
— À l'instant même où j'ai accepté d'épouser ton père, je savais ce qui m'attendait. Mes enfants et moi-même ne sommes que des remplaçants, une deuxième tentative de former la famille de ses rêves. Nous n'existons que comme une version améliorée de ce qu'il a toujours voulu. L'animosité que tu as envers nous est dans l'ordre des choses.
Elle posa avec délicatesse ses doigts fin sur la rambarde qui entourait le balcon. Ses mains étaient bleuies par le froid de l'aube, mais cela ne semblait pas la déranger. Elle reprit :
— J'aimerais simplement te rappeler que malgré mon statut, je ne suis pas ton ennemie. Ton père est peut-être mon époux, mais ma fidélité va d'abord au Daimyô, et celui-ci vous a placé sous sa protection.
— J'imagine que mon père n'est pas au courant de votre allégeance ? Vous seriez déjà morte sinon.
— Sa prétention sera la chose qui le perdra à coup sûr, mais il n'est pas stupide pour autant. Il me garde à l'œil malgré mes années de fidélité apparente. Je me pense cependant assez intelligente pour qu'il ignore mes véritables intentions.
Cette femme était une alliée inattendue. Savoir que toute la noblesse du Pays du Feu n'était pas gangrénée par les idéaux arriérés de son père soulageait le ninja. Il savait pertinemment que le conseil des Anciens n'avait pas accepté cette mission par hasard. Outre la rémunération importante qui découlait de ce genre de client, c'était là l'occasion rêvée d'espionner discrètement la noblesse du pays.
La scission entre les hautes sphères et les ninjas étaient devenues de plus en plus importantes au fil des années. Plus le temps s'écoulait, plus les ninjas perdaient de leur pouvoir politique, et même si le Daimyô au pouvoir les soutenait, il devenait évident que l'air des shinobis touchait à sa fin.
— Véritables intentions dont nous parlerons cette nuit ?
— Exactement. Maintenant, tu ferais mieux de prendre un peu de repos, le jour se lève et je doute que mon mari apprécie de te trouver en ces lieux.
Le jonin approuva. Moins son père en savait sur leur situation, mieux la mission se déroulerait. Il n'avait pas pour ambition d'intégrer les plans du Daimyô et de Sumiye, mais il préférait se tenir au courant des intrigues politiques qui se jouaient autour de Naori. Avec un peu de chance, cette mission lui permettrait de réunir de nouvelles informations sur son passé.
Lorsqu'il retourna dans la dépendance qu'on leur avait attribuée, il y découvrit un Raido parfaitement éveillé, l'air grognon. Visiblement, il n'appréciait pas leurs petites balades nocturnes.
— Entre Naori qui rentre en plein milieu de la nuit avec une humeur massacrante et toi qui ne rentres qu'au petit matin, j'ai l'impression de devoir gérer deux ados en pleines crises d'hormones.
— Si nos hormones étaient le cœur du problème, la situation serait bien plus simple à gérer, vieux. Elle est montée dormir ? demanda Genma.
— Dormir ? Tu plaisantes j'espère ! Ça fait trois heures que je l'entends tourner en rond dans la chambre du dessus. Tu vas en prendre pour ton grade...
Genma haussa les épaules. Il se doutait bien que Naori n'avait pas apprécié qu'il la congédie pour parler à une autre femme. Il n'était pas forcément d'humeur à encaisser sa colère, mais préférait crever l'abcès au plus vite.
Le jonin grimpa rapidement les marches qui le séparaient de la femme qu'il aimait, et entra dans sa chambre sans prendre la peine de frapper. Elle s'était assise sur le bord de la fenêtre, visiblement de mauvaise humeur. Lorsqu'il la vit s'avancer vers lui, l'air déterminé, il eut cependant un mouvement de recul. Il ne savait que trop bien ce que risquait quiconque la mettait en colère. La perspective d'atterrir assommé contre un mur ne le tentait guère.
— Tu m'en veux ? demanda-t-il.
— Non. C'est bien ça le problème.
Genma lui lança un regard surpris. Décidément, cette femme n'était jamais là où on l'attendait.
— Ça serait bien plus simple si je parvenais à t'en vouloir. Après tout, tu m'as repoussée et congédiée comme si j'étais une simple domestique. Une simple esclave.
Il baissa la tête, coupable. Cet endroit faisait ressortir en lui de vieux réflexes dont il avait mis des années pour s'en débarrasser. Il n'était pas un prince à qui tout était dû, loin de là. Traiter Naori comme une moins que rien, l'envoyer balader comme il l'avait fait cette nuit, c'était la dernière chose à faire.
Avec timidité, il tendit sa main vers son visage. Il était prêt à tout pour garder cette femme à ses côtés. Elle lui avait dérobé son avenir à leur première rencontre, et rien ne lui plaisait plus que de s'imaginer passer ses vieux jours auprès d'elle. Alors, il était hors de question qu'il laisse les résidus de son passé gâcher le début de leur relation.
— Ça suffira à me faire pardonner si je te dis que je suis un idiot et que je suis vraiment désolé pour cette nuit ?
Elle approuva d'un signe de tête, et vint coller sa joue sur la paume de sa main tendue. Sa peau était fraîche, témoin d'une nuit passée à l'extérieur. Voyant que Naori acceptait son contact, il ne se priva plus. Il l'attira contre lui et vint enfouir son visage dans sa chevelure blanche. Ses lèvres trouvèrent rapidement la peau nue de son épaule et vinrent s'y presser avec délicatesse.
Il s'était pourtant promis de se contrôler pendant toute la durée de cette mission. Leur histoire d'amour n'avait pas sa place sur le terrain. Il se le répétait à longueur de journée, à chaque fois que son corps réclamait sa présence.
— Je suis sincèrement désolé, ma belle.
Sa voix n'était qu'un murmure. Il savait qu'il l'avait blessée plus profondément que ce qu'elle ne lui montrait. Il l'avait rejeté comme un imbécile alors qu'elle faisait tout pour le soutenir.
— J'ai toujours su que tu étais un peu idiot sur les bords, alors je ne t'en veux pas.
Il se redressa et aperçut le sourire narquois de la kunoichi. Son cœur fit un bond dans sa poitrine, sans prévenir.
— Continue à me sourire de cette façon et je te fais l'amour contre ce mur immédiatement.
Sa déclaration, loin de refroidir la jeune femme, l'encouragea à sourire encore plus. Elle était impatiente de le voir mettre à l'œuvre sa menace.
— Tu es irrécupérable, s'amusa-t-il.
— Regarde dans quel état tu es déjà avant de me dire ça.
Sa main désigna la bosse déjà visible qui se formait sous l'uniforme du jonin.
— Tu ne te rends pas compte de l'effet que tu me fais, avoua Genma, loin d'être gêné par le spectacle qu'il offrait.
— J'en ai une petite idée...
Les doigts de la jeune femme glissaient déjà sur le tissu tendu, appliquant des caresses divinement tentatrices. La respiration de son amant s'accéléra. Pourquoi fallait-il qu'elle soit aussi joueuse ?
— Nao...
Genma ne parvint pas à finir sa supplication, trop occupé à grogner de plaisir alors que Naori plaquait son corps contre le sien. Comme toujours, il peinait à lui résister. Trop de frustration gonflait en lui. Les circonstances actuelles mettaient tellement de pression sur leurs épaules que trop souvent, ils renonçaient à installer une quelconque intimité entre eux. Seuls les baisers à la volée restaient, uniques témoins de leur relation.
Alors Genma n'en pouvait plus. Il la voulait de toute son âme, de tout son corps. Il rêvait de la faire sienne, encore et encore. Il rêvait de l'entendre gémir son prénom, de la voir se tordre de plaisir sous ses doigts, de découvrir la moindre parcelle de sa peau.
Tant de désir qui le rendait fou.
Pourtant, il se força à se contenir, et avec toute la délicatesse dont il était capable, il la prit dans ses bras et la porta jusqu'au lit à peine défait. Naori se laissa faire alors qu'il l'allongeait avec douceur sur ce matelas tout juste assez grand pour les accueillir tous les deux.
— Je croyais que c'était le mur le programme ? nota-t-elle tout de même.
— Non.
— Non ?
— Je refuse de te faire l'amour de cette façon.
Il ne se démonta pas alors qu'elle le dévisageait à présent avec une frustration.
— Tu refuses ?
— Absolument.
Naori croisa ses bras sur sa poitrine alors que Genma prenait place au-dessus d'elle. D'un geste, il défit le nœud qui retenait son bandana, libérant sa tignasse en bataille, puis propulsa dans le mur le plus proche le senbon qu'il tenait encore entre ses lèvres.
— Ce n'est pas l'impression que tu donnes.
Genma lui offrit l'un de ses sourires taquins qu'elle aimait tant, avant de capturer ses lèvres. Déjà celles de Naori s'entrouvrirent avec avidité. Elle en voulait plus. Un simple baiser ne lui suffisait plus. Genma était cependant un homme joueur, il se délectait de la voir ainsi, et n'avait plus qu'une envie : la faire languir jusqu'à ce qu'elle le supplie. Ses dents s'accrochèrent donc à sa lèvre inférieure, mordillant sa chair. Puis, sans prévenir, alors qu'elle était persuadée qu'il répondrait enfin à sa demande, il rompit leur baiser.
— Je pourrais te faire l'amour de mille et une façons...
Son regard brûlant captura les iris dorés de la kunoichi.
— Je pourrais te prendre, d'un coup, sans prévenir...
Ses doigts suivirent la courbure de sa clavicule, facilement visible sous le haut qu'elle portait. Ils tracèrent ensuite la courbure de son cou pour venir s'installer délicatement autour de sa gorge. Il ne serra pas, ce n'était pas la peine. Naori était immobile, complètement offerte à lui, fascinée.
— Je pourrais te faire mienne...
Ses lèvres se posèrent à la naissance de sa mâchoire.
— Te torturer jusqu'à ce que tu lâches prise...
Sa jambe se glissa entre celles de la jeune femme, sa cuisse exerçant une pression délicieuse sur son intimité.
— Jouer avec toi pendant des heures...
Sa seconde main s'attarda sur sa poitrine. C'était la première fois qu'il se faisait aussi entreprenant, qu'il se laissait autant aller. Il ne mit que quelques secondes à dégager l'un de ses seins des vêtements qui le recouvrait. Ses lèvres s'emparèrent rapidement de son téton dressé par le plaisir, qu'il suçota, fou de désir.
— M'amuser à te faire languir, encore et encore...
La main qui reposait jusqu'à présent sur la gorge de la kunoichi descendit le long de son corps, longeant d'abord son bras droit.
— Je pourrais être bien plus doux que tu ne peux le penser...
Elle se glissa avec une lenteur folle jusqu'à son intimité, passant outre le pantalon et la culotte en soie que la jeune femme portait.
— Ou bien plus violent...
Ses doigts se mouvaient lentement, contrastant avec les propos qu'il tenait. Naori, elle, se tendait sous ses assauts, retenant à grande peine ses gémissements de plaisir.
Genma s'en délectait. Sa coéquipière était complètement à sa merci, incapable de lui résister. Il s'affaira à lui procurer le plus de plaisir possible, accélérant parfois le mouvement de ses doigts pour ralentir ensuite.
Le souffle de la jeune femme se fit plus court, plus rapide. Ses joues étaient devenues rouges, ses lèvres étaient légèrement entrouvertes. Le tableau qu'elle offrait à son coéquipier était sublime.
— Je pourrais tout arrêter maintenant...
Naori lui décocha un regard menaçant. L'idée même qu'il puisse faire une telle chose faisait naître une frustration immense en elle. Heureusement, son coéquipier lui offrit un nouveau sourire tout en continuant ses va-et-vient. Il prenait soin de jouer uniquement avec son bouton de plaisir, ne lui offrant pas la délivrance de le sentir en elle.
Pourtant, elle prenait un plaisir fou sous ses caresses incessantes. Plaisir qui ne cessait d'augmenter au rythme de ses mouvements. Elle sentit finalement son esprit s'embrumer pour atteindre enfin ce moment où plus rien d'autre n'avait d'importance.
— Ou alors t'offrir un plaisir sans fin...
À ses mots, il vit son regard brûlant le supplier. Comprenant que le moment était venu, il accéléra ses mouvements une dernière fois et observa le corps de sa coéquipière s'abandonner totalement à la jouissance, un sourire extatique imprimé sur son visage. Se savoir responsable du plaisir qu'elle venait de prendre le rendait ivre de bonheur et de fierté.
Il déposa un baiser chaste sur ses lèvres alors qu'elle reprenait son souffle, encore désorientée par cette soudaine montée de plaisir.
— Mais on s'arrêtera là pour l'instant.
— Pourquoi ?
Il n'y avait pas la moindre colère dans sa question, simplement un soupçon de frustration. Naïvement, elle s'était imaginée pouvoir lui rendre autant de plaisir.
— Tu as besoin de repos, et je doute de pouvoir me contenir si l'on va plus loin.
Ses doigts parcoururent avec douceur ses côtes blessées. Il avait veillé à ne pas les solliciter, soucieux d'éviter toute nouvelle souffrance la jeune femme.
— Je risquerais de te faire mal.
— Peu importe.
Ce n'était pas une simple blessure qui l'empêcherait d'étreindre son amant.
— Ne cherche pas à protester, ma décision est prise, Gamine. Je ne prendrais pas ce risque-là.
Genma était un homme têtu, Naori ne le savait que trop. Elle n'arrivait cependant pas à lui en vouloir. Sa décision n'était motivée que par son bien-être. Qu'il soit capable de se limiter autant simplement pour veiller sur elle la touchait plus qu'elle ne l'aurait pensé. Elle était bien consciente du désir qu'il ressentait, et du contrôle qu'il devait exercer sur lui-même pour se retenir.
Épuisée, elle décida finalement de se lover contre son corps pour se réfugier dans ses bras. Immédiatement, toute la pression qu'elle avait pu ressentir retomba. Son corps réagissait presque trop bien au contact de son coéquipier.
— Je crois que je vais devoir prendre un peu de repos après cette mission.
Pour la première fois, elle acceptait de faire taire tout faux-semblant, de se montrer telle qu'elle était vraiment devant Genma. La douleur lancinante l'affaiblissait plus qu'elle n'avait pu le penser au départ. Elle regrettait presque d'avoir insisté pour participer à cette mission. Elle n'en pouvait plus de cacher la lassitude qui l'étreignait et la peur qu'elle ressentait.
— Je suis sûre que Lyra va trouver un moyen de te remettre sur pied. En attendant, tu vas te reposer jusqu'à la réception. Avec Raido on s'occupera du reste.
— Vous avez besoin de repos, vous aussi, tenta de protester la kunoichi.
Genma ne la laissa pas faire, posant son index sur ses lèvres.
— Fais-nous confiance pour une fois. On est des grands garçons.
— C'est en ton père que je n'ai pas confiance.
— Il ne tentera rien, sa réputation est en jeu. Il a besoin de nous pour assurer la sécurité de la réception, et une fois notre tâche terminée, on partira immédiatement.
— Et les autres nobles ?
— On n'a rien à craindre d'eux dans l'immédiat. J'imagine que l'entretien de ce soir avec ma belle-mère nous en apprendra un peu plus.
Une question brûlait à présent les lèvres de la jeune femme, sans qu'elle ose la poser.
— Kaori sera sûrement là.
Genma la connaissait définitivement trop bien.
— C'est une noble alors ?
Pourquoi se sentait-elle aussi jalouse d'une femme qui appartenait au passé de Genma ?
— La fille d'un autre grand seigneur de la région. J'ai été promis à elle dès ma naissance. Après la mort d'Hotaru, puis celle de Minato, je me sentais plus seul que jamais. Alors, j'ai voulu retrouver ma famille. J'ai cru pouvoir me racheter auprès d'eux en acceptant les fiançailles... Mais rien ne s'est passé comme prévu et Kaori s'est persuadée que je cesserais d'être un ninja pour vivre avec elle. Après deux ans de conflits, j'ai rompu mes fiançailles, et jeté de nouveau l'opprobre sur ma famille. Mon père m'a définitivement banni de ses terres et ma mère a apparemment mis fin à ses jours peu après.
— Tu l'as appris cette nuit ?
— Oui. Je ne m'attendais pas à trouver une autre femme sur le trône familial en arrivant ici. Même si je dois avouer que l'on a gagné au change avec Sumiye...
— Comment était ta mère ?
— Dévouée à mon père et à ses projets. Elle ne s'est jamais vraiment occupée d'Hotaru et moi, notre éducation avait été confiée à notre nourrice. Tu as pu l'apercevoir hier, c'est elle qui poursuivait les deux enfants.
— Alors pourquoi as-tu l'air aussi triste ?
Naori ne comprenait pas. Pourquoi pleurer la mort d'une femme qui avait accepté de renier ses enfants ? Qui n'avait même pas pris la peine de s'occuper d'eux ?
— Parce que je suis responsable de tout ça. Si je n'avais pas voulu devenir un ninja, Hotaru et ma mère seraient encore en vie aujourd'hui. Je n'aurais peut-être pas la vie que j'ai maintenant, je serais sûrement un noble insupportable, mais au moins, j'aurais une famille, soupira Genma, mélancolique.
— Tu n'as pas à te sentir coupable, tu n'es pas responsable des choix des autres. Hotaru a choisi de te suivre, et ta mère a choisi d'abandonner. La vie est déjà bien assez difficile, tu n'as pas à te rajouter le poids des décisions des autres.
Naori passa sa main dans les cheveux rebelles du ninja, admira pendant quelques secondes leur douceur, puis ajouta :
— Et quant au fait d'avoir une famille... Raido et moi, on ne représente rien à tes yeux ? Aoba, Gai et Ebisu non plus ? Et tous ceux du village qui tiennent à toi ?
— Je...
Naori ne lui laissa pas le temps de continuer sa phrase. Elle posa un doigt sévère sur ses lèvres, dans le but de la faire taire.
— Il n'appartient qu'à toi de te choisir une nouvelle famille
Il était curieux d'entendre la façon de penser de Naori à propos des familles. Pour elle qui n'avait connu que les combats et la vie d'esclave, ses préoccupations devaient sembler bien futiles.
— Je n'ai pas l'habitude de parler de ce genre de chose, mais à mes yeux, tu comptes bien plus que n'importe qui. Bien plus que n'aurait pu compter mon hypothétique famille, ajouta Naori après un long silence.
Elle vint enfouir son visage contre le torse du jonin, cherchant à tout prix à cacher sa gêne. Elle devenait bien trop sentimentale depuis qu'elle l'avait rencontré.
Genma ne chercha pas à la taquiner. Les paroles qu'elle avait prononcées le touchaient trop pour ça. Il prit le temps de se les répéter plusieurs fois dans son esprit, imprimant chaque mot comme une promesse d'avenir. Ses bras resserrèrent leur étreinte sur la jeune femme. Naori avait raison. Les ninjas de Konoha étaient devenus sa nouvelle famille. Raido était devenu son frère, et elle, elle était la femme avec qui il comptait bien partager le reste de sa vie.
Rien d'autre ne comptait.
-o-
— Veuillez pardonner mes coéquipiers, ils ne sont pas les plus ponctuels.
Raido s'inclina respectueusement devant Sumiye Shiranui et se promit intérieurement de se venger de Genma et Naori. Une fois de plus, ses deux coéquipiers se faisaient un plaisir d'être en retard.
— Ne leur en veuillez pas trop, leur nuit n'a pas été de tout repos.
— J'ai cru comprendre effectivement. C'est bien pour ça que je me retrouve ici, faisant fi des ordres de votre mari.
Il se méfiait de cette femme. Les années lui avaient appris à craindre quiconque se pensait suffisamment intelligent pour tromper ses proches. Peut-être avait-elle de nobles idéaux, peut-être était-elle vraiment de leurs côtés, il n'en savait rien. Toujours était-il qu'il n'appréciait pas l'idée de devoir se fier à une femme qui trahissait aussi ouvertement son mari.
— Mon mari n'en saura rien, n'ayez crainte. Pour tout vous dire, il s'est même absenté jusqu'à demain, nous sommes donc libres de nos mouvements.
— Les domestiques et les soldats sont toujours présents, et je doute que tous tiennent leur langue.
— L'argent les fera taire, et par chance, il se trouve que j'en possède à foison. Cessez donc de vous inquiéter.
— Je cesserai de m'inquiéter à l'instant où cette mission prendra fin.
Raido détestait être ici. Il avait l'impression de percevoir la présence fantôme d'Hotaru dans chaque endroit où il mettait les pieds. Il voyait aussi l'effet que cette demeure avait sur son meilleur ami et il refusait de lui imposer un tel calvaire plus longtemps que nécessaire.
— Pourquoi Genma vous a-t-il laissé la direction de cette mission ? demanda finalement Sumiye pour briser la glace.
— Un bon chef sait quand il n'est plus capable d'être objectif. Genma sait pertinemment qu'il ne sera jamais neutre pendant une mission qui implique sa famille.
— Vous ne semblez pas l'être, vous non plus. Votre histoire avec la famille Shiranui est loin d'être simple, s'amusa à souligner Sumiye
Cette femme cherchait à le tester, à le pousser dans ses retranchements. Pourquoi se comportait-elle ainsi avec lui ? Il n'en avait aucune idée, mais une chose était sûre : il refusait de la laisser abattre ses défenses aussi facilement.
— Le passé appartient au passé. Je suis un ninja, je n'ai pas le loisir de ressasser mes erreurs.
— C'est une bonne chose que vous pensiez ainsi. Je n'imagine pas comment je me sentirais à votre place, si j'étais responsable de la mort de la personne que j'aimais.
— Continuez à vous attaquer à Raido et je veillerai à ce que vous trouviez une réponse à votre question.
Naori était apparue silencieusement derrière Sumiye. Le regard dédaigneux qu'elle lançait à l'épouse du Seigneur Shiranui en disait long sur la manière dont elle la considérait.
— Vous avez toujours la menace facile, Naori. C'est amusant de constater que vous n'avez aucune maîtrise de vos sentiments, fit Sumiye avec un sourire narquois.
— Estimez-vous heureuse que je prenne le temps de vous menacer au lieu de vous égorger directement.
Lui laissant à peine le temps de cligner des yeux, la kunoichi dégaina son sabre et le pointa sur sa gorge.
— Notre escouade est un peu sur les nerfs en ce moment, il serait dommage que ce sabre se plante malencontreusement sur votre gorge...
Le sourire carnassier qui apparu sur le visage de la jeune femme fit pâlir Sumiye. Pour une fois, elle comprenait d'où venait la réputation de guerrière implacable de Naori. Elle s'était renseignée sur elle, lorsqu'elle avait appris l'intérêt que lui portait le Daimyô. Les rapports qu'elle avait pu lire décrivaient une kunoichi sanguinaire et intouchable, prête à tout pour accomplir les missions les plus dangereuses. Pourtant, depuis la veille, elle n'avait pu voir qu'une gamine incapable de maîtriser ses sautes d'humeurs.
Naori s'approcha d'un pas chaloupé, ses cheveux blancs formant un halo lumineux autour d'elle. La froideur qu'elle dégageait faisait oublier son physique menu, et l'éclat terrible de ses yeux promettait trop de souffrance pour que Sumiye ose les fixer. Finalement, la kunoichi approcha sa bouche de son oreille, et lui murmura quelques mots :
— Il se pourrait aussi qu'il se plante dans la gorge de vos enfants, et ce, avant même que vous ayez le temps d'appeler la garde.
— Naori.
Genma était arrivé à son tour, et s'il avait jugé utile de laisser sa coéquipière menacer sa belle-mère, il refusait d'impliquer les deux enfants dans leur conflit.
D'un bond, Naori se plaça à ses côtés, et rengaina son sabre avec un haussement d'épaule désabusé.
— Vous n'oseriez pas vous attaquer à des enfants, Genma et Raido ne vous laisseraient pas faire.
— Sans vouloir vous décevoir, Sumiye, je doute d'être en mesure d'arrêter Naori si elle décide de se lâcher, révéla Genma. J'aimerais cependant savoir à quoi riment vos insinuations envers Raido.
— Je cherchais simplement à tester le self-contrôle de ton coéquipier. Il semble être bien meilleur que Naori et toi dans ce domaine.
— Faites encore ce genre d'expérience sur nous, et vous pourrez être sûr que mon père apprendra à qui va votre allégeance.
La menace sembla faire effet puisque Sumiye s'inclina respectueusement devant les trois ninjas, tout en cherchant à cacher les tremblements qui avaient suivi l'intervention de Naori.
— Veuillez me pardonner pour mes paroles, nobles shinobis, cela ne se reproduira pas.
La lune se découvrit quelques instants, passant outre les épais nuages qui recouvraient le ciel. Elle n'était qu'un fin croissant lumineux, mais parvenait tout de même à éclairer leur visage sous un jour nouveau.
Pour la première fois de sa vie, Sumiye se sentait intimidée devant des ninjas. Ces trois-là n'avaient rien à voir avec ceux qu'elle avait déjà croisé dans sa vie. Pourtant, ils ne payaient pas de mine avec leurs apparences presque négligées. Il y avait cependant quelque chose de plus en eux. Une puissance qui les englobait à chacun de leur mouvement, aussi fascinante que terrifiante.
— Je vous ai demandé de me rejoindre ici afin de vous exposer la requête du Daimyô.
La noble reprit son souffle, se racla discrètement la gorge avant de reprendre d'une voix plus maîtrisée :
— Vous n'êtes pas sans savoir que son clan et le clan Shiranui se vouent une haine féroce. Comme chaque année, la réception organisée à la naissance de la huitième lune est l'occasion de montrer au peuple et à la noblesse une paix factice. En nous faisant l'honneur de se présenter à cette réception, le Daimyô fait taire quiconque oserait protester contre son pouvoir.
— Le clan Shiranui est-il assez puissant pour renverser le pouvoir en place ? demanda Naori, curieuse.
Elle ne connaissait rien au fonctionnement de la noblesse au Pays du Feu. À quel moment un clan était-il considéré comme une véritable menace pour le Daimyô ?
— Seul, non. Il faudrait que mon mari accepte de passer une alliance avec d'autre clan opposé à la politique actuelle. Mais même sans avoir la capacité de tenter un coup d'État seul, le clan Shiranui dispose d'assez de puissance pour affecter de manière durable la noblesse du Pays du feu. Si le Daimyô se retrouve blessé pendant la réception, l'image de son pouvoir faiblira.
— Cela jetterait l'opprobre sur mon père, je doute qu'il prenne ce risque. Un seigneur incapable d'assurer la protection d'une simple réception ne pourra être vu à la tête de notre nation, opposa Genma.
— Si le jeu en vaut la chandelle, il prendra ce risque. Maintenant que sa descendance est assurée, il ne joue plus sur le même tableau : il n'a que faire de prendre le pouvoir pour lui, ce qui l'intéresse, c'est mettre notre fils sur le trône, il planifie sur le long terme.
— Et bien sûr, ce projet ne vous tente pas ? ironisa Naori.
— La mère que je suis refuse d'exposer son fils à une telle responsabilité. La gouvernance d'un pays n'a rien à voir avec celle d'un clan. En prenant la place du Daimyô, mon fils pourrait devenir une cible pour quiconque voudra se venger du coup d'État.
— Quand bien même cela est vrai, vous pourriez vous élever à un rang auquel vous n'auriez jamais pu aspirer avant... nota la kunoichi.
— Je ne suis pas une femme ambitieuse, j'ai déjà tout ce qu'il me faut pour vivre de la façon dont il me plait. M'élever dans la noblesse ne m'intéresse pas.
— Vous avez pourtant épousé l'un des seigneurs les plus puissants du pays.
— Simplement pour m'assurer un certain statut. C'est comme ça que fonctionne la noblesse, mais une femme des bas-fonds ne peut pas comprendre ce genre de raisonnement.
Genma attrapa la main de Naori avant que cette dernière ne réagisse à l'insulte qui venait de lui être faite. Ce n'était pas le bon moment pour que la jeune femme perde son calme. Il comprenait sa colère et sa méfiance, il les partageait même, toutefois la situation était trop tendue pour pouvoir y laisser libre cours.
Naori semblait avoir compris le message puisque la vague de chakra qui s'était échappée d'elle reflua rapidement. Elle aussi avait conscience de l'importance de cet entretien.
— Soyons clairs : une autre insulte de ce genre et toute forme d'alliance sera impossible entre nous, intervint Raido. Maintenant, venez-en au but, je veux savoir ce qu'attend le Daimyô de nous.
— Il veut s'allier à vous. Que vous deveniez ses yeux et ses oreilles au sein des hautes sphères de Konoha. En échange, il fera jouer de son influence pour protéger cette jeune femme de ses nombreux ennemis.
Elle désigna Naori d'un geste indolent. Les trois ninjas se dévisagèrent, incertains de la décision à prendre.
— Je ne vous demande pas une réponse immédiate. Le Daimyô vous laisse jusqu'à la réception pour vous décider.
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— C'est à Naori de prendre la décision, pas à nous, argumenta Raido.
— Têtue comme elle est, je doute qu'elle accepte ce marché...
— Ce sera son choix.
Genma grogna avant de se remettre à jouer avec son senbon. Il ne tenait plus en place depuis leur entrevue avec Sumiye. Le marché qu'elle leur avait proposé lui trottait dans la tête, éclipsant tous les autres problèmes qu'ils accumulaient. Par chance, cette mission touchait enfin à son terme : dans moins de dix heures, la réception serait terminée, et ses coéquipiers et lui pourraient fuir ces terres maudites.
Surtout, ils seraient bientôt de retour à Konoha, et Naori bénéficierait de véritable soin. Son état empirait et cela inquiétait de plus en plus son amant. Il devenait urgent de trouver un remède au mal qui la rongeait, même si elle parvenait encore à tenir le change. Raido ne se doutait encore de rien, mais Genma n'était pas dupe : il avait passé trop de temps à l'observer pour ne pas remarquer la douleur qui rythmait le moindre de ses mouvements.
Les pas de la kunoichi se firent d'ailleurs entendre dans les escaliers de la dépendance, ainsi qu'une flopée d'injures. Ses deux coéquipiers se dévisagèrent un instant, redoutant le déferlement de colère qui suivait généralement ce genre de situation.
— Gamine ? tenta timidement Genma.
Naori apparut finalement dans le salon de la dépendance, les yeux brillants de colère, son habituelle tenue de combat remplacée par un kimono que lui avait fait parvenir Sumiye.
— J'ai plusieurs questions pour vous messieurs : à quel moment avez-vous pensé que c'était une bonne idée que je me charge de la protection du vieux fou qui nous sert de Daimyô ? Pourquoi je me retrouve à porter une telle horreur ? Comment suis-je censée camoufler mon sabre avec une telle tenue ? Et surtout... Comment suis-je censée nouer cette chose ?
Elle leva devant elle l'épaisse ceinture qui devait venir fermer le furisode qu'elle arborait, provoquant un fou rire chez ses coéquipiers.
— Vous ne m'aidez pas beaucoup là... D'ailleurs, comment pourrais- je me battre dans une telle tenue ? Il est impossible de bouger correctement !
Plus elle s'emportait, plus les rires des deux hommes s'amplifiaient.
— Comme si tu avais besoin de pouvoir bouger pour mettre à terre qui que ce soit, réussit finalement à articuler Raido. Avec ton bouclier, le premier qui t'approche est quasiment sûr de ne pas se relever.
— D'ailleurs, le but, c'est que tu te fondes dans la masse des nobles, et aux dernières nouvelles, les nobles ne se baladent pas constamment avec un sabre, enchaîna Genma.
— Non seulement je vais devoir me coltiner ce vieux fou pendant plusieurs heures, mais en plus, je vais devoir me comporter comme une noble ? Je vous déteste.
— On ne te croit pas une seule seconde, rit Raido.
Au même moment, quelqu'un frappa à la porte, provoquant un silence inquiétant dans la dépendance. Raido se décida à accueillir l'intrus venu les déranger.
— J'ai été envoyée pour aider Naori-sama à se préparer.
La vieille nourrice se tenait dans l'embrasure de la porte, s'inclinant aussi bas que possible. Son visage fripé fixait le sol, n'osant relever les yeux vers les trois ninjas. Voyant le trouble qui s'était emparé de Genma, Naori se décida à répondre :
— Votre aide sera la bienvenue, accompagnez-moi.
Elle fit signe à la nourrice de la suivre, sachant d'instinct qu'il valait mieux l'éloigner de son coéquipier qui s'appliquait à se fondre dans le décor.
La préparation fut longue. Bien trop longue au goût de la kunoichi. Jamais elle n'avait passé autant de temps à se farder ou se coiffer. Cependant, elle se devait d'avouer que la vieille dame avait fait un travail sublime. C'était à peine si elle se reconnaissait à travers un miroir. Son reflet ne dégageait plus rien de sauvage ou de fantomatique. Elle rayonnait d'une noblesse qu'elle ne soupçonnait pas avoir.
— Vous allez faire tourner de nombreuses têtes ce soir, constata la nourrice.
— N'est-ce pas un peu... « trop » ? s'inquiéta Naori.
— Vous accompagnerez le Daimyô, vous devez être parfaite.
— Peu importe ce qu'exige le protocole, cela ne me ressemble pas.
La nourrice dévisagea Naori avec curiosité, avant de laisser ses lèvres fines se fendre en un sourire amusé.
— Je comprends pourquoi Genma s'est épris de vous.
— Que voulez-vous dire par là ?
— La liberté l'a toujours attiré, et vous en êtes le symbole, Naori-sama.
Elle plaça une dernière épingle dans la chevelure de la jeune femme.
— Vous ne semblez pas lui en vouloir, contrairement à tous les autres habitants de cette demeure...
— J'ai élevé cet enfant. Je l'ai vu grandir aux côtés de sa sœur. Ses choix de vie ne m'ont jamais étonné : la vie de noble n'était pas faite pour lui. Je suis heureuse de pouvoir rencontrer l'homme qu'il est devenu aujourd'hui, même si mon devoir envers la famille Shiranui m'interdit de lui adresser la parole.
La tendresse qui marquait son ton réchauffa le cœur de la kunoichi.
— J'espère que la vie sera plus tendre avec lui à présent que vous êtes à ses côtés.
— J'y veillerais.
Le regard qu'elles échangèrent scella une promesse que Naori se ferait un plaisir d'honorer. Elle était capable d'affronter la terre entière pour assurer le bonheur de Genma.
-o-
La réception battait déjà son plein quand Naori fit son entrée aux côtés du Daimyô. La foule qui les entourait obligeait la jeune femme à feindre un sourire ravi, mais sous son masque de douce jeune femme qu'elle arborait, elle frémissait de colère. Jamais elle n'avait autant eut l'impression d'être un simple bout de viande qu'on lançait en pâture à des animaux.
— Ne soyez pas si stressée, ma jeune amie, cette soirée ne fait que commencer ! lui murmura le Daimyô sur un ton doucereux.
— Elle est déjà trop longue à mon goût.
— Si vous y mettiez un peu du vôtre, je suis sûr que vous pourriez passer un bon moment.
— À quel moment pouvez-vous penser que j'apprécie tenir compagnie à un vieillard comploteur au milieu d'une foule de sangsues avides d'argent et de pouvoir ?
Le Daimyô lâcha un rire sonore, faisant se tourner quelques têtes autour d'eux. Leur couple ne passait déjà pas inaperçu, mais si cet imbécile attirait l'attention de la foule, cela n'allait pas aider.
— Vous ne mâchez pas vos mots, comme toujours. J'imagine que vous préfériez passer la soirée avec votre cher Genma.
— Vous avez deviné ça seul ? Félicitations pour votre perspicacité.
— Merci bien. Cependant, j'ai comme l'impression qu'une autre femme a le même désir que vous.
Il lui indiqua un coin de la terrasse où se trouvaient quelques nobles. Parmi eux, Genma dénotait dans sa tenue de ninja. Une jeune femme semblait se disputer avec lui, sans pour autant que le ton monte.
Si Naori eut l'envie de se tenir loin de cette scène, redoutant un coup d'éclat qu'elle ne parviendrait pas à maîtriser, le Daimyô semblait avoir une tout autre aidé. D'un pas trop vif pour le vieillard qu'il était, il l'entraîna avec force vers eux.
— Voici donc cette tendre Kaori, voilà des années que je n'avais pas aperçu votre doux visage, fit-il pour s'annoncer.
L'intéressée se retourna vivement, sans prendre la peine de finir sa phrase. Avoir le Daimyô qui venait s'adresser à elle de lui-même était un honneur immense. Elle s'inclina respectueusement, ses longs cheveux blonds glissant sur ses épaules recouvertes par son furisode.
— Daimyô-sama. C'est un véritable honneur de vous voir en ces lieux, fit-elle avec une voix fluette.
— Je vois que vous êtes accompagné par ce cher Genma Shiranui. Il est rare de vous voir dans la demeure familiale.
Le Daimyô s'abrita derrière son éventail fétiche, dissimulant le sourire ravi qui étirait ses lèvres. Visiblement, rien ne lui plaisait plus que de remuer les sentiments refoulés de chacun. Loin de se laisser impressionner, Genma se contenta d'un signe de tête, oubliant toute révérence.
— Je me permettais de lui rappeler que ces choix de vie étaient déplorables. La vie de ninja ne mène à rien.
— J'ai une question : que faites-vous dans votre vie à part sourire niaisement dès qu'un noble vous aborde ? intervint Naori.
Genma lui lança un regard en biais. Il s'attendait sûrement à l'un de ses habituels commentaires, et celui-ci lui donnait apparemment envie de rires aux éclats même s'il se retenait encore.
— Je ne savais pas qu'on permettait aux courtisanes d'entrer pendant ce genre de réception. Veuillez me pardonner mon insolence, Daimyô-sama, mais votre statut vous permet d'être bien mieux accompagné.
— C'est vrai que je ne vous ai pas encore présenté ma nouvelle compagne, Nyoko. Ne soyez pas si vindicative, cette jeune femme recèle de bien des surprises.
Ils avaient convenu auparavant qu'il valait mieux décider d'un nouveau pseudo pour N. Loin de se laisser toucher par les insinuations de Kaori, la kunoichi ne quittait pas des yeux Genma, scrutant la moindre de ses réactions.
— Vous êtes sublime Nyoko-san. J'espère que cette soirée vous divertit autant que vous le souhaitez, fit le jonin en s'inclinant avec un sourire ravageur.
— Tu te permets d'adresser la parole à une autre femme devant moi ? Ces années à Konoha t'ont complètement changé, s'insurgea Kaori.
— Vous entendez ça Nyoko ? Partout où vous allez, vous attirez le regard dans cette sublime tenue, s'amusa le Daimyô.
— C'est censé me réjouir ?
Pour Genma, voir son amante se contenir pour ne pas éliminer la moitié des personnes présentes le faisait beaucoup rire. Le regard blasé qu'elle lui adressait alors que Kaori agrippait une fois de plus son bras valait tout l'or du monde.
Déjà las, Naori insista auprès du Daimyô pour s'éloigner. Celui-ci dû prendre cela pour une invitation puisqu'il insista pour la présenter à tous les nobles qui venaient répéter leur litanie de compliments. Les heures semblaient s'écouler au ralenti, comme si cette réception se déroulait hors du temps. Comment une simple nuit pouvait-elle paraître aussi interminable ?
Plusieurs fois, Naori aperçut le visage balafré de Raido qui se tenait en alerte près du père de Genma. Elle fut tentée de l'appeler à l'aide, de le supplier de la sortir de cet enfer. Cependant, l'idée de réunir les deux vieux ennemis qu'étaient le Daimyô et le Seigneur Shiranui la retint. Cette réception était certes faite pour maintenir les apparences, et faire croire au peuple qu'aucune tension ne demeurait, la réalité n'en était pas pour le moins tout autre. Les regards que se lançaient les deux hommes témoignaient d'années de combats et de complots cachés.
— Ce n'est pas en vous regardant de cette manière que vous allez pouvoir sauver les apparences, examina discrètement Naori.
— Les nobles sont bien moins perspicaces que les ninjas, ma chère. Aucune personne extérieure à nos deux familles ne soupçonne la haine que nous nous vouons, lui répondit le Daimyô.
Il dissimulait toujours une partie de son visage derrière son éventail fétiche, empêchant la jeune femme d'analyser ses émotions directement. Elle ne savait comment réagir avec cet homme qui semblait constamment tout prendre à la légère.
— Ne nous préoccupons pas du bas peuple ce soir, j'aimerais plutôt avoir votre réponse.
— Vous la connaissez déjà.
Elle avait à peine réfléchi au contrat que Sumiye leur avait proposé. La réponse lui était venue à l'instant même où la belle-mère de Genma en avait annoncé les termes.
— Vous refusez ? Je m'en doutais.
— Jamais je ne perdrais mon temps à vous servir d'espionne, et jamais je n'impliquerai mes deux coéquipiers dans ce genre de stupidité.
Raido et Genma étaient bien trop exposés aux dangers par sa faute. Sa présence à leurs côtés compliquait déjà assez leur vie.
— Ont-ils eu leurs mots à dire ?
— Absolument pas. L'un comme l'autre aurait accepté simplement pour m'aider.
Elle n'en doutait pas une seule seconde. Ses deux coéquipiers étaient prêts à tout pour la soutenir.
— Que faites-vous des réponses que je pourrais vous apporter ? J'en sais bien plus à votre sujet que n'importe qui, la nargua le seigneur du pays.
— Si vous êtes capable de m'en apprendre plus, alors d'autres le sont aussi. Je ne vendrais pas ma liberté pour un passé révolu.
— Voilà ce que j'aime tant chez vous, jeune fille. Votre volonté de rester indépendante est toute à votre honneur.
Il s'agenouilla devant elle et attrapa sa main, déposant un baiser fugace sur sa peau, puis il se releva avant de venir lui murmurer quelques mots à l'oreille.
— N'oubliez cependant pas que je connais votre secret et qu'il serait dommage qu'il soit dévoilé au grand jour. Certaines personnes seraient sous le choc.
— Il me semblait vous avoir déjà prévenu : impliquez Genma dans cette histoire et je ferais de votre vie un enfer.
— Vous devriez l'écouter, Daimyô-sama. Cette jeune femme est plus dangereuse qu'on ne le croirait.
Sumiye s'incrusta dans leur conversation sans la moindre gêne.
— Quant à vous, Nyoko, vous devriez vous concentrer. J'ai l'impression que la fête ne devrait pas tarder à commencer.
Naori se força à se ressaisir, ravalant toute la haine et le dégoût que lui inspirait la situation. Ses sens mis en éveil, elle se rendit compte du changement d'atmosphère. Les gardes de la demeure étaient tendus. Trop tendus pour que cela soit normal.
— Restez à côté de moi et ne bougez pas, ordonna Naori sur un ton qui n'acceptait aucune protestation.
Son bouclier les enveloppa avec facilité, mais la kunoichi grogna. Sa blessure la fatiguait énormément et rester concentrée était bien plus compliqué que ce qu'elle avait pu imaginer. Elle détailla ensuite plus attentivement ce qu'il se passait autour d'eux. Tout semblait se dérouler au ralenti. Le silence régnait et les mouvements de la foule se faisaient de plus en plus lents.
Un genjutsu de grande envergure.
— Un coup de la famille Shiranui ?
— Pas à ma connaissance, j'ai réussi à convaincre mon mari de ne rien faire ce soir, affirma Sumiye.
Naori soupira. Si la noble disait vrai, une guerre interne serait évitée. Gérer un simple groupe de mercenaire n'était rien pour son escouade. Ils allaient régler la situation en quelques minutes, la réception prendrait fin, et ils pourraient enfin retourner à Konoha.
— N, tu peux étendre ton bouclier ?
Raido venait de les rejoindre, accompagné du Seigneur Shiranui. Le père de Genma semblait tout sauf ravi de la tournure que prenaient les choses.
— T'es sûre que c'est une bonne idée ?
— Je compte sur vous pour ne pas vous entretuer pendant qu'on règle le problème, annonça Raido aux deux seigneurs qui se faisaient face.
Il disparut sans leur laisser le temps de répondre, prêt à traquer les responsables de l'attaque.
— Sont-ils au moins capables de régler la situation ? s'emporta le père de Genma.
— Ils la géreront bien mieux que votre milice d'incapable. Maintenant, j'aimerais savoir si vous êtes responsable de cette attaque, votre femme m'affirme que non, mais je ne me fie jamais aux paroles des nobles.
— Veuillez changer de ton lorsque vous me parlez, esclave.
Perdant patience, Naori fit apparaître un kunaï dans sa main et le pointa sur son visage.
— Répondez.
Une fois de plus, son ton ne laissait place à aucune protestation.
— La famille Shiranui n'a rien à voir avec cette attaque, cracha le vieil homme.
— Il ne nous reste plus qu'à attendre pour voir si l'un de vous est la cible.
— Et l'on doit compter sur vous pour vous protéger ?
— Ne soyez pas médisant, mon vieil ami, cette kunoichi est sûrement la mieux placée pour s'occuper de notre protection, intervint le Daimyô.
Le père de Genma grogna une nouvelle fois. Il détestait la situation dans laquelle il se trouvait. Que son domaine soit attaqué par une bande de mercenaire était une chose – il était l'un des hommes les plus riches du pays après tout – mais qu'il doive s'appuyer sur son fils déshérité, le traître qui avait condamné sa fille et une esclave pour le défendre en était une autre. Pourquoi avait-il fallu que Konoha lui envoie une telle équipe ? Pourquoi était-il constamment obligé à revivre son passé alors même qu'il tentait de l'oublier par tous les moyens possibles ?
Danzô allait lui payer cet affront. Il était sûr que ce vieux renard se trouvait derrière la sélection de cette escouade. Il avait refusé de participer de nouveau au financement des projets de ce vieux fou et voilà comment il se vengeait...
— Vous avez aperçu Genma pendant que Raido et vous veniez par ici ?
— Non. Il doit sûrement être en train de fuir ses responsabilités, comme il sait si bien le faire.
— Encore une remarque de ce genre et vous vous défendrez seul.
— Vous n'en avez pas le droit ! Vous êtes en mission, le code d'honneur des ninjas exige que vous me défendiez, s'emporta-t-il.
— Il semble qu'une mise au point soit de nouveau nécessaire : je me fiche de mon honneur et de ce qu'on exige de moi. Si votre mort me permet d'avancer ou de protéger l'un de mes coéquipiers, je n'hésiterai pas une seule seconde. Compris ?
Étonnamment, le père de Genma ne fut pas le seul à hocher la tête. Sumiye et le Daimyô l'imitèrent silencieusement. Les trois nobles avaient parfaitement conscience que leur vie ne tenait qu'à un fil, et que celui-ci dépendait du bon vouloir de Naori.
Et malheureusement pour eux, le sourire sadique qu'elle leur adressait leur rappelait à qui ils avaient à faire. Elle n'était pas n'importe quel ninja lambda, bien au contraire. Elle était une ancienne nukenin, prête à trahir son pays pour ses propres intérêts. Aucun d'eux ne connaissait les véritables raisons de son départ de Kumo, mais en la voyant ainsi, réfléchissant à les exécuter pour assurer sa propre survie et celle de son escouade, les trois nobles n'osaient plus la défier.
Naori, elle, se sentait bien plus stressée qu'habituellement. La situation lui déplaisait. Qu'on lui ait confié la protection de trois personnes, qu'elle méprisait au plus haut point, l'énervait. Ne pas savoir où se trouvait Genma et Raido l'angoissait. Et surtout, ressentir le tiraillement incessant de sa blessure au ventre l'inquiétait.
Cette mission risquait de mal tourner d'un instant à l'autre, et la kunoichi savait qu'elle serait totalement impuissante face à des ennemis trop puissants.
— Quelle est cette brume ? s'inquiéta Sumiye.
Un épais brouillard commençait à les entourer, dissimulant à leur vue tout ce qui les entourait.
— On devrait fuir, non ? demanda la noble à son mari.
— Fermez-la ! s'impatienta Naori.
Avec les plaintes incessantes de la noble, la kunoichi ne parvenait pas à se concentrer sur les bruits alentours. Qu'elle ne puisse compter sur sa vue pour les protéger ne l'inquiétait guère. Ses autres sens, bien plus aiguisés que ceux d'un civil était suffisant pour pouvoir percevoir les mouvements alentours.
Son ouïe lui permit d'anticiper la première attaque. Un simple crissement de chaussure sur le sol et elle renforça automatiquement son bouclier, dans l'attente de l'impact qui allait suivre.
La détonation résonna dans le silence environnant. Puis un corps sans vie s'effondra au pied de la jeune femme. Elle ne détourna pas les yeux devant le regard vide qui la fixait. Le mort n'était qu'un gamin, il ne devait pas avoir passé la vingtaine. Ses traits encore juvéniles étaient figés dans une expression de douleur intense, reflet de la décharge qu'il avait reçue.
Elle passa outre son dégoût d'avoir été obligé d'ôter la vie à un enfant pour se concentrer sur de potentiel indice. Le gamin ne portait pas de bandeau ninja et rien n'indiquait une appartenance à un village ninja. Sa tenue, couverte de boue et rapiécée à de nombreux endroits, n'avait rien d'un uniforme. Cet enfant n'était pas un ninja, Naori en était persuadée.
— Voilà une belle preuve de l'utilité des nobles, murmura-t-elle assez fort pour que le Daimyô l'entende.
— Que voulez-vous dire par là ? demanda-t-il.
— Vous vous gavez sur le dos du peuple, vous accumulez les richesses sans vous soucier de ceux en bas de l'échelle. Comment croyez-vous que les pauvres survivent alors qu'ils n'ont rien à se mettre sous la dent ? Ceux qui ont la chance de pouvoir maîtriser le chakra deviennent des mercenaires dont le seul but est la vengeance. Votre politique fabrique des types comme ça à la pelle, sans même que vous vous en doutiez.
— Comment savez-vous tout ça ?
— Regardez les vêtements de ce gamin, regardez son visage émacié. Vous êtes tout aussi coupable de ses actes que lui et tout aussi responsable de sa mort que moi.
— Il a pourtant fait ses propres choix, rien ne l'obligeait à devenir un mercenaire, opposa le Daimyô.
— Peut-on vraiment considérer que les actes commis pour assurer sa survie sont des choix ?
— Pensez-vous vraiment que c'est le moment de philosopher ? s'énerva le père de Genma.
Naori lui décocha un regard assassin.
— Si vous passiez un peu plus de temps à réfléchir et à philosopher, bien des guerres et conflits auraient été évités. Vous avez tous les deux le pouvoir d'éviter les morts inutiles, mais vous n'en faites rien. Seule compte votre ascension jusqu'au pouvoir absolu. Vos mains sont autant recouvertes de sang que les miennes, la seule différence, c'est que vous, vous êtes trop aveugles pour vous en rendre compte.
— N !
Genma venait de surgir de la brume, suivie par deux enfants et Kaori. Son uniforme de jonin était déchiré à certains endroits, mais par chance, il ne semblait avoir aucune blessure sérieuse.
— Je commençais à m'inquiéter, lui avoua-t-elle.
— Ce n'était pas facile de vous retrouver avec toute cette brume. Heureusement que la détonation de ton bouclier est reconnaissable entre mille. Tu n'as pas été blessée ? fit-il en l'examinant.
— Tout va bien pour l'instant.
Le soulagement de se savoir l'un et l'autre indemne perçait dans leurs paroles et dans leurs regards.
— Je croyais que vous étiez une simple concubine, grogna Kaori, irritée par la proximité qui transparaissait entre les deux ninjas.
— N est ma coéquipière ainsi que ma compagne, avoua Genma sans cérémonie.
Le visage frustré qu'afficha Kaori valait tout l'or du monde pour la kunoichi. Tout comme le fait que Genma assume si fièrement leur relation. Si la situation n'avait pas été si périlleuse, elle aurait pris un plaisir fou à se blottir contre lui.
Étonnamment, le Seigneur Shiranui ne fit aucune remarque désobligeante ou méprisante devant cette annonce. Se doutait-il déjà du lien qui les unissait, elle et son fils ?
— Qui sont ses deux enfants ? demanda Sumiye en désignant deux ombres cachées derrière le jonin.
— Bonne question. La petite a réussi à supporter le Genjutsu et protéger son frère.
Naori s'accroupit et dévisagea les deux enfants avec un sourire. Ces mines inquiètes, elle les avait déjà aperçues des mois auparavant.
— Tu as fait de beaux progrès, Sen.
La jeune fille lui adressa un sourire ravi.
— Tu les connais ? s'étonna Genma. Comment peut-elle maîtriser si bien le Genjutsu à son âge ?
— Tu te souviens de la mission que j'avais effectuée avec Raido ? On avait dû sauver deux enfants qui avaient disparu.
Le jonin fouilla dans sa mémoire à la recherche de souvenirs lointains. Il se souvint de l'inquiétude qui l'avait dominé à ce moment-là, quand Raido et Naori avaient été envoyés en mission sans lui. Il se souvint de sa rencontre avec Lyra aussi, qui avait pris soin de son épaule blessée et de son esprit épuisé. Surtout, il se souvint du soulagement qu'il avait ressenti, quand ses deux coéquipiers étaient enfin rentrés au village.
— N nous a sauvés la vie, c'est la meilleure, affirma haut et fort Sen, en plantant ses yeux dans ceux du jonin.
— Je suis entièrement d'accord avec toi, petite, affirma Genma. N, tu peux étendre encore ton bouclier ?
La kunoichi hocha la tête avant d'ordonner aux nouveaux arrivants de se rapprocher. Très vite, son bouclier engloba tous ces civils, la laissant essoufflée. Elle remarqua le regard inquiet que lui lança son coéquipier. Lui aussi s'en rendait compte. Lui aussi voyait que ses forces s'amenuisaient bien plus vite. Elle avait déjà protégé bien plus de personne pendant l'invasion de Konoha, et pourtant, jamais elle ne s'était senti épuisée qu'en cet instant.
— Ils arrivent, annonça Genma.
Son ton funeste fit écho au massacre qui se déroula dans les minutes qui suivirent. Dix hommes fondirent sur le bouclier alors que dix autres s'attaquèrent au jonin. Naori se sentit chanceler sous l'impact, mais sa protection tint bon. Deux des hommes perdirent la vie suite à la décharge. Trois autres s'écroulèrent sur le sol, sonnés. Les cinq derniers se relevèrent sans aucune égratignure. Leur attaque synchronisée avait atténué les effets de sa riposte.
Genma, quant à lui, peinait à s'en sortir face à tant d'adversaire. Ils étaient pourtant loin d'avoir le niveau du ninja, à peine étaient-ils aussi fort que des genins expérimentés, mais leur nombre important l'obligeait à tenir à rythme effréné.
Incapable de rester à l'abri alors que son coéquipier risquait sa vie pour les défendre, Naori se décida à rentrer dans la danse, malgré son état. Elle créa un clone qui prit le relai dans le maintien du bouclier, fit apparaître un sabre de foudre dans sa main droite, et s'avança face au danger.
Son coéquipier grogna en la voyant rejoindre le combat, mais ne put s'empêcher de se sentir soulager. Avec Naori à ses côtés, la donne changeait complètement, ils étaient plus que de taille face à des ennemis de cette envergure. Il devait simplement s'arranger pour qu'aucun coup n'atteigne la jeune femme.
Son regard parla pour lui puisque Naori répondit à sa supplique silencieuse par un hochement de tête. Son corps était trop affaibli pour un tel combat, elle devait absolument rester prudente et ne pas agir sur un coup de tête. L'idée ne lui plaisait guère, elle n'avait cependant pas le choix. Sans compter que l'absence de son sabre la diminuait aussi sûrement que sa blessure.
Les deux shinobis n'eurent pas le temps d'y réfléchir. Très vite, les coups se mirent à pleuvoir sur eux alors qu'ils se protégeaient mutuellement. Grâce aux mois passés à s'entraîner ensemble, ils se mouvaient sans hésiter, comblant les failles défensives de leur duo sans trop d'efforts.
Genma fut le premier à apercevoir une ouverture dans la stratégie de leurs ennemis. Il s'y engouffra sans aucune hésitation : une salve de senbon, bien plus tranchants que n'importe quelle lame, percèrent la ligne offensive. Malgré la brume qui dissimulait la scène, les deux de Konoha purent s'assurer que l'attaque avait fonctionné avec facilité. Les cris de douleurs poussés par les intrus parlaient d'eux-mêmes.
— Il va falloir faire attention à ne blesser aucun invité, rappela Genma, autant pour lui-même que pour sa coéquipière.
— Pas d'attaque de grande envergure alors ?
— Pas d'attaque de grande envergure, confirma-t-il.
Un sourire lui échappa lorsqu'il vit la mine déconfite de Naori. Il comprenait sa frustration, il ressentait la même. Ils avaient un besoin fou de se défouler dans un combat brutal, d'évacuer la tension qui les habitait depuis que cette mission avait commencé.
Les corps commençaient à s'entasser autour d'eux alors que le temps s'écoulait. De plus en plus essoufflée, Naori peinait à suivre le rythme. Entre le bouclier, qu'elle maintenait toujours, et le sabre de foudre, son chakra diminuait à une vitesse inquiétante. Genma faisait de son mieux pour compenser la perte de vitalité de sa coéquipière, mais doutait de pouvoir tenir encore longtemps. Ils étaient nombreux, trop nombreux. Heureusement qu'il ne s'agissait que de mercenaire et non pas de véritable ninja. Il n'aurait pas donné cher de leur peau dans le cas contraire. Ses forces s'amenuisaient, et il commençait à craindre le pire. La tournure que prenait ce combat ne lui plaisait guère.
— Remets-toi à l'abri, ordonna-t-il à la jeune femme, désireux de la protéger.
— C'est ça oui. Comme ça je te laisse te faire assassiner sous mes yeux sans lever le petit doigt, ironisa Naori.
— C'est un ordre, gamine.
— Tu oublies un détail : tu n'es pas le chef pendant cette mission. Je reste.
Elle lui lança un regard de défi, fière de sa répartie. Genma grogna. Pourquoi avait-il fallu qu'il tombe amoureux d'une femme aussi têtue ?
— Elle n'a pas tort Gen', c'est moi le chef cette fois-ci !
Raido venait de surgir sur leur droite avec sa discrétion habituelle. Il était couvert d'un sang qui ne semblait pas lui appartenir, pour leur plus grand soulagement. Il tenait son sabre à la main, prêt à attaquer à la moindre occasion.
— J'ai fait le ménage, il ne reste que ceux-là. Vous avez joué votre rôle d'appât à la perfection.
— Encore quelques minutes et nous aurions fini dévorés par les bêtes.
— N aurait été recrachée directement, tout le monde sait qu'elle n'est pas comestible.
— Parle pour toi, je ne suis pas de la vieille carne, contrairement à certains, s'amusa Naori.
Revigorés par l'arrivée de Raido, ils achevèrent les quelques ennemis restant en quelques instants. Pourtant, la brume ne semblait pas vouloir se dissiper, pas plus que le genjutsu qui retenait les invités de la réception.
— Il doit en rester un, s'impatienta Genma.
— C'est un village entier qui a décidé d'attaquer ? s'énerva à son tour Naori.
— Arrêtez de râler deux minutes et cherchez le survivant, que cette mission se termine enfin.
À l'image de Genma et Naori, Raido n'avait plus qu'une envie : fuir cette demeure maudite et prendre un peu de repos à Konoha.
— À vos ordres chef ! s'exclama avec peu d'entrain la jeune femme.
— Toi, tu ne bouges pas d'ici, tu tiens à peine debout.
Genma n'avait pas tort. Naori titubait au moindre mouvement. Maintenir son bouclier devenait une véritable torture pour son corps affaibli. Décidant d'agir au plus simple, Genma exécuta plusieurs mudras avant de poser ses mains sur le sol. Nozomi apparut dans un nuage de fumée et jappa plusieurs fois.
— Genma ? Tu as besoin de mon aide ? demanda-t-elle, sans s'embarrasser des formules d'usage.
— J'ai besoin que tu débusques un type camouflé dans la brume. Il doit avoir la même odeur que ceux-là.
Il désigna du doigt le tas de cadavres près d'eux. La renarde ne perdit pas de temps, elle approcha sa truffe des corps avant de se mettre en route, sans même se soucier de qui la suivait.
— Je m'en charge, annonça Raido. Gen', tu veilles sur Naori.
Il n'avait même pas besoin de le dire, le jonin n'avait d'yeux que pour son amante. Le mauvais pressentiment qui le hantait depuis qu'on leur avait annoncé cette mission ne faisait que se renforcer à mesure que la kunoichi lâchait prise. Il passa un bras protecteur autour de son corps, soutenant sans peine son poids plume.
La jeune femme ne parlait plus. Le peu de force qui lui restait lui servait à maintenir la protection autour des nobles. Elle devait tenir encore quelques minutes avant d'avoir le droit de s'évanouir.
— Tiens le coup, lui murmura Genma, c'est bientôt fini.
Il resserra son étreinte, se moquant éperdument des spectateurs présents. Quoique puisse en penser son père, il avait enfin trouvé la femme avec qui il souhaitait partager sa vie, et rien ne l'empêcherait de la protéger.
Enfin, le brouillard se dissipa et Raido réapparu, essoufflé.
— Il en restait deux. J'ai réussi à me débarrasser du premier et le deuxième est sous la surveillance d'un clone et de Nozomi. La zone est sécurisée, on ne risque plus rien.
Naori n'attendit pas plus longtemps. Le clone qui maintenait le bouclier autour des nobles s'évapora dans un nuage de fumée, faisant sursauter Kaori et les deux enfants. Les yeux de la kunoichi se fermèrent alors que Genma l'empêchait de s'écraser sur le sol. Serrant son corps inconscient, ce dernier fixa le Daimyô avant d'ordonner avec force :
— Il lui faut des soins, immédiatement !
Mais, qu'est-ce donc ? Un chapitre sorti en temps et en heure ! Comme quoi les miracles arrivent...
Un chapitre encore plus long que prévu, comme toujours. Un jour, j'apprendrais à faire des chapitres courts pour cette fic... Ou pas \o/ En tout cas, j'espère qu'il vous a plu.
En attendant, je vous souhaite de bonnes fêtes à tous, et si tout va bien, on se retrouve le 20 janvier, pour les deux ans de cette histoire !
