Bonjour tout le monde,

Voici la suite de l'histoire. Cette fois-ci, on demeure en 1521, mais on suit plutôt les aventures de Tezca et la chute de Mexico-Tenochtitlan. Ce chapitre comportera ainsi de nombreux éléments historiques. Bonne lecture!


Manoir Daemonheart, salle de réception, veille de Noël

— Je suis enfin dans l'histoire, déclara Tezca, satisfait. C'est à mon tour. Alors, j'étais sur une branche d'arbre et…

— Attends. C'était la première fois que tu rencontrais Mellye? demanda Justin.

— Oui. Bon alors, comme je disais, j'étais…

— Tu n'étais pas à Mexico?

Tezca s'arrêta une fois de plus, visiblement irrité d'être interrompu par son ami. Puis, devant l'insistance de Justin de commencer l'histoire par le début, il se résigna à fournir l'explication.

— Non. Je n'étais pas à Mexico-Tenochtitlan. La ville était assiégée par Hernán Cortés depuis le 30 mai 1521. Nous étions en train de perdre le siège et nous devions tenter de reprendre l'avantage.

Le Dieu aztèque se lança alors dans une interminable mise en contexte historique pour rivaliser avec Mellye. Mellye connaissait vaguement les événements historiques, mais n'avait jamais eu l'occasion d'entendre le point de vue d'un natif de la ville. Azusa et Justin, quant à eux, semblaient vouloir connaître tous les détails venant d'un témoin direct de cette époque.

Tenochtitlan, aujourd'hui connue sous le nom de Mexico, était l'ancienne capitale de l'empire Aztèque où Tezca et sa famille vivaient. Ville bâtie sur le lac Texcoco, aujourd'hui asséché, on y construisait des Chinampas; des îles artificielles sur lesquelles les bâtiments étaient ensuite construits. Cette cité lacustre possédait de longues avenues traversées par des canaux. Des chaussées terrestres reliaient la ville vers la rive. Au nord de la ville, l'on y trouvait le plus grand marché connu en Amérique du Nord à cette époque : Tlatelolco. Le Dieu aztèque se rappela qu'il y régnait constamment une grande animosité où l'on venait y faire de l'échange commercial de toutes sortes. L'on y trouvait une grande variété d'aliments comme le maïs, les courges, les tomates, les haricots, du tabac, des pigments et épices exotiques, mais aussi un choix de poissons frais, d'oiseaux à abattre soi-même ou par le marchand. L'on y trouvait également divers objets comme des armes en obsidiennes, des outils, des poteries et des paniers, des tissus de grande qualité et des bijoux, mais aussi quelques métaux comme l'or ou encore l'argent.

En comptant les villes qui se trouvaient sur les rives du lac et qui constituaient une importante agglomération, il devait s'y trouver entre 200 000 et 250 000 habitants. Tenochtitlan pouvait ainsi se vanter d'être la ville la plus peuplée en Amérique du Nord à cette époque. Au centre de la ville se trouvait la résidence de la famille de Tezca; le Templo Mayor. Cette pyramide haute de 45 mètres comprenant un double escalier d'une centaine de marches et était le centre cérémonial de la ville comprenant une quarantaine de bâtiments publics dont des temples, monastères, de nombreuses sources et bains rituels, de lieux de prière ou de sacrifice ou encore un terrain de jeu de balle.

« Ce superbe temple n'avait qu'un seul problème; son odeur… ça empestait le cadavre en permanence! On y faisait tellement de sacrifices humains qu'il y avait du sang sur toutes les marches... », souligna Tezca sans avoir l'air dégouté avant de continuer la description des lieux.

Le lieu était fortifié par une enceinte à tête de serpents de 300 mètres de large sur 400 mètres de long. Une garnison d'élite assurait la protection jour et nuit de ce lieu. À l'intérieur de la grande pyramide se trouvaient deux sanctuaires ainsi qu'un petit autel pour y déposer une statue de son petit frère Huitzilopochtli. Chacun des frères de Tezca avait un temple qui leur était dédié.

Un autre temple à l'ouest était également réservé à Huitzilopochtli. Juste avant le Templo Mayor se trouvait le temple rond de son frère Quetzalcóatl. Le temple de Tezca, plus petit que ceux de ses frères, se trouvait au sud du lieu sacré et bordait la muraille. Chaque année, on lui offrait le plus beau des prisonniers en guise de sacrifice ainsi que quatre jeunes filles pour lui servir d'épouses symboliques.

« Je ne souhaitais pas avoir un grand temple comme mes autres frères. Les prisonniers étaient des œufs du Grand Dévoreur, tint à préciser Tezca au passage. Et…

— Laisse-moi deviner. Tu baisais les filles? nargua Mellye.

Tout indiquait qu'elle avait raison sur ce détail, car il bafouilla quelque « Je…. C'est pas important. Un jour, l'aqueduc qui approvisionnait la ville en eau potable s'assécha…, continua Tezca. » Mellye, elle, semblait plus que satisfaite de l'avoir mis dans une position inconfortable.

Ils avaient cru au départ à un banal problème d'alimentation d'eau. Ce n'est que plusieurs jours plus tard qu'ils comprirent grâce à des éclaireurs que des étrangers étaient responsables de cette coupure. Avides de richesses qui pouvaient se trouver dans la ville, Hernán Cortés arriva avec son armée, accompagnée par les Tlaxcaltèques, l'ennemi traditionnel de l'empire Aztèque. Ils disposaient d'une armée non négligeable; des cavaliers, des arbalétriers, des arquebusiers et des fantassins. Ils étaient même équipés de petits et de grands canons et possédaient même des chiens de guerre.

« Nous n'avions jamais vu de Blancs auparavant. L'histoire dit qu'on les a reçus comme des Dieux. C'est des foutaises! Ce sont les Espagnols qui ont inventé ça pour alimenter le mythe. Ils étaient juste… intimidants. Tout l'équipement militaire qu'ils avaient emporté avec eux… C'était… pour nous c'était incroyable… c'était inconcevable de traverser l'océan avec tout ça sans faire naufrage. », dit Tezca en cherchant ses mots pour décrire au mieux ce qu'il avait ressenti à ce moment.

Hernán Cortés avait ensuite affamé la population en bloquant trois chaussées sur les quatre qui se rendaient à Tenochtitlan. Les Aztèques n'avaient pas tardé à se défendre devant ce nouvel ennemi. Ils avaient fait des brèches et des barricades afin d'empêcher l'avancée des Espagnols. Ils montaient dans leurs petites barques et attaquaient les soldats espagnols avec des flèches et en leur lançant des pierres. Chaque confrontation se soldait par un échec. Leurs étranges trompettes-à-feu venaient à bout de chaque guerrier qui fonçait tête baissée. En les observant, c'était Tezca qui avait eu l'idée de dire aux guerriers de courir en zigzag au lieu d'en ligne droite; les Espagnols avaient ainsi plus de difficulté à les viser.

Puis, des grands bateaux avec des voiles avaient pris le contrôle du lac Texcoco; empêchant la pêche et la circulation. Même s'ils mettaient des pieux au fond du lac afin d'enrayer l'avancée, les Espagnols avec leurs armes de fer prenaient toujours le dessus. Chaque jour, les Espagnols effectuaient des raids à l'intérieur de la ville en empruntant les chaussées ou encore les divers canaux qui traversaient la ville. Les Aztèques les arrosaient de flèches et de pierres du haut des immeubles construits dans la ville. Cela causait beaucoup de blessés chez l'ennemi, mais peu de morts. Chaque fois, ils étaient obligés de reculer. Au moins, les Espagnols cessaient leurs raids la nuit. Ils pouvaient alors avoir un répit et reprendre un peu de terrain.

Il y avait eu des tentatives de négociations infructueuses avec les Espagnols. En compagnie de son frère Quetzalcóatl, Tezca avait assisté à quelques-unes. Tezca devait concéder le fait que l'Espagnol appelé Hernán Cortés laissait libre d'accès la dernière chaussée du nord reliant la ville au continent. Tezca y voyait une chance inespérée d'évacuer les habitants de la ville et de faire un minimum de morts; surtout parmi les femmes et les enfants. Pourtant, l'avis de son frère de se borner à utiliser la chaussée pour le ravitaillement et la défense de Tenochtitlan avait convaincu tout le monde. Après cette négociation, Tezca et son frère Quetzalcóatl s'étaient violemment disputés sur l'issue de ce point, mais aussi pour les armes apportées par les Espagnols. Selon Tezca, c'était l'occasion de faire arme égale avec l'ennemi. Mais Quetzalcóatl et les autres combattants se bornaient à refuser de manipuler la trompette-à-feu; jetant systématiquement les armes à l'eau lorsqu'ils en trouvaient une. Leur bagarre fut si intense qu'on avait dû les séparer afin d'éviter qu'ils ne détruisent davantage la ville déjà attaquée par les Espagnols.

Frustré, Tezca avait décidé de quitter Tenochtitlan sur un coup de tête afin de trouver des secours. Le lendemain, la dernière voie d'accès de la ville était bloquée par les Espagnols, enfermant définitivement la populace. Devant ce triste spectacle, il n'avait plus qu'une seule envie : retourner dans la ville pour faire évacuer les habitants. Par une chance inouïe, son meister Yuban avait réussi à quitter la ville en douce et vint le retrouver. Celui-ci avait apporté un miroir qu'ils placèrent en un endroit sûr au cas où les choses tourneraient mal. Ils étaient restés dans les parages pendants de nombreux jours, tentant de trouver une faille chez l'ennemi pour revenir en ville prêter main-forte.

Ils avaient même tenté de contacter le Dieu de la Mort à Shibusen pour obtenir des secours, même si ceux-ci mettaient des semaines à arriver. Cependant, leurs appels à l'aide à la Death Room demeuraient sans réponse.

Tezca et Yuban avaient également assisté à l'attaque des Espagnols du marché Tlatelolco. L'opération des conquistadors semblait avoir été un échec, car ils entendirent le soir des chants et des cris des habitants au loin; signe qu'il y avait eu des sacrifices Humains. Les Espagnols, quant à eux, semblaient avoir perdu l'appui de leurs alliés Tlaxcaltèques. Cela avait rassuré Tezca et l'avait même un peu fâché de savoir que ses frères se débrouillaient bien sans lui.

Ayant épuisé toutes leurs options, son meister Yuban avait convaincu Tezca de se mettre en route pour trouver des secours dans des villages voisins alliés. Arrivés dans le village partiellement détruit de Mexicaltzinco, ils avaient réalisé qu'ils ne trouveraient aucun secours dans les environs. Ils n'avaient d'autres choix que de retourner à Mexico-Tenochtitlan. Au passage, ils avaient aperçu un groupe de démons faisant une pause dans une rivière, Tezca avait insisté auprès de son meister Yuban pour les suivre. Ils avaient alors fait un sacré voyage dans la jungle pour tenter de les suivre discrètement depuis le sol…

— Désolé, je t'ai espionné dans la rivière.

Mellye s'était tout simplement contentée de lui dire : « Eh bien, j'espère que t'en as profité ».


Nouveau-Monde, quelque part dans la jungle menant à Mexico-Tenochtitlan, nuit du 12 au 13 août 1521…

Perché sur une branche d'arbre, le félin fixait son regard sur un point invisible. Que faisaient ces étrangers en direction de Mexico-Tenochtitlan? D'où venaient-ils? Possiblement par-delà de l'océan. Comme tous les autres. Plus étrange, certains d'entre eux avaient des pupilles fendues. Des démons du Mictlan… Mais pas tous. La jeune fille qui les accompagnait. Elle ne semblait pas être un des leurs à première vue et pourtant, elle faisait partie du groupe. Il avait passé une bonne partie de la journée à les observer à distance. Elle plus que les autres.

Il l'avait vu au bord d'un petit cours d'eau traversant la jungle se laver en compagnie d'une autre démone qui les accompagnait la veille. La jeune fille avait alors retiré ses vêtements pour aller se baigner dans la rivière. C'est alors qu'il aperçut le tatouage d'ailes cornues dans son dos. Il avait alors eu la confirmation que malgré son apparence, cette jeune fille était l'un des leurs.

Tiraillé par la faim, il avait manqué de prudence quelques minutes auparavant et elle l'avait repéré dans la nuit. À contrecœur, il avait dû sortir de sa cachette. Maudite soit l'odeur irrésistible et appétissante de la viande de cerf fraîchement tuée…

— Alors, mon ami. Qu'as-tu trouvé? Ça sent bon, lança une voix provenant du sol.

Le jaguar sursauta et se cramponna de toutes ses forces sur la branche pour éviter de tomber. L'homme n'était nulle autre que son meister Yuban. Celui-ci éclata de rire à la vue de l'animal, pourtant réputé pour sa grande agilité, perdre pied. Il devait être sacrément dans la lune pour en oublier la présence d'un être Humain si près de lui. Après un grognement, la bête descendit de son repaire avec la carcasse du cerf cuite qu'il déposa devant l'Humain qui venait de le narguer.

Yuban portait un tlahuiztli, une grande pièce de vêtement recouvrant tout son corps, fait à partir de la peau d'un jaguar. Un macuahuitl, une épée de bois incrustée d'une lame en obsidienne noire était retenue par un bout de tissu à sa taille. Dans une main, il portait un chimalli, un bouclier rond dont le bas se terminait par une frange de plumes foncées. Dans l'autre, il tenait un tepoztopilli, une lance dont la lame était également en obsidienne noire. Son casque fait de bois était également à l'effigie du félin. À ses pieds, l'on retrouvait de simples sandales.

Après avoir remercié l'animal, Yuban s'assit en tailleur et commença à manger avidement la viande qu'il trouvait sur la carcasse du cerf. À son tour, le jaguar se lécha les babines et mordit à pleins crocs.

— Ce sont des démons du Mictlan. J'ai vu leurs ailes de chauve-souris dessinées dans leur dos. Il y en a une qui ne semble pas être une démone, mais elle est avec eux. Elle a des ailes d'oiseau avec des cornes dans son dos.

Le félin venait de parler. Un fait étrange pour n'importe qui se serait trouvé là. Mais pas pour eux. « L'un d'eux a quitté le groupe pour prendre la direction de Mexico-Tenochtitlan. Je suis certain qu'ils sont là pour aider les étrangers. Après le repas, nous retournerons en ville prévenir ma famille de leur arrivée. Il faut les devancer, dit le jaguar. ».


Nouveau-Monde, non loin de Mexico-Tenochtitlan, nuit du 12 au 13 août 1521…

Malgré la noirceur de la nuit, ils avaient repéré la ville dont Mellye n'arrivait même pas à prononcer le nom avec exactitude à des lieues à la ronde. Ils avaient volé dans sa direction dans l'espoir de rattraper Tezaros. Conformément à ses dires, le chaos régnait dans la ville en proie aux flammes et des habitants se réfugiaient progressivement dans les extrémités de la ville.

— Teno… Tenoch…, tenta-t-elle de prononcer pour la énième fois devant Seth amusé.

— Tenochtitlan, rectifia Seth en détachant bien les syllabes, ce qui provoqua un nouveau soupir d'exaspération chez Mellye. Je vais simplement dire Mexico… conclut-elle avant de continuer à avancer.

— La ville est sur le point de tomber aux mains des Espagnols, constata Érik.

— Ça ressemble à des pyramides, constata Seth. C'est un temple? Je n'aime pas ça.

Nelith se fraya un chemin parmi le groupe pour voir de ses propres yeux. Le petit groupe se montra soudainement préoccupé de la possible présence de divinités dans la ville. Bien entendu. Ce traître de Tezaros s'était bien gardé de leur dire qu'il y avait des divinités sur place…

— Elles ont peut-être déserté la ville, tenta Daouda avec espoir.

— Il y a également la possibilité qu'elles y soient encore pour la défendre, répliqua Matejs.

— Ça expliquerait pourquoi elle n'est pas encore tombée aux mains des Espagnols, termina Érik.

Nelith émit un grognement guttural pour signifier son mécontentement. Puis, elle se tourna vers Mellye, emportant avec elle tous les regards des autres membres de leur petit groupe.

Mellye savait pertinemment qu'elle devait prendre à l'instant une lourde décision. Poursuivre leur mission et se rendre à la ville pour récupérer les âmes ou renoncer et rentrer bredouille au manoir Daemonheart. En pleine réflexion, Mellye se saisit de la chaîne en or à la petite croix à son cou et la frotta un instant.

— Que le Fondateur me pardonne pour cette décision. Je décide de renoncer aux âmes. Je ne prendrai pas le risque de perdre l'un d'entre vous.

— D'accord. Et que fait-on pour Tezaros? demanda Seth.

Mellye réfléchit au sort du traître. Jusqu'à maintenant, le Maître invocateur jouait le rôle d'agent double et seuls lui-même, Mellye et Nelith connaissaient ce secret. Qui sait ce qui lui arriverait si les Usurpateurs découvraient la supercherie…

— Matejs, ta vie est compromise.

— Ne vous en faites pas Milady. Les Usurpateurs ne me captureront pas facilement, rassura Matejs.

— Il faut tenter de l'attraper et de le réduire au silence. Matejs doit continuer d'espionner les Usurpateurs pour nous, déclara Mellye sur un ton catégorique.

— « Chapelets », ordonna Nelith en un signe.

Tous s'exécutèrent et sortirent leur chapelet pour l'accrocher à l'une de leurs mains avant d'amorcer la descente vers la ville. Si les choses tournaient mal, cet endroit serait leur point de rendez-vous.


Manoir Daemonheart, salle de réception, veille de Noël…

— Yuban et moi étions de retour à Mexico-Tenochtitlan, expliqua Tezca. J'ai donc délaissé la filature pour retourner voir ma famille et connaître l'état de la situation. J'ai appris que pendant notre absence, Hernán Cortés avait changé de stratégie. À chacun des raids, il avait pris la décision de raser les bâtiments afin d'aller de plus en plus loin dans la ville. Ils avaient même réussi à établir un camp permanent au cœur de la ville. La dernière source d'eau qui alimentait la ville avait également été détruite. J'étais anéanti par tout ce que je voyais. La population avait faim et agonisait. Ils mangeaient tout ce qui leur tombait sous la main. Mes frères et mes parents ont mangé le bois coloré du tzompantli, unestructure de poteaux en bois sur lesquels sont empalés les crânes humains des victimes sacrifiées, ils ont mâché le chiendent du natron, l'argile des briques, des lézards, des souris, de la poussière de crépi, et de la vermine, déclara Tezca attristé. C'était désolant à voir et à vivre. Et nous qui avions mangé du cerf quelques heures auparavant…


Nouveau-Monde, aux portes de Mexico-Tenochtitlan, nuit du 12 au 13 août 1521…

Avec le chaos qui régnait dans la ville, Tezca et Yuban étaient parvenus jusqu'au marché Tlatelolco. Ils ne reconnaissaient plus rien de la grande ville que fut Tenochtitlan. Les habitants étaient sales et infects. Les enfants étaient maigres et beaucoup pleuraient. Il ne resterait bientôt plus rien de l'empire aztèque qui avait acquis une supériorité depuis 200 ans. Tout donnait pitié à voir.

Même si le marché Tlatelolco tenait encore, ce n'était qu'une question d'heures avant qu'il ne tombe aux mains des Espagnols. L'heure n'était plus à défendre la ville, mais à sauver leurs habitants pour éviter un véritable carnage.

Il repéra son frère aîné Xipe Totec et Quetzalcóatl aux côtés de son père Ometecuhtli; occupés à défendre le marché contre les Espagnols.

— Tu choisis ton moment pour apparaître Tezca, commenta Quetzalcóatl, railleur.

Tezca s'apprêta à répliquer, mais fut arrêté par Yuban.

— Ce n'est pas le moment Quetzal! intervint leur père Ometecuhtli avec colère. Tezca, va voir ta mère. Tu vas t'occuper d'évacuer les habitants avec ton frère Huitzilopochtli.

— Des démons du Mictlan arrivent bientôt pour aider les étrangers.

Tezca les décrit rapidement afin que son père et ses frères puissent les identifier sur le champ de bataille. Soudainement, un guerrier accourut vers eux et les informa que les Espagnols les avaient désormais encerclés. La situation dégénérait de minute en minute.

Tezca et Yuban s'empressèrent de trouver la mère de Tezca; Omecihuatl et son plus jeune frère, Huitzilopochtli.

— Notre priorité est d'aider les habitants à fuir la ville par ton réseau de miroirs, déclara la mère de Tezca.

— Il y a en effet un miroir à l'extérieur de la ville en lieu sûr, confirma Yuban.

— Mère. Ça prendra des heures, voire des jours, déplora Tezca.

— Nous devons essayer. Ou sinon, tous les habitants vont mourir!

Il fallait maintenir la synchronisation à son maximum en permanence. Seuls le Dieu de la Mort ou ses Death Scythes pouvaient y arriver. C'était une tâche bien difficile pour eux qui n'étaient que des élèves. Tezca se tourna vers son meister Yuban en quête de son approbation.

— Nous y arriverons, dit Yuban, confiant.

En quelques minutes, Tezca et Yuban commençaient déjà à évacuer les blessés et les vieillards à l'extérieur.

Yuban s'était assis en tailleur afin de maintenir le niveau de synchronisation suffisamment haut.

— C'est trop lent mon ami. Nous avons besoin de plus de miroirs… ou d'un plus grand dans le réseau si tu vois ce que je veux dire…, dit Yuban tristement au bout de quelques heures en observant la file interminable d'habitants qui attendait de traverser le tout petit miroir qu'était Tezca.

Le reflet de Tezca apparut dans le miroir pour observer à son tour les habitants. Le meister tourna le regard en direction du Templo Mayor.

Une étoffe de tissu représentant le pays lointain des étrangers flottait au sommet. Ceux-ci célébraient déjà la chute de la ville alors que ses frères et son père continuaient de se battre aux extrémités du marché.

— Tu as raison mon ami, acquiesça Tezca en observant à son tour le Templo Mayor.

Tezca savait où voulait en venir son meister. Un grand miroir se trouvait à l'intérieur de ce temple.

Xipe Totec vint les rejoindre pour reprendre des forces quelques minutes. Ce dernier était exténué par les combats. Son frère aîné s'était vu contraint de reculer constamment face aux étrangers, si bien que l'on entendait au loin les combats. Ils devaient se rendre à l'évidence qu'ils ne sauveraient pas tous les habitants et qu'un massacre aurait lieu.

Tezca écoutait distraitement l'état de la situation. Depuis que Yuban avait soulevé la lenteur de l'évacuation, Tezca n'avait pas quitté des yeux le Templo Mayor. Si seulement Yuban pouvait aller chercher ce foutu miroir…

— Tu m'écoutes Tezca? Il faut aller plus vite, lui dit son frère Xipe Totec pour le faire sortir de sa rêverie.

— Nous le savons, mais nous ne pouvons pas y arriver sans un plus grand miroir, répondit-il sans détacher ses yeux du Templo Mayor.

À son tour, Xipe Totec porta son regard vers le Templo Mayor.

— Très bien. J'y vais, dit-il, résolu.

Tezca protesta vivement. Si une personne devait y aller, c'était bien lui. Xipe refusa de céder. Tezca et Yuban devaient continuer d'évacuer le plus de personnes possible. Xipe assura qu'il parviendrait à effectuer la tâche en un temps record. Devant les arguments convaincants de son frère aîné, Tezca céda.

Impuissant, Tezca regarda Xipe Totec courir en direction du Templo Mayor.


J'ai effectué de nombreuses recherches historiques afin de pouvoir bien saisir, raconter et mettre dans l'ambiance qui devait régner lors de la chute de Mexico-Tenochtitlan. Merci et à bientôt pour la suite des aventures!