Bonsoir moussaillon !

Pour des raisons personnelles j'ai hésité à poster ce chapitre. Je me suis tout de même décidée à le publier. Je ne l'ai pas retravaillé, la fin aurait dû être différente, qu'importe... J'espère qu'il vous plaira. Et surtout j'espère que vous aurez la chance d'avoir (ou d'être pour autrui) une vieille Porki. Je vous souhaite sincèrement de profiter de vos proches.


La vieille Porki

« Non mais c'est quoi cette tenue mon petit ? » Makino sursauta à l'entente de cette voix rocailleuse sans pareil.

Porki était incroyablement énergique pour une octogénaire. Ratatinée sur sa canne, la voix roque mais chevrotante, sa tignasse grise perpétuellement en bataille, son regard perçant et son rire strident : Porki avait tout d'une carricature de conte de fées… Caractère compris.

On pourrait croire que ça ferait fuir les clients. Qui mangerait un ragoût préparé par une vieille sorcière ? Qui apprécierait de se faire servir par une vieillarde faiblarde à moitié sourde et bornée ? Probablement tous habitants des sept villages environnants - exception faite de la capitale. Bizarrement, les enfants du village n'ont jamais été très intimidés par cette vieille chouette au cœur d'or solidement cadenassé.

Makino ne fait pas exception. Grâce à cette vieille grincheuse, tous les dimanches de son enfance ont cette saveur de tarte aux pommes et aux noix de pécan. La génération de la jeune tenancière a su apprécier le charme d'un salon décrépit plein de fantasmagorie et d'idoles d'un autre temps. L'heure du conte, cette tradition dominicale à laquelle sont conviés tous les enfants du village -bien qu'on y croise aussi beaucoup d'adultes- se perpétue encore aujourd'hui. Et Makino en retire une certaine fierté que ces instants de légèreté se déroulent à présent dans son établissement.

Non, personne ne craignait la vieille Porki. Sauf peut-être les échoppes du marché, puisque la vieille dragonne avait élevé le marchandage au rang d'art sophistiqué. Les jours de marché il n'est pas rare de voir deux ou trois gamins du Grey Terminal descendre vers le village afin de l'aider à porter ses courses. Porki s'annonce d'autant plus intransigeante dans ses négociations, et les mômes repartent avec des sacs complets de légumes et d'oeufs à se partager. Avec pour ordre de ne pas revenir... Jusqu'à ce que chacun des orphelins soient passés.

Un commentaire acerbe sortit la jeune tenancière de sa rêverie. Devant son incompréhension la vieille reprit : « Ouvre-moi donc ce chemisier d'un ou deux boutons ! T'es belle comme un cœur et on dirait bien qu'le capitaine et une pelleté de ses matelots t'ont dans leur viseur. En jouant de tes charmes t'auras même pas à entendre qu'ils aient descendu quatre pintes pour les voir allonger la monnaie… »

Makino décrocha de la conversation à cet instant. Elle reprit son rangement, la vieille l'aida tout en continuant son babillage.

« T'as de la chance d'être ma patronne sinon je t'aurai expliqué ma façon de penser.

-Tu te gênes pas pour le faire Porki. Et si tu retournais à tes tartes aux pommes ?»

D'ici une heure tout au plus le bar serait animé de cris et rires d'enfants - et de pirates- qui vibreraient d'enthousiasme pour des histoires de princesses guerrières et de chevaliers en détresse.

La définition d'un parfait dimanche après midi.


Ami.e lecteur/lectrice fantôme, merci de ton passage.

Makino et moi nous n'avons pas de planche de Ouija. Malheureusement… Si tu as apprécié ce chapitre, que tu as le temps et la force de te manifester, commande une tarte aux pommes, la vieille Porki que tu connais un peu mieux maintenant, t'en laissera une part de côté pour te remercier. Pour l'instant elle est un peu occupée à conter la rencontre d'Erik et d'Hesekiel. C'est une belle histoire, j'aurai aimé la découvrir enfant.