Un cuisinier, un Muffin et une Ombre.
Deux fourchettes tordues traînaient dans le lavabo. Jonathan les rinça et les posa sur un coin de la table. La plonge n'était pas l'aspect le plus reluisant de son domaine mais elle avait l'avantage de lui accorder un peu de tranquillité en cuisine. Sa patronne et sa collègue l'aidaient souvent, l'occasion pour lui de se sociabiliser un minimum, mais d'un naturel introverti et d'une timidité plus que maladive le jeune cuisinier appréciait la douce solitude de son antre.
La montage de vaisselle enfin terminée, il se mit à ouvrir quelques bocaux en prévision du banquet qui aurait lieu au bar le soir même. D'exotiques effluves paradisiaques se répandirent dans la pièce. Le jeune homme ne put s'empêcher de donner un coup de langue sur le couvercle de sauce qui accompagnerait un filet de truite.
Muffin le gros chat gris eut droit au même privilège. Malgré ses 15 ans et un peu d'arthrite, le matou restait vif et belliqueux mais il s'était pris d'affection pour cet humain discret et curieux. Son maître retourna à sa tambouille, l'animal fort intéressé fomentait déjà des plans machiavéliques pour s'attribuer l'entièreté du poisson. Et peut-être aurait-il englouti les provisions d'une traite si Porki n'était arrivée toute haletante avec la patronne. Elles avaient les bras chargé de provisions. Un coup d'oeil à l'horloge murale et le cuisinier avisa qu'une pause était la bienvenue.
Le calme avant la tempête.
Ils redoublèrent d'efforts, rompirent pains et baguettes qu'ils tartinèrent d'épaisses couches de foie gras, de tarama et de pickles. Il fallut ensuite préparer les moules, crabes bleus et langoustines du village voisin. Sans parler des tartes, crumbles et brioches à façonner pour le désert. C'était éreintant mais ça valait le coup, les clients avalèrent le tout avec délectation.
C'est avec un soulagement certain que Jonathan regagna sa roulotte dans l'arrière court du bar.
Une surprise l'attendait. Dissimulé sous un bouquet d'oeillets fraîchement cueillis dans les bosquets de la mairie , un sourire mutin et enjoleur.
Jonathan accepta les fleurs rouge d'embarras et de surprise. Ce geste inattendu et d'un romantisme approximatif suffit à le convaincre que la nuit serait plus courte qu'espérée. Sans plus d'hésitations, il laissa le matelot pénétrer dans son foyer. L'ombre s'accommoda sans peine des grincements et du tangage irrégulier de la roulotte.
Ami.e lecteur/lectrice fantôme, merci de ton passage.
Si cette présentation très brève de Jonathan (oui je sais, le portrait est aussi discret que le cuisinier) te rappelle des souvenirs de ta vie antérieure c'est que tu as sans doute croisé le chemin de Lienna cette Douce Empoisonneuse de Paasilinna.
Je pense que tu peux t'adresser à Muffin, ce vieux matou d'humeur lunatique serait sans doute enclin à t'intégrer dans ses plans de dominations du Partys Bar... Enfin, je suppose...
