FARCES POUR SORCIERS FACÉTIEUX

Impossible de les regarder, de leur parler, ou même d'y penser. Megan passa la semaine qui suivit enfermée dans sa chambre, luttant contre cette impression qu'elle avait d'être sans cesse sur le point d'exploser. Chaque fois que ses pensées se dirigeaient vers les Boyd, Voldemort, Anita ou ses parents, elle cassait quelque chose. Les trois lettres que lui envoya Kevan, inquiet de ne plus avoir aucune nouvelle de sa part, ne lui apportèrent aucun réconfort, elle les jeta par-dessus son épaule sans même les lire. Seul un courrier des jumeaux Weasley éclaira ses sombres journées : Arthur, leur père, était désormais presque certain d'obtenir les billets pour la finale de la Coupe du monde de Quidditch, ce n'était plus qu'une question de temps, elle pourrait donc arriver au Terrier au cours de la semaine suivante. Cette perspective lui permit de tenir le coup durant les jours qui suivirent, de ne pas étouffer.

Le vendredi qui précéda la Coupe, préparer sa malle – car elle resterait au Terrier jusqu'à la rentrée – lui permit de se concentrer sur quelque chose qui n'était pas douloureux. Rassembler les manuels dispersés à travers sa chambre, remettre les bons bouchons sur les bons encriers, plier ses robes rouge et or, astiquer son Éclair de feu, emballer la nourriture d'Eleyna, faire rentrer son chaudron et sa boîte à ingrédients dans la malle. Mais dès lors qu'elle eut terminé – après s'être assise sur sa valise pour pouvoir la fermer –, elle fut à nouveau en proie à la tension. Assise sur son lit, elle attrapa sa baguette, rangée dans un tiroir de sa table de chevet depuis la fin de l'année scolaire précédente, et la fit machinalement tourner entre ses doigts. Elle n'avait pas besoin de baguette pour exercer certains de ses pouvoirs, mais elle se sentait toujours plus puissante lorsqu'elle tenait ce bout de bois magique, et ce depuis le jour où Ollivander la lui avait vendue. Elle s'allongea sur son lit, les yeux ouverts, fixant sans la voir son armoire remplie d'habits moldus. Elle entendait le son de la télévision que Roger et Emily regardaient dans le salon. Tous trois ne s'étaient plus adressé la parole depuis la conversation qu'ils avaient eue après le dîner chez les Cuffe. Megan n'avait pas encore réussi à assimiler l'ampleur de ce dont ils avaient parlé, elle n'arrivait pas à concevoir que les Boyd sachent qui elle était vraiment et ce qu'elle avait pu vivre à Poudlard. Et elle ne voulait pas y réfléchir, ne voulait pas comprendre. Ce n'était pas ainsi qu'elle avait imaginé les choses, elle avait perdu le contrôle sur la situation et ce simple fait lui tordait les entrailles. Remontant ses genoux contre sa poitrine, elle se lova dans son lit en position fœtale, et finit par s'endormir avant même le coucher du soleil.

Ce fut le claquement de bec d'un hibou contre la vitre de de sa fenêtre qui réveilla Megan le lendemain matin. Déboussolée par une aussi longue nuit, les cheveux emmêlés de s'être agitée dans son sommeil, elle observa un instant le strigidé avant de se lever pour aller lui ouvrir. Le volatile, qui ressemblait à une espèce de minuscule boule de plume grise, se mit aussitôt à voleter à travers sa chambre en pépiant joyeusement. Megan le reconnut, il s'agissait du hibou que Sirius avait offert à Ron quelques mois plus tôt puisqu'il l'avait privé de son rat de compagnie. L'animal laissa tomber une lettre sur la tête de sa destinataire puis fondit sur les Miamhibou que Megan avait acheté pour Eleyna. Mal réveillée et aimable comme un ours débusqué en plein hiver, elle décacheta la lettre et reconnut l'écriture de son meilleur ami.

Megan,

PAPA A EU LES BILLETS ! Débrouille-toi comme tu veux mais sois à la maison demain au plus tard !

On va voir la finale !

J'ai écrit à Hermione aussi. Ma mère a envoyé à Harry un courrier par la poste moldue mais je ne sais pas quand il va le recevoir alors on va le chercher demain après-midi.

Réponds-moi vite !

Ron.

Sans avoir besoin de réfléchir, Megan tira un parchemin de son bureau à peine mieux rangé et griffonna une réponse :

Ron,

J'arrive cet après-midi, je prendrai le bus. Il faudrait vraiment que je fasse relier la maison au réseau de cheminées…

À tout à l'heure !

Megan

Le hibou de Ron, dont elle ignorait le nom, s'était remis à voler dans la chambre. Megan l'attrapa au vol alors qu'il passait près d'elle et lui ficela la lettre à la patte.

- Ramène ça vite à ton maître, lui ordonna-t-elle en le ramenant à la fenêtre.

Le hibou ulula joyeusement puis s'envola. Megan se sentit aussitôt parfaitement réveillée et enthousiaste : ça y est, elle partait au Terrier ! Elle mit sa valise debout – non sans difficultés – et se rendit à la salle de bain pour faire un brin de toilette et changer de vêtements. Puis elle prit sa cape d'été et ses bottines et, tant bien que mal, traîna sa valise jusqu'au bas des escaliers.

- Qu'est-ce que tu fais ? sursauta Emily, aussi ahurie de voir sa fille adoptive descendre de sa chambre pour la première fois de la semaine que de constater que celle-ci précédait une immense malle frappée aux armoiries de Poudlard.

- Je pars après manger, je vais chez les Weasley, annonça-t-elle.

- Très… bien, lâcha Emily. À quelle heure tu dois y être ? On t'emmènera.

- Je prendrai le bus, l'arrêta aussitôt Megan.

Hors de question de mettre les Weasley et les Boyd en présence. Megan avait besoin de garder le contrôle sur les relations qu'elle entretenait avec la famille de Ron. Ron, Ginny et Percy ne savaient rien sur sa famille, ils ne savaient même pas que ses parents étaient morts, ils étaient trop jeunes pour connaître son nom, et leurs aînés ne leur avaient rien dit. Arthur et Molly connaissaient la vérité, mais pas qu'elle était élevée par des Cracmols, et elle préférait garder cette information secrète.

- Tu rentrerais…

- En juin prochain, répondit Megan sans hésitation. Ça sent bon, tu as fait à manger ? On mange quoi ? J'ai faim.

Emily observa sa fille adoptive d'un œil surpris. Ça ne ressemblait pas à Megan de dire ce genre de choses. Mais la jeune fille était trop heureuse de partir pour penser à se montrer désagréable.

Le déjeuner se déroula dans une étrange ambiance. Megan débordait d'enthousiasme et mangeait avec appétit, tandis que Roger et Emily ne touchaient presque pas à leur assiette, arborant cette expression qu'ils avaient chaque fois qu'ils voyaient Megan pour la dernière fois avant la fin de l'année – mais d'habitude ils savaient à l'avance à quelle date elle partirait, cette fois elle les avait pris de court.

- Tu es certaine que tu ne veux pas qu'on t'emmène ? lui demanda une dernière fois Emily au moment où Megan posa la main sur la poignée de la porte.

- Absolument certaine. Bonne année, on se voit en juin !

Fixant sa cape sur ses épaules, Megan poussa la porte de la maison et, sous le regard soucieux d'Emily et Roger Boyd, tira sa malle jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche. Les Moldus la dévisageaient ouvertement ou lui jetaient des coups d'œil curieux, le chauffeur sembla se demander s'il devait laisser cette jeune fille aux longs cheveux noirs et aux yeux verts hypnotisant monter seule dans son véhicule, et une vieille femme changea de place lorsque Megan vint s'asseoir non loin d'elle. Satisfaite d'être ainsi laissée tranquille, la jeune fille posa sa tête contre la vitre qui vibrait sur la route inégale et regarda la ville de Corsham défiler sous ses yeux tandis que le bus l'emmenait loin des Boyd. Après une quarantaine de minutes de route, le bus la déposa à la sortie de la ville. Le reste du trajet devrait se faire à pied, les Weasley habitaient de l'autre côté du bois. Sa malle tressautait sur le sentier, et les cailloux volaient autour de ses roues. Ses cheveux rebondissaient souplement sur ses épaules au rythme de sa démarche vive. Comment Dumbledore osait-il raconter aux Boyd le moindre événement de sa vie à Poudlard ? Maintenant que Megan n'était plus enfermée dans sa chambre, qu'elle était seule dans un vaste espace boisé et isolé, elle pouvait enfin se permettre d'exploser – ici elle ne risquait pas de détruire des vitres, des meubles ou de tuer quelqu'un. Elle aurait voulu que les Boyd la croient à Serpentard, qu'ils ne sachent pas qu'elle avait empêché Voldemort de revenir deux fois en deux ans, elle voulait qu'ils ne sachent rien de plus à son sujet que le peu qu'elle leur montrait. Dumbledore et son besoin d'avoir la main sur tout lui avaient enlevé ça, ce contrôle qu'elle essayait de garder sur sa vie. Et ils savaient qui elle était pour Voldemort ! Comment ces deux Cracmols profondément ancrés dans le « bon côté », ces deux amis de Dumbledore, avaient-ils pu accepter de vivre avec l'héritière du plus grand mage noir de tous les temps ? La traiter comme leur fille ? L'aimer ? Parce que les Boyd aimaient Megan, ce qui avait contribué à empêcher la petite fille qu'elle était à l'époque d'accepter cette nouvelle vie. Elle ne voulait pas de leur amour, elle ne voulait pas de cette parfaite famille aimante et incapable de la moindre forme de magie.

Le sommet de la maison bancale des Weasley apparut parmi les arbres. Megan pressa encore le pas – ils allaient enfin lui changer les idées. Le Terrier était une bâtisse de plusieurs étages, comme empilés les uns sur les autres, apparemment instable, avec un toit rouge et plus de cheminées que la normale. Megan sourit en la voyant, c'était une vision familière et chaleureuse, c'était comme rentrer chez soi après un long et fatiguant voyage. Dès qu'elle fut suffisamment près du Terrier pour entendre les poulets caqueter dans la cour, une tête rousse s'agita près d'une des fenêtres et la voix de Ginny, la plus jeune de la fratrie Weasley, lui parvint :

- Megan est arrivée !

La porte de la maison s'ouvrit et Molly adressa un large sourire à la jeune fille.

- Megan chérie ! se réjouit-elle. Bienvenue à la maison ! Tu es magnifique. Comment est-ce que tu es venue jusqu'ici ? Tu as faim ? Oh, tu es toute maigrichonne…

- Moi je la trouve énorme, répondit la voix de Fred, debout sur la dernière marche des escaliers, à quelques mètres de sa mère.

- Et plutôt moche, ajouta George en arrivant derrière son frère jumeau.

La jeune fille leur tira la langue et posa sa malle dans l'entrée. Les jumeaux avaient pris quelques centimètres au cours de l'été, mais pas autant que Ron. Lorsque son meilleur ami surgit de la cuisine, Megan pu constater qu'il était devenu beaucoup plus grand, et les taches de rousseur envahissaient encore un peu plus son visage.

- Salut ! s'exclama-t-il joyeusement. Ça va ? Ginny, sors de la cuisine !

La tête flamboyante de sa petite sœur apparut dans l'encadrement de la porte. Elle sourit timidement mais l'air ravi. Les deux filles avaient noué un lien particulier depuis qu'elles s'étaient échappées ensemble de la Chambre des secrets.

- Assieds-toi, l'invita Molly en la débarrassant de sa cape. Tu veux manger quelque chose ? J'ai fait du gâteau.

- Je sors de table, répondit Megan. C'est gentil.

- Arthur et Percy sont encore au travail, ils rentreront dans la soirée, ils ont beaucoup de travail, mais ils seront ravis de te voir !

Percy était le troisième fils de la fratrie, préfet-en-chef l'année dernière, très pointilleux sur le règlement et ambitieux, il venait tout juste de terminer ses études à Poudlard.

- Ne parle pas à Percy de son travail, lui conseilla Fred en venant s'asseoir avec Megan et ses frères et sœur. C'est à mourir d'ennui.

- Qu'est-ce qu'il devient ? demanda Megan, bien qu'elle n'ait pas vraiment d'affinité avec le garçon. Il n'est pas encore ministre de la Magie, je suis déçue.

- Pas encore premier ministre, non, dit fièrement Molly en apportant tout de même à manger à Megan. Mais il travaille au ministère. Au département de la coopération magique internationale.

- Pour Mr Crouch, ajouta George en grimaçant. L'amour de sa vie. Tu verras…

- Et il va te parler d'un événement secret, et tout faire pour que tu lui demandes ce que c'est, ajouta Ron en ronchonnant. Ne tombe pas dans le panneau, ça n'a sûrement aucun intérêt, mais il adore faire comme s'il allait se passer quelque chose de grandiose dont on ne sait rien.

- Quoi de mieux que la Coupe du Monde, hein ? sourit Megan.

Il y eut à nouveau des bruits de pas dans l'escalier, et deux têtes rousses supplémentaires arrivèrent à leur tour dans la cuisine.

- Tiens, regardez qui voilà, lança l'un d'eux.

Megan reconnut aussitôt Bill, l'aîné de la fratrie Weasley, chez qui elle avait séjourné l'été dernier, en Égypte. Grand, mince, ses longs cheveux roux étaient toujours noués en catogan et il n'avait pas renoncé à sa boucle d'oreille à laquelle était suspendu un crochet de serpent. Si tous deux s'étaient bien entendus au début, les choses avaient changé entre eux dès lors que Bill avait découvert qui étaient les parents de Megan. Même si Arthur, Molly et elle-même lui avaient affirmé qu'elle n'était pas dans le camp de Voldemort mais dans le leur, la jeune fille n'avait pas oublié la lueur de méfiance qui avait subsisté dans les yeux de l'employé de Gringotts. Aujourd'hui, bien qu'il apparût souriant et accueillant, sa poignée de main n'en fut pas moins conventionnelle et distante.

Derrière lui, son frère Charlie se montra bien plus chaleureux. Charlie était le seul des enfants Weasley que Megan ne connaissait pas encore car il vivait en Roumanie où il s'occupait de dragons dans une réserve. Moins grand mais plus solidement bâti que ses frères, il avait un visage bienveillant marqué par le soleil. Sur l'un de ses bras musculeux, on remarquait une grosse cicatrice brillante, visiblement due à une brûlure.

- Ravi de te rencontrer, dit-il avec enthousiasme en venant lui serrer la main. J'ai beaucoup entendu parler de toi.

De toute évidence, ce n'était pas par Bill, sans quoi il se serait montré beaucoup moins avenant.

La famille Weasley lui avait profondément manqué, Megan s'en aperçut au cours des heures qui suivirent. Molly essaya de lui faire avaler tout un cake malgré son estomac déjà plein, Ron demanda déjà à jeter un coup d'œil à ses devoirs de potion pour la rentrée, elle disputa plusieurs parties d'échecs contre Ginny et Charlie, et Fred et George firent exploser des pétards dans le poulailler en déclenchant une cacophonie innommable entre le caquètement horrifié des poules et les hurlements de leur mère.

En fin d'après-midi, alors que Megan et les enfants Weasley parlaient de Quidditch dans le jardin en regardant des gnomes creuser des trous dans la terre, une fille aux cheveux bruns en broussaille et aux dents de devant proéminentes surgit dans leur champ de vision.

- Hermione ! s'exclama Ron avec joie.

- Mes parents m'ont déposée à quelques mètres, ils étaient pressés, dit-elle en tirant sa valise dans le jardin. Il y a un colloque de dentistes à Londres.

- Passionnant, commenta Megan. Tu as faim ? Il y a du cake dans la cuisine. Mange-le en entier, s'il te plaît.

Hermione ne comprenait pas grand-chose au Quidditch mais elle était ravie de partager cet événement international avec ses meilleurs amis.

- Harry n'est pas là ? demanda-t-elle une fois qu'elle eut salué tout le monde.

- Non, on va le chercher demain chez son oncle et sa tante, répondit Ron en mangeant un morceau du cake dans la cuisine.

- Oh, on va chez ses Moldus, s'aperçut Megan. Marrant ! On y va comment ?

- Par la poudre de Cheminette, répondit Molly qui lavait la vaisselle du bout de sa baguette. Nous irons le chercher à cinq heures, j'ai prévenu son oncle et sa tante par la poste moldue, et il a envoyé un hibou à Ron hier soir.

Megan étouffa un rire.

- Vous êtes sûrs que c'est une bonne idée d'aller chercher Potter par ce moyen ? La dernière fois qu'il a pris la poudre de Cheminette, il s'est retrouvé dans l'allée des Embrumes. Il en serait encore capable !

- Mais non, voyons, Harry s'en sortira très bien, affirma Hermione.

- Les filles, vous avez reçu vos lettres de Poudlard ? demanda Molly.

Megan et Hermione secouèrent la tête.

- Elles ne devraient plus tarder. J'irai acheter vos affaires sur le Chemin de Traverse, après tout on ne peut pas savoir combien de temps durera la Coupe.

L'excitation gagnait les Weasley et Megan, et même Hermione rayonnait. Dans deux jours, ils seraient dans le plus grand stade que la Grande-Bretagne n'ait jamais construit. Cette ambiance festive rayonnait dans le Terrier, ce qui réjouissait Megan. Fille unique, élevée seule, elle n'avait presque jamais vu les familles de Roger et Emily, qui s'étaient éloignées d'eux en raison de leur statut de Cracmols. Dans leur maison du Wiltshire, tout était silencieux et bien rangé, et les invités étaient plus que rares compte tenu de la dangereuse instabilité de Megan. Le Terrier était le parfait opposé de la vie quotidienne des Boyd : la maison débordait de meubles et d'affaires dans un parfait bazar, ne désemplissait pas de l'été, on se croisait dans les escaliers en se collant au mur pour pouvoir passer, les rires et les éclats de voix résonnaient à travers les étages, la maison était vivante, et Megan appréciait d'être l'une des fourmis qui évoluaient joyeusement dans cette fourmilière magique.

Les six enfants Weasley furent ravis de voir rentrer leur père du travail en début de soirée. Arthur, un homme grand et mince au front dégarni et aux yeux brillants de sincérité et de générosité, travaillait au service des détournements de l'artisanat moldu, au ministère de la magie. Passionné par les Moldus, il adorait étudier tout ce qu'ils inventaient pour remplacer la magie, au grand dam de sa femme. Percy, qui arrivait derrière son père, généra moins d'enthousiasme. Remontant ses lunettes à monture d'écaille sur son nez droit, il vint solennellement serrer les mains des deux nouvelles venues puis annonça qu'il avait beaucoup de travail et monta aussitôt dans sa chambre.

- Quel accueil, commenta Megan.

- Il travaille beaucoup, s'étonna Hermione.

- Tu n'imagines pas à quel point, marmonna George. Il préférerait passer la nuit au ministère, mais papa l'oblige à rentrer. Percy et son travail…

Un rugissement empêcha Megan d'en savoir plus sur Percy et son travail. Molly, les yeux lançant des éclairs, fit irruption dans la cuisine en tenant à la main divers morceaux de parchemins recouverts d'encre.

- Est-ce que je peux savoir ce que c'est ? rugit-elle en les agitant sous le nez des jumeaux.

- Maman ! s'écria Fred, outragé. Tu es allée dans notre chambre !

- Qui avait bien besoin d'être rangée ! répliqua sa mère. Est-ce que je peux savoir pourquoi vous fabriquez des bons de commande au nom de « Weasley, Farces pour sorciers facétieux » ? Et pourquoi vous listez des prix ?

- Ça ne te concerne pas ! répondit George, tout aussi furieux. Rends-nous ça !

- « Bonbons farceurs, fausses baguettes magiques, pétards » ! lut Molly.

- Et alors ?

- Vous comptez vendre ça ? Où ça ? A Poudlard ? Vous avez perdu la tête ?

- On a le droit de vouloir se faire un peu d'argent ! s'exclama Fred.

- NON !

Molly Weasley bouillante de rage était un spectacle impressionnant. Elle se dirigea vers la cheminée et jeta au feu tous les bons de commande qu'elle tenait ainsi que la liste des prix. Les jumeaux étaient horrifiés.

- Que vous n'ayez pas eu toutes vos BUSES, c'est une chose ! Mais que vous utilisiez vos compétences pour vendre des produits dangereux, NON ! Je ne veux plus jamais en entendre parler !

Charlie fit signe à Megan, Ron, Hermione et Ginny qu'ils feraient mieux de décamper, ce qu'ils s'empressèrent de faire. Ils grimpèrent au dernier étage, jusqu'à la chambre de Ron, sorte de trou orange vif agressif recouvert d'affiches de Canons de Chudley (son équipe de Quidditch préférée), avec un bocal contenant une énorme grenouille, une pile de BDs pour sorciers et un minuscule hibou gris dans une cage.

- Harry, Fred et George dormiront ici, expliqua Ron en s'asseyant sur son lit. Megan et Hermione, vous dormirez dans la chambre de Ginny.

L'intéressée eut un sourire timide. Megan lui avait sauvé la vie un an auparavant, mais elles se parlaient peu souvent.

- C'est quoi cette histoire avec les jumeaux ? demanda Hermione, curieuse.

- Je n'en sais rien…, admit Ron. On n'avait jamais entendu parler de ça, avant.

- Depuis tout ce temps qu'on entend des explosions dans leur chambre… On ne se doutait pas qu'ils faisaient quelque chose de sérieux, ajouta Ginny.

- Votre mère n'a pas l'air de trouver ça sérieux, fit observer Hermione.

Megan était songeuse. Elle savait que Fred et George élaboraient toutes sortes de produits, mais ils ne lui avaient jamais parlé de leur intention de monter un commerce quelconque.

Comme souvent cet été, un claquement de bec contre une vitre la détourna de ses pensées. Tous les quatre levèrent la tête et virent Eleyna sur le rebord de la fenêtre de la chambre. Megan s'empressa d'aller lui ouvrir.

- Elle a l'air épuisée, commenta Ginny. Elle revient de loin ?

- Plutôt oui, se contenta de répondre Megan, bien qu'elle ignorât où se trouvait exactement Sirius.

Elle ne donna aucune autre explication : Ginny ne savait pas ce qu'elle, Hermione et Potter avaient fait pour le fugitif quelques mois plus tôt, et Ron et Hermione n'avaient pas besoin de savoir qu'il entretenait une correspondance avec elle compte tenu de la teneur de leurs échanges. Elle glissa la lettre dans une poche de son pantalon puis donna à Eleyna à boire et à manger.

- Tu devrais la descendre au salon, l'informa Ron. Sinon Pig va la déranger.

Sans relever le nom stupide que Ron avait donné à son hibou, Megan acquiesça et quitta la chambre pour emmener sa chouette dans une pièce plus calme. En bas, Molly avait arrêté de crier et préparait le dîner tandis que Bill et Charlie jouaient aux échecs et que les jumeaux étaient remontés dans leur chambre.

- On va bientôt dîner, aboya Molly.

- Bien, lâcha Megan.

Arthur lui fit signe de ne pas se formaliser de l'attitude de sa femme. Charlie lui adressa un sourire rassurant, elle hocha la tête puis remonta les escaliers. Des voix dans le couloir attirèrent son attention. Megan s'arrêta sur le palier puis poussa la porte de la chambre des jumeaux. Tous deux étaient occupés à rassembler des cartons et des parchemins, probablement pour les sauver de la furie de leur mère.

- « Weasley, Farces pour sorciers facétieux » ? demanda Megan en fermant la porte derrière elle.

- On y pense depuis l'année dernière, avoua George. Mais ce n'était pas assez élaboré jusqu'à cet été, donc on ne t'en avait pas encore parlé.

- C'est plutôt cool, affirma Megan. Vous voulez vendre ça à Poudlard ?

- Si maman ne jette pas tout au feu, acquiesça Fred. Elle veut qu'on intègre le ministère de la magie après l'école, comme papa et Percy.

Megan haussa un sourcil, pas surprise par les espoirs de leur mère. Elle n'imaginait cependant pas une seule seconde les jumeaux travailler dans une pareille institution, ils n'avaient pas le même sérieux qu'Arthur ou leur frère.

- On veut ouvrir une boutique de farces et attrapes, expliqua George. On est déjà en train d'y travailler. On veut se créer une clientèle à Poudlard, pour commencer.

- C'est une bonne idée. Quand ça marchera bien, Molly sera obligée d'admettre qu'elle avait tort. Vous avez créé des trucs que je ne connais pas ?

- Il faut qu'on te montre les Pralines ! se réjouit Fred en ouvrant un carton. Est-ce que Harry t'a déjà parlé de son cousin Dudley ?

Megan haussa les épaules. Quand bien même il l'aurait fait, elle n'y aurait pas accordé la moindre attention.

- Harry a un cousin particulièrement gourmand – et gras. D'après les lettres qu'il a envoyé à Ron, cet été, il a été mis au régime sur les conseils de l'infirmière de son collège, et il le vit assez mal. Alors on a pensé qu'il serait le cobaye idéal pour une de nos dernières inventions.

Il tendit la main et Megan vit dans sa paume de grosses et appétissantes pralines enveloppées de papiers aux couleurs vives.

- Je te présente les Pralines Longue Langue ! dit fièrement George. Un seul bonbon et ta langue va se mettre à gonfler et, surtout, à s'allonger. Beaucoup.

- Génial ! se réjouit Megan en imaginant Pansy Parkinson, une abominable élève de Serpentard, en ingurgiter accidentellement.

- On a déjà réfléchi à la façon dont on va faire ça, poursuivit le jeune homme. Demain, on ira chercher Harry avec Ron et papa. Dudley sera sûrement là. Fred fera tomber de sa poche un paquet de praline.

- Je les ramasserai aussitôt, ajouta l'intéressé, mais j'en laisserai par erreur quelques-unes par terre. Dudley et son régime feront le reste.

Le sourire de Megan s'élargit.

- Je ne voudrais pas rater ça ! se réjouit-elle. Je viens avec vous.

Les jumeaux lui sourirent. Megan alla s'asseoir en tailleur sur le lit de Fred et posa sa tête contre le mur. Elle sentait la lettre de Sirius dans la poche de son pantalon, elle avait hâte de la lire mais voulait profiter d'un moment avec les jumeaux.

- Tu as passé un bon été ? lui demanda George.

Megan leva les yeux au ciel.

- Vous vous souvenez de mes Cracmols de parents adoptifs ?

Elle leur avait raconté la mort de ses parents et son adoption au cours de sa deuxième année d'études à Poudlard, ils en savaient beaucoup plus long sur elle que quiconque d'autre. Elle ne leur avait cependant jamais dit qui elle était pour Voldemort.

- Je n'ai jamais voulu leur dire quoi que ce soit de ma vie, parce que ça ne les concernait pas. Mais ils m'ont dit que Dumbledore leur a écrit à mon sujet tout au long des trois dernières années.

Les jumeaux hochèrent la tête, se demandant visiblement ce qu'ils pourraient lui répondre. Mais Megan n'attendait rien, elle voulait juste en parler.

- Je déteste ce vieux fou, souffla-t-elle avec colère. Et puis il y a Anita…

Le regard des jumeaux se fit interrogateur. Megan leur raconta alors l'invitation à dîner, les Cuffe, et l'absence de sa nourrice.

- Tu ne sais pas pourquoi elle n'est pas venue, elle ne t'a peut-être pas laissée tomber, fit remarquer Fred. Elle avait peut-être une très bonne raison de le faire.

Megan haussa les épaules d'un air sombre, pas convaincue.

- Je n'ai pas passé un super été, résuma-t-elle. Et vous ?

- Nous on l'a passé à éviter les coups de poêle de maman, rit Fred. Depuis qu'on a reçu les résultats de nos BUSE… Et le reste du temps on travaillait.

- Tu as revu Kevan depuis la fin de l'année ? s'enquit George.

- Euh oui, quelques fois, pourquoi ?

La jeune fille était méfiante : elle avait rencontré Kevan grâce aux jumeaux, car tous trois étaient de très bons amis, mais ils avaient rompu tous leurs liens lorsqu'ils avaient découvert sa relation avec elle. Pourtant, George se contenta de hausser les épaules.

- Vous allez le laisser tranquille, à la fin ? s'agaça Megan. Si vous ne voulez pas lui parler, très bien ! Mais dans ce cas ne vous mêlez pas de ses affaires.

- Je voulais juste savoir si ça durait, vous deux, répliqua George, presque vexé.

- Ne t'occupe pas de ça, d'accord ? Laisse Kevan tranquille.

- Tu l'aimes bien ? s'enquit Fred.

- Qu'est-ce que je viens de vous dire ?

Megan se leva du lit.

- On va bientôt dîner, annonça-t-elle. Sérieusement, foutez-lui la paix.

Molly marmonnait encore son mécontentement lorsque tout le monde s'installa à table ce soir-là. Megan n'avait jamais mangé autant à l'étroit que lors de ce dîner dans la cuisine des Weasley. Mais bien que d'ordinaire elle répugnât à se trouver aussi près d'autres humains, elle se sentait cette fois parfaitement bien. À sa gauche, Fred racontait à Ginny la première fois qu'il était monté sur un balai, à sa droite, Bill parlait des gobelins avec qui il travaillait à Ron et à Hermione. Charlie, assis en face de Megan, eut grand plaisir à lui parler de son métier, sous l'oreille attentive et fière de ses parents. Seul Percy ne participait à la bonne humeur générale : remontant sans arrêt ses lunettes sur son nez, il était plongé dans une liasse de parchemins où le mot « chaudron » revenait fréquemment.

- Ça a l'air fascinant, ce que tu lis, Percy, dit Megan entre deux bouchées de pomme de terre lorsque Charlie se lança dans un débat sur l'élevage des dragons avec Ron.

- C'est surtout très sérieux, répondit l'intéressé sans la regarder.

- Percy travaille sur un rapport sur l'épaisseur des fonds de chaudron, expliqua Bill avec un sourire en coin. À cause de nombreuses fuites, tu comprends ?

Megan haussa un sourcil. En voilà un travail qui manquait d'intérêt. Il était clair que Fred et George ne pourraient jamais travailler au ministère. Molly jetait sans cesse des regards soupçonneux à ces derniers : au cours du dîner, lorsqu'ils débarrassèrent la table, lorsqu'ils allèrent se laver les dents, lorsqu'ils redescendirent au salon, puis lorsqu'ils montèrent se coucher. Megan aurait pu dire quelque chose, que Fred et George étaient assez grands pour faire leurs propres choix, qu'ils avaient du talent, ou que le ministère était loin d'être une voie royale, mais elle ne dit rien, elle ne cherchait pas de conflit ce soir, alors qu'elle se sentait enfin bien. Elle souhaita bonne nuit à tout le monde, se mit en pyjama, puis se glissa dans la chambre où Hermione et Ginny étaient déjà couchées. Fatiguée de sa longue journée bien remplie, elle s'endormit dès qu'elle ferma les yeux, jusqu'à ce qu'un cri de peur la réveille au beau milieu de la nuit.