EXPLOSION DE CHEMINÉE
Megan se redressa sur son lit, alerte, tendant la main vers sa baguette qu'elle savait rangée dans la poche de sa cape. Mais il n'y avait aucun danger, il n'y avait que Ginny, repliée sur elle-même, le visage baigné de larmes, le souffle court.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? chuchota Megan.
Elle se retourna pour regarder par-dessus son épaule, mais Hermione dormait toujours profondément. Le cri de Ginny avait dû paraître cinglant aux oreilles de Megan uniquement car elle dormait tout près du lit de la benjamine Weasley.
- J'ai fait un cauchemar, gémit la jeune fille.
Megan la contempla un instant, puis soupira.
- Tu as rêvé que tu étais dans la Chambre, c'est ça ?
Ginny hocha la tête. Deux auparavant, Voldemort s'était emparé du corps de Ginny pour faire passer de sinistres messages et lâcher sur plusieurs élèves, animaux et fantômes de l'école un Basilic, avant de la kidnapper et de tenter d'aspirer sa force vitale pour retrouver ses pouvoirs. Megan et Potter étaient parvenus de justesse à lui sauver la vie, et Megan avait bien failli y laisser la sienne lorsque le Basilic l'avait mordue. Elle n'avait jamais oublié cette nuit dans la Chambre des Secrets, et visiblement Ginny non plus.
- Ça t'arrive aussi ? s'enquit cette dernière.
- De rêver de la Chambre ? Non.
A la lueur de la lune qui perçait à travers les vieux volets, Megan remarqua une forme d'admiration dans les yeux de la sœur de Ron. Ce que Ginny ignorait, c'était que Megan faisait d'autres cauchemars, pires encore que celui de la Chambre.
- Tu-Sais-Qui a failli revenir, ce soir-là, gémit la jeune fille. Et il a failli me tuer. Et s'il trouvait un autre moyen ? S'il avait un autre journal ?
- Je ne pense pas que Voldemort (elle vit Ginny écarquiller les yeux) ait une collection de journaux intimes, répondit Megan en haussant les épaules. Mais il reviendra, ça c'est sûr.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que c'est évident. Voldemort est le plus grand sorcier de tous les temps. Après la pierre philosophale et le journal, il trouvera autre chose, on ne pourra pas indéfiniment l'en empêcher. C'est qu'une question de temps.
- Et tout le monde mourra, devina Ginny.
- Non.
Megan planta ses yeux dans ceux de la jeune fille.
- Tout le monde ne mourra pas, répéta-t-elle. Je ne mourrai pas. Toi non plus. Hermione, Ron, tes frères, tes parents… non plus, d'accord ?
- Qu'est-ce que tu en sais ? répondit Ginny. Il a déjà tué des centaines de gens avant.
Elle semblait soudain plus forte, plus sérieuse, résignée à affronter le pire sans plus faillir.
- Parce que tant que moi je serai vivante, vous serez tous en sécurité. Je ne laisserai jamais un Weasley mourir. Sauf peut-être Percy, tout dépendra de l'épaisseur des fonds de chaudron.
Ginny ne put s'empêcher de sourire.
- J'aimerais bien en être aussi sûre que toi, avoua-t-elle.
- Je t'ai déjà sauvé la vie une fois, fais-moi confiance, d'accord ? Et maintenant dors, parce que je suis fatiguée et qu'il fera bientôt jour, ajouta-t-elle sans avoir la moindre idée de l'heure qu'il était.
Megan se rallongea dans son lit et tourna le dos à Ginny. Hermione murmura quelque chose d'inaudible dans son sommeil et tendit la main dans le vide avant de retrouver son calme. Lorsqu'elle ferma à nouveau les yeux, Megan se rendormit cette fois jusqu'au lendemain, en milieu de matinée.
Hermione et Ginny avaient déjà quitté la chambre lorsque la jeune fille ouvrit les yeux. Des bribes de l'épisode de la nuit lui revinrent, mais elle ne dirait rien. Ginny était la seule fille d'une fratrie de sept enfants, elle avait besoin d'être forte, elle était forte, et Megan respectait cela. Elle s'assit sur son matelas et jeta un coup d'œil à la pièce. La chambre de Ginny, au deuxième étage de la maison, était une petite pièce dont les murs étaient recouverts de posters des Bizarr' Sisters et de Gwenog Jones, la batteuse et capitaine de l'équipe de Quidditch exclusivement féminine des Harpies de Holyhead. Le regard de la jeune fille se posa sur le pantalon qu'elle portait la veille, dont dépassait la lettre de Sirius. Impatiente de pouvoir enfin la lire, Megan s'adossa à son oreiller et déplia le parchemin.
Meganna,
C'est moi que tu me rappelles. Comme tu l'as dit, ma famille n'a vu se succéder que des partisans de Tu-Sais-Qui et tous sont passés par Serpentard. Moi, je n'étais pas comme eux, je n'ai jamais voulu être comme eux, mais tout le monde m'associait à cette sinistre réputation. Moi qui ai toujours détesté être catalogué à cause de ma famille, je n'ai pas fait mieux que tous les autres… Je m'excuse.
Surtout qu'il semblerait en effet que je ne connaisse que la moitié de l'histoire… Tes parents auraient changé de camp ? Quand ? Pourquoi des Mangemorts les auraient-ils tués ? Ça n'a aucun sens. Megan, j'ai connu tes parents, et s'ils sont morts dans ta petite enfance alors je les ai connus plus longtemps que toi. Ils étaient les plus fidèles des Mangemorts, et de puissants sorciers. Je ne sais pas qui t'a raconté cette version mais j'ai des doutes.
Megan sentit soudain la colère et la culpabilité l'envahir en lisant ces lignes. Lorsqu'elle avait écrit à Sirius sa lettre précédente, elle était en colère après Anita et après tout le monde, elle n'avait pas réfléchi à ses mots, et maintenant voilà que Sirius lui demandait d'expliquer pourquoi ses parents s'étaient détournés de Voldemort. Si elle s'était maitrisée ce soir-là, il n'aurait pas été amené à poser cette question. Mais maintenant, si elle ne disait rien, il ne la croirait pas. Et il osait remettre en doute le peu qu'elle avait appris de ses parents, leur courage, leur amour pour elle ! Elle allait être obligée de lui répondre, mais elle ne savait pas comment s'y prendre…
Harry était présent lorsque ses parents ont été assassinés. Et on a tenté de le tuer ce soir-là, puis encore plusieurs fois ces trois dernières années – je n'étais pas au courant pour la Chambre des secrets, c'est vrai, je me suis renseigné un peu, c'est une histoire horrible et je suis désolée que vous ayez vécu ces terribles moments. Harry a grandi sans ses parents, dans une famille qui le maltraite. Je sais que tu es orpheline aussi, mais comprends que Harry est dans une situation similaire à la tienne, tu ne peux que compatir !
Quand je parle des « temps qui courent », je parle de l'interprétation que je tire de différents signes. As-tu appris la disparition d'une employée du ministère, Bertha Jorkins ? Elle était partie en vacances en Albanie, et personne n'a de nouvelle d'elle depuis presque un mois. Et comprends bien : c'est en Albanie que Tu-Sais-Qui est suspecté d'être caché. Je crois qu'il se passe des choses sombres et que ce n'est qu'un début. Alors je le répète, sois sur tes gardes et veille sur tes proches.
Sirius.
Megan fronça les sourcils en terminant la lettre. Elle la fourra de nouveau dans sa poche, s'habilla à la va‑vite et s'attacha distraitement les cheveux en dévalant l'escalier.
- Bonjour ! lui lança Charlie en la voyant arriver.
- Bertha Jorkins, répondit Megan.
- Non. Non, moi c'est Charlie, Charlie Weasley, précisa le jeune homme d'un air surpris et inquiet.
- Je sais, s'impatienta la collégienne. Bertha Jorkins, une employée du ministère. Tu la connais ? Tu sais où elle est ?
Charlie fronça les sourcils.
- Comment est-ce que tu connais Jorkins ?
- Elle a disparu, n'est-ce pas ? En Albanie.
- Même la Gazette n'en a pas parlé, s'étonna Charlie, c'est Percy qui m'en a informé. Comment tu le sais ?
- Je connais des gens au ministère.
Techniquement, c'était vrai, mais ce n'était absolument pas par le biais de Lucius Malfoy que Megan aurait eu cette information. Charlie hocha lentement la tête.
- Bertha Jorkins ne donne plus de nouvelles depuis un mois, indiqua-t-il. Personne ne sait où elle est, mais son directeur n'est pas très inquiet, il pense qu'elle doit s'être égarée ou qu'elle a dû oublier de donner des nouvelles. D'après lui, elle devrait bientôt refaire surface.
- Tu y crois, toi ?
Charlie parut à nouveau surpris.
- Eh bien je ne la connais absolument pas, donc je n'ai absolument aucune raison de ne pas croire quelqu'un qui la connaît, fit-il observer.
- Elle a de la famille ?
- Pas que je sache.
- Donc une employée du ministère sans attache disparaît en Albanie et c'est tout ce que ça vous fait ? résuma Megan.
- Qu'est-ce que tu veux que ça nous fasse ? Et puis pourquoi tu en fais toute une histoire, tu la connais ? Tu connais quelqu'un qui la connait ?
- Non. Je voulais juste en savoir un peu plus.
En fronçant les sourcils, Megan attrapa un pichet de jus de citrouille sur la table et se servit un verre. Si Sirius avait raison, alors ce dont la jeune fille avait parlé au cours de la nuit à Ginny avait toutes les raisons de se réaliser, et ce très prochainement.
Après avoir avalé un rapide petit déjeuner en raison de l'heure avancée, elle remonta dans la chambre de Ginny – qui était dans le jardin avec Hermione – et tira de sa valise un parchemin et une plume pour répondre à la lettre.
Sirius,
Peu importe combien de temps tu as connu mes parents, tu ne sais rien d'eux et tu n'as pas à les juger. Je sais qui étaient mes parents. Et si tu as des doutes, va en parler à Dumbledore parce que c'est ce vieux fou qui m'a raconté cette histoire. Voldemort a fait un choix pour eux qui ne leur convenait pas alors ils ont changé de camp et Voldemort a demandé à ses Mangemorts de les tuer pour se venger, ce qu'ils ont réussi à faire presque six ans plus tard lorsqu'ils ont découvert où se cachait ma famille.
Potter était là, oui, mais trop petit pour comprendre ou s'en rappeler alors ne me rabats pas les oreilles avec ces idioties ! Et je te ferais remarquer qu'il n'est pas le seul qu'on ait tenté de tuer ces trois dernières années. Je ne peux pas compatir avec ce garçon, je n'ai rien à voir avec lui.
Je viens d'apprendre pour Jorkins. Personne n'a l'air alerté, mais moi je veux bien croire que c'est un mauvais signe. Est-ce que tu as remarqué d'autres choses qui devraient m'inquiéter ?
Tiens-moi au courant.
Megan.
Elle relut sa lettre et elle lui plut. Elle avait réussi à répondre à Sirius sans trop en dire à son sujet – il ne lui faisait déjà pas vraiment confiance, hors de question de lui dire qu'elle était l'héritière du Seigneur des Ténèbres. Et elle voulait apprendre tout ce qu'il savait sur un possible retour à la vie imminent de Voldemort.
- À qui tu envoies ces lettres ? demanda Hermione lorsque Megan alla confier sa réponse à Eleyna.
- Un ami en Nouvelle-Zélande, improvisa la jeune fille.
- Tu connais des gens en Nouvelle-Zélande ?
- Bien sûr. Pas toi ?
- Non, pas moi.
Le regard d'Hermione était suspicieux. Megan poussa un soupir.
- Je parle à Sirius Black, avoua-t-elle à voix basse.
- Sirius Black est en Nouvelle-Zélande ?
- Non ! Enfin, je n'en sais rien. Il est loin, c'est tout ce dont je suis sûre.
- Vous parlez depuis longtemps ? Harry le sait ?
- Non et non. N'en parle à personne, d'accord ?
- À qui je le dirais, de toute façon ? On n'est pas nombreux à savoir qu'il n'a tué personne. Il va bien ?
- Je ne sais pas.
Megan n'avait pas demandé de ses nouvelles à Sirius, ils étaient trop occupés à se reprocher leurs arbres généalogiques respectifs ou à parler du retour de Voldemort.
Contrairement à Ron qui se réjouissait de retrouver bientôt Potter, Megan n'en avait nullement hâte et avait par ailleurs oublié l'existence du garçon jusqu'à ce qu'à cinq heures de l'après-midi, les jumeaux vinrent la chercher dans le grenier où elle s'amusait à jeter des boulettes de papier à la goule de la famille qui essayait de les attraper avec sa bouche.
- On va y aller ! annonça George en passant la tête dans l'ouverture de la trappe.
- Aller où ? s'étonna Megan.
- Chercher Harry chez son oncle et sa tante. Tu veux toujours venir ?
- Oui !
Elle sauta sur ses pieds et la goule gémit lorsqu'elle se dirigea vers la trappe. Megan sortit de sa poche sa dernière boulette de papier et la lui lança avant de descendre rejoindre le reste de la famille au salon. Elle ne se rappelait plus à quelle heure ils avaient dit arriver à Potter, mais le temps que Arthur rentre du travail, que Molly mette la main sur le pot de poudre de Cheminette (qu'elle retrouva dans une pile de casseroles), que Ron choisisse ses chaussures et que Fred et George se décident à arrêter de rendre leur père fou en se faisant passer l'un pour l'autre, ils seraient certainement en retard.
- Bien ! dit Arthur en se saisissant du pot de poudre de Cheminette pour en remplir un petit sac fermé par un cordon qu'il rangea dans sa poche. Je pars en premier, ensuite à toi Fred, puis George, Megan puis Ron. D'accord ? À tout de suite.
Arthur prit une généreuse poignée de poudre et la jeta dans le feu. Dans une sorte de grondement, les flammes prirent une soudaine couleur vert émeraude et s'élevèrent aussi haut que le sorcier. Celui-ci pénétra dans la cheminée en criant « 4, privet drive ! », puis disparut dans un tourbillon de flammes.
- J'ai hâte de voir la famille de Harry, se réjouit Fred en suivant son père.
George partit à son tour, puis Megan entra dans la cheminée. Dès qu'elle eut annoncé sa destination, elle se mit à tourner sur elle-même à une vitesse étourdissante. Retenant son souffle pour ne pas avaler de fumée et fermant les yeux pour ne pas avoir le vertige, elle attendit une seconde que son voyage à travers l'Angleterre se termine. Le tourbillon s'arrêta soudain et elle se retrouva non pas dans le salon de la famille Dursley mais dans un endroit très exigu, coincée entre Fred et Arthur.
- Ouch ! s'écria ce dernier lorsque la jeune fille surgit de nulle part. Megan, il ne faut que Ron… AÏE !
Ron venait d'arriver à son tour, oppressant encore un peu plus Megan. Tous étaient visiblement coincés dans un conduit de cheminée sans issue.
- Peut-être que Harry nous entend, papa ? fit remarquer George. Peut-être qu'il va pouvoir nous faire sortir d'ici ?
Ron leva le poing et martela les planches de bois qui obstruaient de toute évidence la cheminée du salon du Dursley.
- Harry ? appela-t-il. Harry, tu nous entends ?
- Qu'est-ce que c'est que ça ? grogna une voix d'homme, étouffée par les planches de bois. Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ils… ils ont voulu venir avec de la poudre de Cheminette, répondit la voix de Potter, qui semblait se retenir de rire. Ils peuvent se déplacer d'une cheminée à l'autre grâce un feu spécial mais, comme la vôtre est condamnée, ils n'arrivent plus à sortir... Attendez...
Il y eut des bruits de pas et la voix de Potter parut soudain plus proche.
- Mr Weasley ? appela-t-il. Vous m'entendez ?
Ron, qui continuait de taper sur les planches comme un idiot, s'arrêta soudain.
- Chut ! fit Fred.
- Mr Weasley, c'est Harry. La cheminée a été condamnée. Vous n'allez pas pouvoir passer par ici.
- Allons bon ! répondit Arthur. Pourquoi donc ont-ils condamné cette cheminée ?
- Ils préfèrent les feux électriques, expliqua Potter.
- Vraiment ? s'exclama Arthur, soudain intéressée. Comment tu dis ? Ecklectic ? Avec une prise ! Il faut absolument que je voie ça... Voyons, réfléchissons... Aïe, Ron !
Ron, qui semblait décidément perturbé par la situation, se tordit le cou pour regarder son père sans lui donner de coup de coude dans le ventre.
- Qu'est-ce qu'on fait tous là ? demanda-t-il. Il y a quelque chose qui ne va pas ?
- Mais si, tout va très bien, Ron, répondit Fred d'un ton sarcastique, on n'aurait pas pu rêver mieux.
- Oui, on s'amuse comme des petits fous, ici, renchérit George, coincé contre le mur.
- Freddie, je t'aime beaucoup, mais il est temps de songer au régime, gémit Megan, que ce dernier écrasait.
- Un régime ? Moi ? Hoqueta Fred.
- Allons, allons..., intervint Arthur d'un ton indécis. J'essaye de trouver un moyen... Oui... Il n'y a qu'une seule chose à faire... Recule-toi, Harry.
- Attendez un peu ! s'écria-t-il la grosse voix d'homme depuis le salon. Qu'est-ce que vous avez l'intention de... ?
BANG !
Arthur avait fait exploser la barrière de bois qui faisait obstacle à Megan et aux Weasley, projetant à travers la pièce le feu électrique qui y était adjoint. Une voix de femme poussa un hurlement suraigu très désagréable. Lorsque la fumée se fut dissipée, Megan pu voir un homme gros et gras qui n'avait pratiquement pas de cou mais possédait en revanche une moustache de belle taille, blanchie par la poussière qui s'était répandue dans toute la pièce, retenir une femme mince et blonde au cou lui démesuré par-dessus une table basse, non loin de Potter, petit, maigre et mal coiffé. Ce dernier était la seule des trois personnes présentes à avoir l'air ravi. Megan et les Weasley émergèrent des restes de la cheminée en arborant un large sourire.
- Ça va mieux, dit Arthur d'un ton haletant.
Il épousseta d'un revers de main sa longue robe verte et redressa ses lunettes sur son nez.
- Ah, vous devez être l'oncle et la tante de Harry ! dit-il en s'avançant, la main tendue vers le gros homme qui devait être l'oncle de Potter.
Ce dernier prit peur et recula de plusieurs pas, entraînant avec lui la femme, incapable de prononcer un mot.
- Ah, heu... oui... désolé pour tout ce dérangement, dit Arthur qui laissa retomber sa main en jetant un coup d'œil vers la cheminée dévastée. C'est entièrement ma faute. Je n'avais pas pensé que nous ne pourrions pas sortir une fois arrivés à destination. Figurez-vous que j'ai fait connecter votre cheminée au réseau de la Poudre de Cheminette — oh, bien sûr, c'était simplement pour l'après‑midi, afin que nous puissions venir chercher Harry. Normalement, les cheminées de Moldus ne doivent pas être connectées, mais je connais quelqu'un au Service de régulation des déplacements par cheminée qui m'a arrangé ça pour me rendre service. Je remettrai tout en ordre en un clin d'œil, ne vous inquiétez pas. Je vais allumer un feu pour renvoyer les garçons et Megan à la maison et ensuite, je réparerai la cheminée avant de transplaner moi-même.
À en juger par l'air hagard des deux Moldus, ils n'avaient pas compris un traitre mot de ce qu'Arthur venait de dire. Ils continuaient de le regarder bouche bée, comme frappés par la foudre. La femme se redressa tant bien que mal et se cacha derrière son imposant mari.
- Bonjour, Harry, dit Arthur, avec un sourire rayonnant, tes bagages sont prêts ?
- Tout est là-haut, répondit Potter en lui rendant son sourire.
- On va s'en occuper, dit aussitôt Fred.
Il sortit du salon en compagnie de George. Ils savaient où se trouvait la chambre de Potter pour l'avoir un jour aidé à s'échapper en pleine nuit. Megan savait qu'ils s'étaient proposés uniquement pour pouvoir jeter un coup d'œil au fameux cousin de Potter, Dudley. Elle espérait cependant qu'ils ne lui donneraient pas les Pralines Longue Langue en son absence, elle voulait être témoin de la scène.
- Voilà, voilà, lança Arthur d'un ton un peu gêné.
Il balança légèrement les bras en cherchant quelque chose à dire pour essayer de rompre le silence de plus en plus pesant.
- C'est... c'est très charmant, chez vous.
Megan jeta un coup d'œil autour d'eux. La pièce entière était recouverte de poussière et de morceaux de briques, ce qui ne correspondait pas à l'idée que se faisait la jeune fille d'un intérieur charmant, mais elle ne dit rien, se contentant de sourire d'un air moqueur. Le visage de Mr Dursley devint violacé et la femme se mit à mâchonner sa langue, mais ils semblaient trop effrayés pour oser dire quoi que ce soit. Arthur regardait autour de lui. Il avait toujours manifesté beaucoup d'intérêt pour les inventions des Moldus et Megan se doutait qu'il brûlait d'envie d'aller examiner de près le poste de télévision et le magnétoscope.
- Ça marche à l'eckeltricité, n'est-ce pas ? dit-il d'un ton d'expert. Ah, oui, je vois les prises. Je fais moi‑même collection de prises, ajouta-t-il à l'adresse du Moldu. Et de piles. J'ai une très belle collection de piles. Ma femme pense que je suis fou, mais voilà bien la preuve du contraire.
L'oncle de Potter paraissait lui aussi clairement convaincu qu'Arthur était fou. Il se glissa légèrement vers la droite, cachant sa femme derrière lui, comme s'il craignait qu'Arthur se précipite soudain sur eux pour les attaquer. Un garçon ressemblant beaucoup à l'oncle de Potter avec sa grosse figure rose, son cou presque inexistant, ses petits yeux bleus humides et d'épais cheveux blonds au sommet de sa tête épaisse et grasse, entra soudain dans la pièce tandis que Megan entendait le son d'une grosse valise qu'on traînait dans l'escalier comme elle avait traîné la sienne lorsqu'elle avait quitté les Boyd deux jours plus tôt. Le garçon, qui ne pouvait être autre que Dudley, longea le mur, observant Arthur d'un regard terrifié, et s'efforça de se cacher derrière ses parents. Mais le corps massif de son père, bien qu'amplement suffisant pour dissimuler celui de sa femme, n'était pas assez volumineux pour cacher celui de son fils.
- Ah, voilà ton cousin, c'est bien ça, Harry ? dit Arthur en essayant courageusement de relancer la conversation.
- Ouais, c'est Dudley.
Ron et Potter échangèrent un regard puis détournèrent les yeux avec l'expression de deux personnes qui retenaient un éclat de rire. Dudley se tenait le derrière comme s'il craignait qu'il se détache de son corps et tombe par terre. Arthur parut s'inquiéter de son comportement.
- Tu passes de bonnes vacances, Dudley ? demanda-t-il avec douceur.
À en juger par le ton de sa voix, Megan devina que, aux yeux d'Arthur, Dudley devait sembler aussi fou que lui-même le paraissait aux Dursley, à la différence que le père de famille éprouvait pour lui de la compassion plutôt que de la peur. En l'entendant s'adresser à lui, Dudley laissa échapper un gémissement et Megan vit ses mains se serrer encore davantage sur son énorme postérieur. Elle fronça les sourcils, étonnée que son instinct de préservation se concentrât uniquement sur son arrière-train.
Fred et George revinrent dans la pièce en portant la grosse valise de Potter et leur regard se posa aussitôt sur Dudley. Le même sourire malicieux apparut alors sur leur visage et Megan ne put s'empêcher de les imiter, devinant ce qui allait suivre.
- Ah, vous voilà, parfait, je crois que nous ferions bien d'y aller, décréta Arthur.
Il retroussa les manches de sa robe de sorcier et sortit sa baguette magique. Megan vit les trois Dursley reculer d'un même mouvement vers le mur du fond, comme s'il venait de sortir une arme de destruction massive.
- Incendio ! s'exclama Arthur en pointant sa baguette vers le trou dans le mur.
Des flammes s'élevèrent aussitôt dans la cheminée en craquant allègrement, comme si le feu brûlait depuis des heures. Il sortit de sa poche le petit sac fermé par un cordon, l'ouvrit, retira une pincée de poudre et la jeta dans les flammes qui prirent une teinte vert émeraude en ronflant de plus belle.
- Vas-y, Fred, annonça-t-il.
- J'arrive. Oh, non, attends...
Le sac de bonbons venait de tomber accidentellement de sa poche en répandant son contenu par terre — les grosses et appétissantes pralines enveloppées de papiers aux couleurs vives. Fred se précipita pour les ramasser et les remettre dans sa poche en en laissant ostensiblement traîner quelques-uns dans un coin puis, l'air enjoué, il adressa un signe de la main aux Dursley et s'avança dans les flammes en annonçant : « Le Terrier ! ». La tante de Potter, parcourue d'un frisson, étouffa une exclamation apeurée. Il y eut un bruit de bourrasque et Fred disparut.
- À toi, George, dit Arthur, vas-y avec la valise.
Potter aida George à porter sa valise dans les flammes et à la mettre debout pour qu'il puisse la tenir plus facilement. Puis, après s'être écrié : « Le Terrier ! », George disparut à son tour dans le même bruit de bourrasque.
- Ron, à toi maintenant, reprit Arthur.
- À bientôt, lança Ron aux Dursley d'un ton joyeux.
Il adressa un large sourire à Potter, puis s'avança dans le feu qui continuait de brûler et cria : « Le Terrier ! » avant de disparaître comme ses frères.
- Vas-y, Megan.
Déçue que Dudley ne se soit pas emparé des Pralines avant son départ, Megan disparut à son tour dans les flammes qui la ramenèrent aussitôt dans la cuisine des Weasley.
- Il en a pris ? lui demanda Fred dès qu'elle fut de retour au Terrier, les cheveux pleins de cendres.
Il était assis à la table de bois avec ses frères.
- Pas encore, en tout cas, répondit la jeune fille, déçue, en allant s'asseoir entre les jumeaux. Mais il en mangera peut-être avant qu'Arthur et Potter ne reviennent.
- Ils sont particuliers, ses Moldus, fit observer Ron. Ils avaient l'air terrorisés !
- Je crois qu'ils ne sont pas fans de la magie.
- Il faut dire aussi que papa a fait exploser la moitié de leur salon, s'esclaffa George.
- Tu dis qu'ils avaient obstrué la cheminée ? s'étonna Bill.
- Ils préféraient avoir un feu électrique, expliqua Megan.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Une sorte d'image de feu, ça ne chauffe pas, mais c'est… esthétique. Je crois.
- Comment tu sais ça, toi ? s'étonna Ron.
Megan hésita. Elle avait vu un feu électrique chez la meilleure amie d'Emily, une Moldue. Mais elle ne voulait pas que tout le monde sache qu'elle avait grandi dans un entourage dépourvu de pouvoirs magiques. Elle jeta un coup d'œil aux jumeaux qui connaissaient la vérité à ce sujet.
- Papa laisse traîner ses magazines moldus un peu partout, lança George en venant à son secours. Moi aussi j'ai lu des trucs bizarres, je pourrais vous parler des fonctions d'un téléphone portable, par exemple.
Megan ne savait pas comment George avait pu entendre parler de téléphones portables, mais elle lui fut reconnaissante de son intervention.
- On savait bien que son oncle et sa tante étaient bizarres, fit remarquer Ron. L'année dernière, il a fini par en transformer une en ballon, et l'année d'avant ils avaient mis des barreaux à sa fenêtre. Cette année, ils l'ont à peine laissé manger ! On se doutait bien qu'ils ne nous inviteraient pas à rester pour le dîner.
- Vous auriez peut-être pu les prévenir que vous viendriez par la poudre de Cheminette ? dit Charlie. Ça aurait pu éviter à papa de détruire leur salon.
- Il va tout réparer, balaya Fred. Harry ne devrait plus tard à arriver, il va nous dire…
Presqu'aussitôt, il y eut un grondement dans la cheminée et Potter apparut dans un tourbillon de flammes vertes, bras tendus, et tomba face contre terre sous le regard condescendant de Megan.
