L'EXCITATION À SON COMBLE

Megan, Hermione et Ginny eurent beaucoup de mal à émerger lorsque Molly vint les réveiller ce qui leur parut être quelques minutes après qu'elles se furent couchées. La mère de Ron dut remonter les secouer à nouveau pour qu'elles parviennent à se lever. Lorsqu'elles entrèrent dans la cuisine, les jumeaux, Ron et Potter étaient déjà assis à table avec Arthur, l'air hagard. Ginny s'assit avec eux en se frottant les yeux.

- Pourquoi se lever si tôt ? se plaignit-elle.

- Il va falloir faire un bout de chemin à pied, répondit son père tandis que Megan attrapait un toast au bacon et mordait dedans.

- À pied ? s'étonna Potter. On va marcher pour aller à la Coupe du Monde ?

- Oh non, c'est trop loin, dit Arthur avec un sourire. Nous n'aurons pas longtemps à marcher. Simplement, quand un grand nombre de sorciers se réunissent, il est très difficile de ne pas attirer l'attention des Moldus. Nous devons faire très attention à la façon dont nous nous déplaçons et lorsqu'il s'agit d'un événement aussi important que la Coupe du Monde de Quidditch...

- George ! s'écria brusquement Molly en faisant sursauter tout le monde.

- Quoi ? dit le jeune homme d'un ton innocent qui ne trompa personne.

- Qu'est-ce que tu as dans ta poche ?

- Rien !

- Ne me mens pas !

Molly pointa sa baguette magique.

- Accio ! dit-elle.

Aussitôt, de petits objets aux couleurs brillantes s'envolèrent de la poche de George qui essaya de les rattraper mais rata son coup. Le contenu de sa poche atterrit directement dans la main tendue de Mrs Weasley.

- Nous t'avions dit de les détruire ! s'exclama Molly avec fureur, tenant au creux de sa paume une poignée de Pralines Longue Langue. Nous t'avions dit de te débarrasser de tout ça ! Videz vos poches, tous les deux, allez, dépêchez-vous !

La scène fut un peu pénible, Megan en avait marre d'entendre des cris – surtout le matin. De toute évidence, les jumeaux avaient essayé d'emporter avec eux le plus grand nombre possible de pralines et leur mère dut avoir recours plusieurs fois au sortilège d'Attraction pour les récupérer toutes.

- Accio ! Accio ! Accio ! cria-t-elle.

Les Pralines Longue Langue surgirent de toutes sortes d'endroits inattendus, y compris la doublure de la veste de George et les revers du jean de Fred.

- On a passé six mois à les mettre au point ! s'exclama Fred à l'adresse de sa mère qui jetait impitoyablement les pralines à la poubelle.

- Vous n'aviez rien d'autre à faire pendant ces six mois ! répliqua-t-elle d'une voix perçante. Pas étonnant que vous n'ayez pas obtenu davantage de BUSE !

L'atmosphère n'était guère chaleureuse quand ils se mirent en chemin. Molly avait toujours l'air furieux lorsqu'elle embrassa Arthur sur la joue, mais pas autant que les jumeaux qui mirent leur sac à l'épaule et s'en allèrent sans lui dire un mot.

- Amusez-vous bien, lança leur mère, et ne faites pas de bêtises, ajouta-t-elle dans le dos des jumeaux qui s'éloignèrent sans se retourner. Je t'enverrai Bill, Charlie et Percy vers midi, ajouta-t-elle à l'adresse de son mari.

Celui-ci, accompagné de Megan, Ron, Hermione, Ginny et Potter, emboîta le pas de Fred et George qui traversaient le jardin encore plongé dans l'obscurité. Megan avait l'air morne. Il était trop tôt, il faisait frais et la lune était toujours visible. Seule une lueur verdâtre le long de l'horizon qui s'étendait à leur droite indiquait l'imminence de l'aube. Elle entendit vaguement Arthur expliquer à Potter pourquoi ils devaient marcher pour aller rejoindre un Portoloin car le garçon ne comprenait pas qu'il était difficile de faire venir une centaine de milliers de sorciers des quatre coins du monde sans que les Moldus ne le remarquent. Ils suivirent le chemin sombre et humide qui menait au village. Seul le bruit de leurs pas rompait le silence. Lorsqu'ils traversèrent le village endormi, le ciel commença lentement à s'éclaircir, passant d'un noir d'encre à un bleu foncé. Megan était frigorifiée. Arthur ne cessait de consulter sa montre. Ils avancèrent en silence, économisant leur souffle pour escalader Stoatshead Hill. De temps à autre, un terrier de lapin les faisait trébucher ou ils glissaient sur d'épaisses touffes d'herbe noire. Megan marchait entre Fred et George et ils se retenaient les uns les autres lorsqu'ils manquaient de tomber. Chaque respiration lui brûlait la poitrine. Elle commençait à s'épuiser lorsqu'enfin, ils atteignirent un terrain plat, derrière Arthur et Potter. Hermione fut la dernière à atteindre le sommet de la colline, une main sur son point de côté.

- Il ne nous reste plus qu'à trouver le Portoloin, dit Arthur en remettant ses lunettes sur son nez et en scrutant le sol autour de lui. Il ne devrait pas être très gros... Venez...

Ils se séparèrent pour chercher chacun de son côté mais, au bout de deux minutes, un grand cri retentit dans le silence :

- Par ici, Arthur ! Par ici, mon vieux, on l'a trouvé !

Deux hautes silhouettes se découpaient contre le ciel étoilé, de l'autre côté du sommet.

- Amos ! s'exclama Arthur.

Avec un grand sourire, il s'avança vers l'homme qui venait de crier. Les autres lui emboîtèrent le pas. Arthur serra la main d'un sorcier au teint rubicond, avec une barbe brune en broussaille. Dans son autre main, il tenait une vieille botte moisie.

- Je vous présente Amos Diggory, dit Arthur. Il travaille au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques. Je crois que vous connaissez son fils, Cedric ?

Cedric Diggory était un garçon de dix-sept ans, au physique avantageux. Il était capitaine et attrapeur de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle, à Poudlard, et Megan s'entendait bien avec lui.

- Salut, dit Cedric en se tournant vers eux.

Tout le monde répondit, sauf Fred et George qui se contentèrent d'un signe de tête. Ils n'avaient jamais vraiment pardonné à Cedric d'avoir battu leur équipe de Gryffondor au cours du premier match de Quidditch de l'année précédente. Megan le gratifia d'un sourire amical.

- Tu as beaucoup marché pour venir jusqu'ici, Arthur ? demanda le père de Cedric.

- Pas trop, non. Nous habitons de l'autre côté du village. Et toi ?

- Nous avons dû nous lever à deux heures du matin, pas vrai, Ced ? Je peux te dire que je serai content quand il aura son permis de transplaner. Enfin... Il ne faut pas se plaindre... Je ne voudrais pas manquer la Coupe du Monde de Quidditch, même pour un sac de Gallions – et c'est à peu près ce que coûtent les billets d'entrée. Mais ça aurait pu être pire...

Amos Diggory tourna un regard bienveillant vers les trois fils Weasley, Megan, Hermione, Ginny et Potter.

- Ils sont tous à toi, Arthur ? Demanda-t-il.

- Oh non, seulement les rouquins, répondit-il en montrant ses enfants. Voici Megan et Hermione, deux amies de Ron – et Harry, un autre ami.

- Par la barbe de Merlin ! s'exclama Amos Diggory, les yeux écarquillés. Harry ? Harry Potter ?

- Heu... oui, bredouilla Potter.

- Ced m'a parlé de toi, bien sûr, reprit Amos Diggory. Il nous a raconté qu'il avait joué contre toi, l'année dernière... Je lui ai dit : « Ced, ça, c'est quelque chose que tu pourras raconter à tes petits-enfants... que tu as battu Harry Potter ! »

Le garçon resta silencieux. Fred et George se renfrognèrent à nouveau. Megan secoua la tête – elle se souvenait parfaitement du match, et savait que Cédric ne s'en vanterait jamais. Ce dernier semblait par ailleurs un peu gêné.

- Harry est tombé de son balai, papa, marmonna-t-il. Je te l'ai déjà dit, c'était un accident...

- Oui, mais toi, tu n'es pas tombé ! s'exclama Amos d'un ton jovial en donnant une tape dans le dos de son fils. Toujours modeste, notre Ced, toujours très gentleman... mais c'est le meilleur qui a gagné, je suis sûr que Harry dirait la même chose, n'est-ce pas ? L'un tombe de son balai, l'autre y reste bien accroché, pas besoin d'être un génie pour savoir quel est celui qui sait le mieux voler !

- Il doit être presque l'heure, dit précipitamment Arthur en regardant une nouvelle fois sa montre. Est-ce que tu sais si nous devons attendre quelqu'un d'autre, Amos ?

- Non, les Lovegood sont déjà là-bas depuis une semaine et les Fawcett n'ont pas pu avoir de billets, répondit Mr Diggory. Il n'y a plus que nous, dans ce secteur, n'est-ce pas ?

- À ma connaissance, oui, dit Arthur. Le départ est prévu dans une minute, nous ferions bien d'y aller...

Il se tourna vers Hermione et Potter puisqu'ils avaient grandi dans le monde moldu.

- Vous n'aurez qu'à toucher le Portoloin, c'est tout. Avec un doigt, ça suffira...

Arthur ignorait que Megan avait elle aussi grandi entournée de Moldus, mais elle avait de toute manière déjà eu recours à un Portoloin : quand elle se déplaçait avec les Malfoy, ils le faisaient par transplanage d'escorte, mais lorsqu'il s'agissait des Boyd et que la destination était trop difficilement accessible par des moyens non-magiques, ils choisissaient l'option du Portoloin.

Gênés par leurs énormes sacs à dos, tous les dix se regroupèrent tant bien que mal autour de la vieille botte que tenait toujours Amos Diggory. Ils s'étaient mis en cercle, coude à coude, frissonnant dans la brise fraîche qui soufflait sur la colline. Personne ne disait rien. En voyant le sourire de Potter, Megan devina qu'il pensait comme elle : ils auraient l'air bien étrange si un Moldu venait se promener par là et les surprenait dans cette posture... dix personnes, dont deux adultes, tenant une vieille botte racornie et attendant en silence dans la demi-obscurité de l'aube...

- Trois..., murmura Arthur, un œil toujours fixé sur sa montre. Deux... Un...

Ce fut immédiat : Megan sentit une force l'attraper au niveau du ventre et la tirer en avant et le sol ne fut plus sous ses pieds, mais son doigt était toujours collé à la botte. Il s'écoula à peine quelques secondes, puis ses pieds retombèrent brutalement sur le sol. Ron trébucha contre Potter et le projeta par terre. Hermione perdit l'équilibre et tomba sur Megan qui tomba sur Fred qui tomba sur George. Seuls Arthur, Cedric et Mr Diggory tenaient toujours debout, échevelés, les vêtements froissés par le vent.

- Arrivée du cinq heures sept en provenance de Stoatshead Hill, dit une voix.

Ron et Potter se démêlèrent l'un de l'autre et tout le monde se releva. Ils étaient arrivés sur ce qui semblait être une lande déserte plongée dans la brume. Devant eux se tenaient deux sorciers à l'air fatigué et grincheux. L'un avait à la main une grosse montre en or, l'autre un épais rouleau de parchemin et une plume. Tous deux s'étaient habillés en Moldus, mais d'une manière très malhabile : l'homme à la montre portait un costume de tweed avec des cuissardes, son collègue un kilt écossais et un poncho.

- Bonjour, Basil, dit Arthur.

Il ramassa la vieille botte et la tendit au sorcier en kilt qui la jeta dans une grande boîte remplie de Portoloins usés : un vieux journal, des canettes de soda vides ou encore un ballon de football crevé.

- Bonjour, Arthur, répondit Basil d'un ton las. Tu ne travailles pas, aujourd'hui ? Quand on peut se le permettre... Nous, on est restés ici toute la nuit... Vous feriez bien de dégager le chemin, on attend tout un groupe en provenance de la Forêt-Noire à cinq heures quinze. Attends, je vais te dire où tu dois t'installer, voyons... Weasley... Weasley...

Il consulta la liste qui figurait sur son parchemin.

- C'est à peu près à cinq cents mètres d'ici, le premier pré que tu trouveras. Le directeur du camping s'appelle Mr Roberts. Alors, Diggory, maintenant... Toi, c'est le deuxième pré. Tu demanderas Mr Payne.

- Merci, Basil, dit Arthur en faisant signe aux autres de le suivre.

Ils partirent sur la lande déserte, sans voir grand-chose dans la brume. Une vingtaine de minutes plus tard, une maisonnette de pierre apparut à côté d'un portail. Au-delà, se distinguaient les formes fantomatiques de centaines et de centaines de tentes alignées sur la pente douce d'un pré que limitaient à l'horizon les arbres sombres d'un petit bois. Ils dirent au revoir aux Diggory et s'approchèrent de la maisonnette. Un homme se tenait dans l'encadrement de la porte, regardant les tentes. Megan sut au premier coup d'œil que c'était le seul véritable Moldu des environs. Lorsque l'homme les entendit arriver, il se tourna vers eux.

- Bonjour ! lança Arthur d'une voix claironnante.

- Bonjour, répondit le Moldu.

- C'est vous, Mr Roberts ?

- C'est bien moi. Et vous, qui êtes-vous ?

- Weasley... On a loué deux tentes il y a deux jours.

- D'accord, dit Mr Roberts en consultant une liste affichée au mur. Vous avez un emplacement près du petit bois, là-bas. C'est pour une nuit ?

- C'est ça, oui, acquiesça Arthur.

- Dans ce cas, vous payez d'avance ? demanda Mr Roberts.

- Ah, heu... oui, bien sûr, répondit Arthur.

Il recula de quelques pas, fit signe à Potter de s'approcher de lui, et Megan vit le sorcier tirer de sa poche une liasse d'argent moldu auquel il semblait ne rien comprendre – les billets n'existaient même pas dans le monde magique.

- Vous êtes étranger ? lança Mr Roberts lorsqu'Arthur revint vers lui avec la somme en billets.

- Étranger ? répéta Arthur, déconcerté.

- Vous n'êtes pas le premier à avoir du mal avec l'argent, dit Mr Roberts en l'examinant attentivement. Il y a dix minutes, j'ai eu deux clients qui ont essayé de me payer avec des grosses pièces en or de la taille d'un enjoliveur.

- Vraiment ? répondit Arthur, mal à l'aise.

Mr Roberts fouilla dans une boîte en fer-blanc pour trouver la monnaie.

- Il n'y a jamais eu autant de monde, dit-il soudain en regardant à nouveau le pré plongé dans la brume. Des centaines de réservations. D'habitude, les gens viennent directement...

- Ah bon ? dit Arthur, la main tendue pour prendre sa monnaie

Mais Mr Roberts ne la lui donna pas.

- Oui, poursuivit-il d'un air songeur. Des gens qui viennent de partout. Beaucoup d'étrangers. Et pas seulement des étrangers. Des drôles de zigotos, si vous voulez mon avis. Il y a un type qui se promène habillé avec un kilt et un poncho.

- Et alors ? Il ne faut pas ? s'enquit Arthur.

- On dirait une sorte de... de grand rassemblement, dit Mr Roberts. Ils ont tous l'air de se connaître, comme s'ils venaient faire la fête.

À ce moment, un sorcier vêtu d'un pantalon de golf surgit de nulle part, à côté de la porte.

- Oubliettes ! dit-il précipitamment en pointant sa baguette magique sur Mr Roberts.

Aussitôt, le regard de ce dernier se fit lointain, les plis de son front s'effacèrent et une expression d'indifférence rêveuse apparut sur son visage. Megan eut un sourire cruel en se rappelant que la dernière fois qu'elle avait constaté de pareils symptômes, son escroc de professeur de Défense contre les forces du mal venait de se lancer par erreur un sortilège d'Amnésie.

- Voici un plan du camping, dit Mr Roberts à Arthur d'une voix placide. Et votre monnaie.

- Merci beaucoup.

Le sorcier en pantalon de golf les accompagna vers le portail d'entrée du camping. Il avait l'air épuisé, le menton bleui par une barbe naissante, les yeux soulignés de cernes violets. Dès qu'il fut certain de ne pas être entendu de Mr Roberts, il murmura à l'oreille d'Arthur :

- J'ai eu beaucoup de soucis avec lui. Il lui faut un sortilège d'Amnésie dix fois par jour pour le calmer. Et Ludo Bagman ne nous aide pas. Il se promène un peu partout en parlant à tue-tête de Cognards et de Souafle, sans se préoccuper le moins du monde des consignes de sécurité anti-Moldus. Crois‑moi, je serai content quand tout ça sera terminé. A plus tard, Arthur.

Et il disparut en transplanant.

- Je croyais que Mr Bagman était le directeur du Département des jeux et sports magiques, dit Ginny d'un air surpris. Il devrait faire attention de ne pas parler de Cognards en présence de Moldus, non ?

- En effet, il devrait, répondit Arthur avec un sourire, en les conduisant dans l'enceinte du camping. Mais Ludo a toujours été un peu... comment dire... négligent en matière de sécurité. A part ça, on ne pourrait pas rêver d'un directeur plus enthousiaste à la tête du Département des sports. Il a lui‑même joué dans l'équipe d'Angleterre de Quidditch. Et il a été le meilleur Batteur que l'équipe des Frelons de Wimbourne n'ait jamais eu.

Ils montèrent la pente douce du pré enveloppé de brume, entre les rangées de tentes. La plupart d'entre elles paraissaient presque ordinaires. Leurs propriétaires avaient fait de leur mieux pour qu'elles ressemblent à celles de Moldus, mais ils avaient commis quelques erreurs en ajoutant des cheminées, des cloches ou des girouettes. Certaines, cependant, appartenaient avec tant d'évidence au monde de la magie que Megan comprit aussitôt pourquoi Mr Roberts avait exprimé des soupçons. Vers le milieu du pré se dressait un extravagant assemblage de soie rayée qui avait l'apparence d'un palais miniature, avec plusieurs paons attachés à l'entrée. Un peu plus loin, ils passèrent devant une tente de trois étages, dotée de plusieurs tourelles. À quelque distance, une autre comportait un jardin complet avec une vasque pour les oiseaux, un cadran solaire et un bassin alimenté par une fontaine.

- Toujours pareil, sourit Arthur, on ne peut pas résister à l'envie d'épater le voisin quand on est tous ensemble. Ah, voilà, regardez, c'est là que nous sommes.

Ils avaient atteint la lisière du bois, tout au bout du pré. Là, devant un emplacement vide, un petit écriteau fiché dans le sol portait le nom de « Weezly ».

- On n'aurait pas pu souhaiter un meilleur endroit, affirma Arthur d'un ton ravi. Le stade de Quidditch se trouve de l'autre côté de ce bois, impossible d'être plus près.

Il fit glisser son sac à dos de ses épaules.

- Bien, dit-il, le regard brillant d'excitation, alors, souvenez-vous, pas question d'avoir recours à la magie en terrain moldu. Nous dresserons ces tentes à la main ! Ça ne devrait pas être trop difficile... Les Moldus font ça tout le temps... Dis-moi, Harry, à ton avis, par quoi on commence ?

À en juger par l'expression de Potter, il n'avait jamais campé de sa vie. Megan, elle, avait souffert la douloureuse expérience d'être traînée en camping au bord de la mer par les Boyd. Si elle avait passé la plupart de ces vacances le plus loin possible de la tente familiale, elle avait cependant vu Emily et Roger s'affairer pour la monter. Soucieuse de s'occuper pour ne pas s'endormir debout, elle aida Hermione et Potter à comprendre comment il fallait disposer mâts et piquets et, en dépit d'Arthur qui compliquait les choses en donnant des coups de maillet à tort et à travers avec un enthousiasme débordant, ils finirent par dresser deux tentes d'aspect miteux, qui pouvaient visiblement héberger deux personnes chacune. Ils reculèrent pour admirer leur œuvre. Personne n'aurait pu deviner que ces deux tentes appartenaient à des sorciers et que onze personnes allaient dormir là. Mais elle n'ignorait pas – Charlie lui en avait parlé – que ces deux tentes étaient quelque peu agrandies par magie.

- On sera un peu à l'étroit, dit Arthur, mais je pense que nous arriverons à tenir. Venez voir.

Megan se glissa avec les autres sous l'auvent. L'intérieur ressemblait à un appartement de trois pièces un peu vieillot, avec cuisine et salle de bains, meublé avec des fauteuils dépareillés recouverts d'appui-têtes crochetés, et une forte odeur de chat.

- C'est juste pour une nuit, dit Arthur en épongeant avec un mouchoir son front dégarni.

Il regarda les quatre lits superposés disposés dans la chambre.

- J'ai emprunté ça à Perkins, au bureau. Il ne fait plus beaucoup de camping, le pauvre, depuis qu'il a un lumbago.

Il prit la bouilloire poussiéreuse et jeta un coup d'œil dedans.

- Nous allons avoir besoin d'eau...

- Il y a un robinet indiqué sur le plan que nous a donné le Moldu, dit Ron. C'est de l'autre côté du pré.

- Dans ce cas, vous pourriez peut-être aller chercher un peu d'eau, Harry, Megan, Hermione et toi – Arthur lui tendit la bouilloire et deux casseroles – et nous, on s'occupera du bois pour le feu.

- Mais on a un four. Pourquoi ne pas simplement... ?

- Ron, n'oublie pas la sécurité anti-Moldus ! Lorsque les vrais Moldus vont camper, ils font la cuisine dehors, sur un feu de bois, je les ai vus ! répondit Arthur, apparemment ravi de pouvoir les imiter.

Après une rapide visite de la tente des filles, un peu plus petite que celle des garçons, mais sans odeur de chat, Megan, Ron, Hermione et Potter traversèrent le camping en emportant bouilloire et casseroles. Le soleil s'était levé et la brume se dissipait ; ils découvrirent alors la véritable ville de toile qui s'étendait dans toutes les directions. Ils avançaient lentement entre les rangées de tentes, regardant autour d'eux avec curiosité. Les campeurs commençaient à se lever. Les familles avec des enfants en bas âge étaient les premières à se manifester. Un petit garçon qui ne devait pas avoir plus de deux ans était accroupi devant une grande tente en forme de pyramide, pointant d'un air réjoui une baguette magique sur une limace qui rampait dans l'herbe. Le mollusque enflait lentement et atteignit peu à peu la taille d'un salami. Lorsqu'ils passèrent devant l'enfant, sa mère se précipita hors de la tente.

- Kevin, combien de fois faudra-t-il que je te le répète ? Tu ne dois pas toucher à la baguette magique de papa ! Beurk !

Elle venait de marcher sur la limace géante qui explosa sous son poids. Tandis qu'ils s'éloignaient, sa voix furieuse continua de retentir, se mêlant aux cris du petit garçon :

- T'as cassé ma limace ! T'as cassé ma limace !

Un peu plus loin, ils virent deux petites sorcières, à peine plus âgées que Kevin, chevauchant des balais‑jouets qui s'élevaient juste assez pour que les orteils des deux fillettes frôlent l'herbe humide de rosée sans vraiment quitter le sol. Un sorcier du ministère les avait déjà repérées. Il passa en hâte devant Megan, Ron, Hermione et Potter en murmurant pour lui-même :

- En plein jour ! Les parents doivent faire la grasse matinée...

Ici ou là, des sorcières et des sorciers émergeaient de leurs tentes et commençaient à préparer leur petit déjeuner. Certains, après avoir jeté un regard furtif autour d'eux, allumaient un feu à l'aide de leur baguette magique d'autres craquaient des allumettes d'un air dubitatif, comme s'il leur paraissait impossible d'obtenir la moindre flamme de cette manière. Trois sorciers africains, vêtus chacun d'une longue robe blanche, étaient plongés dans une conversation très sérieuse, tout en faisant rôtir sur un grand feu aux flammes violettes quelque chose qui ressemblait à un lapin. Un peu plus loin, un groupe de sorcières américaines papotaient joyeusement sous une bannière étoilée tendue entre leurs tentes et sur laquelle on pouvait lire : Institut des sorcières de Salem.

- Ce n'est pas très discret, commenta Hermione d'un air inquiet.

- C'est quand même fou que l'on doive se cacher alors que c'est un événement magique, rétorqua Megan, que les mesures de sécurité anti-Moldu agaçaient. À part sur le Chemin de Traverse, à Poudlard, à Pré-au-lard ou au ministère, on doit toujours se cacher ! Aujourd'hui c'est un jour de fête, une fête magique, et on a bien le droit de vivre tranquillement !

- C'est moi qui vois mal ou bien tout est devenu vert, brusquement ? demanda Ron, interrompant la réplique que préparait Hermione d'un air outré.

Ron voyait très bien. Ils étaient arrivés devant un ensemble de tentes recouvertes d'un épais tapis de trèfle qui les faisait ressembler à d'étranges monticules surgis de terre. Sous les auvents relevés de certaines tentes, on voyait apparaître des visages souriants. C'étaient les supporters de l'équipe irlandaise qui avaient tout recouvert de trèfle, symbole national de l'Irlande. Une voix retentit alors dans leur dos.

- Harry ! Ron ! Meganna ! Hermione !

Ils se retournèrent et virent Seamus Finnigan, un condisciple de Poudlard. Il était assis devant sa propre tente recouverte de trèfles, en compagnie d'une femme aux cheveux blond roux qui devait être sa mère et de son meilleur ami, Dean Thomas, lui aussi élève de Gryffondor.

- Qu'est-ce que vous dites de la décoration ? demanda Seamus avec un grand sourire, lorsque Megan, Ron, Hermione et Potter se furent approchés de lui. Il paraît que les gens du ministère ne sont pas vraiment ravis...

- Et pourquoi n'aurions-nous pas le droit de montrer nos couleurs ? dit Mrs Finnigan, approuvée d'un signe de tête de Megan. Vous devriez aller voir comment les Bulgares ont arrangé leurs tentes. Vous êtes pour l'Irlande, bien sûr ? ajouta‑t‑elle en regardant Megan, Ron, Hermione et Potter avec de petits yeux perçants.

Après lui avoir assuré que, en effet, ils étaient pour l'Irlande, ils poursuivirent leur chemin.

- Comme si on pouvait dire autre chose, quand ils sont tous autour de nous, fit remarquer Ron.

- Il faut avoir le courage de ses opinions, Ronald, répondit Megan en haussant les épaules.

- Je me demande comment les Bulgares ont décoré leurs tentes, dit Hermione.

- On n'a qu'à aller voir, proposa Potter en montrant le drapeau bulgare, rouge, vert et blanc, qui flottait dans la brise, au bout du pré.

Cette fois, la décoration n'avait plus rien de végétal : chacune des tentes bulgares était ornée d'un poster représentant un visage renfrogné, avec de gros sourcils noirs. Bien entendu, l'image était animée mais, à part quelques battements de paupières et une moue de plus en plus maussade, le visage n'offrait pas une grande variété d'expressions. Megan reconnut aussitôt la célébrité.

- Krum, dit Ron à voix basse.

- Quoi ? dit Hermione.

- Krum ! répéta Ron. Viktor Krum, l'attrapeur Bulgare !

- Il a vraiment l'air grognon, remarqua Hermione en jetant un regard circulaire aux nombreux Krum qui les observaient en clignant des yeux, la mine revêche.

- L'air grognon ?

Ron leva les yeux au ciel.

- Qu'est-ce que ça peut faire, l'air qu'il a ? C'est un joueur incroyable. En plus, il est très jeune. À peine plus de dix-huit ans. C'est un génie. Tu verras, ce soir.

Il y avait déjà une petite file d'attente devant le robinet. Megan, Ron, Hermione et Potter s'y joignirent, derrière deux hommes qui se disputaient âprement. L'un d'eux était un très vieux sorcier vêtu d'une longue chemise de nuit à fleurs. L'autre était de toute évidence un sorcier du ministère ; il tenait entre ses mains un pantalon à fines rayures et paraissait tellement exaspéré qu'il en criait presque.

- Mets ça, Archie, je t'en prie, ne fais pas d'histoires, tu ne peux pas te promener habillé de cette façon, le Moldu du camping commence déjà à avoir des soupçons...

- J'ai acheté ça dans un magasin pour Moldus, répondit le vieux sorcier d'un air obstiné. Les Moldus portent ces choses-là.

- Ce sont les femmes Moldus qui les portent, Archie, pas les hommes ! Eux, ils portent ça, dit l'autre en brandissant le pantalon rayé.

- Je ne mettrai jamais ce truc-là, s'indigna le vieil Archie. J'aime bien que mon intimité puisse respirer à son aise.

Megan et Hermione furent prises d'un tel fou rire qu'elles durent s'éloigner de la file d'attente. Elles ne revinrent que lorsque Archie fut reparti après avoir fait sa provision d'eau.

En marchant beaucoup plus lentement, à cause du poids de l'eau dans leurs récipients, mais l'esprit plus léger après un bon fou rire, Megan, Ron, Hermione et Potter traversèrent le pré dans l'autre sens pour retourner à leurs tentes. De temps en temps, ils apercevaient un visage familier : d'autres élèves de Poudlard venus avec leur famille. Oliver Wood, l'ancien capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, qui venait de terminer ses études, traîna Megan – avec qui il s'était toujours très bien entendu – et Potter jusqu'à sa tente pour les présenter à ses parents et leur annonça d'un ton surexcité qu'il venait de signer un contrat avec l'équipe de réserve du Club de Flaquemare. Ils furent ensuite salués par Ernie Macmillan, qui était en quatrième année à Poufsouffle. Megan aperçut Matgar et son père qui arrivaient dans leur direction avec ce qui semblait être du bois pour faire un feu, et orienta aussitôt ses amis et Potter vers un chemin parallèle où ils croisèrent Cho Chang, l'attrapeur de l'équipe de Serdaigle. Avec un grand sourire, cette dernière adressa un signe de la main à Potter qui renversa sur lui une bonne partie de son eau en lui faisant signe à son tour. Pour mettre fin au rire narquois de Megan et de Ron, Potter montra du doigt un groupe d'adolescents qu'il n'avait jamais vus auparavant.

- Qui c'est, à votre avis ? demanda-t-il. Ils ne sont pas à Poudlard ?

- Ils doivent venir d'une école étrangère, répondit Ron. Je sais qu'il en existe, mais je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui y soit allé. Bill avait un correspondant dans une école brésilienne... il y a des années de ça... Il aurait bien voulu aller le voir, mais mes parents n'avaient pas les moyens de lui payer le voyage. Son correspondant a été terriblement vexé en apprenant qu'il ne viendrait pas et il s'est vengé en lui envoyant un chapeau ensorcelé. Quand Bill l'a mis sur sa tête, ses oreilles se sont ratatinées comme de vieux pruneaux.

Potter éclata de rire, mais Megan retint surtout qu'il ignorait tout de l'existence d'écoles de sorcellerie à l'étranger – comme si Poudlard pouvait être la seule école de magie au monde !

- Vous en avez mis, un temps, s'exclama George lorsqu'ils furent enfin revenus devant leurs tentes.

- On a rencontré des gens, répondit Ron en posant l'eau par terre.

- Vous n'avez pas encore allumé le feu ? S'étonna Megan.

- Papa s'amuse avec les allumettes, expliqua Fred.

Malgré tous ses efforts, Arthur n'arrivait pas à allumer le feu. Des allumettes cassées jonchaient le sol autour de lui, mais il semblait ne s'être jamais autant amusé de sa vie.

- Oups ! dit-il en parvenant à enflammer une allumette.

Il fut si surpris qu'il la laissa aussitôt tomber.

- Regardez, Mr Weasley, dit Hermione avec patience.

Elle lui prit la boîte des mains et lui montra comment s'y prendre. Au bout d'un moment, ils réussirent enfin à allumer un feu, mais il fallut attendre encore une heure avant que les flammes soient suffisamment hautes pour faire cuire quelque chose. Ils eurent cependant de quoi s'occuper en attendant. Leur tente était en effet dressée le long d'une sorte de grande allée qui menait au terrain de Quidditch et que les représentants du ministère ne cessaient d'emprunter, adressant un salut cordial à Arthur chaque fois qu'ils passaient devant lui. Celui-ci faisait bénéficier Megan, Hermione et Potter de ses commentaires, ses propres enfants en sachant déjà trop long sur les coulisses du ministère pour s'y intéresser.

- Ça, c'était Cuthbert Mockridge, chef du Bureau de liaison des gobelins... Celui qui arrive, là- bas, c'est Gilbert Wimple, il fait partie de la Commission des sortilèges expérimentaux. Il y a déjà un certain temps qu'il a ces cornes sur la tête... Tiens, bonjour, Arnie ! C'est Arnold Peasegood, un Oubliator, membre de la Brigade de réparation des accidents de sorcellerie... Voici maintenant Moroz et Croaker... Ce sont des Langues-de-plomb...

- Des quoi ? s'enquit Megan, surprise de ne jamais avoir entendu parler de cette branche du ministère.

- Du Département des mystères, tout ce qu'ils font est top secret, on n'a aucune idée de leurs activités...

Le feu fut enfin prêt et ils avaient commencé à faire cuire des œufs et des saucisses lorsque Bill, Charlie et Percy sortirent du bois pour venir les rejoindre.

- On vient de transplaner, papa, dit Percy d'une voix sonore. Ah, parfait, on arrive pour le déjeuner !

Tandis qu'ils mangeaient leurs œufs aux saucisses, Arthur se leva soudain en faisant de grands signes à un homme qui marchait vers eux d'un bon pas.

- Voici l'homme du jour ! s'exclama-t-il. Ludo !

Archie et sa chemise de nuit à fleurs n'avaient rien de bien discret, mais Ludo Bagman était bien plus remarquable avec sa longue robe de Quidditch à grosses rayures horizontales, noires et jaune vif. Une énorme image représentant un frelon s'étalait sur sa poitrine. Il avait l'allure d'un homme à la carrure d'athlète qui se serait légèrement laissé aller. Sa robe était tendue sur un ventre qu'il n'avait certainement pas au temps où il jouait dans l'équipe d'Angleterre de Quidditch. Son nez était écrasé, mais ses yeux bleus et ronds, ses cheveux blonds coupés court et son teint rosé lui donnaient l'air d'un collégien trop vite grandi.

- Ça, par exemple ! s'exclama Bagman d'un air joyeux.

Il marchait comme s'il avait eu des ressorts sous la plante des pieds et paraissait au comble de l'excitation.

- Arthur, mon vieil ami ! lança-t-il d'une voix haletante en arrivant devant le feu de camp. Quelle belle journée, hein ? Quelle journée ! Est-ce qu'on aurait pu imaginer un plus beau temps ? Une soirée sans nuages qui s'annonce... Et pas la moindre anicroche dans l'organisation... Je n'ai pas grand‑chose à faire !

Derrière lui, un groupe de sorciers du ministère passèrent au pas de course, l'air hagard, montrant au loin d'étranges étincelles violettes projetées à cinq ou six mètres de hauteur par un feu de camp qui était de toute évidence d'origine magique. Percy se précipita, la main tendue. Apparemment, la désapprobation que lui inspirait la façon dont Ludo Bagman dirigeait son département ne l'empêchait pas de vouloir faire bonne impression.

- Ah, oui, dit Arthur avec un sourire, je te présente mon fils, Percy. Il vient d'entrer au ministère, et voici Fred – non, George, excuse-moi, Fred, c'est lui – Bill, Charlie, Ron – ma fille Ginny – et des amis de Ron, Megan Buckley, Hermione Granger et Harry Potter.

Bagman marqua un bref instant d'hésitation en entendant le nom de Potter et son regard suivit la trajectoire habituelle vers sa cicatrice. Megan leva les yeux au ciel. Au moins, lui n'avait pas bondi de peur en entendant son nom de famille.

- Je vous présente Ludo Bagman, poursuivit Arthur en se tournant vers les autres. C'est grâce à lui que nous avons eu de si bonnes places...

Bagman rayonna et fit un geste de la main comme pour dire que ce n'était rien, voyons.

- Tu veux faire un petit pari sur le résultat du match, Arthur ? demanda-t-il d'un ton avide, en agitant les poches de sa robe jaune et noir.

D'après le tintement qu'on entendait, elles devaient contenir une bonne quantité de pièces d'or.

- Roddy Pontner m'a déjà parié que ce serait la Bulgarie qui marquerait les premiers points. Je lui ai proposé un bon rapport, étant donné que l'équipe d'Irlande rassemble les trois meilleurs avants que j'aie vus depuis des années. Et la petite Agatha Timms a parié la moitié des actions de son élevage d'anguilles que le match durerait une semaine.

- Alors, c'est d'accord, allons-y, dit Arthur avec un sourire coupable. Voyons... Un Gallion sur la victoire de l'Irlande ?

- Un Gallion ?

Bagman sembla un peu déçu, mais il retrouva très vite son sourire.

- Très bien, très bien... D'autres amateurs ?

- Ils sont un peu jeunes pour parier, intervint Arthur. Molly ne serait pas d'accord pour que...

- On parie trente-sept Gallions, quinze Mornilles et trois Noises, annonça Fred en rassemblant son argent avec George, que l'Irlande va gagner, mais que ce sera Viktor Krum qui attrapera le Vif d'or. Et on ajoute même une baguette farceuse.

- Vous n'allez pas montrer à Mr Bagman des idioties pareilles, s'indigna Percy.

Mais Bagman ne semblait pas trouver que la fausse baguette magique était une idiotie. Au contraire, son visage juvénile brilla d'excitation lorsque Fred la lui tendit. Quand il la vit se transformer, avec un cri aigu, en un poulet en caoutchouc, Bagman éclata d'un rire tonitruant.

- Excellent ! Ça fait des années que je n'en avais pas vu d'aussi bien imitée. Je vous l'achète cinq Gallions !

Percy se figea dans une attitude à la fois stupéfaite et scandalisée.

- Les enfants, murmura Arthur, je ne veux pas vous voir parier... Ce sont toutes vos économies... Votre mère...

- Allons, ne joue pas les rabat-joie, Arthur ! s'exclama Ludo Bagman en remuant frénétiquement l'or qui remplissait ses poches. Ils sont suffisamment grands pour savoir ce qu'ils veulent ! Vous pensez que l'Irlande va gagner mais que ce sera Krum qui attrapera le Vif d'or ? Pas la moindre chance, mes enfants, pas la moindre chance... Je vais vous offrir un très bon rapport sur ce pari là... Et on va ajouter cinq Gallions pour la baguette comique, n'est-ce pas ?

Arthur regarda avec un air d'impuissance Ludo Bagman sortir de sa poche une plume et un carnet sur lequel il griffonna le nom des jumeaux.

- Merci beaucoup, dit George.

Il prit le morceau de parchemin que Bagman lui tendait et le glissa dans une poche. Megan frappa dans les mains des jumeaux :

- À la victoire de l'Irlande ! S'exclama-t-elle joyeusement.

Bagman se tourna alors vers Arthur d'un air plus joyeux que jamais.

- Tu ne pourrais pas me faire une petite tasse de thé, par hasard ? J'essaye de repérer Barty Crouch. Mon homologue bulgare fait des difficultés et je ne comprends pas un mot de ce qu'il raconte. Barty saura m'arranger ça. Il parle à peu près cent cinquante langues étrangères.

- Mr Crouch ? sursauta Percy, qui avait perdu son air de réprobation indignée et frémissait soudain d'excitation. Il en parle plus de deux cents ! Y compris la langue des sirènes, la langue de bois et la langue des trolls...

- Tout le monde sait parler troll, dit Fred d'un air dédaigneux, il suffit de grogner en montrant du doigt.

Megan éclata de rire, Percy leur lança à tous deux un regard assassin et remua vigoureusement le feu pour faire chauffer la bouilloire.

- Tu as eu des nouvelles de Bertha Jorkins, Ludo ? s'enquit Arthur tandis que Bagman s'asseyait dans l'herbe à côté d'eux.

Megan tendit aussitôt l'oreille.

- Pas l'ombre d'une plume de hibou, répondit Bagman d'un ton très détendu. Mais elle finira bien par revenir. Pauvre vieille Bertha... Sa mémoire ressemble à un chaudron qui fuit et elle n'a pas le moindre sens de l'orientation. Elle s'est perdue, tu peux en être sûr. Elle va réapparaître au bureau au mois d'octobre en pensant qu'on est toujours en juillet.

Bagman n'avait pas l'air de croire une seconde que sa disparition était louche, et Megan s'en sentit très agacée.

- Vous ne croyez pas qu'il serait peut-être temps d'envoyer quelqu'un à sa recherche ? lança-t-elle sans se soucier de la politesse.

Percy, qui tendait à Bagman une tasse de thé, lui adressa un regard outré.

- C'est ce que Barty Crouch ne cesse de répéter, dit Bagman, ses yeux ronds s'écarquillant d'un air naïf. Mais on n'a vraiment personne pour ça en ce moment. Tiens ! Quand on parle du loup ! Voilà Barty !

Un sorcier venait de transplaner à côté de leur feu de camp. Il n'aurait pu offrir contraste plus frappant face à Ludo Bagman, vautré dans l'herbe avec sa vieille robe de l'équipe des Frelons. Barty Crouch était un vieil homme raide et droit, vêtu d'un costume impeccable avec cravate assortie, et chaussé d'escarpins parfaitement cirés qui étincelaient au soleil. La raie de ses cheveux gris coupés court était si nette qu'elle paraissait presque surnaturelle et son étroite moustache en forme de brosse à dents semblait avoir été taillée à l'aide d'une règle à calcul. Il était aussitôt plus aisé de comprendre la vénération que vouait Percy à cet homme : aux yeux de Percy, rien n'était plus important que d'observer scrupuleusement les règles et Mr Crouch avait tellement bien suivi celles de l'habillement moldu qu'il aurait très bien pu se faire passer pour un directeur de banque.

- Faites comme chez vous, Barty, lança chaleureusement Ludo en tapotant l'herbe à côté de lui.

- Non, merci, Ludo, répondit Crouch avec une pointe d'impatience dans la voix. Je vous ai cherché partout. Les Bulgares insistent pour que nous ajoutions douze sièges dans la tribune officielle.

- Ah, c'est donc ça qu'ils veulent ? se réjouit Bagman. Je croyais que le bonhomme me demandait « des bouts de liège ». Il a un sacré accent.

- Mr Crouch ! dit Percy, le souffle court, en faisant une sorte de courbette qui lui donnait l'air d'un bossu, puis-je vous proposer une tasse de thé ?

- Oh, répondit Mr Crouch avec une expression légèrement surprise, oui, très volontiers, Wistily.

Megan, Fred et George plongèrent dans leurs tasses en s'étranglant de rire tandis que Percy, les oreilles d'un rouge soutenu, s'affairait avec la bouilloire.

- Ah, je voulais aussi vous parler de quelque chose, Arthur, dit Mr Crouch, son regard perçant se tournant vers le père de famille. Ali Bashir est sur le sentier de la guerre. Il veut vous dire deux mots au sujet de l'embargo sur les tapis volants.

Arthur poussa un profond soupir.

- Je lui ai envoyé un hibou à ce propos i peine une semaine. Je le lui ai répété cent fois : les tapis sont définis comme un artefact moldu par le Bureau d'enregistrement des objets à ensorcellement prohibé. Mais est-il disposé à m'écouter ?

- J'en doute, répondit Mr Crouch en prenant la tasse de thé que lui tendait Percy. Il tient désespérément à exporter ses produits chez nous.

- Ils ne remplaceront jamais les balais en Grande-Bretagne, n'est-ce pas ? intervint Bagman.

- Ali pense qu'il y a un segment de marché pour un véhicule familial, expliqua Mr Crouch. Je me souviens que mon grand-père avait un Axminster qui pouvait transporter douze personnes – mais c'était avant que les tapis volants soient interdits, bien sûr.

Il avait dit cela comme s'il tenait à ce que tout le monde soit bien convaincu que ses ancêtres avaient toujours scrupuleusement respecté la loi.

- Alors, vous avez eu beaucoup de travail, Barty ? demanda Bagman d'un ton léger.

- Pas mal, oui, répondit sèchement Mr Crouch. Organiser les transports par Portoloin depuis les cinq continents n'a rien d'une partie de plaisir, Ludo.

- J'imagine que vous serez bien contents, tous les deux, lorsque tout ça sera terminé, commenta Arthur.

Ludo Bagman sembla choqué.

- Contents ? s'exclama-t-il. Mais je ne me suis jamais autant amusé... Ah, évidemment, on ne peut pas dire que ce soit de tout repos, pas vrai, Barty ? Hein ? On a encore des tas de choses à organiser, pas vrai, Barty ?

Mr Crouch regarda Bagman en haussant les sourcils.

- Nous étions d'accord pour ne faire aucune annonce avant que tous les détails soient...

- Oh, les détails ! dit Bagman, avec un geste désinvolte comme s'il dispersait un nuage de moucherons. Ils ont signé, non ? Ils sont d'accord ? Je vous parie que les enfants seront très vite au courant. Après tout, c'est à Poudlard que ça se passe...

Megan fronça les sourcils. Qu'est-ce qui se passait à Poudlard ? Qui avait signé quoi ?

- Ludo, il faut aller voir les Bulgares, maintenant, interrompit sèchement Mr Crouch. Merci pour le thé, Wistily.

Il rendit sa tasse pleine à Percy et attendit que Ludo se lève. Bagman se remit péniblement debout, vidant sa tasse de thé, l'or de ses poches tintant allègrement.

- À bientôt, tout le monde ! dit-il. Vous serez avec moi dans la tribune officielle. C'est moi qui fais le commentaire !

Il agita la main, Barty Crouch leur adressa un bref signe de tête et tous deux disparurent en transplanant.

- Qu'est-ce qui doit se passer, à Poudlard, papa ? demanda aussitôt Fred. De quoi parlaient-ils ?

- Tu le sauras bien assez tôt, répondit Arthur en souriant.

- C'est une information classée confidentielle jusqu'à ce que le ministère décide de la rendre publique, ajouta Percy avec raideur. Mr Crouch a eu parfaitement raison de ne pas la divulguer.

- Oh, silence, Wistily, dit Fred.

À mesure que l'après-midi avançait, une sorte de frénésie envahissait le camping tel un nuage palpable. Au coucher du soleil, la tension faisait frémir la paisible atmosphère de l'été et, lorsque la nuit tomba comme un rideau sur les milliers de spectateurs qui attendaient le début du match, les dernières tentatives de masquer la réalité disparurent : le ministère semblait s'être incliné devant l'inévitable et ses représentants avaient renoncé à réprimer les signes évidents de magie qui se manifestaient un peu partout, à la grande joie de Megan. Des vendeurs ambulants transplanaient à tout moment, portant des éventaires ou poussant des chariots remplis d'articles divers. Il y avait des rosettes lumineuses – vertes pour l'Irlande, rouges pour la Bulgarie – qui criaient d'une petite voix aiguë les noms des joueurs, des chapeaux pointus d'un vert étincelant ornés de trèfles dansants, des écharpes bulgares décorées de lions qui rugissaient véritablement, des drapeaux des deux pays qui jouaient les hymnes nationaux dès qu'on les agitait. On trouvait aussi des modèles miniatures d'Éclairs de feu qui volaient et des figurines de collection représentant des joueurs célèbres qui se promenaient dans la paume de la main d'un air avantageux.

- J'ai économisé mon argent de poche tout l'été pour ça, s'enthousiasma Ron en attrapant le bras de Potter.

Tous deux, accompagnés de Megan et d'Hermione, se promenèrent longuement parmi les vendeurs en achetant des souvenirs. Megan et Ron firent l'acquisition d'un chapeau à trèfles dansants et d'une grande rosette verte, mais Ron acheta aussi une figurine de Viktor Krum, l'attrapeur bulgare. Le Krum miniature marchait de long en large sur sa main, lançant des regards courroucés à la grande rosette verte qui s'étalait au-dessus de lui.

- Oh, regarde ça ! s'exclama Potter qui se précipita vers un chariot surchargé d'objets semblables à des jumelles de cuivre, dotées de toutes sortes de boutons et de cadrans.

- Ce sont des Multiplettes, dit le sorcier-vendeur d'un air empressé. Elles permettent de revoir une action... de faire des ralentis... et de détailler image par image n'importe quel moment du match si vous le désirez. C'est dix Gallions pièce.

- Je n'aurais pas dû acheter ça, dit Ron, le doigt pointé sur son chapeau à trèfles, en regardant avec envie les Multiplettes.

- Donnez-m'en quatre paires, lança Potter au vendeur d'un ton décidé.

Megan pinça les lèvres, peu désireuse de recevoir quoi que ce soit de la part de Potter.

- Non, non, laisse tomber, répondit Ron en rougissant.

Il était toujours très sensible au fait que Potter ou Megan, qui avaient tous deux hérité de leurs parents une petite fortune, étaient beaucoup plus riches que lui.

- Ce sera ton cadeau de Noël, répliqua Potter en donnant à Megan, à Ron et à Hermione une paire de Multiplettes chacun. Pour les dix ans qui viennent.

- D'accord, admit Ron avec un sourire.

Megan adressa à Potter un hochement de tête avec un infime sourire forcé en guise de remerciement.

- Oh, merci, Harry ! s'exclama Hermione. Et moi, je vais acheter des programmes...

- J'en prends aussi, dit Megan pour dissiper la gêne qu'avait engendré le cadeau de Potter.

La bourse beaucoup plus légère, ils retournèrent à leurs tentes. Bill, Charlie et Ginny arboraient eux aussi des rosettes vertes et Arthur avait un drapeau irlandais. Fred et George, quant à eux, n'avaient pu acheter aucun souvenir : ils avaient donné tout leur or à Bagman. Enfin, un grand coup de gong retentit avec force quelque part au-delà du bois et, aussitôt, des lanternes vertes et rouges étincelèrent dans les arbres, éclairant le chemin qui menait au terrain de Quidditch.

- C'est l'heure ! dit Arthur, qui avait l'air aussi impatient qu'eux. Venez, on y va !