LA COUPE DU MONDE DE QUIDDITCH

Emportant leurs achats, Arthur en tête, ils se précipitèrent vers le bois, le long du chemin éclairé par les lanternes. Ils entendaient autour d'eux des cris, des rires, des bribes de chansons, qui s'élevaient de la foule. L'atmosphère enfiévrée était très contagieuse. Megan avait sur son visage un sourire ravi et stupide dont elle ne parvenait à se débarrasser tant elle était excitée et heureuse d'être là. Ils marchèrent pendant vingt minutes à travers bois, parlant, plaisantant à tue-tête, jusqu'à ce qu'ils émergent enfin d'entre les arbres pour se retrouver dans l'ombre d'un stade gigantesque. D'immenses murailles d'or entouraient le terrain et il était impossible d'en distinguer l'extrémité.

- Il peut recevoir cent mille spectateurs, affirma Arthur en remarquant l'air béat de Potter. Le ministère a constitué une équipe spéciale de cinq cents personnes pour y travailler pendant une année entière. Chaque centimètre carré a été traité avec des sortilèges Repousse-Moldu. Tout au long de l'année, chaque fois qu'un Moldu s'approchait d'ici, il se rappelait soudain un rendez-vous urgent et repartait au plus vite... Chers Moldus, ajouta-t-il d'un ton affectueux.

Il les mena jusqu'à l'entrée la plus proche, devant laquelle se pressait déjà une foule bruyante de sorcières et de sorciers.

- Des places de choix ! s'exclama la sorcière du ministère qui contrôla leurs billets. Tribune officielle, tout en haut ! Montez les escaliers, quand il n'y aura plus de marches, vous serez arrivés.

À l'intérieur du stade, les escaliers étaient recouverts d'épais tapis pourpres. Ils grimpèrent les marches au milieu des autres spectateurs qui se répartissaient lentement sur les gradins, à droite et à gauche. Le groupe continua de monter jusqu'au sommet de l'escalier où ils se retrouvèrent dans une petite loge qui dominait tout le stade et donnait sur le centre du terrain, à mi-chemin entre les deux lignes de but. Une vingtaine de chaises pourpre et or étaient disposées sur deux rangées. Megan se faufila au premier rang et son sourire s'élargit encore un peu plus lorsqu'elle découvrit le spectacle qu'offrait le stade. Cent mille sorcières et sorciers étaient en train de prendre place sur les sièges qui s'élevaient en gradins tout autour du terrain ovale. Une mystérieuse lumière d'or semblait émaner du stade lui-même et la surface du terrain, vue d'en haut, paraissait aussi lisse que le velours. À chaque extrémité se dressaient les buts, trois cercles d'or situés à une hauteur de quinze mètres. Face à la tribune officielle, presque à hauteur d'œil, s'étalait un immense tableau sur lequel s'inscrivaient, comme tracés par une main invisible, des mots couleur d'or qui disparaissaient peu à peu, remplacés par d'autres – des publicités :

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Voilà ce que Megan avait manqué lorsque les Boyd avaient refusé qu'elle aille assister à la dernière finale de la Coupe du monde de Quidditch. Son regard ne cessait de balayer le stade avec un émerveillement qu'elle aurait trouvé agaçant en un autre lieu. C'était ça, le monde magique, et c'était le seul monde dans lequel elle voulait vivre, quoi qu'en diraient les Boyd.

- Est-ce que le monsieur m'a appelée Dobby ?

Une voix couinante et aiguë détourna l'attention de Megan, et elle se retourna au même moment que Ron et Hermione. Une minuscule créature était assise derrière eux sur l'une des chaises disposées dans la tribune, avec des jambes si courtes qu'elles pointaient horizontalement devant elle, vêtue d'un torchon à vaisselle drapé comme une toge, arborant de grandes oreilles semblables à celles d'une chauve-souris et un nez de la forme et de la taille d'une grosse tomate. L'elfe de maison fixait Potter de ses énormes yeux marrons.

Megan comprenait que Potter ait confondu l'elfe avec Dobby, l'ancien elfe de maison des Malfoy. Cependant ses amis ignoraient qu'elle connaissait ce dernier puisqu'ils ne savaient pas à quel point elle avait été proche des Malfoy dans son enfance. Ron et Hermione observèrent l'elfe avec vif intérêt, ayant beaucoup entendu parler de Dobby mais ne l'ayant jamais rencontré. Arthur lui-même jeta à la créature un coup d'œil curieux.

- Désolé, dit Potter. Je t'ai prise pour quelqu'un que je connais.

- Mais moi aussi, monsieur, je connais Dobby ! couina l'elfe.

Elle se cachait le visage, comme si la lumière l'aveuglait, bien que la loge ne fût pas brillamment éclairée.

- Je m'appelle Winky, monsieur...

Ses yeux sombres s'écarquillèrent comme des soucoupes lorsqu'ils se posèrent sur la cicatrice de Potter. Megan leva les yeux au ciel.

- Vous êtes sûrement Harry Potter !

- Oui, c'est moi, répondit le garçon.

- Oh, mais Dobby parle tout le temps de vous, monsieur ! affirma Winky en baissant légèrement les mains, l'air stupéfait et impressionné.

- Comment va-t-il ? Est-ce que la liberté lui convient ?

Deux ans auparavant, Potter avait échafaudé un petit stratagème fondé sur une chaussette sale pour faire libérer l'elfe. Megan ne savait pas si la famille Malfoy avait fait l'acquisition d'un nouveau serviteur, au moins pour s'occuper des repas, puisque Narcissa ne cuisinait pas.

- Ah, monsieur, répondit Winky en hochant la tête. Ah, monsieur, je ne veux pas vous manquer de respect, mais je ne sais pas si vous avez rendu service à Dobby, monsieur, quand vous l'avez libéré.

- Pourquoi ? s'étonna Potter. Qu'est-ce qui ne va pas ?

- La liberté monte à la tête de Dobby, monsieur, déplora Winky. Il se croit plus haut qu'il n'est. Il n'arrive plus à trouver de place, monsieur.

- Pourquoi ?

La voix de Winky baissa d'une demi-octave.

- Il veut être payé pour son travail, monsieur, murmura-t-elle.

- Payé ? répéta Potter sans comprendre. Mais... pourquoi ne serait-il pas payé ?

Winky parut horrifiée à cette idée et referma légèrement les doigts, cachant à moitié son visage.

- Les elfes de maison ne sont jamais payés, monsieur ! dit-elle d'une petite voix étouffée. Non, non, non. J'ai dit à Dobby, je lui ai dit, Dobby, trouve-toi une bonne petite famille où tu puisses mener une petite vie tranquille. Mais il n'arrête pas de faire les quatre cents coups, monsieur, et ce n'est pas bien pour un elfe de maison. Continue à te faire remarquer comme ça, Dobby, je lui ai dit, et tu vas te retrouver devant le Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, comme n'importe quel gobelin.

- Bah, il faut bien qu'il s'amuse un peu, fit observer Potter.

- Les elfes de maison n'ont pas à s'amuser, Harry Potter, répondit Winky d'un ton ferme, derrière ses mains qui cachaient toujours son visage. Les elfes de maison doivent faire ce qu'on leur dit de faire. Je n'aime pas du tout l'altitude, Harry Potter...

Elle jeta un coup d'œil par-dessus la balustrade qui entourait la loge et eut un haut-le-corps.

- ... mais mon maître m'a envoyée dans la tribune officielle et donc, j'y suis allée, monsieur...

Winky aurait fait une bonne elfe de maison pour les Malfoy. Peut-être Lucius pourrait-il l'acheter à ses propriétaires actuels.

- Pourquoi t'a-t-il envoyée ici, s'il sait que tu n'aimes pas l'altitude ? demanda Potter en fronçant les sourcils.

- Mon... mon maître veut que je lui garde un siège, Harry Potter, il est très occupé, expliqua Winky en inclinant la tête vers l'espace vide, à côté d'elle. Winky aimerait bien retourner dans la tente de son maître, Harry Potter, mais Winky fait ce qu'on lui dit de faire. Winky est une bonne elfe de maison.

Elle jeta un nouveau coup d'œil apeuré vers la balustrade et se cacha les yeux derrière ses mains. Potter se retourna vers Megan, Ron et Hermione.

- Bizarre comme créatures, les elfes de maison..., marmonna Ron.

- Dobby était encore plus bizarre, affirma Potter.

Ron sortit ses Multiplettes et les braqua sur la foule qui occupait les gradins, de l'autre côté du stade.

- Extraordinaire ! dit-il en tournant la molette qui permettait de repasser les images. J'arrive à voir de nouveau ce vieux bonhomme se mettre les doigts dans le nez... encore une fois... et encore une...

Pendant ce temps, Hermione parcourait avec avidité son programme à la couverture de velours agrémentée d'un pompon.

- « Les mascottes des deux équipes présenteront un spectacle avant le match », lut-elle à haute voix.

- Ça vaut la peine d'être vu, affirma Arthur. Les équipes nationales amènent des créatures typiques de leurs pays d'origine pour faire un peu de spectacle.

Autour d'eux, la loge se remplit peu à peu au cours de la demi-heure qui suivit. Arthur ne cessait de serrer la main de gens qui occupaient à l'évidence de hautes fonctions dans le monde de la sorcellerie. Chaque fois, Percy se levait d'un bond, comme s'il avait été assis sur un porc-épic. À l'arrivée de Cornelius Fudge, le ministre de la Magie, Percy s'inclina si bas que ses lunettes tombèrent et se cassèrent. Horriblement gêné, il les répara d'un coup de baguette magique et resta ensuite assis sur sa chaise, jetant des regards jaloux à Potter que Fudge avait salué comme un vieil ami : après avoir salué Megan, qu'il avait souvent vue chez les Malfoy, Fudge avait serré la main de Potter d'un air paternel, demandé comment il allait et l'avait présenté aux sorciers assis à ses côtés.

- Harry Potter, vous savez..., disait-il d'une voix forte au ministre bulgare, qui portait une magnifique robe de sorcier en velours noir ourlé d'or, et ne paraissait pas comprendre un mot d'anglais. Harry Potter, voyons, je suis sûr que vous savez qui c'est... Le garçon qui a survécu à Vous-Savez-Qui... Vous savez forcément qui c'est...

Le sorcier bulgare vit soudain la cicatrice de Potter et se mit à parler très fort d'un ton surexcité en la montrant du doigt. Megan leva de nouveau les yeux au ciel.

- Je savais que ça finirait comme ça, dit Fudge à Potter d'un ton las. Je ne suis pas très doué pour les langues étrangères, j'ai besoin de Barty Crouch dans ces cas-là. Ah, je vois que son elfe de maison lui a gardé une chaise... C'est une bonne chose, ces zigotos de Bulgares ont essayé de quémander toutes les meilleures places... Ah, voici Lucius !

Megan, Ron, Hermione et Potter tournèrent vivement la tête. Se glissant le long du deuxième rang en direction de trois chaises vides, derrière Arthur, ils virent arriver l'ancienne famille de Megan : Lucius Malfoy, son fils Draco et sa femme Narcissa.

Megan n'avait eu aucune nouvelle de Draco depuis la fin de l'année passée, et ne lui avait pas adressé la parole depuis plus longtemps encore, ce dont elle souffrait. Le teint pâle, le nez pointu, les cheveux d'un blond presque blanc, le garçon ressemblait beaucoup à son père. Sa mère était blonde, elle aussi. Grande, mince et séduisante, elle avait cependant la grimace de quelqu'un sans cesse incommodé par une odeur pestilentielle. Megan savait qu'elle réservait cette attitude aux rencontres déplaisantes et aux sorties dans le monde des Moldus – de toute évidence, Lucius et Draco avaient dû insister pour qu'elle les accompagne à ce match. Megan serra les dents, malade de les voir sans rien pouvoir dire.

- Ah, Fudge, dit Lucius en tendant la main au ministre de la Magie. Comment allez-vous ?

- Mes hommages, madame, dit Fudge avec un sourire, en s'inclinant devant Narcissa. Permettez-moi de vous présenter Mr Oblansk... Obalonsk... Mr... enfin bref, le ministre bulgare de la Magie. De toute façon, il est incapable de comprendre un traître mot de ce que je dis, alors peu importe. Et, voyons, qui y a-t-il encore ? Vous connaissez Arthur Weasley, j'imagine ?

Il y eut un moment de tension. Arthur et Lucius échangèrent un regard et Megan eut un sourire sans joie en se remémorant la dernière rencontre des deux hommes, à la librairie sur le Chemin de Traverse : tous deux avaient fini par se battre jusqu'à ce qu'Hagrid, le garde-chasse de Poudlard, les sépare. Les yeux gris et froids de Lucius se posèrent sur Arthur puis balayèrent le premier rang.

- Seigneur ! dit-il à voix basse. Qu'avez-vous donc vendu pour obtenir des places dans la tribune officielle ? Votre maison n'aurait certainement pas suffi à payer le prix des billets ?

Fudge, qui n'écoutait pas, reprit la parole :

- Lucius vient d'apporter une contribution très généreuse à l'hôpital Ste Mangouste pour les maladies et blessures magiques, Arthur. Il est mon invité.

- Ah, bien... très bien..., répondit le sorcier avec un sourire forcé.

Les yeux de Lucius étaient revenus sur Hermione qui rosit légèrement mais soutint son regard. Les Malfoy tiraient fierté de leur sang pur ; en d'autres termes, quiconque descendait de parents moldus, comme Hermione, leur apparaissait comme un sorcier de seconde classe. Ce n'était qu'au contact de Hermione ou des Weasley que Megan avait appris que cette vision du monde n'était pas tout à fait vraie en réalité, Voldemort lui-même n'était pas l'enfant de deux sorciers. Lucius n'osa cependant rien dire en présence du ministre de la Magie. Détournant le regard, Megan croisa celui de Narcissa. Cette dernière eut un sourire étrange, à la fois triste et sévère, et la jeune fille serra les dents. Pas un mot ne fut échangé. Lucius adressa un signe de tête dédaigneux à Arthur et suivit la rangée de chaises jusqu'aux places qui lui étaient réservées. Draco lança à Megan, Ron, Hermione et Potter un regard méprisant, puis s'assit entre son père et sa mère. Megan avait perdu le peu de couleur qu'elle avait au visage.

- Crétins visqueux, marmonna Ron.

Hermione, Potter et lui se tournèrent à nouveau vers le terrain. Megan échangea un regard lourd de culpabilité avec Draco avant d'imiter les trois autres. Un instant plus tard, Ludo Bagman entra en trombe dans la loge.

- Tout le monde est prêt ? demanda-t-il, son visage rond luisant comme un gros fromage de Hollande. Monsieur le ministre, on peut y aller ?

- Quand vous voudrez, Ludo, répondit Fudge, très à son aise.

Bagman sortit aussitôt sa baguette magique, la pointa sur sa gorge et s'exclama :

- Sonorus !

Il parla alors par-dessus le tumulte qui emplissait à présent le stade plein à craquer et sa voix tonitruante résonna sur tous les gradins :

- Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue ! Bienvenue à cette finale de la quatre cents deuxième Coupe du Monde de Quidditch !

Les spectateurs se mirent à hurler et à applaudir. Des milliers de drapeaux s'agitèrent, mêlant les hymnes nationaux des deux équipes dans une cacophonie qui s'ajouta au vacarme. Le dernier message publicitaire (Les Dragées surprises de Bertie Crochue – prenez le risque à chaque bouchée !) s'effaça de l'immense tableau qui affichait à présent BULGARIE : ZERO, IRLANDE : ZERO.

- Et maintenant, sans plus tarder, permettez-moi de vous présenter... Les mascottes de l'équipe bulgare !

La partie droite des gradins, entièrement colorée de rouge, explosa en acclamations.

- Je me demande ce qu'ils ont amené, dit Arthur qui se pencha en avant. Aaah !

Il enleva brusquement ses lunettes et les essuya sur sa robe de sorcier.

- Des Vélanes !

Potter allait demander ce qu'étaient des Vélanes – évidemment, il ignorait tout ce qui ne lui avait pas encore été enseigné à Poudlard – mais l'entrée des créatures sur le terrain lui coupa la parole. Megan mordit sa lèvre inférieure, impatiente que cet instant se termine. Les Vélanes avaient l'apparence de femmes, de magnifiques femmes, dont la peau scintillait comme un clair de lune, aux longs cheveux d'or blanc, et qui avaient le pouvoir malsain d'ensorceler les hommes. Une musique retentit et les créatures se mirent à danser en rythme, et la musique se fit de plus en plus vive, et les visages des garçons autour de Megan et de Hermione affichèrent des expressions de plus en plus stupides. Potter avait les yeux écarquillés avec l'air de quelqu'un qui fait un immense effort de réflexion en très peu de temps, et Ron semblait prêt à s'élancer d'un plongeoir. Soudain, Potter se leva et commença à enjamber la balustrade de la loge.

- Potter, qu'est-ce que tu fais ? lança-t-elle, agacée.

Bien qu'elle aurait trouvé très amusant et pratique que le garçon se tue en sautant de la plus haute loge du stade, elle aurait eu quelques difficultés à expliquer son absence de réaction auprès des Weasley, et elle avait pris un engagement auprès de Dumbledore.

La musique cessa et Potter cligna bêtement des yeux tandis que des cris de fureur s'élevaient dans le stade. Les spectateurs refusaient de laisser partir les Vélanes. Megan se tourna vers Ron. L'air distrait, il déchirait en lambeaux les trèfles qui ornaient son chapeau. Son père, un vague sourire aux lèvres, se pencha vers lui et lui prit le chapeau des mains.

- Tu en auras besoin, dit-il, quand l'Irlande aura dit son mot.

- Hein ? marmonna Ron, bouche bée, le regard fixé sur les Vélanes qui s'étaient alignées d'un côté du terrain.

D'un air réprobateur, Hermione tendit la main et ramena Potter vers sa chaise.

- Non mais vraiment ! s'exclama-t-elle.

Megan ricana.

- Et maintenant, rugit la voix amplifiée de Ludo Bagman, veuillez s'il vous plaît lever vos baguettes... pour accueillir les mascottes de l'équipe nationale d'Irlande !

Un instant plus tard, quelque chose qui ressemblait à une grande comète vert et or surgit dans le stade. Elle fit un tour complet du terrain, puis se sépara en deux comètes plus petites, chacune se précipitant vers les buts. Un arc-en-ciel se déploya brusquement d'un bout à l'autre du stade, reliant entre elles les deux comètes lumineuses. Des « Aaaaaaaaah » et des « Oooooooooh » retentirent dans la foule. Puis l'arc-en-ciel s'effaça et les deux comètes se réunirent et se fondirent à nouveau en une seule, formant à présent un grand trèfle scintillant qui s'éleva dans le ciel et vola au-dessus des tribunes. Une sorte de pluie d'or semblait en tomber...

- Magnifique ! s'écria Ron lorsque le trèfle vola au-dessus d'eux, répandant une averse de pièces d'or qui rebondissaient sur leurs chaises et sur leurs têtes.

Il ne s'agissait en fait pas d'un trèfle, mais de milliers de petites créatures semblables à des bonshommes barbus et vêtus de gilets rouges, qui portaient chacun une minuscule lanterne verte ou dorée.

- Des farfadets ! s'exclama Arthur, au milieu des applaudissements déchaînés des spectateurs dont beaucoup s'affairaient autour de leurs sièges pour ramasser les pièces d'or tombées à leurs pieds.

D'un coup d'œil derrière elle, Megan constata qu'aucun des Malfoy ne tentait de ramasser ce qui tombait du ciel. Outre leur fierté, ils savaient tout comme elle que l'or des farfadets était magique et disparaissait au bout de quelques heures. Le trèfle géant se dispersa, les farfadets se laissèrent tomber en douceur sur le terrain, de l'autre côté des Vélanes, et s'assirent en tailleur pour assister au match.

- Et maintenant, mesdames et messieurs, nous avons le plaisir d'accueillir... l'équipe nationale de Quidditch de Bulgarie ! Voici... Dimitrov !

Sous les applaudissements déchaînés des supporters bulgares, une silhouette vêtue de rouge, à califourchon sur un balai, surgit d'une des portes qui donnaient sur le terrain en volant si vite qu'on avait du mal à la suivre des yeux.

- Ivanova !

Un deuxième joueur en robe rouge fila dans les airs.

- Zograf ! Levski ! Vulchanov ! Volkov ! Eeeeeeeeeet voici... Krum !

- C'est lui ! C'est lui ! hurla Ron, suivant Krum à l'aide de ses Multiplettes.

Megan avait vu des portraits de Krum, mais elle aussi leva ses Multiplettes pour observer la vedette de l'équipe bulgare en vrai. Viktor Krum était mince, le teint sombre et cireux, avec un grand nez arrondi et d'épais sourcils noirs. On aurait dit un grand oiseau de proie. Il était difficile de croire qu'il avait seulement dix-huit ans.

- Et maintenant, accueillons... l'équipe nationale de Quidditch d'Irlande ! s'époumona Bagman. Voici... Connolly ! Ryan ! Troy ! Mullet ! Morane ! Quigley ! Eeeeeeeeeet... Lynch !

Sept traînées vertes jaillirent sur le terrain.

- Et voici, arrivant tout droit d'Égypte, notre arbitre, l'estimé président-sorcier général de l'Association internationale de Quidditch, Hassan Mostafa !

Un petit sorcier efflanqué, complètement chauve mais doté d'une moustache imposante, s'avança à grands pas sur le terrain. Un sifflet d'argent dépassait de sous sa moustache sous un bras, il portait une grosse caisse en bois et sous l'autre, son balai volant. Il enfourcha son balai et ouvrit la caisse d'un coup de pied. Quatre balles en surgirent aussitôt : le Souafle écarlate, les deux Cognards noirs et le minuscule Vif d'or pourvu de petites ailes d'argent. Soufflant d'un coup sec dans son sifflet, Mostafa s'éleva dans les airs, derrière les balles.

- C'eeeeeeeest PARTI ! hurla Bagman. Le Souafle à Mullet qui passe à Troy ! Morane ! Dimitrov ! Mullet à nouveau ! Troy ! Levski ! Morane !

C'était du Quidditch comme Megan en avait toujours rêvé. Les joueurs filaient à une vitesse incroyable. Les poursuiveurs se passaient le Souafle avec une telle rapidité que Bagman avait tout juste le temps de dire leur nom. Un sourire stupide réapparut sur le visage de la jeune fille. Dans les tribunes, le vacarme de la foule déchaînée malmenait ses tympans. Fascinée, elle reconnut plusieurs figures mises en œuvre par les joueurs, tels que l'attaque en faucon avec les trois poursuiveurs irlandais fonçant côte à côte, Troy au centre, Mullet et Morane légèrement en retrait, dans une attaque contre les Bulgares, ou la feinte de Porskoff lorsque Troy fit semblant de monter en chandelle avec le Souafle, entraînant dans son sillage la poursuiveuse bulgare Ivanova, puis laissa tomber le Souafle que rattrapa Morane. Elle admira le poursuiveur irlandais filer dans une traînée verte vers les buts et…

- TROY MARQUE ! rugit Bagman et tout le stade trembla sous les applaudissements et les acclamations. Dix-zéro en faveur de l'Irlande !

- Quoi ? s'exclama Potter, lançant des regards frénétiques autour de lui à travers ses Multiplettes. C'est Levski qui avait le Souafle !

- Harry, si tu ne regardes pas le match à la vitesse normale, tu vas manquer des tas de choses, cria Hermione qui sautillait sur place en agitant les bras pendant que Troy faisait un tour d'honneur.

Les farfadets, qui regardaient le match depuis les lignes de touche, s'envolèrent à nouveau pour reconstituer le grand trèfle scintillant. De l'autre côté du terrain, les Vélanes les regardaient d'un air boudeur. Les poursuiveurs irlandais étaient impressionnants, Megan était fascinée. Il y avait entre eux une parfaite harmonie. À en juger par la façon dont ils se plaçaient, on aurait dit qu'ils lisaient dans les pensées les uns des autres, et les rosettes des supporters ne cessaient de couiner leurs noms : « Troy — Mullet — Morane ! ». Si seulement les membres des équipes de Quidditch de Poudlard avaient ne serait-ce que la moitié de leur cohésion et de leur harmonie, les matches deviendraient encore bien plus passionnants.

Moins de dix minutes plus tard, l'Irlande avait marqué deux autres buts, faisant monter le score à trente‑zéro et déclenchant un tonnerre de vivats et d'applaudissements chez les supporters vêtus de vert. Le match devint de plus en plus rapide et brutal. Volkov et Vulchanov, les batteurs bulgares, frappaient les Cognards avec férocité en les envoyant sur les poursuiveurs irlandais et parvenaient à perturber leurs plus belles trajectoires. À deux reprises, les Irlandais furent contraints de rompre leur formation et Ivanova finit par franchir leur défense, feinter le gardien, Ryan, et marquer le premier but bulgare.

- Bouchez-vous les oreilles ! cria Arthur tandis que les Vélanes se mettaient à danser pour célébrer l'exploit.

Megan n'avait pas besoin de s'isoler du monde. Tandis que les créatures infernales se mouvaient sensuellement, elle se pencha vers Hermione qui affirmait avec vigueur que les Irlandais l'emporteraient haut la main.

- Attends encore, répondit Megan. Tout se joue autour du Vif d'or, au Quidditch.

Et pour le moment, les attrapeurs n'avaient encore eu aucun rôle à jouer. Aidan Lynch et Viktor Krum tournaient autour du terrain en épiant les airs en fronçant les sourcils. Le match reprit, et les Bulgares s'emparèrent du Souafle.

- Dimitrov ! Levski ! Dimitrov ! Ivanova — Oh, là, là ! rugit Bagman.

Cent mille sorcières et sorciers retinrent leur souffle en voyant les deux attrapeurs, Krum et Lynch, foncer en piqué au milieu des poursuiveurs, à une telle vitesse qu'ils semblaient avoir sauté d'un avion sans parachute. Megan braqua ses Multiplettes sur eux, mais ne voyait pas le Vif d'or.

- Ils vont s'écraser ! hurla Hermione.

Elle eut à moitié raison. À la toute dernière seconde, Viktor Krum redressa son balai et remonta en chandelle. Megan sourit, elle venait de reconnaître la feinte de Wronski. Lynch, comme Krum l'avait prévu, heurta le sol avec un bruit sourd qu'on entendit à travers tout le stade. Une immense plainte s'éleva des gradins occupés par les Irlandais.

- Quel idiot ! gémit Arthur. C'était une feinte de Krum.

- Temps mort ! cria la voix de Bagman. Des Médicomages se précipitent sur le terrain pour examiner Aidan Lynch !

- Ça va aller, il s'est simplement un peu planté, dit Charlie à Ginny qui était penchée pardessus la balustrade de la loge, l'air terrifié. C'est ce que voulait Krum, bien sûr...

Megan arborait un sourire ravi, voilà qui venait prouver la théorie qu'elle et les jumeaux maintenaient : Krum était le seul très bon joueur bulgare, mais il était excellent, et il se pouvait amplement qu'il renverse l'état du jeu. Cette feinte avait été détaillée dans de nombreux numéros de Balai Magazine : Krum n'avait jamais vu le Vif d'or, il avait simplement voulu inciter Lynch à l'imiter, et était remonté juste à temps en chandelle, trop tard pour que l'autre attrapeur puisse faire de même. Il s'agissait d'une dangereuse manœuvre de diversion de l'adversaire, et il l'avait accomplie avec brillo. Krum décrivait maintenant des cercles loin au-dessus de Lynch que les Médicomages étaient en train de ranimer à l'aide de potions. De toute évidence, il profitait du temps passé à réanimer Lynch pour repérer le Vif d'or sans aucune interférence des autres joueurs. Incroyable, se réjouit Megan.

Lynch se releva enfin sous les acclamations des supporters vêtus de vert, enfourcha son Éclair de feu et s'élança à nouveau dans les airs. Son retour sembla donner un regain d'ardeur à l'Irlande. Lorsque Mostafa siffla la reprise du match, les poursuiveurs passèrent à l'action avec une habileté à couper le souffle. Au bout d'un nouveau quart d'heure de fureur et de prouesses, l'Irlande avait pris le large en marquant dix nouveaux buts. Son équipe menait à présent par cent trente points à dix. Et le jeu commençait à tourner mal : lorsque Mullet s'élança à nouveau vers les buts en serrant le Souafle sous son bras, le gardien bulgare, Zograf, se porta à sa rencontre et lui donna un vigoureux coup de coude dans le ventre. Un hurlement de rage retentit chez les supporters irlandais et Mostafa siffla une faute.

- Et Mostafa donne un avertissement au gardien bulgare pour brutalité — usage excessif des coudes ! annonça Bagman aux spectateurs qui hurlaient de toutes parts. Et... Oui, un penalty en faveur de l'Irlande !

Les farfadets qui s'étaient élancés dans les airs avec colère, tel un essaim de frelons scintillants, lorsque Mullet avait été victime du gardien bulgare, se regroupaient à présent pour former les lettres « HA ! HA ! HA ! ». De l'autre côté du terrain, les Vélanes se levèrent d'un bond, firent onduler leur chevelure en remuant la tête d'un air furieux et se remirent à danser. Les Weasley et Potter se bouchèrent aussitôt les oreilles. Megan fronça les sourcils en regardant l'arbitre qui illustrait superbement la bêtise masculine : Hassan Mostafa avait atterri devant les Vélanes et faisait rouler ses muscles en lissant sa moustache d'un air surexcité.

- On ne peut pas tolérer ça ! s'exclama Ludo Bagman, tout en ayant l'air de s'amuser beaucoup. Que quelqu'un aille donner une gifle à l'arbitre !

Un Médicomage traversa le terrain en se bouchant les oreilles et donna un grand coup de pied dans les tibias de Mostafa. Celui-ci sembla revenir à lui tandis que Megan se mettait à ricaner. Il avait l'air très gêné et cria quelque chose aux Vélanes qui avaient cessé de danser, prêtes à se rebeller.

- À moins que je ne me trompe, il semble que Mostafa s'efforce de renvoyer dans leur coin les mascottes de l'équipe bulgare, commenta la voix de Bagman. Et maintenant, voici quelque chose qu'on n'avait encore jamais vu... Oh, oh, la situation pourrait bien se gâter...

Ce fut le cas : les batteurs bulgares, Volkov et Vulchanov, atterrirent de chaque côté de Mostafa et commencèrent à se déchaîner contre lui, gesticulant en direction des farfadets qui avaient à présent formé dans le ciel les mots « HI HI HI ». Mais Mostafa ne se laissa pas impressionner par les protestations bulgares. Il pointa le doigt en l'air en leur ordonnant visiblement de reprendre leur vol et, devant leur refus, lança deux brefs coups de sifflet.

- Deux penaltys en faveur de l'Irlande ! s'écria Bagman, déclenchant des hurlements furieux parmi les supporters bulgares. Volkov et Vulchanov feraient bien de remonter sur leurs balais... Oui... Ça y est, c'est ce qu'ils font... Et c'est Troy qui prend le Souafle...

Le jeu atteignait maintenant un niveau de férocité qu'on n'avait encore jamais vu. Les batteurs de chaque équipe se montraient sans merci : Volkov et Vulchanov en particulier agitaient violemment leurs battes sans se soucier de savoir si elles frappaient des Cognards ou des joueurs. Dimitrov fonça sur Morane qui était en possession du Souafle, manquant de la faire tomber de son balai.

- Faute ! hurlèrent les supporters irlandais d'une même voix en se dressant d'un bond dans une grande vague verdoyante.

- Faute ! répéta en écho la voix magiquement amplifiée de Ludo Bagman. Dimitrov vole délibérément sur Morane en cherchant à provoquer le choc, et nous devrions avoir un autre penalty... Oui, voilà le coup de sifflet !

Les farfadets s'étaient à nouveau élancés dans les airs et, cette fois, ils formaient une main géante qui faisait un signe obscène en direction des Vélanes. Celles-ci perdirent alors tout contrôle. Elles se précipitèrent sur le terrain et se mirent à jeter sur les farfadets des poignées de flammes. En braquant ses Multiplettes vers elles, Megan s'aperçut que les Vélanes s'étaient transformées, et elle n'avait jamais vu ces créatures dans un tel état : leurs visages s'étaient allongés et ressemblaient à présent à des têtes d'oiseaux au bec cruel, tandis que des ailes couvertes d'écailles jaillissaient de leurs épaules.

- Et ça, mes enfants, s'exclama Arthur dans le tumulte qui remplissait le stade, c'est la preuve qu'il ne faut jamais se fier à l'apparence !

Des sorciers du ministère envahirent le terrain pour essayer, sans grand succès, de séparer les Vélanes des farfadets. Mais la bataille qui avait lieu sur le sol n'était rien en comparaison de celle qui se déroulait dans les airs. Le Souafle changeait de mains en mains à la vitesse d'un sort.

- Levski – Dimitrov – Morane – Troy – Mullet – Ivanova – Morane à nouveau – Morane... MORANE QUI MARQUE !

Mais les cris de joie des supporters irlandais s'entendirent à peine parmi les hurlements perçants des Vélanes, les détonations produites par les baguettes magiques des représentants du ministère et les rugissements de fureur des Bulgares. Le jeu reprit aussitôt. Levski s'empara du Souafle, le passa à Dimitrov... Quigley, le batteur irlandais, brandit sa batte et frappa de toutes ses forces un Cognard en direction de Krum qui ne se baissa pas assez vite et le reçut en pleine figure. Un grondement assourdissant monta de la foule. Le nez de Krum semblait cassé, il avait du sang partout, mais Hassan Mostafa ne donna aucun coup de sifflet. Il avait d'autres soucis et personne ne pouvait lui reprocher de n'avoir pas réagi : l'une des Vélanes venait en effet de lui jeter une poignée de flammes qui avaient mis le feu à son balai.

- Temps mort, voyons ! protesta Ron, inquiet au sujet de Krum. Il ne peut pas jouer comme ça...

- Regardez Lynch ! s'écria soudain Megan.

L'attrapeur irlandais descendait en piqué, et il ne s'agissait pas cette fois d'une feinte, puisqu'il voyait le Vif d'or à travers ses Multiplettes.

- Il l'a vu ! s'exclama Potter. Il l'a vu ! Regardez-le !

Une bonne moitié des spectateurs semblaient avoir compris ce qui se passait. Les supporters irlandais se levèrent comme un raz de marée d'un vert étincelant en poussant des cris d'encouragement à l'adresse de leur attrapeur... Mais Krum le suivait de près, des gouttes de sang jaillissant dans son sillage. Il rattrapa Lynch et, tous deux, côte à côte, fonçaient à nouveau vers le sol…

- Aller, Krum…, murmura Megan entre ses dents serrées, ses Multiplettes collées à ses yeux.

- Ils vont s'écraser ! hurla Hermione.

- Non ! rugit Ron.

- Lynch est fichu ! s'écria Potter.

Il avait raison : pour la deuxième fois, Lynch heurta le sol de plein fouet et fut aussitôt piétiné par une horde de Vélanes déchaînées.

- Le Vif d'or, où est le Vif d'or ? vociféra Charlie.

- Il l'a eu ! Krum l'a eu ! Répondit Megan qui avait bondit sur ses pieds.

- C'est fini ! s'exclama Potter.

Krum, sa robe rouge luisante du sang qui coulait de son nez, remontait lentement dans les airs, le poing serré, une lueur dorée nimbant sa main. Le grand panneau afficha en lettres lumineuses : BULGARIE : CENT SOIXANTE, IRLANDE : CENT SOIXANTE-DIX. Dans les gradins, la foule semblait ne pas avoir encore réalisé ce qui venait de se passer. Puis, peu à peu, comme les réacteurs d'un énorme avion s'apprêtant à décoller, le grondement des supporters irlandais augmenta d'intensité et explosa tout à coup en hurlements d'allégresse. Megan se retourna vers Fred et George et leur sauta dans les bras : le match avait pris l'exacte tournure qu'ils avaient espérée, ils avaient remporté leur pari.

- L'IRLANDE A GAGNE ! s'écria Bagman qui, comme les Irlandais, semblait avoir été pris de court par la soudaine issue du match. KRUM A ATTRAPÉ LE VIF D'OR, MAIS C'EST L'IRLANDE QUI GAGNE ! Merlin, qui donc pouvait s'attendre à ça ?

- Pourquoi est-ce qu'il a attrapé le Vif d'or ? cria Ron, tout en sautant sur place et en applaudissant avec les mains au-dessus de la tête. Il a mis fin au match alors que l'Irlande avait cent soixante points d'avance, l'imbécile !

- Il savait qu'ils ne pouvaient plus remonter, lui répondit Potter, en criant lui aussi pour couvrir le vacarme, mais sans cesser d'applaudir bruyamment.

Les poursuiveurs irlandais étaient trop forts, acquiesça Megan en applaudissant. Il voulait que le match finisse à son avantage.

- Il a été très courageux, non ? dit Hermione en se penchant en avant pour regarder Krum atterrir tandis qu'une nuée de Médicomages se frayait un chemin vers lui, au milieu des Vélanes et des farfadets qui se livraient bataille. Il n'a pas l'air en bon état...

Megan se pencha elle aussi pour observer le terrain. Il était difficile de voir ce qui se passait, à cause des farfadets fous de joie qui volaient en tous sens au-dessus du terrain, mais elle parvint quand même à apercevoir Krum entouré de Médicomages. Il avait l'air plus renfrogné que jamais et refusait qu'ils épongent le sang de sa figure. Ses coéquipiers s'étaient rassemblés autour de lui, hochant la tête, l'air abattu. Un peu plus loin, les joueurs irlandais dansaient joyeusement sous la pluie d'or que déversaient leurs mascottes. Des drapeaux s'agitaient d'un bout à l'autre du stade, l'hymne national irlandais retentissait de toutes parts. Les Vélanes avaient retrouvé leur beauté habituelle, mais paraissaient tristes et accablées.

- Nous nous sommes battus avec grrrrand courrrage, soupira d'un ton mélancolique une voix derrière Megan.

La jeune fille jeta un coup d'œil derrière elle : c'était le ministre bulgare de la Magie.

- Mais !... Vous parlez notre langue ! s'exclama Fudge, indigné. Et vous m'avez laissé parler par gestes toute la journée !

- C'était vrrrraiment trrrrès drrrrôle, répondit le ministre bulgare avec un haussement d'épaules.

Et pendant que l'équipe d'Irlande accomplit un tour d'honneur, flanquée de ses mascottes, la Coupe du Monde de Quidditch est apportée dans la tribune officielle ! rugit Bagman.

Megan fut soudain éblouie par une lumière blanche éclatante : la loge venait de s'illuminer par magie pour que tout le monde, sur les gradins, puisse voir ce qui s'y passait. Deux sorciers essoufflés apportèrent alors une immense coupe d'or qu'ils tendirent à Cornelius Fudge. Celui-ci paraissait toujours furieux d'avoir dû passer la journée à parler inutilement par signes.

- Et maintenant, applaudissons bien fort les courageux perdants — l'équipe de Bulgarie ! s'écria Bagman.

Montant l'escalier qui menait à la loge, les sept joueurs bulgares firent leur entrée. Des applaudissements s'élevèrent de la foule pour saluer les vaincus et des milliers de Multiplettes scintillèrent dans leur direction. Un par un, les Bulgares s'avancèrent dans les travées et Bagman donna le nom de chacun d'entre eux tandis qu'ils serraient la main de leur propre ministre, puis celle de Fudge. Krum, le dernier de la file, tenait toujours le Vif d'or dans son poing et paraissait dans un état épouvantable. Deux yeux au beurre noir, particulièrement spectaculaires, étaient apparus sur son visage ensanglanté. Descendu de son balai, il était beaucoup moins élégant : il avait le dos rond et des pieds légèrement écartés qui l'obligeaient à marcher en canard. Mais, lorsque son nom fut prononcé, le stade tout entier explosa en acclamations assourdissantes. Ce fut ensuite le tour de l'équipe irlandaise. Aidan Lynch était soutenu par Morane et Connolly. Sa seconde chute l'avait étourdi et ses yeux au regard étrange semblaient avoir du mal à faire le point. Il eut cependant un large sourire lorsque Troy et Quigley levèrent la coupe à bout de bras et que la foule manifesta son enthousiasme dans une longue ovation qui fit trembler le stade comme un tonnerre. Enfin, lorsque les joueurs irlandais eurent quitté la loge pour accomplir un autre tour d'honneur sur leurs balais (Aidan Lynch, monté sur celui de Connolly, se cramponnait à sa taille en continuant de sourire d'un air absent), Bagman pointa sa baguette vers sa gorge et murmura :

- Sourdinam. On parlera de ce match pendant des années, affirma-t-il d'une voix enrouée. Quel coup de théâtre, ce... dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps... Ah, oui, c'est vrai... je vous dois... combien ?

Fred et George venaient d'enjamber le dossier de leurs chaises et se tenaient à présent devant Ludo Bagman avec un grand sourire et la main tendue.