LA MARQUE DES TÉNÈBRES

- Ne dites pas à votre mère que vous avez parié de l'argent, implora Arthur en s'adressant à Fred et à George, pendant qu'ils redescendaient l'escalier tous ensemble.

- Ne t'inquiète pas, papa, répondit Fred d'un ton ravi. On a de grands projets pour utiliser cet argent et on n'a pas du tout envie qu'il soit confisqué.

Arthur sembla sur le point de demander de quelle nature étaient ces grands projets mais, à la réflexion, il estima préférable de ne rien savoir. Megan sourit, bien consciente que les Farces pour sorciers facétieux allaient prendre leur envol. Ils furent bientôt pris dans le flot de la foule qui sortait du stade pour revenir sur le terrain de camping. Sur le chemin du retour, l'air de la nuit leur apportait l'écho de chansons hurlées à tue-tête et des farfadets filaient au-dessus d'eux, en poussant des cris et en agitant leurs lanternes. Lorsqu'ils arrivèrent enfin devant leurs tentes, personne n'avait la moindre envie de dormir et, compte tenu du vacarme qui régnait autour d'eux, Arthur fut d'accord pour qu'ils boivent une dernière tasse de chocolat avant d'aller se coucher. Bientôt, ils se plongèrent dans une discussion allègre et passionnée sur les meilleurs moments du match. Arthur n'était pas d'accord avec Charlie sur « l'usage excessif des coudes » sanctionné par l'arbitre mais, lorsque Ginny tomba endormie devant la petite table de camping et qu'elle renversa du chocolat partout, il déclara qu'il n'était plus temps de refaire le match et insista pour que tout le monde aille dormir. Megan, Hermione et Ginny quittèrent la tente pour rejoindre la leur. Des supporters continuaient de chanter de l'autre côté du camping et l'on entendait retentir de temps à autre la détonation d'une baguette magique.

- C'était génial, murmura Megan en s'allongeant sur son lit, les yeux fixés sur la toile de la tente au-dessus d'elle.

Dans son sommeil, Ginny laissa échapper un murmure d'approbation. Hermione, elle aussi épuisée, ne sembla pas avoir la force de répondre. Seule Megan ne semblait pas suffisamment fatiguée pour s'endormir l'excitation du match n'avait pas encore disparu et elle resta un long moment allongée les yeux ouverts, à attendre le sommeil, écoutant les chants de joie des Irlandais, la tente parfois éclairée par la lueur que projetaient les lanternes des farfadets volant aux alentours. Elle était ravie d'avoir vécu ce match avec les Weasley et Hermione, et respirait la joie. Son seul pincement au cœur était de n'avoir jamais pu partager un tel moment avec les Malfoy. Draco était assis quelques sièges derrière elle, et ils n'avaient pas pu se réjouir ensemble de la victoire des Irlandais, ni commenter avec enthousiasme les prouesses des joueurs.

Penser à ce qu'elle n'avait pas pu connaître fit bientôt redescendre son excitation, et elle commença à somnoler. Elle était sur un balai et survolait l'océan, et lorsqu'elle baissait les yeux, c'était le reflet de Draco qu'elle voyait à la surface. Puis Krum surgissait en brandissant une batte de Quidditch, et Charlie le poursuivait en criant qu'il faisait un usage abusif des coudes. Megan baissa à nouveau les yeux vers l'océan et vit les reflets de traits de lumière en tous sens, et entendit des hurlements de terreur. Elle fronça les sourcils et se pencha sur le manche de son balai, plongeant vers les eaux noires. Lorsque son visage toucha la surface de l'océan, elle se réveilla en sursaut. Elle n'avait pas rêvé des cris : au dehors de la tente, c'était la panique. Plus personne ne chantait, ni ne riait, elle entendait courir et hurler, et le son familier de sorts qu'on lançait lui parvinrent.

- Hermione ! Ginny ! s'exclama-t-elle en bondissant de son lit. Réveillez-vous !

Ses amies gémirent dans leur sommeil profond. Megan attrapa sa baguette et alla secouer les filles qui finirent par émerger.

- On sort, maintenant ! ordonna-t-elle. Il se passe quelque chose !

Dès qu'elles entendirent les bruits à leur tour, Hermione et Ginny quittèrent leurs lits. Les trois filles attrapèrent une veste et se ruèrent hors de la tente pour se retrouver nez-à-nez avec Arthur.

- Qu'est-ce qu'il se passe, papa ? gémit Ginny.

- Aucune idée, avoua Arthur. Venez là.

Alors qu'elles rejoignaient Ron, les jumeaux et Potter, et que Charlie, Bill et Percy sortaient de la tente des garçons, habillés, les manches relevés et brandissant leurs baguettes, Megan se retourna vers le pré pour comprendre ce qu'il se passait. Des centaines de personnes couraient vers le bois, fuyant quelque chose qui traversait le pré dans leur direction : une foule de sorciers, avançant d'un même pas, pointant leurs baguette magique en l'air, le visage couvert d'une cagoule. Loin au-dessus d'eux, flottant dans l'air, Mr Roberts, le directeur du camping, et ce qui devait être sa femme et ses deux enfants, se débattaient, ballotés en tous sens dans des positions grotesques, la femme retournée la tête à l'envers pour retourner sa chemise de nuit, et l'un des enfants tournant comme une toupie à vingt mètres au-dessus du sol. Des Mangemorts.

D'autre sorciers se joignaient à la troupe masquée, montrant du doigt avec de grands éclats de rire les quatre corps qui flottaient dans les airs. Des tentes s'effondraient sur le chemin de la foule en marche qui ne cessait de grossir à mesure qu'elle avançait. Certains Mangemorts détruisaient d'un sort des tentes. Plusieurs d'entre elles prirent feu et les hurlements augmentèrent d'intensité.

- On va aider les gens du ministère, cria Arthur dans le tumulte, en relevant ses manches à son tour. Vous, allez vous réfugier dans le bois et restez ensemble. Je viendrai vous chercher quand tout sera terminé.

Bill, Charlie et Percy couraient déjà à la rencontre des marcheurs. Arthur se précipita à leur suite. Des sorciers du ministère arrivaient de tous côtés tandis que la foule des sorciers se rapprochait, la famille Roberts toujours suspendue au-dessus de leurs têtes.

- Viens, dit Fred en prenant la main de Ginny qu'il entraîna en direction du bois.

Megan voulait se battre, mais elle ne pouvait pas abandonner les autres, aussi elle suivit le groupe. Arrivés à la lisière des arbres, ils se retournèrent pour voir ce qu'il se passait. La foule des sorciers était plus nombreuse que jamais. Les représentants du ministère se frayaient un chemin parmi la cohue, essayant de s'approcher des sorciers cagoulés, mais leurs efforts restaient vains. Ils semblaient avoir peur de lancer un sort qui puisse provoquer la chute brutale de la famille Roberts.

Les lanternes colorées qui avaient éclairé le chemin du stade étaient à présent éteintes. Des silhouettes sombres trébuchaient parmi les arbres ; des enfants pleuraient ; des cris angoissés, des voix paniquées retentissaient autour d'eux dans l'air froid de la nuit. Megan était bousculée sans arrêts par des gens qui fuyaient sans faire attention à leur entourage, et elle frissonnait dans son pyjama. Soudain, la voix de Ron laissa échapper un cri de douleur.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Hermione d'une voix inquiète en s'arrêtant si brusquement que Potter la heurta de plein fouet. Ron, où es-tu ?

- Lumos ! S'exclama Megan.

Elle fit jaillir de sa baguette un rayon lumineux et éclaira le chemin. Ron était étendu de tout son long par terre.

- J'ai trébuché sur une racine, dit-il avec colère en se relevant.

- Avec des pieds de cette taille, c'est difficile de faire autrement, dit une voix traînante derrière eux.

Megan, Ron, Hermione et Potter se retournèrent et virent Draco, seul, appuyé contre un arbre, l'air parfaitement détendu. Les bras croisés, il avait dû regarder ce qui se passait sur le camping à l'abri des arbres. Ron conseilla à Malfoy de faire quelque chose qu'il n'aurait sûrement pas osé répéter devant Molly.

- Surveille un peu ton langage, Weasley, lança Draco, une lueur étincelante dans ses yeux pâles. Vous feriez peut-être mieux de vous dépêcher. J'imagine que vous n'avez pas envie qu'elle se fasse repérer.

Il fit un signe de tête en direction d'Hermione. Au même moment, une détonation aussi puissante que celle d'une bombe retentit dans le camping et un éclair de lumière verte illumina brièvement les arbres qui les entouraient. Megan raffermit sa prise sur sa baguette.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? lança Hermione d'un air de défi.

- Granger, je te signale qu'ils sont décidés à s'en prendre aux Moldus, répondit Draco. Tu as envie de montrer ta culotte en te promenant dans les airs ? Si c'est ça que tu veux, tu n'as qu'à rester où tu es... Ils viennent par ici et je suis sûr que ça nous ferait tous bien rire.

Il haussa les sourcils en direction de Megan qui se gonfla de colère. Elle ne laisserait personne s'en prendre à Hermione, et passerait à Draco l'envie de rire si cela devait se produire.

- Hermione est une sorcière, répliqua Potter avec colère.

- Pense ce que tu voudras, Potter, dit Draco avec un sourire mauvais. Si tu crois qu'ils ne sont pas capables de repérer une Sang-de-Bourbe, restez donc ici, tous les quatre.

- Fais attention à ce que tu dis ! s'exclama Ron.

Tous savaient que « Sang-de-Bourbe » était une façon très insultante de désigner une sorcière ou un sorcier d'ascendance moldue.

- Laisse tomber, Ron, dit précipitamment Hermione en le retenant par le bras alors qu'il faisait un pas vers Draco.

Une nouvelle explosion, encore plus forte, retentit de l'autre côté des arbres, provoquant des hurlements autour d'eux. Draco eut un petit rire.

- Ils ont vite peur, commenta-t-il d'un ton nonchalant. J'imagine que votre père vous a dit de vous cacher ? Qu'est-ce qu'il fabrique ? Il essaye d'aider les Moldus ?

- Et tes parents, où sont-ils ? lança Potter, qui commençait à perdre patience. Là-bas, avec une cagoule sur la tête, probablement ?

Draco, toujours souriant, se tourna vers lui.

- Si c'était vrai, tu penses bien que je ne te le dirais pas, Potter, tu t'en doutes ?

Megan savait parfaitement que oui, Lucius faisait partie des Mangemorts qui semaient la terreur au camping. Mais il était inutile que Ron, Hermione ou Potter le sachent.

- Bon, ça suffit, intervint-elle en adressant à Draco un regard de reproche. Venez.

Il savait qu'elle détestait qu'il s'en prenne à ses amis.

- Allons rejoindre les autres, renchérit Hermione en lançant à Draco un regard dégoûté.

- Tu ferais mieux d'aller te cacher, avec ta grosse tête mal coiffée, lança le garçon d'un ton méprisant.

- Venez, répéta Megan, en entraînant Ron et Potter pour les empêcher de s'en prendre à son ami.

- Je te parie ce que tu veux que son père est là-bas, avec une cagoule sur la tête ! s'emporta Ron.

- Espérons qu'il se fera prendre par les gens du ministère, répondit Hermione avec fougue. Mais où sont donc passés les autres ?

Fred, George et Ginny étaient introuvables, et Megan commença à s'en inquiéter. Une foule nombreuse avait envahi le chemin, tout le monde lançant des regards inquiets vers le camping, toujours plongé dans le tumulte. Un peu plus loin, des vociférations s'élevaient d'un groupe de jeunes. Lorsqu'ils virent Megan, Ron, Hermione et Potter, une fille aux épais cheveux bouclés se tourna vers eux.

- Enfin, c'est incroyable ! s'exclama-t-elle. Qu'est-ce que c'est que cette organisation ? Où est Madame Maxime ? Nous l'avons perdue ! Faites quelque chose, voyons !

- Pardon ? sursauta Ron.

- Il ne comprend rien, celui-là, dit la fille aux cheveux bouclés en tournant le dos à Ron.

Tandis qu'ils continuaient d'avancer, ils l'entendirent distinctement parler de « Potdelard ».

- Beauxbâtons, murmura Hermione.

- Comment ? dit Potter.

- Ils doivent venir de Beauxbâtons. Tu sais, Beauxbâtons, l'académie de magie... Ce sont des Français... J'ai lu quelque chose là-dessus dans Le Guide des écoles de sorcellerie en Europe.

- Ah, oui, d'accord...

- Fred et George n'ont pas pu aller très loin, marmonna Megan, plus pour elle-même que pour les autres.

Bien qu'ils soient des Sang-Pur, leur famille jouissait d'une réputation de traîtres à leur sang, et les Mangemorts ne semblaient pas se préoccuper des sorciers victimes de leurs agissements. Par ailleurs, elle ne comprenait pas ce que les partisans de Voldemort faisaient au camping ce soir, ni pourquoi ils se comportaient ainsi. Le groupe n'avait plus été actif dans le monde de la magie depuis la chute de Voldemort : pourchassés par les Aurors du ministère de la magie, ceux qui n'avaient pas été emprisonnés à Azkaban faisaient profil bas, comme Lucius.

Ron et Hermione sortirent leurs baguettes magiques et les allumèrent comme celle de Megan, scrutant le chemin.

- Oh, non ! s'exclama soudain Potter. C'est incroyable !... J'ai perdu ma baguette !

- Tu plaisantes ? hoquetèrent les trois autres.

Ron et Hermione levèrent leurs baguettes pour éclairer le sol un peu plus loin, mais il n'y avait aucune trace de celle de Potter. Comment avait-il pu la perdre ? s'énerva Megan en son for intérieur. Il n'y avait rien de plus précieux pour un sorcier que sa baguette.

- Tu l'as peut-être laissée dans la tente, dit Ron.

- Ou alors elle est tombée de ta poche pendant que tu courais ? suggéra Hermione d'une voix anxieuse.

- Oui, acquiesça lentement Potter, peut-être...

Un bruissement les fit sursauter et Megan brandit sa baguette, prête à défendre ses amis. Mais ce n'était que Winky, l'elfe de maison, qui sortait des broussailles à côté d'eux. Elle avait une étrange façon de marcher, chacun de ses mouvements paraissait difficile, comme si une main invisible la tirait en arrière.

- Il y a des mauvais sorciers, ici ! couina-t-elle, affolée.

Elle se pencha en avant et continua d'avancer à pas pesants.

- Et des gens qui volent très haut dans les airs... très haut ! Winky ne veut pas rester ici !

Elle disparut alors parmi les arbres, de l'autre côté du chemin, poussant de petits cris d'une voix haletante, tandis qu'elle essayait de combattre la force qui la retenait.

- Qu'est-ce qu'elle a ? dit Ron en la suivant des yeux d'un regard intrigué. Pourquoi n'arrive-t-elle pas à courir normalement ?

- Elle n'a sans doute pas demandé la permission d'aller se cacher, répondit Megan d'un ton distrait en scrutant les bois des yeux.

Elle se souvenait que, chaque fois que Dobby désobéissait aux Malfoy, il se punissait lui-même en se frappant.

- Tu sais, les elfes de maison n'ont pas la vie facile ! s'exclama Hermione avec indignation. En fait, c'est de l'esclavage, rien d'autre ! Ce Mr Crouch l'a obligée à monter tout en haut du stade alors qu'elle avait le vertige et il l'a ensorcelée au point qu'elle n'arrive même plus à courir quand les tentes sont piétinées ! Pourquoi est-ce que personne ne fait rien contre ça ?

- Bah, les elfes sont heureux de leur sort, non ? répondit Ron. Tu as entendu Winky avant le match... « Les elfes de maison n'ont pas à s'amuser » ... C'est ça qui lui plaît, obéir...

- C'est à cause de gens comme toi, Ron, que des systèmes injustes et révoltants continuent d'exister, s'emporta Hermione, simplement parce qu'ils sont trop paresseux...

Une nouvelle explosion retentit à la lisière du bois.

- Si on continuait d'avancer ? suggéra Ron.

Il regardait Hermione d'un air inquiet, ce qui sembla alarmer Potter. Evidemment que si les Mangemorts tombaient sur elle, ils l'attaqueraient personnellement pour la punir d'être la fille de deux Moldus. Mais Megan s'interposerait, et si les Mangemorts savaient qu'elle était l'héritière de Voldemort, alors ils n'oseraient peut-être pas l'affronter.

Ils suivirent le chemin obscur qui s'enfonçait dans le bois, cherchant des yeux Fred, George et Ginny. Ils passèrent devant un groupe de gobelins qui se disputaient à grands cris un sac d'or gagné sans aucun doute en pariant sur le match. Apparemment, l'agitation qui régnait sur le camping les laissait indifférents. Plus loin sur le chemin, Megan, Ron, Hermione et Potter traversèrent soudain une tache de lumière argentée. En regardant à travers les arbres, ils virent trois magnifiques Vélanes, debout dans une clairière, entourées d'une horde de jeunes sorciers qui parlaient tous très fort.

- Je gagne à peu près cent sacs de Gallions par an, criait l'un d'eux. Je travaille comme tueur de dragons auprès de la Commission d'examen des créatures dangereuses.

- Non, ce n'est pas vrai ! s'exclama son ami, tu laves la vaisselle au Chaudron Baveur... Moi, je suis chasseur de vampires, j'en ai tué environ quatre-vingt-dix jusqu'à maintenant...

Un troisième sorcier, le visage couvert de boutons nettement visibles, même dans la faible lueur argentée que répandaient les Vélanes, intervint à son tour :

- Moi, je vais bientôt devenir le plus jeune ministre de la Magie qu'on ait jamais connu, vous allez voir.

Potter étouffa un gloussement de rire. Ron, dont le visage était devenu étrangement flasque, se mit à hurler :

- Est-ce que je vous ai dit que j'ai inventé un balai qui peut voler jusqu'à Jupiter ?

- Non mais vraiment ! répéta Hermione.

Potter et elle saisirent fermement Ron, chacun par un bras, et l'éloignèrent de force. Megan les suivit silencieusement. L'incapacité de Ron à résister au charme des Vélanes la laissait indifférente, elle s'inquiétait bien plus pour Fred, George et Ginny. Lorsque les voix des Vélanes et de leurs admirateurs se furent dissipées dans la nuit, Megan, Ron, Hermione et Potter avaient atteint le plein cœur du bois. Ils semblaient seuls à présent ; tout était beaucoup plus silencieux.

- Le mieux, c'est d'attendre ici, affirma Potter en regardant autour de lui. Si quelqu'un vient, on l'entendra à des kilomètres.

Il avait à peine fini sa phrase que Ludo Bagman surgit de derrière un arbre, juste en face d'eux. La pâle lueur dégagée par les baguettes illumina son visage livide et tendu. Il ne ressemblait plus à l'homme jovial qui avait bu le thé vautré dans l'herbe devant leur tente.

- Qui est là ? demanda-t-il en clignant des yeux pour essayer de les reconnaître. Qu'est-ce que vous faites ici tout seuls ?

Ils échangèrent un regard surpris.

- C'est la panique, là-bas, dit Ron.

Bagman le regarda fixement.

- Quoi ?

- Sur le camping... Il y a des sorciers masqués qui ont pris une famille de Moldus...

Bagman lança un juron sonore.

- Les imbéciles ! dit-il, l'air affolé.

Il y eut un simple « pop » et il disparut en transplanant, sans ajouter un mot.

- On ne peut pas dire qu'il soit très efficace, Bagman, commenta Megan d'un ton dédaigneux.

- Peut-être, mais il a été un grand batteur, en son temps, fit remarquer Ron.

Il les emmena à l'écart du chemin, dans une petite clairière, et s'assit dans l'herbe, au pied d'un arbre.

- Les Frelons de Wimbourne ont gagné le championnat trois fois de suite quand il jouait avec eux.

Megan haussa un sourcil surpris lorsqu'elle vit son ami sortir de sa poche sa petite figurine représentant Krum, la poser par terre et la regarder marcher de long en large. Trois de ses frères et sœurs étaient introuvables tandis que ses autres frères et son père affrontaient des Mangemorts, et lui s'asseyait par terre en regardant marcher une figurine. Se détournant de cette vision absurde, Megan se retourna vers les bois, tendant l'oreille et scrutant l'obscurité à la lueur de sa baguette. Tout paraissait désormais silencieux – l'émeute était peut-être terminée.

- J'espère que les autres n'ont pas eu d'ennuis, dit Hermione au bout d'un moment.

- Je ne m'inquiète pas pour eux, assura Ron.

Megan haussa les sourcils sans le regarder, il était évident qu'il ne s'inquiétait pas. Comment pouvait-il être si serein ?

- Imagine que ton père prenne Lucius Malfoy sur le fait, lança Potter en s'asseyant à côté de lui pour regarder lui aussi la figurine de Krum se promener sur les feuilles mortes de sa démarche de canard. Il a toujours dit qu'il aimerait bien le coincer.

- Draco rigolerait beaucoup moins, c'est sûr, dit Ron.

Megan ne prit même pas la peine de les fusiller du regard, trop occupée à s'inquiéter pour les autres.

- Ces pauvres Moldus, quand même..., s'inquiéta Hermione. Qu'est-ce qui va se passer s'ils n'arrivent pas à les faire redescendre ?

- Ce n'est pas bien difficile, ils les font juste léviter, répondit Megan en continuant de scruter les alentours. Ils le font juste avec beaucoup d'enthousiasme.

- C'est vraiment fou de faire une chose pareille alors que tous les gens du ministère sont là ! s'exclama Hermione. Ils ne s'imaginent quand même pas qu'ils vont pouvoir s'en tirer comme ça ? Tu crois qu'ils ont trop bu ou simplement que... ?

Elle s'interrompit soudain et regarda par-dessus son épaule. Megan, Ron et Potter se retournèrent également. On aurait dit que quelqu'un avançait vers eux en titubant. Megan leva sa baguette devant elle. Ils attendirent, écoutant les bruits de pas irréguliers qui provenaient de derrière les arbres plongés dans l'obscurité. Soudain, les pas s'arrêtèrent.

- Il y a quelqu'un ? cria Potter.

Personne ne répondit. Potter se releva. Megan et lui regardèrent de l'autre côté du tronc d'arbre. Il faisait trop sombre pour voir très loin, mais il semblait évident que quelqu'un était là, tapi dans l'ombre, au-delà de leur champ de vision.

- Qui est là ? demanda Potter.

Puis, brusquement, sans le moindre avertissement, une voix très différente de celles qu'ils avaient entendues s'élever dans les bois déchira le silence. Cette fois, ce ne fut pas un cri de panique qui retentit, mais une voix rauque et assurée :

- MORSMORDRE !

Megan se raidit. Une forme immense, verte et brillante, jaillit alors de l'obscurité, s'envola au-dessus des arbres, et monta vers le ciel.

- Qu'est-ce que... ? balbutia Ron en se relevant d'un bond, le regard fixé sur la chose qui venait d'apparaître.

- Oh, super, lâcha Megan d'un ton grave.

La forme était une gigantesque tête de mort, composée de petites lumières semblables à des étoiles d'émeraude, avec un serpent qui lui sortait de la bouche comme une langue. La tête de mort s'éleva plus haut, étincelant dans un halo de fumée verdâtre, se découpant sur le ciel noir comme une nouvelle constellation. Ce fut alors comme si on avait frappé Megan à l'arrière de la tête, et elle se retrouva projetée huit ans en arrière, le soir de son sixième anniversaire, face à la maison de ses parents, illuminée par ce même immense symbole verdoyant qui flottait dans le ciel. Elle n'y avait pas fait attention lorsqu'elle était enfant, trop épouvantée de découvrir sa maison dévastée et à l'intérieur les cadavres de ses parents, mais Dumbledore lui avait rappelé ce souvenir. La preuve concrète que ce qu'il lui avait raconté était vrai, que les Mangemorts étaient bel et bien coupables de ces meurtres.

Soudain, une explosion de cris retentit dans le bois alentour : la Marque des Ténèbres s'était élevée suffisamment haut à présent pour illuminer le bois tout entier, et à la vue de ce sinistre symbole, tout le monde paniquait.

- Qui est là ? cria à nouveau Potter tandis que Megan continuait à fixer la Marque, incapable de bouger.

- Harry, viens, dépêche-toi ! Megan !

Hermione l'avait attrapée par le bras et les tirait, Potter et elle, en arrière. L'intervention de son amie, pâle et terrifiée, ranima Megan qui se mit à reculer elle aussi.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna Potter, surpris.

- C'est la Marque des Ténèbres ! lança Megan.

- Quoi ?

- Tu ne sais vraiment rien ? s'exclama la jeune fille avec colère. Le signe de Voldemort !

- Harry, viens ! répéta Hermione.

Potter se retourna enfin. Ron se hâta de ramasser sa figurine et tous quatre s'enfuirent en courant. Mais à peine avaient-ils fait quelques pas qu'une vingtaine de sorciers surgirent de nulle part, dans une série de détonations, et les encerclèrent aussitôt, pointant leurs baguettes magiques sur eux.

- BAISSEZ-VOUS ! s'écria Megan.

Elle se jeta au sol tandis que Potter projetait Ron et Hermione par terre, au moment où les vingt sorciers rugissaient d'une même voix :

- STUPEFIX !

Il y eut une série d'éclairs aveuglants et Megan sentit ses cheveux s'ébouriffer comme si une puissante bourrasque venait de balayer la clairière. Les traits de lumière rouge jaillissant des baguettes volèrent au‑dessus d'eux en se croisant les uns les autres pour aller rebondir sur les troncs d'arbre et se perdre dans l'obscurité des sous-bois. Si les sorts de Stupéfixion conjugués avaient atteint Megan et ses amis, ils auraient pu être tués sur le coup.

- Arrêtez ! hurla la voix d'Arthur Weasley. ARRÊTEZ ! C'est mon fils !

Le souffle qui agitait les cheveux de Megan s'évanouit. Elle releva aussitôt la tête et s'aperçut que certains des sorciers avaient abaissé leurs baguettes. De l'autre côté du cercle qu'ils formaient, le père de Ron arrivait vers eux à grands pas, l'air terrifié.

- Ron... Megan... Harry... Hermione... Vous n'avez rien ?

Sa voix tremblait. Megan se remit sur ses pieds, toujours méfiante.

- Écartez-vous, Arthur, dit une voix sèche et glaciale.

C'était Mr Crouch. Accompagné d'autres sorciers du ministère, il s'avançait vers eux, le visage crispé par la rage.

- Lequel d'entre vous a fait ça ? lança-t-il d'un ton sec, son regard aigu allant de l'un à l'autre. Lequel d'entre vous a fait apparaître la Marque des Ténèbres ?

- Ce n'est pas nous ! protesta Potter.

- On n'a rien fait du tout ! dit Ron qui se frottait le coude et regardait son père d'un air indigné. Pourquoi nous avez-vous attaqués ?

- Ne mentez pas, jeune homme ! s'écria Mr Crouch.

Il pointait toujours sa baguette magique sur Ron et les yeux lui sortaient de la tête, lui donnant l'air un peu fou.

- Baissez votre baguette, lui intima Megan d'un ton lourd de menaces, s'avançant entre le sorcier et son ami.

- Vous avez été pris sur les lieux du crime ! poursuivit Mr Crouch comme s'il ne l'avait pas entendue.

- Barty, murmura une sorcière vêtue d'une longue robe de soirée, ils sont trop jeunes. Voyons, Barty, jamais ils ne seraient capables de...

- D'où est sortie la Marque ? demanda précipitamment Arthur.

- De là-bas, répondit Megan en montrant l'endroit d'où s'était élevée la voix. Il y avait quelqu'un derrière les arbres. Il a prononcé l'incantation.

- Quelqu'un qui se trouvait là-bas ? Vraiment ? dit Mr Crouch en tournant ses yeux exorbités vers Megan, avec une expression de totale incrédulité. Et il a prononcé une incantation, c'est bien cela ? Vous me semblez très bien informée sur la façon de faire apparaître la Marque, Miss...

En effet, Megan savait parfaitement comment procéder, ce que Crouch ignorait puisqu'il ne savait pas qui elle était. Cependant, en dehors de lui, aucun autre sorcier du ministère n'estimait vraisemblable qu'elle, Ron, Hermione ou Potter ait pu faire surgir la tête de mort. Au contraire, en entendant ce qu'avait dit Megan, ils avaient levé à nouveau leurs baguettes magiques et les avaient pointées dans la direction indiquée, scrutant les arbres.

- Nous sommes arrivés trop tard, dit la sorcière en robe de soirée. Ils ont tous transplané.

- Je ne crois pas, répliqua un sorcier avec une barbe sombre et hirsute.

C'était Amos Diggory, le père de Cedric.

- Nos éclairs de Stupéfixion sont passés à travers ces arbres... Il y a de bonnes chances pour qu'ils aient touché quelqu'un...

- Amos, fais attention ! s'exclamèrent quelques-uns de ses collègues d'un ton alarmé.

Mais Amos Diggory rentra la tête dans les épaules, leva sa baguette magique et traversa la clairière d'un pas décidé. Les mains sur la bouche, Hermione le regarda disparaître parmi les arbres. Quelques instants plus tard, ils entendirent Mr Diggory pousser un cri.

- Oui, on les a eus ! Il y a quelqu'un, ici ! Évanoui ! C'est... Ma parole...

- Vous avez attrapé quelqu'un ? s'exclama Mr Crouch qui ne semblait pas du tout y croire. Qui ? De qui s'agit-il ?

Ils entendirent des branches craquer, un bruissement de feuilles, puis les pas de Mr Diggory qui ressortait du bois. Il portait dans ses bras une minuscule silhouette inanimée. C'était Winky. Mr Crouch ne fit pas un geste, ne dit pas un mot, lorsque Mr Diggory déposa son elfe à ses pieds. Les autres sorciers du ministère avaient tous les yeux fixés sur Mr Crouch. Pendant quelques instants, celui-ci resta stupéfait, le visage livide, son regard étincelant posé sur Winky. Puis il sembla revenir à la vie.

- Ce... n'est... pas... possible, dit-il d'une voix hachée. Non...

Il contourna Mr Diggory et s'avança à grands pas vers l'endroit où il avait découvert Winky.

- Inutile, Mr Crouch, cria Mr Diggory. Il n'y a personne d'autre, là-bas.

Mais Mr Crouch semblait décidé à vérifier par lui-même. Ils l'entendaient s'affairer derrière les arbres, chercher dans les buissons en écartant les branches. Megan non plus ne trouvait pas cohérent que la petite elfe de maison dévouée au sorcier intransigeant qu'était Mr Crouch ait pu connaître l'incantation, voler une baguette et faire apparaître la marque. Ça n'avait absolument aucun sens.

- C'est un peu embarrassant, commenta Mr Diggory d'un air sombre, en regardant la silhouette toujours inanimée de Winky. L'elfe de maison de Barty Crouch... Je dois dire que...

- Allons, l'interrompit Arthur à voix basse, tu ne crois tout de même pas que c'est l'elfe qui a fait ça ? La Marque des Ténèbres est un signe de sorcier. Il faut une baguette magique pour la faire apparaître.

- Oui, répondit Mr Diggory, et elle en avait une.

- Quoi ?

- Regarde.

Mr Diggory lui montra une baguette magique.

- Elle l'avait à la main, indiqua-t-il. Ce qui viole l'article trois du Code d'utilisation des baguettes magiques. Aucune créature non humaine n'est autorisée à détenir une baguette magique.

À cet instant, il y eut une autre détonation et Ludo Bagman apparut en transplanant juste à côté d'Arthur, essoufflé et désorienté. Megan le regarda avec dédain tourner sur place, levant ses yeux ronds vers la tête de mort couleur d'émeraude.

- La Marque des Ténèbres ! haleta-t-il en manquant de trébucher sur le corps inerte de Winky. Qui a fait ça ? demanda-t-il à ses collègues. Vous les avez attrapés ? Barty ! Qu'est-ce qui se passe ?

Mr Crouch était revenu bredouille. Il avait toujours une pâleur de spectre. Ses mains et sa moustache étaient agitées de tics.

- Où étiez-vous passé, Barty ? demanda Bagman. Pourquoi n'avez-vous pas assisté au match ? Votre elfe vous avait gardé une place, pourtant... Sac à gargouilles !

Bagman venait seulement de remarquer Winky, allongée à ses pieds.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

- J'ai eu beaucoup de choses à faire, Ludo, répondit Mr Crouch, qui parlait de la même façon hachée en remuant à peine les lèvres. Quant à mon elfe, elle a été stupéfixée.

- Stupéfixée ? Vous voulez dire... par vous tous ? Mais pourquoi ?

L'expression du visage rond et luisant de Bagman indiqua qu'il venait enfin de comprendre. Il leva les yeux vers la tête de mort, puis regarda Winky et enfin Mr Crouch.

- Non ! s'exclama-t-il. Winky ? Faire apparaître la Marque des Ténèbres ? Elle en serait incapable ! D'abord, il lui faudrait une baguette magique !

- Elle en avait une, lui répondit Mr Diggory. Quand je l'ai trouvée, elle avait une baguette à la main, Ludo. Si vous êtes d'accord, Mr Crouch, je pense que nous pourrions écouter ce qu'elle a à dire.

Mr Crouch n'eut aucune réaction, et Mr Diggory interpréta son silence comme une approbation. Il leva sa baguette, la pointa sur Winky et dit :

- Enervatum !

Winky remua faiblement. Elle ouvrit ses grands yeux marrons et battit des paupières à plusieurs reprises, l'air hébété. Sous le regard des sorciers silencieux, elle se redressa en position assise, le corps tremblant. Elle vit alors les pieds de Mr Diggory et, lentement, avec une expression craintive, elle leva les yeux vers son visage. Puis, encore plus lentement, elle regarda vers le ciel. La tête de mort gigantesque se refléta deux fois dans ses énormes yeux vitreux. Elle étouffa une exclamation, regarda tout autour d'elle la clairière pleine de monde et éclata en sanglots terrifiés.

- Elfe ! dit Mr Diggory d'un ton grave. Sais-tu qui je suis ? Je fais partie du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques !

Toujours assise par terre, Winky se mit à se balancer d'avant en arrière, la respiration saccadée.

- Comme tu le vois, elfe, la Marque des Ténèbres est apparue tout à l'heure, reprit Mr Diggory. Et on t'a trouvée juste en dessous quelques instants plus tard ! Alors ? Explication, s'il te plaît !

- Ce... ce... ce... n'est pas moi, monsieur ! balbutia Winky. Je ne sais pas le faire, monsieur !

Mr Diggory brandit une baguette magique devant Winky.

- Tu avais cette baguette à la main quand on t'a trouvée ! Aboya-t-il.

- Hé ! Mais c'est la mienne ! s'exclama soudain Potter.

Tous les regards se tournèrent vers lui. Megan écarquilla les yeux – elle n'en pouvait plus de ce garçon.

- Pardon ? sursauta Mr Diggory, incrédule.

- C'est ma baguette, assura le garçon. Elle était tombée de ma poche !

- Tombée de ta poche ? répéta Mr Diggory, stupéfait. S'agit-il d'un aveu ? Tu l'as jetée après avoir fait apparaître la Marque ?

Megan leva les yeux au ciel face à tant de bêtises.

- Amos, souviens-toi à qui tu parles ! intervint Arthur avec fureur. Est-ce que Harry Potter ferait apparaître la Marque des Ténèbres ?

- Heu... Non, bien sûr, marmonna Mr Diggory. Désolé... Je me suis laissé emporter.

- De toute façon, ce n'est pas là que je l'ai perdue, dit Potter en montrant du pouce les arbres qui s'étendaient sous la tête de mort. Je me suis aperçu de sa disparition juste après être entré dans le bois.

- Alors, reprit Mr Diggory, en posant un regard sévère sur Winky, recroquevillée à ses pieds, tu as donc trouvé cette baguette, n'est-ce pas, elfe ? Tu l'as ramassée et tu as pensé que tu allais pouvoir t'amuser avec, c'est bien ça ?

- Je n'ai pas fait de magie, monsieur ! couina Winky, des larmes coulant de chaque côté de son gros nez écrasé. Je l'ai... je l'ai... je l'ai simplement ramassée, monsieur ! Ce n'est pas moi, la Marque des Ténèbres, monsieur, je ne sais pas le faire !

- Ce n'est pas elle ! affirma Hermione.

Elle avait l'air intimidée devant tous ces sorciers du ministère, mais elle était décidée à parler coûte que coûte.

- Winky a une petite voix aiguë or, la voix que nous avons entendue prononcer l'incantation était beaucoup plus grave !

Elle se tourna vers Megan, Ron et Potter pour les appeler à la rescousse.

- Ce ne pouvait pas être la voix de Winky, vous l'avez entendue comme moi ?

- C'est vrai, ce n'était pas une voix d'elfe, approuva Potter en hochant la tête.

- C'était une voix humaine, assura Ron.

Megan hocha la tête sans un mot.

- Une voix d'homme ? demanda l'une des sorcières du groupe. Comme… la voix de Sirius Black ?

Un frisson agita le cercle des sorciers.

- La bonne nouvelle, si c'était Sirius Black, c'est qu'on va tous pouvoir retourner se coucher : vous n'avez jamais été capable de mettre la main sur lui très longtemps, ricana Megan.

- Nous allons voir cela, grogna Mr Diggory qui ne semblait pas impressionné. Il existe un moyen très simple de savoir quel est le dernier sortilège qu'a lancé une baguette magique, elfe, tu le savais ?

Winky fut secouée de tremblements et hocha frénétiquement la tête, ses oreilles battant comme des ailes, tandis que Mr Diggory levait sa baguette magique et la mettait bout à bout contre celle de Potter.

- Prior Incanto ! rugit Amos Diggory.

Hermione étouffa un cri d'horreur lorsqu'une gigantesque tête de mort à langue de serpent jaillit à la jonction des deux baguettes, pourtant ce n'était qu'une pâle réplique de la tête de mort verdâtre qui flottait au-dessus d'eux. On aurait dit qu'elle était constituée d'une épaisse fumée grise, comme un fantôme de sortilège.

- Destructum ! s'écria Mr Diggory.

Et la tête de mort se dissipa aussitôt dans une volute de fumée.

- Alors ? lança Mr Diggory d'un ton brutal et triomphant en regardant Winky, toujours agitée de tremblements convulsifs.

- Ce n'est pas moi ! cria-t-elle de sa petite voix aiguë, en roulant des yeux terrifiés. Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas le faire ! Je suis une bonne elfe, je n'ai pas de baguette magique, je ne sais pas le faire !

- Tu as été prise la main dans le sac, elfe ! gronda Mr Diggory. Avec la baguette fautive à la main !

- Amos, intervint Arthur d'une voix forte. Réfléchis un peu... Il n'y a que très peu de sorciers qui savent jeter un tel maléfice... Où aurait-elle appris à le faire ?

- Amos insinue peut-être, intervint Mr Crouch en détachant chaque syllabe sur un ton de colère froide, que j'ai coutume d'enseigner à mes serviteurs comment faire apparaître la Marque des Ténèbres ?

Un silence particulièrement gênant s'installa. Amos Diggory parut horrifié.

- Mr Crouch, voyons, ce n'est pas cela du tout...

- Vous avez été tout près d'accuser les deux personnes parmi nous qui sont le moins susceptibles de faire apparaître cette Marque ! rugit Mr Crouch. Harry Potter... et moi-même ! J'imagine que vous connaissez l'histoire de ce garçon, Amos ?

- Bien sûr, tout le monde la connaît, marmonna Mr Diggory, d'un air déconfit.

- Et je ne doute pas que vous gardez en mémoire les nombreuses preuves que j'ai données, au cours d'une longue carrière, du mépris et de l'aversion que m'inspirent la magie noire et ceux qui la pratiquent ? s'écria Mr Crouch, les yeux à nouveau exorbités.

- Mr Crouch, je... je n'ai jamais laissé entendre que vous aviez quoi que ce soit à voir avec tout cela ! balbutia Amos Diggory qui rougissait sous sa barbe hirsute.

- Si vous accusez mon elfe, c'est moi que vous accusez, Diggory ! s'exclama Mr Crouch. Où donc aurait‑elle pu apprendre à faire une chose pareille ?

- Elle... elle aurait pu trouver ça n'importe où...

- Précisément, Amos, répliqua Mr Crouch, elle aurait pu trouver ça n'importe où... Winky ? demanda‑t‑il avec douceur, mais l'elfe se recroquevilla comme si lui aussi avait crié contre elle. Où exactement as-tu trouvé la baguette magique de Harry Potter ?

Winky tordait l'ourlet de son torchon avec tant de force qu'il s'effilochait entre ses doigts.

- Je... je l'ai trouvée... là-bas, monsieur, murmura-t-elle. Dans... dans les arbres, monsieur...

- Tu vois bien, Amos ? lança Arthur. Celui qui a fait surgir la Marque aurait très bien pu disparaître en transplanant et laisser la baguette de Harry sur place. C'était habile pour le coupable d'utiliser une autre baguette magique que la sienne. Et Winky a eu la malchance de trouver cette baguette tout de suite après.

- Mais dans ce cas, elle devait être à quelques mètres du vrai coupable ! s'exclama Mr Diggory d'un ton impatient. Elfe ! As-tu vu quelqu'un ?

Winky se mit à trembler plus violemment que jamais. Ses yeux immenses papillonnèrent de Mr Diggory à Ludo Bagman, puis se tournèrent vers Mr Crouch. Elle avala avec difficulté, avant de répondre :

- Je... je n'ai vu personne, monsieur... personne...

- Amos, dit Mr Crouch d'un ton sec, je sais parfaitement que, conformément à la procédure normale, vous souhaiteriez emmener Winky dans votre département pour lui faire subir un interrogatoire. Mais je vous demande de me laisser le soin de m'en occuper moi-même.

Mr Diggory n'avait pas l'air enchanté par cette proposition, mais l'importance de Mr Crouch dans la hiérarchie du ministère lui interdisait de la refuser.

- Vous pouvez être certain qu'elle sera sanctionnée, assura Mr Crouch d'une voix glaciale.

- Mmmaître..., bredouilla Winky en levant vers Mr Crouch des yeux larmoyants. Mmmaître, sss'il vous plaît...

Mr Crouch la regarda à son tour, le visage durci, comme si chacun de ses traits s'était brusquement accentué. Il n'y avait aucune pitié dans ses yeux.

- Winky s'est conduite ce soir d'une manière que je n'aurais pas crue possible, déclara-t-il avec lenteur. Je lui avais dit de rester sous la tente. Je lui avais dit de ne pas bouger pendant que je m'occupais de rétablir l'ordre. Et je m'aperçois qu'elle m'a désobéi. Cela signifie qu'elle va recevoir des vêtements.

- Non ! hurla Winky de sa petite voix suraiguë, en se prosternant aux pieds de Mr Crouch. Non, maître ! Pas de vêtements ! Pas de vêtements !

La seule façon d'accorder la liberté à un elfe de maison consistait à lui offrir des vêtements. Megan regarda Winky se cramponner à son torchon et sangloter aux pieds de Mr Crouch, elle ne comprenait pas comment on pouvait être aussi dévoué à un être, plus encore lorsque ce dernier était un bourreau.

- Elle a eu peur ! C'est pour ça qu'elle est partie ! s'écria Hermione avec colère en lançant à Mr Crouch un regard indigné. Votre elfe a le vertige et ces sorciers masqués faisaient léviter leurs victimes ! Vous ne pouvez pas lui reprocher d'avoir voulu s'enfuir !

Mr Crouch fit un pas en arrière pour se dégager de Winky et la contempla avec mépris, comme s'il s'était agi d'une immondice qui menaçait de salir ses chaussures trop bien cirées.

- Je n'ai pas besoin d'un elfe de maison qui me désobéit, dit-il avec froideur en tournant son regard vers Hermione. Je n'ai que faire d'une servante qui oublie ses devoirs envers son maître et ne se soucie pas de sa réputation.

Winky pleurait si fort que ses sanglots résonnaient dans toute la clairière. Le silence qui suivit fut rompu par Arthur.

- Si personne n'y voit d'inconvénient, je crois que je vais retourner à ma tente, dit-il à voix basse. Amos, nous n'avons plus rien à apprendre de cette baguette magique... Si tu voulais bien la rendre à Harry...

Mr Diggory tendit sa baguette à Potter, qui la glissa dans sa poche.

- Venez, tous les quatre, dit Arthur, toujours à voix basse.

Mais Hermione n'avait pas l'air de vouloir bouger. Elle n'arrivait pas à détacher son regard de l'elfe qui continuait à sangloter.

- Hermione ! dit Arthur d'un ton plus pressant.

Elle tourna enfin les talons et suivit Megan, Ron et Potter parmi les arbres.

- Que va-t-il arriver à Winky ? s'inquiéta Hermione dès qu'ils eurent quitté la clairière.

- Je n'en sais rien, répondit Arthur.

- La façon dont ils l'ont traitée ! s'emporta Hermione. Mr Diggory qui l'appelait tout le temps « elfe » ... Et Mr Crouch ! Il sait parfaitement que ce n'est pas elle la coupable mais il veut quand même la renvoyer ! Il s'en fiche qu'elle ait eu peur, qu'elle soit bouleversée... C'est comme si elle n'était pas humaine !

- Justement, elle ne l'est pas, fit remarquer Ron.

Hermione se tourna vers lui.

- Ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas de sensibilité, Ron. C'est répugnant de voir comment...

- Hermione, je suis d'accord avec toi, affirma précipitamment Arthur en lui faisant signe de continuer à avancer. Mais ce n'est pas le moment de parler des droits des elfes. Je voudrais que nous retournions dans nos tentes aussi vite que possible. Qu'est-il arrivé aux autres ?

- On les a perdus dans le noir, répondit Megan, que l'inquiétude gagnait de nouveau.

- Papa, pourquoi est-ce que tout le monde était tellement crispé à cause de cette tête de mort ? demanda Ron.

- Je vous expliquerai tout ça quand nous serons sous la tente, répondit Arthur, l'air tendu.

Mais lorsqu'ils eurent atteint la lisière du bois, il leur fut impossible d'aller plus loin. Une foule nombreuse de sorcières et de sorciers visiblement terrifiés s'était rassemblée là, et plusieurs d'entre eux se précipitèrent aussitôt sur Arthur. Megan comprit que les gens avaient craint que Voldemort soit revenu ce soir.

- Qu'est-ce qui se passe là-bas ? Qui l'a fait apparaître ? Arthur, ce n'est quand même pas... lui !

- Bien sûr que non, ce n'est pas lui, répliqua Arthur d'un ton agacé. Nous ne savons pas qui c'est, il semble que le coupable ait transplané. En tout cas, rassurez-vous, personne n'a été blessé. Et maintenant, excusez-moi, mais j'aimerais bien aller me coucher.

Suivi de Megan, Ron, Hermione et Potter, il se fraya un chemin parmi la foule et retourna sur le terrain de camping. Tout était paisible, à présent. Il n'y avait plus trace des Mangemorts, mais plusieurs tentes ravagées par les flammes laissaient encore échapper des filets de fumée. La tête de Charlie apparut sous l'auvent de la tente des garçons.

- Papa, qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il. Fred, George et Ginny sont rentrés, mais les autres...

Megan laissa échapper un profond soupir de soulagement. Ils allaient bien.

- Ils sont avec moi, le rassura Arthur en se penchant pour entrer dans la tente.

Megan s'empressa de le suivre à l'intérieur. Bill était assis devant la petite table de camping, tenant un drap autour de son bras qui saignait abondamment. La chemise de Charlie était déchirée et Percy saignait du nez. Fred, George et Ginny semblaient indemnes, mais secoués. Megan écarquilla les yeux.

- On va bien, Megan, affirma aussitôt Charlie d'un ton apaisant en voyant sa réaction.

- Vous l'avez attrapé ? demanda aussitôt Bill. Celui qui a fait apparaître la Marque ?

- Non, répondit Arthur. On a trouvé l'elfe de Mr Crouch avec la baguette de Harry à la main, mais on n'en sait pas plus sur l'identité du coupable.

- Quoi ? s'exclamèrent d'une même voix Bill, Charlie et Percy.

- La baguette de Harry ? sursauta Fred.

- L'elfe de Mr Crouch ? s'écria Percy, comme frappé par la foudre.

Avec l'aide de Megan, Ron, Hermione et Potter, Arthur leur expliqua ce qui s'était passé dans le bois. Lorsqu'ils eurent raconté toute l'histoire, Percy se gonfla d'indignation.

- Mr Crouch a parfaitement raison de se débarrasser d'un elfe comme ça ! dit-il. S'enfuir alors qu'il lui avait donné l'ordre de ne pas bouger... Le mettre dans l'embarras devant les membres du ministère... Imaginez le scandale si elle avait dû être interrogée par le Département de contrôle et de régulation...

- Elle n'a rien fait du tout ! Elle était simplement au mauvais endroit au mauvais moment ! l'interrompit sèchement Hermione.

Percy parut interloqué. Hermione s'était toujours bien entendue avec lui – beaucoup mieux que les autres.

- Hermione, un sorcier de son niveau ne peut se permettre d'avoir un elfe de maison qui se met à faire n'importe quelle folie avec une baguette magique ! répondit Percy en reprenant son air important.

- Elle n'a fait aucune folie ! s'écria Hermione. Elle a simplement ramassé la baguette !

- Est-ce que quelqu'un pourrait enfin nous expliquer ce que signifie cette tête de mort ? s'impatienta Ron. Elle n'a fait de mal à personne... Pourquoi tout ce tremblement ?

Megan lui jeta un coup d'œil surpris. Que Potter ignore ce qu'était la Marque passait encore – le gamin ne savait pas grand-chose. Mais Ron ? Il avait grandi dans le monde des sorciers.

- On t'a dit que c'est le symbole de Tu-Sais-Qui, Ron, répondit Hermione avant que quiconque ait pu prononcer un mot. J'ai lu ça dans « Grandeur et décadence de la magie noire ».

- Et ça fait treize ans qu'on ne l'avait pas vue, ajouta Arthur à voix basse. Rien d'étonnant à ce que tout le monde ait été pris de panique... C'est comme si on avait vu Vous-Savez-Qui revenir.

- Je ne comprends pas, insista Ron en fronçant les sourcils. Après tout... ce n'est qu'une forme dans le ciel...

- Ron, les fidèles de Voldemort faisaient apparaître la Marque des Ténèbres chaque fois qu'ils tuaient quelqu'un, intervint Megan.

Tout le monde tressaillit en entendant le nom du Seigneur des Ténèbres mais elle l'ignora, trop occupée à refouler le douloureux souvenir de la mort de ses parents.

- Tu n'as pas idée de la terreur qu'elle inspirait..., renchérit Arthur. Tu es trop jeune. Imagine que tu rentres chez toi et que tu voies la Marque des Ténèbres flotter au-dessus de ta maison en sachant ce que tu vas trouver à l'intérieur...

Le sorcier fit une grimace. Megan retint une nausée, évitant le regard des jumeaux qui savaient ce qui était arrivé à ses parents.

- C'était la pire terreur de tout le monde..., murmura Arthur. La pire...

Il y eut un moment de silence. Puis Bill enleva le drap qui lui entourait le bras pour jeter un coup d'œil à sa blessure et dit :

- En tout cas, celui qui l'a fait apparaître ne nous a pas aidés. Dès qu'ils l'ont vue, les Mangemorts ont été terrorisés. Ils ont tous transplané sans qu'on ait eu le temps d'en démasquer un seul. Mais on a réussi à rattraper la famille Roberts avant qu'elle tombe par terre. On est en train de leur faire subir des sortilèges d'Amnésie.

- Les Mangemorts ? s'étonna Potter, débordant d'ignorance. Qu'est-ce que c'est que ça, les Mangemorts ?

- C'est le nom que se donnaient les partisans de Tu-Sais-Qui, répondit Bill. Ce soir, on a vu les derniers d'entre eux. Ceux qui ont réussi à ne pas se faire enfermer à Azkaban.

- On n'a aucune preuve que c'était eux, Bill, souligna Arthur. Mais c'est sûrement vrai, ajouta-t-il d'un ton désenchanté.

- Ça, j'en suis sûr ! dit soudain Ron. On a rencontré Draco Malfoy dans le bois et il a presque avoué que son père était un des cinglés en cagoules ! D'ailleurs, on sait bien que les Malfoy étaient du côté de Vous-Savez-Qui !

- Mais qu'est-ce que cherchaient les partisans de Voldemort..., commença Potter avant que Megan n'intervienne.

Tout le monde tressaillit à nouveau.

- Désolé, dit précipitamment Potter. Qu'est-ce que cherchaient les partisans de Vous-Savez-Qui en faisant léviter des Moldus ? À quoi ça pouvait bien leur servir ?

- Leur servir ? répéta Arthur avec un rire sans joie. C'est leur façon de se distraire, Harry. La moitié des meurtres de Moldus qui ont eu lieu lorsque Tu-Sais-Qui était au pouvoir ont été commis par simple amusement. Ce soir, ils ont dû boire un peu trop et n'ont pas pu résister au plaisir de nous faire savoir qu'ils sont toujours là, en liberté. Pour eux, c'était une agréable petite réunion entre amis, conclut-il avec dégoût.

- Mais si c'étaient eux, les Mangemorts, pourquoi ont-ils transplané en voyant la Marque des Ténèbres ? s'étonna Ron. Ils auraient dû être contents de la voir, au contraire.

- Fais un peu fonctionner ta cervelle, Ron, le sermonna Bill. Les Mangemorts ont eu beaucoup de mal à éviter de se retrouver à Azkaban quand Tu-Sais-Qui a perdu le pouvoir. Ils ont raconté toutes sortes de mensonges en prétendant que c'était lui qui les obligeait à tuer et à répandre la souffrance. J'imagine qu'ils auraient encore plus peur que nous de le voir revenir. Ils ont toujours nié leurs liens avec lui lorsqu'il a été privé de ses pouvoirs et qu'ils ont dû retourner à leur vie quotidienne... Donc, ça m'étonnerait qu'il soit très content d'eux, tu comprends ? Tu-Sais-Qui n'est pas tendre avec les traîtres.

- Les traîtres, comme les Buckley qui avaient soustrait à Voldemort son héritière. Megan détourna le regard. Lucius niait en bloc tout lien avec Voldemort si ce dernier devait revenir, il le paierait sûrement cher.

- Mais alors... celui qui a fait apparaître la Marque des Ténèbres, dit lentement Hermione, voulait-il manifester sa sympathie aux Mangemorts ou leur faire peur ?

- Nous n'en savons pas plus que toi, Hermione, répondit Arthur. Une chose est sûre, en tout cas : seuls les Mangemorts savaient faire apparaître la Marque des Ténèbres. Je serais très étonné que le coupable n'ait pas été lui-même un Mangemort à un moment de sa vie, même s'il ne l'est plus... Et, pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, il ne faut pas écarter la piste qu'il s'agissait de Sirius Black.

Megan, Ron, Hermione et Potter se regardèrent. Ce n'était pas Sirius qu'ils avaient entendu.

- Écoutez-moi, maintenant, reprit Arthur, il est très tard et si jamais Molly apprend ce qui s'est passé, elle va se faire un sang d'encre. Nous allons dormir quelques heures et nous essayerons d'attraper un Portoloin demain matin de bonne heure pour rentrer à la maison.

Tandis que les garçons allaient enfiler leurs pyjamas, Megan se dirigea vers Bill.

- Laisse-moi voir ta blessure, lui demanda-t-elle.

Le jeune homme fronça les sourcils en ayant un mouvement de recul.

- Je ne vais pas… te faire de mal, affirma la jeune femme, agacée et frustrée.

- Est-ce que c'est toi qui as fait apparaître la marque ? demanda-t-il à voix basse.

Megan dévisagea Bill. Il ne lui faisait toujours pas confiance, sous prétexte qu'elle portait le nom de famille de deux anciens Mangemorts en la reconversion desquels personne ne voulait croire.

- Non, affirma-t-elle sèchement. Ce n'est pas moi. D'ailleurs, si j'avais voulu faire du mal à ta famille, j'ai eu beaucoup d'occasions de tuer Ron, cette nuit, et j'aurais pu mettre ça sur le dos des Mangemorts. Alors… fais-moi confiance.

Elle n'aimait pas la confiance : elle ne faisait pas confiance aux autres, et les autres avaient de nombreuses raisons de faire de même envers elle. Mais elle était si atteinte qu'un membre de la famille Weasley qui ne soit pas Percy se comporte avec elle de cette façon qu'elle était prête à promettre beaucoup de choses. L'air toujours méfiant, Bill souleva le bandage pour révéler une profonde entaille sanglante dans son bras.

- Je suis passé un peu près d'un sort, avoua-t-il.

- Je peux arranger ça. J'ai ce qu'il faut dans ma valise, j'arrive.

Elle se rendit dans la tente voisine.

- Qu'est-ce que tu cherches ? demanda Hermione, allongée dans son lit, déjà à moitié endormie.

Sans prendre le temps de répondre, Megan récupéra le flacon qu'elle avait gardé dans une poche de son sac, et retourna dans la tente des garçons. Potter était allongé sur son lit les yeux grands ouverts, et Charlie ronflait non loin de là. Quant à Bill, il attendait toujours, assis à table.

- Essence de dictame, annonça Megan en s'asseyant à côté de lui. Ce n'est absolument pas dangereux, affirma-t-elle en voyant le jeune homme avoir un nouveau mouvement de recul.

- D'où est-ce que tu sors ça ? s'enquit Bill.

- De mon matériel de potion. Et je le balade partout avec moi, c'est bien pratique. Tu vas me laisser faire ?

Bill hésita une seconde, puis exposa son bras. Megan déboucha le flacon puis versa quelques gouttes sur la blessure. Une fumée verdâtre s'éleva puis, sous leurs yeux, la plaie se referma, comme si elle datait de plusieurs jours, laissant place à une peau neuve.

- Pas mal, admit Bill.

- Bonne nuit.

Megan reboucha le flacon puis tourna les talons.

- Merci.

La voix de Bill lui parvint au moment où elle quittait la tente. Elle marqua un temps d'arrêt, puis esquissa un sourire, sans se retourner.