À BORD DU POUDLARD EXPRESS
Le son de la pluie drue qui martelait les carreaux de la chambre réveilla Megan. Puis la voix de Molly, suivie d'un bruit de pas précipités dans les escaliers acheva la nuit, un peu trop courte, de la jeune fille. Hermione et Ginny, elles, dormaient encore. En silence, pour ne pas les réveiller, Megan enfila un jean et un gros pull, puis se glissa en dehors de la chambre. Il régnait une certaine agitation au rez-de-chaussée, qui devait avoir tiré les aînés de la fratrie Weasley de leurs lits puisqu'elle se retrouva nez-à-nez avec Bill et Charlie.
- Sacré bazar, dit-elle avant d'étouffer un long bâillement.
- C'est sûrement une histoire avec le ministère, supposa Bill.
Il y eut une petite détonation, puis Arthur arriva dans les escaliers d'un pas vif, sa robe à l'envers, les cheveux ébouriffés.
- Je dois aller travailler, annonça-t-il d'un ton pressé.
Il embrassa ses fils puis Megan sur la joue, en vitesse. La jeune fille s'en trouva surprise et déstabilisée. Mais Arthur passait déjà la tête dans la chambre des filles pour leur dire au revoir, fila à l'étage saluer Percy, passa en coup de vent dans sa propre chambre, et en ressortit précipitamment, sa robe à l'endroit, un peigne à la main. Megan, Charlie et Bill l'avaient regardé courir en tous sens, les yeux écarquillés. Lorsque la tornade qu'était le père de famille ce matin-là se fut apaisée, ils arrivèrent dans la cuisine où Ron, Potter et les jumeaux prenaient leur petit déjeuner.
- Bien sûr, disait Molly à son mari. Va vite t'occuper de Fol Œil, tout ira très bien pour nous.
Et Arthur disparut.
- Quelqu'un a parlé de Fol Œil ? demanda Bill en prenant place à table. Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
- Il dit que quelqu'un a essayé de s'introduire chez lui la nuit dernière, répondit sa mère.
- Maugrey Fol Œil ? dit George d'un air songeur en étalant de la marmelade sur un toast. Ce n'est pas ce cinglé...
- Ton père a beaucoup d'estime pour lui, l'informa Molly d'un ton grave.
- Oui, d'accord, mais papa collectionne bien les prises de courant, non ? dit Fred à voix basse, tandis que Molly sortait de la cuisine. Qui se ressemble...
- Maugrey a été un grand sorcier en son temps, affirma Bill tandis que Megan s'asseyait à côté de lui et posait sa tête sur son épaule pour terminer sa nuit écourtée.
- C'est un vieil ami de Dumbledore, je crois ? demanda Charlie.
- Justement, Dumbledore n'est pas vraiment quelqu'un qu'on pourrait qualifier de normal, déclara Fred, approuvé par un vague mouvement de la tête de Megan. Je sais bien que c'est un génie, mais...
- Qui est Fol Œil ? demanda Potter, l'éternel ignorant.
- Il est à la retraite, maintenant. Avant, il travaillait pour le ministère, expliqua Charlie. Je l'ai rencontré une fois quand j'ai commencé à travailler avec papa. C'était un Auror – l'un des meilleurs...
- Un chasseur de mages noirs, expliqua Megan du ton las qu'elle réservait aux ignares.
Même les yeux fermés, elle pouvait se douter que Potter ignorait ce qu'était un Auror.
- La moitié des prisonniers d'Azkaban sont là-bas grâce à lui, poursuivit Charlie. Mais, bien sûr, il s'est fait des quantités d'ennemis... Surtout les familles des gens qu'il a capturés... Et j'ai entendu dire qu'il était devenu nettement paranoïaque sur ses vieux jours. Il ne fait plus confiance à personne. Il voit des mages noirs partout.
Une fois Hermione et Ginny levées, le petit-déjeuner terminé et les valises descendues dans l'entrée, le départ put commencer. Bill et Charlie décidèrent de les accompagner à la gare de King's Cross, mais Percy, se répandant en excuses, déclara qu'il devait absolument aller travailler.
- Je ne peux vraiment pas me permettre de prendre du temps libre en ce moment, leur expliqua-t-il. Mr Crouch compte de plus en plus sur moi.
- Tu sais quoi, Percy ? dit George très sérieusement. Un de ces jours, il finira par savoir ton nom.
Molly avait courageusement affronté le téléphone, au bureau de poste du village, et avait commandé trois taxis moldus pour les conduire à Londres. Debout devant la porte de la maison, ils attendaient sous la pluie que les trois chauffeurs hissent les valises et les malles dans leurs voitures.
- Oh, là, là, ils n'ont pas l'air très content..., remarqua Molly.
Si Megan n'avait pas été si fatiguée, et si elle n'avait pas voulu cacher aux autres qu'elle vivait chez des Cracmols, elle aurait expliqué à Molly que les chauffeurs de taxi moldus avaient rarement l'occasion de transporter dans leurs voitures des hiboux surexcités. Or, Pigwidgeon, le minuscule hibou de Ron, faisait un vacarme infernal et l'atmosphère ne se détendit guère lorsque la malle de Fred s'ouvrit d'un coup en provoquant l'explosion de plusieurs pétards mouillés du Dr Flibuste. Le chauffeur poussa un cri horrifié qui se transforma en hurlement de douleur quand Crookshanks, pris de panique, lui grimpa le long de la jambe, toutes griffes dehors.
Le trajet fut très inconfortable. Ils étaient en effet coincés à l'arrière des taxis avec leurs bagages qui occupaient une bonne partie de l'espace. Crookshanks mit un certain temps à se remettre de la frayeur causée par l'explosion des pétards et, lorsqu'ils arrivèrent à Londres, Megan, Ron, Hermione et Potter avaient reçu chacun une bonne quantité de coups de griffes. Aussi furent-ils grandement soulagés de sortir enfin des voitures devant la gare de King's Cross, même si la pluie qui tombait plus fort que jamais les trempa jusqu'aux os pendant qu'ils traversaient la rue chargés de leurs bagages.
Arrivés sur le quai, face à la barrière qui séparait les voies 9 et 10, ils se rassemblèrent par groupes. Megan, Ron, Hermione et Potter (qu'on remarquait plus que les autres à cause de Pigwidgeon et de Crookshanks) passèrent les premiers. Ils s'appuyèrent d'un air désinvolte contre la barrière en bavardant avec insouciance et glissèrent imperceptiblement au travers pour se retrouver aussitôt sur le quai 9 ¾.
Le Poudlard Express, avec sa locomotive à vapeur d'un rouge étincelant, était déjà là, projetant des panaches de fumée qui transformaient les élèves et les parents présents sur le quai en silhouettes sombres et fantomatiques. Lorsqu'il entendit les autres hiboux ululer dans les tourbillons de vapeur, Pigwidgeon se mit à piailler plus fort que jamais. Megan, Ron, Hermione et Potter cherchèrent des places assises et trouvèrent un compartiment libre au milieu du convoi. Ils rangèrent leurs bagages puis redescendirent sur le quai pour dire au revoir à Molly ainsi qu'à Bill et à Charlie.
- On se reverra peut-être plus tôt que tu ne le penses, affirma Charlie avec un sourire en serrant Ginny dans ses bras.
- Pourquoi ? demanda Fred avec curiosité.
- Tu verras. Mais surtout, ne dis pas à Percy que je vous en ai parlé. Après tout, « c'est une information classée confidentielle jusqu'à ce que le ministère décide de la rendre publique », sourit-il en adressant à Megan un sourire complice.
Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble à se moquer de Percy.
- Moi, j'aimerais bien retourner à Poudlard, cette année, dit Bill, les mains dans les poches, en regardant le train d'un air presque nostalgique.
- Pourquoi ? demanda Ron d'un ton impatient.
- Vous allez avoir une année vraiment intéressante, répondit son frère, les yeux brillants. Peut-être même que je prendrai un peu de temps libre pour venir voir ça...
- Voir quoi ? insista Ron.
Mais à ce moment, un coup de sifflet retentit et Molly les poussa vers le train après que Megan se fut empressée d'embrasser Charlie et Bill sur la joue. Les quatre jeunes se hâtèrent de monter dans leur wagon, refermèrent la portière et se penchèrent à la fenêtre.
- Merci de nous avoir invités chez vous, Mrs Weasley, lança Hermione.
- Oui, merci pour tout, Mrs Weasley, ajouta Potter, approuvé d'un des plus larges sourires de Megan.
- C'était un plaisir, mes chéris, répondit Molly. Je vous inviterais bien à revenir pour Noël, mais... j'imagine que vous préférerez rester à Poudlard avec... avec tout ça.
- Maman ! s'exclama Ron d'un ton agacé. Qu'est-ce que vous nous cachez, tous les trois ?
- Vous le saurez certainement ce soir, affirma Molly en souriant. Vous allez voir, ce sera passionnant. Et je suis bien contente qu'ils aient modifié les règles...
- Quelles règles ? demandèrent d'une même voix Megan, Ron, Fred, George et Potter.
- Le professeur Dumbledore vous expliquera tout, j'en suis sûre... Et ne faites pas de bêtises, n'est-ce pas ? N'est-ce pas, Fred ? Et toi, George ? Et n'entraînez pas Megan dans vos histoires !
Les pistons émirent un sifflement sonore et le train s'ébranla.
- Dis-nous ce qui doit se passer à Poudlard ! cria Fred à la fenêtre tandis que les silhouettes de Molly, de Bill et de Charlie s'éloignaient d'eux. Qu'est-ce qu'ils ont changé comme règles ?
Mais sa mère se contenta de sourire en agitant la main et, avant que le train eût franchi le premier virage, Bill et Charlie avaient transplané. Megan, Ron, Hermione et Potter retournèrent dans leur compartiment. La pluie dense qui s'écrasait contre les vitres ne permettait pas de voir grand-chose du paysage. Ron ouvrit sa malle, en sortit une immonde robe violette et en entoura la cage de Pigwidgeon pour étouffer ses ululements.
- Bagman était prêt à nous dire ce qui allait se passer à Poudlard, grommela-t-il avec mauvaise humeur en s'asseyant à côté de Potter. À la Coupe du Monde, tu te souviens ? Mais ma propre mère refuse de me dire quoi que ce soit. Je me demande ce que...
- Chut ! murmura soudain Hermione, un doigt sur les lèvres, un autre pointé vers le compartiment voisin.
Tendant l'oreille, Megan, Ron et Potter entendirent une voix traînante et familière qui leur parvenait par la porte ouverte. Le cœur de Megan manqua un battement.
- ... En fait, mon père avait envisagé de m'envoyer faire mes études à Durmstrang plutôt qu'à Poudlard. Le directeur est un de ses amis. Vous savez ce qu'il pense de Dumbledore – ce type adore les Sang de bourbe – et Durmstrang ne laisse pas entrer ce genre de racaille. Mais ma mère n'aimait pas l'idée que j'aille faire mes études dans un endroit éloigné. Mon père pense que Durmstrang a une position beaucoup plus sensée en ce qui concerne la magie noire. Là-bas, les élèves l'étudient. Ils n'ont pas ces cours idiots de défense contre les forces du Mal qu'on est obligés de subir à Poudlard...
Hermione se leva, traversa le compartiment sur la pointe des pieds, et ferma la porte, faisant taire la voix de Draco.
- Alors, comme ça, il pense qu'il aurait été mieux à Durmstrang ? dit-elle avec colère. J'aurais préféré qu'il y aille, ça nous aurait évité de l'avoir sur le dos.
Megan savait que Lucius avait parlé d'envoyer Draco à Durmstrang, et elle se souvenait de l'inquiétude que cette perspective lui avait causée. Elle n'imaginait pas à l'époque vivre toute sa scolarité sans son meilleur ami – c'était pourtant ce qui avait fini par arriver.
- Durmstrang, c'est une autre école de sorcellerie ? demanda Potter, avec son intuition légendaire.
- Oui, répondit Hermione d'un air dédaigneux. Elle a une horrible réputation. D'après Le Guide des écoles de sorcellerie en Europe, elle accorde beaucoup d'importance à la magie noire.
Megan tenta d'imaginer ce qui aurait eu lieu si elle et Draco avaient étudié à Durmstrang : elle n'aurait pas été envoyée à Gryffondor, elle n'aurait pas connu les Weasley, elle n'aurait pas eu à supporter Harry Potter. Sa vie aurait suivi son cours, comme elle se l'imaginait avant d'entrer à Poudlard, loin de l'emprise de Dumbledore. Elle aurait été heureuse. Mais la Pierre Philosophale aurait-elle échappé à Voldemort ? Le Basilic aurait-il été tué ? Ginny et Hermione auraient-elles survécu ? Sirius aurait-il pu s'échapper ? Megan n'aurait jamais rencontré les Weasley. Peut-être valait-il finalement mieux ne pas imaginer ce qu'aurait été son histoire dans une autre réalité.
- Je crois que j'en ai entendu parler, commenta Ron d'un ton vague. Où est-elle ? Dans quel pays ?
- Personne ne le sait vraiment, répondit Megan d'un ton absent.
- Et euh... pourquoi ? s'étonna Potter.
- Il y a toujours eu une tradition de rivalité entre toutes les écoles de sorcellerie expliqua Hermione. Durmstrang et Beauxbâtons ne veulent pas révéler l'endroit où elles se trouvent pour que personne ne puisse leur voler leurs secrets.
- Qu'est-ce que tu racontes ? dit Ron en éclatant de rire. Durmstrang doit avoir à peu près la même taille que Poudlard, comment peut-on cacher un grand château comme ça ?
- Justement, Poudlard est caché, répondit Hermione d'un air surpris. Tout le monde le sait... En tout cas, ceux qui ont lu L'Histoire de Poudlard.
- Toi et Megan êtes donc les seules à le savoir, répliqua Ron. Alors, explique-nous comment on fait pour cacher un endroit comme Poudlard ?
- Le château est ensorcelé. Si un Moldu le regarde, il ne verra qu'une vieille ruine moisie avec un écriteau au-dessus de l'entrée qui signale : DEFENSE D'ENTRER, DANGER.
- Durmstrang apparaît aussi comme un tas de ruines à ceux qui n'en font pas partie ?
- C'est possible, répondit Hermione en haussant les épaules. Ou peut-être qu'ils l'ont entouré d'un sortilège Repousse-Moldu, comme le stade de la Coupe du Monde. Et pour empêcher les autres sorciers de le trouver, ils l'ont sans doute rendu incartable.
- Pardon ?
- Grâce à certains sortilèges, un édifice peut devenir impossible à indiquer sur une carte, tu comprends ?
- Si tu le dis... répondit Potter, qui ne comprenait visiblement pas.
- À mon avis, Durmstrang doit se trouver quelque part dans le Grand Nord, reprit Hermione d'un air songeur. Dans un endroit très froid parce que leurs uniformes comportent des capes de fourrure.
- Ah, imagine un peu, dit Ron, le regard rêveur, il aurait été si facile de pousser Malfoy du haut d'un glacier en faisant passer ça pour un accident. Dommage que sa mère tienne tellement à lui...
À mesure que le train poursuivait sa route vers le nord, la pluie tombait de plus en plus dru. Le ciel était si noir, la buée si épaisse sur les vitres, qu'on avait dû allumer les lanternes. Le chariot à friandises passa en tintinnabulant dans le couloir et les quatre jeunes firent l'acquisition de plusieurs friandises.
Au cours de l'après-midi, plusieurs de leurs camarades d'école vinrent les voir dans leur compartiment, notamment Seamus Finnigan, Dean Thomas et Neville Longbottom, un garçon au visage rond, extrêmement étourdi, qui avait été élevé par sa grand-mère, une redoutable sorcière. Seamus portait toujours sa rosette aux couleurs de l'Irlande dont les propriétés magiques semblaient s'être un peu dissipées : elle continuait de couiner « Troy ! Mullet ! Morane ! » mais beaucoup plus faiblement, comme si elle était épuisée. Megan connaissait bien les trois garçons, qui partageaient le dortoir de Ron et de Potter, et elle n'avait pas particulièrement d'amitié pour eux, mais parler de la Coupe du Monde lui changea les idées. Au bout d'une demi-heure, Hermione, lassée d'entendre sans cesse parler de Quidditch, se plongea à nouveau dans Le Livre des sorts et enchantements, niveau 4 pour essayer d'apprendre le sortilège d'Attraction, que Megan avait déjà appris auprès de Dumbledore, tandis que Longbottom écoutait d'un air jaloux la conversation qui faisait revivre le match de la Coupe du Monde.
- Grand-mère a refusé qu'on y aille, expliqua-t-il d'un ton dépité. Elle ne voulait pas acheter de billets. Ça devait pourtant être fantastique.
- Ça, c'est sûr, dit Ron. Regarde ça, Neville...
Il fouilla dans sa malle et en sortit la figurine de Viktor Krum.
- Eh ben, dis donc ! s'exclama Longbottom avec envie tandis que Ron posait la figurine au creux de sa main potelée.
- Et on l'a vu d'aussi près en vrai, se réjouit Ron. On était dans la loge officielle...
- Pour la première et la dernière fois de ta vie, Weasley.
Draco venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Derrière lui se tenaient Crabbe et Goyle, ses deux énormes amis à l'air patibulaire qui ne le quittaient jamais et craignaient Megan. Tous deux semblaient avoir grandi d'au moins trente centimètres au cours de l'été. Apparemment, ils avaient entendu la conversation à travers la porte du compartiment que Thomas et Finnigan avaient laissée entrouverte.
- Il ne me semble pas qu'on t'ait invité, Malfoy, lança Potter d'une voix glaciale.
- Weasley... qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Draco en montrant la cage de Pigwidgeon.
Une manche de l'immonde robe violette de Ron pendait de la cage et se balançait au rythme du train, exhibant une manchette de dentelle moisie. Ron se précipita pour ranger la robe, mais Draco fut plus rapide : il attrapa la manche et la tira d'un coup sec. Il s'agissait d'une longue robe de velours violet, ornée d'un jabot de dentelle un peu moisie et de manchettes assorties. Quelque chose de vraiment immonde que Megan n'avait jamais vu Ron porter. Elle espéra qu'il ne s'agissait pas de la fameuse « robe de soirée » qui figurait cette année sur les listes de fourniture, mais elle ne voyait pas d'autre explication à la présence de cette croûte parmi les affaires de son ami.
- Non mais, regardez-moi ça ! s'exclama Draco d'un ton extasié, en déployant la robe de Ron pour la montrer à Crabbe et Goyle. Weasley, tu n'avais quand même pas l'intention de mettre ça ? C'était sûrement à la pointe de la mode en 1890, mais enfin...
- Va te faire cuire une bouse de dragon, répliqua Ron dont le teint avait pris la même couleur que la robe.
Il l'arracha des mains de Draco qui éclata d'un grand rire, ponctué par les gloussements stupides de Crabbe et de Goyle. Megan détourna le regard pour ne pas être tentée d'intervenir. Elle détestait voir Draco souligner la pauvreté des Weasley tandis qu'elle-même possédait une véritable fortune, entre autres accumulée auprès des Malfoy. Il serait plus simple que Hermione ou les quatre garçons intervienne, elle détestait prendre parti, mais aucun d'eux ne dit mot.
- Au fait... Tu as l'intention de t'inscrire, Weasley ? reprit Draco. Tu vas essayer d'apporter un peu de gloire à ta famille ? Il y a aussi de l'argent enjeu... Imagine que tu gagnes, tu pourrais enfin t'offrir des vêtements convenables...
- De quoi tu parles ? répondit sèchement Ron.
- Est-ce que tu as l'intention de t'inscrire ? répéta Draco. J'imagine que toi, tu ne vas pas t'en priver, Potter ? Tu ne rates jamais une occasion de faire le malin...
- Soit tu nous expliques de quoi tu parles, soit tu t'en vas, Malfoy, dit Hermione avec mauvaise humeur en levant le nez du Livre des sorts et enchantements, niveau 4.
Un sourire réjoui s'étala sur le visage blafard de Draco.
- Ne me dites pas que vous n'êtes pas au courant ? s'écria-t-il d'un ton ravi. Weasley, tu as un père et un frère qui travaillent au ministère et tu ne sais même pas ? Mes mages, mais mon père m'en a parlé il y a une éternité... C'est Cornelius Fudge qui le lui a dit. Évidemment, mon père a toujours affaire aux plus hauts représentants du ministère... Peut-être que ton père à toi n'est pas à un niveau suffisamment élevé pour être au courant de ces choses-là, Weasley... Oui, ça doit être ça, ils n'abordent sûrement pas de sujets importants devant lui...
Il jeta un regard à Megan qui avait gardé le silence, comme pour la mettre au défi de lui répondre. Mais elle se contenta d'un regard froid, elle n'avait pas envie de s'opposer à lui dès le début de l'année, et elle ne voulait pas qu'il sache qu'elle ne savait pas non plus de quoi il parlait, maintenant qu'elle n'était plus dans l'intimité de Lucius. Avec un nouveau rire sonore, Draco fit signe à Crabbe et à Goyle de le suivre et tous trois disparurent dans le couloir. Ron se leva et referma la porte du compartiment avec tant de force que la vitre se brisa.
- Ron ! dit Hermione sur un ton de reproche.
Elle sortit sa baguette magique et marmonna :
- Reparo.
Aussitôt, les débris de verre reformèrent une vitre intacte qui reprit sa place dans le cadre de la porte.
- Celui-là, il faut toujours qu'il fasse comme s'il savait tout et les autres rien..., grogna Ron. « Mon père a toujours affaire aux plus hauts représentants du ministère » ... Papa pourrait avoir de l'avancement quand il veut... Simplement, ça lui plaît de rester là où il est.
- Et il a bien raison, dit tranquillement Hermione. Ne te laisse pas faire par Malfoy.
- Me laisser faire ? Par lui ? Pour qui tu me prends ? s'exclama Ron en prenant un Fondant du Chaudron qu'il écrasa dans sa main.
La mauvaise humeur de Ron persista jusqu'à la fin du voyage, chassant Finnigan et Thomas de leur wagon pour ne laisser parmi eux que le timide Longbottom. Ron ne parla guère pendant que tous les cinq revêtaient leurs robes de sorcier, et ses yeux étincelaient encore de fureur lorsque le Poudlard Express ralentit enfin et s'arrêta dans la gare de Pré-au-lard plongée dans les ténèbres. Quand les portières du train s'ouvrirent, un coup de tonnerre retentit au-dessus d'eux. Hermione emmitoufla Crookshanks dans sa cape et Ron laissa sa robe de soirée autour de la cage de Pigwidgeon. Sur le quai, la tête baissée, les yeux plissés, ils durent affronter une pluie battante. Il tombait un tel déluge qu'ils avaient l'impression de recevoir sur la tête des seaux d'eau glacée.
- Bonjour, Hagrid ! s'écria Potter lorsqu'une silhouette gigantesque apparut à l'autre bout du quai.
- Ça va, Harry ? lança Hagrid avec un geste de la main. On se voit au dîner si on n'est pas noyés d'ici là !
Il était de tradition que Hagrid amène lui-même les élèves de première année au château en leur faisant traverser le lac sur des barques.
- Je n'aimerais pas me retrouver sur le lac par ce temps, dit Hermione, parcourue d'un frisson.
Ils avançaient lentement au milieu de la foule massée sur le quai obscur. Une centaine de diligences tirées par de sinistres chevaux ailés les attendaient devant la gare. Megan, Ron, Hermione, Potter et Longbottom furent soulagés de pouvoir monter dans l'une d'elles. La portière se referma d'un coup sec et la longue procession des diligences s'ébranla brutalement, dans un grincement de roues et des gerbes d'eau, le long du chemin qui menait au château de Poudlard.
