LE TOURNOI DES TROIS SORCIERS

Avançant avec difficulté, les diligences franchirent le grand portail, flanqué de statues représentant des sangliers ailés, et remontèrent l'allée du château dans une véritable tempête qui les faisait osciller dangereusement. Des éclairs traversèrent le ciel lorsque leur diligence s'arrêta devant les grandes portes de chêne auxquelles on accédait par un large escalier de pierre. Les passagers des premières diligences montaient déjà les marches quatre à quatre pour entrer au plus vite dans le château. Megan, Ron, Hermione, Potter et Longbottom sautèrent de leur diligence et se précipitèrent à leur tour en haut de l'escalier, ne relevant la tête que lorsqu'ils furent parvenus dans l'immense hall d'entrée, éclairé par des torches enflammées, avec son magnifique escalier de marbre.

- Nom d'un vampire ! s'exclama Ron en secouant ses cheveux qui projetèrent de l'eau tout autour de lui. Si ça continue comme ça, le lac va déborder. Je suis trempé ! ARGH !

Un gros ballon rouge plein d'eau venait de tomber du plafond et de lui exploser sur la tête. Ruisselant, crachotant, il tituba et heurta Potter au moment où tombait une deuxième bombe à eau qui manqua de peu Megan. La bombe explosa aux pieds de Potter. Autour d'eux, des élèves s'enfuyaient en tous sens, se poussant les uns les autres en lançant des cris stridents. Avec un profond agacement, Megan vit au-dessus d'eux Peeves, l'esprit frappeur, qui flottait à cinq ou six mètres au-dessus du sol. Il avait l'apparence d'un petit homme coiffé d'un chapeau à clochettes, une cravate orange autour du cou, son gros visage malveillant tendu par la concentration tandis qu'il visait à nouveau.

- PEEVES ! hurla une voix furieuse. Peeves, descends IMMÉDIATEMENT !

Le professeur McGonagall, directrice-adjointe de Poudlard et chef de la maison Gryffondor, venait de sortir en trombe de la Grande Salle. Elle glissa sur le sol humide et saisit Hermione par le cou pour se rattraper.

- Aïe... Désolée, Miss Granger...

- Il n'y a pas de mal, professeur ! bredouilla Hermione en se massant la gorge.

- Peeves, descends TOUT DE SUITE ! aboya le professeur McGonagall.

Elle redressa son chapeau pointu et lança à l'esprit frappeur un regard noir derrière ses lunettes rectangulaires.

- Je ne fais rien de mal, caqueta Peeves.

Il jeta une nouvelle bombe sur un groupe de filles qui se ruèrent en hurlant dans la Grande Salle.

- Ils sont déjà mouillés, non ? Petits morveux ! Ha ! Ha !

Et il lança une autre bombe sur des élèves de deuxième année qui venaient d'arriver.

- Je vais appeler le directeur ! s'écria le professeur McGonagall. Je te préviens, Peeves !

L'esprit frappeur lui tira la langue, jeta en l'air la dernière de ses bombes à eau et fila dans l'escalier de marbre en glapissant comme un fou.

- Bon, allons-y, maintenant ! lança sèchement le professeur McGonagall à la foule en désordre des élèves. Tout le monde dans la Grande Salle !

Megan, Ron, Hermione et Potter traversèrent le hall d'entrée, glissant et trébuchant sur le sol mouillé, et franchirent les doubles portes qui donnaient sur la Grande Salle. Ron marmonnait d'un air furieux en relevant ses cheveux trempés qui lui tombaient sur le front.

La Grande Salle était toujours aussi splendide avec ses décorations en l'honneur du festin de début d'année. Assiettes et gobelets d'or scintillaient à la lumière de centaines de chandelles qui flottaient en l'air au-dessus des convives. Des élèves bavardaient autour des quatre longues tables qui représentaient chacune une des quatre maisons de Poudlard. A l'extrémité de la salle, une cinquième table avait été dressée pour les professeurs, face à leurs élèves. Il faisait beaucoup plus chaud, ici. Megan, Ron, Hermione et Potter passèrent devant les tables des Serpentard, des Serdaigle et des Poufsouffle, puis allèrent s'asseoir avec les autres Gryffondor à l'autre bout de la salle, près de Nick Quasi-sans-tête, le fantôme de la maison. D'un blanc nacré, à demi transparent, Nick était vêtu de son habituel pourpoint, orné d'une fraise impressionnante qui avait la double fonction de souligner le caractère festif de cette soirée et d'empêcher sa tête de trop vaciller sur son cou presque entièrement tranché.

- Belle soirée, n'est-ce pas ? lança-t-il, avec un grand sourire.

- À qui le dites-vous ! répondit Potter en enlevant ses chaussures qu'il vida de leur eau. J'espère qu'ils vont se dépêcher de faire la Répartition, je meurs de faim.

La Répartition des nouveaux élèves dans les quatre maisons de Poudlard avait lieu au début de chaque année. Megan n'avait pas pu y assister l'an dernier car McGonagall devait leur remettre, à Hermione et à elle, un Retourneur de temps pour leur permettre d'assister à de trop nombreux cours.

- Salut, Harry ! appela soudain une voix haletante et surexcitée au bout de la table.

C'était Colin Creevey, un élève de troisième année qui, pour une raison qui échappait totalement à Megan, voyait Potter comme un héros.

- Salut, Colin, répondit Potter d'un ton méfiant.

Megan, peu désireuse d'écouter le garçon s'extasier devant son improbable idole, préféra se tourner vers les jumeaux. Elle salua Lee Jordan, leur meilleur ami, qui avait pris place à leurs côtés. Le garçon, plus âgé qu'elle de deux ans, avait toujours eu un faible pour elle. Elle aperçut alors, à la table de Serdaigle, les mèches brunes et rebelles de Kevan. Un sourire se dessina aussitôt sur les lèvres de la jeune fille. Elle avait beau être sèche dans ses messages et ne pas penser à lui à chaque minute, chaque fois qu'elle le voyait, elle avait envie de sourire. Il lui adressa un petit signe de la main, mais elle secoua la tête. « Plus tard », chuchota-t-elle. Les déclarations d'affection en public la mettaient mal à l'aise, et la Répartition était sur le point de commencer, il n'était donc pas question de quitter sa table et ses amis. Lee Jordan avait par ailleurs intercepté l'échange rapide entre Megan et Kevan, et s'était déjà renfrogné.

- À votre avis, qui va donner les cours de Défense contre les forces du mal, cette année ? demanda‑t‑elle en reportant son attention sur les jumeaux et leur ami.

Elle n'avait jamais eu un professeur plus d'une année dans cette matière : le premier, qui avait pour défaut d'avoir le visage de Voldemort collé à l'arrière du crâne, était mort, le deuxième était devenu amnésique après avoir tenté de s'en prendre à elle, à Ron et à Potter, et le dernier avait démissionné après que sa nature de loup-garou ait été dévoilée.

- Tant que ce n'est pas ce vieux Snape…, marmonna Lee.

Jetant un regard à la table des professeurs, Megan put constater que le maître des potions, un grand homme mince aux cheveux gras et au nez busqué, avait sur le visage cette expression renfrognée et haineuse qu'il arborait à chaque rentrée lorsqu'il ne s'était pas vu attribuer le poste de professeur de Défense contre les forces du mal.

- Ça m'étonnerait, affirma-t-elle. Mais ce qui m'étonne encore plus, c'est qu'on dirait que personne n'est là pour remplacer Lupin.

En effet, il n'y avait à la table des professeurs aucune nouvelle tête : le minuscule professeur Flitwick, qui enseignait les enchantements, était assis sur une épaisse pile de coussins, à côté de Mrs Sprout, professeur de botanique, qui portait un chapeau posé de travers sur ses cheveux gris en désordre. Elle bavardait avec le professeur Sinistra, chargée de l'astronomie. Au centre de la table, vêtu d'une magnifique robe de sorcier vert foncé brodée d'étoiles et de lunes, était assis le professeur Dumbledore, le directeur du collège, ses longs cheveux et sa barbe argentés scintillant à la lumière des chandelles. Ce dernier avait joint ses longs doigts fins sous son menton et contemplait le plafond à travers ses lunettes en demi-lune, comme perdu dans ses pensées. Il n'y avait que trois chaises vides : celle de Hagrid, qui devait encore être sur le lac avec les premières années, celle de McGonagall qui veillait probablement à ce que le sol du hall d'entrée soit essuyé, et celle qu'aurait dû occuper le professeur de Défense contre les forces du mal.

- Ils n'ont peut-être pas réussi à en trouver un, dit la voix de Hermione, anxieuse.

De toute évidence, elle aussi s'inquiétait de la troisième chaise vide.

- Je sens que ça va être une drôle d'année, reprit Lee. Il n'y a qu'à regarder ce sale temps pour la rentrée…

Megan leva les yeux vers le plafond enchanté qui reproduisait exactement l'aspect du ciel au-dehors. Jamais elle ne l'avait vu aussi sombre et orageux. Des nuages noirs et pourpres s'y entremêlaient et, lorsqu'un coup de tonnerre retentit au-dessus du château, un éclair fourchu traversa le plafond magique.

- Bon, ils se dépêchent, oui, grommela Ron. J'ai tellement faim que je pourrais manger un hippogriffe.

Il avait à peine achevé sa phrase que les portes de la Grande Salle s'ouvrirent et le silence se fit. Le professeur McGonagall entra, à la tête d'une longue file d'élèves de première année qu'elle amena au bout de la salle, près de la table des professeurs. Si les élèves déjà assis étaient mouillés, ce n'était rien comparé au spectacle qu'offraient les malheureux nouveaux. On aurait dit qu'ils avaient traversé le lac à la nage plutôt qu'en barque. Lorsqu'ils se mirent en rang face aux autres élèves, tous frissonnaient de froid et d'anxiété. Tous, sauf un : un garçon aux cheveux clairs et ternes, plus petit que les autres, enveloppé dans le manteau en peau de taupe de Hagrid. Le manteau était si grand pour lui qu'il paraissait enroulé dans une tente de fourrure format familial. Son visage, qui dépassait tout juste du col, exprimait une telle excitation qu'elle en paraissait presque douloureuse. Quand il eut rejoint le rang de ses camarades terrorisés, le garçon croisa le regard de Colin Creevey, leva le pouce par deux fois et ses lèvres formèrent silencieusement les mots : « Je suis tombé dans le lac ! », ce qui semblait le plonger dans la plus totale félicité.

Le professeur McGonagall posa alors sur le sol un tabouret à trois pieds et y plaça un très vieux chapeau de sorcier, sale et rapiécé, communément appelé le Choixpeau magique. Megan avait une aversion personnelle envers ce chapeau qu'elle tenait en partie pour responsable de sa répartition à Gryffondor et non à Serpentard. L'autre coupable n'était autre que Dumbledore, qui avait demandé au Choixpeau de faire ce choix, allant ainsi à l'encontre de la mission première de l'objet magique : ne tenir compte que des caractéristiques des élèves pour déterminer la maison dans laquelle ils vivraient ces sept prochaines années.

Les nouveaux élèves, comme les anciens, l'observèrent attentivement. Pendant un moment, il y eut un grand silence. Puis une déchirure dans l'étoffe élimée du chapeau, tout près du bord, s'ouvrit comme une bouche et le chapeau se mit à chanter :

Voici un peu plus de mille ans, Lorsque j'étais jeune et fringant, Vivaient quatre illustres sorciers Dont les noms nous sont familiers :

Le hardi Gryffondor habitait dans la plaine, Poufsouffle le gentil vivait parmi les chênes, Serdaigle le loyal régnait sur les sommets, Serpentard le rusé préférait les marais.

Ils avaient un espoir, un souhait et un rêve, Le projet audacieux d'éduquer des élèves, Ainsi naquit Poudlard Sous leurs quatre étendards.

Chacun montra très vite Sa vertu favorite Et en fit le blason De sa propre maison.

Aux yeux de Gryffondor, il fallait à tout âge Montrer par-dessus tout la vertu de courage,

La passion de Serdaigle envers l'intelligence Animait son amour des bienfaits de la science,

Poufsouffle avait le goût du travail acharné, Tous ceux de sa maison y étaient destinés,

Serpentard, assoiffé de pouvoir et d'action, Recherchait en chacun le feu de l'ambition.

Ainsi, tout au long de leur vie, Ils choisirent leurs favoris, Mais qui pourrait les remplacer Quand la mort viendrait les chercher ?

Gryffondor eut l'idée parfaite De me déloger de sa tête, Les quatre sorciers aussitôt Me firent le don d'un cerveau Pour que je puisse sans erreur Voir tout au fond de votre cœur Et décider avec raison Ce que sera votre maison.

Lorsque le Choixpeau magique eut fini sa chanson, la Grande Salle éclata en applaudissements. Seule Megan resta immobile, maugréant des mots tels que « tout au fond de votre cœur », « décider avec raison » ou « sans erreur ».

- Ce n'est pas la même que celle qu'il a chantée pour notre première année, fit remarquer Potter en applaudissant avec les autres.

- Il en chante une différente chaque fois, expliqua Ron. Ça ne doit pas être très drôle, comme vie, d'être un chapeau. J'imagine qu'il doit passer toute l'année à préparer la prochaine chanson.

Ou à fomenter de sales coups avec le directeur, pensa Megan.

Le professeur McGonagall déroulait à présent un grand rouleau de parchemin.

- Quand j'appellerai votre nom, vous mettrez le chapeau sur votre tête et vous vous assiérez sur le tabouret, dit-elle aux nouveaux. Lorsque le chapeau annoncera le nom de votre maison, vous irez prendre place à la table correspondante. Je commence : Ackerley, Stewart !

Un garçon s'avança, tremblant de la tête aux pieds, prit le Choixpeau, le posa sur sa tête et s'assit sur le tabouret.

- Serdaigle ! cria le Choixpeau.

Stewart Ackerley ôta le chapeau et se précipita à la table des Serdaigle, où tout le monde l'applaudit.

- Baddock, Malcolm !

- Serpentard !

Des acclamations enthousiastes retentirent à la table située de l'autre côté de la salle. Fred et George sifflèrent Baddock lorsqu'il s'assit à la table des Serpentard. Megan avait fermé les yeux pour ne pas voir Draco accueillir le garçon avec enthousiasme. Elle avait oublié à quel point la cérémonie de la Répartition était douloureuse.

- Branstone, Eleanor !

- Poufsouffle !

- Cauldwell, Owen !

- Poufsouffle !

- Creevey, Dennis !

Le minuscule garçon s'avança d'un pas titubant, se prenant les pieds dans le manteau de Hagrid, tandis que Hagrid lui-même entrait dans la Grande Salle en se glissant par une porte située derrière la table des professeurs. À peu près deux fois plus grand qu'un homme normal et au moins trois fois plus large, Hagrid, avec sa barbe et ses cheveux noirs et hirsutes, avait l'air un peu inquiétant – mais c'était une apparence trompeuse : Megan, Ron, Hermione et Potter savaient qu'au contraire il était d'une nature particulièrement généreuse. Il leur lança un clin d'œil en s'asseyant au bout de la table des professeurs et regarda Dennis Creevey coiffer le Choixpeau magique. La déchirure, près du bord, s'ouvrit largement :

- Gryffondor ! s'écria le Choixpeau.

Hagrid applaudit en même temps que les élèves de Gryffondor lorsque Creevey, le visage rayonnant, ôta le Choixpeau magique, le reposa sur le tabouret et se hâta d'aller s'asseoir à la table où se trouvait déjà son frère.

- Colin, je suis tombé dedans ! s'exclama-t-il d'une voix perçante en se jetant sur une chaise vide. C'était formidable ! Et il y a quelque chose dans l'eau qui m'a attrapé et m'a remis dans le bateau !

- Super ! dit Colin du même ton enthousiaste. C'était sans doute le calmar géant !

- Waouh ! s'écria Dennis comme si on ne pouvait rêver mieux que de tomber dans les eaux déchaînées d'un lac insondable et d'en être rejeté par un monstre aquatique.

- Dennis ! Dennis ! Tu vois ce garçon, là-bas ? Celui avec les cheveux noirs et les lunettes ? Tu le vois ? Et tu sais qui c'est, Dennis ?

Megan poussa un profond soupir d'agacement et se mit à nouer magiquement entre eux les lacets des chaussures d'élèves à la table des Poufsouffle pour se changer les idées tandis que la Répartition se poursuivait. Garçons et filles, dont le visage exprimait divers degrés d'appréhension, s'approchaient un par un du tabouret à trois pieds, la file diminuant lentement à mesure que le professeur McGonagall avançait dans l'alphabet. Elle en était à présent aux noms qui commençaient par un M.

- Qu'elle se dépêche, marmonna Ron en se passant une main sur le ventre.

- Allons, Ron, la Répartition est beaucoup plus importante que de manger, fit remarquer Nick Quasi‑sans-tête pendant que « Madley, Laura ! » était envoyée à Poufsouffle.

- Bien sûr, quand on est mort, répliqua Ron.

- J'espère que les nouveaux Gryffondor de l'année seront à la hauteur, dit Nick Quasi-sans-tête en applaudissant « McDonald, Natalie ! » qui venait de rejoindre leur table. Il faut continuer à gagner, n'est-ce pas ?

Au cours des trois dernières années, c'était Gryffondor qui avait gagné la Coupe des Quatre Maisons.

- Pritchard, Graham !

- Serpentard !

- Quirke, Orla !

- Serdaigle !

Enfin avec « Whitby, Kevin ! » (« Poufsouffle ! »), la Répartition se termina. Le professeur McGonagall prit le Choixpeau et le tabouret et les remporta.

- Il était temps, dit Ron qui saisit son couteau et sa fourchette, et posa sur son assiette d'or un regard avide.

Le professeur Dumbledore s'était levé. Adressant un sourire chaleureux aux élèves rassemblés, il ouvrit largement les bras dans un geste de bienvenue. Megan le regarda d'un œil méfiant.

- Je n'ai que deux mots à vous dire, déclara-t-il, sa voix grave résonnant dans toute la salle : Bon appétit !

- Bravo ! Bien dit ! s'exclamèrent Ron et Potter d'une même voix, tandis que les plats vides se remplissaient par magie sous leurs yeux.

Nick Quasi-sans-tête regarda d'un air attristé Megan, Ron, Hermione et Potter remplir leurs assiettes.

- Ah, cha commenche déjà à aller mieux, affirma Ron, la bouche pleine de purée.

- Vous avez de la chance que le festin ait pu avoir lieu, leur dit alors Nick Quasi-sans-tête. Il y a eu des ennuis à la cuisine, cet après-midi.

- Ah, bon ? Qu'est-che qui ch'est paché ? demanda Potter qui mâchait un impressionnant morceau de steak.

Réduisant distraitement en bouillie du steak dans son assiette du bout de ses couverts, sans appétit, Megan leva les yeux vers le fantôme.

- C'est la faute de Peeves, bien sûr, répondit Nick Quasi-sans-tête en remuant sa tête qui oscilla dangereusement.

Il remonta un peu sa fraise.

- La discussion habituelle. Il voulait assister au festin. Impossible, bien entendu, vous le connaissez, il est incapable d'avoir des manières civilisées, il ne peut pas voir une assiette pleine sans la jeter par terre. Nous avons tenu un conseil des fantômes : le Moine Gras voulait lui donner une chance, mais le Baron Sanglant s'y est formellement opposé, ce qui est beaucoup plus sage, à mon avis.

Le Baron Sanglant était le fantôme des Serpentard, un spectre émacié et silencieux couvert de taches de sang argentées. C'était la seule personne, à Poudlard, qui avait de l'autorité sur Peeves. Ron avait imité sa voix un soir lors de sa première année à Poudlard pour leur éviter des ennuis avec l'esprit frappeur.

- Oui, Peeves paraissait fou de rage, on a vu ça, acquiesça le garçon d'un air sombre. Qu'est-ce qu'il a fait, dans la cuisine ?

- Oh, comme d'habitude, répondit Nick Quasi-sans-tête en haussant les épaules. Il a tout mis sens dessus dessous. Il y avait des marmites et des casseroles partout. Le carrelage était inondé de soupe. Il a terrifié les elfes de maison...

Dans un bruit de métal, Hermione reposa brutalement son gobelet, répandant du jus de citrouille sur la nappe de lin blanc qui fut soudain constellée de taches orange. Mais Hermione n'y prêta aucune attention.

- Il y a des elfes de maison, ici ? s'écria-t-elle en regardant Nick Quasi-sans-tête d'un air horrifié. Ici, à Poudlard !

Megan leva les yeux au ciel, déjà ennuyée et agacée par la conversation qui s'amorçait. La passion de Hermione pour les elfes de maison était aussi soudaine qu'agaçante.

- Bien sûr, répondit le fantôme, surpris de sa réaction. Il y en a même plus que dans n'importe quelle autre résidence de Grande-Bretagne. Je crois qu'ils sont plus d'une centaine.

- Je n'en ai jamais vu un seul ! dit Hermione.

- Ils ne quittent presque jamais la cuisine en plein jour, expliqua Nick Quasi-sans-tête. Ils sortent la nuit pour nettoyer un peu... s'occuper de mettre des bûches dans le feu, et tout le reste... On n'est pas censé les voir, n'est-ce pas ? Le propre d'un bon elfe de maison, c'est de faire oublier sa présence.

Hermione le regarda fixement.

- Mais... on les paye ? demanda-t-elle. On leur donne des vacances ? Et... des congés maladie, des retraites et tout ça ?

Nick Quasi-sans-tête se mit à pouffer de rire si fort que sa fraise glissa et sa tête tomba de côté, retenue par les quelques centimètres de peau et de muscles fantomatiques qui la rattachaient encore à son cou.

- Des congés maladie et des retraites ? rit-il en remettant sa tête sur ses épaules et sa fraise autour de son cou. Mais les elfes de maison ne veulent pas de congés maladie ni de retraites !

Hermione baissa les yeux sur son assiette qu'elle avait à peine touchée, puis elle y posa son couteau et sa fourchette et la repoussa.

- Allons, Her-mignonne, dit Ron qui renversa malencontreusement de la sauce de rosbif sur Potter. Oups ! Excuse-moi, Harry – il avala sa bouchée de viande. Ce n'est pas en mourant de faim que tu leur obtiendras des congés maladie ! Déjà que Megan ne mange rien...

L'intéressée, qui avait à peine grignoté les pommes de terre au four qui refroidissaient dans son assiette, adressa à Ron un regard noir.

- C'est de l'esclavage, répliqua Hermione, la respiration sifflante. C'est grâce à ça qu'on a eu ce dîner, grâce à des esclaves.

Et elle refusa d'avaler quoi que ce soit d'autre.

La pluie continuait de crépiter contre les hautes fenêtres sombres. Un nouveau coup de tonnerre ébranla les vitres et le plafond au ciel d'orage fut traversé d'un éclair qui illumina les assiettes d'or au moment où les restes du plat de viande disparaissaient, immédiatement remplacés par des gâteaux.

- C'est de la tarte à la mélasse, Hermione, annonça Ron en lui faisant sentir l'appétissant fumet qui s'en dégageait. Et regarde, il y a aussi du pudding aux raisins secs et du gâteau au chocolat !

Mais Hermione lui lança un regard qui lui rappelait tellement le professeur McGonagall qu'il préféra ne pas insister.

Lorsque les gâteaux eurent été engloutis et que les assiettes, nettoyées de leurs dernières miettes, eurent retrouvé tout leur éclat, Albus Dumbledore se leva à nouveau. Presque aussitôt, la rumeur des conversations s'évanouit et l'on n'entendit bientôt plus que le gémissement du vent et le martèlement de la pluie.

- Et voilà ! dit Dumbledore avec un grand sourire, maintenant que nous avons été nourris et abreuvés (« Humpf ! » dit Hermione), je dois, une fois de plus, vous demander votre attention afin de vous donner quelques informations. Mr Filch, le concierge, m'a demandé de vous avertir que la liste des objets interdits dans l'enceinte du château comporte également cette année les Yo-yo hurleurs, les Frisbees à dents de serpent et les Boomerangs à mouvement perpétuel. La liste complète comprend quatre cent trente-sept articles, si mes souvenirs sont exacts, et peut être consultée dans le bureau de Mr Filch, pour ceux qui seraient intéressés.

Les coins de la bouche de Dumbledore tressaillirent.

- Je voudrais également vous rappeler, poursuivit-il, que, comme toujours, la forêt est interdite à tous les élèves et le village de Pré-au-lard à celles et ceux qui n'ont pas encore atteint la troisième année d'études. Je suis également au regret de vous annoncer que la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons n'aura pas lieu cette année.

- Quoi ? bredouilla Potter.

Il se tourna vers Fred et George, ses coéquipiers de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Trop effarés pour pouvoir parler, ils regardaient Dumbledore avec des yeux ronds, leurs lèvres remuant silencieusement. Quant à Megan, la nouvelle l'avait instantanément sortie de sa torpeur. Écarquillant les yeux et fronçant les sourcils à la fois, elle fixa le directeur. Comment pouvait-il annuler les matches de Quidditch qui rythmaient l'année scolaire ?

- Cela est dû, continua Dumbledore, à un événement particulier qui commencera en octobre et se poursuivra tout au long de l'année scolaire, en exigeant de la part des professeurs beaucoup de temps et d'énergie. Mais je suis persuadé que vous en serez tous enchantés. J'ai en effet le grand plaisir de vous annoncer que cette année, à Poudlard...

Mais, au même instant, un coup de tonnerre assourdissant retentit et les portes de la Grande Salle s'ouvrirent à la volée. Un homme se tenait sur le seuil, appuyé sur un grand bâton et enveloppé d'une cape de voyage noire. Toutes les têtes se tournèrent vers le nouveau venu, soudain illuminé par un éclair qui zébra le plafond magique. L'homme ôta son capuchon, secoua une longue crinière de cheveux gris sombre, puis s'avança en direction de la table des professeurs. Un claquement sourd, régulier, résonnait en écho dans la Grande Salle, ponctuant ses pas. Lorsqu'il eut atteint l'extrémité de la table des professeurs, il se dirigea vers Dumbledore d'un pas lourd et claudicant. Un autre éclair illumina le plafond et Hermione eut un haut‑le‑corps. L'éclair avait jeté une lumière crue sur le visage de l'étranger. Un visage comme celui-là, Megan n'en avait vu qu'une fois, en photo. On aurait dit qu'il avait été taillé dans un vieux morceau de bois usé, par quelqu'un qui n'aurait eu qu'une très vague idée de la physionomie humaine et de l'art de la sculpture. Chaque centimètre carré de sa peau paraissait marqué de cicatrices. Sa bouche avait l'air d'une entaille tracée en diagonale et il lui manquait une bonne partie du nez. Mais c'étaient surtout ses yeux qui le rendaient effrayant. L'un d'eux était petit, sombre, perçant. L'autre était grand, rond comme une pièce de monnaie et d'un bleu vif, électrique. L'œil bleu remuait sans cesse, sans jamais ciller, roulant dans son orbite, d'un côté et d'autre, de haut en bas, totalement indépendant de l'œil normal. Il pouvait également se retourner complètement pour regarder en arrière. On ne voyait plus alors qu'un globe blanc. Megan reconnut aussitôt le célèbre Auror dont elle avait souvent entendu parler : Alastor « Fol Œil » Maugrey.

L'homme arriva devant Dumbledore. Il tendit une main aussi labourée de cicatrices que son visage et Dumbledore la serra, en murmurant des paroles que Megan ne put entendre. Il semblait demander quelque chose à l'homme qui hocha la tête sans sourire et répondit à voix basse. Dumbledore approuva et lui fit signe de s'asseoir sur une chaise vide, du côté droit de la table. L'homme s'assit, secoua sa crinière grise pour dégager son visage, tira vers lui une assiette de saucisses, la leva vers ce qui restait de son nez et renifla. Il sortit ensuite de sa poche un petit couteau, en planta la pointe dans une des saucisses et commença à manger comme si tous les regards n'étaient pas braqués sur lui dans un silence pesant. Son œil normal était fixé sur son assiette, mais l'œil bleu ne cessait de s'agiter dans son orbite, embrassant du regard la Grande Salle et les élèves assis autour des tables.

- Je vous présente notre nouveau professeur de défense contre les forces du Mal, déclara Dumbledore d'une voix claire qui rompit le silence. Le professeur Maugrey.

D'habitude, les nouveaux professeurs étaient salués par des applaudissements. Cette fois, pourtant, ni les élèves ni les professeurs n'applaudirent, à l'exception de Dumbledore et de Hagrid. Mais il y avait quelque chose de lugubre dans ces quelques battements de mains dont l'écho résonna dans le silence général et ils n'insistèrent pas. Tous les autres semblaient tellement pétrifiés par l'étrange apparence de Fol Œil qu'ils se contentaient de le regarder fixement. Megan trouvait l'attitude des élèves disproportionnée : entre Quirrell qui se baladait avec Voldemort à l'arrière du crâne, le serpent tueur dans les murs du château, les trolls dans les toilettes, ou le professeur loup-garou, ils auraient pu commencer à être habitués aux drôleries de Poudlard.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? chuchota Hermione d'un air épouvanté. Qu'est-ce qui est arrivé à son visage ?

- Sais pas, dit Ron en regardant Fol Œil d'un air fasciné.

Le professeur paraissait totalement indifférent à cet accueil peu chaleureux. Négligeant le pichet de jus de citrouille posé devant lui, il fouilla à nouveau dans la poche de sa cape, en sortit une flasque et but une longue gorgée de son contenu. Lorsqu'il tendit le bras pour boire, sa cape se souleva du sol de quelques centimètres et Megan aperçut sous la table l'extrémité d'une jambe de bois sculptée, terminée par un pied doté de griffes.

Dumbledore s'éclaircit à nouveau la gorge.

- Comme je m'apprêtais à vous le dire, reprit-il, en souriant à la foule des élèves qui contemplaient toujours Fol Œil d'un air stupéfait, nous allons avoir l'honneur d'accueillir au cours des prochains mois un événement que nous n'avons plus connu depuis un siècle. J'ai le très grand plaisir de vous annoncer que le Tournoi des Trois Sorciers se déroulera cette année à Poudlard.

- Vous PLAISANTEZ ! s'exclama Fred.

L'atmosphère de tension qui s'était installée dans la salle depuis l'arrivée de Fol Œil se dissipa soudain. Presque tout le monde éclata de rire et Dumbledore lui-même pouffa d'un air amusé.

- Non, je ne plaisante pas, Mr Weasley, répondit-il. Mais si vous aimez la plaisanterie, j'en ai entendu une très bonne, cet été. C'est un troll, une harpie et un farfadet qui entrent dans un bar...

Le professeur McGonagall s'éclaircit bruyamment la gorge.

- Heu... c'est vrai..., reprit Dumbledore. Le moment n'est peut-être pas venu de... Où en étais-je ? Ah, oui, le Tournoi des Trois Sorciers... Certains d'entre vous ne savent pas en quoi consiste ce tournoi, je demande donc à ceux qui savent de me pardonner d'avoir à donner quelques explications. Pendant ce temps-là, ils sont autorisés à penser à autre chose.

Megan était de ceux qui allaient pouvoir penser à autre chose : elle avait de nombreuses fois entendu parler de ce tournoi, dont les origines remontaient à plusieurs siècles. Mais il avait été suspendu plusieurs années auparavant, et personne n'avait semblé espérer qu'il serait remis au goût du jour. L'excitation la gagna aussitôt, remplaçant la déception que lui avait inspiré l'annulation de la coupe de Quidditch : le tournoi aurait lieu à Poudlard, et elle allait pouvoir s'inscrire ! Cette année lui parut soudain réjouissante et prometteuse.

- Le Tournoi des Trois Sorciers a eu lieu pour la première fois il y a quelque sept cents ans, expliqua Dumbledore. Il s'agissait d'une compétition amicale entre les trois plus grandes écoles de sorcellerie d'Europe – Poudlard, Beauxbâtons et Durmstrang. Un champion était sélectionné pour représenter chacune des écoles et les trois champions devaient accomplir trois tâches à caractère magique. Chaque école accueillait le tournoi à tour de rôle tous les cinq ans et tout le monde y voyait un excellent moyen d'établir des relations entre jeunes sorcières et sorciers de différentes nationalités – jusqu'à ce que le nombre de morts devienne si élevé que la décision fut prise d'interrompre le tournoi.

- Le nombre de morts ? chuchota Hermione, effarée.

Mais ses appréhensions ne semblaient pas partagées par la majorité des élèves présents. Beaucoup d'entre eux se parlaient à voix basse d'un air enthousiaste. Megan, captivée, ne se souciait pas des victimes que le tournoi avait pu faire : la perspective d'affronter des tâches mortelles l'enthousiasmait d'autant plus.

- Au cours des siècles, il y a eu plusieurs tentatives pour rétablir le tournoi, poursuivit Dumbledore, mais aucune n'a rencontré un grand succès. Cette année, pourtant, notre Département de la coopération magique internationale et celui des jeux et sports magiques ont estimé que le moment était venu d'essayer de le faire revivre. Nous avons tous beaucoup travaillé au cours de l'été pour nous assurer que, cette fois, aucun champion ne se trouvera en danger de mort. Les responsables de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront en octobre avec une liste de candidats et la sélection des trois champions aura lieu le jour de Halloween. Un juge impartial décidera quels sont les élèves qui sont le plus dignes de concourir pour le Trophée des Trois Sorciers, la gloire de leur école et une récompense personnelle de mille Gallions.

- Moi, je me lance ! chuchota Fred, enthousiasmé par la perspective de tant de gloire et de richesses, à l'oreille de Megan qui approuva d'un vigoureux hochement de tête.

Elle connaissait le principe : un seul champion serait choisi pour représenter Poudlard, et peu importait qu'elle se retrouve en compétition avec les jumeaux, elle allait tenter sa chance, et elle n'avait aucun doute sur sa capacité à réussir. Ils n'étaient cependant pas les seuls à s'imaginer champions de Poudlard : à chaque table, des élèves chuchotaient avec ferveur à l'oreille de leurs voisins ou regardaient Dumbledore d'un air extatique. Mais, dès que Dumbledore reprit la parole, un silence total revint dans la salle.

- Je sais que vous êtes tous impatients de rapporter à Poudlard le Trophée des Trois Sorciers, affirma‑t-il, mais les responsables des trois écoles en compétition, en accord avec le ministère de la Magie, ont jugé qu'il valait mieux, cette année, imposer de nouvelles règles concernant l'âge des candidats. Seuls les élèves majeurs – c'est-à-dire qui ont dix-sept ans ou plus – seront autorisés à soumettre leur nom à la sélection. Il s'agit là – Dumbledore haussa légèrement la voix car plusieurs élèves poussaient des exclamations scandalisées et les jumeaux Weasley étaient soudain furieux – il s'agit là, dis-je, d'une mesure que nous estimons nécessaire, compte tenu de la difficulté des tâches imposées qui resteront dangereuses en dépit des précautions prises. Il est en effet hautement improbable que des élèves n'ayant pas encore atteint la sixième ou la septième année d'études puissent les accomplir sans risques. Je m'assurerai personnellement qu'aucun élève d'âge inférieur à la limite imposée ne puisse tricher sur son âge pour essayer de se faire admettre comme champion de Poudlard par notre juge impartial.

Ses yeux bleu clair étincelèrent en se posant sur Megan, Fred, George dont le visage exprimait ouvertement leur sentiment de révolte. Une limite d'âge ! Comment osaient-ils ? Megan était bien plus puissante et douée que la plupart des élèves de septième année de Poudlard, et on lui interdisait de participer sous prétexte qu'elle n'avait que quatorze ans !

- Je vous demande donc de ne pas perdre votre temps à essayer de vous porter candidat si vous avez moins de dix-sept ans, poursuivit Dumbledore. Comme je vous l'ai déjà dit, les délégations des écoles de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront en octobre et resteront parmi nous pendant la plus grande partie de l'année scolaire. Je ne doute pas que vous manifesterez la plus grande courtoisie envers nos hôtes étrangers tout au long de leur séjour et que vous apporterez votre entier soutien au champion de Poudlard lorsqu'il – ou elle – aura été désigné. Mais il se fait tard, à présent, et je sais combien il est important que vous soyez frais et dispos pour vos premiers cours, demain matin. Alors, tout le monde au lit ! Et vite !

Dumbledore se rassit et se tourna vers Fol Œil. Tous les élèves se levèrent dans le vacarme des chaises qui glissaient sur le sol et se dirigèrent en masse vers la double porte donnant sur le hall d'entrée.

- Ils ne peuvent pas nous faire ça ! s'exclama George qui n'avait pas encore rejoint la foule des élèves et restait là à regarder Dumbledore d'un air furieux. On va avoir dix-sept ans en avril, pourquoi est‑ce qu'on ne pourrait pas tenter notre chance ?

- Ils ne m'empêcheront pas d'être candidat, dit Fred d'un air buté, en lançant également un regard indigné à la table des professeurs. Les champions vont pouvoir faire plein de choses qui sont interdites en temps normal. Et en plus il y a mille Gallions à gagner !

- Ouais, dit Ron d'un air rêveur. Mille Gallions...

- Allez, venez, lança Hermione. Si vous ne bougez pas d'ici, on va être les derniers.

Megan, Ron, Hermione, Fred, George et Potter se dirigèrent à leur tour vers le hall d'entrée. Les jumeaux et Megan se demandaient quels moyens Dumbledore avait pu mettre en œuvre pour empêcher les élèves en dessous de dix-sept ans de soumettre leur candidature. La jeune fille était convaincue que rien ne pourrait l'empêcher de participer malgré tout.

- Et qui est ce juge impartial chargé de choisir les noms des champions ? demanda Potter.

- Sais pas, dit Fred, mais c'est lui qu'il va falloir berner. Quelques gouttes de potion de Vieillissement devraient faire l'affaire, qu'est-ce que vous en pensez ?

- Je sais la préparer, répondit aussitôt Megan, très sérieuse.

- Dumbledore sait très bien que vous n'avez pas l'âge, fit remarquer Ron.

- Oui, mais ce n'est pas lui qui doit désigner le champion, répliqua Fred d'un air rusé. À mon avis, une fois que ce fameux juge connaîtra les noms des candidats, il choisira le meilleur de chaque école sans se préoccuper de son âge. Dumbledore essaye simplement de nous empêcher d'être candidats.

- N'oubliez quand même pas qu'il y a des gens qui en sont morts ! leur rappela Hermione d'une voix inquiète, tandis qu'ils franchissaient une porte masquée par une tapisserie et montaient un autre escalier plus étroit.

- Justement, pensa Megan.

- Oui, bien sûr, répondit Fred d'un ton dégagé, mais c'était il y a longtemps. D'ailleurs, si on veut vraiment s'amuser, il faut bien qu'il y ait un peu de risques. Hé, Ron, imagine qu'on trouve un moyen de contourner l'interdiction, est-ce que tu aurais envie d'être candidat ?

- Qu'est-ce que tu en penses ? demanda Ron à Potter. Ce serait bien d'essayer, non ? Mais je pense qu'ils veulent quelqu'un de plus âgé... Je ne crois pas qu'on sache assez de choses...

- Moi, c'est sûr que je n'en serais pas capable, commenta la voix triste de Longbottom, derrière Fred et George. Ma grand-mère voudrait sûrement que j'essaye, elle n'arrête pas de me répéter que je devrais faire honneur à la famille. Il faudra simplement que je... Oups...

Le pied de Longbottom venait de passer à travers un trou, à mi-hauteur de l'escalier. Il n'était pas rare que les escaliers du château réservent des surprises de ce genre et les plus anciens élèves de Poudlard avaient pris l'habitude d'enjamber cette marche particulière sans même y penser. Mais Longbottom était connu pour sa mémoire défaillante. Ron et Potter le saisirent chacun par un bras et le hissèrent hors du trou tandis qu'une armure, en haut de l'escalier, se mettait à grincer en éclatant d'un rire guttural.

- Tais-toi, toi, dit Megan en rabattant au passage la visière de l'armure.

Longbottom était tout ce qui pouvait agacer Megan : ignorant, incompétent, incapable de se débrouiller seul. Mais elle savait ce qui était arrivé à ses parents et avait un peu pitié de lui. De plus, il avait su plus ou moins l'impressionner trois ans plutôt lorsqu'il avait tenté d'empêcher Megan, Ron, Hermione et Potter de quitter le dortoir en pleine nuit alors qu'ils allaient récupérer la pierre philosophale sous le château.

Ils continuèrent de monter jusqu'à la tour de Gryffondor dont l'entrée était cachée par un grand tableau représentant une Grosse Dame dans une robe de soie rosé.

- Le mot de passe ? demanda-t-elle en les voyant approcher.

- Fariboles, répondit George. C'est Danny qui me l'a donné.

Leur ami était le préfet de Gryffondor de leur promotion. Il était amusant que les jumeaux comptent parmi leurs meilleurs amis deux préfets – dont Kevan – alors qu'ils étaient les plus grands fauteurs de trouble du château.

Le tableau bascula, laissant apparaître un trou dans le mur. Megan, Ron, Hermione, Potter, Longbottom et les jumeaux s'y engouffrèrent, pénétrant dans la salle commune où les attendaient des fauteuils confortables et un feu qui craquait dans la cheminée. Hermione regarda les flammes d'un air sombre et Megan l'entendit marmonner : « De l'esclavage ! » Puis elle leur dit bonsoir et disparut par la porte qui donnait accès au dortoir des filles, suivie par Megan qui venait de souhaiter une bonne nuit aux jumeaux.

- Tu ne vas pas sérieusement essayer de participer au Tournoi, Megan ? s'enquit Hermione tandis qu'elles se mettaient en pyjama.

- Et pourquoi pas ? répliqua la jeune fille avec un air de défi. Tu sais bien que je suis parfaitement capable de participer, et même de gagner. S'il y a un moyen, je le trouverai.